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La chasse aux sorcières à la fin du Moyen-Âge : une vraie guerre de type fasciste pour démolir les droits des femmes

lundi 15 avril 2013, par Robert Paris

La chasse aux sorcières à la fin du Moyen-Âge : une vraie guerre de type fasciste pour démolir les droits des femmes

Cela peut étonner de parler de fascisme à propos des chasses aux sorcières médiévales et pourtant, ce sont bel et bien les classes dirigeantes, en se servant de l’appareil religieux, juridique et militaire qui ont instrumentalisé ces épisodes sanglants utilisant les milieux populaires les plus misérables et visant les femmes qui étaient jugées trop indépendantes ou qui exerçaient des professions réservées aux hommes. Cela est du domaine du pogrome, de la violence raciste, un racisme contre les femmes traitées de diables….

Si toute l’antiquité connaît l’interdiction de la sorcellerie, cela ne vise pas encore spécifiquement les femmes…

Contrairement au cliché, la « chasse aux sorcières » est loin d’être un fait historique médiéval.

En effet, le haut Moyen-Âge, s’il réprima dans le sang et les flammes l’hérésie, fut clément, en tout cas comparé à la Renaissance et au Grand Siècle, vis à vis de la « sorcellerie ».

Les premières "chasses aux sorcières" débutèrent vers le milieu du 15ème siècle, à la toute fin du moyen-âge. On peut dater plus précisément la première vague de répression, menée par les tribunaux de l’Inquisition, de 1480 à 1520.

Mais la plus intense folie meurtrière eut lieu entre 1580 et 1630, et fut menée par des tribunaux séculiers.

C’est avec le milieu du quinzième siècle, avec la montée de la révolution bourgeoise qui menace l’édifice chrétien-féodal, que la papauté, l’église et le pouvoir politique lancent l’affaire des sorcières afin de détourner les colères populaires contre des femmes trop libres et que l’on va accuser de jeter le mauvais sort en alliance avec le diable. Mais, on va le voir, la bourgeoisie elle-même, est pour faire reculer les femmes dans leur lutte pour leurs droits…

La papauté est opposée aux droits des femmes, aux femmes qui prétendent faire de la religion et même diriger dans ce domaine, par exemple aux béguines religieuses qui réclament une libéralisation du statut de la femme… Les béguines, surtout présentes en Europe du Nord, cristallisent ce courant de subversion des mœurs. Elles vivent au sein de communautés autonomes, mais ne sont pas ordonnées. Elles sont autonomes en vivant d’aumônes, mais aussi de leurs salaires pour leurs soins médicaux ou leurs travaux textiles. Surtout, elles prônent une plus grande liberté sexuelle et récusent l’autorité des hommes. Marguerite Porete, une béguine, pousse la provocation jusqu’à publier à la fin du XIIIe siècle un traité de théologie, le Miroir des âmes simples anéanties. Poursuivie par l’Inquisition, elle est condamnée pour hérésie et est brûlée en 1310.

Vers 1326, le pape Jean XXII rédige la bulle Super Illius Specula, qui définit la sorcellerie comme une hérésie.

Bien que l’imaginaire collectif place la persécution de prétendues sorcières au Moyen Âge, les persécutions ne commencèrent qu’au XVe siècle et connurent leur apogée aux XVI et XVIIe siècles, c’est-à-dire pendant la Renaissance et le Grand siècle.

En 1484, le pape Innocent VIII lance le signal de la chasse aux sorcières en rédigeant une bulle papale, Summis desiderantes affectibus, qui organise la lutte contre la sorcellerie et élargit la mission de l’Inquisition aux « praticiens infernaux ».

La persécution est véritablement lancée à grande échelle après la publication en 1486 du Malleus Maleficarum, par Heinrich Kramer et Jacques Sprenger, deux dominicains. Il s’agit d’une enquête commanditée par l’Inquisition qui décrit les sorcières, leurs pratiques, et les méthodes à suivre pour les reconnaître. Le Malleus Maleficarum, ou Marteau des sorcières en français, est un véritable succès : il connut près de trente éditions latines entre 1486 et 1669.

Ce qui lance toute une campagne en ce sens, c’est la fameuse bulle apostolique Summis desiderantes affectibus en 1484, suivi d’un manuel démonologique, le Malleus Maleficarum, écrit par deux inquisiteurs dominicains, Heinrich Kramer et Jacob Sprenger.

La première partie du livre traite de la nature de la sorcellerie. Une bonne partie de cette section affirme que les femmes, à cause de leur faiblesse et de l’infériorité de leur intelligence, seraient par nature prédisposées à céder aux tentations de Satan. Le titre même du livre présente le mot maleficarum (avec la voyelle de la terminaison au féminin) et les auteurs déclarent (de façon erronée) que le mot femina (femme) dérive de fe + minus (foi mineure). Le manuel soutient que certains des actes confessés par les sorcières, comme le fait de se transformer en animaux ou en monstres, ne sont qu’illusions suscitées par le Diable, tandis que d’autres actions comme, par exemple, celles consistant à voler au sabbat, provoquer des tempêtes ou détruire les récoltes sont réellement possibles. Les auteurs insistent en outre de façon morbide sur l’aspect licencieux des rapports sexuels que les sorcières auraient avec les démons.

La seconde partie explique comment procéder à la capture, instruire le procès, organiser la détention et l’élimination des sorcières. Cette partie traite aussi de la confiance qu’on peut accorder ou non aux déclarations des témoins, dont les accusations sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance ; les auteurs affirment toutefois que les indiscrétions et la rumeur publique sont suffisantes pour conduire une personne devant les tribunaux et qu’une défense trop véhémente d’un avocat prouve que celui-ci est ensorcelé. Le manuel donne des indications sur la manière d’éviter aux autorités d’être sujettes à la sorcellerie et rassurent le lecteur sur le fait que les juges, en tant que représentants de Dieu, sont immunisés contre le pouvoir des sorcières.

Suite à la publication de cet ouvrage commence un mouvement d’arrestations systématiques dans toute l’Europe. Principalement en Allemagne, en Suisse et en France, mais également en Espagne et en Italie. Cette première vague dure environ jusqu’en 1520. Puis une nouvelle vague apparaît de 1560 à 1650. Les tribunaux des régions catholiques mais surtout des régions protestantes envoient les sorcières au bûcher. On estime le nombre de procès à 100 000 et le nombre d’exécutions à environ 50 000. Brian Levack évalue le nombre des exécutions à 60 000. Anne L. Barstow révise ces nombres et les élève à 200 000 procès et 100 000 exécutions en prenant en compte les dossiers perdus.

Au cours de la campagne répressive menée dans les pays germaniques par les deux auteurs du Marteau des sorcières, on procéda a des exécutions massives : en trois mois, 600 dans le petit évêché de Bamberg, 900 a Wiirzburg. Mais la chasse aux sorcières devait prendre une ampleur et une férocité plus grandes encore au XVIe s. et dans la première moitie du XVIIe s., surtout en France, en Allemagne, en Angleterre, alors que l’Italie était beaucoup plus épargnée.

Loin de tempérer les préjugés populaires sur la sorcellerie, la réforme les aggrava plutôt en répandant une conception pessimiste de l’existence humaine sur la terre.

Erasme et Luther croyaient profondément a la présence active du démon dans les âmes. Un grand esprit, comme celui du théoricien politique Jean Bodin, l’auteur de La République, peu suspect cependant de fanatisme religieux, se passionnait pour la démonologie (De magorum doemonomania, 1579), de même que le roi d’Angleterre Jacques 1er. Luther et Calvin réclamèrent des châtiments impitoyables pour toutes les personnes suspectes de sorcellerie, et cette tradition protestante se perpétua longtemps dans le puritanisme anglais et américain.

En France, le siècle classique fut marqué par de célèbres affaires de sorcellerie : procès des ursulines convulsionnaires de la Sainte-Beaume (1611), d’Urbain Grandier et des ursulines de Loudun (1634), du maréchal de Luxembourg (1681), etc.

En Allemagne, dans les années 1625/30, plus de 600 personnes convaincues de sorcellerie furent brûlées dans le seul évêché de Bamberg.

En Angleterre, dans les années 1640, Matthew Hopkins mena de féroces chasses aux sorcières. En 1599, le roi Jacques Ier d’Angleterre montre comment il est possible de prouver la culpabilité d’une sorcière en la piquant, ou bien en la jetant à l’eau : si la piqûre ne saigne pas, la sorcière est reconnue coupable. De même si la femme s’avise de remonter à la surface de l’eau après y avoir été précipitée.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les procès en sorcellerie deviennent presque exclusivement à l’encontre des femmes. Le premier procès de sorcières officiel eut lieu à Trèves en 1235, et, en 1275, à Toulouse, fut brûlée la première sorcière dûment condamnée par les tribunaux ecclésiastiques. La sorcellerie était dorénavant assimilée à l’hérésie, et le pape Jean XXII, en 1330, donna une nouvelle impulsion à la chasse aux sorcières. Les « chasses aux sorcières » connaissent deux vagues : la première de 1480 à 1520 environ, puis la seconde de 1560 à 1650. Mais dès les années 1400-1450, le portrait de ce qui deviendra une « image d’Épinal » par la suite se dessine, et les dernières persécutions se terminent vers la fin du XVIIe siècle.

Historiens et chercheurs estiment aujourd’hui le nombre de leurs victimes entre 50 et 100 000 sur les deux siècles où tant les tribunaux de l’Inquisition que ceux de la Réforme les conduisent au bûcher. Un chiffre élevé en proportion de la population européenne de l’époque. Et ce sont, pour 80 % de ces victimes, des femmes.

Ces femmes (et quelques fois leurs enfants, surtout s’il s’agissait de filles), appartenaient le plus souvent aux classes populaires. Une toute petite minorité d’entre elles pouvait être considérée comme étant d’authentiques criminelles.

Un moyen horrible de savoir si une femme était une sorcière consistait à la jeter nue à l’eau, les mains et pieds attachés ensemble pour l’empêcher de surnager. Une sorcière étant — en théorie — plus légère que l’eau, si elle flottait, elle était aussitôt repêchée et brûlée vive. Si elle se noyait, c’est qu’elle était morte innocente.

En Angleterre, la loi contre la sorcellerie fut définitivement abolie en 1736, ce qui n’empêcha pas la pendaison de la dernière sorcière anglaise en 1808. Les dernières brûlées le sont dans la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, tel Anna Göldin dans le canton de Glaris de la Suisse protestante en 1782, ou en 1793 en Pologne. En France à Bournel, une femme accusée de sorcellerie fut brûlée par des paysans le 28 juillet 1826, une autre en 1856, fut jetée dans un four à Camalès.

Il ne suffit pas de dire que la société avait basculé dans le crime systématique contre les femmes, il faut expliquer pourquoi…

Une sorcière signifiait une femme qui exerçait des métiers comme pharmacopée, médecine, sage-femme, avorteuse, conseillère psychologique, enseignante, dirigeante politique éventuellement dans les milieux populaires, etc… En tout cas, une femme libre en rupture avec l’ordre patriarcal devenu de plus en plus pesant avec le développement économique de la bourgeoisie… Cette dernière, pas plus que les anciennes classes dominantes, ne voulait que les femmes profitent de la lutte pour la liberté nécessaire au développement économique bourgeois. La bourgeoisie a donc cherché sciemment à aggraver le sort des femmes et non à l’améliorer et on le verra au cours de la révolution française ou la bourgeoisie en pleine conquête de son pouvoir, s’appuyant pourtant sur des mouvements révolutionnaires de femmes contre l’ordre établi, agira violemment pour empêcher les femmes d’acquérir des droits sociaux et politiques…

Le droit bourgeois nécessitait l’héritage et la paternité et cela signifiait qu’il fallait interdire toutes les libertés qui avaient pu exister pour les femmes au Moyen-Age. Contrairement au mythe qui la présente comme un progrès de toutes les libertés, la société bourgeoise a représenté un enfermement des femmes… Si des femmes pouvaient vivre de manière indépendante et exercer des professions libérales, ce n’est plus le cas ensuite ! Toute femme qui refuse de se mettre sous la domination d’un homme doit être dénoncée comme sorcière !

C’est le début de la montée de la bourgeoisie qui coïncide avec la vague de chasse aux sorcières et notamment avec la Renaissance. Il fallait alors accuser les femmes de tous les malheurs de la société menacée de révolution sociale.

Les grands penseurs humanistes ne s’élevèrent pas contre ce mouvement, à l’exception de Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim qui fut attaqué pour soutien à la sorcellerie.

Le pasteur allemand Anton Praetorius de l’Église réformée de Jean Calvin édita en 1602 le livre De l’étude approfondie de la sorcellerie et des sorciers (Von Zauberey und Zauberern Gründlicher Bericht) contre la persécution des sorcières et contre la torture. Le jésuite Friedrich Spee von Langenfeld qui a accompagné de nombreuses prétendues sorcières au bûcher publia sous l’anonymat un livre pour les défendre (cautio criminalis).

Le premier en France à réhabiliter publiquement les femmes libres dites « sorcières » fut l’historien Jules Michelet qui leur consacra un livre en 1862. Il voulut ce livre comme un « hymne à la femme, bienfaisante et victime ». Michelet choisit de faire de la sorcière une révoltée en même temps qu’une victime et il réhabilite la sorcière à une époque où elle avait totalement disparu derrière l’image du diable. Dans ce livre, Michelet accuse l’Église d’avoir organisé cette chasse aux sorcières, pas seulement au Moyen Âge mais aussi au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. Le livre eut des difficultés à trouver un éditeur et provoqua un scandale. Michelet se défendit en présentant son livre comme un travail d’historien et non de romancier. Mais il ne leur reconnaît pas véritablement le droit à l’émancipation. Il faut attendre les mouvements féministes des années 1970 pour voir apparaître le thème sous un jour positif. Les représentantes de ces mouvements s’en sont emparé et l’ont revendiqué comme symbole de leur combat. On notera par exemple la revue Sorcières de Xavière Gauthier, qui étudiait les « pratiques subversives des femmes ».

QUELQUES DATES

1326 Bulle du pape Jean XXII contre la magie démoniaque (Super illius specula).

1428-1430 Mise en place du mythe du sabbat.

1459-1461 Procès d’Arras contres les Vaudois, hérétiques assimilés aux sorciers

1484 Bulle du pape Innocent VIII qui lance la chasse aux sorciers en Rhénanie (Summis desiderantes affectibus). Premier essor de la persécution et publication des manuels de procédure.

1487 Le Marteau des sorcières (Malleus maleficarum) de deux inquisiteurs Henry Institoris et Jacques Sprenger. Manuel de démonologie. Succès éditorial.

1580 La Démonomanie des sorciers du juriste Jean Bodin. La persécution s’accroît dans toute l’Europe du Nord.

1612 Le Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons du juriste Pierre de Lancre : récit de la chasse aux sorciers au Pays basque et traité de procédure.

1634-1637 La possession des ursulines de Loudun. Le curé Urbain Grandier, qui est accusé de pacte avec le diable, est brûlé vif.

La sorcière de Michelet

Lire aussi

Document de l’époque

Extraits de « Un monde sans fin » de Ken Follett :

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Quelques autres lectures :

18 Messages de forum

  • La persécution des sorcières culmine aux XVIe et XVIIe siècles et coïncide avec la Renaissance, c’est-à-dire le début de l’époque moderne qui est caractérisé par l’humanisme et les débuts de l’imprimerie. Les courants bourgeois, protestant, humaniste, etc, n’ont nullement protégé les femmes... Les grands penseurs humanistes ne s’élevèrent pas contre ce mouvement, à l’exception de Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim qui fut attaqué pour soutien à la sorcellerie.

    Le pasteur allemand Anton Praetorius de l’Église réformée de Jean Calvin édita en 1602 le livre De l’étude approfondie de la sorcellerie et des sorciers (Von Zauberey und Zauberern Gründlicher Bericht) contre la persécution des sorcières et contre la torture. Le jésuite Friedrich Spee von Langenfeld qui a accompagné de nombreuses prétendues sorcières au bûcher publia sous l’anonymat un livre pour les défendre (cautio criminalis), toute sa vie il se battit pour les défendre, et invitait les juristes et tous ceux qui contribuaient à cette chasse, d’assister à une séance de torture au cours des quelles il dit avoir vu blanchir ses cheveux en voyant tant de détresse et de souffrance qu’il ne pouvait soulager. Il les adjurait d’appliquer la constitution caroline de Charles Quint, un système de droit pénal évolué et protecteur des droits des accusés.

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  • Quelques hommes courageux se sont battus contre la diabolisation des femmes et contre les exorcismes religieux face aux névroses

    Lire ici

    Jean Wier

    Anton Praetorius

    Friedrich Spee von Langenfeld

    Montaigne

    Jean Nydault

    Nicolas Malebranche

    Michelet

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  • De quelles activités, les femmes ont été expulsées au profit d’une bourgeoisie par la campagne « contre les sorcières » ?

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  • Les femmes occupaient au Moyen-Age la première place dans toutes les activités liées à la santé et sans nécessairement être des religieuses. Elles étaient non seulement sages-femmes, pourvoyeuses de moyens contraceptifs et d’avortement mais aussi infirmières, pharmacologues, herboristes, fabricantes d’onguents, de parfums, de produits aux plantes, de soins pour les blessés, etc… Les professions qui allaient devenir purement masculines étaient celles de médecin, chirurgien, pharmacien, etc…

    Il faut y rajouter tous les restaurateurs, les proxénètes (même la prostitution était ainsi aux mains des hommes), et surtout tous les travaux artisanaux et marchands dont les femmes sont évincées à la faveur de cette campagne anti-femmes…
    Si la religion a tenu à écarter les femmes, la bourgeoisie masculine est la principale bénéficiaire.

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  • Rosemary Ruether souligne dans New Woman, New Earth : Sexist Ideologies and Human Liberation que « beaucoup d’idées projetées ensuite sur les sorcières, comme les orgies nocturnes et les sacrifices d’enfants, avaient d’abord été dirigées par l’Inquisition contre les hérétiques... L’image du Juif comme étranger démoniaque était semblable de bien des manières à celle de la sorcière... Le Juif était considéré comme un adorateur du diable, équipé de cornes, de griffes et d’une queue, et chevauchant une chèvre satanique. On croyait que le Juif, comme la sorcière, volait l’eucharistie et se livrait à d’autres caricatures blasphématoires des rituels catholiques »

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  • La chasse au sorcière, ce n’est pas du passé. C’est aujourd’hui !!!

    Il existe des régions du monde où l’église chrétienne continue de persécuter des femmes accusées de sorcellerie !!! Il existe également des régions, notamment en Afrique comme au Centrafrique par exemple, où l’Etat continue de condamner des femmes après jugement sur ce même motif. Il existe de nombreux pays où des gens sont assassinés par la population sur cette même accusation !!! Et la religion chrétienne, en continuant à accuser les sorcières, est l’un des responsables de ces crimes !!!

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  • Amnesty International a appelé la Papouasie-Nouvelle-Guinée à cesser les crimes commis contre les femmes soupçonnées de pratiquer la magie noire. Ce n’est pas le seul pays dans lequel les femmes sont victimes de ces croyances ancestrales.

    Cela a servi à justifier le meurtre d’une femme en Papouasie-Nouvelle-Guinée. La victime, prénommée Misila, a été tuée dans une partie reculée de la région des Highlands, d’après Amnesty International. « Le meurtre brutal de Misila met en lumière l’échec patent du gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée à faire cesser la vague d’attaques dirigées contre les personnes accusées de sorcellerie et qui sont principalement des femmes », écrit Kate Schuetze, membre de l’association, dans un communiqué. « Le gouvernement doit agir immédiatement pour s’assurer que les auteurs de ces attaques soient traduits en justice. »

    Les défenseurs des droits de l’homme se démènent depuis longtemps pour que cessent les lynchages de personnes accusées de sorcellerie. Car des cas de magie noire sont régulièrement signalés dans ce pays pauvre de la Mélanésie. En 2013, le meurtre particulièrement brutal d’une jeune femme avait relancé leur campagne de sensibilisation. Kepari Leniata, 20 ans, avait été dénudée, attachée, arrosée d’essence et brûlée vive devant les parents d’un garçon décédé des suites d’une maladie. Après ce meurtre commis en 2013, les autorités avaient annulé une loi de 1971 qui prévoyait que les auteurs d’un crime commis contre des personnes soupçonnées de sorcellerie pouvaient bénéficier de circonstances atténuantes et d’une condamnation allégé.

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  • Dans « Sorcières, sages-femmes et infirmières », Barbara Ehrenreich compare cette chasse aux sorcières - souvent réduite à un épiphénomène - à une véritable « guerre contre les femmes » menée par les classes dirigeantes entre les XIVe et XVIIe siècles, guerre qui a fait des centaines de milliers de victimes. Selon l’écrivain, ces femmes menaçaient alors la structure du pouvoir en place en Occident. Les sages-femmes et les guérisseuses étaient « les seuls médecins généralistes de la population (féminine paysanne), qui n’avait ni docteurs ni hôpitaux et qui souffrait amèrement de la pauvreté et de la maladie ». Elles proposaient une médecine douce à base de plantes à l’opposé de celle, « héroïque », faite de saignées et de lavements. Aujourd’hui, et pour d’autres raisons, propres à chaque culture, plusieurs régions du monde continue de pourchasser leurs prétendues sorcières « mal aimées ».

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  • Nela a 9 ans, les cheveux courts et crépus, de grands yeux noirs. Elle vit dans un orphelinat de Viana, à la périphérie est de Luanda, la capitale de l’Angola.
    Pourtant, ses parents sont bien vivants. Mais ils ne veulent plus la voir. Ils l’ont bannie de leur famille et de leur vie parce qu’ils l’accusent d’être une sorcière.

    La rupture a eu lieu, il y a trois ans. Nela a alors six ans, une petite sœur de deux ans et un frère encore nourrisson. La mère est fragile et rencontre des difficultés. Elle consulte le marabout du village.

    Ce dernier cherche la cause du mal et il la trouve en la personne de Nela et de son frère. Il les accuse de porter en eux de mauvais esprits, d’être le mal. Il traite Nela de « bruxa », c’est-à-dire « sorcière » en portugais.

    « Ma mère m’a accusée d’être une sorcière, elle s’est mise à me battre et elle voulait me tuer parce qu’elle avait parlé avec son marabout. Sur ses conseils, elle a tué mon frère. Elle l’a tué. Ils nous accusaient tous les deux d’être des sorciers alors elle l’a pris, elle l’a noyé et il est mort », raconte Nela d’une toute petite voix.

    Les cas d’enfants accusés de sorcellerie comme Nela sont concentrés dans le nord de l’Angola, à la frontière avec la République démocratique du Congo. Et pour cause, le phénomène est originaire de cette zone, celle du bassin du Congo sur des territoires appartenant à l’aire culturelle Kongo.

    On le retrouve donc également en République démocratique du Congo (RDC) et au Congo-Brazzaville et dans quelques pays voisins, mais de façon plus sporadique.

    Les conflits et déplacements de population, nombreux dans cette zone, ont contribué à diffuser ces pratiques. Toutefois, en Angola comme dans les pays voisins, il est impossible de savoir le nombre d’enfants concernés.

    En avril 2010, un rapport de l’Unicef sur le sujet soulignait que 23.000 enfants étaient contraints de vivre dans les rues de Kinshasa, en raison d’accusations de sorcellerie.

    Toujours selon ce même rapport, ils étaient 423 dans une ville du nord de l’Angola d’après les estimations des autorités locales.

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  • Le Vatican demandera-t-il pardon aux victimes des procès de sorcellerie ?

    Le canton de Glaris a officiellement réhabilité mercredi Anna Göldi, « dernière sorcière d’Europe », 226 ans après sa condamnation par l’Eglise et sa décapitation. La gouvernante avait été jugé Le canton de Glaris a officiellement réhabilité mercredi Anna Göldi, « dernière sorcière d’Europe », 226 ans après sa condamnation par l’Eglise et sa décapitation. La gouvernante avait été jugée pour avoir empoisonné une fillette dont elle avait la garde.

    Après Glaris en 2008, Fribourg vient de blanchir « sa » dernière sorcière, brûlée en 1731. Normal, en ces temps de réhabilitations tous azimuts et très médiatisées : la Suisse détient le record européen de cette chasse particulière.

    Au Moyen Age, quand il s’agissait d’expliquer les catastrophes ou les épidémies, il fallait en punir les responsables, forcément coupables de magie et de pactes avec le diable dirigés contre la chrétienté.

    Pour « faire » une sorcière, il suffisait qu’un comportement rebelle ou marginal attire l’attention, nourrisse la rumeur publique jusqu’à alerter les autorités, lesquelles déclaraient alors la chasse ouverte.

    Deuxième étape : pour condamner une sorcière, il suffisait de lui briser les jambes, de lui arracher les ongles, de lui faire le coup de la baignoire, etc. A la seule vue de ces techniques raffinées, actuellement exposées au Musée de Morat (Fribourg), on a envie d’avouer avoir tué père et mère.

    C’est la torture qui faisait les sorcières. Et le fanatisme religieux.

    Un record, et même un double record. « Fribourg a été le 3e lieu en Europe à exécuter des sorcières, dès 1429. Et une des premières autorités politiques à instruire des procès en sorcellerie sans inquisiteurs religieux », souligne la médiéviste.

    Au départ, c’est l’Eglise la plus orthodoxe, soutenue par le pouvoir laïc, qui s’est mise à poursuivre l’hérésie, puis la magie, au point de créer cette hérésie imaginaire.

    L’Inquisition, poursuit Kathrin Utz Tremp, « avait besoin de cette sorte de ’contre-monde’ dirigé par le diable, même si cela ne correspondait à aucune réalité ». A partir du 16e, et surtout du 17e siècle, ce sont les pouvoirs politiques qui prennent le relais.

    Ils décident que, comme la magie noire, la magie blanche, plus ou moins innocente, repose elle aussi sur un pacte préalable avec le diable. Pour la médiéviste, ce concept se distingue de la sorcellerie actuelle dans le tiers monde, « qui ne repose pas sur une religion et d’où le diable est absent ».

    C’est ainsi que les procès pour hérésie menés par l’Eglise ont débouché sur des procès pour sorcellerie menés par l’Etat laïc, qui a eu besoin de la sorcellerie pour construire son territoire et asseoir sa juridiction, surtout dans les campagnes.

    Au 15e siècle, les procès concernaient une majorité d’hommes qui ne se soumettaient pas à la cathédrale ou à la cité. Là, il y avait une notion politique de révolte.

    A partir du 16e, et surtout du 17e siècle, une fois leur pouvoir bien assis, les autorités se mettent à utiliser la sorcellerie pour assurer l’ordre public et la discipline sociale. « Et c’est là que la grande chasse a commencé », poursuit Kathrin Utz Tremp.

    Cette dernière précise que la répression fit alors entre 70 et 80% de victimes féminines coupables d’être pauvres, célibataires et... femmes, comme la Catillon, exécutée en 1731 à Fribourg.

    L’historienne relève encore que la répression a été beaucoup plus forte en Suisse romande. « L’Eglise a été confrontée à l’hérésie d’un mouvement laïc, les Waldenser, alors qu’il n’y a pas eu d’Inquisition en Suisse orientale, plutôt orientée vers la magie blanche. »

    La religion a toujours joué un rôle prépondérant dans le canton du Valais, et surtout dans celui de Fribourg. « Là, il existait une sorte de contre-histoire qui faisait que l’histoire de ce canton était souvent réactionnaire. C’est pareil pour les persécutions qui partaient d’une orthodoxie très dure, apparue à la fin du 16e siècle avec la contre-réforme. »

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  • Même de grands poètes ont versé dans la haine des sorcières !!!!

    En 1550, Ronsard, le Prince des poètes, se déchaîne contre une "vieille sorcière" du Vendômois, et regrette que le bourreau se soit contenté de la fouetter.

    Puisse-t-elle mourir bientôt !

    Et que ses os diffamez (és)

    Privez(és) d’honneur de sépulture

    Soient des corbeaux goulus pasture (pâtures)

    Et des chiens affamez (és)

    Les forces mauvaises de la nature lui obéissent.

    Au seul soupir de ton haleine

    Les chiens effrayez (és) par la plaine,

    Aiguisent leurs abois,

    Du Bellay, accuse de même une autre vieille femme :

    Par toy (toi) les vignes sont gelées,

    Par toy (toi) les plaines sont greslées (grêlées)

    Par toy (toi) les arbres se démentent (renversent)

    Par toy (toi) les laboureurs lamentent

    Leurs bledz (blés) perdus, et par toy (toi) pleurent

    Les bergers leurs troupeaux qui meurent.

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  • En 1326, Jean XXII rédigea la bulle "Super Illius Specula" ; la sorcellerie est désormais assimilée à une hérésie, les inquisiteurs pouvaient enfin la poursuivre.
    Confirmé par les bulles de 1585 et 1623.

    En 1484, Innocent VIII, reconnaît la réalité des pratiques magiques.

    En 1521, Léon X proteste avec menace d’excommunication et d’interdit, auprès du sénat de Venise qui contrecarre l’action des inquisiteurs de Brescia et de Bergame.
    Adrien VI ordonne aux inquisiteurs de Crémone et de Côme de poursuivre la sorcellerie avec sévérité.

    Dans les diocèses de Cologne, Trèves, Cambrai, Malines, Tournai, Anvers, Namur, Metz et Liège, 17 conciles, tenus entre 1536 et 1643, avaient appelé à la répression de la sorcellerie.

    L’archevêque de Trèves fit brûler, entre 1587 et 1593 et ceci dans 22 villages, 368 "sorcières".

    A Wurzburg en Allemagne, le Prince Evêque Philippe Adolf von Ehrenberg qui régna de 1623 à 1631, fit brûler 900 "sorcières".

    A Bamburg en Allemagne, l’évêque Gottfried Johan Georg II Fuchs von Dornhem, qui regna de 1623 à 1630, fit brûler au moins 600 "sorcières", ce qui lui valut le surnom de "l’évêque des sorcières"

    Les autorités protestantes firent de même. Aux Provinces-Unies, entre 1580 et 1620, 15 synodes condamnèrent et excommunièrent les sorciers.

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  • Le tournant de la chasse aux sorcières se fait en 1550. Là, le nombre de procès augmente significativement, les accusations de sorcellerie se démocratisent et surtout, se féminisent. L’accusation devient une arme sexiste contre les femmes qui "remettaient en cause la vision patriarcale de la femme idéale", écrit Alison Rowlands.

    "Avec un taux plausible de 48% des condamnations à mort sur 110.000 procès recensés en Europe (hors lynchages), les juges laïques font exécuter environ 60.000 à 70.000 sorcières et sorciers – 7 à 8 femmes sur 10 condamnés (Levack, 2001)", lit-on dans "Présumées coupables" (éd. Iconoclaste, 2017).

    Maxime Gelly - Perbellini ajoute :

    "La question de la sorcière embrasse celle des stéréotypes que l’on véhicule sur les femmes et plus globalement sur les personnes à la marge. Ces stéréotypes peuvent se rapprocher de ce qu’on dit sur les juifs ou les errants, par exemple."

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  • Et en Angleterre ? Le pouvoir a joué à la chasse aux sorcières ?

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  • Jacques 1er d’Angleterre a, lui-même, encouragé les procès de sorcières avant de changer d’avis… Il assiste au procès des sorcières de North Berwick, la première persécution importante en Écosse depuis le Witchcraft Acts de 1563. Plusieurs personnes, dont la plus connue, Agnes Sampson étaient convaincues de sorcellerie et d’avoir provoqué des tempêtes contre les navires du roi. Jacques devint obsédé par ces menaces et écrivit même le Daemonologie, traité de démonologie opposé aux pratiques de sorcellerie et qui a pu servir de matériaux à la tragédie de Shakespeare Macbeth. Jacques a personnellement supervisé des séances de torture sur des femmes accusées de sorcellerie. Après 1599, il devint plus sceptique et plus tard écrivit à son fils, le prince Henri le félicitant de suivre également cette voie et l’encourageant à faire preuve de prudence face à de fausses accusations qui ne reposent que sur des illusions.

    Voir ici par exemple

    Et ici encore

    On peut lire aussi ceci

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  • Pourquoi parler seulement de sorcières brûlées et pas de sorciers ?

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  • L’explication est là : ce sont essentiellement des femmes qui ont été condamnées au bûcher !

    « L’unique médecin du peuple, pendant mille ans, fut la Sorcière… »

    Sprenger dit (avant 1500) : « Il faut dire l’hérésie des sorcières, et non des sorciers ; ceux-ci sont peu de chose. » — Et un autre sous Louis XIII : « Pour un sorcier, dix mille sorcières. »

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    Wier s’apitoie sur les sorcières ; il les appelle pauvresses, petites vieilles, petites femmes malheureuses (misellae, anicalae, mulierculae, vetulae), et il apostrophe vigoureusement, avec une indignation généreuse, leurs juges, qu’il appelle bourreaux.

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