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Espagne - Le soutien populaire à la monarchie s’effondre

jeudi 20 février 2014, par Robert Paris

Le soutien populaire à la monarchie s’effondre

Par Alejandro Lopez

D’après des sondages récents, près des deux tiers de la population espagnole sont favorables à l’abdication du roi Juan Carlos. Un sondage du quotidien El Mundo montre que, pour la première fois, moins de la moitié des Espagnols (49,9 pour cent) veulent que l’Espagne reste une monarchie constitutionnelle – une baisse de 4 pour cent par rapport à l’an dernier. Près de 70 pour cent disent qu’ils pensent que le roi ne sera pas en mesure de restaurer le prestige de la monarchie.

Ce record vers le bas du soutien à Juan Carlos et la monarchie en tant qu’institution indique que la légitimité de l’un des piliers essentiels de l’ordre capitaliste post-Franco est en train de s’effondrer. Des changements révolutionnaires sont à l’horizon.

Juan Carlos doit sa position de chef de l’état au dictateur fasciste, le général Francisco Franco. Son grand-père, le roi Alfonso XIII, a été contraint à l’exile après le début de la Révolution espagnole et la chute de la dictature du général Miguel Primo de Rivera (1923-1930), à laquelle Alfonso était étroitement associé.

La seconde république, proclamée en 1931, a introduit de modestes mesures démocratiques, mais même celles-ci menaçaient l’existence de la propriété privée capitaliste. La classe dirigeante espagnole a réagi en conspirant pour la faire tomber, ce qui a culminé dans le coup d’état du 18 juillet 1936. Le régime fasciste victorieux a rétabli la monarchie en Espagne en 1947, et Franco a officiellement désigné Juan Carlos comme son héritier en 1969, surveillant de près sa formation.

Lorsque Franco est mort en 1975, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et le Parti communiste (PCE) se sont mis d’accord avec des parties du Mouvement national fasciste faire en sorte que Juan Carlos reste sur le trône. Ils ont travaillé ensemble pour ressusciter la monarchie discréditée et empêcher un règlement de comptes révolutionnaire avec le fascisme durant la transition vers la démocratie.

Le PCE et son organisation syndicale, les Commissions ouvrières (Comisiones Obreras, CCOO), qui avaient une grande influence dans la classe ouvrière, ont oeuvré pour démobiliser les sentiments révolutionnaires de la classe ouvrière en échange de concessions limitées établies dans les accords de Moncloa en 1978 et le Statut des travailleurs. Le monarque nouvellement installé, Juan Carlos, était déclaré « inviolable » et « ne pouvant faire l’objet d’aucune responsabilité » - des garanties figurent aux articles 56 et 64 de la constitution actuelle.

Quelques années seulement après la transition, le 23 février 1981, des sections de l’armée ont tenté un coup d’état, durant lequel le Congrès et le cabinet ont été retenus en otage pendant 18 heures. Il a échoué, mais un mythe s’est propagé selon lequel Juan Carlos serait personnellement intervenu pour l’empêcher. Pendant plus de 30 ans, tous les principaux partis politiques, les syndicats, les médias, les livres scolaires et un certain nombre d’historiens ont insisté sur l’idée que Juan Carlos « a[vait] apporté la démocratie » en Espagne et « l’a[vait] sauvée. »

En février 2012, le magazine allemand Der Spiegel a publié le communiqué 524, envoyé par l’ambassadeur d’Allemagne de l’époque en Espagne, il révèle la « compréhension sinon la sympathie » de Juan Carlos pour les organisateurs du coup. L’historien Julian Casanova a décrit ces révélations comme « extraordinairement importantes » parce qu’« elles sont la seule preuve écrite à l’heure actuelle que Juan Carlos aurait pu être secrètement nostalgique du genre de pouvoir militaire que Franco lui avait appris à apprécier. »

En avril 2012, deux mois après ces révélations, le roi a été photographié à la chasse aux côtés d’un éléphant abattu au cours d’un safari au Botswana à 8000 euros la journée – réfutant l’histoire officielle selon laquelle il se serait cassé la hanche en tombant dans son bureau au cours d’une dure journée de travail. L’épisode a exposé les mensonges selon lesquels tout le monde « faisait des efforts » suite aux politiques d’austérité imposées après la crise économique de 2008.

Le roi a également été affecté par l’affaire de corruption Noos qui implique sa fille, la princesse Christina Federica de Bourbon. Son mari, Inaki Urdangarin, est accusé avec un ancien partenaire en affaires, Diego Torres, d’évasion fiscale et d’avoir caché de l’argent dans des comptes à l’étranger et des entreprises familiales, dont l’agence immobilière Aizoon, dont son épouse est copropriétaire.

Les avocats de la défense menés par Miquel Roca – l’un des architectes de la Constitution de 1978 – affirment que Christina n’avait aucune connaissance de ces arrangements et que Urdangarin est le seul responsable.

La semaine dernière, la princesse a été formellement appelée à témoigner dans cette affaire. Le juge Josè Castro a noté qu’elle avait dépensé près de 700 000 euros appartenant à Aizoon pour de la vaisselle, des voyages, des leçons de danse privées et la décoration d’un manoir à Barcelone.

Cette affaire nuit à la monarchie au point que toutes les institutions étatiques sont intervenues pour tenter de protéger la princesse.

En avril dernier, le tribunal provincial de Palma de Majorque a bloqué une tentative de Castro de convoquer la princesse, argumentant qu’il n’y avait aucune base légale pour convoquer une fille du Roi d’Espagne devant les tribunaux. En novembre, le ministère du budget a envoyé au juge un rapport sur Aizoon affirmant que la somme qu’elle devait n’était que de 281 109 euros sur quatre ans et donc sous le seuil des poursuites pénales. En décembre, le procureur chargé des affaires de corruption Pedro Horrach a publié un document écrit où il écrit qu’il « ne voit aucun élément pour impliquer Christina de Bourbon. » la Maison du Roi a également fait pression sur Castro, en demandant qu’il mette « un terme bien venu » à sa procédure.

Le rôle de la monarchie est si important comme « ciment » politique qui fait tenir l’état espagnol que le Centre de recherche sociologique (CIS), une institution à financement public, a cessé de poser des questions sur la popularité du roi dans ses sondages réguliers une fois que la popularité du roi est tombée en-dessous de 5 sur 10 en 2011. Après beaucoup de pressions, le CIS a reposé cette question dans son sondage de mai 2013, pour découvrir que sa popularité s’était effondrée à 3,7 sur 10. Depuis lors, la questions a à nouveau disparu du questionnaire.

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