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La décroissance est-elle une alternative au capitalisme en déroute ?

lundi 11 avril 2011, par Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed

Voici le genre d’articles décroissants que l’on peut lire :

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. (...) C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi ou crevez avec moi.

article de Fred Vargas Archéologue et écrivain


La décroissance est-elle une alternative au capitalisme en déroute ?

« L’EPR (centrale nucléaire) et la voiture électrique sont les deux mamelles du développement durable. (...) En bref, le Grenelle de l’environnement s’est progressivement placé sous l’influence de Malthus et des tenants d’un dirigisme vert tendu vers la décroissance. » Nicolas Baverez, économiste, Le Point.

1°) Comment définir la thèse de la décroissance ?

2°) La décroissance attaque-t-elle le fondement des problèmes du capitalisme ?

3°) Quelle est l’histoire de la décroissance et est-elle née d’une lutte contre le système ?

4°) Sur quoi se fonde la décroissance ? Les limites des ressources, la croissance des populations, le réchauffement climatique : quelle validité de ces thèses ?

5°) Pourquoi la base du système n’est pas la croissance ni la décroissance ?

Les idées de base fondamentalement fausses de la décroissance :

- C’est le CO² qui est la principale pollution industrielle.

- Le réchauffement climatique est le pire danger pour la planète.

- Nous sommes tous responsables des dérives du système.

- Il faut nous restreindre (consommation frugale) si nous voulons continuer à vivre correctement.

- C’est la surconsommation des individus qui est à la base de la crise de la société moderne.

- Nous sommes trop nombreux sur la planète.

- Si les pays riches consommaient moins, les pays pauvres consommeraient mieux.

- La consommation est le domaine clef des inégalités.

- Le partage détermine le type de société.

- La consommation détermine la production qui contrôle les investissements (relation totalement inversée par rapport au fonctionnement réel du capitalisme).

- Tous les citoyens sont des producteurs du système qu’ils entretiennent par leurs habitudes de vie.

- Le système est victime d’un excès de consommation de biens.

- La crise principale est celle des ressources que la Terre peut donner.

- Le choix de la croissance est ce qui détermine le fonctionnement d’une société.

Hulot, adepte décroissant .... au beurre !!!

Nicolas Hulot : « La diplomatie française, avec Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo, a été en pointe. Ils ont fait leur boulot. Quand ça ne va pas, il faut le dire mais quand ça va, il faut le dire aussi. » AFP, 19-12-2009

« L’énergie nucléaire est donc pour le moment le moindre mal. » Site de la Fondation Nicolas Hulot, 22 mars 2011.

« Ça permettra d’avoir un autre parc automobile (...) Pour avoir discuté avec pas mal d’industriels automobiles, si on leur fixe des règles claires, ils seront capables de s’adapter. » Nicolas Hulot, France Inter, 6-10-2009. Nicolas Hulot est sponsorisé par Norauto et Autoroutes du Sud de la France.

La Fondation Nicolas Hulot est financée notamment par EDF et Alstom, conseillée par des « écologistes » pro-nucléaires comme Dominique Bourg (président du « Conseil sociétal » d’EDF) ou le consultant Jean-Marc Jancovici, un fan du réchauffement climatique pour justifier le nucléaire. Ce dernier déclarait en 2007 : ""si tout ce que je laisse à mes enfants ce sont des déchets radioactifs, cela me va très bien" ?"(interview au Nouvel Observateur)

Jean-Marie Jancovici, conseiller personnel de Nicolas Hulot et membre du comité de veille écologique (sic) de la Fondation, mais en même temps consultant pour Areva et EDF, déclare en direct au JT de 20H de France 2 le mercredi 10/01/07 :

"Mieux vaut les quelques milliers de morts de Tchernobyl ­ qui, eux, existent ­ que les millions de morts du changement climatique que nous visons précisément à éviter pour justifier le recours à l’énergie nucléaire."

L’animateur de TF1 est surtout un grand artisan de l’opération de vampirisation de l’écologie par la droite d’affaires de Nicolas Sarkozy ; de l’aveu même du proche conseiller du président de la République, Alain Minc : « Le Grenelle de l’environnement a permis en contrepartie des mesures pro-environnement de valider le choix collectif en faveur du nucléaire » (France Inter, 23-9-2008)

« Le groupe chimiste Rhône-Poulenc en est un membre fondateur et des représentants d’EDF, de L’Oréal ou de TF1 siègent au conseil d’administration. Tous participent au financement de la FNH : en 2009, la structure de Nicolas Hulot a ainsi récolté plus de 3,4 millions d’euros de dons de la part de ses généreux mécènes, soit environ 67% de ses ressources. En échange, les représentants des entreprises peuvent participer à la gouvernance de la fondation : ils votent le budget et arrêtent le programme d’action. »

Le Figaro, 17-2-2011

« Je n’ai pas une vision diabolique du monde économique. Je les mets pas tous évidemment au même niveau. C’est aussi le monde du travail. (…) Je vais pas aller prioritairement demander des sous aux citoyens qui sont déjà exsangues ou à l’Etat dont le budget à pas besoin de ça, le déficit budgétaire. Ça me paraît normal qu’on aille chercher de l’argent là ! Que ce soit à ces groupes-là de nous permettre d’agir. »

Nicolas Hulot, France Inter, 6-10-2009.

« Il ne faut surtout pas tomber dans le travers que le Grenelle n’a servi à rien parce que le Grenelle d’or et déjà a fait en sorte que la France devienne en Europe un des pays maintenant leader sur ces sujets. »

Nicolas Hulot, RTL, 1-4-2010)

Hulot est pour la décroissance mais pas celle de l’exploitation : « Aujourd’hui cela ne fait pas parti des arguments qui viennent vers moi [la réduction du temps de travail] (...) on peut pas se prononcer sur des choses qui sont aussi délicates que celles-là par un jugement péremptoire un matin comme ça au micro de France Inter. »

Hulot est un des décroissants les plus connus car son émission TV et son association sont populaires. Pourtant, c’est un ami des grands trusts et de longue date, qu’il s’agisse de ceux de la chimie, de l’énergie ou du nucléaire. Et il ne se contente pas de leur serrer la main comme ici à Sarkozy ou de cautionner une opération politicienne comme le Grenelle de l’environnement : ces trusts le financent et sont dans le conseil d’administration de son association... Les patrons de Péchiney, EDF et Areva sont ses grands amis... Et quand il s’agit des produits d’Ushaïa, pas question de décroissance de la production et de la vente...

« Outre ce que lui rapporte “Ushuaïa”, via sa société Eole Conseil, Hulot empoche de coquettes royalties sur les produits dérivés (5,25 % du pactole, soit 700 000 euros par an). Il y a des gels douche Ushuaïa, des lunettes Ushuaïa et même un très vert tout-terrain Peugeot Ushuaïa ! » Ushuaïa aïe aïe aïe ! Les dossiers du Canard.

Un partenariat est signé entre L’Oréal, TF1 et une société Eole « Conseil pour les affaires et autres conseils de gestion (7022Z) », qui gère les intérêts de Nicolas Hulot®, et qu’il possède à concurrence de 498 parts sur 500 ; cette société tire plus des deux-tiers de ses revenus de la vente des produits dérivés Ushuaïa®.


1°) Comment définir la thèse de la décroissance ?

L’idée consiste à proposer aux individus de vivre de manière plus frugale en se passant de dépenses inutiles. Et on en arriverait ainsi selon ses promoteurs à une société consommant moins de richesses et permettant à la planète de supporter autant d’êtres vivants sans risque. On reconnait là le discours de "la défense de la planète", du "réchauffement global anthropique", de "l’épuisement des matières premières" qui est un discours récurrent dans les média...

Pour Paul Ariès, un des animateurs connus du courant décroissant, les objectifs des décroissants sont : relocalisation, ralentissement, partage, choix d’une vie simple.

Le concept économique de la décroissance est fondé sur l’hypothèse que produire toujours plus implique de consommer de plus en plus d’énergie ou de matières premières, tout en diminuant la main-d’œuvre pour la remplacer par des machines. D’où l’épuisement des ressources. D’où aussi, disent les décroissants, un appauvrissement général en contradiction avec une apparence de développement mesuré par la hausse du produit brut.

Les Verts sont parmi les défenseurs de la décroissance mais ils sont loin d’être les seuls. Nombre d’économistes et de sociologues ou de journalistes leur ont emboité le pas, trouvant sur ce chemin le moyen de critiquer des effets du capitalisme sans remettre en question le système lui-même.

L’idée clef de la décroissance est de consommer moins pour produire moins, et préserver ainsi les ressources pour vivre plus longtemps sur la planète car le nombre d’hommes croit, leurs besoins aussi mais pas les ressources, du moins c’est ce que disent les décroissants qui rejettent dos à dos, là aussi c’est ce qu’ils prétendent, le capitalisme et le socialisme... tous les deux qualifiés de fanatiques de la croissance... Bien entendu, il y a toutes sortes de "décroissants", quasi de l’extrême droite à l’extrême gauche. Cependant ils ont tous un point commun dans la conception : ils insistent sur la capacité prétendue des consommateurs d’agir sur le système et ont un point de vue pas du tout "lutte de classes".

Cette thèse laisse à entendre qu’en consommant, suivant la minière dont ils consomment, les citoyens seraient les véritables maitres du fonctionnement de la société. Cela sous-entend que la consommation commanderait à la production qui, elle-même, commanderait aux investissements. La réalité est inverse : depuis les débuts du capitalisme, c’est le marché des capitaux qui commande à la production puis à la consommation.

La crise de la société n’est ni une crise de sous consommation ni une crise de sur-consommation mais une crise de suraccumulation du capital, ce qui est complètement différent...

Quant à l’idée de fond (celle d’une limitation des ressources), on va voir dans la suite d’où elle vient et quelle est sa validité. Et on verra qu’elle n’est à l’origine nullement le fait d’un courant critique du capitalisme, bien au contraire.

Certains théoriciens de la décroissance ne vont même pas plus loin que la remise en cause de la notion de PIB pour mesurer la croissance.... en considérant (parfois à juste titre) que l’on détruit plus, dans le capitalisme, que l’on ne produit. Mais ils ont tort de considérer que ce soit une nouveauté ou que ce soit là la cause de la crise du système...

La décroissance avance des notions comme "développement durable" opposé à un développement qui ne pourra pas durer du fait des pénuries causées par la surexploitation des matières premières et énergies et de la planète elle-même en général. Mais le capitalisme n’a jamais visé le "développement". Il a toujours voulu exploiter au maximum le plus vite possible sans jeter un regard sur l’avenir. Comment concevoir un développement durable au sein du capitalisme ? La décroissance n’y répond pas clairement, tant et si bien que nombre de ses défenseurs sont ouvertement pro-capitalistes...

La décroissance se fonde sur une critique du capitalisme mais nullement sur la nécessité d’une révolution pour le renverser.

Des exemples de textes décroissants :

André Gorz a été retrouvé mort avec son épouse le 24 septembre. En 1977, dans son ouvrage Écologie et liberté (éditions Galilée), André Gorz affirmait : « Un seul économiste, Nicholas Georgescu-Roegen, a eu le bon sens de constater que, même stabilisée, la consommation de ressources limitées finira inévitablement par les épuiser complètement [les ressources naturelles], et que la question n’est donc point de ne pas consommer de plus en plus, mais de consommer de moins en moins : il n’y a pas d’autre moyen de ménager les stocks naturels pour les générations futures. C’est cela, le réalisme écologique. On lui objecte habituellement que l’arrêt ou l’inversion de la croissance perpétuerait ou même aggraverait les inégalités et entraînerait une détérioration de la condition matérielle des plus pauvres. Mais où donc a-t-on pris que la croissance efface les inégalités ? Les statistiques montrent le contraire. (…) L’utopie ne consiste pas, aujourd’hui, à préconiser le bien-être par la décroissance et la subversion de l’actuel mode de vie ; l’utopie consiste à croire que la croissance de la production sociale peut encore apporter le mieux-être, et qu’elle est matériellement possible. » La cohorte des tartufes se bouscule en cette fin de mois de septembre 2007 pour lui rendre hommage alors qu’ils combattent par tous les moyens les idées qu’a incarné ce grand intellectuel du XXe siècle."

Dans l’un de ses derniers articles, André Gorz écrivait : " La décroissance est une bonne idée : elle indique la direction dans laquelle il faut aller et invite à imaginer comment vivre mieux en consommant et en travaillant moins et autrement."

Dans le Monde Diplomatique, Serge Latouche écrivait :

L’altruisme devrait prendre le pas sur l’égoïsme, la coopération sur la compétition effrénée, le plaisir du loisir sur l’obsession du travail, l’importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, le goût de la belle ouvrage sur l’efficience productiviste, le raisonnable sur le rationnel, etc. Le problème, c’est que les valeurs actuelles sont systémiques : elles sont suscitées et stimulées par le système et, en retour, elles contribuent à le renforcer. Certes, le choix d’une éthique personnelle différente, comme la simplicité volontaire, peut infléchir la tendance et saper les bases imaginaires du système, mais, sans une remise en cause radicale de celui-ci, le changement risque d’être limité.

Vaste et utopique programme, dira-t-on ? La transition est-elle possible sans révolution violente, ou, plus exactement, la révolution mentale nécessaire peut-elle se faire sans violence sociale ? La limitation drastique des atteintes à l’environnement, et donc de la production de valeurs d’échange incorporées dans des supports matériels physiques, n’implique pas nécessairement une limitation de la production de valeurs d’usage à travers des produits immatériels. Ceux-ci, au moins pour partie, peuvent conserver une forme marchande.

Toutefois, si le marché et le profit peuvent persister comme incitateurs, ils ne peuvent plus être les fondements du système. On peut concevoir des mesures progressives constituant des étapes, mais il est impossible de dire si elles seront acceptées passivement par les « privilégiés » qui en seraient victimes, ni par les actuelles victimes du système, qui sont mentalement ou physiquement droguées par lui. Cependant, l’inquiétante canicule 2003 en Europe du Sud-Ouest a fait beaucoup plus que tous nos arguments pour convaincre de la nécessité de s’orienter vers une société de décroissance. Ainsi, pour réaliser la nécessaire décolonisation de l’imaginaire, on peut à l’avenir très largement compter sur la pédagogie des catastrophes.

Les adeptes du développement durable sont très loin d’être des anti-capitalistes.

Le décroissant Philippe Dessertine affirme : « Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix. Il va falloir faire avec la décroissance. Nous n’avons plus les moyens de vivre comme nous l’avons fait par le passé. (...) Nous n’avons pas d’autre choix que de changer de vie et se serrer la ceinture pendant un bout de temps. (...) La mondialisation a besoin du capitalisme. Et le capitalisme a besoin de la finance. Les trois éléments sont liés les uns aux autres. Il est absolument indispensable de les garder si nous ne voulons pas basculer dans la guerre. »

"Le développement durable n’est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l’économie de marché." déclare Louis Schweitzer, alors PDG de Renault, au journal Les Echos...

« En 2009, L’Oréal s’est fixé des objectifs toujours plus ambitieux pour assurer une croissance durable dans un monde en pleines mutations environnementales et sociétales. Face à ces défis, la stratégie du groupe est claire : intégrer le développement durable à tous les niveaux de ses activités. »

Site « 10:10 » de Yann Arthus-Bertrand.

"Je veux, par ailleurs, rappeler l’engagement de notre groupe dans le développement durable et la protection de l’environnement."affirme Thierry Desmaret, PDG de TotalFinaElf, 2002 Cité dans le journal La décroissance n°21.

Total décroissant !!!

2°) La décroissance attaque-t-elle le fondement des problèmes du capitalisme ?

a - Les décroissants s’en prennent-ils à la racine du système : l’investissement des capitaux privés et l’exploitation des salariés ?

b- Les décroissants sont-ils opposés à la propriété privée des moyens de production et à la plus-value extraite du travail humain et accumulée par les capitalistes au détriment de l’intérêt général ?

c- Les décroissants proposent-ils que les sacrifices qu’ils proposent soient payés par le grand capital plutôt que de demander tous les efforts aux citoyens ?

d- En ce qui concerne la question environnementale, les décroissants dénoncent-ils les principaux maux du système capitaliste : la course au profit qui mène à la pollution chimique par exemple ou nucléaire plutôt que de faire croire que tous les habitants de la planète sont cause de la pollution ?

e- Les décroissants soulignent-ils la responsabilité des classes dirigeantes dans le fonctionnement du système plutôt que de cacher les défauts en accusant la responsabilité de tous les citoyens ?

f- Les décroissants proposent-ils de sortir du capitalisme en donnant le pouvoir aux opprimés ?

g- Les décroissants soutiennent-ils les efforts des opprimés de s’organiser politiquement de manière indépendante des classes dirigeantes et de leurs institutions ?

h- Les décroissants prônent-ils la lutte des classes plutôt que de cacher les intérêts des classes dirigeantes derrière le voile de prétendus intérêts communs des riches et des pauvres ?

i- Les décroissants condamnent-ils les crimes des classes dirigeantes, crimes politiques, sociaux ou environnementaux (comme au Japon actuellement) plutôt que de prétendre que c’est tous les habitants de la planète qui seraient co-responsable du fonctionnement de la société ?

A TOUTES CES QUESTIONS, LA RÉPONSE EST : NON !!!

3°) Quelle est l’histoire de la décroissance et est-elle née d’une lutte contre le système ?

Ce sont les crises du capitalisme qui ont amené les réflexions sur la décroissance, en particulier la crise du dollar puis du pétrole de 1968 à 1971.

En 1968, le Club de Rome commande à une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology un rapport pour préconiser des solutions pratiques aux problèmes planétaires. Ce rapport publié en 1972, intitulé Limits to Growth ? (Halte à la croissance ? dans son édition française), est la première étude importante soulignant les dangers économiques de la croissance de la consommation des matières premières et de la croissance démographique que connaît alors le monde.

Un second rapport intitulé Sortir de l’ère du gaspillage : demain fut publié en 1974.

On trouve ici une analyse semblable à la célèbre étude du pasteur Thomas Robert Malthus (Essai sur le principe des populations, 1798) qui avait énoncé la loi selon laquelle la population connaissait une croissance géométrique (2-4-8-16-...) tandis que la production agricole ne pouvait au mieux suivre qu’une croissance arithmétique (1-2-3-4-...) et en avait conclu qu’il fallait absolument empêcher la croissance démographique si on voulait éviter une désastreuse disette. Un autre classique, David Ricardo (Des principes de l’économie politique et de l’impôt, 1817) avait quant à lui expliqué en quoi le rendement décroissant des terres, combiné à l’accroissement de la population, devait amener l’économie vers un état stationnaire et sans croissance.

Ces rapports, également connus sous le nom de rapports Meadows, ne sont pas au sens strict des textes fondateurs de la décroissance, car ils défendent seulement la « croissance zéro ». Ils sont cependant considérés comme les premières études « officielles » présentant explicitement la croissance économique comme un facteur essentiel de l’aggravation des dérèglements planétaires (pollution, pénuries de matières premières, destruction des écosystèmes), et sont parmi les premiers écrits qui remettent en cause le modèle de croissance de l’après-guerre.

Halte à la croissance ? est le titre français du rapport demandé à une équipe du Massachusetts Institute of Technology par le Club de Rome en 1970 et publié sous le titre The Limits To Growth (Les limites à la croissance). C’est la première étude importante soulignant les dangers écologiques de la croissance économique et démographique que connaît alors le monde. En envisageant que la croissance économique puisse un jour avoir une fin, et aussi par la principale proposition que l’on en a tirée, mais qui ne s’y trouve pas explicitement (la croissance zéro), ce rapport a suscité de nombreuses controverses.

Ce rapport a valu à Dennis Meadows le Japan Prize en 2009.

Ce rapport est aussi connu sous l’appellation usuelle Rapport Meadows en référence à deux de ses quatre auteurs : Donella Meadows et Dennis Meadows, Jorgen Randers et William Behrens. Publié en 1972 sous le titre The Limits to Growth (Universe Books) et publié en français sous le titre Halte à la croissance ? sous-titré Rapport sur les limites de la croissance (éd. Fayard, 1973 - enrichi d’une Enquête sur le Club de Rome par la traductrice de l’ouvrage Jeanine Delaunay), il a fait l’objet de « mises à jour » à deux reprises par trois de ses auteurs :

* en 1993 : Donella Meadows, Jorgen Randers, et Dennis Meadows, Beyond the Limits. Confronting Global Collapse, Envisioning a Sustainable Future, Chelsea Green Publishing Company,

* en 2004 : Donella Meadows, Jorgen Randers, et Dennis Meadows, Limits to Growth. The 30-Year Update, Chelsea Green Publishing.

Ces deux ouvrages n’ont pas été traduits en français.

Parmi les pères de la décroissance, on peut trouver le Club de Rome et Nicholas Georgescu-Roegen sur des aspects théoriques et techniques, mais aussi Jean Baudrillard, André Gorz et Ivan Illich qui avancent des idées assez proches de celles proposées par des économistes contemporains comme Serge Latouche. Un autre élément est fondamental dans le développement de ces thèses : le choix du nucléaire d’investir dans l’écologie en la détournant vers "le combat contre le réchauffement" : une manipulation planétaire de grande ampleur...

En effet, on constate que les plus acharnés contre le réchauffement climatiques sont les trusts du nucléaire et les prétendus écolos qu’ils ont réussi à annexer...

« Le Grenelle de l’environnement a permis en contrepartie des mesures pro-environnement de valider le choix collectif en faveur du nucléaire » déclarait Alain Minc, conseilleur « proche » de Nicolas Sarkozy, (France Inter, 23-9-2008).

M. Arthus-Bertrand avoue qu’ "il y aura des accidents nucléaires un jour ou l’autre, il faut le savoir" mais il ajoute à plusieurs reprises, sans s’expliquer sur cette incroyable contradiction, et sans justifier ce propos : "on a besoin du nucléaire". D’ailleurs, questionné sur les déchets radioactifs, il décrète "oublions les déchets" ! Mais quel "’écologiste" est donc M. Arthus-Bertrand ?

La liste des décroissants et anti-réchauffement de la planète par le CO² qui sont des pro-nucléaires plus ou moins cachés s"étend sans cesse bien au-delà des plus fameux comme Hulot, Arthus-Bertrand ou Jancovici...

Voici par exemple les déclarations de Jacques Treiner, président de "Sauvons le climat -Ile de France" : « la plus grande catastrophe d’origine industrielle des temps modernes, celle de Bhopal en Inde, n’invalide pas plus l’industrie chimique que la catastrophe de Tchernobyl (Ukraine) n’invalide l’industrie nucléaire civile ou que la rupture d’un barrage n’invalide l’hydroélectricité ».

Et c’est loin d’être un cas à part.

Le 25 novembre 2009, dans la perspective du Sommet de Copenhague, le groupe Europe Ecologie (à l’exception de José Bové et Pascal Canfin) avait voté en faveur d’une résolution, adoptée par le Parlement européen, favorable à l’énergie nucléaire. Le texte stipulait en effet qu’« une économie à faible intensité de carbone conférera à l’énergie nucléaire un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme »

Dès le début de la catastrophe nucléaire au Japon, le président de "Sauvons la planète" s’est insurgé contre ceux qui dénonçaient le nucléaire français...

"Vous voulez sauver la planète et vous avez raison ! Le développement durable, ce n’est pas la croissance zéro, c’est la croissance durable. La révolution que je vous propose, c’est de faire du développement durable le critère de toutes nos politiques publiques.[...] En investissant dans le nucléaire qui ne produit pas de gaz à effet de serre." déclarait Nicolas Sarkozy, Université d’été des Jeunes populaires UMP à Marseille, 03/09/2006. Cité dans La Décroissance n°35, décembre 2006.

« AREVA a la triple ambition d’une croissance rentable, socialement responsable et respectueuse de l’environnement. C’est pourquoi le groupe intègre le développement durable dans ses pratiques de gestion, à travers une démarche de progrès continu qui s’articule autour de dix grands engagements, l’AREVA Way. »

Site d’Areva.

La thèse du réchauffement climatique d’origine humaine est tellement favorable au nucléaire qu’elle aurait très bien pu être inventée par cette industrie en mal de copinages avec les scientifiques et les écolos...

4°) Sur quoi se fonde la décroissance ? Les limites des ressources, la croissance des populations, le réchauffement climatique : quelle validité de ces thèses ?

Le physicien Per Bak dans « Quand la nature s’organise » : « Un effort assez important fut entrepris il y a de cela environ trente ans, à l’aube de l’ère informatique, afin de réaliser des prédictions globales qui furent regroupées dans un rapport du Club de Rome intitulé « Halte à la croissance ? On espérait ainsi prévoir, entre autres choses, l’accroissement de la population humaine et son impact sur les ressources naturelles. Le projet fut un échec cuisant car les résultats dépendaient de facteurs imprévisibles qui n’étaient pas pris explicitement en compte dans le projet. Il est très possible que les prévisions sur le réchauffement du globe soient de la même eau. Bien que nous ayons une bonne compréhension de la physique climatique, ce sont là des prédictions à long terme concernant un système complexe. »

« Sauver la planète » … ou le grand capital ?

On entend tous les jours dans les média la « thèse du GIEC », le fameux groupement intergouvernemental selon laquelle il y aurait un réchauffement de la terre qui s’accroîtrait régulièrement de manière catastrophique et aurait pour origine l’activité humaine (un effet de serre dû à la pollution). Bien difficile de discuter cette thèse vus les moyens extraordinaire de diffusion de la thèse officielle. C’est une véritable propagande à laquelle on se heurte. Elle tend à faire croire d’abord que les scientifiques seraient unanimes à affirmer cela. Elle tend d’autre part à faire penser que les faits sont indiscutables. Enfin, elle mène à l’idée que les peuples vont devoir faire des sacrifices pour « sauver la planète ». La première remarque à faire est que l’idée n’est pas aussi récente qu’il y paraît. Elle a été lancée par le « club de Rome », des responsables d’état, des entreprises capitalistes et des économistes. Sans avoir aucune spécialité de climatologues ni de démographes, ils ont lancé à l’époque deux idées ayant pour but de préconiser la « croissance zéro » et des sacrifices pour la population pour « sauver la planète » : l’idée que la démographie prend un tour exponentiel incontrôlable et catastrophique qui doit être bloqué par des mesures anti-croissance de la population drastiques imposées à la Chine, à l’Asie ou à l’Afrique et une deuxième idée affirmant qu’il faut réduire la croissance économique en exigeant des sacrifices de la population (thèse de la « décroissance ») du fait que la diminution de l’énergie prend un tor lui aussi catastrophique et que l’activité humaine produit un accroissement catastrophique de température. Toutes ces catastrophes prédites en 1968 devaient avoir pris un tour visible et cataclysmique en 2006. La thèse de la démographie exponentielle a été abandonnée sans le dire, sans s’en expliquer. D’où venait cette erreur de pronostic ? D’où vient le retournement de la démographie ? Là-dessus, silence radio. C’est seulement sur la disparition des énergies en hydrocarbures et sur la hausse des températures que les successeurs du club de Rome (le GIEC) sont intarissables et occupent, jour après jour, les média.

Mais quelle est la réalité dans leurs affirmations ? Leur point de vue sur la démographie a déjà été contredit par la réalité : à l’échelle mondiale, le taux de croissance de la population a graduellement diminué depuis les années 1970, alors qu’il avait atteint un sommet au cours des années 1960, avec plus de 2,0% par année. La température du globe n’a pas cessé d’augmenter depuis les débuts de l’industrie ? Faux ! Tous les glaciers reculent ? Faux ! La seule source possible de hausse de température est d’origine humaine et c’est l’effet de serre dû au gaz carbonique et au méthane ? Faux ! On a examiné par des estimations tenant compte de tous les mécanismes de la géophysique les possibilités concernant la température du globe et toutes donnent une hausse dramatique ? Faux ! On a une preuve de l’origine « effet de serre » de la hausse de température du globe, c’est la comparaison des trois courbes au cours des millénaires : température, gaz carbonique et méthane ? Faux ! Le gaz carbonique peut donner une hausse de température. Le méthane également. Les deux peuvent croître en même temps du fait de la hausse de l’activité humaine. Mais les courbes donnent le même résultat bien avant l’existence de l’homme ! Et là, il faut trouver une explication au fait que les courbes du méthane et du gaz carbonique aient des pointes qui ont une allure semblable à celle de la température avec ces pics situés dans les mêmes périodes. Or, on ne voit pas de relation de causalité entre hausse du gaz carbonique et hausse du méthane. Il faut donc trouver une autre source de telles hausses, une source à la fois de la hausse de température, de celle du méthane et de celle du gaz carbonique. Cette interprétation existe : c’est la dynamique du magma qui cause la hausse des trois facteurs. En effet, quoi d’étonnant que la température globale monte lentement puisque c’est une marmite située sur un feu ! La terre se réchauffe du fait de la décomposition de ses matériaux radioactifs. L’énergie que celle-ci produit est loin d’être épuisée. Elle est emmagasinée dans les roches. Elle ne sort que très lentement. Par conséquent, la température interne du globe augmente, ce qui se ressent progressivement en surface. La plupart du temps, les montées de magma ne provoquent pas des cratères volcaniques du fait que les fissures des roches ne sont pas situées dans les bonnes direction. Par contre, les montées de magmas provoquent des hausses de température de surface. C’est le cas aussi bien sur les continents que dans les mers et océans. Quant au volcanisme, il est lui aussi proportionnel aux montées de magma et il peut provoquer des irruptions de gaz carbonique et de méthane. L’effet de serre n’y est pour rien.

La question est donc celle de la validité du schéma du réchauffement de la planète, autrement appelé effet de serre. En fait, il faut distinguer l’effet de serre naturel de l’effet de serre artificiel c’est-à-dire d’origine humaine. Le premier est connu et c’est seulement le deuxième qui est en discussion. Cet effet artificiel, qui est appelé le forçage thermique, serait une augmentation de température causée surtout par le rejet dans l’air de gaz carbonique et de suie produits par l’activité économique de l’homme. Les nombreux dérèglements météorologiques ramènent régulièrement ce thème à la une de l’actualité. Les multiples cas de pollution de la nature liés à l’activité humaine rappellent que nous sommes capables de modifier certains équilibres naturels de la planète. C’est le cas notamment avec la déforestation, ou encore avec la production de gaz carbonique liée à l’activité industrielle et à la multiplication des transports utilisant la consommation des énergies fossiles. La pollution atmosphérique et son effet réchauffant sur le climat global est un thème qui a pris de l’ampleur en 1985 du fait de l’augmentation des températures des années 80. Et depuis, ce n’est plus seulement quelques scientifiques qui défendent ce point de vue mais également les média et les gouvernements qui s’en sont emparés et discutent, lors de sommets internationaux, des moyens d’y remédier. Les média lancent même fréquemment des nouvelles à faire frémir sur les risques encourus. « Le Monde », journal peu enclin d’ordinaire à jouer sur le sensationnel, titre son numéro du 18 novembre 2000 : " Enquête sur le réchauffement de la planète, les déserts progressent, les glaciers fondent et le niveau de la mer monte ".

L’une des thèses les plus connues du grand public est celle selon laquelle la démographie mondiale croit exponentiellement alors que les richesses produites ne peuvent grandir qu’arithmétiquement.

C’est une thèse malthusienne, liée aux phases de crise de la société capitaliste.

En effet, elle n’a été mise en avant que lors de ces crises : en 1970, en 1985 et actuellement.

Elle est liée à la thèse dite du "réchauffement anthropique".

La doctrine de Malthus

Avec son Essai sur le principe de population (1798), le Britannique Thomas Robert Malthus (1766-1834), pasteur anglican et économiste, a lancé il y a deux siècles un débat sans fin sur les rapports entre la population et les ressources. Pour lui, il existe une distorsion entre le pouvoir de reproduction de l’espèce humaine, qui est considérable, et la capacité de produire des moyens de subsistance, qui est beaucoup plus limitée. La population croît selon une progression géométrique alors que les ressources s’accroissent selon une progression arithmétique. Ce déséquilibre provoque périodiquement des catastrophes. Malthus défend donc la thèse selon laquelle la pauvreté de la population ne peut être vaincue que par une limitation démographique des classes défavorisées, et conclut à la nécessité de combattre la natalité dans ces milieux.

Malthus a fortement mis l’accent sur la variable démographique en soutenant que c’était sur elle qu’il convenait d’agir : il fallait pour cela apprendre aux hommes à contrôler leur pouvoir reproductif.

Cette thèse a été sévèrement critiquée, notamment par Karl Marx au XIXe siècle, par John M. Keynes et Ester Boserup au XXe siècle. Pour cette dernière, le sens de la relation entre population et économie est inverse de celui soutenu par Malthus : la croissance démographique favorise la croissance économique et constitue un facteur de progrès et d’innovation.

Les thèses néo-malthusiennes

D’un autre côté, les énormes problèmes suscités par l’explosion démographique du tiers-monde dans les années 1950-1980 ont fourni de bons arguments aux néo-malthusiens. Il en a été de même des problèmes de plus en plus graves suscités par la dégradation de l’environnement dans les années 1970-1990.

De nombreuses publications ont ainsi redonné de la vigueur aux partisans d’une limitation de la croissance démographique. Ce fut notamment le cas du rapport Meadows sur la croissance (The Limits to Growth, 1972). En s’appuyant sur des modèles relatifs à la population, à la production, à la consommation et à la pollution, ses auteurs soutiennent qu’il est impossible de maintenir une croissance indéfinie dans un monde fini ; la planète ne pourra supporter longtemps les prélèvements massifs qui sont opérés, ni les dommages qui l’atteignent.

Les nombreuses publications relatives à l’environnement et à sa dégradation ont également contribué à alimenter les thèses néo-malthusiennes. De fait, la forte croissance démographique du tiers-monde entraîne dans certains espaces déforestation, désertification, érosion des sols et tensions sur les ressources en eau.

Le débat ouvert par Malthus n’est donc pas clos. Il apparaît aujourd’hui qu’il y a des interrelations nombreuses et complexes entre population, ressources, développement et environnement. La Terre peut encore supporter un accroissement important de la population, mais il convient d’y établir un développement durable et soucieux de la planète. C’est devenu aujourd’hui un enjeu essentiel.

Le malthusianisme économique

Le malthusianisme économique, tel qu’il est aujourd’hui entendu, est l’attitude qui consiste à limiter la production de biens afin de ne pas conduire à leur dépréciation par une offre trop abondante. Plutôt que d’essayer d’accroître la demande et la consommation, le malthusianisme économique tend à réduire la production. Il risque ainsi d’aboutir à une stérilisation des capacités de développement.

Le Club de Rome, composé de dirigeants économiques de premier plan et d’intellectuels reconnus, s’appuyant sur les modèles économétriques du MIT (Massachusetts Institute of Technology) de Cambridge : un must ! Les conclusions de ces travaux, dont la synthèse figure dans le rapport Meadows intitulé : " Les limites de la croissance " sont les suivantes : si la croissance mondiale continue à augmenter au rythme de 3 % pour an, les ressources de la planète n’y suffiront pas, et, la pollution aidant, la population mondiale diminuera par manque de ressources alimentaires, et cela conduira à " l’effondrement de l’écosystème mondial " : rien de moins ! On notera que la population mondiale augmente en effet de moins en moins depuis près de 20 ans, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec celles qu’avançait le Club de Rome !

Voici ensuite Lester Brown, patron du " World Watch Institute ", grand écologiste devant l’éternel : dans son ouvrage intitulé " Qui nourrira la Chine ? " (1994), il prévoit qu’en 2005, la Chine sera déficitaire de 120 millions de tonnes de " grains ", c’est-à-dire de céréales et d’oléagineux ; la réalité chinoise de 2006 est un déficit de … 25 millions de tonnes de " grains " ! Cela n’empêche pas Lester Brown de continuer à plastronner dans les médias du monde entier et à bénéficier encore d’une grande crédibilité dans les milieux écologistes et néo malthusiens, du moins en France …

Il y a longtemps que MALTHUS est mort. On se souvient en effet des prédictions catastrophiques émises, depuis MALTHUS au tournant des XVIII° et XIX° siècles : le monde est menacé d’un raz de marée démographique. Il n’y aura bientôt plus assez de place sur la planète et de toutes façons pas assez de ressources. Le thème a été repris par le Club de Rome dans les années 60. C’est la croissance explosive de la population qui est la cause de la misère du Tiers-Monde.

La démarche mathématique est simple : les choses se sont passées comme cela, donc elle vont se poursuivre à l’identique. Par exemple la population mondiale est passée en 50 ans de 2,5 milliards d’habitants à 6,5 milliards aujourd’hui, soit une hausse de 160%. Donc dans cinquante ans, avec la même hausse, nous serons plus de 17 milliards.

Le problème, c’est qu’au fur et à mesure de l’actualisation des prévisions, on s’aperçoit que ces chiffres sont totalement fantaisistes. Désormais, les Nations Unies, selon leur dernier rapport démographique qui vient de paraître, envisagent que la population mondiale va atteindre son maximum vers 2050 avec 9,1 milliards d’habitants, et se stabiliser ensuite. On est loin des catastrophes annoncées.

Mieux encore, le nombre moyen d’enfants par femme, qui était encore de 6 dans le Tiers-Monde il y a un demi-siècle, est passé aujourd’hui en moyenne mondiale à 2,6 et devrait être (mais nous aussi apprenons à nous méfier des prévisions) de 2 enfants par femme en 2050, c’est-à-dire à peu près ce qui est nécessaire au simple renouvellement des générations.

Selon les prévisions actuelles des Nations Unies, à l’horizon de 2050, la population aura diminué en Russie de 143,2 à 112 millions, de même qu’en Europe (de 728 à 653), mais elle aura augmenté aux Etats-Unis de 298,2 à 395. Elle sera presque stable en Chine, passant de 1 315,8 millions à 1 392 millions. En revanche, l’Inde deviendra le pays le plus peuplé de la planète, passant de 1 103,3 millions à 1 593. Ce n’est pas l’explosion démographique annoncée et, dans certains cas, comme la vieille Europe, ce sera même l’implosion démographique.

Certes, ne commettons pas la même erreur que les malthusiens et soyons prudents sur les prévisions. L’Onu d’ailleurs, tout en retenant le chiffre moyen de 9,1 milliards pour 2050, annonce une fourchette allant de 7,7 milliards à 10,6 : la marge d’incertitude est grande, en particulier en raison de l’ignorance du taux futur de fécondité, qui dépend de la liberté humaine. Mais, en aucun cas, il n’est question d’explosion démographique.

Quelle est l’erreur des malthusiens ? La même que celle des écologistes. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes personnes. Pour les écologistes, les ressources naturelles et l’énergie sont des stocks donnés et, si l’on puise dans ces stocks, non renouvelables, ils finissent par s’épuiser. Mais c’est oublier qu’on trouve des stocks nouveaux (par exemple les estimations actuelles de réserves de pétrole sont les mêmes que celles de 1973, en dépit de la consommation effectuée depuis 30 ans ; on nous annonçait alors la pénurie pour l’an 2000). Et surtout que l’on trouve et que l’on va trouver des sources d’énergie nouvelles, que l’on n’imagine même pas maintenant. De même par exemple pour l’eau douce, dont on dit que l’on n’a pas assez, alors que demain on la produira en quantité, par exemple à partir de l’eau de mer.

Autre erreur des malthusiens : croire que la pollution et la dégradation de l’environnement se poursuivront dans l’avenir au même rythme. On trace donc une belle exponentielle et on nous annonce que demain la planète sera envahie par les déchets. Ce raisonnement a un petit défaut, comme pour les matières premières : il exclut totalement le facteur humain et n’imagine pas une minute que l’homme puisse s’adapter.

Il en va exactement de même en matière démographique. Les oiseaux de mauvais augure disaient que le taux de fécondité (les fameux six enfants par femme) allait se maintenir. Mais ce qui se produit depuis cinquante ans dans le Tiers Monde, c’est une transition démographique et si l’on a eu l’impression que la démographie explosait, c’est parce que la chute de la mortalité a précédé dans le temps celle de la natalité.

Les malthusiens et les écologistes partagent la même ignorance du comportement humain, la même perte de confiance en l’homme. Or la particularité de celui-ci, c’est qu’il est capable en permanence de s’adapter à son environnement, de faire des découvertes nouvelles, de changer ses habitudes. Au fond, toutes ces théories alarmistes viennent de ceux qui n’aiment pas l’homme et ne le croient pas capable d’intelligence et d’adaptabilité. Ils se sont toujours trompés. Certes, nous faisons tous des erreurs, mais la particularité de l’homme, c’est précisément qu’il est capable de les corriger.

Loi mathématique ou conjecture spéculative ? Un débat des années 1920 sur la méthodologie des projections démographiques

Henk A. de Gans [*]

Henk A. de Gans, Department of Geography and Planning, Amsterdam study centre for the Metropolitan Environment (AME), University of Amsterdam, Amsterdam, Pays-Bas

Les projections de population apparaissent parfois comme le talon d’Achille de la démographie, lorsque l’on rappelle les erreurs de certaines prévisions du passé. Et pourtant, dans quelles autres disciplines se risque-t-on à proposer des projections à 20, 30 ou 50 ans, avec des fourchettes de variation finalement assez étroites et une fiabilité croissante ? Pour se livrer à de tels exercices, on a d’abord pensé s’appuyer sur des « lois » d’évolution globale de la population, comme la loi logistique, le futur étant alors étroitement conditionné par le passé. On peut aussi essayer de prédire l’évolution des comportements de fécondité et de mortalité, à chaque âge, la dimension de la population n’étant alors que la résultante des variations des taux par sexe et âge : c’est la méthode « des composantes », universellement utilisée aujourd’hui, mais qui n’a pas semblé si légitime à ses débuts. Henk de Gans analyse ici les origines et le contexte du vif débat sur les méthodes de projection qui s’est développé dans les années 1920 et les facteurs qui ont conduit à l’adoption de la méthode des composantes.

5°) Pourquoi la base du système n’est pas la croissance ni la décroissance ?

Le discours de la “décroissance” est une des rares propositions théoriques quelque peu nouvelles apparues dans les dernières décennies. La partie du public qui est actuellement sensible au discours de la “décroissance” est encore assez restreinte. Cependant, cette partie est incontestablement en augmentation. Cela traduit une prise de conscience effective face aux développements les plus importants des dernières décennies : surtout l’évidence que le développement du capitalisme nous entraîne vers une catastrophe écologique, et que ce n’est pas quelques filtres en plus, ou des voitures un peu moins polluantes, qui résoudront le problème. Il se diffuse une méfiance à l’égard de l’idée même qu’une croissance économique perpétuelle soit toujours désirable, et, en même temps, une insatisfaction vers les critiques du capitalisme qui lui reprochent essentiellement la distribution injuste de ses fruits, ou seulement ses “excès”, comme les guerres et les violations des « droits humains ». L’attention pour le concept de décroissance traduit l’impression grandissante que c’est toute la direction du voyage entreprise par notre société qui est mauvaise, au moins depuis quelques décennies, et que nous sommes face à une « crise de civilisation », avec toutes ses valeurs, aussi au niveau de la vie quotidienne (culte de la consommation, de la vitesse, de la technologie, etc). Nous sommes entrés dans une crise qui est économique, écologique et énergétique en même temps, et la décroissance prend en considération tous ces facteurs, dans leur interaction, au lieu de vouloir “relancer la croissance” avec des “technologies vertes”, comme le fait une partie de l’écologisme, ou de proposer une simple gestion différente de la société industrielle, comme le fait une partie des critiques issues du marxisme.

La décroissance plait aussi parce qu’elle propose de modèles de comportement individuels qu’on peut commencer à pratiquer ici et maintenant, mais sans se limiter à cela, et parce qu’elle redécouvre des vertus essentielles, comme la convivialité, la générosité, la simplicité volontaire et le don. Mais elle attire également par son air gentil qui laisse croire qu’on puisse opérer un changement radical avec un consensus général, sans passer pour des antagonismes es des affrontements forts. Il s’agit d’un réformisme qui se veut vraiment radical.

La pensée de la décroissance a sans doute le mérite de vouloir vraiment rompre avec le productivisme et l’économicisme qui ont longtemps constitué le fond commun de la société bourgeoise et de sa critique marxiste. Une critique profonde du mode de vie capitaliste paraît, en principe, plus présente chez les décroissants que, par exemple, chez les tenants du néo-opéraisme qui continuent à croire que le développement des forces productives (notamment sous sa forme informatique) amènera l’émancipation sociale. Les décroissants tentent également de découvrir des éléments d’une société meilleure dans la vie d’aujourd’hui, souvent laissés en héritage par les sociétés précapitalistes, comme l’attitude au don. Ils ne risquent donc pas de miser – comme certains autres - sur la poursuite de la décomposition de toutes les formes traditionnelles de vie et sur la barbarie censées préparer une renaissance miraculeuse.

Le problème est que les théoriciens de la décroissance restent assez dans le vague en ce qui concerne les causes de la course à la croissance. Dans sa critique de l’économie politique, Marx a déjà démontré que le remplacement de la force de travail humaine par l’emploi de la technologie diminue la « valeur » représentée dans chaque marchandise, ce qui pousse le capitalisme à augmenter en permanence la production. Ce sont les catégories de base du capitalisme – le travail abstrait, la valeur, la marchandise, l’argent, qui n’appartiennent nullement à tout mode de production, mais au seul capitalisme – qui engendrent son dynamisme aveugle. Au-delà de la limite externe, constituée par l’épuisement des ressources, le système capitaliste contenait dès le début une limite interne : de devoir réduire – à cause de la concurrence - le travail vivant qui constitue en même temps la seule source de la valeur. Depuis quelques décennies, cette limite semble être atteinte, et la production de valeur « réelle » a été largement remplacée par sa simulation dans la sphère financière. D’ailleurs, la limite externe et la limite interne ont commencé à apparaître au grand jour dans le même moment : vers 1970. L’obligation de croître est donc consubstantielle au capitalisme ; le capitalisme ne peut exister que comme fuite en avant et croissance matérielle perpétuelle pour compenser la diminution de la valeur. Ainsi, une véritable « décroissance » ne sera-t-elle possible qu’au prix d’une rupture totale avec la production de marchandises et d’argent.

Mais les « décroissants » reculent en général devant cette conséquence qui peut leur paraître trop « utopique ». Certains se sont cependant ralliés autour du slogan « Sortir de l’économie ». Mais la plupart reste trop dans le cadre d’une « science économique alternative » et semble croire que la tyrannie de la croissance n’est qu’une espèce de malentendu qu’on pourrait battre en brèche à force de colloques scientifiques qui discutent de la meilleure façon de calculer le produit intérieur brut. Beaucoup des décroissants tombent dans le piège de la politique traditionnelle, veulent participer aux élections ou faires signer des chartes aux élus. Parfois, c’est même un discours un peu snob où des riches bourgeois apaisent leurs sens de culpabilité en récupérant ostensiblement les légumes jetés à la fin du marché. Et si la volonté affichée de se dérober au vieux clivage « droite-gauche » peut paraître inévitable, il faut quand même s’interroger pourquoi une certaine « Nouvelle Droite » a démontré de l’intérêt pour la décroissance, ainsi que sur le risque de tomber dans une apologie acritique des sociétés « traditionnelles » dans le Sud du monde. Anselm J.

Les écologistes de manière générale expliquent que l’effondrement écologique est dû à une idéologie dominante qui serait en train de régner : le fameux « productivisme » en effet de gauche comme de droite. C’est bien d’abord pour eux une idéologie, une question de rapport conscient, ce mot étant construit sur le principe même des mots qualifiant les grands systèmes idéologiques du XIXe et du XXe siècles, « nationalisme », « socialisme », « communisme », « nazisme », etc. Le qualificatif d’ « objecteur de croissance » est d’ailleurs construit sur le même principe, puisqu’il fait référence immédiatement aux « objecteurs de conscience ». Pour eux, la croissance pour la croissance ne serait alors que le fait d’une simple idéologie consciente et intentionnelle de quelque uns (les publicitaires, les « médias marchands », la caste des économistes, les multinationales, etc.), ou plus largement d’un imaginaire social, à qui il suffirait de faire une simple « objection votre honneur » pour sortir de ce « productivisme » ! Comme dans le marxisme traditionnel que décortique Moishe Postone, le capitalisme ici sous les formes du productivisme, n’est qu’une sorte de subjectivité cupide qui cherche la croissance pour la croissance en voulant s’entourer de toujours plus de biens matériels et qui s’accapare de l’extérieur un monde social considéré comme bon et sain : le travail, notamment les petits boulots, le petit artisanat, l’auto-entrepreneur, le producteur local, etc.

De cette manière le mouvement écologique passe totalement à côté de la logique abstraite de la valeur et du sujet automate qu’est le capital, en ne dénonçant l’accumulation matérielle que comme relevant simplement d’une sorte de pulsion anthropologique pour l’avoir et l’apparaître, dans une vision totalement transhistorique. Comme si la dynamique de la formation sociale capitaliste à laquelle nous appartenons était encore le fait conscient des humains et des couches dominantes de ceux-ci, doués de volonté et de capacités auto-instituantes. La critique écologiste et décroissante verse alors très souvent sur une critique abstraitement dénonciatrice et moralisante, quand elle ne demande pas un tour de vis supplémentaire dans la rationalisation du désastre. Leur critique est en fait très peu spécifique. Au fond ils identifient la forme dynamique folle de la société capitaliste à une démesure morale transhistorique et invariante dans l’Histoire. Il y a comme une rétroprojection de a dynamique spécifiquement capitaliste sur une essence dénaturée de l’Humain qu’il faut moraliser pour sortir de se toujours plus. Comme si la croissance était davantage dans la pulsion du besoin (et donc comme si le concret - la valeur d’usage - restait le noyau du capitalisme : que son but était bien de répondre à des besoins même artificiels), que dans la logique tautologique du sujet automate de la valeur qui s’autovalorise. Le discours de la décroissance se plaçant souvent sur le registre de la morale et de la moralisation (Geneviève Decrop défend par exemple la théorie bourgeoise du " care "), c’est donc souvent un raisonnement transhistorique et non historiquement spécifique (et donc un discours anthropologisant, c’est très clair dans les articles de Jean-Claude Besson-Girard par exemple). Les traits spécifiques des diverses époques historiques et particulièrement la forme sociale capitaliste présente, disparaissent toujours face à l’action de principes éternellement semblables qui existeraient depuis le début de l’histoire, tel que les principes généraux de " la domination " (dont la domination capitaliste ne serait qu’une variante) et surtout " l’hybris ". Les formes spécifiques du capitalisme, notamment son principe de synthèse sociale (le travail socialement auto-médiatisant, cf. Postone) sont masqués par ce dicours très général et qui touche finalement parfois à la métaphysique. On retrouve évidemment cette tendance très généralisante, chez les anarcho-primitivistes, qui eux partent du péché originel qu’aurait été la sédentarisation et l’agriculture, par exemple. A partir de ces phénomènes historiques là, on aurait déjà " in nuce " la société capitaliste et productiviste présente (on retrouve cela par exemple dans le livre de Philippe Godard, Toujours contre le travail, 2010).

Anselm Jappe développe au contraire (voir l’extrait ci-dessous qui développe cela de manière non systématique, et plus suggestive ici) l’idée que la crise écologique est due plutôt à la dynamique même de la valeur, et non à une « démesure » anthropologique et morale qui prendrait les grands airs de la punition (« on vous l’avez bien dit ! »). La finitude de la planète est une construction sociale, c’est la forme spécifique de la société dominante (société de la valeur) qui vit sur cette planète qui se crée et s’avance devant elle-même comme un mur infranchissable, sa propre limite externe : La société se fabrique sa propre limite externe et se présente ce miroir devant laquelle elle se fracasse. La critique de la valeur cherche justement à montrer comment la dynamique de la valeur provoque cette limite externe au capitalisme, en montrant aussi que la limite externe du capitalisme (la finitude matérielle de la planète) est justement le fait de la logique au coeur du capitalisme et de sa limite interne (cf. la théorie de la crise chez Robert Kurz, Krisis, Jappe, etc.) : c’est-à-dire la crise du travail abstrait comme crise de la valeur et du capitalisme. La domination de l’abstrait sur le concret dans la logique de la valeur et la crise de la valeur comme contradiction permanente entre le fondement abstrait et les effets du développement du capitalisme (crise qui fait que le capitalisme possède sa limite interne), font justement que celui-ci ponctionne matériellement sur la planète comme jamais, et que l’on atteint au même moment que le capitalisme connaît sa limite interne, sa limite externe (voir le texte de Jappe ci-dessous). Comme nous l’avons sous nos yeux, l’effondrement écologique est donc concomitant à la crise fondamentale du capitalisme. L’effondrement écologique peut-être compris comme une fuite en avant dans la logique et la crise de la valeur. Et la critique de la valeur considère le communisme au XXe siècle comme du capitalisme d’Etat, pas seulement parce qu’il n’y a été question que de la répartition et de la redistribution différentes de toujours les mêmes catégories économiques (marchandise, argent, valeur), mais parce que le marxisme traditionnel qui a toujours opéré sa critique du point de vue du travail (catégorie pourtant immanente à la métamorphose de la valeur) n’a incarné qu’une simple théorie de la modernisation de rattrage pour les pays « sous-developpés » (du point de vue de l’Oeil réel capitaliste). La socialisation des moyens de production n’a rien d’anticapitaliste. De manière plus générale, la critique traditionnelle du capitalisme orchestrée par la gauche (comme la lutte des classes entre les catégories socio-fonctionnelles de la trajectoire de la valeur, qui n’est d’abord qu’une contradiction secondaire sous la forme d’un conflit d’intérêts à l’intérieur d’un monde commun et partagé), est considérée comme immanente à l’ontologie capitaliste. C’est bien pour cela que la gauche, l’extrême-gauche et la droite ne peuvent remettre en cause le « productivisme », qui n’a rien d’idéologique mais qui est réellement le mode d’existence de la logique de la valeur en tant que contrainte exercée implacablement par celle-ci comme une loi impersonnelle et subie par tous les individus-fonctionnaires des catégories, c’est-à-dire les acteurs économiques qui veulent survivre dans ce monde.

D’autres axes pour un point de vue critique sur les décroissants pourraient être rapidement explorés, comme par exemple la question de la valeur d’usage des marchandises. Les marchandises ne sont pas produites pour satisfaire les besoins (vrais ou faux) des hommes comme le pensent la critique écologiste qui dénonce une pulsion « matérialiste » chez les humains comme le faisait et le fait encore le christianisme ; Pour les décroissants il suffirait de manière toute idéaliste, que les humains cherchent à satisfaire enfin leurs vrais besoins en étant un peu plus rationnel dans ce monde-ci. Comment en effet ne pas s’indigner de voir que 20% de l’humanité consomme 80% des ressources planétaires, il faut vite en prendre conscience et réagir. Mais depuis quand la société capitaliste est autodéterminée de manière consciente (même par quelques uns) et pourrait fonctionner comme ceci ? La dynamique capitaliste relève bien plutôt d’un mécanisme automate qui est de faire avec de l’argent une production de marchandise pour créer à la fin davantage d’argent que l’on en avait au début. Ainsi de suite et de manière illimitée. C’est là la forme sociale du capital. Capital automate car les manières de nous rapporter aux uns aux autres par la socialisation du travail se sont autonomisées des individus qui les supportent, qui n’en sont plus que les fonctionnaires, les supports, les porteurs. Même les dominants ne sont que des « élites de fonction » (Robert Kurz) qui subissent les contraintes du système tout en tirant eux leur épingle de ce jeu morbide où qui ne travaille pas ne mange pas. Et dans cette dynamique de la production et de la reproduction sociale de ce rapport social qu’est le capital (qui n’est donc pas qu’une chose, une somme d’argent), seul compte la valeur sur la valeur d’usage. Peu importe ce que l’on produit comme marchandise, peu importe les besoins réels à satisfaire, ceux-ci ne sont que des moments nécessaires mais secondaires de cette logique automate de la valeur qui se valorise. Ainsi les besoins des hommes ne sont pris en considération que dans la mesure où ils permettent à la valeur de s’autovaloriser, c’est-à-dire que les besoins sont considérés comme un mal nécessaire pour la logique de la valeur, ils ne sont satisfaits que si ils permettent aux marchandises d’être présentes en plus grand nombre, d’être achetées en plus grande quantité. De plus les besoins eux-mêmes sont totalement dominés par cette logique de la valeur, dont ils ne vont être bientôt que les appendices socialement fabriqués par cette logique : ce que les décroissants appeleront les « faux besoins » justement, mais de manière totalement moralisante et anthopologisante : comme s’ils étaient le fait d’une boulimie compulsive, d’une démesure (hybris) transhistorique d’un humain à corriger et à limiter. Car à l’intérieur du capitalisme, il faut comprendre que ces faux besoins pour les individus, sont un véritable besoin et bien réel pour la logique de la valeur qui seule compte et domine les individus au travers des rapports sociaux qu’ils entretiennent entre eux au travers de la socialisation par le travail abstrait. Son existence est celle d’une forme de domination indirecte, abstraite et impersonnelle en face des individus et de leurs besoins qu’elle se subordonne. La critique de cette logique à la fois fondée sur l’abstraction mais bien réelle, ne peut donc pas emprunter les voies de l’idéalisme abstrait. Palim Psao

LES VERTS

On les trouve parmi les décroissants. Ils ne sont pas plus que les autres pour la lutte des classes et le renversement du capitalisme par le prolétariat. Comme les autres, ils sont tombés dans le panneau du "réchauffement climatique" et une partie d’entre eux sont pro-nucléaires au nom de la lutte contre le CO² !

Si aujourd’hui, les verts sont unanimement contre le nucléaire, il est à noter qu’ils n’avaient rien contre choisir Nicolas Hulot comme porte-parole alors que celui-ci est lié à l’industrie nucléaire qu’il avait toujours défendu en prétendant qu’elle était moins dangereuse (pas de gaz carbonique !!!).

Remarquons également que l’ensemble des écolos a accepté au Grenelle de l’environnement de faire l’impasse sur le nucléaire. Remarquons enfin que les écolos, polarisés par le gaz carbonique, ont cessé de faire beaucoup de propagande sur le nucléaire. leurs tracts électoraux édités avant le Japon n’en parlaient pas... Hulot a certes pris le tournant...

« Le nucléaire, en l’état, ne peut pas être la réponse à nos besoins énergétiques. (...) On a encore une fois la démonstration, on ne peut pas remettre le sort de l’humanité dans une vulgaire et tragique roulette russe. » Nicolas Hulot, AFP-13 mars. Nicolas Hulot, toute honte bue, ose pendant la catastrophe nucléaire en cours au Japon s’indigner de la folie nucléaire dont il a pourtant été l’un des meilleurs agents. Toute la nuance, pour l’animateur de TF1, réside en effet dans le « en l’état » ; l’hélicologiste est un spécialiste en matière de duplicité pour camoufler des positions pro-nucléaires qui ne sont un secret pour personne. Ainsi, pour Le Figaro, Nicolas Hulot « est pour le nucléaire par lucidité » (7-8-2009). Des positions pro-nucléaires que l’animateur de TF1 a toujours partagées avec son alter ego de France télévision, Yann Athus-Bertrand. La Fondation Nicolas Hulot est financée par EDF et Alstom, conseillée par des « écologistes » pro-nucléaires comme Dominique Bourg (président du « Conseil sociétal » d’EDF) ou le consultant Jean-Marc Jancovici. L’animateur de TF1 est surtout un grand artisan de l’opération de vampirisation de l’écologie par la droite d’affaires de Nicolas Sarkozy ; de l’aveu même du proche conseiller du président de la République, Alain Minc : « Le Grenelle de l’environnement a permis en contrepartie des mesures pro-environnement de valider le choix collectif en faveur du nucléaire » (France Inter, 23-9-2008). Au lieu de demander la sortie du nucléaire, Nicolas Hulot demande désormais... « un grand débat » ! Quelle blague !

Les écolos peuvent être anti-nucléaires mais ils ne sont pas des ennemis du capitalisme et tout vient de là : ils sont pour collaborer au système qui se charge de les engluer dans ses filets... Voir le livre ci-dessous qui détaille les mille et une manières d’acheter les écolos.

Ce livre va faire mal, parce qu’il révèle pour la première fois l’histoire, les histoires et les coulisses de quatre des principaux acteurs de l’écologie en France. On découvre, incrédule et même stupéfait, les liens entre l’ancien dictateur africain Mobutu, des piliers du régime de l’apartheid tels que Anton Ruppert, un ancien militant nazi ou des trafiquants avec la création du WWF-International. L’auteur tacle ce qu’est devenu Greenpeace, quarante ans après sa création, sur fond de chasse à la notoriété et à l’argent. On découvre également que certaines de ces organisations ressemblent à des "castes bureaucratiques" où certains de leurs membres sont aussi cumulards que nos hommes politiques siégeant ici et là, récompensés par des distinctions honorifiques. Des cercles fermés composés de notables (on découvre le parcours professionnel de plusieurs personnalités dont la sensibilité écologiste est arrivé sur le tard), où les femmes sont encore plus minoritaires qu’à l’Assemblée nationale ...

3 Messages de forum

  • Bonjour,
    Je suis Pascal LE BOURZEC, créateur de l’école de l’écologie sur le Net
    et, entre autres, du site "écologie de la femme" : ecologie-de-la-femme.e-monsite.com
    J’ai été militant, élu et responsable syndical, mis au chômage à 54 ans à la demande conjointe du patronat et des syndicats.
    J’ai, aujourd’hui, 67 ans. Et je poursuis mon activité militante en tant que chercheur en écologie
    prenant le temps de fournir des outils théoriques et des exemples d’expériences en cours comme le fait votre site
    qui est devenu, depuis des années, l’une des références de mon école.
    Je pense que l’idéologie de la "décroissance" est l’une des nombreuses béquilles voire variantes théoriques de l’idéologie dominante
    qui consistent à semer l’illusion que le capitalisme n’est pas contraint de poursuivre sa fuite en avant par la destruction massive du vivant et des sociétés humaines et qu’il peut être réformé par des changements de comportements individuels ou collectifs qui ne remettent pas en cause ses fondements.
    Ce type de propagande accroît l’enfumage de la conscience collective.

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  • Extinction Rebellion rajoute une touche décroissante à ses déclarations : « Chacun d’entre nous, particulièrement dans le monde développé, doit s’engager à vivre de moins, à consommer bien moins. »

    Les décroissants plaident ainsi pour l’austérité et, comme chacun sait, la société capitaliste ne réserve l’austérité qu’aux démunis ! Nul besoin de décroissance, il suffit de prendre le grand capital !!!

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  • On n’arrête pas donner la parole à l’écologie malthusienne qui s’en prend aux plus pauvres et prétend même leur ôter tout moyen de se déplacer car leurs voitures sont trop vielles, trop polluantes et il faudrait désormais ne posséder que des véhicules de luxe écolos, ce dont les plus démunis ne peuvent même pas rêver. Voilà les conseils des comités consultatifs de l’écologie !!! Erangler les pauvres, ils s’en cachent à peine !!!

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