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Contradictoire, la guerre de la France au Mali ?

samedi 23 février 2013, par Robert Paris

Contradictoire, la guerre de la France au Mali ?

De « En aucun cas la France n’interviendra d’elle-même au Mali… » à « la France ne défend aucun intérêt particulier » et à « La phase finale de la libération du Mali va durer un certain temps », de la non-intervention à l’intervention puis à l’occupation, il n’y a eu qu’un pas….

Et une guerre succède à une autre. Le ministère de la guerre française a, du reste, changé le nom de code de son intervention dans le nord Mali. L’opération “Serval”, qui a consisté à arrêter les islamistes dans leur progression vers Bamako et à les chasser du Nord, fait place à l’opération “Panthère” dont l’objectif est de « nettoyer » les Ifoghas. Les victimes sont souvent des civils touarègues pris entre deux feux…

La Commission européenne a rappelé que la situation alimentaire dans le nord du Mali se dégradait et que l’accès aux personnes vulnérables était entravé par l’insécurité générale régnant autour de certaines villes et par les risques liés aux explosifs de fabrication artisanales déployés sur les routes.

Dans ces circonstances, la Commissaire européenne chargée de la coopération internationale, Mme Kristalina Georgieva, a observé qu’il fallait pas « oublier qu’en dehors des 167 000 Maliens ayant trouvé refuge dans les pays voisins et des 227 000 autres ayant fui les combats dans le nord du Mali, un million de personnes souffrent de la crise qui touche cette partie du pays, dans laquelle une aide alimentaire est de toute urgence nécessaire ».

Le Sahel était déjà l’une des zones les plus pauvres de l’Afrique et monde…. Et cette guerre n’a pas amélioré les choses ! Le peuple malien a cru que la France intervenait pour réunifier le territoire mais il n’en est rien.

La France se voyait bien imposer aux troupes africaines, sous l’égide de la France, de s’occuper de finir la guerre aux djihadistes. Mais les USA ont dit non par a voix de la Maison Blanche et du Pentagone : « Les forces africaines qui, en principe, seront bientôt placées sous mandat de l’ONU, ne doivent pas combattre les djihadistes, mais se limiter à un simple rôle d’interposition. La traque de ces groupes armés est réservée aux seuls Français. » La réponse du berger américain à la bergère française… pour ceux qui n’avaient pas remarqué que la France avait carrément déchiré les plans américains au Mali...

Une manière de rappeler que, si la France avait cru brûler la politesse aux USA, c’était à charge de revanche...

Le Canard Enchaîné révèle la manière de répondre de Fabius au lendemain du conseil des ministres du 13 février : "On va essayer de transformer la base juridique de l’intervention française, qui est une opération de légitime défense dans le cadre de la Charte de l’ONU, en une base de "maintien de la paix", ce qui permettrait une implication et un financement plus large de l’ONU." Tiens, tiens, les libérateurs seraient pressés de redonner la patate chaude...

A condition, bien spécifiée, de ne pas être impliqué dans les actes de guerre, réservés aux Français que cela leur plaise ou pas, le Conseil de sécurité des Nations unies devrait parvenir dans un délai de deux à trois semaines à un accord sur le déploiement d’environ 6 000 Casques bleus au Mali. L’annonce a été faite par le secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de maintien de la paix. Le déploiement d’une force de maintien de la paix onusienne nécessite une résolution du Conseil de sécurité mais aussi l’accord des autorités maliennes. Or, ces dernières se sont montrées réticentes jusqu’à présent, de crainte qu’un tel déploiement n’entérine une partition de fait du Mali, à l’image du Soudan. “Il s’agit simplement de convaincre les Maliens qu’une force de maintien de la paix de l’ONU est la meilleure solution et que la situation au Soudan était très différente de celle du Mali”, assure Hervé Ladsous, l’adjoint de Ban Ki-moon. La crainte malienne est : le déploiement de Casques bleus de l’avis de tous les experts, fondée gèle ipso facto la situation sur le terrain et entérine souvent des partitions de fait. Le cas soudanais n’est pas unique.

Donc la France a trouvé une nouvelle parade : l’ONU c’est le risque de deux Mali et donc c’est au gouvernement malien de s’y opposer... Les malins !

Mais, au jeu de dupes, on peut être dupés. C’est le cas de la France qui triomphait il y a peu et qui va vite en rabattre…

Le jeu de dupes, c’est bien sûr d’abord celui de la Françafrique d’Hollande prétendant débarquer pour sauver le peuple malien… Si ce n’était dramatique, on en rirait encore ! Les immigrés maliens de France ne savaient pas à quel point le pouvoir d’Etat se préoccupait de leur peuple…

La France s’est dit victorieuse au Mali sur tous les plans (politique et militaire) et pourtant il se pourrait bien qu’elle n’ait fait que tirer les marrons du feu pour une mainmise de la région, à commencer par Algérie et Niger, par… la Chine !

La France aurait obtenu le feu vert de l’Algérie, ce qui lui aurait permis de fausser compagnie à ses alliés occidentaux comme les USA. En fait, l’Algérie a vu un centre gazier envahi par des islamistes, les occidentaux du centre tués et le centre fermera ses portes. Heureusement, l’Algérie comptait déjà fermer ce vieux centre et avait un problème syndical pour cela… Heureusement, l’Algérie voulait se débarrasser de ses acheteurs de pétrole et de gaz occidentaux, la Chine offrant bien plus qu’USA, Canada ou Angleterre qui ont assez d’énergie chez eux… La Chine va pouvoir prendre pied grâce… aux islamistes et à la guerre de la France, prétexte de leur intervention ! La France estime que cette guerre est une victoire pour l’influence dans la région essentiellement du fait de l’accord algérien inattendu mais il semble qu’elle ait été trompée en fait et que l’Algérie ait joué double jeu.

La France fait la guerre au Nord alors que ses principales préoccupations sont au sud (révolte sociale et militaire à Bamako, mines d’or, de pierres précieuses et agriculture). Le nord a des potentialités (pétrole, gaz et uranium) mais que personne n’a jamais exploité ni même n’a véritablement pu estimer et la persistance probable de guérilla ne permettra pas de le faire de sitôt.

La France fait sa guerre au Mali alors que sa préoccupation locale (uranium) est au Niger. L’arrêt des mines du Niger serait catastrophique pour le groupe Areva et pour la France.

La France prétend s’être entendue avec Sanogo et les soldats révoltés pour attaquer le nord mais elle a arrêté les leaders des mouvements populaires liés la révolte (Sadi, 22 mars, Copam) et a remis en selle au sein de l’armée les bérets rouges qui avaient défendu le régime d’ATT contre la révolte. Le secrétaire Général du parti SADI, Dr Mariko a été entendu par les éléments de la sécurité d’Etat. Une interpellation qui ne manque pas de relents au regard de son « amitié » avec le capitaine Sanogo lequel, pour sa part, doit incessamment quitter son Q.G de Kati, haut lieu de la révolte des petits soldats, au profit d’un logement et des bureaux à l’Etat-Major de l’Armée de terre. Troublantes coïncidences !

Si le but était de donner satisfaction à la révolte de Bamako comme le prétend la France, serait-il nécessaire d’emprisonner ses leaders et de les menacer ?

En fait, le vrai but de la France était de faire une opération de basse police à Bamako pour remettre en selle l’Etat-Major et les classes dirigeantes honnies des milieux populaires…

Dans la guerre du Mali, tout le monde joue au poker menteur. Le plus menteur et qui croit tenir les cartes essentielles, l’impérialisme français, n’est sans doute pas le moins dupe de la situation comme il l’avait prétendu et probablement cru. Hollande a suivi ses généraux et ses services spéciaux qui étaient les mêmes que ceux de Sarkozy et qui l’ont poussé à intervenir dans l’intérêt particulier de l’impérialisme français et, pour une question particulière, dans celui général de l’impérialisme pro-occidental, et même de toute la bourgeoisie dans un cas spécifique. Mais il est peut-être davantage le dindon de la farce qu’il n’y paraît de prime abord.

L’impérialisme français a donc pensé avoir dupé tout le monde car tout était fait pour qu’aucune puissance ne soit en état d’intervenir militairement et il a pensé avoir trompé tout le monde. Il semblait impossible qu’une intervention française ait lieu car il aurait fallu le feu vert d’Alger et les négociations de l’Algérie avec les USA se sont conclues sur un désaccord complet et une véritable fâcherie. A contrario des négociations avec la France.

C’est donc d’Alger qu’est venu de manière inattendu le feu vert qui a permis l’intervention française. Inattendu parce que les forces armées islamistes sont liées à l’Etat algérien. Elles proviennent en grande partie du GIA et du GSPC algériens. On a pu voir le lien en particulier quand les pick-up des forces islamistes ont pu sans aucune difficulté faire de l’essence en Algérie…

Autre point inattendu : quand les forces armées de la France ont attaqué, une grande partie des forces islamistes s’étaient déjà retirées, prévenues donc. Et par qui ? Par l’Algérie !

Encore un point inattendu : alors que la Russie a dénoncé l’intervention française, la plaçant dans le même axe que l’intervention en Libye et en Syrie, la Chine s’est tue et a même modestement approuvé, ce qui est passablement illogique. Une bonne raison de penser que c’est elle qui a tiré les ficelles de toute cette affaire.

Il faut savoir d’abord que la Chine intervient en sous-main dans toute la région, économiquement, politiquement et en liaison avec les dirigeants des Etats. A plusieurs reprises, la France a dû pousser à la démission les responsables de l’Etat du Niger parce qu’il devenait trop pro-chinois à leurs yeux. Les contrats d’uranium de la Chine avec le Niger se développent. Au détriment de qui ? De la France avec Areva bien entendu.

Mais la Chine intervient encore plus en Algérie. Si la France a cru que les autorités algériennes délivraient un message en leur faveur en montrant aux compagnies anglaises, américaines, japonaises et canadiennes, et aux Etats respectifs que leurs ressortissants travaillant dans les centres pétroliers et gaziers n’étaient pas en sécurité, ce n’est peut-être pas la France qui était en fait la gagnante mais la Chine…

Les récentes découvertes de richesses minières, dans le bassin de Taoudéni, large de 1,5 million de kilomètres carrés, partagé entre le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, provoquent en effet désormais un vif intérêt pour cette région. Qui les prendra ? Il n’y a pas que les islamistes qui soient prêts à mettre le couteau entre les dents quitte à torturer la population. Ils le sont tous !

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