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Tunisie : l’UGTT parviendra-t-elle à canaliser la révolte sociale et à éviter qu’elle n’emporte le gouvernement Ghannouchi, les classes dirigeantes et l’Etat ?

jeudi 10 février 2011, par Robert Paris

On assiste à une explosion du mécontentement social et des grèves en Tunisie. Tout le problème est de savoir si les appareils syndicaux parviendront à la limiter et à la canaliser ou si les travailleurs vont fonder leurs comités et leurs coordinations...

L’UGTT se positionne comme un pompier indispensable pour détourner les luttes sociales...

La principale centrale syndicale de Tunisie a appelé jeudi le gouvernement à engager "rapidement" des négociations afin de résorber les tensions sociales qui secouent le pays depuis trois semaines, reconnaissant être désormais "débordée" par sa base.

"Il est de l’intérêt du gouvernement d’engager rapidement des négociations avec la centrale syndicale car la situation sociale est explosive", a dit à l’AFP un dirigeant de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT).

Abid Briki réagissait à la déclaration du président intérimaire, Foued Mebazaa, qui a annoncé mercredi soir l’ouverture "prochainement" de "négociations sociales à l’échelle nationale".

Des grèves organisées ou spontanées ont paralysé plusieurs secteurs économiques depuis la fuite du président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier, et la grogne sociale continue de monter dans les catégories les plus défavorisées de la population.

Le gouvernement de transition de Mohamed Ghannouchi a multiplié les appels à la population, avertissant que le pays risquait de "s’écrouler" si les débrayages massifs et manifestations parfois émaillées de violences se poursuivaient.

"Il y a des réponses immédiates que le gouvernement peut apporter, à savoir la titularisation des centaines de milliers de contractuels qu’il faut intégrer dans les entreprises", a dit M. Briki qui a prôné également une réforme "radicale" de la législation du travail et un examen "sérieux" d’une vieille demande de la centrale syndicale pour la création d’une caisse de chômage.

"Nous n’encadrons pas tous les mouvements de grèves", a-t-il reconnu, interrogé sur l’ampleur de la contestation sociale auquel le pays est confronté.

Selon lui, l’UGTT est désormais "débordée face à l’agitation sociale".

Pour la centrale, l’enjeu est aussi de parvenir "à endiguer la grogne dans des secteurs ou entreprises où l’UGTT été chassée et remplacée par des cellules" du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de Ben Ali.

"Dans ces entreprises où des grèves spontanées ont été déclenchées, nous tentons d’organiser un retour en force de nos représentants et d’occuper le terrain", a-t-il déclaré.

Marginalisée et divisée sous Ben Ali, l’UGTT a retrouvé un rôle de premier plan lors de la révolte qui a conduit à la chute de l’ex-président. L’aile gauche du syndicat a encadré les manifestations à travers le pays et organisé des grèves tournantes dans les principales villes. Mais le syndicat n’est pas pour autant dirigé par cette "aile gauche".... Et il ne faut pas confondre syndicalisme de gauche avec une politique prolétarienne ni avec l’organisation autonome de la classe ouvrière en comités et coordinations...

Mais sa direction est contestée par un courant de gauche qui organise épisodiquement des rassemblements devant ses locaux à Tunis pour réclamer son départ en l’accusant de "composer" avec le gouvernement transitoire et de "corruption".

Après Tunisie Telecom, c’est au tour du personnel de Tunisiana de lancer un préavis de grève si ces revendications ne sont pas favorablement accueillies.

Un rendez-vous de « chômage professionnel revendicatif » est donné pour le mercredi 16 février.

Quant aux motifs, les syndicalistes demandent d’arrêter le harcèlement moral et les menaces économiques à l’égard du personnel exercé selon eux par la direction ; d’engager immédiatement des négociations pour les augmentations de salaires ; de mettre en place unr convention collective et de nationaliser les 25% du capital de l’entreprise appartenant à Sakher El Materi.

Les deux syndicats nationaux avaient appelé, mardi, les éducateurs, les enseignants, les inspecteurs et les conseillers pédagogiques à un rassemblement devant le siège du ministère pour protester contre la campagne de dénigrement qui vise les éducateurs et pour revendiquer le départ des symboles de la corruption dans le système d’enseignement.

A l’Ariana, M.Mohamed Chebbi, président de l’Union régionale du travail, a indiqué, au correspondant de la TAP, que les protestataires condamnent les dernières déclarations du ministre de l’éducation, lors de sa rencontre avec un groupe d’élèves. Ces déclarations, estiment-ils, ne font qu’approfondir le fossé entre l’élève et l’éducateur. Ils ont aussi demandé des excuses au ministre.

A Jendouba, les enseignants et les éducateurs ont contesté la campagne qui porte atteinte à l’image de l’éducateur, appelant à la nécessité de garder la relation de respect entre les différentes composantes du système éducatif.

A Gabès, les agents de l’administration relevant des établissements éducatifs ont revendiqué la création d’un syndicat, la régularisation de la situation des agents temporaires et contractuels et la consécration du principe d’octroi de promotion sur dossier.

A Regab (gouvernorat de Sidi Bouzid), plusieurs élèves ont organisé des mouvements de protestation pour réclamer l’amélioration des conditions d’enseignement.

A Tataouine, les syndicats du secteur de l’éducation ont revendiqué l’amélioration de la situation financière et sociale du cadre éducatif.

A Sousse, les manifestants ont critiqué les déclarations du ministre de l’éducation et mis en doute la manière adoptée pour la sélection des élèves qui ont pris part à cette rencontre. Ils ont aussi dénoncé les liens entre l’organisation de la jeunesse scolaire et le RCD. Ils ont aussi demandé le départ des symboles de la corruption au sein du ministère et de traduire en justice les anciens responsables. Ils ont aussi affirmé leur attachement à oeuvrer en vue d’un retour à la normal dans les établissements scolaires et l’organisation de cours de rattrapage.

Au Kef, les protestataires ont scandé des slogans et ont dénoncé les comportements qui cherchent à humilier l’éducateur et à porter atteinte à la dignité du corps enseignant.

A Béja, les enseignants ont exprimé leur mécontentement suite aux déclarations du ministre de l’éducation mettant en garde contre leur impact négatif sur la relation entre le ministère et le corps enseignant.

Des manifestations ont eu lieu samedi 5 et dimanche 6 février dans différentes villes. Elles ont été réprimées par la police. Officiellement, deux manifestants ont été tués par balle et un par un tir tendu de grenade lacrymogène, mais le syndicat UGTT parle de cinq morts. Le gouvernement affirme que les manifestants qui ont alors incendié des commissariats de police, des bâtiments publics et des locaux du RCD sont des provocateurs et des délinquants payés par le RCD. Mais peut-être sont-ils tout simplement des gens révoltés par le fait que la police de Ben Ali sévit toujours !

Dans de nombreuses villes, lorsque la population a constaté que les nouveaux gouverneurs nommés par le gouvernement étaient de vieux caciques du RCD, elle est descendue dans la rue immédiatement. À Gabès, Kébili, Zaghouan, Nabeul et Béja le nouveau gouverneur est déjà reparti, bien souvent protégé par l’armée.

Dans certaines villes les manifestations de protestation contre les nouveaux gouverneurs ont été aussi l’occasion d’exprimer les revendications des travailleurs, parfois venus d’entreprises en grève : titularisation, augmentation des salaires, liberté syndicale. Certaines manifestations se sont dirigées vers les locaux de l’inspection du travail pour exiger l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Des grèves ont eu lieu dans des usines de chaussures, dans le textile, dans les transports, dans les ports, dans des municipalités, etc.

Dans la région de Gafsa, centre de production des phosphates, la lutte a pris un tour aigu. En 2008 déjà une quasi-insurrection des travailleurs exigeant des embauches avait été violemment réprimée par la dictature. La population travailleuse a repris ses revendications de 2008. La production est quasiment à l’arrêt depuis deux semaines, les routes sont barrées, les manifestations se succèdent. La compagnie des phosphates a dû promettre que des centaines de travailleurs seraient embauchés. Dans ces circonstances, le nouveau gouverneur arrivé dimanche 6 février, qui paraissait du même acabit que celui qui avait orchestré la répression de 2008, n’a dû son salut qu’à la fuite et à la protection de l’armée.

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3 Messages de forum

  • La bureaucratie syndicale tente de nouveau son plan de sauvetage
    29 Janvier 2011 Par Mohamed Amami

    Depuis le déclenchement de la révolution, la bureaucratie syndicale n’a pas cessé de se présenter comme sauveur du régime pourri. Face à un engagement total et influent des syndicalistes de base, des régions et des secteurs traditionnellement militants, la direction centrale de l’UGTT a adopté une position lâche, qui consiste à sauver le régime de Ben Ali, tout en le maquillant pour qu’il soit plus digéré.

    La pression de la base syndicale, impliquée fortement dans la révolution, la fuite de Ben Ali et le refus massif des manifestants au 1er gouvernement de Ghannouchi , ont obligé cette direction a réviser sa participation à ce gouvernement, et à se rallier momentanément aux slogans du peuple révolté : Dissoudre le RCD, dissoudre les forces de police politique, gouvernement provisoire sans les agents du régime pourri, Assemblée Constituante...

    Dans tout ça, elle n’a pas arrêté ses essaies de trouver une sortie réformiste au régime en place, en coordination étroite avec tous les pourris de la bureaucratie du RCD, de la police, de l’armée et des arriviste parmi les opposants. Les Etats Unis d’Amérique étaient, en arrière plan, le moteur de ces négociations.

    Cette fois la bureaucratie syndicale à repris, à travers le comité Administratif du 27/01/2011, sa confiance et a pu imposé son soutien au 2ème gouvernement Ghannouchi , maquillé de quelques affairistes pro américains.

    Les milliers des militants en Sit-in devant le palais du gouvernement, les manifestants à Tunis et aux autres villes du pays refusent encore et encore les tours joués par le régime pourri et ses alliés. De nouveau les milices du RCD, les forces spéciales de la police et les vendus du RTT (la Radiodiffusion-télévision tunisienne) donnent raison aux révolutionnaires. Même régime, même politique, mêmes pratiques.

    La dispersion musclée du Sit-in ne semble pas assommer la révolution. Les jeunes continuent, depuis l’évacuation, à affronter les policiers dans les rues de Tunis.

    Aujourd’hui, depuis 10h, les manifestants sont déjà dans les rues de Sidi Bouzid, kasserine et Sfax. Devant la place Mohamed Ali à Tunis, se tient un rassemblement qui va certainement aboutir à une grande manifestation.

    La révolution commence dès aujourd’hui à combiner la lutte contre le régime pourri avec la lutte contre la bureaucratie syndicale non moins pourrie.

    La révolution en marche en Egypte ne peut que consolider la résistance et la détermination des révolutionnaires tunisiens.

    Vive la Révolution ! A bas les petits valets des Etats Unis et du régime pourri !

    Pour un UGTT indépendant démocratique et ralliée à la révolution.

    Mohamed Amami

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  • Tunisie : l’UGTT parvient-elle à canaliser la révolte sociale et à éviter qu’elle n’emport le gouvernement Ennahdha, les classes dirigeantes et l’ Etat ?

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  • L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui s’est vu décerner le prix Nobel de la Paix 2015. De la paix sociale ?!!!

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