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Thèses sur la question de l’oppression des femmes

mardi 14 février 2012, par Robert Paris

Un mensonge apaisant a cours dans la "démocratie" bourgeoise occidentale : les femmes seraient de plus en plus libres, reconnues, protégées et égales des hommes. C’est le contraire qui est vrai !!!

A bas l’oppression, l’exploitation, le mépris, l’exclusion, la discrimination, les inégalités et les violences faites aux femmes !

Quand les femmes bougent, le monde se soulève !

Thèses sur la question de l’oppression des femmes

1- Une affirmation mensongère circule selon laquelle la société moderne, capitaliste, occidentale, post-soixant’huitarde aurait davantage contribué à libérer les femmes que les décennies et les sociétés précédentes. La machine à laver et la contraception auraient complété pour cela les manifestations de 1968. C’est un grossier mensonge. Jamais les femmes n’ont été aussi méprisées, violentées, opprimées, traitées comme des objets, instrumentalisées socialement, politiquement, et sexuellement, dans le monde entier. L’affaire DSK est, sur ce plan, non seulement un révélateur du silence complice qui entoure le mépris vis-à-vis des femmes des hauts personnages de la société occidentale, mais aussi un révélateur du silence des média, du monde politique et de toutes les institutions de la société, pour ne pas dire des hommes et des femmes eux-mêmes. Comme le sont les affaires de pédophilie de la hiérarchie religieuse qui montrent à quel point le christianisme n’est pas à l’abri de l’utilisation sexuelle des femmes et des enfants. Mais il n’est pas besoin de ces exemples finalement médiatisés pour savoir que tous les jours la femme est objet de violence, d’oppression, de mépris, d’exploitation sur tous les plans : moral, économique, sexuel, idéologique. Il suffit de savoir qu’en France, les femmes n’ont pas accédé au niveau de la direction politique de la société pour constater que celles-ci restent en retrait sur tous les autres terrains.

2- La violence est le thermomètre premier de la valeur des rapports hommes/femmes. Le nombre de femmes tuées chaque année dans les pays occidentaux, loin de régresser, progresse… Et ce n’est pas de l’Inde, de la Chine ni du monde arabe qu’il s’agit mais de l’Europe, y compris la France. Il y a les mortes, les blessées, les violées, les violentées, les harcelées. Ce n’est pas une exagération. C’est la réalité. La vérité, c’est aussi que la majorité ne se plaint pas, ne se libère pas, culpabilise même, n’en parle même pas aux proches. Nous ne cherchons pas à nous contenter de culpabiliser les hommes. Ce n’est pas un phénomène qui ne concernerait que des individus. Toute la société est mise en cause. Nous voulons dire que le fait qu’une telle oppression ait lieu aussi aisément dans un pays où règne ce que l’on appelle l’état de droit, des lois, des médias dits libres, des possibilités pour les femmes de travailler, de sortir, de se déplacer, sans voile, tout cela devrait faire réfléchir à la question que nous soulevons à nouveau et qui s’est toujours posée aux révolutionnaires communistes : celle de l’oppression des femmes. Et nous voulons souligner que, contrairement à ce qu’affiche cette société dite moderne, démocratique, progressiste, libérée des carcans féodaux, elle cultive consciemment l’oppression des femmes qui lui est indispensable au maintien de l’exploitation !!!

3- La libération sexuelle des années 70 a été largement mythifiée. Bien sûr, le droit à la contraception et à l’avortement sont des avancées importantes vers le droit des femmes à disposer de leur corps. Mais il faut avoir conscience combien ces acquis sont rapidement remis en cause actuellement, ne serait-ce qu’au nom des économies et des fermetures de centres IVG quand ce n’est pas à cause des manifestations des intégristes. Mais surtout, les classes dirigeantes ont su utiliser à leur profit les aspirations qui s’étaient exprimées en 68. L’aspiration à la liberté sexuelle, sociale, relationnelle entre hommes et femmes, comme entre hommes et entre femmes avec notamment l’homosexualité, a été largement détournée vers la vente de produits de beauté, vers la vente des choses du soi-disant bonheur (produits pour maigrir, pour bronzer, pour transformer son corps), vers la publicité de la chosification de la femme, vers la prostitution, vers la pornographie, vers la chosification de la relation sexuelle, vers le mépris des femmes transformées en corps, en sujettes des fantasmes et non libérées du carcan des préjugés pour vivre librement leurs amours et leurs sexualités diverses et non contraintes. Et, bien entendu, les hommes sont par là même transformés en esclaves de leurs fantasmes ainsi fabriqués ou cultivés. Loin d’être le triomphe des droits de l’individu, cette modification est codification des images des femmes et de leurs relations avec les hommes et les hommes. Certains ont remarqué notamment que l’image donnée par la mode de femmes-enfants, l’idolatrie de la jeunesse des femmes, de leur maigreur, de leurs attributs supposés attirants pour les hommes tels que les établit cette codification sociale est un nouveau carcan qui s’impose… aux hommes et aux femmes. Internet, les films, les images, les nouveaux rapports des jeunes parfois désincarnés, liés au stress, à l’alcool ont encore contribué à transformer les relations entre hommes et femmes en une relation purement physique qui n’a fait que remplacer l’image qui était celle de la femme servant seulement à faire des enfants, image qui n’a d’ailleurs pas disparu, y compris dans l’esprit des femmes elles-mêmes.

4- Certes, la société occidentale n’arrête pas de se raconter qu’elle est beaucoup plus libre que les vieilles sociétés héritées du féodalisme, du type de celle d’Arabie saoudite, d’Inde ou du Maghreb, la civilisation occidentale plus respectueuse des femmes que l’Islam ou l’Hindouisme ! C’est loin d’être évident. L’oppression a pris dans les pays occidentaux de nouvelles formes, plus modernes, plus indiscernables mais pas moins pesantes. D’ailleurs, si la société occidentale était en soi si libre, si respectueuse des femmes, propageant un tel bonheur relationnel, elle exercerait un pouvoir attracteur au plan civilisationnel que, depuis belle lurette, les vieilles sociétés auraient dû évoluer pour résister à l’attraction. Ce n’est pas le cas, y compris pour des femmes vivant en France qui n’ont pas toujours envie de quitter leur cadre d’origine.

5- Quant aux oppressions des femmes d’un autre âge qui leur sont imposées dans les pays anciennement sous-développés, la société occidentale s’en accommode fort bien et ne cherche nullement à les combattre. L’aurait-elle vraiment voulu, elle aurait eu mille moyens de le faire sans tomber dans le racisme comme c’est souvent le cas quand les gouvernants prétendent hypocritement lutter pour les femmes en dénonçant le voile. L’oppression des femmes dans les pays musulmans, qui est pointée du doigt par les pays occidentaux, n’est pas aussi traditionnelle qu’on le prétend. L’instrumentalisation du voile par les intégristes (et ici par les fascistes) est un produit essentiellement récent du capitalisme de ces pays. Il est une manière pour les classes dirigeantes d’aggraver l’oppression des femmes musulmanes pour compenser les déceptions sociales des peuples devant les incapacités de leurs classes dirigeantes.

6- Les discours officiels laisseraient entendre que les gouvernants et les classes dirigeantes souhaitent combattre les violences faites aux femmes. Mensonge ! Ce sont eux qui favorisent depuis des lustres la tendance de la société à se fonder sur l’oppression de la femme. Et ce n’est pas un hasard : cette oppression a considérablement stabilisé la société de classe. Et ce n’est pas aujourd’hui, alors que le capitalisme est ébranlé, que ces classes dirigeantes vont abandonner cette méthode si profitable...

7- Bien sûr, souvent les femmes sont victimes de violences domestiques et même conjugales mais quand ces violence se chiffrent en dizaines de millions de femmes battues ce ne sont plus des cas particuliers : c’est le produit d’une société et des classes qui la dirigent...

8- Ce ne sont pas seulement "les hommes" qui sont à accuser mais ceux qui mettent en place cet ordre social. Il est faux de prétendre que les mentalités et la culture des peuples sont la cause. Qui peut croire qu’on laisserait quelqu’un attaquer une banque sous le prétexte que ce serait dans sa mentalité ou sa culture ?

9- Pour la mille et unième fois, les violences faites aux femmes n’ont rien à voir avec des mauvaises pratiques qui dévieraient du comportement social collectif. Au contraire, elles appartiennent à ce comportement collectif voulu par les classes dirigeantes, nationales comme internationales.

10- Faire croire que c’est un lent progrès est tout aussi mensonger. Bien des fois la cause des femmes a fait un bon en avant. A chaque fois, c’était lié à l’état de la lutte des classes. Soit parce que la lutte des travailleurs et des peuples imposait ce bon en avant. Soit parce que les classes dirigeantes estimaient qu’il valait mieux améliorer la situation des femmes vu la situation explosive.

11- Chacun se souvient de l’action des femmes dans les grandes révolutions, révolutions de 1789 et 1793, commune de Paris et révolution d’octobre 1917. En 1991, au Mali, la dictature de Moussa Traoré tombait sous les coups de manifestants qui étaient en fait des manifestantes : les mères d’élèves que l’armée malienne avait assassiné. La tentative du régime d’envoyer cette armée contre les mamans qui attaquaient la présidence à mains nues a mené au renversement de Moussa Traoré par les militaires. Cet exemple nous montre que le rôle des femmes dans les révolutions n’est pas du passé ! Dans toutes ces révolutions, les femmes ne sont pas seulement battues pour elles-mêmes mais pour toute la société, pour l’avenir de l’humanité, montrant au monde que les femmes ne se contentent pas de se montrer belles ou de fonder un foyer et de s’occuper de leurs enfants. Elles peuvent donner un sens à la marche de l’humanité...

Bien sûr, cela ne signifie pas que tous les combats qui concernent les femmes soient révolutionnaires ni que l’on doive négliger toute autre action. Mais il reste vrai que le sort des femmes ne changera pas sérieusement sans changer l’ensemble des rapports sociaux. Et, inversement, le changement social nécessite l’action révolutionnaires des femmes. En fait, tant que les femmes ne sont pas dans le coup des révoltes, c’est que celles-ci n’ont pas encore atteint le niveau des révolutions. Par contre, il n’existe pas de révolution où l’on n’ait vu les femmes dans le coup et même souvent en tête de la lutte.

12- Cela explique que les classes dirigeantes, malgré une réelle transformation des moeurs, aient refusé de laisser les femmes libres. La soumission de la femme est un facteur essentiel de stabilité sociale pour les classes dirigeantes. La femme, le foyer, les enfants sont des raisons permanentes d’acceptation de l’ordre social et d’intégration au système. Il faut accepter l’exploitation parce qu’il faut ramener à manger au foyer. La femme est chargée particulièrement des enfants, ce qui lui permet d’exercer une pression permanente pour que le mari ne se mette pas à faire de la politique, ne mène pas des combats qui risquent de mettre en cause la vie de la famille.

13- Les classes dirigeantes n’ont connu de stabilité que lorsqu’elles ont imposé la domination de l’homme sur la femme. Il est certain que les premières sociétés agraires donnaient une place au femme qu’elles n’ont jamais retrouvé ensuite. Cela se voit notamment au nombre de dieux qui sont des déesses. Le développement monumental en pierre (menhirs, dolmens, allées couvertes, cromlech et autres édifices entassant des pierres) a symbolisé l’opposition à l’univers du bois essentiellement féminin car ces objets restaient dans la famille en lignée matriarcale (maison, ustensiles, outils de l’agriculture, outils domestiques,...). Le bois, c’était les femmes. la pierre, cela a été les hommes. Et, en même temps, ces édifices ont représenté la domination des familles supérieures, ancêtres des classes dirigeantes. C’est à la fois l’origine des palais et des temples. Et, dans les deux, on retrouve la domination masculine, la domination des classes dirigeantes et la justification mystique, religieuse. Cet ordre qui s’impose d’en haut (de dieu) est celui des hommes et il a leur soutien. Ce conservatisme leur donne quelqu’un à dominer. Si les opprimés s’inclinent devant un seigneur, ils sont (ou se croient) seigneur et maître à la maison ! En ce sens, l’oppression des femmes n’a jamais été séparée de la question de l’oppression de l’homme et des classes sociales.

14- Si la soumission des femmes (transmise d’ailleurs en grande partie par les femmes elles-mêmes) est un pilier fondamental du conservatisme social, idéologique, politique, la rupture de cette chaîne est le signal de la révolution sociale. Le point principal est dans l’organisation. De même que l’essentiel est que les opprimés s’organisent en comités révolutionnaires, en conseils, en soviets, en coordinations, l’essentiel, pour les femmes, est qu’elles recommencent à faire directement de la politique en participant à toutes les formes d’organisation et à tous les niveaux. « La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle devrait aussi avoir le droit de monter à la tribune. » clamait Olympe de Gouges durant la révolution française, elle qui écrivait dans son Testament : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers, reconnais tes droits. (...) L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est de venu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? (...) Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. »

15- Le dernier point, et l’essentiel, est que la seule issue pour la libération des femmes (et des hommes !) est dans le socialisme. Sans la suppression de l’exploitation capitaliste et celle qui lui est indispensable, la suppression des Etats bourgeois et la formation des exploités en classe dirigeante, la libération des femmes reste un but inatteignable. Il ne suffit pas de dénoncer l’oppression des femmes. Il ne suffit pas de faire de la propagande contre les crimes que l’on commet contre elles. Il faut en supprimer la cause. Les vieilles sociétés qui avaient fondé ces religions méprisantes vis-à-vis des femmes ont disparu. Les activités spécifiques aux femmes (tissage, filage, tricotage, blanchissage, chercher l’eau et le bois, ...) ont même parfois disparu du fait de leur reprise par l’activité industrielle. Les divisions dans l’activité professionnelle peuvent même s’éteindre. Leur effet se maintient toujours car les nouvelles classes dirigeantes, une fois arrivées au pouvoir, ont parfaitement compris l’importance de l’oppression des femmes et l’ont maintenue. Les militants révolutionnaires communistes ne peuvent qu’être en même temps des féministes militants et, inversement, les féministes conséquents doivent devenir des communistes révolutionnaires conséquents ! L’effondrement actuel du capitalisme remet en avant la lutte des femmes comme la révolution du Maghreb et du monde arabe l’a à nouveau souligné. Elle remet aussi à l’ordre du jour la nécessité de l’organisation des travailleurs en classe dirigeante, c’est-à-dire en comités de travailleurs ... et de travailleuses ! Alors en avant vers la suppression de l’exploitation capitaliste et de l’oppression des femmes !


Le marxisme et l’oppression des femmes DEQUEECKER Ida mars 1991

L’oppression des femmes est la plus vieille forme d’inégalité sociale. Une masse de données anthropologiques, archéologiques et historiques prouvent qu’elle est quasi-universelle. Conclusion hâtive - et populaire - de ce constat : l’inégalité sur base des sexes découlerait d’une différence naturelle entre l’homme et la femme. « Il en a toujours été ainsi, et il en sera toujours ainsi. »

A l’encontre de cette théorie rétrograde, qui a aussi ses partisans « scientifiques » (par exemple les adeptes de la « socio-biologie »), le mouvement des femmes a trouvé des arguments, entre autres, dans l’anthropologie. Par exemple, chez Margaret Mead, auteur d’une étude comparative de trois communautés de Nouvelle Guinée : « Dans l’une, écrit Mead, les hommes et les femmes agissent identiquement, selon le modèle que nous attendons uniquement des femmes : avec douceur et compréhension maternelle. Dans la seconde communauté, hommes et femmes agissent de la même façon, celle que nous attendons uniquement des hommes : avec des initiatives intempestives. Dans la troisième, les hommes agissent conformément à notre modèle de la femme : ils sont méchants, portent des cheveux bouclés et font les magasins alors que les femmes sont des êtres énergiques, autoritaires, naturels et non fardés » [1].

En d’autres termes : les modèles masculins et féminins sont déterminés par la société. De plus, il y a beaucoup d’exemples prouvant que des modèles sexuels différents ne signifient pas nécessairement l’oppression d’un sexe par l’autre. C’est le cas, par exemple, chez les aborigènes d’Australie, où hommes et femmes ont des rôles et des modes de vie séparés, mais contribuent égalitairement à tous les aspects de la vie sociale, tels que la collecte des aliments, leur distribution, les rites, etc. [2].

Mais, dans l’ensemble, les exemples de ce genre sont plutôt rares. Par contre, les exemples d’inégalité sur base des sexes - qui reviennent toujours à l’oppression des femmes - sont fort abondants.

Notre propre société industrialisée occidentale a profondément intégré l’oppression des femmes : les femmes, socialement, économiquement et politiquement, occupent une position subalterne. Malgré les protestations des femmes, et malgré leur participation croissante au processus du travail cette inégalité persiste d’une façon tenace , tout en se combinant avec les différences de classe, de race, etc...

D’une part, il y a donc un lien entre oppression des femmes et société de classes ; mais, d’autre part, les hommes sont aussi souvent les oppresseurs directs (ce qu’on exprime par le terme de patriarcat). Les mauvais traitements contre les femmes en fournissent un exemple. [3].

Un certain courant dans le mouvement des femmes en tire la conclusion que le patriarcat, en tant que système, existe à côté et indépendamment du capitalisme. Ces femmes notent que le patriarcat existait longtemps avant le capitalisme et a continué d’exister dans les pays où le capitalisme a été supprimé (par exemple en Union Soviétique, en Chine). Pour elles, la lutte contre le patriarcat est prioritaire : en d’autres termes, la lutte contre les hommes.

Un autre courant, proche du premier part de la constatation qu’entre hommes et femmes existent de grosses différences (soit innées, soit culturellement acquises depuis toujours). Elles en déduisent qu’il faut donner la suprématie aux valeurs féminines opprimées [4]. Pour ces courants, l’origine de l’oppression des femmes importe peu, de même que la diversité dans les formes de l’oppression.

Le marxisme aussi s’est penché sur cette diversité. Notamment sur les exemples de sociétés qui ne connaissent pas l’oppression des femmes et qui ne sont pas d’inexplicables exceptions dues au hasard. L’oppression des femmes est enracinée dans des conditions matérielles bien précises, qui varient d’une société à l’autre, et pas dans l’une ou l’autre donnée universelle de la nature ou de la culture humaines : En d’autres termes : l’oppression des femmes est une donnée historique.

La perspective générale, esquissée en premier par Engels en 1884, était que le rapport entre les sexes était le plus égalitaire dans les sociétés les plus simples, basées sur la cueillette, et que la condition des femmes a reculé systématiquement avec le développement des différences sociales, de la propriété privée, et de l’Etat. Cette perspective reste valable, même si les données historiques et anthropologiques avec lesquelles Engels avait travaillé ne sont plus utilisables maintenant, et en dépit du fait que ses efforts pour scinder l’histoire en périodes connaissant chacune leurs formes de mariage propres ont conduit à des interprétations dogmatiques et a-critiques [5].

Beaucoup de féministes marxistes ont continué à travailler d’une façon créative sur base de l’approche de Marx et Engels [6]. Les travaux les plus convaincants sont ceux qui expliquent l’oppression des femmes par « le social », et non par la biologie (c’est-à-dire par le travail productif des femmes, et non par leur capacité de donner la vie).

Après de longues recherches, il apparaît que l’oppression des femmes était déjà fortement enracinée dans les premières sociétés de classes. Elle n’y est certainement pas sortie du néant. D’où l’hypothèse d’une société de transition entre les premières communautés égaliatiares de « cueilleurs » (communautés basées sur la cueillette) et les premières sociétés de classes. Dans cette transition, la société aurait été basée sur la propriété collective du sol par le clan. La domination des hommes ne s’y serait pas nécessairement développée, mais les conditions auraient fait de la domination des hommes et de l’oppression des femmes le développement historique le plus probable. Ceci en raison de l’expansion économique et de la complexité sociale croissante.

On peut discuter si cette première oppression des femmes était oppression sur base du sexe ou oppression de classes. Le développement de l’oppression des femmes d’une part, de la division en classes d’autre part, est certainement lié, et le restera dans l’histoire des sociétés de classes jusqu’à nos jours. Telle est la base pour une théorie marxiste de l’oppression des femmes.

Loin des schémas historiques savants, cette théorie constitue un outil pour l’étude de la façon dont, dans une société déterminée, dans des circonstances historiques précises, l’oppression des femmes est liée à la structure des classes.

Avec cet outil, on comprend pourquoi, dans le capitalisme, en même temps toutes les femmes sont opprimées et en même temps les femmes de classes différentes peuvent avoir des intérêts contradictoires. Pourquoi des femmes et des hommes d’une même classe peuvent avoir les mêmes intérêts et des intérêts conflictuels. Pourquoi il est artificiel de séparer patriarcat et capitalisme. Pourquoi la lutte pour la libération des femmes doit être liée à la lutte pour le renversement du capitalisme. Pourquoi les femmes doivent s’organiser en tant que femmes pour défendre leurs intérêts. Cela n’implique pas une lutte contre les hommes, mais jette au contraire les bases d’une solidarité authentique. DEQUEECKER Ida

* Paru dans La Gauche (Belgique), mars 1991.

Notes

[1] M. Mead « Sexualité et tempérament », Aula 1962.

[2] D. Bell, « Central Austalian Aboriginal Women’s Love Rituals » in Women’s Work. Edit. par E. Leacock, 1986.

[3] « Expériences de femmes confrontées à la vio-lence physique et sexuelle », rapport de M. Smet (Secrétaire d’Etat), 1988.

[4] Voir articles dans « Tijdschrift voor Vrouwen-studies » 11 et 16, Edit. SUN.

[5] Engels « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat », Ed. Sociales. (6) Par exemple E. Reed « Woman’s Evolution », Pathfînder..

[6] S. Coontz et P. Henderson, « Women’s Work, man’s property » Verso 1986, E. Leacock , « Women’s Work », Bergin an Garey 1986, etc... (édité en français aux éditions « La Brèche »).

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Le 3° Congrès de l’Internationale Communiste indique comme tâches des Partis Communistes :

1. Eduquer les grandes masses féminines dans l’esprit du communisme et les attirer dans les rangs du Parti.

2. Combattre les préjugés relatifs aux femmes dans les masses du prolétariat masculin, en renforçant dans l’esprit des ouvriers et des ouvrières l’idée de la solidarité des intérêts des prolétaires des deux sexes.

3. Affermir la volonté de l’ouvrière en l’utilisant dans la guerre civile sous toutes ses formes et aspects, éveiller son activité en la faisant participer aux actions de masses, à la lutte contre l’exploitation capitaliste dans les pays bourgeois (contre la cherté de la vie, la crise du logement et le chômage), à l’organisation de l’économie communiste et de l’existence en général dans les républiques soviétiques.

4. Mettre à l’ordre du jour du Parti et des institutions législatives les questions relatives à l’égalité de la femme et à sa défense comme mère.

5. Lutter systématiquement contre l’influence de la tradition, des mœurs bourgeoises et de la religion, afin de préparer la voie à des rapports plus sains et plus harmonieux entre les sexes et à l’assainissement moral et physique de l’humanité travailleuse.

6. Entraîner des masses féminines toujours plus nombreuses, plus conscientes et plus fermement décidées dans la lutte de classe révolutionnaire de tous les opprimés et exploités contre le capitalisme et pour le communisme. Afin de développer l’esprit de camaraderie entre ouvrières et ouvriers, il est désirable de ne point créer de cours et d’écoles spéciales pour les femmes communistes ; dans chaque école du Parti, il doit obligatoirement y avoir un cours sur les méthodes du travail parmi les femmes. Les sections ont le droit de déléguer un certain nombre de leurs représentantes aux cours généraux du Parti. Les sections doivent veiller à ce que les fractions communistes des syndicats, des associations ouvrières, des coopératives élisent des organisateurs et agitateurs spéciaux pour faire le travail communiste dans les masses féminines des syndicats, coopératives, associations. Les sections doivent veiller à ce que dans les Etats Soviétiques, les ouvrières soient élues aux conseils d’industrie et à tous les organes chargés de l’administration, du contrôle et de la direction de la production. Les commissions devront aussi veiller à ce que les ouvrières, les employées et les paysannes prennent une part active et consciente aux élections des soviets révolutionnaires, économiques et politiques de délégués ouvriers. Bref, les ouvrières doivent être élues à toutes les organisations qui, dans les pays capitalistes, servent aux masses exploitées et opprimées dans leur lutte pour la conquête de pouvoir politique ou, dans les Etats Soviétiques, servent à la défense de la dictature du prolétariat et à la réalisation du communisme.

7. En faire après la victoire de la révolution prolétarienne, les collaboratrices conscientes et héroïques de l’édification communiste. Les organes féminins du parti communiste doivent dans leur activité se rendre compte que les moyens d’agitation et d’instruction ne sont pas les discours et les écrits, mais qu’il faut également apprécier et utiliser comme les moyens les plus importants : la collaboration des femmes communistes organisées dans tous les domaines de l’activité – lutte et édification – des partis communistes ; la participation active des femmes ouvrières à toutes les actions et luttes du prolétariat révolutionnaire, aux grèves, aux insurrections générales, aux démonstrations de rue et révoltes à main armée.

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