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Quelle démocratie en Egypte peut être mise en place par des généraux qui ont mis en place la dictature et qui font partie de la classe exploiteuse ?

dimanche 20 février 2011, par Robert Paris

Aucune !

Et ce n’est d’ailleurs que le but affiché.

Le vrai but de la position affichée de l’armée (non hostile officiellement au soulèvement populaire) était, face à une révolte montante, de sauver l’armée du sort inévitable de Moubarak...

Et ensuite de sauver les classes dirigeantes du même sort.

Et les généraux font partie de ces classes dirigeantes.

Il faut souligner en effet le poids économique de l’armée égyptienne, présente dans toutes sortes de secteurs industriels et commerciaux au travers de sociétés et organismes dirigés par des militaires, qui en font "une entreprise quasi commerciale".

L’armée égyptienne a investi dans l’industrie des plastiques, des appareils électriques, des voitures pour 2,7 milliards de livres égyptiennes de 2007 à 2008. Et aussi dans le BTP, les lignes téléphoniques, les infrastructures, la construction et le logement. « Le Monde » du 25-02-2011 écrit : « L’armée n’adopte pas pour autant la cause des »révolutionnaires » de Tahrir. Elle a d’importants intérêts économiques à protéger. Les généraux sont grands propriétaires terriens et immobiliers jouissant de multiples avantages. (…) L’armée incarne une tendance plutôt conservatrice. »

Il convient tout de suite de rappeler que l’armée du côté du peuple, du côté des manifestants, c’est un mythe !!

L’armée a fait le choix de ne pas risquer la mutinerie massive des soldats ce qui est très différent. Ses corps spéciaux ont participé amplement à la répression et tout particulièrement sa police militaire qui a pratiqué les arrestations et la torture. Il faut aussi rappeler que ces forces armées continuent d’arrêter des manifestants et de les torturer alors que les média continuent à vouloir nous faire croire que les chefs de l’armée vont démocratiser...

Comme le révèle Wikileaks, le général Tantaoui qui s’est fait passer pour réformiste en s’adressant aux manifestants de la place Tahrir alors que Moubarak n’était pas encore tombé, n’est que le moins modéré de tous les chefs de l’appareil répressif de l’Etat….

C’est donc l’armée qui va prendre en charge la transition politique en Egypte. Un scénario qui n’étonnera personne tant cette institution paraît incontournable.

Corps fondateur du régime égyptien depuis le coup d’Etat des officiers libres du 23 juillet 1952 qui a mis fin à la monarchie pro-anglaise du roi Farouk, elle n’a eu de cesse depuis d’occuper les commandes du pouvoir. Tous les chefs d’Etat égyptiens en sont issus, et aucun processus de succession ne lui a échappé.

Du général Néguib (1952-1954) —que l’on oublie trop souvent dans les commentaires actuels— à Moubarak (1981-2011), en passant par Nasser (1954-1970) et Sadate (1970-1981), le sort de l’Egypte a toujours été entre ses mains.

C’est bel et bien une dictature militaire mise en place à la suite de trois coups d’Etat militaires successifs de Nasser. Il n’y a jamais eu de révolution nassérienne...

Mais l’armée égyptienne n’est pas simplement le lieu où se forge la légitimité pour prétendre diriger l’Egypte. C’est aussi une véritable entreprise, la première du pays selon plusieurs sources, et qui pèserait jusqu’à 25% du produit intérieur brut.

Et tout d’abord dans la production d’armes et de matériel militaire...

Industrie militaire égyptienne L’Egypte est le plus important fabricant d’armes et de matériel militaire de tous les pays arabe. Les entreprises d’Etat, sous la commande de l’autorité d’armement dirigée par un général important, sont les producteurs principaux des systèmes de défense de l’Egypte. L’autorité d’armement est responsable de choisir, de développer, et d’obtenir les systèmes militaires. Agissant au nom des branches des chefs militaires, l’autorité a assigné la production aux usines domestiques ou s’est mise en contact avec les fournisseurs externes. L’organisation nationale pour la production militaire au sein du ministère de la production militaire dirige un certain nombre d’usines, qui ont été habituellement baptisées du nom de leur endroit. AOI dirige neuf usines militaires qui produisent les marchandises civiles aussi bien que les produits militaires. Au commencement les propriétaires d’AOI étaient l’Egypte, Arabie Saoudite, et les Emirats Arabes Unis, avant les deux pays ont donné de nouveau à l’Egypte leurs parts dedans 1993, évalué à $1.8 milliards. AOI est maintenant entièrement possédé par le gouvernement de l’Egypte. AOI a environ 19.000 employés hors dont sont 1250 ingénieurs. AOI possède entièrement 6 usines et parts dans 3 joint-ventures en participation, près de l’institut arabe pour la technologie de pointe. L’Organisation nationale de produits de service (NSPO) actionne trois compagnies qui fabriquent les produits militaires et civils. NSPO fournissent également des services se contractants.

Aujourd’hui, les usines militaires égyptiennes produisent les produits civils, tels que l’équipement médical et diagnostique ; appareils domestiques ; extincteurs ; munitions en plus de production militaire régulière. Des usines militaires ne sont pas programmées pour la privatisation et sont peu susceptibles d’être vendues. Vingt—six de ces usines produisent les marchandises militaires et civiles, et beaucoup de directeurs de ces usines sont intéressés par des arrangements de autorisation avec les sociétés étrangères pour augmenter leur mélange de production et pour améliorer la qualité.

L’armée a a recyclé ses cadres en devenant l’un des plus gros employeurs du pays dans les secteurs de la construction, des travaux publics, des nouvelles technologies, des télécoms, de l’agroalimentaire, de l’hôtellerie, de la grande distribution…

Elle gère des centaines de sociétés, employant au minimum plus d’un demi-million de personnes. Les forces armées possèdent également des portefeuilles en Bourse et des actions.

On comprend mieux dès lors pourquoi en quelques heures la grande muette a préféré sacrifier un Moubarak au bout du rouleau et qui avait perdu toute légitimité populaire afin d’éviter un crash économique dommageable à ses propres intérêts.

Au pic de la révolte, l’économie égyptienne perdait au moins 300 millions de francs par jour, selon le Crédit Agricole. Et puis, elle n’avait pas confiance en Gamal, le possible successeur de son père.

Là aussi, il faut remonter aux années cinquante pour comprendre cette situation assez originale dans le monde arabe et en Afrique. Soumis à un embargo de l’Occident et confronté à la réticence russe de l’aider à moderniser son armement, Nasser a entrepris de mettre en place une véritable industrie militaire. Armement, munitions, avions et même blindés, l’ambition de ce programme a créé une infrastructure qui perdure à ce jour. Elle fait même de l’Egypte un important exportateur d’armes à destination des pays du Golfe mais aussi de l’Afrique. Ces ventes à l’étranger représentent bon an, mal an près d’un milliard de dollars (environ 738 millions d’euros), de quoi permettre de compenser en partie la réduction, certes modique, du budget militaire égyptien. Avec une vingtaine d’unités industrielles militaires, l’armée représente ainsi 10% de l’emploi en Egypte.

Mais ce n’est pas tout. Comme toute grande entreprise, l’armée a diversifié ses activités et investi un nombre importants de secteurs civils, au point de représenter 20% de l’emploi national. Cette diversification remonte aux années 1970 où, en échange d’une approbation de la politique d’Infitah de Sadate et surtout aux accords de Camp David, l’armée a bénéficié de l’accès à plusieurs secteurs allant de l’électronique à l’agriculture, en passant par le tourisme et divers services. « Les activités économiques de l’armée sont à la fois une réalité et un tabou », explique un analyste du centre de recherche d’Al Ahram. « Personne n’a une idée exacte de tout ce qu’elle contrôle comme business mais c’est énorme ».

Selon l’estimation d’un diplomate américain, le chiffre d’affaires global d’Egyptian Army Inc. atteindrait les 5 milliards de dollars (3,69 milliards d’euros). A cela il faut ajouter l’aide annuelle américaine de 1,2 milliards dollars (886 millions d’euros) entièrement destinée à l’armée (sur une aide totale de 2 milliards de dollars) sous forme d’achat d’armements ou de transferts technologiques. Une aide qui a permis l’armée de monter des projets industriels conjoints avec des entreprises américaines de la Défense, avec notamment une unité de fabrication du fameux char M1A1 Abraham Lincoln.

Cet effort d’armement met d’ailleurs en exergue l’une des contradictions majeures de l’armée. D’un côté, elle reste l’alliée des Etats-Unis et n’a jamais remis en cause ses partenariats avec l’Oncle Sam —malgré la montée en puissance du sentiment anti-américain de la population. Mais de l’autre, elle continue de faire d’Israël la menace première et ce malgré les accords de paix de Camp David. Certes, elle n’a pas exprimé le souhait de rediscuter les clauses de ces accords qui interdisent notamment toute présence militaire dans le Sinaï —elle y est présente via ses investissements dans le tourisme— mais sa doctrine repose avant tout sur la possibilité d’un conflit avec l’Etat hébreu, ainsi que —et c’est moins connu— sur une projection rapide de ses forces au Soudan ou en Ethiopie en cas de litige grave avec ses voisins à propos des eaux du Nil.

Au-delà de ça, le poids économique de l’armée est aussi un facteur important de régulation sociale. Outre le fait que ses activités offrent des débouchés aux jeunes diplômés, cette institution peut mettre à disposition de la population ses boulangeries industrielles ou encore ses laboratoires pour fabriquer un vaccin. Il est évident que cette importance économique attise les convoitises de nombres d’hommes d’affaires qui, sans oser le dire publiquement, rêvent de récupérer ce pactole via des privatisations plus ou moins transparentes.

C’est en cela que résidait la menace d’une arrivée du fils Moubarak au pouvoir. Chef de file du business, rien ne dit qu’il n’aurait pas contribué au démantèlement de l’industrie militaire au profit de ses associés. En 2001, dans un document publié par l’Institut français des relations internationales (IFRI) intitulé Armée et nation en Egypte : pouvoir civil, pouvoir militaire, les chercheurs May Chartouni-Dubarry et Philippe Droz-Vincent, écrivaient ces lignes prémonitoires : « Il existe aujourd’hui une "société militaire" égyptienne —c’est-à-dire une société et un Etat dont les cadres sont largement d’origine militaire— construite autour d’un certain nombre d’intérêts. Cette armée, certes professionnalisée, pèsera lourd en cas de succession "naturelle" ou "accidentelle" (…) du président Moubarak. »

onction a également été donnée à l’armée : canaliser et dévoyer le mouvement populaire, en faisant quelques concessions quitte à faire payer la note à quelques membres du clan Moubarak…

Il existe cependant une inconnue. Le peuple égyptien se laissera-t-il démobiliser, pour au final continuer à subir le même régime que sous Hosni Moubarak, sans Hosni Moubarak ? La mobilisation massive, le nombre élevé de martyrs, les espérances de toute une nation… Tout cela a été trop important pour que la population se contente de promesses, sans obtenir de gages sérieux du nouveau pouvoir. D’autant plus qu’un vaste mouvement social s’est déjà greffé au mouvement démocratique.

La marge de manœuvre permettant de calmer le jeu, et qui se limite à quelques miettes (hausses modérées de salaire, lois sociales, etc.), semble bien mince. L’économie égyptienne est par ailleurs victime des prédateurs du clan Moubarak (dont les officiers supérieurs égyptiens ont fait partie), le tout dans un contexte de crise économique mondiale. Or, il semble difficile de satisfaire les revendications de la population sans un changement complet des perspectives politiques et économiques. Un tel changement suppose, plus ou moins, une rupture des alliances actuelles de l’Égypte, et une réorientation totale de sa politique, y compris étrangère.

Voilà donc le grand écart qui est demandé à l’armée égyptienne : maintenir l’alliance avec le bloc américano-sioniste, tout en satisfaisant – en partie – les revendications démocratiques et sociales de la population. Cet équilibre, pour le moins instable, va-t-il tenir longtemps ? Tout dépendra de la pression populaire, et de sa capacité à ne pas se laisser tromper.

Cela dépendra aussi d’une question rarement posée : l’armée égyptienne n’est-elle pas, elle aussi, traversée par les mêmes courants qui agitent sa société ? Si l’armée devait un jour choisir entre le peuple égyptien et l’USraël, que ferait-elle ? Irait-elle jusqu’au bain de sang ?

L’Égypte ne pourra rester éternellement dans la « transition dans l’ordre »...

Contrairement à ce qu’affirme le mythe de la neutralité des forces armées, toutes les crises aiguës de cette dictature militaire à la solde des États-Unis ont vu les troupes mobilisées pour contrôler le mécontentement de la classe ouvrière. Ces occasions comprennent les émeutes de la faim de 1977, déclenchées par l’application des mesures de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour augmenter les prix, ainsi qu’une révolte des conscrits servant dans la police du Caire et d’autres villes en 1986.

En août dernier, huit employés de l’usine militaire 99 ont été mis en accusation – devant un tribunal militaire – pour avoir appelé à la grève. Les travailleurs avaient demandé des conditions de travail plus sûres, comme ils en ont formellement le droit d’après la loi égyptienne, après l’explosion d’une chaudière qui avait tué un travailleur civil et blessé six autres. Les grévistes ont été accusés de « révéler des secrets militaires » et d’avoir « illégalement arrêté la production ». En fin de compte, après un procès rapide, trois ont été acquittés et les cinq autres ont reçu des peines avec sursis. Ce verdict a été considéré comme clément, mais il permettait à l’armée d’envoyer un message très clair : « Il n’y a pas de grèves dans une société militaire, » a déclaré le général en retraite Hosam Sowilam au New York Times.

Outre son engagement sans réserve au maintien de l’ordre capitaliste dans son ensemble, le corps des officiers égyptiens dirige son propre empire industriel aux dimensions imposantes, qu’il a développé à partir du coup de 1952. L’usine militaire 99, à Helwan au Sud du Caire, en est un parfait exemple. L’usine produit une grande variété de biens de consommation – des casseroles et des poêles en acier inoxydable, des extincteurs, des échelles, de la coutellerie – en plus de sa première fonction qui est de forger des composants métalliques pour les munitions d’artillerie.

Le maréchal Mohamed Tantawi, qui a servi l’ex-président Moubarak toute sa vie, est toujours ministre de la défense et ministre de la production militaire, postes qu’il détient depuis 1991. Cela fait de lui non seulement le commandant en chef de la junte militaire mais aussi, le directeur général d’une entreprise commerciale géante gérée comme une armée.

Les firmes contrôlée par l’armée sont des acteurs importants dans des secteurs essentiels, y compris la nourriture (huile d’olive, lait, pain et eau) ; le ciment et les carburants ; les vêtements ; l’électroménager ; la production de véhicules (il y a des partenariats avec Jeep pour produire des 4x4 Cherokee et Wrangler) ; les stations de tourisme et l’hôtellerie ; ainsi que le bâtiment, secteur dans lequel l’armée a le droit de faire travailler ses conscrits durant leurs six derniers mois de service.

Parmi la gamme de produits vendus par les compagnies militaires, on trouve des équipements médicaux, des ordinateurs portables, des télévisions, des machines à coudre, des réfrigérateurs, des bouteilles de gaz, et la marque d’eau minérale la plus connue d’Égypte, Safi. Les entreprises militaires ne payent pas de taxes et sont exemptées des règles qui s’appliquent aux autres.

Les généraux contrôlent également de grandes portions des terrains publics, qui sont de plus en plus convertis en communautés gardées et en stations de tourisme au bénéfice du corps des officiers comme du reste de l’élite du monde des affaires égyptien indécemment riche. Parmi ces stations, il y en a une sur la Mer rouge à Sharm el-Sheik, où Moubarak se serait réfugié dans un de ses palais en bord en mer. Les terrains de golf extravagants et bien arrosés sont devenus très célèbres dans ce pays où des millions de gens n’ont pas accès à l’eau courante.

Les estimations de l’étendue de l’empire industriel et commercial de l’armée sont divergentes – en partie parce qu’il est interdit de diffuser des informations sur les activités de l’armée en Égypte. Paul Sullivan, professeur à l’Université de la défense nationale américaine, affirme que les conglomérats militaires représentent probablement entre 10 et 15 pour cent des 210 milliards de dollars (155 milliards d’euros) produits annuellement par l’économie égyptienne.

D’après le professeur Robert Springborg, de l’école doctorale de la Marine américaine, les estimations du contrôle de l’armée sur les affaires égyptiennes varient de 5 à 40 pour cent. Quel que soit le nombre exact, les officiers de l’armée égyptienne empochent selon une récente interview de Springborg, « des milliards et des milliards » de dollars. Il a dit au site Global Research : « C’est un conglomérat commercial, comme General Electric. Il est présent dans pratiquement tous les secteurs de l’économie. »

Le Ministère de la production militaire emploie à lui seul 40 000 civils et réalise environs 345 millions de dollars (254,5 millions d’euros) de bénéfices annuels, d’après son chef, l’ex-général Sayed Meshal. Un journaliste du site Internet Slate, qui l’interviewait l’année dernière, a décrit le « quartier général luxueux » du ministère. Il y a « des rambardes dorées » et « de luxueux comptoirs de bar faits sur mesure. » L’endroit « baigne dans l’argent. »

Au sommet de cette pyramide de richesses, se tenaient Moubarak, lui-même un ex-commandant militaire, et sa famille. Leur fortune s’élève à 70 milliards de dollars (51 milliards d’euros), d’après un reportage de la chaîne américaine ABC. La famille aurait des propriétés à Manhattan, Beverley Hills, en Californie et à Londres, ainsi que des comptes très bien garnis dans des banques anglaises et suisses, elle aurait également beaucoup investi dans les hôtels et le tourisme sur la Mer rouge.

Washington, qui s’en remet maintenant à Tantawi pour restaurer l’ordre, connaissait depuis longtemps les intérêts vénaux des généraux, qui collaborent intimement avec le Pentagone en échange de l’aide militaire et des armes fournies qui représentent en moyenne 2 milliards de dollars depuis 1979. Dans une communication diplomatique datant de 2008 et publiée par WikiLeaks, l’ambassadeur Margaret Scobey relatait que « les analystes perçoivent l’armée comme conservant une forte influence par son rôle dans la garantie de la stabilité du régime et la gestion d’un large réseau d’entreprises commerciales. »

Scobey a dit que ses sources « confirment que le régime donne aux six hommes d’affaires du gouvernement carte blanche pour mener leurs activités commerciales, mais que le ministère de la défense peut interrompre n’importe quel contrat pour "raisons de sécurité". » L’une des sources « a indiqué que les compagnies militaires construisent la route moderne vers la station balnéaire d’Ain Souknah sur la Mer rouge, à 90 minutes du Caire et de la nouvelle annexe de l’Université du Caire. Il remarque le grand nombre de terrains dont l’armée est propriétaire dans le Delta du Nil et sur la côte de la Mer rouge, et suppose que ces propriétés sont une « prime » en échange de la garantie par l’armée de la stabilité du régime et de la gestion d’un large réseau d’entreprises commerciales. »

Scobey a relaté l’existence de « tensions économiques et commerciales entre l’élite dirigeante et l’armée, » mais a conclu que « la relation d’ensemble entre les deux semble toujours être coopérative plutôt qu’adverse. » Sa communication décrivait le malaise de l’armée devant la montée du fils de Moubarak, Gamal, élevé pour succéder à son père au poste de président. Elle a observé que son pouvoir repose sur la couche de super-riches qui ont profité de la privatisation générale des entreprises publiques depuis 2004, plutôt que de l’élite militaire.

Ce que cette communication diplomatique ne mentionne pas cependant, c’est la première inquiétude des chefs militaires : que la disparité évidente des richesses produites par la privatisation risquait de générer des troubles sociaux violents. La vente de plusieurs centaines d’entreprises aux profiteurs liés à Gamal Moubarak a entraîné le licenciement de milliers d’employés. En même temps, toujours pour le compte d’intérêts financiers étrangers, les aides sociales pour les biens de consommation de base ont été réduites voir supprimées, créant une pauvreté dure et un immense mécontentement populaire.

Samer Shehata, universitaire égyptien travaillant à l’Université de Georgetown, a déclaré au Time que l’armée avait mis en garde en 2008 contre les centaines de grèves que les changements économiques d’après 2004 avaient déclenchées. « Ils disaient que cela devenait une question de sécurité nationale. » L’un des groupes qui se sont organisés sur Facebook cette année a pris son nom, le Mouvement du 6 avril, d’une grève des travailleurs du textile dans le Delta du Nil le 6 avril 2008 qui fut écrasée brutalement par le régime.

C’est la montée puissante de la classe ouvrière qui s’est approfondie et élargie depuis 2008, que les commandants militaires sont déterminés à défaire à tout prix. Loin de représenter un instrument démocratique, l’armée est une force consciemment contre-révolutionnaire, déterminée à écraser le soulèvement des travailleurs pour défendre ses propres intérêts très étendus, ainsi que ceux de ses trésoriers aux États-Unis.WSWS

6 Messages de forum

  • Pour rappel, l’armée égyptienne est le deuxième bénéficiaire mondial des aides militaires américaines après Israël.

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  • La seule vraie démocratie sera l’oeuvre des travailleurs, ceux qu’on vu récemment en lutte même si certaines luttes sont maintenant éteintes par les menaces de l’armée.. ;

    Pour n’en citer que quelques-uns : 1 500 travailleurs de l’hôpital de Kafr ez-Zayyat, dans le delta, ont organisé un sit-in sur les salaires, bloqués depuis des années ; des milliers d’ouvriers de l’immense usine textile d’État de Mahalla el-Kubra ont fait grève pour les salaires et l’embauche des précaires. Les 15 % d’augmentation des ouvriers d’État annoncés en hâte par Moubarak avant son départ ne couvriraient, selon des syndicalistes indépendants, que l’inflation d’une année... 2 000 grévistes à la Coke Company d’Helouan, dans la banlieue sud du Caire ; 400 dans l’aciérie de Suez ; des grévistes dans les usines d’armement. 4 000 ouvriers des différentes minoteries de l’est du delta exigent 70 % de hausse de salaire. Ceux de la sucrerie d’El Fayoum, les employés de la poste, de la pétrochimie, de la banque nationale

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  • la révolution n’a atteint qu’un seul objectif, celui de faire tomber le dictateur. Par contre, rien n’a été obtenu pour ce qui a trait à l’état d’urgence, le couvre-feu, la liberté de créer des partis politiques ou des syndicats indépendants ainsi que la suppression de la police politique comme de l’actuelle Constitution dans sa totalité et son remplacement par une autre Constitution qui garantisse la liberté et la justice sociale. Pendant ce temps, la majorité des responsables de l’ancien régime sont toujours en place bien qu’ils soient impliqués dans des abus de tout ordre, ce que tout le monde sait.

    Par ailleurs, des désaccords ont commencé à s’exprimer parmi ceux qui ont participé à la révolution. Une partie d’entre eux demandent l’arrêt des mouvements revendicatifs, des grèves à ce stade en prétendant que les changements à venir se réaliseront par eux-mêmes. Cette vision des choses ignore que l’ancien régime se battra pour se maintenir en place et faire le maximum pour empêcher un changement quelconque. C’est ce que nous montre l’exemple de la Tunisie. Donc la mise en œuvre des buts de la révolution démocratique ne pourra pas aboutir sans que s’exerce une forte pression qui ne donnera des résultats qu’avec la participation massive de la force des travailleurs. Car ce sont eux qui détiennent le pouvoir d’intervenir directement sur la vie économique du pays. Ce sont aussi eux qui ont le plus grand intérêt à ce que la révolution apporte ses fruits, car cela leur donnera une chance de faire valoir leurs droits de manière incomparable par rapport à ce qui est aujourd’hui possible.

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  • C’est un immense complexe de bâtiments rouillés et de chemins en terre battue, traversés par un ballet incessant de camions. L’usine Coke de Tabbin, à une trentaine de kilomètres au sud du Caire, a été construite sous le président Gamal Abdel Nasser, dans les années soixante, et n’a pas beaucoup changé depuis.

    En grève la semaine dernière, les ouvriers de cette fabrique spécialisée dans la transformation de charbon en produits chimiques (savon, naphtaline...) veulent reprendre le mouvement dimanche après avoir brièvement retrouvé le chemin du travail. "Nous n’avons encore aucune réponse à nos revendications", explique un agent de sécurité de l’usine qui avoue un salaire de 600 livres par mois (environ 85 euros). Sobhi Bideir, ouvrier et meneur de grève, les énumère rapidement : "Nous exigeons une augmentation des salaires, davantage de mesures de sécurité pour les employés et des tickets de rationnement pour les aliments de base, comme la farine, le lait et le sucre."

    La révolution touche aussi les cols blancs

    Presque tous les secteurs sont touchés par les mouvements de grève, malgré les appels répétés à reprendre le travail du Conseil militaire, qui a repris les rênes du pays depuis la démission de Hosni Moubarak. Employés de l’État et du secteur privé, ouvriers, techniciens, chauffeurs de bus, postiers, mais aussi infirmières et secrétaires se découvrent soudain le droit à une vie meilleure. Tout en fêtant la victoire populaire sur l’ancien régime - ils étaient deux millions place Tahrir aujourd’hui à brandir des slogans tels que "La révolution continue !" -, les Égyptiens se sont mis en vacances : les écoles et les universités restent fermées, la Bourse du Caire n’a toujours pas ouvert ses portes. La révolution touche aussi les cols blancs, avec un léger parfum d’épuration : les responsables de grandes banques et de compagnies d’assurances, réputés proches du Parti national démocratique moribond de Hosni Moubarak et soupçonnés de corruption, ont été poussés à la démission par leurs employés.

    "Déjà, quand les paysans et les ouvriers se sont joints aux manifestants de la place Tahrir, juste avant la démission de Moubarak, ils ont transformé les revendications politiques des jeunes et des étudiants en revendications sociales. Cela fait peur au gouvernement, tout comme à l’armée, qui était partie prenante de l’ancien régime", remarque Kamal Saber Ibrahim, avocat au Centre de la terre pour les droits de l’homme, une organisation de soutien aux paysans et aux ouvriers.

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  • Bien évidemment, ce n’est pas l’élection bidon du chef des armées, chef également de la classe bourgeoise militaire, qui nous fera penser autrement : la démocratie en Egypte ne peut venir que du prolétariat !!! D’ailleurs, il a tenu à faire la démonstration qu’il ne combattait pas que les islamistes mais aussi les manifestants et groupes démocratiques, sans parler des syndicats et des grèves...

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  • La cour d’assises du Caire a condamné mercredi le blogueur et militant révolutionnaire Alaa Abdel Fattah à 15 années de prison. 24 autres accusés qui participaient à une manifestation contre la comparution des civils devant des tribunaux militaires en novembre ont été condamnés à la même peine.

    Alaa Abdel Fattah et ses compagnons ont tous été condamnés par contumace. Les 25, accusés de « violences contre la police et les biens publics au cours d’une manifestation illégale », avaient tous été libérés sous caution en attendant le jugement. Abdel Fattah se trouvait à la porte du tribunal quand le jugement a été prononcé. Selon ses proches il a été empêché d’entrer par la police qui a ensuite procédé à son arrestation.

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