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L’Europe de l’Est - Est-ce déjà l’explosion ?

mardi 17 mars 2009, par Robert Paris

L’Europe de l’Est

Est-ce déjà l’explosion ?

Selon de récentes prévisions, les pays d’Europe de l’Est étaient mieux placés que ceux d’Europe occidentale pour faire face à la crise économique mondiale. Mais la réalité montre qu’ils en sont, au contraire, lourdement affectés et que l’impact y est beaucoup plus grand.

Dans ces pays, les Etats ouvriers se sont effondrés au début des années 90 et le capitalisme y a été restauré. Aujourd’hui, certains, comme la Slovaquie ou la Slovénie, font partie de la zone euro ; certains encore, comme la République tchèque, la Hongrie ou la Lettonie, font seulement partie de l’Union Européenne sans faire partie de la zone euro ; d’autres enfin, comme l’Ukraine ou la Russie, sont restés hors de l’Union.

Au-delà de ces différences, la restauration a été menée à coup de grands investissements des pays d’Europe occidentale (selon la revue britannique The Economist, "les banques d’Europe Occidentale ont investi jusqu’à 1 500 milliards d’euros en Europe Centrale et Orientale"). La majorité de ces pays sont aujourd’hui des semi-colonies des puissances européennes. Leurs systèmes financiers et leurs principales entreprises industrielles sont des filiales ou des sous-traitants des entreprises occidentales, lesquelles profitent sur place d’un bas coût salarial et d’une main d’œuvre hautement qualifiée.

Il était absolument impossible que ces pays sortent indemnes de l’actuelle crise (ou bien qu’ils subissent des conséquences mineures). Au contraire, ils en sont touchés encore plus lourdement, les gouvernements et entreprises occidentaux aidant avant tout les maisons mères et ce, au détriment de leurs filiales en Europe de l’Est. « Les gouvernements d’Europe de l’Est accusent le centralisme de l’UE "d’exporter" la crise de ses entreprises et banques sur les économies de la région, et de pratiquer un protectionnisme hermétique. Par exemple, la France a accordé des prêts et des subventions à ses fabricants d’automobiles (6 milliards d’euros), mais à condition que les entreprises maintiennent l’emploi dans le pays lui-même et qu’elles ne délocalisent, sous aucun prétexte, une partie de leur production en République tchèque, en Slovaquie ou en Roumanie, pays où Peugeot-Citroën et Renault possèdent des usines d’assemblage. » (Agence EFE, 24/2/2009).

"Argentine sur Danube"

Les systèmes financiers des pays d’Europe de l’Est sont en passe de s’effondrer de façon accélérée, sans que les gouvernements aient les ressources ni la capacité de les soutenir, comme cela se fait en Europe occidentale. Des pays comme la Lettonie sont déjà en situation de faillite. En Ukraine, la production industrielle est en chute libre, l’inflation s’est élevée à 22,3% (la plus haute d’Europe) en 2008, et les investissements étrangers ont disparu. La Russie, qui briguait une place en tant que puissance régionale, a vu sa production tomber de 6% en novembre et de 8% en décembre, le recul cumulé des six derniers mois arrivant à 35,5%.

The Economist utilise le titre d’"Argentine sur Danube" (référence à la crise aiguë qu’a vécue ce pays fin 2001) pour analyser la situation qu’il prévoit :

« La crise montre que, 20 années après la chute du Mur de Berlin et 5 années après l’élargissement de l’UE à l’Est, le seul recours de ces pays est d’invoquer la solidarité des puissances européennes et d’en appeler au FMI [...] Ces pays n’ont pas de moyens pour soutenir leurs géants économiques, bancaires et automobiles comme le font les grandes puissances européennes [...] Les monnaies d’Europe de l’Est se dévalorisent, et alors que beaucoup de citoyens et d’entreprises s’étaient endettés en euros ou en francs suisses, ils se voient maintenant dans l’impossibilité de rembourser les prêts. Depuis l’été, et vis-à-vis de l’euro, le zloty polonais est tombé de 48%, le forint hongrois de 30% et la couronne tchèque 21%. [...] Le problème, pour l’UE, c’est que la chute des banques de l’Est entraînerait aussi les banques de l’Ouest, ces dernières étant très exposées sur les marchés polonais, hongrois, tchèque, roumain et des pays baltes. Au total, les banques d’Europe Occidentale ont investi jusqu’à 1,5 billion (NdT : 1 500 milliards) d’euros en Europe Centrale et Orientale. Le plus exposé, l’Autriche, a investi à elle seule quelque 220 milliards d’euros, l’équivalant des trois quarts de son PIB. ».

Les réponses des travailleurs

Cette situation a déjà plusieurs effets. D’une part, elle affaiblit les gouvernements pro-occidentaux - nous avons déjà évoqué la chute de celui de la Lettonie -, en même temps qu’elle les oblige à lancer de dures attaques contre les travailleurs : inflation résultant des dévaluations, réduction des conquêtes, augmentation accélérée du chômage. D’autre part, cette situation a produit ce que la presse décrit comme "certaines des plus grandes mobilisations et grèves des 20 dernières années" (Agence Reuter, 3/2/2009). Voyons certains de ces mouvements :

Hongrie

Une grève des travailleurs des entreprises d’Etat, lancée par le Syndicat Libre des Travailleurs Ferroviaires (VDSZSZ), a paralysé le transport ferroviaire le 15 février, pour réclamer une augmentation salariale de 10% et une prime de 1 000 euros par employé. Les syndicats de la Compagnie de Transport Urbain de Budapest (BKV) ont effectué, le 17 février, une grève d’une demi-journée pour exiger la stabilité financière de l’entreprise ; ensuite, les travailleurs ferroviaires et les principaux syndicats du pays ont adhéré à cette échéance, la transformant en une grève générale contre le plan de privatisation de la sécurité sociale et de baisse des pensions proposé par le gouvernement du Parti Socialiste Hongrois (Agences EP/AP, 17/2/09).

Lettonie

Une série de mobilisations d’agriculteurs protestant contre la diminution de leurs revenus a entraîné la démission du ministre de l’Agriculture (Agence Reuters, 3/2/09). Cette année il y a eu d’importantes mobilisations de chômeurs.

Pologne

Au cours de la seconde moitié de 2008, il s’est développé une vague de grèves et protestations dans tout le pays, comme réponse à la montée des prix et à la perte du pouvoir d’achat des travailleurs, avec des manifestations qui ont réuni des milliers de personnes dans diverses villes. Il y a eu aussi des protestations et des mobilisations en juillet, avec des dizaines de milliers de travailleurs des chantiers naval de la Mer du Nord contre la privatisation de leur entreprise, des mineurs (un autre important secteur de la classe ouvrière polonaise), des travailleurs d’entreprises étrangères comme Michelin ou Fagor, et aussi d’autres secteurs comme l’électricité et l’automobile. Ces manifestations ont été les plus importantes depuis celles des années 80 et 90.

République Tchèque

En milieu d’année 2008, une importante grève générale est intervenue, convoquée par la Confédération Tchèque/Morave d’Unions Syndicales et par l’Association de Syndicats Indépendants, contre les réformes économiques et sociales du gouvernement du premier ministre Mirek Topolánek. On estime qu’il y a eu un million de grévistes, le mouvement ayant eu un fort impact sur les transports (czech.titio.cz/es), 24/6/08).

Ukraine

En février dernier, devant la paralysie de la production, les travailleurs de l’entreprise de machines agricoles XMZ en ont occupé les locaux et exigé du gouvernement une nationalisation sous le contrôle des travailleurs. Il y a quelques jours, le président du Forum National de Syndicats d’Ukraine (FNSU), Miroslav Yakibchuk, a prévenu les autorités sur la possibilité d’une grève générale incontrôlée dans le pays : "La société ukrainienne est au bord d’un mouvement de grève incontrôlable et qui pourrait entraîner des conséquences imprévisibles pour l’État [...] De telles actions risquent de déboucher sur une rébellion collective et violente contre l’autorité [...] les personnels de plus de mille entreprises sont disposés à entreprendre des actions radicales". Yakibchuk a reconnu que, malgré leurs intentions d’être "un instrument de dialogue" avec le gouvernement, les syndicats "pourraient se voir impuissants devant l’agressivité massive des personnes déçues, des milliers d’entre elles restant chaque jour sans emploi ni moyens de subsistance" (Agence Novosti, 24/2/09). Comme l’indique The Economist, la situation en Europe de l’Est est explosive. La comparaison avec l’Argentine de 2001 prend tout son sens quand nous voyons qu’en Lettonie, Lituanie et Bulgarie il y a eu des manifestations de chômeurs, massives et violentes. Dans les années 90, en Argentine, une chanson a fait un tube, et nous la paraphrasons ici : est-ce déjà l’explosion ?

Article de la LIT-CI

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