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Même à propos de l’Allemagne, le groupe français Lutte Ouvrière s’interdit de critiquer les syndicats dans un éditorial

jeudi 3 octobre 2013, par Robert Paris

Si la classe ouvrière allemande a vu ses dernières années ses conditions d’existence empirer considérablement sous des gouvernements de gauche comme de droite, il semble que les syndicats n’y soient pour rien puisque l’éditorial sur ce thème ne discute même pas des syndicats. Faut-il se contenter de dire que c’est une guerre de classe que mènent les gouvernements bourgeois sans expliquer comment cette même guerre est menée du côté de la classe ouvrière. Oui,la gauche de Schröder a attaqué la classe ouvrière mais que faisaient les syndicats allemands. Il semble pourtant qu’on nous dise que c’est un pays avec une bourgeoisie entreprenante et des syndicats forts… Alors, pourquoi un tel silence ?

Or, il s’avère que Schröder avait un soutien de poids pour mener sa réforme antiouvrière en la personne de Hartz, membre à la fois du parti social-démocrate et de la direction des syndicats…

La réforme Hartz s’est attaquée aux chômeurs : lire ici Et, que ce soit avec au gouvernement la droite de Merkel comme avec la gauche de Schröder, ce qui serait utile de discuter ce n’est pas seulement sur le fait que la gauche vaut la droite mais c’est la manière dont les travailleurs se font mener par leurs bureaucrates syndicaux (les grèves de 24 heures par exemple ou encore l’isolement des travailleurs d’OPEL-Bochum dont l’entreprise est fermée par le patron) afin de le combattre. Et même c’est le fait que la gauche s’est d’abord servie de sa proximité par rapport à l’appareil syndical pour faire passer des attaques dont la droite a pu prendre la suite. Mais telle n’est pas le propos de l’organisation française Lutte Ouvrière dont voici l’éditorial et qui, on le verra, ne tient nullement à démasquer ce lien entre gauche bourgeoise et appareil syndical :

Allemagne : il n’y a pas de miracle mais une guerre de classe Dimanche dernier, Angela Merkel a emporté les élections législatives haut la main. Alors que la crise a renversé les majorités dans toute l’Europe, la réélection de Merkel pour un troisième mandat fait figure d’exception.

Une exception qu’on nous explique par le prétendu miracle économique allemand. L’Allemagne aurait traversé la crise « sans encombre », disent les uns, quand d’autres prétendent que le pays en est sorti plus fort qu’il n’y est entré. Du point du vue de la bourgeoisie, il n’y a pas de doute : elle a profité de la crise. Elle a restructuré, rentabilisé et gagné en compétitivité. Et elle l’a fait de la seule façon possible : contre les travailleurs.

Le chômage partiel et les baisses de salaire ont été systématisés. Quand les commandes baissaient de 20 %, les salaires baissaient de 20 %. Les primes, les horaires, les effectifs ont été adaptés aux besoins patronaux. Les salariés ont servi d’amortisseur. Comment les ouvriers faisaient-ils pour vivre avec un salaire amputé ? Ceux qui ont vanté la « réussite allemande » ne s’y sont pas intéressés.

Le grand patronat ne s’est pas gêné pour fermer des usines et licencier. Rien que dans une ville de la Ruhr, à Bochum, Nokia a fermé son usine et Opel va fermer la sienne, mettant pas loin de 7 000 travailleurs sur le carreau, sans compter les milliers de sous-traitants. La seule faillite de la chaîne de magasins Schlecker a fait 25 000 licenciements.

Quant à affirmer que l’Allemagne a « éradiqué le chômage de masse », c’est un mensonge révoltant. Il y a toujours 3 millions de chômeurs. Et, surtout, ce chiffre cache 8 millions de travailleurs pauvres. Certains d’entre eux doivent se contenter de quelques heures de travail par semaine pour un maximum de 450 euros par mois, quand d’autres sont contraints de faire des travaux d’intérêt général payés 1 euro de l’heure. Ils ne sont pas comptabilisés comme chômeurs, mais ils cherchent bel et bien un emploi et un salaire dignes de ce nom. Il n’y a pas de miracle. Des centaines de milliers d’ouvriers licenciés ont, par exemple, été réembauchés en intérim dans la même entreprise, au même poste et avec les mêmes horaires, mais avec 500, 600, voire 900 euros en moins sur la feuille de paye. Alors, oui, cela laisse une bonne marge pour le patron.

Sans doute vaut-il mieux être pauvre et chômeur en Allemagne qu’en Pologne, en Roumanie ou en Grèce. C’est peut-être ce que se sont dit certains des électeurs de Merkel. Et puis, quelles raisons les travailleurs allemands avaient-ils de préférer le Parti social-démocrate, le SPD, à la CDU, le parti de Merkel ?

Quand ils sont au pouvoir, rien ne différencie la politique du SPD et celle de la CDU. Les deux partis ont d’ailleurs gouverné ensemble de 2005 à 2009, et ils sont prêts à le faire de nouveau.

Sans compter que beaucoup, parmi les ouvriers et les plus pauvres, ne pardonnent pas la politique qu’a menée le SPD quand Schröder était chancelier, dans les années 2000. Avec les lois Hartz, il a attaqué avec une brutalité inouïe les droits des salariés : baisse des allocations chômage, baisse des droits à la retraite, généralisation des petits boulots, flexibilité des salaires...

En Allemagne, c’est la gauche, le SPD, qui a fait le sale boulot contre les travailleurs, au point que Merkel n’a plus eu grand-chose à faire, si ce n’est féliciter le courage de Schröder.

Oui, ce qui se passe en Allemagne doit nous servir de leçon. L’Allemagne bat des records d’inégalités. De plus en plus de travailleurs en sont à cumuler deux, trois petits boulots pour vivre. Des retraités doivent se remettre à travailler à 65, 67 ans.

L’espérance de vie régresse dans certaines régions. Voilà ce que les défenseurs du capitalisme appellent une « réussite ». Voilà ce qu’est pour eux un pays prospère et compétitif !

Tous les politiciens, de gauche comme de droite, qui donnent la priorité à la compétitivité, à la rentabilité des capitaux, en nous expliquant que cela ira mieux pour tout le monde, sont des menteurs. L’Allemagne nous en donne la preuve. Le marché, la concurrence, les lois du capitalisme conduisent à sacrifier les travailleurs sur l’autel de la compétitivité, même dans les pays qui s’en sortent le mieux. Les intérêts patronaux et les intérêts des travailleurs sont incompatibles. Les travailleurs ne pourront se défendre efficacement qu’en en étant convaincus. C’est leur compétitivité, ou nos emplois. C’est leurs profits, ou nos salaires. C’est leurs privilèges, ou nos retraites. C’est eux, ou c’est nous !

Éditorial des bulletins d’entreprise Lutte Ouvrière du 23 septembre 2013

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