English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 1-2 Réformisme et fascisme contre la révolution sociale > Pourquoi le génocide des "khmers rouges" au Cambodge ?

Pourquoi le génocide des "khmers rouges" au Cambodge ?

jeudi 27 août 2009, par Robert Paris

Un massacre impressionnant : environ deux millions de morts sur une population de sept millions ! Un fascisme qui n’est rouge que de sang...

« Qui proteste est un ennemi, qui s’oppose est un cadavre » signé Pol Pot

Pourquoi, dès la prise du pouvoir, avoir évacué les villes, fermé les usines et assassiné un quart de la population du pays ?

Évacuation de la population de la capitale par les khmers rouges

A l’heure des procès des khmers rouges, médiatisés à l’échelle mondiale, quelques vérités doivent être rappelées.

Tout d’abord, la "communauté internationale" qui organise ces procès a très longtemps soutenu politiquement, financièrement et militairement les khmers rouges et cela des années a^près le massacre. Qu’il s’agisse de l’Asean, de la Thaïlande directement, des USA et de la France... Remarquons aussi que les Nations Unies n’ont toujours pas admis l’existence d’un génocide !

Deuxièmement, le régime actuel est constitué en grande partie d’anciens khmers rouges ou de proches...

Troisièmement, la "communauté internationale" n’est jamais revenue sur sa condamnation de l’intervention vietnamienne qui a mis fin au régime génocidaire.

Il y a donc de multiples silences, de multiples mensonges et un refus d’expliquer ce qui s’est passé.

Bibliographie

Le génocide khmer est l’un des pires massacres de l’Histoire et, comme les autres grands massacres, il subit le traitement du silence. On nous parle d’irrationnel des grands massacres pour ne pas avoir à les expliquer. On se contente de dénoncer les meurtriers. Ici, les Khmers rouges. Mais rien n’est fait pour expliquer. Il suffit de dire que les dirigeants politiques qui ont ordonné ces crimes doivent être jugés. Mais on n’a rien fait pour éclairer tous ces meurtres qui n’ont pas un caractère personnel mais social.

Les autres grands crimes n’ont pas reçu plus d’explication.

Qui a recherché la cause du massacre des Protestants français lors de la « Saint-Barthélemy » ?

Qui a recherché la cause du massacre des Juifs dans les camps nazis ? A part pour dire, ce qui est évidemment une vérité, que les nazis étaient des criminels ?

Pour le massacre organisé par les Khmers rouges, il en va de même : c’est la faute de Pol Pot, c’est la faute du communisme, etc…

Ce n’est pas une explication.

Dire que Hitler, que Staline, que Mao, que Pol Pot étaient violents n’est pas une explication historique ni une interprétation des événements car une telle interprétation est sociale. Même ces crimes horribles ont eu une raison, défendaient des intérêts.

On traite ces crimes de masse comme s’ils s’agissait de crimes individuels, d’affaires de droit commun !

Plusieurs questions se posent :

1°) que représente socialement la prise de pouvoir des Khmers dits "rouges" ?

2°) pourquoi ont-ils expulsé la population des villes ?

3°) pourquoi ensuite ce massacre systématique ?

4°) est-ce que ce massacre a quoique ce soit à voir avec le fait que le régime se dise communiste et fasse partie du camp dit "communiste" ?

Les Khmers rouges sont des dirigeants de la petite bourgeoisie qui n’ont aucun contact avec le prolétariat des villes et qui lui sont hostiles, fidèles en cela à l’enseignement de Mao qui à l’époque se fonde exclusivement sur les campagnes (période du grand bond en avant).

Dès leur arrivée au pouvoir, les « khmers rouges », envoient tous les habitants des villes dans des coopératives agricoles. Ils font le pari de transformer le Cambodge en pays exportateur de riz, en fondant l’économie du pays sur le nationalisme et le développement autocentré, selon le mythe maoïste.

Le mouvement nationaliste a choisi la Chine contre l’URSS. Ce qui en Chine a donné une pauvreté incroyable (20 millions de morts de la « collectivisation agricole » de 1955), va entraîner au Cambodge un véritable génocide (deux millions de mort peut-être). La violence des actes des khmers rouges ne s’explique pas seulement par la folie du projet de type maoïste. Cela c’est la justification idéologique.

Mais la fond, c’est l’absence de base sociale de la direction de la guérilla au sein des villes, ce qui est contraire de l’histoire de la guerre maoïste achevée en 1949. Mao avait bénéficié du basculement en sa faveur de l’essentiel de l’appareil d’Etat de Tchang Kaï Tchek et de la bourgeoisie chinoise. Pol Pot, arrivé à Pnom-Penh à la tête d’une guérilla paysanne, ne dispose alors dans les grandes villes d’aucun relai ni politique ni social, les classes moyennes ayant pris parti pour Lon Nol.

Fondamentalement, la nécessité pour le régime khmer rouge de s’en prendre à la population des villes provient de son incapacité à répondre aux besoins matériels de cette population et de la crainte des mouvements sociaux qui allaient en découler. Un Khmer rouge dit : "Nous savons qu’il est dangereux de les (villes) laisser intactes, habitées. Elles sont des centres d’opposition qui abritent des groupuscules. Il est difficile d’y localiser les noyaux de la contre-révolution. Si nous ne modifions pas la vie urbaine, une organisation ennemie peut s’y établir et conspirer contre nous. Il est tout à fait impossible de contrôler une ville. Nous les avons évacuées pour détruire toute résistance."

En termes de blocs, le massacre est-il un produit de la politique du bloc "communiste" ?

Pas du tout ! Le pire ennemi du régime n’était pas du tout le camp de l’ouest incarné par les USA mais celui de l’Est incarné par le Vietnam et la Russie.

Ce sont les "communistes" vietnamiens qui ont renversé le régime khmer rouge et pas les Américains. Ces derniers n’ont nullement soutenu le renversement du régime de Pol Pot. Au contraire, ils étaient du côté des Chinois et de celui de Pol Pot. Même si une telle affirmation choquera peut-être le lecteur, il faut rappeler que dans le cadre de la politique des blocs, les USA étaient en train de se rapprocher de la Chine contre la Russie dans ces années. Ils ont soutenu l’intervention militaire de la Chine contre le Vietnam qui a succédé à la guerre des USA contre le Vietnam. C’est dans ce cadre qu’ils ont longtemps financé et armé les khmers rouges. de nombreux reportages télévisés ont montré des armes venues des USA parvenir aux khmers rouges.

Quant aux Vietnamiens qui ont libéré le pays de la dictature sanglante n’en ont jamais été remercié par les puissances occidentales, bien au contraire celles-ci parlent toujours d’occupation et d’invasion.

Ben Kiernan écrit dans Le Monde du 28 mai 1998

"Penser le Génocide au Cambodge

« Pourquoi, au Cambodge et pas ailleurs, advint le génocide jusqu’alors, on me permettra cette sinistre expression, le plus « performant » du siècle, puisqu’il engloutit près d’un quart de la population totale d’un pays en quatre ans ? La réponse qui l’explique par la seule idéologie marxiste-léniniste seule, poussée à son paroxysme, m’a paru insuffisante : car alors l’idéologie communiste, fortement teintée de xénophobie, qui a connu sous Staline et Mao Zedong un développement théorique et pratique, dans ses moyens policiers et carcéraux, aurait dû conduire en URSS comme en Chine à des massacres, voire à des génocides, à une tout autre échelle que celle qui fut la leur. »

Voici un témoignage des choix des USA

On peut lire par exemple sur le site  :

"Au Cambodge comme ailleurs, la politique des Etats-Unis se caractérisa par son manichéisme simpliste : qui n’est pas avec nous est contre nous. En déstabilisant Sihanouk, en soutenant le putsch de Lon Nol, les Américains ont détruit un équilibre précaire. Puis les raids massifs et aveugles des B52 (540’000 tonnes d’explosifs, trois fois les bombardements sur le Japon 1941-45, et 500’000 morts) jetèrent la population dans les bras des Khmers rouges... avec qui les Etats-Unis et la Chine allaient conclure après 1979 une alliance de facto, dirigée contre le Viêt Nam et, à travers lui, l’Union soviétique."

Le film La Déchirure, un film poignant de Roland Joffé sur le génocide cambodgien, n’hésite pas à critiquer la politique du gouvernement américain sous Nixon et la servilité de beaucoup de journalistes occidentaux.

Il est frappant que Hun Sen, chef de l’Etat cambodgien, proche des régimes américain et chinois, soit un acienc responsable khmer rouge que personne ne semble songer à impliquer dans les procès des anciens dirigeants khmers rouges.

Les liens de Hun Sen avec les anciens Khmers rouges

Conclusion :

Aussi bizarre que cela puisse sembler, le massacre des Khmers par les bandes armées issues des campagnes des Khmers rouges a des points communs avec celui du Rwanda. De nombreux ingrédients s’y retrouvent. Une peur des dirigeants vis-à-vis de villes grossies par un afflux brutal et frappées par une misère tout aussi brutale, leur incapacité à juguler des risques de révolte sociale, une politique des puissances impérialistes qui pousse un camp à soutenir les génocidaires au nom des blocs en lutte, ....

Une première réponse aux causes du massacre : le régime a été affolé par les revendications la population des villes

Pol Pot

Khmers rouges

Histoire du Cambodge

QUAND LES USA SOUTENAIENT LES KHMERS ROUGES

« Pris sur le fait »

Washington Post,

"Le commandant Lawrence Ondecker a été surpris alors qu’il « conseillait » le commandant de Ham Pot sur les dispositions à prendre pour la défense de cette petite ville contre les violentes attaques des forces patriotiques. Le rapport précisait : « le Commandant L- Ondecker donnait, autour d’une carte d’état-major, des ordres et des conseils aux officiers cambodgiens au cours d’un combat à Kampolx ( mars 1971) ; cette révélation mit le Congrès américain en émoi. Quarante sénateurs se joignirent à Cranston (sénateur démocrate de Californie) pour demander à la Commission sénatoriale des forces armées de procéder à une enquête. Car c’était une infraction, à la loi votée par le Congrès en 1973 interdisant la participation des membres de l’armée américaine à toute activité militaire au Cambodge.

L’ambassadeur américain à Phnom Penh commença d’abord par opposer aux journalistes un démenti catégorique. Il niait l’existence de conseillers US au Cambodge, niait l’ingérence de tout militaire américain dans cette guerre,etc.

On pouvait lire cependant dans le télégramme de l’ambassadeur que le Département d’Etat publiait le même jour : « Le rôle de l’attaché militaire nécessite de fréquents déplacements sur le front pour réunir des informations et examiner avec les officiers responsables des forces armées cambodgiennes la disposition des effectifs amis et ennemis ». (AIP, 14 mars 1974)

De l’examen avec les officiers responsables de la disposition des effectifs aux « conseils », il n’y a qu’un pas. A-t-i ! été franchi ? Il suffit pour s’en convaincre de lire la dépèche de l’agence Tass du même jour : « Lawrence Ondeeker a concentré entre ses mains le commandement de toutes les opérations militaires contre les patriotes dans cette région (Kampot). Il dresse les plans des opérations, fixe les objectifs pour l’artillerie, demande par l’intermédiaire de la mission américaine à Phnom Penh des renforts, du matériel de guerre et des munitions, dirige des déplacements et des manœuvres de troupes. »

UN EXEMPLE DU REFUS GENERAL DE RAISONNER SUR LE GENOCIDE

Interview du cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh, dans LE MONDE du 06.02.04

« Mrbongare : Pourquoi le Cambodge a-t-il été le cadre de ce crime sans nom ?

« Rithy Panh : Pourquoi le Cambodge ? Pourquoi le Goulag en Russie ? Pourquoi le Rwanda ? Pourquoi la Bosnie ? Il y a plusieurs raisons au Cambodge : frustration des paysans pauvres, les bombes américaines qui tuaient leurs bœufs, parce que les pauvres sont méprisés. Arrive alors une idéologie qui dit on va faire une révolution pour plus de justice. La guerre est un terrain formidable pour le génocide. Les génocides arrivent pendant une période où les lois sont bafouées. Et il y a une idéologie de l’utopie. Mais on ne peut malheureusement pas tout expliquer dans un génocide. Une guerre, on peut l’expliquer, pas un génocide. C’est ce qui fait que le traumatisme est plus grand, que les survivants se sentent coupables. »

UN CRIME DU MAOISME QU’IL LUI RESTE A RECONNAITRE

C’est sur les conseils de Mao Tse Toung, lancé dans le « Grand bond en avant » et la « révolution culturelle » contre les travailleurs et les citadins que les Khmers rouges ont mené leur propre contre-révolution contre les villes. Voici la manière dont les maoïstes actuels (Forum des marxistes-léninistes) couvrent ces crimes : « Compte tenu des problèmes énormes et des conditions où les Etats-Unis avaient laissé le pays, ces chiffres sont relativement faibles. D’une part, il y avait le problème du chaos énorme, qui rendait inévitable l’évacuation de Phnom Penh (où il n’y avait plus de nourriture) et le travail extrêmement pénible de gens affamés dans les champs de riz. Dans ces conditions quasiment inhumaines, le maintien de l’ordre était impossible sans un certain nombre d’exécutions. Deuxièmement, il y avait l’énorme colère des paysans ayant subi des bombardements meurtriers et systématiques, contre le « camp de l’ennemi », où nombre d’entre eux rangeaient les habitants de Pnom Penh. On comprendra aisément qu’une vague de violence spontanée se soit développée. Tout comme on comprendra que les communistes cambodgiens, en raison de leur petit nombre de cadres et après une guerre si dévastatrice, n’aient pas toujours été en mesure de contrôler cette vague et qu’ils aient même commis des fautes graves. En tout cas, il est clair que le mythe du « génocide organisé par Pol Pot », tel qu’il fut construit de toutes pièces dans les années 80 et tel qu’on l’utilise aujourd’hui pour préparer une guerre où l’impérialisme américain, français et japonais entend liquider définitivement les communistes cambodgiens, est une pure propagande anticommuniste. » (Réponse d’un militant qui cite l’ « Humanité rouge », journal maoïste français !) Mais les maoïstes, de l’époque ou d’aujourd’hui, n’étaient pas les seuls à s’enthousiasmer pour les Khmers rouges. Le journal Le Monde en date du 18 avril 1975 : « Phnom Penh est tombée ! La ville est libérée… Des groupes se forment autour des maquisards… L’enthousiasme populaire est évident. » Pour Jean Lacouture, il s’agit d’ « une audacieuse transfusion de peuple » ! Et il précise : « Personne ne peut encore se permettre de juger une expérience. » Il y avait encore les dirigeants de la LCR de l’époque à revendiquer d’abord « GRUNK à Phnom Penh » dans les rues en temps que « FLN à Saïgon ». Et ils expliquaient que, sous les Khmers rouges, c’était le socialisme qui se construisait. On peut se tromper… de nationaliste. Mais ils ont surtout omis durant de longues années de revenir sur cette erreur et de l’expliquer… Pierre Rousset qui a écrit sur l’Indochine pour la LCR, durant de trop longues années, des articles sans l’ombre d’une critique sur les khmers rouges, rectifiait le tir sans s’expliquer sérieusement le 1er février 2008 dans « Europe Solidaire sans frontières » : « C’est dans un contexte déjà incertain que la question des Khmers rouges s’est posé au mouvement de solidarité. Ceux qui suivaient de près l’actualité indochinoise sentaient que les rapports entre les partis vietnamien et cambodgien étaient tendus. Mais nul ne savait ce qu’était devenu « l’Angkar » sous la direction de Pol Pot. Les maoïstes et certains courants tiersmondistes ont pris fait et cause pour le régime khmer. Dès que Phnom Penh a été vidé de sa population, le doute est né pour les autres composantes de la solidarité, qui ont tout d’abord cherché à démêler le vrai du faux sur ce qui était dit des Khmers rouges — avant de conclure que la réalité dépassait même la pire des propagandes US ! Le « polpotisme » était d’autant plus imprévu que l’on ignorait presque tout de l’histoire du communisme cambodgien. Il a fallu attendre les travaux de chercheurs enquêtant auprès des réfugiés, puis travaillant sur les archives du régime après sa chute en 1978, pour la reconstituer en partie. »

- - - - - -

Extraits de « Le Kampuchéa des « Khmers rouges » de Sacha Sher

« La direction « khmer rouge » : Pol Pot, Nijon Chea, Ta Mok, Ieng Sary, Son Sen, Kje Pok, Khieu Samphan, Non Suon et Hu Nim. Il conviendrait de rajouter à ces figures plus ou moins dirigeantes : Sao Phim, Ros Nim, Vorn Vet et, dans une moindre mesure, Kong Sôphal.

« Introduction

« La « révolution » d’avril 1975 est une des pages obscures de l’histoire du 20ème siècle. Dans la conscience nationale cambodgienne comme dans l’espace imaginaire occidental, la confusion et l’incompréhension sont grandes. Les Cambodgiens (…) se demandent pourquoi les « révolutionnaires » se sont livrés à l’asservissement, aux déplacements en masse, à la dislocation des familles (…) Comment la machine économique et répressive de l’Organisation dirigeante appelée Angkar Loeu (organisation supérieure) ou Angkar Padévat (organisation révolutionnaire) a-t-elle conduit à la mort des centaines de milliers de personnes, à commencer par de nombreux citadins ? (..) Enfin nous nous interrogeons sur la question de la qualité marxiste, communiste, nationaliste ou révolutionnaire du « Kampuchéa démocratique », des objectifs primordiaux du régime (…) Du côté étasunien, la fin de l’année 1979 est marquée par un revirement diplomatique en faveur de Pol Pot contre l’occupation vietnamienne, ce dont témoignent à la fois les positions de Douglas Pike soulignant le charisme et le soutien substantiel dont jouissait Pol Pot, les pressions dont Sihanouk fut l’objet en 1981 pour s’allier à nouveau aux Khmers rouges, et le rapport démographique de la CIA occultant les exécutions de 1977-1978. (« Kampuchéa : a demographic catastroph », CIA, 1980).

La Cambodge avant la « révolution »

En mars 1970, la monarchie constitutionnelle fit place à une « république » restée entre les mains de vieux conservateurs. Cette république dénia à Sihanouk, l’ancien roi puis chef d’Etat, toute fonction et crut conforter son pouvoir par le feu des mitraillettes et des tanks dès le mois de mars. Elle fut immédiatement confrontée à une alliance de partisans du prince Sihanouk et de « communistes » cambodgiens (le Front uni du kampuchéa, FUNK) déterminés à la renverser avec le soutien des combattants du Nord-Vietnam et du Front National de Libération Sud-Vietnamien. Cinq années de guerre et quatre ans et demi de bombardements américains ravagèrent le pays et déversèrent la moitié des paysans dans les villes, où l’élite, assoiffée de biens de consommation ostentatoire, se livrait à son sport favori : la course aux gaspillages de prestige. Mais les temps n’étaient plus à la même insouciance. Certains étudiants ou fonctionnaires, par crainte d’être enrôlés dans l’armée, disparaissaient à la campagne. En 1974, la population de la capitale était approvisionnée en aliments par l’aviation américaine. En février 1975, elle devenait totalement tributaire du riz américain, désormais livré gratuitement par avion. Phnom Penh était en proie à la flambée des prix, aux épidémies, à la corruption et à la malnutrition infantile. Les conditions de vie étaient particulièrement alarmantes dans les camps de réfugiés de guerre qui avaient fui, dans un premier temps, les bombardements américains puis, en 1973-1974, la famine provoquée par les bombes et les dysfonctionnements de la collectivisation en marche. En avril 1975, avant l’entrée des « révolutionnaires » triomphants, les docteurs français craignaient l’arrivée imminente d’une épidémie de peste bubonique, de choléra ou de fièvre typhoïde. (…) La responsabilité des Etats-Unis et du gouvernement Lon Nol dans le refus d’assigner du personnel et d’allouer des fonds suffisants pour prendre en charge ces personnes déplacées, ces malades, et surtout les enfants, a été clairement exposée par Georges C. Hildebrand et Gareth Porter (…) Les signes de malnutrition infantile devinrent patents vers septembre 1974 et entraînèrent la mort de près de 8.000 enfants au cours du seul mois de mars 1975. Selon le FMI, le total des surfaces cultivées était passé de 2,46 millions d’hectares en 1969 à 500.000 hectares en 1974. (…) Aussi la ration disponible par personne en février et en mars 1975 au prix officiel n’était plus que de 275 grammes puis de 160 grammes, alors que le minimum nécessaire à la survie était évalué par la FAO à 450 grammes. (…) Le 17 avril 1975, Phnom Penh surpeuplée tomba dans le camp du FUNK et fut rapidement dépeuplée. Le 5 janvier 1976, l’avènement du « Kampuchéa Démocratique » fut proclamé. Pour faire bonne apparence, une Assemblée Représentative fut élue le 20 mars 1976 au cours d’un simulacre électoral. Elle ne se réunit qu’une fois, le 12 avril, pour voter à main levée la composition du gouvernement, avec Pol Pot pour premier ministre. Ce régime ne fut chassé que le 7 janvier 1979, date officielle de la victoire vietnamienne au terme de plusieurs années de désaccord politique, d’un an de combats frontaliers, et de deux semaines de guerre éclair.

Les « Khmers rouges »

La dénomination qui leur est restée semble être apparue dans la bouche du prince Sihanouk en 1955, pour désigner une des tendances de son mouvement politique, le « Sangkum Reastr Niyum » (Communauté socialiste populaire) (…) Les Khmers n’étaient que la majorité du peuple kampuchéen. (…) Ben Kiernan rapporte aussi que Pol Pot avait évoqué l’émergence d’un gouvernement « rouge pur » après le démantèlement du gouvernement de Front Uni le 22 avril 1976. (…) Dans un premier temps, des historiens ont retenu dans le processus de maturation des positions du PC du Kampuchéa, l’importance de la filiation maoïste, avec, au sein des hauts cadres, une tendance pro-vietnamienne rapidement écartée (…) Puis les recherches ont révélé que l’influence de la « Révolution culturelle » avait été très négligeable par rapport à l’influence du « Grand bond en avant » (NDLR : rappelons qu’il s’agissait d’une politique de Mao méfiante de l’augmentation numérique et de l’importance sociale du prolétariat des villes, pour prôner un prétendu saut économique et social se détournant du développement des villes, en renonçant à l’industrialisation des villes et en poussant les paysans à devenir le centre de la société et notamment d’une industrialisation des campagnes). (…) Sihanouk rejetait tout dialogue avec Lon Nol et affirmait que les « Khmers rouges » vaudraient mieux que l’administration corrompue qui l’avait renversé, même s’ils finiraient pas le recracher « comme un noyau de cerise ». (…) Ephémère période de concorde où Sihanouk avait été élu par un congrès de la résistance « Chef de l’Etat à vie »… (…) Depuis le début de l’année 1975, les membres du gouvernement Lon Nol propageaient l’idée d’une entente possible avec les combattants du FUNK. (…) Aussi le FUNK avait-il obtenu du premier ministre Long Boret le désarmement des civils de Phnom Penh dans le cadre des discussions de réconciliation. (…) Finalement l’armée abandonna ses armes dans la rue, et se rendit pratiquement sans résistance le 17 avril 1975 (…) Les vainqueurs furent souvent accueillis en libérateurs. Une aura princière s’était répercutée sur les « rouges », connus sous le nom de « maquisards de Sihanouk ». De plus, il était difficile d’imaginer le bouleversement qui allait se produire : le programme du FUNK, rédigé en mai 1970 par Thiounn Mumm, prévoyait de garantir le droit de propriété, de garantir le système d’entraide à la campagne, de supprimer les droits d’usure, la corruption et les moeurs dépravantes (…) Ieng Sary, interviewé par « L’Humanité » le 21 et 22 juillet 1972, décrivait ainsi les conditions de vie dans les zones du FUNK : usure supprimée, rentes foncières fortement diminuées, propriétaires fonciers confisqués, mouvement coopératifs et d’entraide développés (…)

A Phnom Penh, mais aussi à Battambang ou à Sihanoukville, les « révolutionnaires » confisquèrent les armes et répandirent par haut-parleur la nouvelle de l’imminence des bombardements américains. (…) Dans tous les cas, l’évacuation devait durer trois heures, trois jours tout au plus. (…) Les soldats rebelles purent encadrer aisément et immédiatement la population en se postant à tous les coins de rue. La capitale fut vidée en moins d’une semaine et bien souvent la marche dura un mois. .. Les gens étaient dirigés dans plusieurs directions, arbitrairement, au mépris des liens familiaux, de la fatigue des personnes âgées et des femmes enceintes. Certains soldats avaient reçu comme consigne de tuer tous ceux qui refusaient de partir ou ceux qui s’obstinaient à vouloir revenir en arrière, peut-être pour l’exemple. La nuit, écrivait Pin Yathay, les soldats tiraient à vue.

Les raisons de l’évacuation des villes

Il fut souvent fait état de l’aspect fantomatique de Phnom Penh après avril 1975. (…) La décision d’évacuer ayant été précautionneusement gardée secrète jusqu’à dix ou deux jours avant la victoire, l’acheminement des déportés vers des villages aménagés ou des points d’eau (devenus rares en saison sèche) en pâtit. (…) Le taux de mortalité au cours de l’évacuation a été de 0,53% soit 10.600 sur deux millions de phnom-penhois. Durant la guerre, quelques villes avaient déjà été vidées de tout ou partie de leurs habitants : Kratié, Stoeung Treng, Kompong Cham, Oudong, Kompong Trac, Ang Tasom, et Kompong Kdei. Et selon un ancien cadre du ministère des affaires étrangères, l’évacuation de Phnom Penh a été entreprise suivant le précédent de celle de Kratié et de Stoeung Treng. L’offensive finale sur Phnom Penh fut décidée en mai 1974, et l’évacuation de Phnom Penh et d’autres villes (Battambang, Païlin, Sisophon, Mongkolborey, etc.) le fut en février 1975, un mois après le début de l’assaut de la capitale, malgré des voix discordantes au sein du parti. (…) Un document destiné aux cadres indiquait en novembre-décembre 1975 que « la politique d’émigration et de déplacement de la population a été adoptée en 1970 par le Comité central de notre parti. (…) cette politique est une nouveauté pour le monde et pour notre révolution. » (…) A cette époque, Mao considérait les villes comme des « entités réactionnaires et corrompues ». Et au cours de la campagne des « Cent fleurs » ou du « Grand bond en avant », des citadins ou des intellectuels avaient été envoyés à la campagne. (…) A la fin de l’année 1968, deux ans après que Pol Pot fut parti de Chine, la Révolution Culturelle avait finalement conduit à « désurbaniser les villes » - un mot d’ordre du « Quotidien du peuple » - c’est-à-dire à vider un tiers de la population de Nankin en une semaine et à déplacer « volontairement » huit cent mille habitants de Shangaï. (…)

Les raisons pratiques immédiates de l’évacuation

Selon une justification conjoncturelle avancée très tôt, l’évacuation avait été le meilleur moyen d’éviter des épidémies et d’approvisionner la population. (…) On peut bien entendu se demander pourquoi la quasi-totalité des habitants de la capitale mais aussi des autres villes, furent évacués (…) La réponse est donnée par Ieng Sary le 17 septembre 1975, qui faisait de cette évacuation une « décision capitale » de la révolution était que l’ennemi comptait, pour revenir au pouvoir au bout de six mois, sur l’incapacité du nouveau régime à nourrir la population nouvellement « libérée ». Pour Pol Pot, interrogé en mars 1978, « rester dans les villes aurait signifié la famine. Un peuple affamé n’aurait pas cru à la révolution. » Mieux valait donc évacuer les villes pour à la fois éviter une famine et prévenir des révoltes. « Nous ne pouvions pas être sûrs de la population de Phnom Penh » se rappelle un cadre de la zone sud-ouest. (…) Le prétexte général donné à la population pour quitter Phnom Penh et d’autres villes était le besoin d’échapper aux bombardements américains. On considère généralement que c’était là provoquer une fausse panique. (…) Les dirigeants du PCK avaient pu évaluer que leurs forces ne seraient pas en mesure d’administrer les villes. (…) Ils soupçonnaient même le réseau urbain du parti (…) En juillet 1978, la radio du Kampuchéa diffusait « les causes de l’évacuation de la population de Phnom Penh » : (…) « Cela aiderait à éliminer les différences entre paysans et citadins ». (…) Laurence Picq se souvient qu’il avait été dit, lors de séminaires, que la révolution cambodgienne avait réglé l’éternelle contradiction entre les villes et les campagnes (…) et fait disparaître les manifestations anti-gouvernementales. Dorénavant, Phnom Penh était pure. Ses vilains taudis avaient aussi été brûlés par l’Organisation (…) Les citadins occupés à des emplois industriels étaient eux-mêmes considérés (par les Khmers rouges) comme improductifs non seulement par Khieu Samphan mais aussi par Sihanouk."

POURQUOI LES KHMERS ROUGES AVAIENT-ILS PEUR DE LA CLASSE OUVRIERE ET DE LA CONTESTATION DES VILLES ?

Le début des années soixante-dix marque la remontée ouvrière dans le monde. Depuis 1968, la grève générale en France a été suivie de mouvement partout dans le monde. Les luttes ouvrières sont devenues massives et explosives en Pologne, en Turquie, en Afrique du sud. Et particulièrement en Asie comme on va le voir ci-dessous. Du coup, les dirigeants nationalistes du type des khmers rouges avaient d’autres problèmes pour imposer leur prééminence due exclusivement à leur force armée. Car ce n’est pas une période où la force principale socialement apparaît la paysannerie.

CORÉE DU SUD

A partir du milieu des années 70, la classe ouvrière sud-coréenne a détruit, grâce à des grèves de masse remarquables au cours des années 1987-1990, les bases d’une dictature militaire qui sévissait depuis des décennies. Le 13 novembre 1970 marque la naissance symbolique du mouvement ouvrier sud-coréen contemporain. Ce jour-là, Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du textile, s’immola au cours d’une petite manifestation dans l’une des zones industrielles de Séoul qui regroupent des sweatshops (entreprises où les syndicats sont, de fait, interdits et les ouvriers surexploités). Jeon avait auparavant essayé toutes les démarches légales possibles pour obtenir réparation, mais en vain. Le mouvement des années 70 fut caractérisé par un nombre croissant de grèves menées, dans les conditions les plus difficiles, par des ouvrières du textile. Les revendications étaient simples et claires ; elles concernaient la longueur inhumaine des journées de travail, les bas salaires, l’autoritarisme des chefs et le fait que les femmes étaient obligées de vivre dans des dortoirs. Elles étaient généralement recrutées directement dans les campagnes et les bidonvilles qui fleurissaient autour de Séoul et d’autres villes. Les grèves furent presque toujours brutalement réprimées par les gardiens d’usines, la police, les soldats et des nervis recrutés dans les bas-fonds. La lutte pour la création d’un syndicat démocratique à l’usine de la société textile Dongil à Inchon, entre 1972 et 1976, fut exemplaire à cet égard. C’est également durant les années 70 que des groupes religieux (principalement chrétiens) et des étudiants radicaux (les « hakchul », « venant de l’université ») commencèrent à nouer des liens avec le mouvement ouvrier. Les groupes religieux étaient inspirés par la théologie de libération catholique et des doctrines sociales protestantes similaires. Les groupes religieux et les étudiants radicaux créèrent des écoles du soir pour les ouvriers et ouvrières du textile, pour leur apprendre à lire et écrire, leur enseigner des rudiments de secrétariat et aussi leurs droits fondamentaux en tant que salariés. Les années 70 virent aussi éclore le mouvement minjung (imprégné par la culture populaire), étroitement lié au mouvement religieux et au mouvement hakchul. Né dans la classe moyenne, le mouvement minjung pénétra la culture populaire, qui subissait une érosion rapide sous l’impact de la modernisation de la Corée à marche forcée. Il essaya d’utiliser cette culture populaire afin de créer une « contre-culture de lutte ». À cette fin, il utilisa la musique et les danses du chamanisme coréen et des traditions paysannes rurales : il réussit ainsi à consolider la détermination collective des travailleurs pour lutter contre tous les mauvais coups et la répression. Encore aujourd’hui, les chansons, comme chez les IWW américains, demeurent une tradition importante du mouvement ouvrier coréen : lors des manifestations et des grèves les travailleurs chantent des dizaines de chansons que tout le monde connaît par cœur. Le mouvement coréen des années 70 - que ce soit le mouvement ouvrier ou les mouvements hakchul, minjung ou religieux - ne dépassa pas le cadre de l’idéologie démocratique libérale et eut tendance à regarder avec sympathie les Etats-Unis qu’il considérait comme une force qui orienterait la dictature coréenne vers la démocratie. Tout cela changea avec le soulèvement de Kwangju et le massacre qui s’ensuivit en mai 1980.

BIRMANIE

Mai 1974 : Vague de grèves ouvrières à Rangoon, en Birmanie. Juin 1974 : Émeutes ouvrières suivies d’attentats à Rangoon. Les incidents et les manifestations qui se multiplient dans les villes se transforment en un mouvement insurrectionnel violemment réprimé. À Akyab, sur le golfe du Bengale, les dockers refusent de charger du riz destiné à l’exportation alors que la population souffre de pénurie alimentaire. En décembre 1974, manifestations étudiantes et ouvrières violemment réprimées à partir du 11 décembre, ce qui entraîne une situation insurrectionnelle à laquelle le pouvoir réplique par la proclamation de la loi martiale. De nouvelles manifestations seront brisées en juin 1975.

THAILANDE

En 1970, un vaste mouvement de revendications s’est étendu aussi parmi les ouvriers et la population laborieuse des villes contre les licenciements, pour la majoration des salaires, la réduction des heures de travail, la restitution des retenues sur salaires, les primes pour les heures supplémentaires, la baisse des prix et le boycottage des produits japonais. En décembre 1970, le gouvernement est contraint de majorer les salaires des ouvriers. À l’automne 1973, les demandes pour une nouvelle constitution et des élections, lancées par un petit groupe d’étudiants libéraux et d’enseignants universitaires, font boule de neige et près de 500 000 personnes sortent dans les rues, une véritable explosion de participation démocratique sans précédent dans l’histoire de la Thaïlande. La lutte atteignit son point culminant le 14-10-1973 avec des centaines de milliers d’étudiants, de jeunes et de travailleurs affluant de diverses provinces organisèrent avec la population de Bangkok « la plus grande manifestation de l’histoire de la Thaïlande » (Reuter, 16-Í0-1973). Ils exigeaient la libération inconditionnelle des personnes arrêtées, la promulgation d’une Constitution dans les six mois, la baisse des prix, la démission du gouvernement Thanom Kittikachorn et le départ des troupes américaines, à qui ils attribuaient l’origine de tous les méfaits. Les grèves des ouvriers et des travailleurs de Bangkok se développent. Une centaine ont été déclenchées jusqu’à présent pour exiger l’augmentation des salaires, de meilleures conditions de vie et l’exercice des libertés démocratiques, dans toutes les branches de l’économie : électricité, eaux, combustibles, transports, commerce, hôtellerie, docks... Dans de fréquents meetings et manifestations, étudiants et jeunes ont apporté leur soutien aux ouvriers. Ils exigent du gouvernement qu’il honore ses promesses concernant la promulgation des libertés démocratiques, de la Constitution et la tenue des élections générales. La dictature militaire s’effondre. 1974-75 : le régime est incapable d’endiguer les grèves malgré une répression violente. Des milices fascistes organisent une campagne de terreur, attaquant les manifestations, assassinant systématiquement les dirigeants paysans, ouvriers, le secrétaire général du parti socialiste, des députés de gauche, des attentats à la bombe au siège des partis de gauche. Le dictateur responsable des tueries de 1973 rentre d’exil le 19 septembre et se fait moine dans un temple situé aux abords immédiats du palais royal. Il y reçoit la visite du roi et de la reine. Deux jours plus tard, des ouvriers protestants contre sa présence sont lynchés. En 1974, 6000 ouvriers du textile en grève en lutte arrachent au gouvernement une augmentation du salaire minimum et une meilleure législation sociale qui légalise les syndicats. 1975 : c’est l’année de la montée des luttes ouvrières et de la formation massive de syndicats ouvriers. Une grève symbolise la dynamique vivace d’alliance ouvrière, paysanne et étudiante à l’œuvre derrière la multitude des luttes locales : la grève des ouvrières de l’entreprise textile Hara jeans (de l’été 75 à mars 76). De jeunes ouvrières se mettent en grève ; malgré la pression des familles, ces jeunes femmes, soutenues par les étudiants, occupent leur usine, remettent en route sous leur contrôle la production, créent une bibliothèque, engagent des débats de plus en plus politiques et envoient par solidarité des vêtements à des paysans du Nord frappés par une vague de froid... On n’avait jamais vu ça en Thaïlande ! La classe ouvrière apparaît dans les villes comme la tête de la contestation. Il devient menaçant pour toute la bourgeoisie. Le Parti PCT (stalinien) choisit d’abandonner les villes pour former une guérilla. Des mouvements d’extrême droite se constituent avec l’appui direct de factions militaires, du palais, de secteurs de la police... Ce sont les Kratin Daeng (Buffles sauvages rouges), le Nawapon (les Scouts villageois). Ils font peser une menace constante sur toutes les manifestations de rue (des bombes sont lancées dans des cortèges pacifiques, des piquets de grève sont attaqués...).

INDE

En Inde, aussi les luttes ouvrières commençaient à se multiplier. Autour de 1968, vague de grèves d’ouvriers et d’ouvriers agricoles. De 1968 à 1975, les fermetures d’entreprises textiles ont donné lieu à des réactions des travailleurs.

Au Cambodge aussi les khmers rouges avaient des raisons de penser qu’une classe ouvrière libérée de la dictature précédent risquait de se soulever.

CAMBODGE

Article de presse en 1974 : « La lutte dans les villes occupées par Lon Nol est très vigoureuse. A Phnom Penh les ouvriers sont à la pointe du combat Les ouvriers de l’usine de textile Chip Tong ont engagé une lutte résolue contre leurs conditions de vie. La lutte a été préparée plusieurs jours à l’avance par des réunions. Le 17 décembre la grève a éclaté, chacun avait sa tâche, apposer des banderoles, participer à un groupe d’auto-défense contre une éventuelle intrusion de la police militaire, se poster en sentinelle. Les mots d’ordre des banderoles visaient directement le régime Lon Nol : "défaite au plan de fermeture des usines pour recruter les ouvriers", "libération immédiate et inconditionnelle de tous les ouvriers détenus illégalement par l’administration félonne", "paiement immédiat de leurs salaires aux ouvriers", "du riz à vendre et à distribuer en quantités suffisantes aux masses laborieuses", "pour les ouvriers lutter c’est vivre, ne pas lutter c’est mourir", "Nous luttons pour la victoire finale".

Pour régler les salaires impayés, les ouvriers ont mis en vente du tissu fabriqué par l’usine, à un prix à la portée des bourses des habitants pauvres. De nombreux "clients" apportent aux grévistes du riz cuit.

Des centaines de policiers venus pour déloger les ouvriers de l’usine sont empêchés d’intervenir par les habitants solidaires des grévistes qui les huent et leur barrent la route, ceux qui parviennent à l’usine sont repoussés par les ouvriers qui contre attaquent à l’aide d’armes improvisées.

De telles luttes affectent de nombreuses usines de Phnom Penh, Kampot, Battambang. »

D’autre part, n’oublions pas que les khmers rouges suivaient la politique des dirigeants chnois

CHINE

En Chine de Mao, craignait-elle la classe ouvrière ?

La classe ouvrière, il est facile de comprendre que le pouvoir chinois ait eu des raisons de la craindre. Dès sa naissance, l’Etat chinois a été une dictature contre les travailleurs, privés de tout droit et l’expression maoïste de « dictature du prolétariat » n’a jamais été qu’un masque au nationalisme de la petite bourgeoisie radicale portée au pouvoir par l’insurrection paysanne. L’époque maoïste était loin d’être un paradis socialiste pour les travailleurs des villes comme des campagnes (ils ont été les principales victimes du prétendu « grand bond en avant » et de la « révolution culturelle » qui ont fait des millions de morts), et celle du retour au marché mondial organisé par le même Etat n’est pas fait pour améliorer leurs conditions d’existence ni leurs droits. Les convulsions que connaît la Chine des gardes rouges en 1966-1967, le discours logomachique sur les jeunes “rebelles révolutionnaires” se livrant à des “prises de pouvoir” et “faisant la révolution”, ont donné lieu à la croyance selon laquelle la “révolution culturelle” était la dimension chinoise du soulèvement mondial de la jeunesse et même l’une des manifestations les plus radicales de ce mouvement. Le soufflé retombé, et plus d’informations filtrant entre les mensonges et les proclamations délirantes, il est devenu clair pour tout le monde que le tyran Mao avait manipulé la jeunesse et lancé les uns contre les autres des secteurs entiers de la population, en une opération meurtrière qui restera surtout comme l’une des grandes instrumentalisations de l’histoire. Le dégoût que suscite la violence et, bien souvent, la bêtise des commandos de “gardes rouges” contre tout ce qui était censé représenter la “bourgeoisie”, la culture et l’autorité -tout, à l’exception de la figure divinisée de Mao-, dégoût légitime, empêche alors de comprendre que les traits de violence rituelle de la “révolution culturelle” ne sont pas véritablement spontanés, mais visaient à canaliser les forces qui s’étaient déchaînées. En fait, sous-information et désinformation en faveur ou en défaveur de la “révolution culturelle” (et jusqu’à cette appellation équivoque de “révolution culturelle”) ont avant tout servi à ce que le monde ne comprenne pas qu’en Chine, la révolution anti-bureaucratique a fait irruption en ces années là. Pour comprendre ce qui s’est réellement passé, il faut d’abord prendre en compte que nous sommes dans la Chine convalescente sortant du soi-disant “Grand Bond”. La bureaucratie est le grand vainqueur social du “Grand Bond”, mais les campagnes, c’est-à-dire la grande majorité de la population, ne subiront en fait jamais plus d’offensive “collectiviste” et le replis sans phrases est patent dés 1960 : lopins privés et marché libre sont en vérité les vrais poumons de l’agriculture chinoise. A la différence de l’URSS, si la poussée gauchiste-bureaucratique du “Grand Bond” a été pire encore que celle de la collectivisation de 1929-1930, le repli qui s’ensuit est beaucoup plus profond, et il est définitif. L’intérêt général de la bureaucratie serait alors de se “reposer” et de pratiquer une planification industrielle modérée sur la base d’une économie de marché villageoise, ainsi qu’une politique extérieure de “détente” dans toutes les directions.

Dans « Les habits neufs du président Mao » de Simon Leys :

« Le principe du « Grand bond en avant » était de résoudre le sous-développement industriel et économique du pays en substituant à l’équipement de base qui lui faisait encore largement défaut, ou ne s’implantait qu’avec une trop grande lenteur, les ressources humaines du pays entier, galvanisées par une impulsion unanime d’enthousiasme révolutionnaire. (…) Un second trait caractéristique de l’orientation du « Grand bond » fut son refus du monde extérieur, son refus de la modernité, son désir de réintégrer le giron familier de la vieille province chinoise autarcique, ce terroir archaïque dont Mao lui-même est le pur produit. (…) Dans la formation de sa pensée, les ouvrages de doctrine marxiste n’ont jamais pesé lourd en regard de ses lectures chinoises classiques. (…) Trois thèmes de la pensée maoïste donnent en effet la clef de la « philosophie » du « Grand bond » » : 1) la force de la Chine réside dans son dénuement même (…) 2) la seule ferveur révolutionnaire peut et doit efficacement surmonter l’obstacle des choses et transformer la matière (…) 3) l’improvisation villageoise, le bricolage indigène, peuvent et doivent efficacement remplacer les moyens scientifiques, techniques et industriels. En fait, ce que nous retrouvons ici, ce sont les vieilles recettes de la guérilla menée dans l’isolement primitif des provinces intérieures, recettes qui avaient jadis assuré à Mao ses plus éclatantes victoires. (…) Il préfère freiner et bloquer l’évolution du pays plutôt que de voir celui-ci échapper à son contrôle, non seulement il l’immobilise, mais il le ramène délibérément en arrière. (…) Non seulement les objectifs délirants que s’était assignés le mouvement ne furent pas atteints, mais l’économie chinoise entière fut longée dans le chaos, l’effort de construction du pays se retrouva paralysé et brisé. Deux facteurs vont empêcher cette stabilisation. Le plus important est sans doute l’impossibilité d’une détente extérieure. Loin de tendre la main à la Chine les Etats-Unis la menacent, et la politique d’alliance avec la bourgeoisie a provoqué la catastrophe indonésienne : la Chine est encerclée. Elle pourrait dans ces conditions avoir la tentation de se rapprocher de Moscou et l’appareil dirigeant est probablement divisé à ce sujet. En attendant, elle développe un discours tiers-mondiste, gauchiste et nationaliste qui la fait passer pour un pays “révolutionnaire” alors que dans la pratique, son aide au Viêt-Nam par exemple est très limitée. Le second problème est que cet appareil dirigeant justement est divisé entre la faction de Mao, sorte de Bonaparte suprême, en voie de perdre le pouvoir réel suite à la catastrophe du “Grand Bond”, et les grands dignitaires de l’appareil qui s’opposent à lui depuis au moins 1956, Liu Shaqi et Deng Xiaobing. Aucun débat “démocratique” ne pouvant trancher les désaccords, la “révolution culturelle” commence comme une opération bureaucratique lancée par Mao contre les partisans éventuels d’une réconciliation avec Moscou (les “révisionnistes” et les “poux de l’espèce de Khrouchtchev”) et contre les tenants, qui sont souvent les mêmes, d’une adaptation au retour au marché (“les partisans du capitalisme spontané”). Mais cela sans que Mao n’ait aucune autre politique réelle à proposer, le délire de la construction immédiate du communisme ayant définitivement fait faillite avec le “Grand Bond” : les campagnes seront tenues en dehors de la mêlée. Il s’agit donc au départ de pure lutte pour le pouvoir. En 1966, Mao fait appel à la jeunesse des universités et des écoles pour qu’elle se “rebelle” contre l’appareil du parti. Son appel est entendu bien au delà de ce que lui-même escomptait et, ce que les commentateurs en général ignorent, négligent ou taisent, le mouvement gagne la jeunesse ouvrière et les ouvriers. A Shanghai, début 1967, les organisations de “rebelles” annoncent qu’elles vont faire élire par les ouvriers et la population une “Commune de Shanghai”. Contre ce passage à la démocratie et à la révolution, le pouvoir maoïste impose la généralisation des “prises de pouvoir” en faveur de la “triple alliance” : les “masses”, les “cadres” et l’armée. Les organisations de gardes rouges sont scissionnées, tronçonnées et opposées entre elles, ce qui donne son caractère si confus à cette période. Il est donc facile aux commentateurs de gloser sur l’étrangeté apparente d’un affrontement comme celui qui oppose la “Triple organisation de l’acier” et la “Troupe du million de héros” à Wuhan à l’été 1967 -en passant sous silence ou en ne voulant pas voir que le “million de héros” regroupe militaires et bureaucrates reprenant par la force, au canon, les usines et les écoles aux ouvriers et aux jeunes… Finalement l’appareil est reconstruit, très largement avec le même personnel d’ailleurs, et le parti réinstallé à la tête de l’Etat. La “révolution culturelle” n’a rien révolutionné du tout et la jeunesse, qui s’est sincèrement révoltée et qui était au bord de se retourner contre le grand timonier, est interdite d’études pour plusieurs années et déportée à la campagne. Il restera aux commentateurs futurs à maudire toute cette période et à amalgamer cette jeunesse au tyran qui l’a trompée, trahie et persécutée, pour essayer de faire oublier, dans la mémoire collective du peuple chinois et du monde, que c’est la revendication de former des “Communes” s’appuyant sur le vote secret des travailleurs qui était sortie comme un astre clair du coeur de cette mêlée obscure. Dans « Les habits neufs du président Mao » de Simon Leys : « La « Révolution culturelle » qui n’eut de révolutionnaire que le nom, et de culturel que le prétexte tactique initial, fut une lutte pour le pouvoir. (…) Dans la suite de l’événement, un courant de masse authentiquement révolutionnaire se développa spontanément à la base, se traduisant par des mutineries militaires et par de vastes grèves ouvrières ; celles-ci, qui n’avaient pas été prévues au programme, furent impitoyablement écrasées.

Charles Reeve : Un participant actif de ce mouvement (Houa Lin-chan) a précisé, quelques années plus tard, les circonstances de l’affrontement : « En juillet 1967, Mao, voyant qu’il ne reprenait pas le contrôle des usines, a tout simplement envoyé l’armée contre les rebelles. Il y a eu des affrontements. Les militaires nous disaient : « Même si vous êtes majoritaires, que représentez-vous de l’ensemble de la Chine ? » Alors, nous nous sommes dit qu’il fallait convaincre les paysans de nous suivre. La tentative de mobilisation de « rebelles paysans » a été un échec total. (…) D’ailleurs, la féroce bataille dans laquelle s’est achevée la Révolution culturelle a, avant tout, opposé paysans et citadins. A Kouei-lin, 90% de la population était du côté des rebelles. Le parti ne pouvant reprendre la ville avec les 10% restants, il a dû mobiliser des dizaines de milliers de paysans ; chaque village devait envoyer son « détachement » qui était armé par le parti. » Aujourd’hui, lorsqu’il s’agit d’expliquer la « révolution culturelle », les médias et les intellectuels occidentaux restent complices de la classe dirigeante chinoise : ils reproduisent inlassablement la version fabriquée en Chine par les bureaucrates victorieux. (…)

Kouan Pou-liao : (…) Ce que l’on appelle aujourd’hui la révolution culturelle est, en fait, la contre-révolution qui a écrasé dans le sang les tendances dont les buts d’émancipation sociale allaient à l’encontre des intérêts de ceux qui avaient déclenché l’agitation. (…) La fin de la révolution culturelle avait ramené un certain calme dans les usines. Le massacre des rebelles par l’armée et par les milices paysannes avait sauvé le parti in extremis. Peu à peu, la terreur qui s’était abattue sur les villes chinoises s’était dissipée. (…) La poursuite des luttes politiques mobilisait surtout les cadres et les activistes de base du parti. La grande masse des travailleurs restait en dehors de cette agitation, attendant l’accalmie tout en tirant profit de la désorganisation bureaucratique pour survivre. (…) Les ouvriers vivaient enfermés dans les gigantesques complexes industriels. C’est en se repliant sur ces lourdes structures que la classe ouvrière chinoise avait réussi à se protéger des luttes au sein de la bureaucratie. Pendant toutes ces années, elle a sans cesse négocié son soutien passif aux lignes successives du parti, en échange de garanties sur le statut de l’ouvrier permanent, le bol de riz en fer sorti intact de tant d’années d’agitation et de luttes de pouvoir. » « Houa Lin-chan : En Occident, on parle de gardes rouges comme si cela avait été un corps homogène. En Chine, quand quelqu’un se présente comme garde rouge, on lui demande aussitôt : Tu étais rebelle ou conservateur ? » (…) (Entre écoliers rebelles et ouvriers), il y avait de grands problèmes de communication qui tenaient au fait que nous ne connaissions pas la vie réelle des usines, les problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs. »

Document :

Extraits de « Le tigre de papier » de Charles Reeve :

« Révolution par décret et grèves spontanées

« (…) Deux phases distinctes peuvent être clairement délimitées dans la Révolution culturelle, commencée officiellement le 18 août 1966 avec le meeting de masse de Pékin. Dans la première qui va jusqu’en janvier 1967, la tendance Mao mène un combat purement politique contre la bureaucratie du Parti. La seconde période est celle où la production est touchée et qui s’étend du début de 1967 jusqu’au milieu de 1968. (…) la première période est principalement caractérisée par la coopération étroite entre les gardes rouges récemment créés et l’appareil de l’armée ; l’armée fournit non seulement un modèle organisationnel, mais aussi les conditions matérielles de la « révolution » : transports, communications, radio, téléphone, etc… (…) En décembre 1966, la tendance maoïste à l’intérieur des hautes sphères du Parti et de l’Armée, où quelques purges avaient aussi eu lieu, fut assez forte pour lancer les premières réformes. Le 27 décembre, la Fédération des Syndicats fut dissoute et la décision fut prise de porter la « révolution » aux usines et aux champs. Même à cette époque, il était clairement précisé que l’objectif était de « faire la révolution et accroître la production ». (…) Des groupes d’ouvriers partisans des maoïstes furent créés, et avec l’aide des gardes rouges ils commencèrent à agir au niveau de la production par des purges visant les directions d’usines et les cadres syndicaux aussi bien que les autres travailleurs ayant « une idéologie bourgeoise ». Les « rebelles-révolutionnaires » manquant d’une force suffisante à l’intérieur de la classe ouvrière, il devint de plus en plus nécessaire d’avoir recours aux gardes rouges et à l’armée, ce qui contribua à la désorganisation de la production. La « Révolution culturelle » n’ayant rien de commun avec un mouvement spontané de la classe ouvrière (…) l’agitation qui en résulta de la part de la classe ouvrière chinoise ne dépassa jamais le stade d’une simple réaction contre les mesures venues d’en haut. (…) Au début de 1967, le gouvernement prit les premières mesures dans la nouvelle politique économique annoncée par la Révolution culturelle. Dans le secteur industriel, non seulement les avantages sociaux étaient atteints par la dissolution des syndicats, mais aussi les salaires furent réduits par l’élimination des stimulants matériels et des primes. (…) En outre, l’introduction des Gardes rouges dans les usines dans le but d’ »éduquer » la classe ouvrière provoqua un mouvement massif de grèves (…) Le mouvement de grève commença à Changaï le 9 janvier 1967 par le débrayage des dockers. Le mouvement s’étendit du port aux zones industrielles et toutes les industries de la ville furent bientôt arrêtées. L’activité des ouvriers était surtout une réponse à l’amputation de leur salaire et à l’instauration des stimulants idéologiques, c’est-à-dire à un contrôle plus serré des lieux de travail par le Parti et à une hiérarchie parmi les travailleurs basée sur la fidélité au Parti et à la pensée de Mao. (…) Les grèves de 1967 s’étendirent bientôt aux autres régions industrielles et, pour la première fois depuis 1926-27, la classe ouvrière chinoise entra en action pour défendre ses intérêts de classe immédiats, pour s’opposer à l’accroissement de son exploitation par l’amputation de ses salaires. (…) Le 13 janvier, la radio de Beijing annonça que dans les faubourgs ouvriers de Changaï se déroulaient de violents combats pour la prise de l’Office des Chemins de fer et de l’usine électrique de Yang Shu Bu qui avaient été occupés par « des ouvriers bourgeois » (Radio Pékin du 13 janvier 1967). L’armée populaire y fut envoyée et, par la suite, il semble que la lutte se termina grâce à l’action de l’armée « du peuple » contre le peuple des ouvriers. Néanmoins cette forte résistance de la classe ouvrière eut quelques effets immédiats. En ce qui concerne la baisse des salaires, certains adoucissements furent apportés (…) Au printemps 1967, la tendance était à la limitation de la « révolution culturelle » et à la mise en place de nouvelles formes de contrôle. En février le « Quotidien du peuple » appella au développement des « comités révolutionnaires » basés sur la triple alliance (armée, cadres révolutionnaires, producteurs).

En Chine, on observe une remontée des grèves à partir de 1974-1975, qui culmine en 1976. Pol Pot formé aux points de vue maoïstes des années 70 ne pouvait que craindre la classe ouvrière des villes et se tourner vers l’idée d’une indépendance des campagnes vis-à-vis des villes.

Le génocide des khmers rouges, le film

CHRONOLOGIE

Le Cambodge est un protectorat français depuis 1863.

Depuis lors, La paysannerie a vécu longtemps dans des conditions d’extrême violence et dans la haine des oppresseurs étrangers. Pendant la guerre française de reconquête de la fin des années 40, 1 millions de personnes sont déportées. Après 1945, les résistants anti-français décrivent les atrocités commises par les forces gouvernementales contre la population rurale.

En 1947, le pays devient une monarchie constitutionnelle dirigée par le roi Norodom Sihanouk. Le Cambodge obtient son indépendance le 9 novembre 1953, à la fin de la guerre d’Indochine.

Une vraie opposition entre la campagne et la ville se crée, la ville cherchant à préserver les privilèges de ses nantis.

Le prince Sihanouk gouverne le pays en essayant de parvenir à un équilibre entre la gauche révolutionnaire paysanne et la droite urbaine plus proche du pouvoir, tout en restant aussi neutre que possible face à la guerre d’Indochine.

Dès 63, des forces khmères Serei, soutenues par la CIA, attaquent le Cambodge à partir de bases thaïs ou sud-vietnamiennes. En 66, les Khmers Serei déclarent officiellement la guerre au Cambodge.

En 67, le gouvernement cambodgien porte plainte auprès des Nations unies contre des interventions armées américaines, sud-vietnamiennes et sud-coréennes sur son territoire.

1960-69 Guerre froide. A l’extérieur, Sihanouk mène une politique neutraliste, pour préserver son pouvoir et l’indépendance de son pays. Mais le Cambodge est entraîné dans la guerre du Viêt Nam. Il sert de base arrière pour les forces communistes nord-vietnamiennes engagées au Sud : « piste Hô Chi Minh », débarquement dans les ports cambodgiens d’armes soviétiques et chinoises. Relations de plus en plus tendues avec les Etats-Unis et leurs alliés (Thaïlande). A l’intérieur, Sihanouk réprime l’opposition républicaine et démocratique, qui rejoint la résistance armée. Dès janvier 1968, insurrection des communistes khmers ou Khmers rouges.

18 mars 1970 Coup d’Etat pro-américain et anticommuniste du général Lon Nol. Sihanouk est renversé. Réfugié à Pékin, il fait cause commune avec les Khmers rouges. Guerre civile.

L’escalade de la guerre au Cambodge coïncide avec des efforts similaires au Laos et au Viêt-nam. Après 69, l’aviation américaine largue des défoliants.

En 69 Sihanouk dénonce et s’oppose violemment aux bombardements quotidiens de l’aviation américaines sur la population civile des régions frontalières.

En 70, le gouvernement cambodgien rédige un livre blanc rapportant les milliers d’incidents militaires dont le peuple est victime, photographies, dates et détails à l’appui.

Sihanouk est renversé en mars 1970 par un putsch des classes dominantes soutenu par les Etats-Unis et dirigé par Lon Nol.

Des combattants Viêt-cong s’enfoncent dans le Cambodge et aident la résistance paysanne face aux putschistes. Il s’en suit une guerre civile, soutenue par les Etats-Unis du côté du gouvernement.

Les bombardements américains sont d’une ampleur sans précédent et laissent un pays totalement ruiné. Ils se poursuivent même après le retrait des forces Viêt-cong du territoire cambodgien.

Les bombardements radicalisent les paysans cambodgiens. Pendant la destruction systématique du Cambodge, les Khmers rouges, jusqu’alors marginaux, deviennent une force d’importance soutenue par les paysans, victimes terrorisées des raids aériens. Les raids aériens américains transforment des milliers de jeunes cambodgiens en membres de la croisade anti-américaine.

Malgré le vote du Congrès mettant fin aux bombardements en août 1973, la participation du gouvernement de Washington aux massacres continue jusqu’à la victoire des Khmers rouges en avril 1975.

17 avril 1975 Victoire des Khmers rouges, qui entrent à Phnom Penh. Déportation de toute la population urbaine dans les campagnes.

5 février 1975 : les FAPLNK coupent l’accès de Phnom Penh par le Mékong. La ville ne peut plus être atteinte que par voie aérienne.

24-25 février : congrès du FUNK-PCK. L’attitude à adopter après la victoire (évacuation des villes, suppression de la monnaie, relations avec le Vietnam) suscite des débats très vifs. De nouveaux billets de banque, imprimés en Chine, sont amenés en vue d’être mis en circulation dans les zones contrôlées par le FUNK. Ils ne seront jamais utilisés. Le FUNK-PCK publie une liste de « sept traitres » condamnés à mort : Lon Nol, Sirik Matak, In Tam, Cheng Heng, Sosthène Fernandez, Lon Non, Long Boreth.

21 mars : gouvernement Long Boret III.

27 mars : l’URSS rompt les relations diplomatiques avec la République khmère. L’évacuation de dernières minutes à l’ambassade des États-Unis à Saïgon, Sud-Vietnam en avril 1975, avant l’arrivée des communistes vietnamiens. ler avril : Lon Nol quitte Phnom Penh avec sa famille et ses proches collaborateurs. Le président du Sénat, Saukham Koy est nommé chef de l’État par intérim. Les FAPLNK s’emparent de Neak Luong.

2 avril : à partir de cette date, l’aéroport de Pochentong est bombardé chaque jour.

4 avril : lors d’une réunion des dirigeants du PCK, Hou Yuon, Nay Sarann et Chhouk s’opposent aux projets de déportation des citadins et de suppression de la monnaie.

12 avril : l’ambassadeur des États-Unis, John Gunther Dean et tout le personnel de l’ambassade quittent Phnom Penh par hélicoptères. Ils sont accompagnés de 156 Cambodgiens dont Saukham Koy. Le gouvernement est remplacé par un « comité suprême » de 7 personnes présidé par Sak Sutsakhan. Fin du pont aérien américain, départ du dernier vol commercial.

13 avril : les FAPLNK s’emparent de l’aéroport de Pochentong.

15 avril : chute de Takhmau. Le périmètre de défense de Phnom Penh s’effondre.

17 avril : le FAPLNK s’emparent de Phnom Penh. Dans le courant de la journée, c’est la direction du PCK - le Khmers rouges - qui prend effectivement le contrôle du pays. Début des premières déportations massives des populations urbaines, mais aussi des villageois qui étaient restés sous le contrôle de la République jusque fin 1974. Élimination physique de tous ceux qui tentent de résister ou sont incapables de se déplacer. Tous les ressortissants étrangers se sont regroupés dans l’enceinte de l’ambassade de France. Environ 250 000 (sur 400 000) résidents d’origine vietnamienne quittent le pays. Tous les membres du gouvernement républicain sont exécutés ainsi que les membres du « Comité suprême », à l’exception de Sak Sutsakhan qui a pu s’enfuir à bord d’un hélicoptère.

L’arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh est accueillie par la population avec d’euphorie ; mais cela a tourné en drame à la fin de la journée du 17 avril 1975. Les Khmers rouges ont chassé toute la population de la capitale, ainsi a commencé la première exode qui s’avérera plus tard en génocide.

25 mai : les Vietnamiens reprennent l’île de Tho-Chu. Le KD s’empare de Koh Kong, mais des éléments dissidents du FUNK, conduits par Taer Banh, vont poursuivre la guerilla contre le KD jusqu’à I’arrivée des troupes vietnamiennes en 1979.

2 juin : entretiens Saloth Sâr-Nguyen Van Linh à Hanoï. Création de commissions mixtes de liaison frontalière.

5 juin : les Vietnamiens occupent l’île cambodgienne de Poulo Way.

12 juin : accord KD-Vietnam sur le départ de tous las Vietnamiens civils et militaires encore au Cambodge.

21 juin : à Pékin, rencontre secrète Mao Zédong-Saloth Sâr.

18 juillet : Sarin Chhak et Thiounn Prasith se rendent à Pyong Yang et demandent à Sihanouk de rentrer à Phnom Penh. Il refuse.

Août : Hou Yuon, en désaccord avec les attaques contre le Vietnam, démissionne. Il disparaît.

2 août : les Vietnarniens restituent l’île de Poulo Way.

5 août : visite officielle de Khieu Samphan et Ieng Sary à Pékin.

10 août : visite de Le-Duan, premier secrétaire du parti communiste vietnamien, à Phnom Penh : les incidents frontaliers sont réglés. Les Cambodgiens présentent leurs excuses en expliquant les "empiétements involontaires" par leur "méconnaissance de la topographie.

18 août : Penn Nouthet Khieu Samphan à Pékin : prornesses chinoises d’aide massive au nouveau régime.

19 août : Penn Nouth et Khieu Samphan se rendent à Pyong Yang et proposent à Sihanouk le poste de chef d’État à vie. Sihanouk accepte. Septembre : deuxièrne vague de déportations massives. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont obligées de quitter les régions au Sud et à l’Est de Phnom Penh pour gagner le Nord-Ouest du pays. Les Khmers rouges accueillis à Phnom-Penh.

2 septembre : Sihanouk à Hanoï.

9 septembre : retour de Sihanouk à Phnom Penh où il préside une réunion du conseil des ministres. Une visite à Angkor pour y déposer les cendres de la reine Kossamak est refusée.

20 septembre : des refugiés arrivés en Thaïlande adressent au Secrétairae général de l’ONU et au prince Sihanouk un mémoire décrivant les atrocités commises au Cambodge depuis le 17 avril. Le même jour, Sihanouk part pour New York où il va se rendre à l’ONU. Il affectuera ensuite une visite dans une dizaine de pays dont la France. À l’issue de ce voyage, il retourne à Pyong Yang.

30 septembre : arrestation de Mey Pho, le plus vieux des communistes cambodgiens. Il était un des sept à avoir participé au coup de force du 9 août 1945.

24-25 octobre : François Ponchaud, dans le journal La Croix (Paris) décrit les horreurs du régime : évacuation forcée des villes, massacre des soldats et des fonctionnaires des régimes antérieurs, exécutions systématiques, séparation des enfants dae leurs parents, collectivisme intégral, travaux forcés, famine...

31 octobre : accord KD-Thaïlande. Un communiqué conjoint reconnaît les frontières existantes entre les deux pays.

Novembre : tout le personnel diplomatique du GRUNK est rappelé au Cambodge. Bien peu survivront.

Décembre : incidents frontaliers avec la Thaïlande.

14-19 décembre : troisième congrès national du PCK : adoption de la Constitution du KD.

31 décembre : retour de Sihanouk à Phnom Penh.

7 janvier 1979 Grande offensive militaire des Vietnamiens, qui prennent Phnom Penh, oú ils mettent en place un gouvernement satellite. L’envahisseur, qui met fin aux horreurs du régime, est d’abord accueilli en libérateur, mais devient vite impopulaire. En représailles, les Chinois attaquent le Viêt Nam (17 février). Pol Pot et les Khmers rouges prennent le maquis. Ils seront soutenus jusqu’en 1985 par la Chine, les Etats-Unis et la Thaïlande.

23 octobre 1991 Fin de la guerre froide, retrait des troupes vietnamiennes (1989). Sous l’égide de l’ONU, accords de paix au Cambodge. Gouvernement de réconciliation, au prix de l’amnésie collective, voire de la « culture de l’impunité » sur le règne de Pol Pot.

Extrait du livre "Les clés du Cambodge", de Raoul M. Jennar.

Note : KD = « Kampuchea Démocratique » = pouvoir Khmer rouge

1973

1er janvier : Lon Nol refuse toute négociation avec Sihanouk.

1er janvier : démission de Keo Chanda, Pen Sovann et d’autres cadres travaillant sous les ordres da Ieng Thirith à la radio du PCK installée à Hanoï. Ils tentent, avec Chea Soth, de former un nouveau parti, mais en sont dissuadés par les Vietnamiens.

21-26 janvier : entretiens PCK-PCV. Ce dernier informe les communistes cambodgiens du contenu des accords de Paris. Le PCK refuse la damande vietnamienne d’entamer des négociations. Le Vietnam suspend les envois d’armes chinoises aux FAPLNK.

27 janvier : signature des accords da Paris sur le Vietnam. Les troupes nord-vietnamiennes se retirent progressivement de l’intérieur du territoire cambodgien. Trois des quatre divisions présentes fin 1972 rentrent au Vietnam, la quatrième se déploie dans les régions frontalières de la province da Kompong Cham. Dans certaines régions contrôlées par les Polpotistes du PCK (régions 25 sous les ordres de Mok), le retrait des troupes communistes vietnamiennes est accéléré sous la pression de leurs anciens alliés Khmers.

8 février : début d’une campagne massive de bombardements américains qui va durer jusqu’au 15 août. 9 février : les combats s’intentisifient dans toute la vallée du Mékong. Mi-février : Sihanouk à Hanoï. En empruntant la piste Ho Chi Minh, Sihanouk entame une visite dans les zones contrôlées par le FUNK.

17 mars : bombardement du palais présidentiel par un avion pilote par un officier cambodgien, gendre de Sihanouk. Lon Nol est sain et sauf, mais il y a 47 morts. Nombreuses arrestations notamment de membres de la farnille royale.

23 mars : Sihanouk au Phnom Koulen avec Monique, Hu Nirn, Hou Youn, Khieu Samphan, Son San et Saloth Sâr. Grand rassemblement pour fêter la 3è anniversaire du FUNK.

8 avril : retour de Sihanouk à Hanoï.

10 avril : début du pont aérien américain pour alimenter Phnom Penh. Les bombardements des B 52, surtout dans l’Est du pays s’intensifient au point d’atteindre le niveau de 3 600 tonnes de bombes larguées chaque jour.

11 avril : retour de Sihanouk à Pékin.

17 avril : démission du gouvernernant Hang Thun Hak.

23 avril : les deux chambres du Parlement, réunies en Congrès, confèrent des pouvoirs exceptionnels à Lon Nol. Les travaux parlamentaires sont suspendus pour six mois.

26 avril : les troupes du FAPLNK sont à 15 km de Phnom Penh. La ville assuie régulièrement des tirs de roquettes.

15 mai : gouvernement In Tam.

20 mai : début de la collectivisation agraire dans les zones contrôlées par le FUNK, lui-même de plus en plus contrôlé par le PCK. Constitution autoritaire de coopératives. Abolition de la monnaie. Mise à l’écart, puis élimination progressive de Sihanoukistes et de Khmers Hanoï. Début de l’élimination physique comme méthode de gouvernement des populations passées sous contrôle du PCK. Les incidents avec les forces communistes vietnamiennes encore présentes au Cambodge se multiplient. Pour tous, les soldats des FAPLNK sont devenus des « Khmers rouges », expression qui assimile abusivement tous les combattants des FAPLNK aux partisans de Pol Pot.

18 juin : les six grands axes qui conduisent à Phnom Penh sont contrôlés par les FAPLNK.

19-21 juillet : un « congrès national » du FUNK-PCK réclame « une victoire totale contre l’impérialisme américain ».

6 août : bombardement de Neak Luong par des B 52 américains : plus de 400 civils tués et blessés.

12 août : dans une interview à Oriana Fallaci, Sihanouk déclare : « Quand les Khmers rouges n’auront plus besoin de moi ils me cracheront comme un noyau de cerise » (The New York Times Magazine). 15 août : fin des bombardements américains. Cinq cent trente-neuf mille cent vingt-neuf tonnes de bombes ont été déversées sur le Cambodge (le Japon avait reçu 160 000 tonnes entre 1942 et 1945). Le Cambodge détient le triste record de pays le plus bombardé depuis la Seconde Guerre mondiale.

Fin août : la région 31 (districts de la province de Kompong Cham au nord du Mékong faisant à l’époque partie de la zone de Kompong Thorn) controlée par la PCK sous la direction de Ke Pauk est considerée comme un modèle de bonne application des décisions du 20 mai. Ce qui se passe dans la région 31 préfigure ce qui se passera dans l’ensemble du pays à partir de 1975 : discipline de fer, exécutions nombreuses, statues de Bouddha détruites, pagodes sécularisées, moines défroqués, travaux très durs, pas de maisons individuelles, enfants séparés des parents, époux séparés.

Septembre : à Paris, Sim Var crée le mouvement Moulkhmer.

4 septembre : départ de l’ambassadeur US Emory Sweaks. Pas de successeur désigné.

6-23 septembre : bataille de Kompong Cham que les FAPLNK ne parviennent pas à prendre. Les combats sont d’une extrême violence.

1-2 octobre : des troupes gouvernementales qui ne sont ni nourries, ni payées se mutinent.

10 octobre : l’URSS est le 62è pays a reconnaître le GRUNK. Mais elle maintient sa mission diplomatique à Phnom Penh.

22 octobre : gouvernement In Tam II.

5 novembre : départ pour Pékin de la reina Kossamak et de 15 autres membres de la famille royale.

9 novembre : transfert de tous les ministères du GRUNK à l’intérieur du pays.

Novembre : multiples accrochages entre différentes unités FAPLNK les unes, communistes ou sihanoukistes, favorables à la poursuite de la collaboration avec les communistes vietnamiens, las autres obéissent aux ordres de Saloth Sâr et voulant y mettre fin.

Décembre : publication, à Phnom Penh, du livre de Ith Sarin, un inspecteur de l’enseignement primaire, « Sranaoh Pralung Khmer » (Tristesse pour l’âme khmère). Après avoir passé 9 mois dans les maquis communistes, il révèle les pratiques du PCK dans les territoires sous son contrôle.

3 décembre : quatrième remaniement du GRUNK. Dans cette dernière composition, le GRUNK fonctionnera jusqu’en avril 1976.

5 décembre : L’Assamblée générale de l’ONU reporte d’un an la discussion sur l’attribution du siège du Cambodge réclamé par le GRUNK.

7 décembre : démission du gouvernement In Tam II.

26 décembre : gouvernement Long Boret. Quatre-vingt-quinze pour cent des ressources du gouvernement proviennent de l’aide américaine.

1974

Janvier : combats entre diverses unités des FAPLNK dans la province de Koh Kong. Les orientations imposées par la direction du PCK suscitent des oppositions parmi les cadres communistes. À Kratié, les bonzes sont défroqués.

26 janvier : importants tirs de roquettes sur Phnom Penh.

11 février : bombardement de Phnom Penh par l’artillerie FAPLNK.

18 mars : après des combats acharnés, des troupes FAPLNK, sous le commandamant de Pauk et Mok, s’emparent de Oudong, l’ancienne capitale impériale. La ville est systématiquement rasée. La population (20 000 habitants) est déportée dans différentes directions. Enseignants, fonctionnaires et soldats républicains sont massacrés. La prise de Oudong et ses suites anticipent ce qui se produira à Phnom Penh un an plus tard.

3 avril : arrivée d’un nouvel ambassadeur US : John Gunther Dean.

21 mai : arrestation d’enseignants et d’étudiants qui ont manifesté contre le gouvernement. L’agitation dans l’enseignement qui a commencé début du mois se poursuit. 4 juin : des étudiants du Lycée du 18 mars à Phnom Penh prennent en otage et assassinent le ministre de l’Éducation nationale et son conseiller.

16 juin : gouvernement Long Boret II.

9 juillet : Les FANK reprennent Oudong. À la suite d’intenses efforts de Dean, l’ambassadeur des États-Unis, Lon Nol propose d’entamer des négociations avec « les Khmers de l’autre côté » sans conditions préalables. Sihanouk rejette la proposition dans les heures qui suivent. Il declare : « Je ne rentrerais à Phnom Penh que si toute la population en était chassée ».

9 octobre : Lon Nol réitère son appel du 9 juillet.

28 novembre : par deux voix de majorité, l’Assemblée générale de l’ONU maintient le siège du Cambodge à la République Khmère.

30 novembre : Lon Nol renouvelle son appel des 9 juillet et 9 octobre.

16 décembre : les présidents Ford et Giscard d’Estaing appellent à une négociation entre les parties cambodgiennes.

1975

Début de l’offensive générale des FAPLNK sur Phnom Penh.

5 février : les FAPLNK coupent l’accès de Phnom Penh par le Mékong. La ville ne peut plus être atteinte que par voie aérienne.

24-25 février : congrès du FUNK-PCK. L’attitude à adopter après la victoire (évacuation des villes, suppression de la monnaie, relations avec le Vietnam) suscite des débats très vifs. De nouveaux billets de banque, imprimés en Chine, sont amenés en vue d’être mis en circulation dans les zones contrôlées par le FUNK. Ils ne seront jamais utilisés. Le FUNK-PCK publie une liste de « sept traitres » condamnés à mort : Lon Nol, Sirik Matak, In Tam, Cheng Heng, Sosthène Fernandez, Lon Non, Long Boreth.

21 mars : gouvernement Long Boret III.

27 mars : l’URSS rompt les relations diplomatiques avec la République khmère. ler avril : Lon Nol quitte Phnom Penh avec sa famille et ses proches collaborateurs. Le président du Sénat, Saukham Koy est nommé chef de l’État par intérim. Les FAPLNK s’emparent de Neak Luong.

2 avril : à partir de cette date, l’aéroport de Pochentong est bombardé chaque jour.

4 avril : lors d’une réunion des dirigeants du PCK, Hou Yuon, Nay Sarann et Chhouk s’opposent aux projets de déportation des citadins et de suppression de la monnaie.

12 avril : l’ambassadeur des États-Unis, John Gunther Dean et tout le personnel de l’ambassade quittent Phnom Penh par hélicoptères. Ils sont accompagnés de 156 Cambodgiens dont Saukham Koy. Le gouvernement est remplacé par un « comité suprême » de 7 personnes présidé par Sak Sutsakhan. Fin du pont aérien américain, départ du dernier vol commercial. 13 avril : les FAPLNK s’emparent de l’aéroport de Pochentong.

15 avril : chute de Takhmau. Le périmètre de défense de Phnom Penh s’effondre.

17 avril : le FAPLNK s’emparent de Phnom Penh. Dans le courant de la journée, c’est la direction du PCK - le Khmers rouges - qui prend effectivement le contrôle du pays. Début des premières déportations massives des populations urbaines, mais aussi des villageois qui étaient restés sous le contrôle de la République jusque fin 1974. Élimination physique de tous ceux qui tentent de résister ou sont incapables de se déplacer. Tous les ressortissants étrangers se sont regroupés dans l’enceinte de l’ambassade de France. Environ 250 000 (sur 400 000) résidents d’origine vietnamienne quittent le pays. Tous les membres du gouvernement républicain sont exécutés ainsi que les membres du « Comité suprême », à l’exception de Sak Sutsakhan qui a pu s’enfuir à bord d’un hélicoptère. L’arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh est accueillie par la population avec d’euphorie ; mais cela a tourné en drame à la fin de la journée du 17 avril 1975. Les Khmers rouges ont chassé toute la population de la capitale, ainsi a commencé la première exode qui s’avérera plus tard en génocide. 25 mai : les Vietnamiens reprennent l’île de Tho-Chu. Le KD s’empare de Koh Kong, mais des éléments dissidents du FUNK, conduits par Taer Banh, vont poursuivre la guerilla contre le KD jusqu’à I’arrivée des troupes vietnamiennes en 1979.

2 juin : entretiens Saloth Sâr-Nguyen Van Linh à Hanoï. Création de commissions mixtes de liaison frontalière.

5 juin : les Vietnamiens occupent l’île cambodgienne de Poulo Way.

12 juin : accord KD-Vietnam sur le départ de tous las Vietnamiens civils et militaires encore au Cambodge.

21 juin : à Pékin, rencontre secrète Mao Zédong-Saloth Sâr. 18 juillet : Sarin Chhak et Thiounn Prasith se rendent à Pyong Yang et demandent à Sihanouk de rentrer à Phnom Penh. Il refuse.

Août : Hou Yuon, en désaccord avec les attaques contre le Vietnam, démissionne. Il disparaît. 2 août : les Vietnarniens restituent l’île de Poulo Way.

5 août : visite officielle de Khieu Samphan et Ieng Sary à Pékin.

10 août : visite de Le-Duan, premier secrétaire du parti communiste vietnamien, à Phnom Penh : les incidents frontaliers sont réglés. Les Cambodgiens présentent leurs excuses en expliquant les "empiétements involontaires" par leur "méconnaissance de la topographie.

18 août : Penn Nouthet Khieu Samphan à Pékin : prornesses chinoises d’aide massive au nouveau régime.

19 août : Penn Nouth et Khieu Samphan se rendent à Pyong Yang et proposent à Sihanouk le poste de chef d’État à vie. Sihanouk accepte.

Septembre : deuxièrne vague de déportations massives. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont obligées de quitter les régions au Sud et à l’Est de Phnom Penh pour gagner le Nord-Ouest du pays. 2 septembre : Sihanouk à Hanoï.

9 septembre : retour de Sihanouk à Phnom Penh où il préside une réunion du conseil des ministres. Une visite à Angkor pour y déposer les cendres de la reine Kossamak est refusée.

20 septembre : des refugiés arrivés en Thaïlande adressent au Secrétairae général de l’ONU et au prince Sihanouk un mémoire décrivant les atrocités commises au Cambodge depuis le 17 avril. Le même jour, Sihanouk part pour New York où il va se rendre à l’ONU. Il affectuera ensuite une visite dans une dizaine de pays dont la France. À l’issue de ce voyage, il retourne à Pyong Yang.

30 septembre : arrestation de Mey Pho, le plus vieux des communistes cambodgiens. Il était un des sept à avoir participé au coup de force du 9 août 1945.

24-25 octobre : François Ponchaud, dans le journal La Croix (Paris) décrit les horreurs du régime : évacuation forcée des villes, massacre des soldats et des fonctionnaires des régimes antérieurs, exécutions systématiques, séparation des enfants dae leurs parents, collectivisme intégral, travaux forcés, famine...

31 octobre : accord KD-Thaïlande. Un communiqué conjoint reconnaît les frontières existantes entre les deux pays.

Novembre : tout le personnel diplomatique du GRUNK est rappelé au Cambodge. Bien peu survivront.

Décembre : incidents frontaliers avec la Thaïlande.

14-19 décembre : troisième congrès national du PCK : adoption de la Constitution du KD.

31 décembre : retour de Sihanouk à Phnom Penh.

1976

2 avril : Sihanouk démissionne comme chef de l’État. Khieu Samphan devient le chef de l’État (président du présidium de l’État du Kampuchea Démocratique). Sihanouk se trouve de facto en résidence surveillée au palais Khémarin. Des membres de sa famille disparaissent.

4 avril : À Paris, des refugiés et résidents cambodgiens en France adressent à l’ONU, à l’UNESCO, aux Ligues des Droits de I’Homme, à Amnesty International, une motion décrivant le régime des Khmers rouges. Pas de réaction.

6 avril : Penn Nouth remet sa démission de premier ministre et le GRUNK disparaît.

11-13 avril : première et unique réunion de « l’assamblée des représentants du peuple du Kampuchea ». Son président est Nuon Chea, numéro 2 de l’Angkar. Pendant cette réunion, Saloth Sâr décide de se faire connaître sous le nom de Pot Pot.

14 avril : gouvernement Pot Pot.

24 avril : relations diplomatiques KD-Birmanie.

Avril-mai : deux complots visant à renverser Pot Pot sont déjoués.

1er mai : relations diplomatiques KD-Malaisie.

4-18 mai : entretiens khmero-vietnamiens à Phnom Penh sur la question des frontières en vue d’un sommet prévu en juin. Accord sur le fonctionnement des commissions mixtes de liaison frontalière, mais les Vietnamiens refusent de reconnaître le tracé issu de la colonisation (ligne Brévié). Les Cambodgiens rompent les négociations. Sous le régime des Khmers rouges, la monnaie est supprimée. L’école et le marché sont fermés... 5 mai : relations diplomatiques : KD-Philippines.

6 mai : relations diplomatiques KD-Singapour.

20 mai : arrestation de Chakrey, chef d’état-major adjoint.

1er juin : relations diplomatiques KD-Pérou et KD-Chili.

26 juin : relations diplomatiques KD-Italie.

20 juillet : Pol Pot reçoit une délégation de journalistes vietnamiens.

20 août : arrestation de Chhouk, vétéran du mouvement Issarak et membre du comité exécutif de la Zone Est.

30 août : accord commercial KD-Thaïlande .

Septembre : première vague de purges systématiques.

25 septembre : arrestation de Keo Meas, vétéran du Pracheachon. Il meurt à Tuol Sleng un mois plus tard.

27 septembre : Nuon Chea remplace Pol Pot comme premier ministre.

Octobre : des refugiés arrivés en Thaïlande sont Iivrés aux autorités du KD. La Thaïlande inaugure une pratique qui se répétera à de nombreuses reprises tout au long des 25 années à venir, en dépit de l’installation sur son sol de camps de refugiés.

15 octobre : arrestation de Keo Moni. Pol Pot reprend ses fonctions de premier ministre.

29 octobre : Nayan Chanda, dans la Far Eastern Economic Review (Hong Kong) fournit des précisions sur les horreurs commises au Cambodge.

1er novembre : arrestation de Nong Suon, ministre de l’Agriculture.

30 novembre : à Paris, François Débré publie le premier livre sur l’holocauste cambodgien : Cambodge : La revolution de la forêt. Flammarion.

12 décembre : William Shawcross décrit dans le Sunday Times (Londres) la tyrannie polpotiste.

20 décembre : publication de dizaines de témoignages sur la transformation du Cambodge en un immense camp d’extermination par Bernard Harnel, De sang et de larmes , Paris, Albin Michel.

29 décembre : arrestation de Sien An, ancien ambassadeur du GRUNK à Hanoï et à Pékin.

1977

4-11 janvier : attaques KD de villages situés dans les provinces vietnamiennes de Long An, Kien Giang, Tay Ninh, Dac Lac et Dong Thap.

11 janvier : publication à Paris du livre de François Ponchaud, Cambodge, année zéro . À partir de ce livre traduit dans plusieurs langues, le monde entier sait ce qui se passe au Cambodge.

15-18 janvier : attaques KD de villages vietnamiens situés dans les mêmes provinces ainsi que celui d’An Giang.

25 janvier : arrestation de Koy Thuon, ministre des finances et du commerce.

26 janvier : arrestation de Touch Phoeun, ministre des Travaux publics.

28-29 janvier : attaques KD contre les villages thaïlandais de Baan Nong Dor, Baan Klong Kor et Baan Nol Paral (district d’Aranyaprathet). Une partie des habitants sont massacrés, les maisons sont brûlées.

Février : nouvelle tentative de coup d’État. En réaction, les purges s’intensifient dans tout le pays. Arrestation de Sua Doeum, ministre.

7 février : en réponse à la protestation thaïlandaise, le gouvernernent KD répond que les trois villages se situent en territoire cambodgien et que « les mesures prises par le gouvernement du Kampuchea Démocratique sur son propre territoire relèvent de la souveraineté du Kampuchea ». Pour la première fois, le KD reconnaît qu’il utilise le massacre des habitants comme méthode de gouvernement.

14 mars : arrestation de Phouk Chhay. 15-23 mars : attaques KD de villages vietnamiens situés dans les provinces de Kien Giang et An Giang. Dans toutes les zones du KD, les cadres appellent à la « libération du Kampuchea Krom ».

1er avril : début de la « solution finale cambodgienne » : une directive du service 870 (nom de code de la direction polpotiste) ordonne de procéder aux « trois extirpations » : tous les Vietnamiens encore au Cambodge, tous les Khmers parlant le vietnamien et tous les Khmers ayant des relations (mariage, amitié, travail) avec des Vietnamiens. 10 avril : arrestation de Hu Nim, ministre de l’information.

30 avril : première attaque de grande envergure contre les villes vietnamiennes, spécialement de Chau Doc et de Ha tien. Des dizaines de milliers de Vietnamiens fuient vers l’intérieur du pays.

11-16 mai : délégation KD à Singapour. La cité-État devient la plaque tournante du commerce extérieur du KD.

23 mai : attaque KD de Ha Tien. Vingt-cinq mille civils évacués. Ripostes vietnamiennes. 6 juin : arrestation de Tiv 0l.

7 juin : le Vietnam propose de négocier au KD qui refuse le 18. Pendant trois mois, l’artillerie KD pillonne des villages vietnamiens frontaliers.

20 juin : Hun Sen tente de fuir au Vietnam. II est refoulé et, avec ses compagnons 19 dont Ung Phan, il se cache plusieurs mois dans la forêt.

6 juillet : exécution de Hu Nim.

Juillet : violents incidents à la frontière khmero-thaïlandaise.

Août : tentative de putsch à Phnom Penh. Accord entre le PCK et le FULRO pour la poursuite des activités anti-vietnamiennes de ce dernier.

24-30 septembre : deuxième attaque de grande envergure d’objectifs vietnamiens. Milles civils vietnaiens tués et blessés. L’armée vietnamienne réplique en pénétrant au Cambodge sur une profondeur de 16 km tout le long de la frontière commune.

27 septembre : dans un discours de 5 heures, enregistré avant son départ pour la Chine, Pol Pot révéla que l’Angkar, c’est le PCK.

28 septembre : visite de Pol Pot, Ieng Sary et Vorn Vat à Pékin, puis dans plusieurs villes chinoises et en Corée du Nord.

30 septembre : diffusion sur radio Phnom Penh du discours de Pol Pot du 27septembre à l’occasion de l’anniversaire du PCK. 7 octobre : bombardement KD de l’île vietnamienne de Phu Quoc.

18-20 octobre : attaque KD de la province vietnamienne de Dong Thap.

Novembre : le secrétaire de la zone Est, So Phim, crée une organisation dissidente : les Forces révolutionnaires authentiques du Kampuchea.

16 décembre : cinq divisions vietnamiennes (60000 hommes) entrent au KD (provinces de Takeo, Kam pot, Prey Veng et Svay Rieng) et rencontrent une résistance sérieuse. Les combats mettront aux prises près de 90 000 hommes.

22 décembre : incidents à Ia frontière thaïlandaise.

25 décembre : attaques vietnamiennes.

31 décembre : rupture des relations diplomatiques avec le Vietnam. Importantes livraisons d’armements au KD par la Chine.

1978

6 janvier : contre-attaque KD en territoire vietnamien. Les troupes vietnamienne se retirent, sauf en certains endroits qui échapperont jusqu’en 1979 au contrôle du KD. Les Vietnamiens y installent un embryon d’administration. Près de 100 000 Cambodgiens de la zone Est fuient vers le Vietnam et témoignent des atrocités commises par les Khmers rouges.

18 janvier : visite de Mme Dang Yingchao, veuve de Zhou Enlai, venue inviter les Khmers rouges à la modération. Il lui est refusé de rencontrer Sihanouk.

19-20 janvier : attaque KD à l’artillerie lourde contre Chau Doc et Tay Ninh.

31 janvier : visite du ministre thaïlandais des affaires étrangères. Normalisation des relations KD-Thaïlande.

5 février : proposition vietnamienne de négociation avec un plan en trois points pour règler le problème frontalier.

6 février-l0 mars : la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, réunie à Genève, débat longuement des violations des droits de l’homme au KD. Un rapporteur spécial est désigné. Il doit étudier de manière approfondie les violations commises.

8 février : rejet KD de la proposition vietnamienne.

9 et 11 février : pillonages de Tay Ninh, Chau Doc, Hong Ngu par l’artillerie KD. 15 février : incidents à la frontière thaïlandaise.

4 mars : arrivée de techniciens chinois.

26 mars : arrestation de Chou Chet, secrétaire de la zone Ouest ; début d’une vague d’arrestations dans les zones Ouest, Nord et Est.

29 mars : attaques vietnamiennes appuyées par des blindées sur Takeo et Kampot.

3 avril : au cours des émissions en khmer, Radio Hanoï appelle les Cambodgiens à se soulever contre le régime des Khmers rouges.

19 avril : en France, la télévision présente en première mondiale en Occident le film de 52 minutes du journaliste yougoslave Nicolas Victorovic montrant la bagne qu’est devenu le Cambodge pour ses habitants.

21 avril : le Président des États-Unis, Jimmy Carter condamne le gouvernement du KD comme « le pire contrevenant actual aux droits de l’homme dans le monde ».

21-23 avril : à Oslo (Norvège), lors d’un colloque réunissant des diplomates, des journalistes, des chercheurs et des refugiés cambodgiens qui ont fuit le KD, des précisions sont fournies sur l’étendue des massacres perpétrés depuis 1975.

22 avril : formation au Vietnam de la première brigade d’opposants au régime de Pol Pot.

24 mai : Pol Pot déclenche les purges dans la zone Est où sont envoyées des troupes appuyées par des éléments blindés.

Juin : arrestation de Phuong, ministre des plantations de caoutchouc.

3 juin : suicide de So Phim. Massacres à une très grande échelle : plus de 100 000 morts. Toute la population est suspecte, les habitants sont accusés d’avoir « un cerveau vietnamien dans un corps khmer ». Fuite de Heng Samrin au Vietnam. Troisième vague de déportations massives.

11 juin : arrestation de Nhim Ros (Muol Sambath), responsable du parti dans le Nord-Est depuis les années cinquante.

12 juin : à Tokyo, Ieng Sary dénonce un complot CIA-Vietnam pour détruire le KD.

21 juin : Radio Hanoï accuse les dirigeants cambodgiens da « génocide systématique ». 26-28 juin : importante offensive vietnamienne.

10 juillet : offensive vietnamienne dans le secteur des plantations.

14 juillet : à Bangkok, Ieng Sary s’efforce de normaliser les relations avec la Thaïlande.

29 juillet : à Pékin, Son Sen sollicite l’accroissement de l’aide militaire chinoise. Les Chinois exigent que les Khmers rouges mettent fin à leur politique « sectaire » et améliorent leur image à l’étranger en rétablissant Sihanouk comme chef de l’État.

Août : La Sous-commission des droits de l’homme de l’ONU reprend à Genève le débat de février-mars. Elle entend de très nombreux térnoignages sur le génocide en cours. Plusieurs gouvernements (Australie, Canada, Grande-Bretagne, Norvège, États-Unis) fournissent leurs propres témoignages. Le rapport de la Sous-Commission conclut au génocide. La Suisse, l’Indonésie et le Japon établissent des relations diplomatiques avec le K.D. Khieu Samphan et Sihanouk effectuent une visite de la province de Kandal.

Septembre : Sihanouk et les siens sont transférés dans des maisons proches du palais royal. Visite à Kompong Som (Sihanoukville) avec Khieu Samphan.

8 septembre : importantes attaques aériennes vietnamiennes.

28 septembre : dîner offert par Khieu Samphan à Sihanouk, Penn Nouth, Sarin Chhak et Duong Sam 01.

Octobre : des secteurs de l’Est du pays sont contrôlés par des Khmers dissidents, d’autres par les Vietnamiens. II y a 400 000 réfugiés cambodgiens au Vietnam.

Novembre : arrestations de Vorn Vet, vice-premier ministre, de Mey Preng, ministre des communications et de Cheng An, ministre de l’industrie.

5 novembre : visite d’une délégation chinoise venue inspecter l’assistance militaire accordée par Pékin. Depuis plusieurs semaines, la Chine livre des chars, des véhicules blindés, des avions de chasse. Des techniciens chinois construisent un nouvel aéroport à Kompong Chhnang. Il y a environ 5 000 conseillers chinois au Cambodge.

2 décembre : rassemblement à Snuol de plusieurs centaines de Khmers dissidents. Création du FUNSK, dirigé par Heng Samrin. Le FUNSK s’inscrit dans la continuité du communisme indochinois, puis khmer. Il considère la période 1963-1978 pendant laquelle Pol Pot dirige le parti comme une déviation. Il reprend comme drapeau celui des Khmers Issarak. Il est immédiatement reconnu par les gouvernements vietnamiens, laotiens et soviétiques.

22 décembre : assassinat de l’universitaire britannique Malcolm Caldwell en visite à Phnom Penh avec les journalistes amé ricains Elisabeth Becker et Dick Dudman.

25 décembre : alors que depuis 1975, le KD à détruit au Vietnam 25 agglomérations et 96 villages, laissant 257 000 personnes sans abri après en avoir massacré des centaines, l’armée vietnamienne lance une offensive de très grande ampleur (100.000 hommes) appuyée par les forces du FUNSK (20 000 hommes). Cette offensive provoque une quatrième vague de déportations massives : l’armée du Kampuchea Démocratique, dans sa retraite vers les montagnes et la Thaïlande entraîne de force avec elle des milliers de personnes. Les routes de cette retraite sont jalonnées de charniers. Partout, les soldats vietnamiens sont accueillis comme des libérateurs.

30 décembre : libération de Kratié.

1979

1er janvier 1979 : Sihanouk est emmené par les Khmers rouges à Battambang, puis Sisophon. Le même jour, congrès du FUNSK.

2 janvier : un commando vietnamien ayant pour mission de libérer Sihanouk est décimé.

3 janvier : libération de Stung Treng. Ieng Sary demande une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU.

4 janvier : les Vietnamiens contrôlent toute la rive Est du Mékong.

5 janvier : libération de Takeo. Les Vietnamiens sont à Neak Luong. Sihanouk rentre à Phnom Penh. Le soir, dans l’ancien palais du Résident supérieur français (qui deviendra en 1993 le quartier général de l’APRONUC), il rencontre Pol Pot pour la première fois depuis le 23 mars 1973. A Mémot, les membres du FUNSK tiennent un congrès qu’ils désignent comme le 3e congrès du mouvement communiste cambodgien. Ce congrès donne la renaissance au PRPK. Pen Sovann en est le premier secrétaire.

6 janvier : libération de Kompong Chant. Départ de Sihanouk, de sa famille et de Pend Nouth pour Pékin sur un avion envoyé par le gouvernement chinois.

7 janvier : départ du dernier train KD de Phnom Penh avec Ieng Sary à son bord. Entrée de l’armée vietnamienne et des forces du FUNSK dans Phnom Penh. Le régime des Khmers rouges aura duré 3 ans, 8 mois et 20 jours. Mille trois cent soixante-quinze jours pendant lesquels, chaque jour, en moyenne, 1 150 personnes sont mortes. Il faut souligner que près de 70 % du pays étaient sous le contrôle des Khmers rouges dès 1970, ce qui signifie, pour les habitants de ces régions, 9 ans de dictature khmère rouge.

8 janvier : formation du Conseil Populaire Révolution du Kampuchéa qui gouverne le pays sous la tutelle des Vietnamiens. Le président est Heng Samrin, le vice-président Pen Sovann. À Pékin, conférence de presse de Sihanouk.

11 janvier : Sihanouk se présente au Conseil de Sécurité de l’ONU comme le porte-parole du Kampuchéa Démocratique et condamne l’invasion vietnamienne. Ieng Sary arrive à Pékin et reçoit 5 millions de US $ pour poursuivre la lutte. 12 janvier : création de la RPK.

13 janvier : le Conseil de Sécurité exige le retrait des « troupes étrangères » et considère le Kampuchéa Démocratique comme le seul gouvernement légal du Cambodge.

14 janvier : à New York, Sihanouk se soustrait au contrôle de la délégation du Kampuchéa Démocratique et sollicite l’asile politique. À Utapao, en Thaïlande, début de l’entente sino-thaï : accord secret Bangkok-Pékin en vue de soutenir les Khmers rouges. La Thaïlande autorise l’utilisation de son sol pour héberger les bases KD. Elle accorde toutes les facilités pour l’équipement et l’entraînement des forces KD. Elle fournit les moyens de transit, d’hébergement et de transport des dirigeants KD. L’ancienne base américaine de Takhli devient le centre opérationnel de la plus importante coopération stratégique de la Chine avec un pays d’Asie du Sud-Est.

16 janvier : les émissions radio du KD, interrompues depuis le 7 janvier, reprennent à partir du sud de la Chine.

17 janvier : l’armée vietnamienne atteint la frontière thaïlandaise. L’armée KD a perdu plus de 40 000 hommes. Elle se disperse dans les chaînes montagneuses des Dangrek et des Cardarnomes. Elle a entraîné plus de 100.000 civils dans sa retraite.

21 janvier : la Thaïlande annonce qu’elle continue de reconnaître le KD.

25 janvier : Sihanouk annonce qu’il a rompu avec les Khmers rouges.

30 janvier : le président français, M. Giscard d’Estaing, impose des conditions très restrictives à un éventuel asile politique en France de Sihanouk.

10 février : Sihanouk demande à la Chine de ne plus soutenir les Khmers rouges.

18 février : signature du traité d’amitié entre la RSV et la RPK qui officialise l’occupation vietnamienne et a tutelle du parti communiste vietnamien sur le parti communiste cambodgien.

Fin février : à l’invitation de Deng Xiaoping, Sihanouk s’installe à Pékin.

5 mars : Dien Del, un officier de l’ancienne armée républicaine, crée sur la frontière thaïlandaise, les FANLPK, Forces Armées Nationales de Libération du Peuple Khmer, réunissent une petite dizaine de groupes armés dont certains ont poursuivi la lutte contre les communistes cambodgiens après la chute de Phnom Penh en avril 1975. Les FANLPK comptent environ 2 000 hommes.

17 avril : le centre de torture de Tuol Sleng est transformé en musée du génocide.

Avril-mai : des milliers de civils cambodgiens faméliques et hagards affluent à la frontière thaïlandaise. Une situation chaotique s’installe. Régulièrement, des réfugiés sont refoulés, par l’armée thaïlandaise, malgré leurs craintes de retomber sous la coupe des Khmers rouges qui contrôlent encore une partie du territoire le long de la frontière.

20 mai : Sihanouk quitte Pékin pour Pyong Yang.

2 juin : Sihanouk rejette toute idée de collaboration avec les Khmers rouges.

Après la fuite des Khmers rouges de Phnom-Penh en 1979, les États-Unis laissent de côté leur divergence idéologique avec ce mouvement maoïste. Ils financent en secret la reconstruction de l’armée polpotiste qui plongera le Cambodge dans une guerre civile pendant encore une dizaine d’années.

8 juin : l’armée thaïlandaise reconduit par bus près de 45 000 réfugiés près du temple de Preah Vihear et, sous la menace des armes, les force à traverser les champs de mines. Il y a des milliers de victimes.

27 juin : l’état-major de l’armée thaïlandaise transforme la région de Bam Lem, près de la ville de Trat (province de Chantaburi) en zone interdite. C’est dans cette zone qu’est reconstituée l’armée khmère rouge. Des habitations y ont été construites pour héberger la direction du KD : Pol Pot, Nuon Chea, Son San, Ieng Sary, Khieu Samphan.

17-19 juillet : François Brugnon pour Ile CICR et Jacques Beaumont pour l’UNICEF effectuent la première mission de reconnaissance UNICEF/CICR à Phnom Penh.

3 août : le CICR et l’UNICEF annoncent que 2,5 millions de Cambodgiens risquent de mourir de faim, d’épuisement et de maladie. Début d’une mobilisation humanitaire internationale.

9-16 août : deuxième mission de reconnaissance UNICEF/CICR à Phnom Penh. Elle arrive avec un premier vol chargé d’amener des secours dans la capitale.

15-19 août : un tribunal populaire révolutionnaire siège à Phnorn Penh. II déclare Saloth Sâr alias Pol Pot et Ieng Sary coupables de crime de génocide et les condamne à la peine de mort part contumace.

29-30 août : troisième mission UNICEF/CICR.

31 août : création, à Soeung (province de Battambang) du Mouvement de Libération Nationale du Kampuchéa (Molinaka) par Kong Sileah, ancien capitaine de la marine et Nhem Sophonn, ancien officier parachutiste. Le mouvement fait allégeance à Sihanouk. À Phnom Penh, l’aéroport de Pochentong est rouvert avec deux lignes : une vers Hanoï, l’autre vers Ho Chi Minh Ville.

6 septembre : les Khmers rouges créent le « front patriotique et démocratique de la grande union nationale du Kampuchéa ». Des centaines de milliers de personnes arrivent en Thaïlande dans la région de Tapraya, au nord d’Aranyaprathet.

9 septembre : conférence du Mouvement des Non Alignés. Pham Van Dong déclare que la situation au Cambodge est « irréversible ». Le siège du Cambodge est déclaré vacant.

21 septembre : l’Assemblée générale de l’ONU décide que seuls les Khmers rouges représentent valablement le Cambodge.

24 septembre : première rentrée scolaire depuis 1974.

26 septembre : début de l’opération internationale de survie sous l’égide du CICR et de l’UNICEF.

9 octobre : création du FNLPK à Sokh Sann (province de Trat, en Thaïlande). Son Sann en est le président.

12 octobre : rencontre Pen Sovann-Brejnev à Moscou.

13 octobre : après de longues tractactions au cours desquelles les autorités en place à Phnom Penh ont vainement tenté de lier l’octroi d’aides humanitaires à la reconnaissance du nouveau régime, la RPK accepte le principe d’une action internationale en vue de lutter contre la famine qui sévit dans le pays. Début d’un pont aérien quotidien amènent vivres et médicaments de Bangkok à Phnom Penh. Avec les secours arrivent les journalistes et le monde découvre peu à peu l’ampleur de la tragédie cambodgienne.

14 octobre : de nouveaux départements sont créés au sein du CPRK qui prend de plus en plus les apparences d’un gouvernement classique. Début des liaisons aériennes quotidiennes entre Bangkok et Phnom Penh assurées par un avion du CICR.

19 octobre : l’UNICEF et le CICR lancent un appel à l’aide internationale.

20 octobre : création d’une association des journalistes de la RPK.

24 octobre : ouverture du « centre d’accueil » de Sa Keo en Thaïlande qui accueille 31 000 refugiés.

6 novembre : le secrétaire général de l’ONU lance un appel à la communauté internationale pour qu’elle vienne en aide au Cambodge.

7 novembre : une conférence internationale se tient à New York pour étudier l’aide humanitaire d’urgence à accorder à la population cambodgienne.

14 novembre : par 91 voix pour, 21 contre et 29 abstentions, l’Assemblée générale des Nations Unies condamne l’intervention vietnamienne et exige le retrait des troupes de Hanoï. Le Kampuchéa Démocratique conserve le siège du Cambodge à l’ONU. Le secretaire général de l’ONU est invité à lancer une opération internationale de secours.

1 novembre : ouverture du « centre d’accueil » de Khao I Dang qui accueille 140.000 personnes.

25 novembre : entretiens Sihanouk-Giscard d’Estaing à Paris. Sihanouk refuse l’offre de Son Sann de présider le FNLPK.

15 décembre : Khieu Samphan officiellement premier ministre du gouvernement du Kampuchéa Démocratique.

31 décembre : il y a 650 000 réfugiés répartis dans 13 camps de part et d’autre de la frontière thaïlandaise.

1980

Janvier : les États-Unis commencent, en secret, à financer la reconstitution de l’arrnée de Pol Pot. De 1980 à 1986, ils verseront 85 millions US $. Le canal pour l’acheminemant des fonds est une structure qui se présente sous la forme d’une organisation humanitaire établie à Bangkok sous le nom de « Kampuchean Emergency Group » (KEG).

5 janvier : réunion à Phnom Penh des ministres des affaires étrangères des trois pays indochinois. 7 janvier : premier anniversaire de la chute de Pol Pot. Alors que la population avait accueilli les Vietnamiens comme des libérateurs, elle les supporte désormais comme des occupants. L’opération internationale d’aide se développe tant en faveur des réfugiés en Thaïlande que des populations à l’intérieur du pays. Elle est marquée par de très nombreux détournements qui permettent à des officiers thaïlandais, à des chefs de guerre cambodgiens comme à des notables du régime de Phnom Penh d’accumuler des fortunes considérables. Le problème du détournement politique de l’aide humanitaire est également posé. En vue d’éviter une deuxième famine, un pont aérien est organisé afin d’acheminer des semences en quantités suffisantes.

10 janvier : l’ouverture de la Faculté de Médecine de Phnom Penh grâce à l’acharnement du docteur My Samedy et de quelques autres médecins survivants. 5 février : près d’Aranyaprathat, « marche pour la survie du Cambodge » organisée par des intellectuels et des artistes du monde entier.

29 février : l’ambassade des États-Unis à Bangkok est devenue le centre nerveux de la déstabilisation de la RPK et de la lutte secrète contre le Vietnam. La mission américaine à Bangkok compte 126 personnes (pour 48 en 1975). 5 mars : pourparlers Sihanouk-Khieu Samphan. Sihanouk propose la formation d’un front unique antivietnamien. Les Khmers rouges refusent d’accepter la proposition selon laquelle après le retrait des Vietnamiens, tous les groupes devront désarmer.

20 mars : le Riel, la devise cambodgienne, est rétabli à Phnorn Penh.

22 juin : les forces vietnamiennes attaquent des zones encore contrôlées par les Khmers rouges et franchissent la frontière thaïlandaise. Cette action renforce l’hostilité de tous les pays de l’ASEAN et ruine les efforts diplomatiques du ministre vietnamien des affaires étrangères, Nguyen Co Thach, en vue de faire partager la position vietnamienne par certains pays de l’ASEAN comme l’Indonésie.

7 juiliet : la RPK est reconnue par l’Inde.

22 octobre : par 97 voix pour, 23 contre et 22 abstentions, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte une solution présentée par l’ASEAN qui exige le retrait des troupes vietnamiennes.

31 décembre : fin de l’opération internationale d’aide urgente. À l’exception de l’UNHCR, de l’UNICEF et du PAM, toutes les agences du système des Nations Unies se retirent. La CICR fait de même, mais reviendra assez vite. Il ne reste au Cambodge que 11 ONG ainsi que les Croix Rouges française, suédoise et suisse. II y a désormais deux Cambodges : celui de l’intérieur, traité en paria de la communauté internationale et celui des camps installés à la frontière qui bénéficiera d’une attention massive.

1981

8 février : Sihanouk se déclare prêt à prendre la direction d’une coalition rassemblant toutes les forces s’opposant au régime de Phnom Penh.

26 mars : à Paris, création du FUNCINPEC. Président : Sihanouk.

1er mai : élection d’une Assemblée nationale : 117 sièges sont à pourvoir. Il y a 148 candidats, tous approuvés préalablement par le FUNSK.

26-29 mai : quatrième congrès du PRPK. Pen Sovann, qui présente un important rapport historique, est réélu comme premier secrétaire. Le congrès nomme également un comité central de 21 membres : un bureau politique de 8 membres et un secrétariat de 7 membres.

24 juin : première session de la nouvelle Assemblée nationale : Chea Sirn président.

27 juin : l’Assemblée nationale adopte le texte de la Constitution de la RPK. Elle élit un Conseil d’État presidé par Heng Samrin et un Conseil des Ministres présidé par Pen Sovann. 9 juillet : publication du texte de la Constitution.

13-17 juillet : conférence internationale des Nations Unies sur le Cambodge, à New York. La conférence accepte une demande chinoise selon laquelle, après un cessez-le-feu, le retrait des forces vietnamiennes et des élections supervisées par l’ONU, laes Khmers rouges ne devraient pas être désarmés. Le prince Sihanouk - qui ne participe pas à la conférence - ainsi que les gouvernements de Hanoï et de Phnom Penh rejettent la résolution adoptée par la conférence. Une structure permanente de la conférence est créée.

2 août : dans une interview au Washington Post, Ieng Sary confirme l’existence de Tuol Sleng et l’authenticité des confessions trouvées après la chute du régime des Khmers rouges. 4 septembre : à Singapour, déclaration commune de Sihanouk, Khieu Samphan et Son Sann qui se déclarent prêts à former une coalition tripartite. Les troupes vietnamiennes présentes au Cambodge sont évaluées à 200 000 hommes. Sur la frontière khméro-thaïlandaise, création de l’Armée Nationale Sihanoukiste (ANS).

21 octobre : l’Assemblée générale des Nations Unies réclame le départ des troupes vietnamiennes par 100 voix pour, 25 contre et 19 abstentions. Le Kampuchea Démocratique est confirmé comme seul représentant légitime du Cambodge. Cette résolution décrète un embargo de fait en limitant toute aide au Cambodge aux besoins urgents. Refusant de prendre en considération le sort des populations vivant à l’intérieur du Cambodge ; l’Assernblée générale répètera chaque année la même volonté d’isoler le pays.

4 décembre : Pen Sovann est démis de ses fonctions de premier secrétaire du PRPK et de président du conseil des ministres. Il est placé en résidence surveillée à Hanoi.

28 décembre : incident naval entre des batirnents thaïlandais et cambodgiens, près de la province de Koh Kong.

1982

1er janvier : Sihanouk, au moment de quitter la France, déclare qu’il abandonne ses efforts pour engager un dialogue avec Hanoï et qu’il est prêt à conduire une coalition anti-vietnamienne. Il est assuré de pouvoir créer rapidement une armée de 100000 hommes à l’intérieur du Cambodge pourvu qu’on lui fournisse armes et munitions. Il considère Son Sann comme un facteur de division des forces anti-vietnamiennes et se dit prêt à former une coalition avec les Khmers rouges, sans le "pro-américain" Son Sann. Création de l’UNBRO, qui se substitue à l’UNHCR pour venir en aide aux réfugiés, non reconnus comme tels, installés en Thaïlande. L’UNBRO relève de l’ONU. Elle sera étroitement associée au soutien de certains pays aux factions hostiles au régime de Phnom Penh.

11 janvier : accord de coopération militaire entre la RPK et la RDA.

30 janvier : accords de coopération culturelle, scientifique et agricole entre la RPK et l’URSS.

3 février : Hun Sen conduit une délégation du PRPK au 24è congrès du PC français, à Paris.

5-11 février : deuxième session de l’Assembée nationale qui prend une série de décisions en vue de mettre en oeuvre la Constitution et approuve les modifications intervenues dans le gouvernement. Chan Si est président du Conseil.

11 février : rencontre Sihanouk-Khieu Samphan à Pékin. Son Sann, soutenu par les pays de l’ASEAN qui redoutent une trop forte ingérence chinoise en Asie du Sud-Est, a refusé de participer à la réunion.

12 février : une étude publiée par les autorités de Phnom Penh signale le développement d’un véritable « baby boom » : le taux de natalité est de 5,5 %, et le taux de croissance de la population serait de 5,24 %, un des plus élevés du monde.

16-18 février : à Vientiane, 5e conférence des ministres des affaires étrangères de l’lndochine avec le Vietnamien Nguyen Co Thach, le Cambodgien Hun Sen et le Laotien Kamphai Boupha. Le communiqué final déclare que les troupes vietnamiennes se retireront du Cambodge « lorsque cessera la menace de l’expansionisme hégémonique chinois ».

27 février : à Genève, la Commission des droits de l’homme de l’ONU condamne l’occupation du Cambodge par le Vietnam comme une violation des droits de l’homme des Cambodgiens.

7 juillet : signature à Ho Chi Minh Ville d’un traité vietnamo-cambodgien sur les « eaux historiques » séparant les deux pays. Le Vietnam, dont les troupes présentes au Cambodge sont estimées à 175.000 hommes, annonce un retrait « signilicatif » de soldats vietnamiens du Cambodge. Le même jour, réunion de certains membres du GCKD sur une portion du territoire cambodgien qui fait face au camp de Khao I Dang.

15 juillet : premier retrait partiel de troupes vietnamiennes.

16 juillet : la RPK adopte des mesures en vue de renforcer les capacités de son armée.

19 juillet : début de la construction de ce qui sera connu sous le nom de « mur de bambou » : sorte de ligne Maginot cambodgienne à la frontière thaïlandaise destinée à empêcher les incursions des forces du GCKD disposant de sanctuaires en Thaïlande. Cette construction baptisée plan K 5 prévoit le défrichage d’une large bande frontalière, l’installation de fortins, le percement de canaux, la construction de palissades en bambou, le placement de barbelés et de mines. Le plan K5 va mobiliser des dizaines de milliers de personnes dont beaucoup mourront d’épuisement ou de maladie ou seront victimes des mines.

13 septembre : nouvelle directive concernant l’installation des résidents vietnamiens.

22 septembre : la RPK déplore 219 violations de ses eaux territoriales par des vaisseaux de guerre thaïlandais et 46 violations de son espace aérien par des avions des forces aériennes thaïlandaises.

9 octobre : troisième directive en faveur des résidents vietnamiens.

13 octobre : le FUNCINPEC accorde une concession à une firme thaïlandaise portant sur la vente d’un million de mètres/cube de bois de construction.

28 octobre : Khieu Samphan, Sihanouk et Son Sann à New York où l’Assemblée générale des Nations Unies reconnaît le GCKD comme légitime représentant du peuple cambodgien. La résolution présentée par l’ASEAN est adoptée par 105 voix pour, 23 contre et 20 abstentions.

4-20 novembre : Sihanouk, Khieu Samphan, puis Son Sann en visite officielle à Pékin.

10 novembre : visite officielle à Tokyo de Khieu Thirith, épouse de Ieng Sary et ministre du KD.

15 novembre : les forces de Sihanouk et Son Sann sont approvisionnées en armes et munitions occidentales à partir de Singapour.

23 décembre : signature à Hanoï d’un pacte militaire Vietnam-RPK.

1983

2 janvier : Sihanouk fait état de sérieux problèmes de santé qui l’obligeront à renoncer à ses activités pendant plusieurs mois.

27 janvier : réunion de certains membres du GCKD à Phnom Malai. Sihanouk déclare qu’il est désireux de rencontrer des représentants de la RPK.

14 février : début des émissions clandestines de la "Voix de l’ANKD".

25 février : le nombre des conseillers vietnamiens dans les ministères de la RPK est ramené à une vingtaine par ministère, sauf certains départements comme la défense et les affaires étrangères.

6 mars : Sihanouk condamne la décision du Mouvement des Non Alignés de laisser le siège du Cambodge vacant au sein de l’organisation.

30 mars : offensive de saison sèche de l’armée vietnamienne dans le nord-ouest, spécialement en direction du camp sihanoukiste de 0’Smach (aussi baptisé Sihanouk-borei), du camp KD 519 dans la région de Phnom Chhat et du quartier général FNLPK.

31 mars : environ 25.000 personnes fuyant les combats traversent la frontière thaïlandaise, 15.000 autres suivront.

6-9 avril : Les combats se déplacent sur la frontière provoquant des accrochages entre forces thaïlandaises et vietnamiennes.

12 avril : réunion extraordinaire, à Phnom Penh des trois ministres des aftaires étrangères de l’lndochine qui appellent à un dialogue avec les pays de l’ASEAN.

28 avril : entretiens Sihanouk-Mitterand à Paris.

30 avril : pour la première fois, le GCKD se réunit au complet sur le sol cambodgien à Phum Thmey dans la région du Phnom Malai. Les ambassadeurs de Malaisie, de Chine, du Bangladesh, de Corée du Nord, de Mauritanie et du Pakistan présentent leurs lettres de créances. Ce genre de cérémonie se répètera à plusieurs reprises, toujours en zone KD.

De mai à juin : plus de 9.000 villageois fuient la province de Siem Reap et se réfugient dans la région d’Ampil contrôlée par le FNLPK. Ils n’acceptent pas les traitements infligés par les autorités provinciales et les forces vietnamiennes.

1 er mai : les ministres des affaires étrangères de l’ASEAN condamnent les incursions vietnamiennes en territoire thaïlandais.

3 mai : nouveau retrait partiel (10.000) de troupes vietnamiennes dont le nombre est désormais estimé à 150.000.

12 mai : visite de Khieu Tirith au Japon où elle rencontre le vice-ministre des affaires étrangères.

25 mai : un service de renseignements vietnamien, baptisé K-10, s’installe au Cam bodge.

13 juin : Sihanouk offre sa démission de Président du GCKG à Khieu Samphan. Le lendemain, ses conseillers expliqueront qu’il s’agit d’un malentendu.

20 juillet : traités vietnamo-cambodgiens sur les principes d’une solution du problème frontalier.

16 août : un rapport présenté à l’Assemblée nationale de la RPK indique qu’il y aurait eu 2,7 millions de morts sous le régime de Pol Pot.

2 octobre : les éléments non-communistes du GCKD se plaignent que leurs soldats soient régulièrement l’objet d’attaques par leurs alliés Khmers rouges. À New York, Sihanouk accuse le Vietnam d’avoir transféré 600.000 colons à l’intérieur du Cambodge.

11 octobre : l’Australie n’accepte plus de contresigner le projet de résolution sur le Cambodge préparé par les pays de l’ASEAN.

20 octobre : le CGKD reçoit l’appui de 90 délégations (contre 71 au KD en 1979) pour détenir le siège du Cambodge à l’ONU.

27 octobre : l’Assemblée générale de l’ONU réclame le retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge par 105 pour, 23 contre et 19 abstentions.

15-27 décembre : à Pékin, les trois leaders du GCKD ont des consultations entre eux et avec les dirigeants chinois en vue de surmonter leurs antagonismes et de renforcer l’unité des troupes du GCKD.

26 décembre : à Pékin, le prince Ranariddh s’entretient avec Régis Debray, écrivain français et conseiller du Président Mitterand, d’une possible aide militaire française directe aux Sihanoukistes.

L’intervention vietnamienne au Cambodge tourne court en raison de la vigoureuse résistance armée khmère, soutenue par la Thaïlande (et derrière eux des USA) et la Chine (réconciliée avec les USA), et du désaveu de la communauté internationale face à l’établissement de ce protectorat de fait sur le Cambodge ; par ailleurs, la Chine intervient militairement dans le nord du Viêt-nam en 1979 et en 1987. La situation intérieure empirant, Hanoi fut forcée, à partir de 1984, de retirer peu à peu ses forces du Cambodge.

1984

24 janvier : réunion du GCKD dans la région d’Ampil suivie de la visite par Sihanouk des trois zones (KD : Phnum Malai ; FNLPK : Ampil et FUNCINPEC : Tatum).

5 février : accompagné de Pen Thol pour le FNLPK et de Chhorn Hay pour le KD, Sihanouk entame la visite des pays de l’ASEAN.

11 février : les Khmers rouges lancent la plus importante opération militaire depuis 1979. Ils occupent l’aéroport de Battambang et une partie de la ville détruisant un dépôt de munitions et des réservoirs d’essence.

2 mars : les forces du GCKD attaquent l’aéroport de Siem Reap. À Bangkok, le ministère des affaires étrangères recommande aux journalistes de ne plus utiliser l’expression , « Khmers rouges » pour désigner les forces de Pol Pot et Khieu Samphan.

4 mars : un porte-parole de Sihanouk annonce que désormais les camps de régugiés sous le contrôle des Sihanoukistes seront distincts des bases militaires de l’ANS. C’est la seule faction de la Coalition à prendre une telle mesure.

17 avril : à Tokyo, Khieu Samphan souligne le caractère non communiste du GCKD.

20 mai : première célébration de la "Journée de la haine" instituée par la RPK pour rendre hommage aux victimes du génocide organisé par Pol Pot.

31 mai : Sihanouk déclare au premier ministre japonais qu’il est prêt à prendre la tête d’un gouvernement intérimaire quadripartite qui organiserait des élections. Cette formule n’a pas cessé d’être, depuis lors, la solution privilégiée par le prince.

12 juin : la Chine fournit des pièces d’artillerie aux forces du GCKD.

14 juin : consultations nippo-thaïlandaises : accord pour promouvoir une solution globale au conflit cambodgien. Total soutien du Japon à la politique de l’ASEAN en favour du GCKD.

20 juin : troisième retrait partiel de troupes vietnamiennes (10 000). 3-6 juillet : les trois leaders du GCKD tiennent "un sommet" à Pékin.

11 juillet : Sihanouk annonce que sa proposition visant à associer toutes les parties à la solution du conflit bénéficie du soutien de Pékin.

14 juillet : dans un télégramme à Khieu Samphan, Sihanouk menace de démissionner de la présidence du GCKD, si les troupes khmères rouges ne cessent pas leurs attaques contre les soldats sihanoukistes.

20-25 juillet : visite d’une délégation de l’Assemblée nationalo française.

26 juillet : Hun Sen déclare que Sihanouk et Son Sann peuvent jouer un rôle politique s’ils rentrent au pays et reconnaissent la Constitution.

3 août : l’AFP annonce que Thiounn Thioum, ancien ministre des finances du KD et Keat Chhon, ancien ministre attaché au président du conseil du KD, ont fait défection du KD, le premier en juillet, le second en avril.

8 août : rencontre Mitterand-Sihanouk à Paris.

14 août : à Oslo, Sihanouk exclut les dirigeants de la RPK de sa proposition du gouvernement quadripratite.

8 septembre : après avoir visité les gouvernements de l’ASEAN, le président de la conférence internationale sur le Cambodge déclare que Hanoï a installé 500.000 colons au Cambodge.

23 septembre : rencontre Reagan-Sihanouk-Son Sann à New York : les États-Unis considèrent le retrait des forces vietnamiennes comme un préalable à tout réglement.

3 octobre : rencontre des trois leaders du GCKD à Pékin : échec des efforts de Sihanouk et Son Sann en vue de réduire l’influence des khmers rouges (changer le drapeau, l’hymne et le nom du pays, rotation de la représentation diplomatique du GCKD).

11 octobre : la RPK refuse la proposition du président de la conférence internationale sur le Cambodge de déclarer le temple d’Angkor Vat zone démilitarisée parce qu’il pourrait devenir un sanctuaire pour les forces du GCKD. Celui-ci accepte la proposition. Une mission technique indienne recommande un programme de restauration de 6 ans.

12 octobre : le Japon refuse un visa à des officiels de la RPK.

17 octobre : l’Assemblée générale des Nations Unies adopte sans vote le principe de la représentation du Cambodge par le GCKD.

30 octobre : l’Assemblée générale de l’ONU vote une résolution identique à celle de 1983 par 110 voix. II y a 22 voix contre et 18 abstentions. À Genève, la conférence des Nations Unies sur l’éducation accueille la délégation du GCKD.

17 novembre : offensive vietnamienne contre les bases du GCKD. La première base visée est celle du FANLPK à Nong Chan.

12 décembre : un rapport du Lawyers Committee for International Human Rights accuse les Vietnamiens de participer à la torture de citoyens cambodgiens arretées par la RPK.

24 décembre : le député américain Stephen Solarz se rend à Phnom Ponh où il rencontre Hun Sen.

27décembre : prise des bases FANLPK de Baksei, Sok Sann et Nong Samet.

31 décembre : Chan Si décéde à Moscou.

1985

début janvier : prise du quartier général du FAN LPK à Ampil et des bases Khmers rouges de Nam Yun et Chong Bok.

14 janvier : Hun Sen nommé président du Conseil (premier ministre). Il conserve le portefeullle des affaires étrangères.

3 février : réunion du GCKD à Phnom Malai.

11 février : rencontre GCKD-ASEAN à Bangkok.

13 février : 18.000 soldats vietnamiens chassent les Khmers rouges de leurs bases dans les montagnes du Phnom Malai.

17 février : création, en Thaïlande, du camp baptisé Site 8, contrôlé par les Khmers rouges et appelé par ceux-ci Khao Ta Ngok, du nom des collines toutes proches.

Début mars : prise des bases FANLPK de Sanror Changan et Dong Rak.

8 mars : prise de la base ANS de Tatum.

9 mars : important remaniement du gouvernement de la RPK.

12 mars : Hun Sen pose 6 conditions pour un réglement du conflit:1) élimination des forces de Pol Pot, 2) une fois cette élimination acquise, retrait des troupes vietnamiennes, 3) élections libres supervisées 4) coexistence pacifique entre pays de l’Asie du Sud-est ayant des systèmes politiques et sociaux différents, 5) cessation de toute interférence de pays extérieurs à la région, 6) établissement de garanties internationales et supervision des accords.

19 mars : la RPK lance un programme en faveur des déserteurs des forces du GCKD.

2 avril : le GCKD décide de créer un organe permanent de coordination.

3 avril : quatrième retrait partiel de troupes vietnamiennes (15.000).

Avril : prise de la base FANLPK de Nong Chan. Fin de l’offensive vietnamienne commencée le 18 novembre. Toutes les bases du GCKD à l’intérieur du pays ont été détruites. Pour la deuxième fois en 5 ans, l’armée de Pol Pot est anéantie. Pour la deuxième fois, elle sera reconstituée avec l’aide de la Chine, de la Thaïlande, des USA, de la Grande-Bretagne et de certains de leurs alliés. Doe 100.000 à 250.000 personnes ont fui vers la Thaïlande.

23 avril : Sihanouk démissionne de la présidence du GCKD "pour raisons de Santé".

25 avril : Sihanouk retire sa démission.

18 mai : mort de Penn Nouth, 81 ans, en France. Il avait été huit fois premier ministre.

23 mai : la Thaïlande décide de reconduire à l’intérieur du Cambodgo 240.000 réfugiés, par la force si besoin.

30 mai : le Conseil Economique et Social des Nations Unies dénonce les violations des droits de l’homme au Cambodge.

5 juin : Son Sann déclare qu’il refuse d’envisager d’écarter les Khmers rouges du GCKD. Il affirme qu’il y a 700.000 résidents vietnamiens au Cambodge.

6 juillet : les Khmers rouges déclarent qu’ils soutiendront un gouvernement issu d’élections organisées par l’ONU, même s’ils n’ont pas d’élus. Sihanouk s’interroge sur leur crédibilité.

9 juillet : la Chambre des Représentants du Congrès US approuve un amendement présenté par S. Solarz accordant pour 10 millions $ d’aides militaires et économiquos aux factions non communistes du GCKD.

18 juillet : Khieu Tirith prend la parole au nom du GCKD lors de la Confeérence de Nairobi des Nations Unies sur la décennie de la femme. Hun Sen proteste auprès du Secrétaire général de l’ONU.

1er août : à Washington, le Lawyer’s Committee for International Human Rights confirmant son rapport sur les violations des droits de l’homme en RPK, indique que les Khmers rouges mettent en oeuvre un système draconien de contrôle social et que les conditions supportées par les personnes sous contrôle du FNLPK sont très dures.

3 août : de Bangkok, le Prince Ranariddh envoie un rapport à son père à Pékin signalant que 38 soldats de l’ANS ont été tués par les Khmers rouges.

16 août : 11e conférence des ministres des affaires étrangères de l’Indochine : le communiqué accepte que Djakarta exerce un rôle d’intermédiaire et considère avec intért la proposition malaisienne de conversations de proximité.

1986

23 janvier : incidents entre des unités vietnamiennes et des unités de la RPK dans la province de Koh Kong. Ouverture en Thaïlande du camp de réfugiés d’O Trao contrôlé par les Khmers rouges.

7 février : l’Assemblée nationale de la RPK prolonge elle-même son mandat jusqu’en 1991.

17 mars : un "sommet" du GCKD à Pékin lance un appel en 8 points pour un règlement du conflit:1) retrait des troupes vietnamiennes négocié entre le GCKD et le Vietnam, 2) pendant le retrait, application d’un cessez-le-feu, 3) le retrait sera supervisé par des observateurs de l’ONU, 4) le GCKD et la RPK établissent un gouvernement de coalition dont Sihanouk sera le président et Son Sann le premier ministre, 5) élections libres sous contrôle de l’ONU, 6> la souveraineté et la neutralité du Cambodge seraient garanties par l’ONU pendant 2-3 ans, 7) l’aide à la reconstruction serait acceptée de tous les pays, 8) le Cambodge et le Vietnam signeraient un traité de non-agression et de coexistence pacifique. La Chine soutient cet appel de même que les pays de l’ASEAN. La RPK parle d’ingérence massive et le Vietnam souligne l’influence de Pékin sans tou-tefois rejeter le plan.

28 mars : violents combats autour de Battambang.

26 avril : accord commercial et économique pour 5 ans entre la RPK et l’URSS.

1er mai : Son Sann répète qu’il y a, au Cambodge, 700 000 colons vietnamiens, protégés par 180 000 soldats et 20 000 conseillers vietnamiens.

28 mai : le GCKD enregistre le soutien apporté par 40 pays à son plan en 8 points.

26 juin : le ministre australien des affaires étrangères, M. Bul Hayden, propose la création d’un tribunal pour juger Pol Pot et les autres leaders Khmers rouges.

11 juillet : le Parlement européen adopte une résolution appuyant le plan en 8 points du GCKD et dénonçant les violations des droits de l’homme en RPK.

8 août : le ministre indonésien des affaires étrangères appuie la proposition australienne visant à traduire Pol Pot devant un tribunal.

11 août : réunion du GCKD « en territoire libéré ».

27 août : Sihanouk déclare que les Khmers rouges ont attaqué un village contrôlé par l’ANS dans la province de Siem Reap et fait plusieurs victimes.

25 septembre : à Amsterdam, 15 organisations non gouvernementales (ONG) travaillant au Cambodge se réunissent pour débattre des conséquences économiques et sociales de l’isolement politique du Cambodge.

15 octobre : la colline 538, située en territoire thaïandais et occupée depuis le 20 septembre par les troupes vietnamiennes est reprise par l’armée thailandaise après un mois de combats acharnés.

21 octobre : la résolution présentée, comme chaque année par l’ASEAN à l’Assemblée générale de l’ONU est adoptée par 116 voix pour. Il y a 21 voix contre et 13 abstentions.

2 novembre : l’ASEAN proteste contre l’ouverture, à Phnom Penh, d’un bureau de coordination des aides australiennes.

11 novembre : les Khmers rouges et les Sihanoukistes annoncent que leurs forces vont lancer des opérations militaires en commun.

14 novembre : le ministre des affaires étrangères de Singapour estime que, notamment avec l’aide de la Chine, des garanties peuvent être obtenues pour éviter un retour au pouvoir de Pol Pot et de « collaborateurs inacceptables ».

11 décembre : important remaniement gouvernemental à Phnom Penh qui traduit l’influence grandissante du gouvernement dans le système politique de la RPK.

1987

Le KEG devient le Kampuchean Working Group. Cette structure secrète formée - par la Thaïlande, la Malaisie et Singapour est assistée par la CIA. Le KWG fournit des plans de bataille, du matériel de guerre, des informations aux factions non communistes du GCKD alliées aux Khmers rouges. Les Thaïlandais et les Malaisiens se chargent de l’entraînement, Singapour de la fourniture des armes au travers d’une société nommée Chartered Industries qui fabrique sous licence ou achète des armes et munitions dans le monde entier et en particulier en Allemagne, en Belgique, en Corée du Sud, en Suède, à Taiwan. Le KWG, basé à Bangkok, dispose en outre de bureaux à Paris, Bonn et Tokyo. Il gère deux stations de radio à destination du Cambodge.

12 janvier : en visite à Bucarest, Sihanouk reçoit de Nicolae Ceaucescu un message du Vietnam proposant une négociation en vue d’un cessez-le-feu. Sihanouk rejette la proposition.

24 janvier : Son Sann, en visite à Site 2, accuse les Vietnamiens d’exterminer les Khmers qui vivent dans le Sud du Vietnam (Khmers Krom).

24 février : l’armée de la RPK saisit 4 bâteaux de pêche thaïlandais près de l’île Cambodgienne de Chao.

10 mars : visite à Phnom Penh d’Edouard Shevardnadze, ministre des affaires étrangères de l’URSS.

25 mars : à Bangkok, signature d’un accord entre le GCKD, l’ASEAN, le Japon et la Chine créant un comité de coordination pour le développement des ressources pétrolières off-shore du Cambodge.

9 avril : Khieu Thirith, « présidente de la Croix Rouge du Kampuchea Démocratique » en visite officielle au Japon.

12 avril : à New York, la Cambodia Documentation Commission animée par des survivants de l’holocauste, lance, avec l’appui de 200 autres survivants et d’Elie Wiesel une campagne en vue de traduire Pol Pot et les autres leaders Khmers rouges devant la Cour Internationale de Justice en application de la Convention de 1948 sur le génocide.

17 avril : les troupes du FNLPK sont accusées de violer les droits de l’homme et de pratiquer la contrebande.

19 avril : la RPK autorise le transfert de fonds provenant de l’étranger en faveur des particuliers.

26 avril : des soldats Khmers rouges attaquent des soldats de l’ANS.

7 mai : pour protester contre l’attitude des Khmers rouges, Sihanouk annonce qu’il se retire de la présidence du GCKD pour un an. Le prince Ranariddh, son fils, le remplace pour représenter le FUNCINPEC au sein du GCKD.

8 mai : à Phnom Penh, mise en activité de la station de télécommunication construite par les Soviétiques sur le site de l’ancienne cathédrale catholique détruite par les Khmers rouges. Pour la première fois depuis 1975, Phnom Penh est reliée au monde extérieur par téléphone et télex.

12 mai : une étude publiée sous la conduite du professeur Khien Theeravit de l’Université de Chulalongkhorn (Bangkok) affirme que les retraits de troupes vietnamiennes du Cambodge ne sont en fait que des rotations de troupes.

2 juin : un communiqué du GCKD précise que Sihanouk reste son président.

3 juin : Amnesty International publie son premier rapport consacré aux violations des droits de l’homme au Cambodge. Cent cinquante-deux pages sont consacrées à la RPK et huit au GCKD. L’auteur de ce rapport dont l’organisation assume la responsabilité est M. Heder, auteur, entre 1970 et 1979, de nombreux articles en faveur des Khmers rouges.

4 juin : des soldats du FNLPK pénètrent dans le camp UNHCR de Khao I Dang et pillent les réfugiés.

15 juin : à Bangkok, Sihanouk déclare que l’avenir du Cambodge est soit de devenir une province du Vietnam, soit de retomber sous la dictature des Khmers rouges. Il critique l’ASEAN en affirmant qu’elle « défend l’indéfendable ».

24 juin : lors d’un entretien à Pékin avec Monique Sihanouk, le premier ministre chinois souligne le soutien de son pays à Sihanouk et au GCKD et insiste sur la nécessaire unité de la coalition anti-vietnamienne.

29-30 juin : à Bruxelles, réunion d’une quinzaine d’ON G qui créent le Forum International des ONG au Cambodge (voir première partie : la communauté internationale).

29 juillet : à Ho Chi Minh Ville, les ministres des affaires étrangères de l’Indonésie et du Vietnam s’entretiennent pendant six heures de la situation au Cambodge. Le communiqué souligne l’accord des deux pays sur la proposition indonésienne privilégiant une approche informelle : réunion informelle de toutes les parties cambodgiennes (baptisée « cocktail party ») suivie d’une réunion informelle élargie à d’autres pays de la région.

30 juillet : Sihanouk annule à la dernière minute une rencontre prévue avec Hun Sen à Pyong Yang.

13 août : les ministres des affaires étrangères des trois pays de l’lndochine acceptent la proposition indonésienne de réunion informelle de toutes les parties au conflit.

17 août : visite de Son Sann à Site 2 en vue de trouver une solution aux divisions au sein du FNLPK dont les forces sont passées de 12000 à 2000 hommes.

27 août : appel de la RPK à la réconciliation nationale entre tous les Cambodgiens hormis « le criminel Pol Pot et certain de ses proches acolytes ».

29 août : rencontre Sihanouk-Son Sann-Khieu Samphan à Pékin.

8 octobre : la RPK publie une déclaration en 5 points pour une solution au problème du Cambodge appelant à 1) une rencontre RPK-Sihanouk, 2) un retrait complet des troupes vietnamiennes simultanément à l’arrêt de toute aide et de toute hospitalité ux forces du GCKD, 3) des élections générales en présence d’observateurs étrangers en vue de former un gouvernement de coalition pratiquant une politique de neutralité et de non-alignement, 4) des négociations avec la Thaïlande en vue d’établir une frontière sûre et pacifiée et d’organiser le rapatriement volontaire des réfugiés, 5) l’organisation d’une conférence internationale pour garantir les accords conclus avec la participation des deux gouvernements cambodgiens, des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, du Vietnam, de l’Inde et d’autres pays. Cette déclaration provoque d’intenses consultations diplomatiques.

14 octobre : l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution de l’ASEAN par 17 voix pour, 21 contre et 16 abstentions.

2-4 décembre : première rencontre Sihanouk-Hun Sen à Fêre-en-Tardenois, près de Paris. Un communiqué en quatre points précise que 1) la question cambodgienne demande une solution politique et non militaire, 2) la question doit être réglée par les Cambodgiens eux-mêmes, par des négociations qui doivent conduire à la paix, à la reconstruction et la création d’un système politique indépendant, démocratique, souverain, neutre et non aligné, 4) une nouvelle rencontre aura lieu en janvier 1988.

10 décembre : à Paris, lors d’une soirée consacrée au Cambodge organisée par Amnesty International, le représentant de cette organisation reconnaît que Amnesty International est restée muette de 1975 à 1979 pour des raisons idéologiques.

1988

19 janvier : rencontre Sihanouk-Son Sann à Paris. Son Sann refuse de négocier la avec la RPK jusqu’à ce que Hanoï s’engage par écrit à retirer toutes ses troupes.

20 janvier : Son Sann déclare qu’il y a 1,5 million de colons vietnamiens et qu’il en arrive davantage encore. Les Khmers rouges affirment que la présence de colons vietnamiens au Cambodge représente une menace mortelle pour la survie de la race khmère.

20-21 janvier : deuxième rencontre Sihanouk-Hun Sen à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris.

24 janvier : la RPK se déclare disposée à discuter avec Khieu Samphan, mais pas avec Pol Pot ou d’autres dirigeants Khmers rouges. La RPK n’a aucune objection à ce que Sihanouk devienne le chef de l’Etat.

26 janvier : Sihanouk déclare qu’il préfère une coalition entre quatre factions (KD, FUNCINPEC, FNLPK, PRPK) plutôt qu’entre deux gouvernements (GCKD et RPK).

28 janvier : entretiens Hun Sen-Nguyen Co Thach à Hanoi. Ce dernier soutient les discussions en cours.

30 janvier : à Pékin, Sihanouk annonce sa démission de la présidence du GCKD et désigne son fils Ranariddh pour représenter le FUNCINPEC au sein du GCKD. Il justifie sa décision par l’hostilité de Son Sann aux pourparlers en cours. Il annule la rencontre prévue avec Hun Sen à Pyong Yang.

1er février : de sources chinoises, on apprend que les relations entre la direction du chinois et Sihanouk sont tendues.

8 février : à Pékin, rencontre Sihanouk-Khieu Samphan.

11 février : réunion à Pékin du GCKD sans Sihanouk.

18 février : une étude publiée à Hong Kong par la Far Eastern Economic Review indique que la contrebande entre la Thailande et le Cambodge rapporte au moins 1 million de US $ par mois aux fraudeurs thaïlandais. Cette contrebande concerne notamment des armes considérées comme stratégiques.

20 février : Sihanouk considère que le seul moyen d’éviter le risque que représente la participation des Khmers rouges à un gouvernement de coalition intérimaire est la présence d’une « peace keeping force » des Nations Unies.

22 février : à Genève, la Commission des droits de l’homme de l’ONU demande le retrait des troupes vietnamiennes et reste sourde à l’appel lancé par la Cambodia Documentation Commission en vue d’empêcher le retour au pouvoir de Pol Pot et des principaux leaders Khmers rouges.

22 février : à Genè ve, la Commission des droits de l’homme de I’ONU demande le retrait des troupes vietnamiennes et reste sourde à l’appel lancé par la Cambodia Documentation Commission en vue d’empêcher le retour au pouvoir de Pol Pot et des principaux leaders Khmers rouges. 29 février : Sihanouk annonce qu’il reprend la presidence du GCKD.

11 mars : le gouvernement de la RPK décide de recréer l’Université de Phnom Penh avec onze facultés.

11 avril : la Thailande intégre la Task Force 80, chargée de la surveillance des camps de réfugiés et régulièrement acccusée de vols, viols et autres violences, dans une nouvelle unité, la DPPU : Displaced People Protection Unit.

18 mai : Sihanouk demande à 58 pays de ne pas aider le Vietnam à combattre la famine qui y sévit jusqu’au retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge.

30 juin : visite à Phnom Penh de M. Rafeuddin Ah med, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU. Retrait partiel de troupes vietnamiennes. L’état-major avancé des forces vietnamiennes au Cambodge se replie dans la province vietnamienne de Tai Ninh.

4 juillet : une vingtaine de pêcheurs thaïlandais sont arrêtés près de la base navale cambodgienne de Ream au sud de Kompong Som). Cette base militaire a été remise en état par les Vietnamiens et les Sovietiques.

10 juillet : nouvelle démission de Sihanouk - la 6e depuis la création du GCKD six ans plus tôt - qui dénonce les attaques khmers rouges contre l’ANS et le soutien de la Chine au PKD. II désigne son fils Ranariddh pour le remplacer et se rend en France où il rencontre le ministre des affaires étrangères, R. Dumas.

11 juillet : à Phnom Penh, réunion des ministres des aftaires étrangères des trois pays de l’lndochine : le communiqué souligne le retrait régulier des forces vietnamiennes, observe l’opposition internationale au retour de Pol Pot au pouvoir, déplore le refus des pays de l’ASEAN de prendre acte des évolutions diplomatiques récentes, rappelle le communiqué conjoint Indonésie-Vietnam du 29 juillet 1987 et adhère à l’idée de transformer l’Asie du Sud-Est en zone de paix, de stabilité et de coopération. Le même jour, l’Assemblée nationale de la RPK discute d’amendements aux article 12 et 19 de la Constitution en vue d’introduire un système d’économie mixte.

23 juillet : Sihanouk en visite privée à Djakarta, à l’invitation du président Suharto. Il déclare qu’il n’assistera pas à la réunion informelle prévue deux jours plus tard.

24-28 juillet : première rencontre informelle de toutes les parties cambodgiennes à Bogor (lndonésie) : la cocktail party sera appelée "Jakarta Informal Meeting "ou JIM. La réunion est d’abord limitée aux Cambodgiens. Chaque faction présente ses positions respectives. Hun Sen présente sept nouvelles propositions dont l’idée d’un "conseil national de réconciliation" quadripartite présidé par Sihanouk, la RPK restant en place jusqu’aux élections. La réunion s’élargit par la suite aux pays de l’ASEAN, au Laos et au Vietnam. Sihanouk, qui ne participe pas à la rencontre reçoit les représentants des quatre factions et leur propose un plan en cinq points 1) adopter des symboles communs pour signifier le pays, 2) former un gouvernement quadripartite (quatre co-ministres pour chaque département) 3) former une armée quadripartite, 4) former progressivement une administration quadripartite à partir de l’administration de la RPK, 5) organiser une conférence internationale qui garantira la neutralité du Cambodge et enverra une commission internationale de contrôle chargée de contrôler le retrait des troupes étrangères, d’assister le gouvernement quadripartite dans le maintien de la paix et de la sécurité et de superviser les élections. Au terme des quatre jours, alors que des points de convergence ont pu être enregistrés, les khmers rouges bloquent l’adoption d’une déclaration commune. Selon le ministre indonésien des affaires étrangères, M. Ah Alatas, toute solution au conflit passe par le retrait des troupes vietnamiennes, l’adoption de mesures en vue d’empêcher le retour des pratiques de génocide du régime de Pol Pot et la fin de toute ingérence étrangère. Un groupe de travail chargé de définir les éléments d’une solution politique est créé. Une nouvelle rencontre Sihanouk-Hun Sen est prévue en octobre en France.

30 juillet : à son arrivée à Pékin, Sihanouk déclare que les Khmers rouges sont l’obstacle principal à une solution du drame cambodgien. L’agence de presse Chine nouvelle écrit le même jour qu’il ne saurait être question d’écarter les Khmers rouges.

7 août : Sihanouk reçoit le premier ministre britannique M. Thatcher au camp sihanoukiste Site B. II se déclare en faveur de la vacance du siège du Cambodge à l’ONU et affirme que le GCKD n’est que le paravent des Khmers rouges.

15 août : les Khmers rouges présentent un plan de paix en quatorze points. Leur participation au pouvoir, le retrait vérifié des Vietnamiens et le démantèlement de la RPK sont les éléments majeurs de ce plan.

20 août : important remaniement du gouvernement de la RPK.

22 août : Sihanouk déclare qu’il ne demandera pas la vacance du siège du Cambodge à l’ONU. 28 août : à Pékin, importants entretiens sino-soviétiques consacrés à la question cambodgienne.

14 septembre : Sihanouk accuse les Khmers rouges de déporter des milliers de civils depuis les camps de Thaïlande vers l’intérieur du Cambodge, d’exécuter ses sympathisants et d’attaquer ses soldats.

23 septembre : à Paris, Sihanouk est reçu par F. Mitterrand.

29 septembre : à l’Assemblée générale des Nations Unies, le président Mitterrand annonce que la France est prête à accueillir une conférence internationale sur le Cambodge. L’Administration Reagan annonce son intention de tripler l’aide américaine aux factions non communistes du GCKD.

11 octobre : des diplomates chinois laissent entendre à New York que la Chine pourrait accueillir en exil Pol Pot et d’autres leaders Khmers rouges en cas de réglement du conflit cambodgien.

17-20 octobre : les Khmers rouges ne participent pas à la réunion du groupe de travail créé lors du JIM. La réunion ne donne aucun résultat significatif.

20 octobre : pour la première fois, l’agence de presse officielle chinoise Chine nouvelle dénonce les "erreurs" commises par les Khmers rouges lorsqu’ils étaient au pouvoir.

27 octobre : à Vientiane (Laos), rencontre secrète Hun Sen-Chavalit, commandant en chef de l’armée thaïlandaise.

3 novembre : l’Assemblée générale des Nations Unies achève son débat annuel sur la question cambodgienne par l’adoption d’une résolution qui, outre l’exigence du retrait vietnamien, appelle à la création d’un gouvernement cambodgien qui ne répète pas « les politiques et les pratiques d’un passé récent universellement condamnées ». La résolution est adoptée par 122 voix pour, 19 contre et 13 abstentions. Le GCKD détient toujours le siège du Cambodge. A Bangkok, l’armée thailandaise dément avoir détourné des fonds destinés à l’ANS.

7-8 novembre : rencontre Sihanouk-Son Sann-Hun Sen à Frère-en-Tardenois. Création d’un groupe de travail chargé d’étudier toutes les possibilités d’une solution politique globale et de préparer la prochaine rencontre prevue pour l’été 1989.

30 novembre : Sihanouk précise son plan en 5 points. Il exige une date précise pour le départ inconditionnel des troupes vietnamiennes et la dissolution simultanée du CGKD et de la RPK. Il précise que son plan est à prendre ou à laisser.

14 décembre : Khieu Samphan rencontre Sihanouk à Frère-en-Tardenois. Il apporte son soutien au plan en 5 points et déclare que Pol Pot s’est retiré et ne joue plus aucun rôle. Il s’engage à éviter les incidents entre les armées de la coalition.

15 décembre : départ de 18000 soldats vietnamiens.

16 décembre : Hun Sen déclare que Pol Pot est toujours le numéro 1 des Khmers rouges, suivi, dans l’ordre, par Ieng Sary, Son Sen, Ta Mok, Nuon Chea, Ke Pauk et Khieu Samphan. La seule chose qui ait changé est le numéro de code de Pol Pot qui de 870 est devenu 87.

17-18 décembre : à Paris, congrès mondial du FUNCINPEC : Sihanouk traite Hun Sen de "borgne", de "traître", de " valet des Vietnamiens", de "Quisling" . Parlant de Khieu Samphan, il dit : "c’est un assassin, mais pas un traître."

22 décembre : réunion du groupe de travail quadripartite créé à Frère-en-Tardenois dans les locaux de l’ancienne ambassade du Cambodge à Paris. Echec.

1989

12 mars : création à Pékin d’un Conseil supérieur de la défense nationale du GCKD. Il s’agit de renforcer la solidarité, la coopération et l’entraide entre les trois armées de la coalition anti-Phnom Penh. Les forces de Sihanouk et de Son Sann, alimentées en armes et en munitions par l’Occident sont intégrees dans un commandement commun où les Khmers rouges dominent.

7 janvier : à l’occasion des cérémonies du 10e anniversaire de la RPK, le secrétaire général du PC vietnamien Nguyen Van Linh promet le retrait complet de toutes les troupes vietnamiennes pour la fin septembre.

18 janvier : accord à Pékin entre la Chine et le Vietnam à propos du retrait des troupes vietnamiennes sous controle international avant la fin septembre.

23 janvier : première visite à Phnom Penh d’une délégation de parlementaires thailandais.

25-27 janvier : concrétisation d’un changement radical de la politique thailandaise, Hun Sen se rend, en "visite privée" à Bangkok. Il rencontre le premier ministre Chatichai Chhonhavan, le ministre des affaires étrangères Siddhi Savetsila et le chef d’Etat-Major des armées, le général Chavalit Yongchaiyuth. Cette visite, qui provoque un grand retentissement, est analysée comme un succès diplomatique de Hun Sen.

26 janvier : à Pékin, Sihanouk déplore l’accueil fait à Hun Sen à Bangkok et décide de ne plus participer à aucune négociation jusqu’au mois de septembre parce que son plan de paix n’est pas accepté par toutes les parties.

9 février : réunion à Pékin des trois factions du GCKD qui s’accordent sur un plan de paix : un mécanisme international de contrôle veillant au retrait total des troupes vietnamiennes, une force de maintien de la paix des Nations Unies garantissant le cessez-le feu et l’organisation des élections, la formation d’un gouvernement provisoire de coalition qui remplace les institutions existantes.

12 février : Sihanouk reprend ses fonctions de président du GCKD.

14 février : la RPK crée une commission de coopération économique khméro-thailandaise.

17-18 février : réunion du groupe de travail quadripartite à Djakarta.

19-21 février : JIM II, en l’absence de Sihanouk représenté par Ranariddh. Aucun communiqué conjoint n’ayant pu être adopté, c’est une déclaration du président de la conférence, M. Alatas, qui tente de résumer des discussions assez confuses. Le blocage reste total sur le statut et la composition d’une structure quadripartite intérimaire.

14 mars : appel d’Amnesty International à propos du sort de plus de 400 prisonniers politiques détenus sans jugement et dont 35 sont morts de mauvais traitements. L’organisation reste muette sur les violations des droits de l’homme dans les camps FNLPK et KD. 23 mars : Ia RPK crée une commission de révision de la Constitution. D’anciennes personnalités sihanoukistes et républicaines récemment revenues au Cambodge en font partie. Le même jour, Hun Sen reçoit pour la première fois les responsables de toutes les ONG travaillant au Cambodge.

26 mars : à Pékin, Sihanouk reçoit d’un diplomate français un message de Hun Sen sollicitant une entrevue afin de présenter deux concessions majeures.

29 mars : nouvelle visite de Stephen Solarz à Phnom Penh où il rencontre Hun Sen. Session extraordinaire du comité central du PRPK. Après sa visite, Solarz recommande au Congrès américain d’intensifier l’aide aux factions non communistes du GCKD.

2 avril : à Pékin, Sihanouk propose de rencontrer Hun Sen le 2 mai à Djakarta.

5 avril : le Vietnam annonce que toutes ses troupes auront quitté le Cambodge à la fin du mois de septembre. Il s’agit de la première concession annoncée par Hun Sen.

6 avril : Sihanouk demande à la France d’organiser une conférence internationale.

7 avril : la France se réjouit de la décision du Vietnam de retirer ses troupes, de la rencontre prévue entre Sihanouk et Hun Sen le 2 mai et d’une nouvelle réunion de toutes les parties cambodgiennes. Elle se déclare prête à convoquer une conférence internationale à l’issue de cette réunion.

21 avril : visite d’une délégation de 25 parlementaires thailandais.

24 avril : plus de 700 civils habitant des bases militaires khmères rouges attaquées par les forces vietnamiennes et celles de la RPK fuient vers le camp FNLPK de Sok Sann.

28 avril : à Bangkok, symposium international sur le thème par lequel le premier ministre thailandais définit sa politique : "Indochine : d’une zone de guerre à une zone de commerce". Des personnalités des trois pays indochinois y participent.

29-30 avril : séance extraordinaire de l’Assemblée nationale de la RPK pour la révision de la Constitution. La RPK cesse d’exister et devient État du Cambodge (EdC). Nouveau drapeau, nouvel hymne. La peine de mort est abolie. Le bouddhisme est déclaré religion d’Etat. La propriété privée et l’économie de marché sont instaurées. Toute référence au socialisme est gommée de la Constitution qui proclame la neutralité et le non alignement du pays. Il s’agit de la seconde concession annoncée par Hun Sen dans son message à Sihanouk fin mars. Un grand vent de liberalisme souffle sur le Cambodge. C’est le " printemps de Phnom Penh". 2-3 mai : quatrième rencontre Sihanouk-Hun Sen à Djakarta. Accord sur la necessité d’un mécanisme international pour contrôler le retrait vietnamien, sur la tenue d’une conférence internationale, sur une nouvelle rencontre à Paris le 24 juillet et sur une nouvelle réunion des quatre factions le 25 juillet. La rencontre est suivie d’un entretien Hun Sen-Son Sann.

4 mai : Sihanouk fait état de "progrès considérabies" et commente positivement les changements intervenus dans la Constitution.

6 mai : entretiens Hun Sen-Chatichai à Bangkok. Accord pour considérer qu’un cessez-le-feu devrait intervenir avant le retrait complet des Vietnamiens. A Pnom Penh, le couvre-feu en vigueur (22 h-5h) depuis janvier 1979 est levé.

7 mai : les Khmers rouges font sauter deux ponts sur la route entre Phnom Penh et Battambang.

17 mai : Sihanouk demande qu’on lui fournisse les nom et adresse des Cambodgiens de la diaspora qui se rendent à Phnom Penh.

18 mai : à l’issue du sommet sino-soviétique de Pékin, les deux parties estiment qu’en vue du retrait complet des troupes vietnamiennes en septembre, l’aide étrangère aux factions devrait être progressivement réduite. Elles conviennent qu’il faut éviter une guerre civile après ce retrait et favoriser Ia réconciliation nationale.

ler juin : les ministres des affaires étrangères de France (R. Dumas) et d’Indonésie (A. Alatas) se rencontrent à Paris. Une conférence internationale sera organisée à Paris début août, si des progrès importants sont enregistrés dans le dialogue inter-cambodgien.

16 juin : Ia Thailande répare la ligne de chemin de fer qui relie Aranyaprathet à la frontière cambodgienne.

20-23 juin : retrouvailles franco-vietnamiennes. Visite du ministre vietnamien des affaires étrangères Nguyen Co Tach à Paris. Il rencontre le president F. Mitterand, le premier ministre M.Rocard, et une dizaine de ministres.

25 juin : à Pyong Yang, Sihanouk, qui supporte de plus en plus mal de ne plus être l’unique interlocuteur cambodgien des grandes puissances, menace de ne pas participer à la conférence internationale si "certains pays continuent à favoriser le régime de Phnom Penh".

27 juin : affirmant que "les re’fugiés appartiennent à leurs leaders politiques", l’armée thaïlandaise veut ramener de force dans un camp Khmer rouge plus de 700 personnes qui avaient fui en avril des bases militaires KD.

5 juin : à Pékin, Sihanouk reprend à son compte la position des Khmers rouges. Il exige que ce soit l’ONU qui contrôle le retrait des troupes vietnamiennes, que l’administration de Phnom Penh soit complètement démantelée, que se mette en place un gouvernement, une administration et une armée quadripartites comprenant les Khmers rouges. Il rejette la nouvelle Constitution adoptée à Phnom Penh et déclare qu’il y a au Cambodge 30 000 soldats vietnamiens dans les rangs de l’armée de Phnom Penh, 100000 miliciens vietnamiens en uniforme de l’EdC et un million d’immigrants vietnamiens illégaux. II exige qu’à la conférence de Paris toutes les décisions soient prises à l’unanimité.

18-23 juillet : à Phnom Penh, séminaire international sur le génocide.

20 juillet : à Washington, le Congrès autorise la livraison d’armes aux factions non communistes du GCKD. Dans les camps contrôlés par des Khmers rouges, des officiers américains et britanniques fournissent une formation militaire.

21 juillet : à Paris, Sihanouk propose la réduction de chaque armée cambodgienne à 10000 hommes, le contrôle du retrait vietnamien par l’ONU et l’organisation d’élections générales par un gouvernement et une administration où les quatre parties seront "égales en droits et en pouvoirs". "Faire des Khmers rouges des hors-la-lol est mortel pour le Cambodge. II n’y aurait jamais la paix", souligne-t-il.

24 juillet : à l’issue de la 5e rencontre Sihanouk-Hun Sen, les deux protagonistes ne s’accordent que sur un constat de blocage total. Sihanouk accuse Hun Sen de refuser le multipartisme et Hun Sen accuse Sihanouk de faire un pas en avant, puis deux pas en arrière. Hun Sen fustige Ia partialité de l’ONU depuis 1979.

25-27 juillet : réunion des quatre factions cambodgiennes à La Celle-Saint-Cloud : après plusieurs rebondissements, accord sur la composition de la délégation "unique et quadripartite" du Cambodge à la conférence internationale.

27 juillet : entretiens Rocard-Hun Sen. Pour la première fois, Hun Sen est reçu par un premier ministre d’un pays occidental.

30-31 juillet-1 août : ouverture de Ia conférence de Paris sur le Cambodge coprésidée par la France et l’Indonésie. Dix sept pays, le Secrétaire général de l’ONU et le représentant du Mouvement des Non Alignés entourent la délégation cambodgienne. La conférence commence par une session ministérielle de deux journées consacrées aux interventions des chefs de délégation et des représentants des factions cambodgiennes. Un accord intervient sur un processus de réglement. Trois commissions et un comité ad hoc réunissant avec les coprésidents les quatre parties cambodgiennes sont crééss et disposent de quatre semaines pour élaborer les termes d’un traité. Une mission d’exploration et d’information, sous la responsabilité du Secrétaire général de l’ONU, est envoyée au Cambodge.

4 août : présentation du film "The Killing Fields" (La déchirure) à Phnom Penh devant 600 personnes en présence du réalisateur Roland Joffe, du journaliste américain Sydney Schanberg, du journaliste cambodgien Dith Pran et de l’acteur cambodgien qui incarne ce dernier, le Dr Haing Ngor.

7-15 août : mission d’exploration et d’information envoyée par le Secrétaire général de l’ONU en vue de fournir des indications techniques à la conférence de Paris dans l’hypothese d’une opération de l’ONU au Cambodge. Peu de temps est consacré aux observations sur le terrain.

27 août : Sihanouk démissionne de la présidence du FUNCINPEC pour protester contre les dissenssions internes de son parti.

28 août : reprise de la session plénière de la conférence de Paris.

30 août : la conférence de Paris suspend ses travaux. Une dizaine de points d’accord ont été enregistrés, mais il a été impossible de trouver un accord sur l’organisation du pouvoir pendant la période de transition. Au centre des divergences : le statut des Khmers rouges. Pendant les travaux, Sihanouk a demandé qu’il ne soit plus fait usage du mot "génocide" à propos des Khmers rouges.

9 septembre : de nombreux Vietnamiens quittent le Cambodge dans Ia crainte de représailles après le départ des troupes vietnamiennes.

20 septembre : le journaliste Sydney Schanberg, témoin, au marché central de Phnom Penh, d’une raffle de jeunes enrôlés de force dans l’armée, révèle, après enquête, que des milliers de jeunes gens tentent d’échapper depuis deux mois à l’enrôlement de force décidé par les autorités de l’EdC pour compenser le départ des troupes vietnamiennes.

21 septembre : plus de 250 journalistes et observateurs étrangers arrivent à Phnom Penh pour assister au retrait des troupes vietnamiennes. Ils découvrent l’état du pays après la guerre 70-75, le régime des Khmers rouges et dix ans d’isolement complet. De nombreux reportages font état d’une augmentation considérable de la corruption consécutive à la libéralisation de l’économie et à la reconnaissance de la propriété privée.

21-26 septembre : retrait officiel des 26 000 soldats vietnamiens restant encore au Cambodge. La Thaïlande considère que 50 000 colons vietnamiens restés au Cambodge sont en fait des soldats camouflés. Le GCKD partage ce point de vue.

28 septembre : Hun Sen demande au Secrétaire général de l’ONU d’envoyer une mission pour vérifier le retrait total de toutes les forces vietnamiennes.

30 septembre : attaques par l’ANS de la localité de Phnom Srok (province de Banteay Meanchey), par l’ANS et le FNLPK de la région de Thmar Puok, Svay Chek et par les Khmers rouges en direction de Pailin. Ce sont les combats les plus importants depuis 1979. Les forces du GCKD s’emparent de Thmar Puok dès le 30.

6 octobre : le Pentagone considère que "d’un point de vue statégique, on peut sans risque affirmer que l’armée vietnamienne s’est retirée du Cambodge".

10 octobre : visite à Phnom Penh de l’ancien secrétaire d’Etat US Edmund Muskie. Entretiens avec Hun Sen.

12 octobre : décès de Sim Var à Paris. Le même jour, à Phnom Penh, signature d’un protocole de coopération entre la Faculté de Médecine de Phnom Penh et la Faculté de Medecine Pitié-Salpétrière de Paris par les Doyens My Samedy et Legrand.

22 octobre : les Khmers rouges s’emparent de la ville de Pailin, le plus important centre minier de pierres précieuses du pays et avancent en direction de Battambang. L’ANS s’est emparée de Phnom Srok.

23 octobre : visite de l’ancien sénateur US Dick Clark. Entretiens avec Hun Sen.

26 octobre : le prince Ranariddh se réjouit de la victoire des Khmers rouges à Pailin qui va, selon lui, permettre d’exiger de nouvelles négociations.

30 octobre : le couvre-feu (21 h-5h) est rétabli à Phnom Penh.

3 novembre : les Khmers rouges s’emparent de Treng, à mi-chemin entre Pailin et Battambang.

8 novembre : premier pays occidental, la Grande-Bretagne reconnait la realité du retrait vietnamien.

16 novembre : par 124 pour, 17 contre et 12 abstentions, l’Assemblée générale des Nations Unies vote sa motion annuelle sur le Cambodge en confirmant l’embargo, en niant toute valeur au retrait vietnamien et en insistant sur la nécessité d’un accord global, expression qui signifie la participation des Khmers rouges.

20 novembre : pour prévenir une contre-offensive des forces gouvernementales, les forces du GCKD lancent conjointement une offensive sur un front de 160 kms depuis la route nationale 5 jusque Samrong dans le nord du pays. Plusieurs milliers de maquisards sont engagés dans cette offensive.

22 novembre : les Khmers rouges forcent environ 2 000 personnes vivant dans un des camps de réfugiés sous leur contrôle (Khao Leum) à s’installer dans une zone autour de Phnom Chada conquise deux jours plus tôt. Le FNLPK s’empare de Svay Chhek.

22 novembre : accord de coopération médicale entre la Croix Rouge suédoise et la Croix Rouge de l’EdC.

23 novembre : pour la première fois depuis le début des années 70, le PNUD présente un rapport sur la situation au Cambodge. Il montre l’état lamentable dans lequel l’isolement du pays maintient les populations.

24 novembre : le ministre australien des affaires étrangères, M. Gareth Evans, présente au Sénat les grandes lignes d’un nouveau plan de paix qui tente de rencontrer la principale difficulté : celle du gouvernement transitoire, de sa composition et de son rôle. Il propose la présence d’une administration transitoire placée sous l’autorité directe des Nations Unies.

27 novembre : Sihanouk déclare qu’il accepte certains éléments du plan australien.

3 décembre : création à Paris de l’Union des Khmers Libres, née du regroupement de sept associations. L’UKL est très nettement republicaine et hostile au gouvernement de Phnom Penh.

7 décembre : visite, condamnée par les Etats-Unis, d’un diplomate britannique À Phnom Penh. Cette visite se limite à vérifier l’usage de l’aide humanitaire financée par la Grande Bretagne.

10 décembre : Hun Sen indique qu’il est prêt à discuter le plan australien.

14 décembre : le FNLPK propose aux journalistes, contre rétribution, la visite de zones de combat.

15 décembre : M. Evans formule officiellement Ia proposition australienne. Ce que certains appellent une "solution namibienne" reçoit généralement un bon accueil.

30 décembre : M. Alatas annonce une conférence en février 1990 pour discuter la proposition australienne.

1990

3 janvier : M. Costello, vice-ministre australien des affaires étrangères, en visite à Bangkok, présente le plan australien au GCKD.

7-8 janvier : rencontres Costello-Hun Sen. Violente attaque des Khmers rouges sur Battambang.

11 janvier : à Paris, Mitterand déclare que « aucun compromis n’est acceptable avec les Khmers rouges ». A Phnom Penh, Hun Sen ordonne le recrutement de soldats supplémentaires « à tout prix ».

15-17 janvier : réunion, à Paris, des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité (PS) qui débattent du plan australien. Un document en seize points énonce des principes et s’efforce d’esquisser le contenu de futures négociations basées sur un râle particulier de l’ONU dans le réglement de paix. 17 janvier : à Pékin, Sihanouk annonce qu’il ne participera « plus jamais » à une réunion inter-cambodgienne. Le lendemain, il déclare que le CNS est une idée de Hun Sen et des Vietnamiens, qu’il ne le présidera pas et qu’il n’en sera pas membre.

21 janvier : 30000 personnes vivant dans des camps contrôlés par les Khmers rouges sont conduites de force à l’intérieur du pays.

24 janvier : Sihanouk, se plaignant de l’hostilité générale dont il est victime, démissionne « irrévocablement » de la présidence du GCKD.

26 janvier : Khieu Kanarith, membre de l’Assemblée nationale de l’EdC et journaliste réputé pour son indépendance d’esprit tente, en vain, d’obtenir la suppression des articles 3 et 4 de la Constitution relatifs au rôle dirigeant du PRPK.

3 février : Sihanouk annonce qu’il a obtenu des Khmers rouges que le GCKD devienne le GNC, Gouvernement National du Cambodge, que lui même porte désormais le titre de « Président du Cambodge », que le drapeau et l’hymne du GNC soient ceux du Cambodge avant 1970, que le futur régime politique du Cambodge soit celui d’une démocratie présidentielle du type de la Ve République Française. Depuis 1975 jusqu’à cette date, à l’ONU et dans toutes les agences du système onusien, les symbôles représentant le Cambodge étaient ceux du Cambodge de Pol Pot. 6 février : mutinerie, à Koh Kong, de 250 soldats de l’EdC.

9 février : une force d’intervention rapide vietnamienne, créée à la suite d’un appel à l’aide de Hun Sen et basée au Vietnam, opère ponctuellement au Cambodge. Elle est engagée dans la défense de Battambang où les combats n’ont pas cessé depuis le début janvier.

12 février : décision de créer une task force de l’ONU pour préparer une éventuelle opération au Cambodge.

13-14 février : réunion à New York du PS : un accord est intervenu sur 4 points : les modalités de vérification du départ des troupes vietnamiennes, la nécessité d’établir un cessez-le-feu, la nécessité de mettre fin à toute assistance militaire aux factions combattantes, le regroupement et le cantonnement des différentes armées.

18 février : lors d’une rencontre CEE-ASEAN à Kuchin (Malaisie), les pays de la Communauté Européenne font savoir qu’ils ne soutiendront plus le GNC pour l’octroi du siège du Cambodge à l’ONU.

21 février : 6e rencontre Sihanouk-Hun Sen à Bangkok. Concernant la période intérimaire, un communiqué conjoint fait état d’un accord pour une présence de l’ONU « à un niveau approprié » et la création d’une « instance nationale suprême », comme symbole de la souveraineté nationale et de l’unité du pays.

23 février : Sihanouk annonce qu’il s’installe définitivement au Cambodge dans une zone contrôlée par l’ANS (village de Phum Sereipheap). Les troupes gouvernementales reprennent Svay Chek.

26-28 février : réunion à Djakarta d’un International Meeting on Cambodia (IMC) placé sous l’égide de la conférence de Paris auquel participe le GNC, I’EdC, les six pays de l’ASEAN, le Laos, le Vietnam, l’Australie, la France et le Secrétariat général de l’ONU. A l’ordre du jour, la proposition australienne fortement élaborée depuis sa première formulation et rassemblée dans un document de 150 pages intitulé « Red Book ». Les parties cambodgiennes restent sur leurs positions.

1er mars : le Vietnam reconnaît qu’il aide l’EdC « de la maniére la plus appropriée ».

6 mars : le premier ministre thaïlandais Chatichai Choonhavan propose la création d’un camp neutre pour les réfugiés cambodgiens afin de les libérer de toute contrainte politique.

12-13 mars : réunion à Paris des PS. Accord sur un processus électoral.

30 mars : deuxième mission technique de l’ONU pour étudier les aspects administratifs d’une éventuelle opération de l’ONU.

8-25 avril : les combats sont très violents pendant toute cette période.

10 avril : un décret de l’EdC légalise les cultes chrétiens dont les célébrations restent néanmoins surveillées.

11 avril : visite du sénateur US Robert Kerrey à Phnom Penh. Entretien avec Hun Sen. 12 avril : des bombardements par l’armée de l’EdC obligent Sihanouk à quitter Phum Sereipheap.

26 avril : sur la chaîne de télévision américaine ABC, le journaliste Peter Jennings après avoir enquêté en Thaïlande et dans les zones contrôlées par les factions non communistes du GNC affirme que les Etats-Unis contribuent au retour des Khmers rouges au pouvoir en soutenant ces factions. Cette accusation rejoint celle déjà formulée par William Colby, ancien directeur de la CIA, et par le député Atkins.

20-25 avril : visite d’une délégation du Parlement européen conduite par l’ancien ministre français des relations extérieures, Claude Cheysson.

3 mai : le département d’Etat US annonce que la Chine a fourni de grandes quantités d’armes aux Khmers rouges.

7 mai : Sihanouk annonce qu’il se met en congé de la présidence du GNC.

17 mai : violents incidents entre étudiants Khmers et Vietnamiens dans les Universités de Hanoi et d’Ho Chi Minh Ville. Ces incidents durent deux semaines. 580 étudiants rentrent à Phnom Penh. Les seules explications de ces incidents résident dans la traditionnelle antipathie entre les deux peuples.

24 mai : le président Bush annonce une révision complète de la politique des Etats-Unis à propos du Cambodge. A Site 2, en Thaïlande, scission du FNLPK. Le général Sak Sutsakhan crée le Parti Libéral Démocratique.

21 mai : fin du printemps de Phnom Penh. Les staliniens du régime ont mis Hun Sen en minorité au bureau politique du PRPK. Six personnalités, accusées de vouloir former un nouveau parti, sont arrêtées. D’autres sont mises à la retraite. D’autres sont mutées. Toutes sont proches de Hun Sen et connues pour leur libéralisme. L’homme fort est désormais Chea Sim, le président de l’Assemblée nationale. Dans les jours qui suivent d’autres arrestations interviennent et on assiste à une véritable purge de l’appareil dirigeant de l’EdC.

25 mai : réunion PS à New York. Rafeeudin Ahmed, adjoint du Secrétaire général de l’ONU, précise les conditions minimales d’une participation de l’ONU : contrôle du cessez-le-feu par l’ONU, arrêt de toute aide militaire étrangère aux différentes factions, élections libres et régulières sous les auspices de l’ONU, un système politique qui res-pecte les droits de l’homme et les libertés fondamentales, garanties internationales de l’indépendance, l’intégrité territoritale, la neutralité et l’unité du Cambodge.

29 mai : Sihanouk reprend la présidence du GNC.

4-5 Juin : à Tokyo, 7e rencontre Sihanouk-Hun Sen. L’accord de Bangkok du 21 février est confirmé. La composition du CNS sera paritaire (6 représentants du GNC, 6 représentants de l’EdC). Parmi les représentants du GNC, il y aura 2 Khmers rouges. Pour la première fois, il est sérieusement question d’un cessez-le-feu. Contrairement au FNLPK, les Khmers rouges refusent de s’associer au communiqué conjoint.

8 juin : le Washington Post, citant un rapport au Forum International des ONG au Cambodge, annonce la fin des aides octroyées à l’EdC par les pays du bloc soviétique.

19 juin : opération conjointe ANS-Khmers rouges autour de Kompong Thom. Combats également dans les provinces de Kompong Chhnang, de Kampot et de Kompong Speu d’où fuient 20000 personnes qui constituent désormais une nouvelle catégorie de réfugiés : les personnes déplacées de l’intérieur du pays. Fin août, il y en aura 150 000 dans tout le pays. 1er juillet : les Khmers rouges attaquent un train sur la ligne Kompong Som (Sihanoukville)-Phnom Penh : 26 tués, 52 blessés, 10 disparus. Les actions des Khmers rouges ensanglantent tout le pays. La peur de leur retour devient générale dans le pays, mais aussi dans de nombreuses capitales occidentales.

5 juillet : le gouvernement de Singapour décide de retirer le passeport à tout ressortissant qui investirait au Cambodge.

15 juillet : les Khmers rouges attaquent un train de la ligne Battambang-Phnom Penh dans le district de Tuk Phos (province de Kompong Chhnang) : 53 tués, une centaine de blessés dont un grand nombre mourront à l’hôpital. C’est la plus sanglante opération menée contre des civils par les Khmers rouges depuis 1979.

16 juillet : John Gunther Dean, l’ambassadeur des Etats-Unis qui avait quitté Phnom Penh, le drapeau US sous le bras, le 12 avril 1975, revient au Cambodge en mission pour l’Asian Institute of Technology (Bangkok).

16-17 juillet : à Paris, réunion du PS. Progrès sur le concept de « Conseil National Suprême » et sur les questions militaires.

18 juillet : à Paris, déclaration de James Baker, secrétaire d’Etat US. Les Etats-Unis décident de ne plus soutenir le GNC pour le siège du Cambodge à l’ONU, d’élargir l’assistance humanitaire au Cambodge et d’entamer un dialogue avec Hanoi à propos du Cambodge. 20 juillet : important « hearing » au Sénat US. On y apprend que l’aide de la Chine aux Khmers rouges s’élève à 100 millions de US $ par an tandis que celle des Etats-Unis aux factions non communistes du GNC se monte à 24 millions. Plusieurs sénateurs demandent la fin de cette assistance qui profite aux Khmers rouges. La force de ces derniers est évaluée à 30-40 000 hommes. Le sénateur John Kerry déclare que, malgré la déclaration Baker, les Khmers rouges demeurent les premiers bénéficiaires de la politique américaine.

24 juillet : les ministres des affaires étrangères de l’ASEAN appellent à une réunion des quatre factions cambodgiennes pour établir un Conseil national suprême. Ils déplorent la position adoptée par les Etats-Unis le 18 juillet. La Chine également.

27 juillet : 30 cadres Khmers rouges parmi une centaine qui avaient demandé la liberté de mouvement, le droit d’avoir des contacts avec des étrangers, le droit de pra-tiquer le boudddhisme sont exécutés dans la zone 1003 placée sous le commandement de Ta Mok.

5 août : James Baker annonce des pourparlers US-EdC à Vientiane.

22 août : les trois dirigeants du GNC se déclarent prêts à une réunion avec I’EdC pour constituer un Conseil National Suprême (CNS), « unique institution légitime et source de l’autorité au Cambodge pendant la période transitoire ».

27-28 août : réunion PS à New York. Accord sur un « document-cadre de règlement politique global ». Le GNC apporte son soutien au plan tandis que l’EdC questionne l’impartialité de l’ONU et la réalité d’un désarmement des Khmers rouges.

29 août : à Genève, prétextant de l’accord intervenu la veille, le sous-comité des experts de la commission des droits de l’homme de l’ONU refuse d’examiner un projet de résolution qui fait référence « aux atrocités atteignant le niveau du génocide commises en particulier pendant le gouvernement des Khmers rouges ».

Septembre : avec des fonds de l’USAID, une route stratégique est construite entre localité thaïlandaise de Taphrya et le QG du FNLPK à Thmar Puok.

3-4 septembre : sommet secret sino-vietnamien à Cheng Du, province de Sichuan (Chine) : début de la normalisation des relations entre les deux pays.

9-10 septembre : à Djakarta, MC Il. Examen du document-cadre des P5. Accord de principe de toutes les parties, certaines questions étant cependant réservées. Création du CNS. Le GNC a six représentants et l’EdC également. Deux des plus hauts responsables historiques du mouvement Khmer rouge y siègent et retrouvent ainsi une légitimité internationale. Les parties cambodgiennes acceptent l’appel à une auto-limitation des activités militaires. Poignée de main Hun Sen-Khieu Samphan. Sihanouk absent, ne figure pas dans la liste des représentants du FUNCINPEC au CNS.

18-20 septembre : réunion du CNS dans les locaux de l’ancienne ambassade du Cambodge à Bangkok. La désignation de Sihanouk comme président et 13e membre du CNS provoque un blocage, la parité entre les deux gouvernements étant rompue.

27 septembre : pour la première fois depuis 1979, le CICR est autorisé à visiter, en application de ses règles propres, les prisons de l’EdC. Il peut aussi mener des activités hospitalières permanentes dans les provinces où ont lieu des combats (Banteay Meanchey et Battambang).

1er octobre : ouverture de l’Alliance Française, à Phnom Penh en présence du vice-ministre français des affaires étrangères, M. Thierry de Beauce. 8 000 personnes s’inscrivent en quelques semaines pour suivre des cours de français.

7 octobre : le gouvernement britannique admet tacitement que des officiers du SAS ont, depuis 1985, entrainé, en Malaisie et sur la frontière thaïlandaise, des soldats du GCKD comme l’en accusaient le journaliste John Pilger et les députés travaillistes Chris Mullin et Ann Clwyd.

12 octobre : le siège du Cambodge à l’ONU est de facto vacant. Mais la délégation du Kampuchea Démocratique-GNC reste en place. Une résolution qui soutient les efforts en cours est adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale. Il n’y a plus de disposition provoquant l’embargo. 2e semaine d’octobre : les Khmers rouges attaquent un train venant de Kompong Som : 50 tués.

23 octobre : le Congrès US décide de supprimer les fonds destinés aux opérations de la CIA au sein du KWG.

25 octobre : l’hypothèse d’une « solution rouge », c’est-à-dire d’un accord entre les deux branches du communisme cambodgien appuyé par Pékin et Hanoi est discutée dans certains cercles staliniens du PRPK. Cette hypothèse est combattue par Hun Sen.

2 novembre : dans le cadre d’une opération conjointe avec les Khmers rouges, les troupes sihanoukistes détruisent l’hôpital de Samrong.

9-10 novembre : à Diakarta, discussions à huis-clos entre des hauts fonctionnaires et des experts des PS et de 7 autres pays membres de la conférence de Paris en vue d’élaborer un projet complet de règlement global.

13 novembre : pour la première fois depuis 1970, Sihanouk rencontre un officiel soviétique pour discuter des négociations de paix.

20 novembre : la Chine fournit des pièces d’artillerie aux Khmers rouges.

24-25-26 novembre : réunion des PS à Paris. Ils approuvent un ensemble de textes qui constituent un projet d’accord politique global.

30 novembre : 4 000 personnes assistent à un rassemblement bouddhiste au temple du Bayon.

21-23 décembre : réunion, à Paris, des 12 membres du CNS avec les deux coprésidents de la conférence de Paris et le représentant de l’ONU, Raffeudin Ahmed. Le coprésident français souligne que « la communauté internationale ne peut se pencher indéfiniment sur le sort du Cambodge si les Cambodgiens n’ont pas la volonté politique d’aboutir ». Les trois factions du GNC expriment leur soutien au plan des P5 à 100 %. L’EdC formule des réserves. Une « note explicative informelle » est fournie par Raffeudin Ahmed. Si un accord général intervient, des « questions restantes » doivent faire l’objet de négociations plus approfondies. Pris d’un malaise, Hun Sen doit être hospitalisé pendant la réunion.

Le génocide khmer Rouge, première partie

Une analyse démographique.

De Marek Sliwinski, éditions l’Harmattan.

Etude de Jérôme ROUER,mai,août 97.

Présentation :

Basée sur les histoires de 1.300 familles khmères, représentant quelque 13.000 personnes, l’étude de Marek Sliwinski dresse le premier bilan démographique de la guerre civile des années 1970-1975, de la révolution khmère rouge (1975-1979) et des années de l’intervention militaire vietnamienne au Cambodge (1979-1989).

L’auteur met surtout en évidence ce qui a tour à tour été nié, minimisé, occulté : l’ampleur du génocide commis par les Khmers rouges. L’analyse des lieux et des circonstances des décès prouve en effet qu’il y a bien eu politique d’extermination préméditée puis planifiée. Ainsi plus de 60% des habitants du pays ont-ils dû suivre les chemins de la déportation et, en moins de quatre années, le Cambodge, transformé en un immense camp de concentration, a perdu 25 % de sa population.

Est ici évalué avec précision tout ce qui a concouru à la désintégration de la société et à sa décimation : les mouvements migratoires depuis 1970, les méthodes et l’ampleur des exécutions, les ravages de la famine, la natalité et les incidences de celle-ci sur le présent et l’avenir du pays.

Marek Sliwinski propose enfin de pertinents éléments de réponse aux questions que beaucoup se posent : comment un génocide d’une telle ampleur a-t-il été rendu possible ? Pourquoi le génocide a-t-il été aussi facilement absous ? A cet égard, en même temps qu’il souligne que la politique de défense des Droits de l’Homme demeure au service des intérêts de l’Etat, il s’interroge sur certains traits d’une société khmère qui conduisent au manque de responsabilité individuelle et collective.

Marek SLIWINSKI enseigne au Département de Science politique de l’Université de Genève et est membre de l’Institut des Sciences politiques de l’Académie Polonaise des Sciences. Il a publié en 1977 un rapport remarqué sur les conséquences démographiques et sociales de la guerre en Afghanistan qui lui a permis d’exercer ses méthodes d’analyse.

Chiffres, phrases et idées extraits de ce livre :

• Jusqu’en 1968 les migrations vers les centres urbains sont très faibles. Phnom Penh abrite 570.000 des 6.425.000 habitants du pays. • Première guerre civile (1970-15 avril 1975) Entre la fin de 1968 et le 17 avril 1975 entre 24,8 et 33,2 % de la population rurale a " émigrée " à Phnom Penh dont l’agglomération contenait, le 17 avril 1975, un minimum de 2,5 millions d’habitants pour une population totale de 7,5 millions environ. • Les chiffres usuellement avancés pour cette période oscillent entre 600.000 et 700.000 morts (7,6 à 9,6 % de la population). Certains ont donné les bombardements américains pour cause principale des décès. Or ceux-ci s’effectuaient sur des zones très peu peuplées, pour ne pas dire inhabitées, et on ne peut leur accorder "que " 17,6 % des tués, loin derrière les tués par armes à feu, 46,3 %, ou les assassinats, 31,7 % . • Le chiffre réel des tués peut difficilement dépasser 240.000 Khmers et 70.000 Vietnamiens du Cambodge, soit 310.000 personnes. ( or, 600.000 sont souvent annoncés) • Période khmère rouge (15 avril 1975-7 janvier 1979) Entre 46,6 et 54,1 % de la population totale est déportée dans une autre province. • Compte tenu des déplacements dans la même province, c’est entre 61,4 et 67,1 % de la population totale qui a été déportée. • En l’espace de moins de quatre ans le pays perd environ 2.033.000 habitants dont la moitié, 1.100.000, appartenait à la capitale et à sa province. • On observe une sorte de "couloir de la mort" passant par Takeo, Phnom Penh, Kompong Chhnang, Pursat, Battambang. • Le taux d’extermination de la population est d’environ 25 %, touchant plus particulièrement les classes d’âge extrêmes, (enfants de moins de cinq ans et adultes de plus de 45 ans), et les hommes plus que les femmes. Ces décès ont pour cause :
- exécutions et assassinats : 39,3 %,
- famine et épuisement : 36,3 %.
- la guerre en elle même ne cause que 1,5 % des morts ! • Les provinces les plus touchées par les exécutions massives sont celles qui ont été vidées de leurs habitants originels et remplies de déportés qui ne se connaissaient pas entre eux. Les déportations étaient un moyen, pensé et voulu, de casser la solidarité sociale, d’atomiser les individus, de faire de la société une masse d’individus sans liens, pour pouvoir affirmer son pouvoir sans trop de risques de révolte. La désintégration sociale a facilité l’entreprise d’extermination car elle a enclenché in fine un processus de stress qui a abouti à la résignation totale : le refus de vivre. • L’exécution de plus de 720.000 victimes par des méthodes "manuelles", par opposition à l’usage des armes à feu, a nécessité la formation d’une véritable armée de tortionnaires. De nombreux témoignages indiquent que les jeunes recrues (12-15 ans) khmères rouges étaient initiées à tuer et à torturer. • La plupart, pour ne pas dire tous, des dirigeants khmers rouges étaient des anciens enseignants : les jeunes recrues, qui furent employées en masse, étaient donc entourées de cadres sachant par expérience influencer et manipuler la jeunesse. • Le processus d’extermination était à plusieurs étapes : la première et la plus importante s’appliquait aux "ennemis de classe", armée, police et fonctionnaires. Les suivantes ont porté sur les personnes et les minorités hostiles ou supposées être hostiles au régime, et ce pour des raisons "pédagogiques" : il convenait de montrer par des exemples horribles et la terreur ce qui advenait aux insoumis. • La famine à grande échelle touche le pays dès 1976 quand presque toute la population est assignée aux travaux forcés. (59 % de la population fut transformée en esclaves ! ). Ce fut au début un moyen choisi, mais non contrôlé, d’extermination de la population. Très vite cette famine devint structurelle : 79 % de la population ne connaît rien à l’emploi qui lui a été imposé. La population active a augmentée de 36 % mais au lieu d’être composée de professionnels (ils ont été massacrés) elle se compose de hordes d’esclaves enrégimentés en " brigades " et autres " groupes de choc " qui doivent faire vivre un encadrement de surveillance pléthorique. • L’administration khmère rouge avoisinait les 20 % de la population ! • Période vietnamienne (7 janvier 1979-fin 1989) Dans les années 1980, 375.000 personnes, 5% de la population totale résidait dans les camps de réfugiés. • Les Cambodgiens qui ont émigré à l’étranger seraient de :
- 130.000 vers les Etats-Unis,
- 70.000 vers l’Europe, principalement la France,
- 20.000 vers d’autres pays. • L’évaluation des conséquences de l’intervention militaire du Vietnam se solde par un bilan fort contrasté où le mérite d’avoir éliminé le gouvernement de Pol Pot occulte les méfaits et les exactions commis. • A partir de 1985 aucun cas de famine n’est signalé. • Le nombre de victimes de guerre (tuées par les armes) pour les années 1980-1989 devrait se situer entre 30.000 et 40.000. Chiffres faibles et trompeurs : l’objectif des deux belligérants n’est pas tant de tuer que de rendre l’ennemi infirme à vie. Les armes qui sont alors les plus utilisées sont les mines. • 30.000 amputés au moins, 90.000 handicapés à vie. • En 1992, 64 % des enfants ont perdu au moins un parent ! Extraits de la conclusion Imputer la responsabilité des massacres à une clique restreinte, peut donner bonne conscience à certains, mais ce ne serait qu’une manière cynique de déguiser la réalité : près de 22 % des personnes actives ont été attachées à l’appareil administratif et de surveillance. Une forte proportion de l’actuelle classe politique et la quasi totalité de l’administration locale sont constitués de personnes "récupérées" de l’ancienne administration des Khmers rouges : il n’y avait personne d’autre à qui faire appel.

Histoire du Cambodge

13 Messages de forum

  • Pourquoi le génocide des "khmers rouges" au Cambodge ? 2 janvier 2010 23:38, par Robert Paris

     : Quoi ? On ne vous a jamais expliqué que les Khmers Rouges ont été soutenus par l’Occident et ont été renversés par les communistes Vietnamiens ? )

    Dans un article publié dans le Daily Mirror de Londres, John Pilger se souvient de la misère abjecte qu’il a trouvé au Cambodge en 1979 qu’il décrit dans un mémorable documentaire et une série d’articles « Year Zero : the Silent Death of Cambodia » (An zéro, la mort silencieuse du Cambodge - trad. litt. NDT). Il nous rappelle que Pol Pot est arrivé au pouvoir à la suite des bombardements ordonnés par Richard Nixon et Henry Kissinger, et que le Cambodge fut « puni » parce que ses libérateurs sont venus du mauvais côté du rideau de fer et que le gouvernement (britannique) de Thatcher avait envoyé des forces spéciales pour entraîner les Khmers Rouges en exil.

    L’avion volait bas, en suivant le cours du Mékong à l’ouest du Vietnam. Lorsque nous sommes arrivés au-dessus du Cambodge, ce que nous voyions était indescriptible. Il n’y avait apparemment plus personne, aucun mouvement, même pas un animal, comme si la population de l’Asie s’était arrêtée aux frontières.

    Des villages entiers étaient vides. Des chaises et des lits, des casseroles et des matelas jonchaient les rues, une voiture couchée sur le côté, un vélo tordu. Derrière des câbles d’électricité tombés au sol, une silhouette humaine solitaire se tenait debout ou assis, sans bouger. Dans les rizières, les hautes herbes poussaient en lignes droites, fertilisées par les restes de milliers et de milliers d’hommes, femmes et enfants, signalant ainsi les charniers dans un pays où prés de 2 millions de personnes, soit plus du quart de la population, étaient « portées disparues ».

    A la libération d’un camp de la mort nazi à Belsen en 1945, le correspondant du Times avait écrit : « Il est de mon devoir de décrire quelque chose qui dépasse l’entendement ». Je ressentais la même chose en 1979 lorsque je suis entré au Cambodge, un pays hermétiquement clos au monde extérieur pendant presque quatre ans depuis « l’An Zéro ».

    L’An Zéro a commencé peu après l’aube du 17 avril 1975, lorsque les guérilleros des Khmers Rouges de Pol Pot sont entrés dans la capitale, Phnom Penh. Habillés de noir, ils marchaient en file indienne le long des grandes avenues. A 13 heures, ils ont ordonné l’évacuation de la ville. Les malades et les blessés, sous la menace des armes, ont été forcés à quitter leurs lits d’hôpital ; les familles ont été séparées ; les vieux et les handicapés tombaient au bord des routes. « N’emportez rien avec vous, » ordonnaient les hommes en noir. « Vous allez revenir demain ».

    Mais il n’y a jamais eu de lendemain. Une ère d’esclavage avait commencé. Tous ceux qui possédaient une voiture ou autre « objet de luxe », tous ceux qui vivaient en zone urbaine ou avaient un métier moderne, tous ceux qui connaissaient ou travaillaient avec des étrangers, courraient un grave danger. Certains étaient déjà été condamnés à mort. Parmi les 500 membres du Ballet Royal du Cambodge, pas plus de 30 ont survécu. Médecins, infirmières, ingénieurs, enseignants ont été affamés, forcés à travailler jusqu’à une mort par épuisement ou assassinés.

    Pour moi, entrer dans Phnom Penh, dans le silence nimbé d’une humidité grise, c’était comme entrer dans une ville de la taille de Manchester au lendemain d’un cataclysme nucléaire qui n’aurait épargné que les bâtiments. Il n’y avait pas d’électricité, pas d’eau potable, aucun magasin, aucun activité. A la gare ferroviaire les trains étaient immobilisés, vides, dans les différentes positions où ils se trouvaient lorsqu’on a interrompu leur départ. Des affaires personnelles et des bouts de vêtements voletaient à travers les voies, comme ils voletaient au-dessus des fosses communes plus loin.

    J’ai marché le long de l’Avenue Monivong jusqu’à la Bibliothèque Nationale qui avait été symboliquement convertie en une porcherie, après que tous ses livres avaient été brûlés. C’était comme dans un rêve. Là où s’était dressée une cathédrale catholique de style gothique, il n’y avait plus qu’un terrain vague. Elle avait été démontée pierre par pierre. Lorsque les pluies de la mousson tombaient, les rues étaient inondées de billets de banque. A chaque averse, une nouvelle fortune virtuelle, composée de billets neufs et usagés inutilisables, s’écoulait de la Banque du Cambodge que les Khmers Rouges avaient fait sauter avant de s’enfuir.

    A l’intérieur, un chéquier était ouvert sur un comptoir. Une paire de lunettes posée sur un registre ouvert. J’ai glissé et je suis tombé sur le sol jonché de pièces de monnaie.

    Pendant les premières heures, j’ai eu l’impression qu’il ne restait plus rien de la population. Les quelques formes humaines que j’avais entraperçues semblaient incohérentes et s’éclipsaient dans une passage en me voyant. Un enfant a couru pour se réfugier dans une armoire couchée sur le côté qui lui servait d’abri. Dans une station d’essence en ruines une vielle dame et trois enfants malingres étaient accroupis autour d’une casserole remplie de racines et de feuilles, chauffée par un feu de billets de banque. L’ironie était grotesque : les gens qui n’avaient rien avaient de l’argent à brûler.

    Dans une école appelée Tuol Sleng, j’ai parcouru ce qui avait été une « unité d’interrogatoire » et une « unité de torture et de massacre ». Sous des lits en fer, j’ai trouvé du sang et des touffes de cheveux au sol. « Il est absolument interdit de parler, » disait un panneau. « Avant de faire quelque chose, n’importe quoi, il faut obligatoirement obtenir l’accord du gardien ».

    Les jours se succédaient dans un rythme terrible. Sans lait et sans médicaments, les enfants mourraient de maladies curables, comme la dysenterie. On aurait dit que le tissu même de la société avait été détruit. Les premières enquêtes ont montré que de nombreuses femmes n’avaient plus de menstruations.

    La situation était aggravée par l’isolement imposé au Cambodge par l’Occident parce que ses libérateurs, les Vietnamiens, venaient du mauvais côté du rideau de fer, après qu’ils aient chassé les Américains de leur pays en 1975. Le Cambodge avait été le sale petit secret bien gardé de l’Occident depuis que le Président Richard Nixon et son conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger avaient ordonné un « bombardement secret », pour étendre la guerre du Vietnam au Cambodge, au début des années 70, en tuant des centaines de milliers de paysans. « Si ça ne marche pas, » avait dit Nixon à Kissinger, « c’est toi qui trinquera ». Mais ça a marché et Pol Pot a eu l’opportunité de prendre le pouvoir.

    Lorsque je suis arrivé, aucune aide de l’Occident n’était parvenue au Cambodge. Seule OXFAM avait défié le Foreign Office (ministère des affaires étrangères - NDT) à Londres, qui avait menti en déclarant que les Vietnamiens bloquaient l’aide. Au mois de septembre 1979, un DC-8 a décollé du Luxembourg en emportant suffisamment de pénicilline, de vitamines et de lait pour environ 70.000 enfants – le tout payé par les lecteurs du Daily Mirror qui avaient répondu à mes articles et aux images d’Eric Piper publiés dans deux numéros historiques dont tous les exemplaires avaient été vendus.

    A la suite du Mirror, le 30 Octobre 1979, la chaine ITV a diffusé « Year Zero, the silent death of Cambodia », un documentaire que j’avais réalisé avec feu David Munro. En quelques jours, quarante sacs postaux de courriers sont arrivés aux studios d’ITV à Birmingham, avec £1 million. « C’est pour le Cambodge » a écrit un chauffeur de bus anonyme de Bristol, en joignant l’équivalent d’une semaine de salaire. Un parent seul a envoyé ses économies, £50. Les gens ont fait preuve de cette décence et de cette solidarité absolue qui sont au coeur de la société britannique. Sans y avoir été invités, ils ont donné plus de £20 millions. Cela a aidé à rétablir une vie normale dans un pays lointain ; à rétablir l’eau potable à Phnom Penh ; à équiper des hopitaux et des écoles ; à aider des orphelinats ; à rouvrir une usine de vêtements.

    Cette mobilisation publique extraordinaire a brisé le blocus du Cambodge instauré par les gouvernements américains et britanniques. D’une manière incroyable, le gouvernement de Thatcher a continué à soutenir le régime défunt de Pol Pot aux sein des Nations Unies et a même envoyé le SAS (Forces Spéciales – NDT) pour former ses troupes exilées au Thailande et en Malaisie. Au mois de mars dernier (2009), un ancien membre du SAS, Chris Ryan, aujourd’hui un auteur à succès, s’est lamenté dans une interview que « lorsque John Pilger, correspondant à l’étranger, a découvert que nous formions les Khmers Rouges, nous avons été renvoyés chez nous et j’ai du rendre les £10.000 que j’avais reçues pour mes frais. »

    Aujourd’hui, Pol Pot est mort et plusieurs de ses sbires âgés sont jugés par une cour ONU/Cambodgienne pour crimes contre l’humanité. Henry Kissinger, dont les bombardements ont ouvert la voie au cauchemar de l’An Zero, court toujours. Les Cambodgiens sont toujours désespéramment pauvres, dépendants du tourisme et de la vente de leur main d’oeuvre bon marché.

    A mes yeux, leur résistance relève de la magie. Dans les années qui ont suivi leur libération, je n’avais jamais vu autant de mariages ou reçu autant d’invitations à des mariages. Ils sont devenus les symboles de la vie et de l’espoir. Et pourtant, il n’y a qu’au Cambodge qu’un enfant demanderait à un adulte, comme cet enfant de douze ans me l’a demandé, avec la peur dans les yeux : « Vous êtes un ami ? Dites-le moi s’il vous plait ».

    John Pilger

    Répondre à ce message

    • J’ai chercher toute ma vie a comprendre pourquoi le génocite au Cambodge. Je pense que seul Dieu le sais.

      Logiquement, si l’occident était contre le Vietnam pourquoi aide-t’il les khmers Rouges qui est ami avec le Viet-Nam et la Chine. Le Viet-Nam a envoyer 20 000 soldats pour aider les Khmers Rouges.

      Au moment auportone, le Viet-Nam vient libérer le Cambodge en renversant les Khmers Rouge. Peut-on vraiment appeler ça "renverser", si ce qu’il font c’est changer d’uniforme.

      J’ai vue une similitude sur le génocide au cambodge et le massacre des Khmers faite par les autorité vietnamien au Kampuchea krom(Cambodge du sud que la France a donné au Viet-Nam en 1945). Je dirais même que c’est exactement la même procédure.
      Savez-vous la raison, pourquoi il y a des moines qui s’est immolé au Viet-Nam du sud ?

      Je trouve que la date coincide bien. En 1975, les Étas-Unis retirent ses troupes. En 1975 les Khmer Rouge gagne la bataille et devient communiste. En 1975 le Laos devient communiste également.

      Aujourd’hui le Viet-Nam controle le Laos et le Cambodge par les gevernements petin.

      Connaissez-vous Champa, un pays que le Viet-Nam a rayé de la carte ?

      Si vous si vous avez les réponses a mes questions, faite moi savoir
      morasom@hotmail.com

      Répondre à ce message

      • Pourquoi le génocide des "khmers rouges" au Cambodge ? 9 mars 2011 10:07, par Robert Paris

        Pour comprendre, un pays il faut comprendre le monde...

        C’est peut être curieux mais c’est fondamental.

        Et comprendre le monde, c’est comprendre les forces fondamentales en présence.

        Ces forces fondamentales ne sont pas les régions, les cultures, les idéologies, les pays. Ce sont les classes sociales.

        Deuxièmement, il faut savoir que les classes dirigeantes ne pratiquent le génocide que lorsqu’elles craignent des réactions violentes des masses.

        Troisièmement, pour comprendre cette époque il faut savoir que le "camp dit socialiste" ou communiste n’a rien de socialiste ni de communiste, pas plus la Russie, la Chine ni le Vietnam ou les Khmers rouges.

        Ce n’est d’ailleurs pas un seul camp puisqu’ouvertement à cette époque il y a opposition entre deux grands de ce camp : Russie et Chine...

        Ce n’est pas un camp réellement opposé aux USA puisqu’on est au basculement, quand la Chine passe dans le camp USA....

        Les khmers rouges sont dans le camp de la Chine. Le Vietnam par contre reste dans le camp de la Russie.

        La peur des masses caractérise à cette époque le régime chinois qui pratique la politique de "se débrouiller avec ses propres forces" qui caractérisera le "grand bond en avant" et fera un grand massacre...

        C’est aussi la politique des Khmers rouges...

        Répondre à ce message

  • Pourquoi le génocide des "khmers rouges" au Cambodge ? 17 septembre 2010 20:37, par bianco

    Vive la lutte des ouvrières cambodgiennes !

    200 000 ouvriers du textile, des femmes pour l’essentiel, viennent de faire trois jours de grève pour réclamer une hausse du salaire minimum, de 50 à 93 dollars par mois (et non à 61 dollars comme l’ont décidé le gouvernement et les patrons). Ils menacent de prolonger leur grève pendant un mois s’ils n’obtiennent pas gain de cause.

    Comme les travailleurs chinois ou bangladeshis ces dernières semaines, ces ouvrières entrent en lutte contre la surexploitation. C’est un gage d’espoir pour les travailleurs du monde entier.

    Répondre à ce message

  • Pourquoi le génocide des "khmers rouges" au Cambodge ? 16 février 2011 14:51, par le_faucheur

    excellent artique merci vous m’avez beaucoup aidez bien detaillez claire pas de langage trop dur a comprendre bien joué

    Répondre à ce message

  • Pourquoi le génocide des "khmers rouges" au Cambodge ? 7 mars 2015 08:19, par denis langlais

    Excellent et complet . A lire aussi `le portail`de Francois Bizot

    Répondre à ce message

  • Encore un assassinat signé Hun Sen !!!

    Le politilogue cambodgien Kem Ley a été tué de deux balles tirées à bout portant, dimanche 10 juillet, dans la station-service dans laquelle il avait l’habitude de prendre son café tous les matins à Phnom Penh.

    Une foule de curieux s’est rapidement rassemblée autour du lieu de l’assassinat, rapporte The Cambodia Daily. Les passants choqués et hostiles aux forces de l’ordre ont empêché le corps de la victime d’être transporté dans une ambulance de la Croix-Rouge, une institution dirigée par la femme du Premier ministre Hun Sen. Ils criaient : “C’est la voiture du tueur.”

    Car, si le suspect rapidement arrêté par les forces de l’ordre a expliqué vouloir régler ainsi “une dispute liée à une dette”, The Phnom Penh Post précise que “de nombreuses personnes ont évoqué un assassinat politique”, notamment la veuve de Kem Ley. Mais, derrière, il y a Hun sen !!!

    Une procession de plusieurs milliers de personnes s’est formée spontanément dans les rues de la capitale cambodgienne pour accompagner le corps de la victime à la pagode, raconte le journaliste du Diplomat. “Les gens étaient très en colère et évoquaient le cas du militant écologiste Chhut Vuthy et du syndicaliste Chea Vichea”, tous deux assassinés respectivement en 2012 et 2004.

    Répondre à ce message

  • Ben Kiernan dans « Le génocide au Cambodge » :

    « Dans les jours qui suivirent l’avènement du « Kampuchéa démocratique », toutes les villes furent évacuées, les hôpitaux vidés, les écoles fermées, les usines mises à l’arrêt, l’argent aboli, les monastères condamnés, les bibliothèques dispersées. Pendant près de quatre ans, la liberté de la presse, de mouvement, de culte, de réunion, d’association et d’opinion disparut entièrement. De même que la vie de famille ordinaire. Une nation entière fut kidnappée, puis assiégée de l’intérieur… La « révolution » de Pol Pot n’aurait pas pu s’emparer du pouvoir sans la déstabilisation économique et militaire du Cambodge opérée par les Etats-Unis, qui débuta en 1966, après l’escalade américaine au Viêt Nam, et culmina en 1969-1973 avec les tapis de bombes largués par les B-52 américains sur la campagne cambodgienne. Ce fut probablement l’agent essentiel de l’ascension de Pol Pot. Depuis 1950 au moins, les Etats-Unis appuyaient les efforts de la France pour rétablir le régime colonial au Viêt Nam et au Cambodge. En 1954, les tentatives américaines d’encerclement partiel de la Chine aggravèrent les divergences entre les communistes vietnamiens (qui craignaient de voir les troupes américaines atteindre leur frontière méridionale si la guerre se poursuivait). A partir de 1960, l’escalade américaine au Viêt Nam rendit la neutralité de Sihanouk de plus en plus précaire, incitant celui-ci à orienter sa politique étrangère vers Hanoï et Pékin, tout en prenant des mesures toujours plus répressives contre la gauche cambodgienne populaire et rurale. Cette attitude fit le lit de l’élite du parti prochinoise, bourgeoise et urbaine, quasiment épargnée par la répression jusqu’en 1967… Depuis le début des années 1960, dans le cadre de la guerre du Viët Nam, des unités des forces spéciales américaines effectuaient des missions secrètes de reconnaissance en territoire cambodgien et posaient des mines. En 1967 et 1968, environ huit cents missions de cette nature furent organisées dans le cadre de l’ « opération Salem House » ; elles comprenaient habituellement quelques Américains et jusqu’à dix mercenaires locaux, le plus souvent habillés en viêtcongs. Une unité de Bérets verts « fit sauter par mégarde un car de civils cambodgiens, causant de nombreuses victimes ». Le nom de code de l’opération devint alors Daniel Boone, et, à partir du début de 1969, le nombre de ces missions secrètes doubla. Au 18 mars 1970, date du coup d’Etat qui destitua Sihanouk, on en dénombrait plus d’un millier… Les forces spéciales américaines lancèrent une autre opération, le Project Gamma hautement secret, enregistré sous le nom de Detachment B-57… A la différence des opérations Salem House et Daniel Boone, Project Gamma, d’après un participant, « fit appel uniquement à des Cambodgiens de souche dans ses opérations ayant pour objet de recueillir des renseignements tactiques en territoire avancé au Cambodge ». Commençant un an exactement avant le coup d’Etat (le 18 mars 1969), plus de trois mille six cents raids secrets de B-52 furent également effectués sur le Cambodge. L’opération avait pour nom de code Menu ; ses diverses cibles se dénommaient Petit-Déjeuner, Dîner, Dessert et Souper. Environ 100.000 tonnes de bombes furent larguées… Les Américains voulaient détruire les forces communistes vietnamiennes au Cambodge ou les refouler au Viêt Nam. Mais, en septembre 1969, Lon Nol signala une « augmentation » de combattants communistes dans les sanctuaires, qu’il imputa en partie à l’ « opération de nettoyage » des forces américano-saigonnaises… L’invasion du Cambodge en mai 1970 décidée par Richard Nixon – qui omit d’en informer le nouveau gouvernement de Lon Nol – suivit l’invasion simultanée des forces de Saïgon et celle des communistes vietnamiens. D’après le Pentagone, elle fit 130.000 nouveaux réfugiés khmers. En 1971, 60% des réfugiés interrogés dans des villes du Cambodge citèrent les bombardements américains comme principale raison de leur exode. Les Américains poursuivirent leurs bombardements sur la campagne cambodgienne jusqu’en 1973, date à laquelle le Congrès imposa leur arrêt. Sur 540.000 tonnes de bombes larguées, la moitié le furent au cours des six derniers mois. Ce furent des cendres du Cambodge rural que naquit le Parti communiste du Kampuchéa (PCK) de Pol Pot. Il exploita la dévastation et le massacre de civils comme prétexte tant à sa politique extrémiste et brutale qu’à l’épuration des communistes modérés et des sihanoukistes… Pendant les premières années de la guerre du Cambodge, sihanoukistes, modérés et communistes provietnamiens prédominaient dans ce qui était une insurrection de factions… En 1973, les Etats-Unis retirèrent leurs troupes du Viêt Nam et dirigèrent leur aviation sur le Cambodge… La même année, l’ancien conseiller de Sihanouk, Charles Meyer, accusa l’armée de l’air américaine de « saccage systématique de paisibles et ravissants villages qui disparaissaient les uns après les autres sous les bombes ou le napalm ». Il terminait sur une remarque prémonitoire : « Selon des témoignages directs, les paysans trouvent refuge dans des campements forestiers et conservent leur sourire et leur humour, mais, ajoute-t-on, il est difficile d’imaginer l’intensité de leur haine à l’endroit de ceux qui anéantissent leurs villages et leurs biens. » (…) Les informateurs de Lon Nol signalèrent que les bombardements aériens contre les villageois avaient causé des pertes civiles importantes et que les paysans rescapés des bombardements américains recherchaient désormais l’appui du PCK… En mars 1973, les bombardements s’étendirent à l’ouest afin d’envelopper tout le pays. A la périphérie de Phnom Penh, trois mille civils périrent en trois semaines… Quelques jours plus tard, les bombardements américains s’intensifièrent, larguant jusqu’à trois mille six cents tonnes de bombes par jour. Comme William Shawcross le rapporte dans « Une tragédie sans importance », ce « carnage systématique » indigna le chef de la section politique de l’ambassade américaine, William Harben… En juillet et en août 1973, un tapis de bombes s’abattit sur la zone sud-ouest du Cambodge. Jamais encore les B-52 n’avaient effectué des frappes si intensives. Leur effet ne se limita pas à faire monter en flèche le nombre des victimes civiles. Sur le plan politique, elles firent basculer le délicat équilibre des factions du PCK dans cette région en faveur du Centre de Pol Pot… Le 2 mai 1973, la direction des opérations de la CIA, après enquête dans la zone Sud-Ouest, signala que le PCK venait de lancer une nouvelle campagne de recrutement : « Ils utilisent les dégâts causés par les frappes des B-52 comme thème principal de leur propagande… On ne mettra un terme à la destruction massive du pays qu’en renversant Lon Nol et en arrêtant les bombardements. » Au début de 1973, le PCK procéda à une nouvelle purge de sihanoukistes, de communistes provietnamiens et d’autres dissidents… En février et mars 1975, le 126e régiment d’insurgés de la zone Est avait encerclé la ville de Neak Leung au bord du Mékong, au sud-ouest de Phnom Penh… Le 1er avril, la ville tomba. Le Mékong constituait le cordon ombilical de Phnom Penh. Le même jour, Lon Nol s’enfuit aux Etats-Unis… Le 4 avril, les instructions du centre de Heng Samrin aux forces armées du PCK étaient : « Attaquer et libérer Phnom Penh, et évacuer, provisoirement, la population de la ville. » (…) Les troupes de la zone Nord commencèrent à vider le secteur de la ville qu’elles tenaient… « Les habitants qui opposent de la résistance ou refusent de partir seront liquidés comme ennemis du peuple »… De nombreux Khmers rouges y auraient vraisemblablement vu, d’abord, une mesure de prudence contre un bombardement aérien ennemi après la prise de la ville. Ce fut d’ailleurs l’explication donnée à la plupart des habitants. Comme eux, peu de Khmers rouges imaginaient qu’une tactique de guerre, défensive et éprouvée, deviendrait une stratégie permanente, une arme offensive contre la population d’une ville en temps de paix. Rares furent ceux qui pensaient qu’elle subsisterait après l’état d’urgence… Toutes les autres villes du Cambodge, y compris celles de l’Est, furent également évacuées. Le principal port du pays, Kompong Som, tomba le 18 avril… A leur arrivée, les Khmers rouges annoncèrent par haut-parleur que tout le monde devait partir pendant trois jours pour fuir un éventuel bombardement américain. Les cent mille habitants évacuèrent la ville… Quiconque résistait était abattu… Les Khmers rouges nous donnaient l’impression de détester les gens des villes… Pol Pot avait défini un plan en huit points : 1- évacuation de la population de toutes les villes, 2- abolition de tous les marchés, 3- suppression de la monnaie du régime de Lon Nol et retrait de la monnaie révolutionnaire qui avait été imprimée, 4- sécularisation de tous les moines bouddhistes qui seront mis au travail dans les rizières, 5- exécution de tous les dirigeants du régime de Lon Nol en commençant par le haut de la hiérarchie, 6- création dans tout le pays de coopératives de type supérieur avec repas communaux, 7- expulsion de toute la population constituant la minorité vietnamienne, 8- envoi de troupes aux frontières, et surtout à la frontière vietnamienne. »

    Répondre à ce message

  • Voir le film sur le génocide du Cambodge :
    Le film

    Répondre à ce message

  • Cet article est très intéressant même si plusieurs questions posées ici trouvent leur réponse dans le tome II du livre de Noam Chomsky : After the Cataclysm (que je m’étonne de ne pas trouver en référence). En particulier les nécessités d’un retour rapide des citadins à la campagne pour assurer les besoins nutritionnels de la population du pays. Il est possible que cette politique ait été menée avec brutalité, ou trop vite, mais elle était considérée comme indispensable par plusieurs experts d’organisations internationales dont il et difficile d’imaginer qu’ils aient entretenu des liens de subordination avec les Khmers rouges. Chomsky fait aussi le point sur la nécessité de se montrer très rigoureux dans l’utilisation de témoignages, pour différentes raisons qui ne mettent pas forcément en cause la bonne foi des témoins. Je pense en voir un exemple ici dans les photos qui illustrent le génocide des Khmers rouges. La photos montrant un homme aux yeux bandés avec un canon sur la tempe semble dater de 1973, d’après mes recherches sur internet. Il me paraît donc difficile de l’associer sans explication au génocide Khmers rouges. Des photos représentant des hommes attelés à des charrues, présentées comme une brimade Khmer rouge ont été largement diffusées dans la presse sans rappel du fait que les bombardements avaient détruit 60% des animaux de trait.
    Il semble couramment admis que les bombardements américains ont fait de l’ordre de 300-400.000 victimes directes et peut être autant de "victimes de la paix" en raison des destructions des terres agricoles, des animaux de trait, des bombes à fragmentation restant dans les champs....Il est admis également que cette destruction massive d’une société à travers des bombardements touchant essentiellement des civils ne puisse être exonérée de la responsabilité des événements ultérieurs. Quel que soit le nombre de victimes des Khmer rouges, il reste du même ordre que celui de l’intervention américaine. Il me semble donc que toute analyse parlant du génocide Khmer rouge qui ne place pas à un niveau comparable le génocide américain au Cambodge est d’avance suspecte. De même, juger des dirigeants Khmers devant un tribunal international sans aborder le moins du monde les responsabilités initiales de la catastrophe relève de la propagande. Colin Powel, avec sa fiole d’anthrax de l’ONU, n’est jamais loin quand il s’agit de dissimuler les crimes de la "démocratie" qui tue tellement.

    Répondre à ce message

    • « les nécessités d’un retour rapide des citadins à la campagne », dites-vous, pour justifier le bannissement forcé, et violent, de toute la population des villes… Cela nous laisse rêveurs !! On n’a pas connu cela après la guerre américaine contre les Vietnam !!! Vos réserves sont un petit peu un soutien (relatif) du régime khmer rouge (sous-entedu rouge de sang !!!).

      Répondre à ce message

    • « Quel que soit le nombre de victimes des Khmer rouges, il reste du même ordre que celui de l’intervention américaine. » dites-vous !!!

      C’est une justification très curieuse sans compter que 200.000 n’est pas deux millions !!!

      Répondre à ce message

  • Le premier couplet de l’hymne national, depuis les Khmers rouges, intitulé « L’Eclatante Victoire du 17 avril », est significatif :

    « Sang écarlate qui inonde la ville et la campagne de la patrie kamputchéenne,

    Sang de nos splendides ouvriers-paysans,

    Sang des combattants et combattantes révolutionnaires,

    Sang qui se mua en terrible colère, en lutte acharnée,

    Le 17 avril, sous l’étendard de la Révolution

    Sang libérateur de l’esclavage,

    Vive, vive l’éclatante victoire du 17 avril !

    Grandiose victoire, plus significative que l’époque d’Angkor ! »

    La référence à Angkor est aussi significative : la dictature de l’époque était tout aussi craintive d’une révolte des masses populaires et exerçait une violence massive pour écraser toute réaction !

    Répondre à ce message

Répondre à cet article