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Le rasoir d’Occam ou y a-t-il un « principe de simplicité » dans la philosophie nécessaire pour comprendre le fonctionnement du monde, de la matière à la vie, de l’homme à la société ?

jeudi 24 novembre 2011, par Robert Paris

Y a-t-il un « principe de simplicité » dans la philosophie nécessaire pour comprendre le fonctionnement du monde, de la matière à la vie, de l’homme à la société ?

L’empirisme anglais (Bacon, Hume, Locke, Berkeley) - à ne pas confondre avec le matérialisme - est caractérisé, avec la généralisation des conclusions tirées de l’expérience, par la prétention à la rigueur définie notamment par le principe d’Occam ou de simplicité. Il affirme que l’on ne doit pas s’interroger sur des hypothèses qui ne sont pas nécessaires. La théorie n’est là que pour généraliser des résultats tirés de l’expérience en prétendant ne rien y rajouter de théorique issu seulement du raisonnement. On reconnait, sur ce point des thèses d’Occam, le caractère diamétralement opposé au cartésianisme.

Il faut remarquer cependant que la science moderne n’est pas empiriste. L’expérience est en interaction rétroactive avec la théorie. C’est cette dernière qui détermine quelles expériences faire et, en particulier, quels paramètres mesurer. Les paramètres et les expériences ne peuvent pas découler de la seule expérience, même si certains scientifiques "expérimentateurs" sont tellement spécialisés (à tort) qu’ils le croient...

Le problème posé par ce principe est celui de la validité des concepts représenté par des noms. C’est effectivement une question que la science est amenée à se poser. Par exemple, elle s’interroge sur la validité de la notion de position d’une particule, sur celle de continuité ou sur celle de vitesse. Elle peut être amenée à renoncer à un concept et en produire d’autres. Occam a expliqué justement que tout ce qui est conçu par l’homme n’est pas nécessairement réel et qu’il convient de chercher les concepts correspondant à une réalité. L’idée discutée ici consiste à dire qu’on n’introduit pas des concepts arbitrairement et qu’il vaut mieux se limiter dans le nombre de concepts introduits. Un principe de modération en somme... mais qui n’indique nullement, et ne le prétend pas, quels concepts choisir, ce qui est pourtant l’essentiel !

L’idée d’Occam est de tester d’abord l’hypothèse la plus simple. Mais il faut préciser que, dans chaque domaine étudié, déterminer ce qui est simple de ce qui ne l’est pas est loin d’être... simple ! Il y a simple effectivement et simple à comprendre au sein de la théorie générale telle qu’elle existe à une époque donnée, ce qui est très différent... Il y a simple en tant que théorie et simple en tant que fonctionnement réel physique. Le simple et le complexe ont des relations très curieuses comme on sera amené à le rappeler et comme la théorie du chaos déterministe en a fait la démonstration.

La simplicité d’Occam est seulement la simplicité logique et non la simplicité des contenus. Cela a donné lieu à de nombreux contresens... La question de la simplicité est l’effort de ne pas utiliser des concepts correspondant à des objets qui n’existent que dans notre esprit.

La question de ce qui existe ne se pose pas seulement en métaphysique avec l’existence de dieu. La physique peut certes se demander si l’électron existe. Il ne suffit certes pas que des générations de physiciens emploient le mot pour assurer son existence. Cependant la question ne peut nullement être tranchée en discutant abstraitement de la notion d’existence, comme le fait Occam... La réduction des axiomes n’est indispensable que dans une conception axiomatique.

Aussi appelé « principe de simplicité », « principe de parcimonie », ou encore « principe d’économie », il exclut la multiplication des raisons et des démonstrations à l’intérieur d’une construction logique. Cette construction est formelle : elle obéit au tiers exclus (deux possibilités seulement, le vrai et le faux !). L’absence de contradiction est également présupposée : pas de possibilité d’états superposés.

La science actuelle, quand elle se satisfait de modèles prédictifs, fait bon usage du rasoir d’Ockham. Mais utiliser celui-ci pour choisir une théorie explicative est dangereux dans la mesure où une mauvaise théorie explicative peut sérieusement retarder les développements ultérieurs. Le fait d’utiliser le moins possible d’hypothèses ne signifie pas choisir les plus vraisemblables, vu ce que l’on croit savoir d’autre.

Nous verrons par la suite que l’on ne peut pas admettre cette manière de poser la question du vrai et du faux de manière tranchée, invariable, antihistorique, antidynamique et indépendante des buts de celui qui pose la question. Il n’y a rien qui soit vrai (ni faux) dans l’absolu de toute éternité et pour tout être humain. Il n’y a aucun besoin d’une telle universalité de la vérité, d’une telle rationalité absolue et éternelle.

1° Ce principe de simplicité n’a pas été créé pour répondre à des questions scientifiques, mais à celles de la scolastique (dieu existe, la trinité existe, ...) et de la logique formelle (non contradiction, lien de cause à effet, etc). Occam refusait d’entrer dans des débats théologiques sans fin qui lui semblaient inutiles. N’oublions pas que ce principe avait pour but d’éviter les débats entre religieux, en préservant la croyance en dieu et dans les miracles... Le but d’Occam est de décourager les raisonnements sur la foi en faisant de la croyance un domaine extérieur qui ne peut être atteint par le rationnel. En faire un principe scientifique de base est plutôt curieux et témoigne qu’en termes philosophiques, bien des scientifiques sont souvent perdus.

Occam a été excommunié, mais il n’y a pas plus croyant que lui... Il a été condamné pour avoir pris, en 1322 en même temps que son ordre franciscain, le parti des princes contre le pape et non de la science face à la religion... Occam n’est absolument pas un matérialiste. C’est pourquoi il a eu tant de succès à une époque où la bourgeoisie, arrivée au pouvoir, ne voulait plus entendre parler de révolution et voyait dans la religion un point d’appui contre la révolution.

2° Ce principe ne sert pas à trancher sur la théorie scientifique. Dès lors qu’une question est en débat, rien n’évite d’examiner les thèses. Y a-t-il un réchauffement anthropique ? Le principe de simplicité répond-t-il à la question ? Chercher à éviter les étapes erronées de la science est-il une bonne méthode ? Ou faut-il au contraire maintenir sans cesse le débat scientifique entre les thèses en présence et faire évoluer ce débat au regard des nouvelles hypothèses, des expériences et des raisonnements ?

Ce principe ne nous dit rien sur la validité des hypothèses : il dit qu’entre deux hypothèses aussi explicatives l’une que l’autre, on ne sait pas laquelle est juste, mais il vaut mieux choisir la moins coûteuse. Un des plus célèbres exemples de son utilisation est la théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein par rapport à celle de Hendrik Lorentz selon laquelle les règles se contractent et les horloges ralentissent lors d’un mouvement dans l’éther. Albert Einstein et Henri Poincaré ont montré que la notion d’éther n’apportait rien et devait donc être éliminée, les équations de transformation de l’espace-temps d’Einstein donnant les mêmes résultats sans cette notion d’éther. Mais…. on a fini par revenir à un éther…

La physique classique obéissait à une belle construction au plan logique et expérimental et patatrac tout s’est effondré et maintenant on a la physique quantique qui est compliquée peu logique et pourtant elle fonctionne ! La quantique n’obéit pas du tout au principe de simplicité !!!

Occam ne fait appel qu’au nombre de concepts. Mais cela ne permet pas de trancher si on remplace un concept par un autre. Peut-on nous dire si le couple (position, vitesse) est plus simple que le couple (quantité de mouvement, moment cinétique) ?

3° La nature n’obéissant pas plus à la logique formelle que la société ou la pensée, on ne voit pas pourquoi la science devrait obéir au rasoir d’Occam... Adoptons plutôt la logique dialectique qui récuse la non-contradiction et le formalisme de la pensée.

4° Le principe de simplicité n’est pas le seul principe moral que l’on peut vouloir rajouter à la démarche scientifique :

Principe de cohérence interne

Principe de causalité

Principe d’adéquation aux expériences

Principe de cohésion logique (avec les énoncés précédemment acceptés)

Principe d’autorité (ce qui a été admis depuis longtemps par le pouvoir scientifique)

Principe de non-contradiction et tiers exclus

Principe de la raison suffisante

Principe de réalité

Principe d’action/réaction

Principe de réfutabilité ou de falsifiabilité

Principe d’induction

Principe de méthodologie

etc, etc...

Tous ces principes sont loin de la réalité qu’il s’agit d’étudier car ils sont figés, non historiques, non vérifiables, non expérimentables... non scientifiques en somme !

Je ne crois pas qu’il existe de principe qui soit vraiment vérifié par l’ensemble des sciences....

Pour notre part, nous pensons qu’aucun principe (pas même la dialectique qui n’est pas un principe...) ne permet de distinguer le vrai du faux, ni même de choisir une voie plus préférable, plus probable à la recherche scientifique.

Un principe est un a priori. La science n’a besoin que de raisonnements construits en liaison avec les expériences et non de simples a priori purement philosophiques.

Ce principe d’Occam ne pourrait-il pas être récusé en son propre nom comme non nécessaire ?

Des principes abstraits à l’usage des sciences, on peut en fabriquer des tas dans le genre :

- posez-vous les bonnes questions

- ne prenez rien pour sûr que vous n’ayez vérifié

- allez jusqu’au bout de vos idées, même si tout le monde n’y croit pas

- ne restez pas dans l’abstraction

- ne remettez en question des conceptions anciennes que devant des faits qu’elles ne peuvent pas expliquer.

On pourrait très bien imaginer un principe inverse du principe d’Occam : ne cherchez jamais à trop simplifier…

Mais ces préceptes ont leurs limites. Ils ne sont que des morales et ne permettent nullement de comprendre le monde. Ils n’expliquent rien de la réalité. Leur efficacité est limitée car ils ne sont ni une méthode de réflexion, ni une voie de recherche.

Les idées nouvelles sont souvent des idées qui avaient été rejetées précédemment comme absurdes.

L’esprit logique n’est pas la voie royale pour trouver des idées nouvelles !!! En effet, celles-ci ne découlent pas logiquement des idées anciennes… Un principe d’économie n’est pas le stimulant le plus efficace pour rajouter une thèse nouvelle à tout l’attirail des sciences….

L’intuition, l’imagination sont bien plus efficaces.

5° L’hypothèse la moins couteuse intellectuellement sera peut-être la plus facilement acceptée. Mais est-elle nécessairement la plus vraie ? Par exemple, la science a choisi de se mettre sous la domination des mathématiques, mais aucun principe de simplicité ne peut nous prouver que cela soit un bon choix.

6° On nous cite de nombreux scientifiques comme Einstein qui auraient adopté ce principe en disant qu’une théorie scientifique doit être la plus simple possible. mais, en me^me temps, Einstein déclarait que les théories trouvées jusque là ne fonctionnaient pas parce qu’on n’avait sans doute pas trouvé une hypothèse "assez folle" pour être vraie...

7° Y a-t-il un principe applicable à tous, quels que soient nos buts sociaux, politiques, philosophiques ? Le philatéliste doit-il obéir aux mêmes principes que le révolutionnaire ? En somme, y a-t-il toujours d’un côté "la vérité" et de l’autre "le mensonge". L’existence de tels principes placés au dessus de l’analyse et de la remise en cause n’est-elle pas de nature métaphysique bien plus que scientifique ?

8° L’utilisation de ce principe est souvent une manière pour des scientifique d’éviter de se mouiller en philosophie, et donc de ne pas affronter les religieux et de ne pas affronter non plus le pouvoir social...

9° La simplicité est-elle le bon critère ? On peut chercher à minimiser les postulats d’Euclide, mais qui pourra nous prouver qu’ils sont valables ? Ce n’est certainement pas le nombre de ces postulats qui prouve leur validité. Le principe le plus simple est le suivant : c’est dieu qui a tout fait et tout voulu. C’est un principe unique et qui explique tout. Et alors ?

Napoléon : Monsieur de Laplace, je ne trouve pas dans votre système mention de Dieu.

Laplace : Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. D’autres savants ayant déploré que Laplace fasse l’économie d’une hypothèse qui avait justement « le mérite d’expliquer tout », Laplace répondit cette fois-ci à l’Empereur :

Laplace : Cette hypothèse, sire, explique en effet tout, mais ne permet de prédire rien. En tant que savant, je me dois de vous fournir des travaux permettant des prédictions.

Laplace n’avait pas besoin de "rajouter" dieu comme hypothèse, mais parce qu’il ne l’avait pas placé comme hypothèse de départ. Son refus n’est nullement un principe de simplicité d’Occam, mais un choix philosophique... Est-ce qu’un principe peut trancher de tels choix ?

10° Loin de se débarrasser des métaphysiques inutiles, ce principe est lui-même une métaphysique puisqu’il est placé au-dessus du raisonnement, de l’expérience et de la recherche critique. Il est censé éviter l’examen de certaines thèses. Mais est-ce une bonne chose de refuser d’avance tel ou tel type de thèses ?

11° La nature ne fonctionne ni de manière simple, ni de manière complexe. Dites nous seulement comment elle fonctionne !

La dialectique n’est pas plus simple que la logique formelle et pourtant….

La vie, la société, l’homme sont-ils simples ? Faut-il, dès lors, que la pensée soit si simple ?

La matière, avec ses multitudes de particules de toutes durées de vie, la vie avec ses multiples redondances, l’histoire des sociétés sont-ils simples ?

Et si le simple à un niveau produit le complexe à un autre ? Voir le chaos déterministe...

En tout cas, la nature ne fonctionne certainement pas à l’économie des formes, des histoires possibles, des dynamiques diverses, des matière construites. Il suffit d’examiner le nombre d’espèces d’insectes pour le réaliser...

12° Le but fondamental de ce principe était et reste de tenir à distance la science et la philosophie. Les religieux ont pu y voir un mauvais principe quand ils dominaient totalement la philosophie. Dans un monde où les connaissances scientifiques dépassent largement les discussions religieuses, se refuser à philosopher sur les sciences, c’est se refuser à ce que la vision scientifique pénètre la vie des hommes et leurs conceptions. Dans ce sens, c’est un très mauvais principe !

13° Le point essentiel reste le suivant : la logique formelle suffit-elle pour comprendre le monde ? La vie est-elle seulement le contraire de la mort ? La matière est-elle "simplement" le contraire du vide ? Comprendre les révolutions du monde est-il possible avec une philosophie simpliste du oui et du non ! La logique du monde obéit-elle à des oppositions diamétrales ? Une fois encore, le principe de simplicité ne peut pas répondre à la question. Le plus simple n’est pas nécessairement ni le plus vrai, ni le plus efficace.

Sur la nécessité de philosopher en sciences

Sur la dialectique naturelle et sociale

Qu’est-ce que la dialectique


Guillaume d’Ockham ou Guillaume d’Occam (v.1285 - 9 avril 1347), dit le « Docteur invincible » et le « Vénérable initiateur » (Venerabilis inceptor), était un philosophe, logicien et théologien anglais, membre de l’ordre franciscain, considéré comme le plus éminent représentant de l’école scolastique nominaliste (ou « terministe », selon la terminologie ockhamienne), principale concurrente des écoles thomiste et scotiste.

Sa doctrine fut soupçonnée d’hérésie par les autorités ecclésiastiques parce qu’elle remettait en cause bon nombre de postulats de la théologie traditionnelle, notamment ses prémisses « scientifiques » (subordination thomiste ou déduction scotiste), et parce qu’elle critiquait la possibilité d’une démonstration de l’existence divine. Ockham s’en est également pris aux fondements de l’autorité temporelle du pape dans ses écrits politiques, rejoignant de facto l’empereur Louis IV de Bavière en lutte contre le Saint-Siège.

On voit parfois dans la philosophie d’Ockham les prémices de la science moderne, de l’empirisme anglais ainsi que de la philosophie analytique contemporaine, car elle insiste surtout sur les faits et sur le type de raisonnement utilisé dans le discours rationnel, au détriment d’une spéculation métaphysique sur les essences.

Guillaume d’Ockham va plus loin que saint Thomas d’Aquin dans l’affirmation de la séparation de la raison et de la foi, en posant qu’il n’y a pas de hiérarchie entre la philosophie et la théologie, que la première ne peut devenir la servante de la seconde, car il n’y a aucun rapport entre elles. De même que la science et Dieu ne se rencontrent pas, Guillaume d’Ockham considère que le pouvoir temporel est d’un autre ordre que le pouvoir spirituel. Il accuse à son tour le pape d’Avignon Jean XXII d’hérésie et de se mêler de ce qui ne le regarde pas pour l’élection de l’empereur du Saint Empire. Six siècles avant que ne commence à prendre une certaine ampleur le principe de la séparation de l’Église et de l’État, Guillaume d’Ockham aura été un précurseur de la sécularisation. En cela, il se place en continuateur et en modérateur de l’œuvre de Marsile de Padoue.

Guillaume d’Ockham défend une philosophie nominaliste pour laquelle les Universaux (concepts universels et abstraits comme humanité, animal, beauté…), ne sont que des mots, des termes conventionnels, des représentations dont il récuse le réalisme, la réalité substantielle. Pour lui, la connaissance s’appuie sur les choses sensibles et singulières, l’utilisation des universaux de la métaphysique est nécessaire en sémiologie, mais aucunement en ontologie. Les universaux sont de simples mots pour permettre à la pensée de se constituer.

Ockham est l’un des premiers à avoir fondé une philosophie du langage à partir de l’idée d’un discours mental ou lingua mentalis, reprise au XXe siècle par Jerry Fodor. S’appuyant sur Boèce et son commentaire de De l’interprétation d’Aristote, ainsi que sur St Augustin et le livre XV De la Trinité, il affirme ainsi qu’il y a trois sortes de phrases et de termes, écrites, parlées et conçues. Il considère les mots comme des signes conventionnels, dont la signification est arbitraire, et qui se rapportent aux idées ou concepts mentaux. Ceux-là, par contre, sont des signes naturels, qui se rapportent aux choses et objets extérieurs. Ainsi, les mots se rapportent de façon secondaire aux choses, par l’intermédiaire des concepts mentaux. Ce rapport du mot au concept mental est dupliqué par le rapport du mot écrit à la parole.

Il en découle le fameux principe, dit du rasoir d’Ockham. Ce principe de parcimonie de la pensée, de l’élégance des solutions, est un des principes de la logique et de la science moderne ; il fait de Guillaume d’Ockham un précurseur de l’empirisme anglais. « Le rasoir d’Ockham » stipule qu’« il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité » (« entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem »). C’est un principe logique mais aussi ontologique, repris par exemple par Quine au XXe siècle.

Le rasoir d’Occam ou rasoir d’Ockham est un principe de raisonnement que l’on attribue au frère franciscain et philosophe Guillaume d’Ockham (XIVe siècle), mais qui était connu et formulé avant lui : « Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. » (« pluralitas non est ponenda sine necessitate »).

L’énoncé « Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem », littéralement « Les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire », est une variante souvent attribuée à Guillaume d’Ockham sans cependant qu’il y en ait trace dans ses écrits. Une formulation plus moderne est que « les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables ». C’est un des principes fondamentaux de la science.

L’induction de Solomonoff est une preuve mathématique du rasoir d’Occam, sous l’hypothèse que l’environnement suit une loi de probabilité inconnue mais calculable.

• Aristote : « Il vaut mieux prendre des principes moins nombreux et de nombre limité, comme fait Empédocle » (Physique).

• Adage scolaire dérivé d’Aristote : « C’est en vain que l’on fait avec plusieurs ce que l’on peut faire avec un petit nombre. Frustra fit per plura quod potest fieri par pauciora. » Cité par Guillaume d’Ockham (Summa totius logicae)

• Guillaume d’Ockham (1319) : « Une pluralité ne doit pas être posée sans nécessité. Pluralitas non est ponenda sine necessitate » (Quaestiones et decisiones in quatuor libros Sententiarum cum centilogio theologico, livre II) (1319)

• Étienne Bonnot de Condillac (1715 -1780), en 1746, utilisa pour la première fois l’expression « rasoir des nominaux » dans une note en bas de page de son livre Essai sur l’origine des connaissances humaines (Ire part., sect. V, § 5, note a).

• Ernst Mach : « Les savants doivent utiliser les concepts les plus simples pour parvenir à leurs résultats et exclure tout ce qui ne peut être perçu par les sens. »

• Le principe de Morgan (1852-1936) énonce qu’« une activité comportementale ne doit en aucun cas être interprétée comme la conséquence d’une faculté mentale élaborée, si la même activité comportementale peut être conçue comme le fruit d’une activité mentale moins élevée. »

• Bertrand Russell (1906) : le rasoir d’Ockham est « la maxime méthodologique suprême lorsqu’on philosophe » (On the Nature of Truth)

• Ludwig Wittgenstein (1921) : « Si un signe n’a pas d’usage, il n’a pas de signification. Tel est le sens de la devise d’Occam. (Si tout se passe comme si un signe avait une signification, c’est qu’alors il en a une.) » (Tractatus logico-philosophicus, 3.328).

• L’un des personnages du roman Le Nom de la rose d’Umberto Eco, le frère franciscain Guillaume de Baskerville, est, de l’aveu même d’Eco, un clin d’œil à Guillaume d’Ockham (Premier jour, Vêpres : « Il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu’on en ait une stricte nécessité »).

Le principe du rasoir d’Ockham consiste à ne pas utiliser de nouvelles hypothèses tant que celles déjà énoncées suffisent, à utiliser autant que possible les hypothèses déjà faites, avant d’en introduire de nouvelles, ou, autrement dit, à ne pas apporter aux problèmes une réponse spécifique, ad hoc, avant d’être (pratiquement) certain que c’est indispensable, sans quoi on risque d’escamoter le problème, et de passer à côté d’un théorème ou d’une loi physique. « Nous ne devons admettre comme causes des choses de la nature au-delà de ce qui est à la fois vrai et suffisant à en expliquer l’apparence » Isaac Newton. On traduit souvent ce principe sous la forme d’une préférence de l’hypothèse « la plus simple » parmi toutes celles qui sont échafaudées, mais il convient d’approfondir différents points :

• ce n’est pas (seulement) la simplicité d’une hypothèse qui compte ; étant donné un ensemble déterminé de conclusions, c’est la simplicité (faible complexité) de l’ensemble des hypothèses faites pour aboutir à ces conclusions. Par exemple, les mathématiciens ont cherché à déduire le cinquième postulat d’Euclide à partir des quatre premiers, ce qui s’est avéré finalement vain et a conduit à désigner ce postulat comme le cinquième axiome.

• l’hypothèse d’un contrôle divin permanent sur les mouvements célestes, paraît simple sous réserve qu’on y postule l’existence d’un Dieu… complexe, mais ne permet aucune conclusion : les choses seront ce qu’elles seront, c’est tout. Louis Pauwels fera remarquer d’ailleurs que « Dieu existe » signifie au sens strict « l’Être existe », et en conséquence « Il y a il y a » .

• À l’inverse, le même principe est utilisé pour affirmer que la sélection naturelle est plus simple pour expliquer la vie que l’existence d’un dieu, selon Richard Dawkins, éthologiste en évolution.

• la simplicité de l’interprétation en univers multiples d’Hugh Everett, postule de même implicitement un espace de fonctionnement complexe, avec un univers qui ne cesse de fourcher exponentiellement à chaque temps de Planck. Seule la confirmation ou l’infirmation de prédictions (David Deutsch) permettra d’en établir ou non une réalité physique distincte de ce que donne le modèle de Copenhague. Elle se confond pour le moment avec lui en termes opérationnels.

• l’idée du rasoir n’est pas de supprimer purement et simplement des principes pour en diminuer le nombre, mais de densifier ceux qui restent afin que les autres soient subsumés par eux.

• le rasoir est illustré notamment par la théière de Russell. Rasoir d’Ockham et science moderne

Le rasoir d’Ockham n’est pas un outil très incisif, car il ne donne pas de principe opératoire clair pour distinguer entre les hypothèses en fonction de leur complexité : ce n’est que dans le cas où deux hypothèses ont la même vraisemblance (ou poids d’évidence) qu’on favorisera l’hypothèse la plus simple (ou parcimonieuse). Il s’agit en fait d’une application directe du théorème de Bayes, où l’hypothèse la plus simple a reçu la probabilité a priori la plus forte.

Par ailleurs, si le rasoir d’Ockham est une méthode efficace pour obtenir une bonne théorie prédictive, il ne garantit aucunement la justesse d’un modèle explicatif.

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