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Qu’étaient les procès de Moscou de 1935 à 1938 ?

lundi 17 mars 2014, par Robert Paris

Les têtes qui tombent sont celles des révolutionnaires communistes du parti bolchevik, pas celles d’adversaires de la révolution

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8 Messages de forum

  • L’odieux procès de Moscou

    Marcel Valière

    Octobre 1917… La phalange bolchévique, forgée par vingt années d’activité légale et illégale, trempée au cours de deux révolutions sous la direction incontestée de Lénine et de Trotski, mène à la victoire la troisième révolution. Quarante-six ans après l’écrasement du prolétariat parisien, le prolétariat russe, s’appuyant sur la paysannerie, venge la Commune de Paris et nettoie les écuries d’Augias du tsarisme. De 1917 à 1921, les cadres bolchéviks accomplissent une tâche presque surhumaine, luttant contre le Russes blancs, les Alliés, la désorganisation consécutive à la guerre impérialiste et à la guerre civile, contre la famine. Zinoviev, Kamenev, Ivan Smirnov, Rakovski, Rykov, Boukharine, Tomski, Staline, Piatakov, Sokolnikov, Sverdlov, Evdokimov, Mratchkovski, - ce qu’on a appelé "la vieille garde" - sont les artisans infatigables du triomphe de la cause des Soviets.

    Aujourd’hui, dix-neuf ans après les "dix jours qui ébranlèrent le monde", Lénine est mort depuis treize ans. Trotsky, privé de nationalité soviétique, est banni depuis de longues années. Zinoviev, Kamenev, Ivan Smirnov, Evdokimov, Mratchkovski ont été fusillés en août dernier. Tomski s’est suicidé. Piatakov, Mouralov, Sérébriakov, condamnés à mort au cours d’un second procès, viennent d’être exécutés. Sokolonikov, Radek, condamnés à dix ans de travaux forcés, ont provisoirement la vie sauve. Rykov, Boukharine et quelques autres prévus pour une troisième charretée. Des sept membres du bureau politique qui dirigea la Révolution d’octobre, un seul reste : Staline. Les autres ? Eliminés par la mort, l’exil, le suicide, l’exécution ou l’emprisonnement.

    A qui fera-t-on croire que les condamnés ont commis les crimes dont ils étaient accusés ? Crimes monstrueux et invraisemblables ! Quel militant honnête, ayant conservé intact son esprit critique, au courant de l’évolution de l’U.R.S.S. depuis la mort de Lénine, ne cédant pas à la passion partisane, doutera un instant de l’innocence des fusillés de Moscou ou de leur immolation plus ou moins volontaire aux nécessités de la politique intérieure et extérieure de la bureaucratie stalinienne ?

    Zinoviev, collaborateur inséparable de Lénine depuis 1907, président du Soviet de Leningrad pendant huit années, fondateur et premier président de l’Internationale Communiste, serait devenu un “terroriste” et aurait trempé dans l’assassinat de Kirov ? Allons donc !

    Kamenev, président du Soviet de Moscou, du Conseil du Travail et de la Défense, légataire universel de Lénine, vice-président du Conseil des Commissaires du peuple, “terroriste”, lui aussi ? Pas davantage !

    Et Ivan Smirnov, un des fondateurs du parti et de l’Armée rouge, celui qui, avec Trotsky, sauva à la bataille de Sviajsk la République naissante, le dirigeant de l’armée qui écrasa Koltchak, “le Lénine de la Sibérie”, comme il fut surnommé, par quelle aberration inimaginable aurait-il été complice dans l’assassinat de Kirov ? Et comment aurait-il pu l’être puisqu’il fut jeté en prison par Staline dès 1932 et que la mort de Kirov date de décembre 1934 ?

    Si nous nous penchons sur le procès qui vient de se clore, comment croire que Piatakov, un des fondateurs de la République des Soviets d’Ukraine ; Sokolnikov, membre du Comité central bolchévik qui fit la Révolution d’Octobre, Radek, le compagnon de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg, ont pu, comme le déclare l’accusation, se livrer à des tentatives d’assassinat sur des dirigeants soviétiques, à des actes de sabotage et de destruction des usines, à l’espionnage au service de pays étrangers, tout cela en vue de rétablir le capitalisme en Russie et de céder à Hitler une portion du territoire soviétique ?

    II y a, je sais, les aveux des accusés : leurs aveux stéréotypes, leur acharnement à se déshonorer et à se flétrir, leurs confessions frénétiques, leur surenchère macabre. Cette attitude étrange surprend et déconcerte les plus sceptiques.

    Mais j’invite ceux que ces aveux “volontaires” ébranlent à se procurer les ouvrages suivants : Dossier des fusilleurs [1] : 16 fusillés [2], par Victor Serge ; Livre rouge sur le Procès de Moscou [3], par L. Sédov ; De Lénine à Staline [4], par Victor Serge.

    Ils y trouveront démonté et dénoncé le mécanisme de ces aveux et comprendront la signification de ces bouffonneries sanglantes.

    D’ailleurs, les preuves accompagnent-elles les aveux ? En aucune façon. Aucun document, aucun fait venant, de façon irréfutable, soutenir la thèse de l’accusation. Lorsque par hasard un accusé fournit une indication précise, elle est fabriquée de toute pièce. Deux, exemples seulement. Au procès d’août 1936, Goltzman affirme avoir rencontré le fils de Trotsky en 1932, à Copenhague, à l’hôtel Bristol. Il s’agissait de préparer un attentat terroriste. Malheureusement, l’hôtel Bristol de Copenhague n’existe plus depuis 1917 et l’édifice même a été détruit ! Au procès de janvier, Piatakov affirme être allé en décembre 1935 de Berlin à Oslo en avion pour rencontrer Trotsky, toujours pour des fins terroristes. Démenti officiel venant de Norvège : de décembre 1935, aucun avion venant de Berlin n’a atterri à Oslo. Alors ?

    D’autre part, pourquoi cette précipitation ? Pourquoi ce refus d’accorder le visa à divers avocats français désireux d’assister aux débats, dont André Philip, qui : n’est pourtant pas “trotskyste” ? Pourquoi les garanties accordées aux socialistes révolutionnaires lors du procès de 1922, de véritables terroristes ceux-là, puisqu’ils avaient tué Ouritski, Volodarski et blessé Lénine, ont-elles été refusées en 1936 et 1937 aux meilleurs compagnons de Lénine ? Ce que la Révolution encore débile, encore mal assurée, avait accordé, le pays où a “définitivement ”triomphé“ le socialisme”, le pays qui jouit désormais de la constitution “la plus démocratique du monde” l’a refusé ! Rapprochement riche de signification.

    Les ouvriers de la première heure, les meilleurs artisans d’Octobre disparaissent tour à tour assassinés par la justice stalinienne qui se révèle aussi barbare et plus hypocrite que la justice hitlérienne.

    Et la classe ouvrière internationale, qui sut réagir énergiquement lors de l’exécution de Francisco Ferrer avant la guerre, lors de celle de Sacco et Vanzetti plus récemment, et après le triomphe d’Hitler lors du procès du Reichstag et l’emprisonnement de Thaelmann, se tait devant les assassinats perpétrés par Staline, devant l’extermination des cadres vieux-bolchéviks.

    Aveugles ceux oui ne voient pas que la bureaucratie stalinienne tourne le dos au léninisme, liquide à grande allure l’héritage d’Octobre et se débarrasse dans ce but en premier lieu de tous ceux qui, en dépit de capitulations et d’abdications répétées, la mènent encore. Le thermidor russe est désormais consommé et Staline, fossoyeur de la Révolution soviétique et de la Révolution internationale, déshonore le socialisme en présentant comme tel un régime qui n’en est qu’une infâme caricature. Les véritables restaurateurs du capitalisme en U.R.S.S., ce ne sont pas Piatakov, Mouralov..., fusillés dans une cave de la Guépéou, mais Staline et ses amis qui trônent au Kremlin. Qui a rétabli l’héritage ? Qui a accru dans des proportions inconnues même du tsarisme les écarts entre les salaires ? Qui exige le conformisme le plus absolu ? Le stalinisme. Et qui, sur le plan international, après avoir mené la révolution chinoise à la défaite, le prolétariat allemand à la capitulation sans combat, tente de freiner le mouvement révolutionnaire espagnol et calomnie bassement les éléments ouvriers d’Espagne restés fidèles à la tradition léniniste ? Le stalinisme encore.

    II est temps, grand temps que les yeux s’ouvrent et que l’action qui s’impose d’urgence pour faire la lumière, pour empêcher de nouvelles exécutions, pour stigmatiser Caïn, pour réhabiliter les fusillés de Moscou, soit entreprise par les organisations qui se réclament de l’émancipation du prolétariat, par les syndicats en premier lieu.

    Il faut que tous ceux qui ont le souci de la vérité, le respect de la dignité humaine, tous ceux qui ne veulent pas que les crimes de Staline aboutissent à déshonorer la Révolution soviétique en déshonorant ceux qui en furent les meilleurs artisans se dressent, se concertent, s’unissent pour réclamer et imposer une Commission d’enquête ouvrière internationale.

    Notes

    [1] 8 fr. : Les Humbles, 229, rue de Tolbiac, Paris (XIII°).

    [2] 2 fr. : Spartacus, 140, Boulevard Saint-Germain, Paris.

    [3] 4 fr. : Editions populaires, 15, Passage Dubail, Paris (X°).

    [4] 10 fr. : Le Crapouillot, 3, Place de la Sorbonne, Paris.

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  • « Une des questions qui ont le plus embarrassé les hommes qui ont vécu les évènements de 1937 : pourquoi tous ces scénarios ? Oui, pourquoi, lorsqu’on a exterminé tous ces êtres innocents et dévoués à la Révolution, a-t-on monté les scénarios les plus circonstanciés, mensongers du commencement jusqu’à la fin, de leur participation à des complots imaginaires, à des complots qui n’ont jamais existé ? Pourquoi avoir fait cela ? Des millions d’hommes se sont posé des millions de fois cette question. »

    Vassili Grossman dans « Tout passe »

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  • Staline n’avait pas prévu les conséquences du premier procès. Il espérait que l’affaire se bornerait à l’extermination de quelques-uns de ceux de ses ennemis qu’il haïssait le plus - avant tout Zinoviev et Kaménev, dont la suppression avait été machinée pendant dix années. Mais il avait mal calculé : la bureaucratie fut horrifiée et terrifiée. Pour la première fois, elle voyait en Staline non le premier parmi des égaux, mais un despote asiatique, un tyran, Gengis Khan, comme Boukharine l’avait un jour appelé. Staline commença à craindre de perdre sa condition spéciale d’autorité suprême auprès des anciens de la bureaucratie soviétique. Il ne pouvait effacer les souvenirs qu’ils avaient de lui, ne pouvait les soumettre à l’hypnose de son rôle de super-arbitre où il s’était hissé lui-même. La crainte et l’horreur grandissaient parallèlement avec le nombre de vies atteintes, l’étendue des intérêts menacés. Personne parmi ces anciens ne pouvait croire à l’accusation. L’effet produit n’était pas ce qu’il avait espéré. Il lui fallait aller au-delà de ses intentions premières.

    C’est durant la préparation des épurations massives de 1936 que Staline proposa le projet d’une nouvelle Constitution, « la plus démocratique du monde ». Les Duranty et les Louis Fischer chantèrent bruyamment la louange de la nouvelle ère démocratique. Le but de ce tapage éhonté autour de la Constitution stalinienne était de gagner la faveur de l’opinion démocratique à travers le monde, et puis, sur ce fond propice, écraser toute opposition à Staline comme agence fasciste. Il est caractéristique que par myopie intellectuelle Staline se soit préoccupé davantage de sa vengeance personnelle que d’éloigner la menace que le fascisme faisait peser sur l’Union soviétique et sur les travailleurs du monde. Tandis qu’elle préparait « la constitution la plus démocratique », la bureaucratie s’affairait en une série de banquets où l’on bavardait interminablement « sur la vie nouvelle et joyeuse ». A ces banquets, Staline était photographié au milieu d’ouvriers et d’ouvrières, un enfant sur ses genoux. Son ego malade avait besoin de ce baume. « Il est clair, observai-je alors, que quelque chose d’effrayant se prépare. » D’autres hommes connaissant bien la mécanique du Kremlin étaient aussi inquiets que moi au sujet de cet accès de cordialité et de décence de Staline.

    Un certain type de correspondant de Moscou répète que l’Union soviétique sortit des épurations plus monolithique que jamais. Ces messieurs célébraient la louange du monolithisme stalinien déjà avant les épurations. Néanmoins, il est difficile de comprendre comment une personne ayant toute sa raison peut croire qu’on ait pu prouver que les représentants les plus importants du gouvernement et du parti, du corps diplomatique et de l’armée, étaient des agents de l’étranger sans voir en cela les signes annonciateurs d’un mécontentement profond à l’égard du régime. Les épurations furent la manifestation d’une grave maladie. L’élimination des symptômes ne peut être considérée comme un traitement. Nous avons un précédent dans le régime autocratique du gouvernement tsariste qui arrêta, durant la guerre, le ministre de la guerre Soukhomlinov sous l’accusation de trahison. Les diplomates alliés firent alors observer à Sazonov : « Votre gouvernement est fort puisqu’il ose arrêter son propre ministre de la guerre en temps de guerre. » En fait, ce gouvernement fort était à la veille de l’effondrement. Le gouvernement soviétique, lui, non seulement arrêta et exécuta son ministre de la guerre Toukhatchevsky, mais il fit bien davantage : il extermina l’état­-major tout entier de l’armée, de la marine et de l’aviation. Aidée par des correspondants étrangers complaisants, la propagande stalinienne a pu tromper systématiquement l’opinion publique dans le monde entier sur la situation réelle dans l’Union soviétique.

    Par ces monstrueux procès, Staline a prouvé bien plus qu’il ne le voulait ; ou, plus exactement, il a échoué à prouver ce qu’il avait résolu de prouver. Il ne réussit qu’à révéler son laboratoire secret ; il contraignit cent cinquante hommes à confesser des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Mais la totalité de ces confessions devint la propre confession de Staline.

    Dans l’espace de deux années, Staline a fait exécuter tous les adjoints et associés de Vorochilov, ses collaborateurs les plus proches, ses hommes de confiance. Que faut-il en déduire ? Est-il possible que Vorochilov ait commencé à manifester des velléités d’indépendance dans son attitude à l’égard de Staline ? Il est plus vraisemblable que Vorochilov fut poussé par des hommes très proches de lui. La machine militaire est très exigeante et très vorace, et elle ne supporte pas aisément les limitations que veulent lui imposer des politiciens, des civils. Prévoyant la possibilité de conflits avec cette puissante machine dans l’avenir, Staline décida de prendre le pas sur Vorochilov avant que celui-ci ait commencé à échapper à son contrôle. Au moyen de la Guépéou, c’est-à-dire par léjov, Staline prépara l’extermination des collaborateurs intimes de VorochiIlov derrière son dos et sans qu’il s’en doutât, et cette préparation achevée, il le mit devant la nécessité de choisir. Pris ainsi au piège tendu par la crainte et la déloyauté de Staline, Vorochilov coopéra tacitement à l’extermination de l’élite du commandement. Il était voué désormais à l’impuissance, incapable de jamais se dresser contre Staline.

    Staline est passé maître dans l’art de s’attacher un homme, non en gagnant son admiration, mais en l’obligeant à devenir son complice dans des crimes odieux et impardonnables. Telles sont les pierres de la pyramide dont Staline est le sommet.

    Léon Trotsky

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  • Soljenitsyne dans « Le premier cercle », parlant des procès de Moscou :

    « On avait affiché un journal et il lut que Kirov avait été tué. Et tout d’un coup, comme une lueur aveuglante, il lui apparut que c’était Staline qui avait fait tuer Kirov et personne d’autre. Parce qu’il était le seul qui profiterait de sa mort ! Un sentiment de poignante solitude l’étreignit : les adultes entassés auprès de lui ne comprenaient pas cette simple vérité.

    Et puis les mêmes vieux bolcheviks qui avaient fait toute la révolution et qui n’avaient vécu que pour elle, commencèrent par douzaines et par centaines à disparaître dans le néant. Certains, sans attendre d’être arrêtés, avalaient du poison chez eux, d’autres se pendaient dans leur maison de campagne. Mais le plus souvent ils se laissaient arrêter, ils comparaissaient devant le tribunal et, de façon inexplicable, avouaient, se condamnaient ouvertement en se couvrant de tous les péchés et reconnaissaient avoir servi dans toutes les agences de renseignements étrangères du monde. C’était si exagéré, si invraisemblable, si gros, que seule une oreille de pierre pouvait ne pas entendre ce mensonge.

    Est-ce que les gens vraiment n’entendaient pas ? Les écrivains russes qui osaient se proclamer les héritiers spirituels de Pouchkine et de Tolstoï rédigeaient en l’honneur du tyran des louanges écoeurantes. Les compositeurs russes, formés au conservatoire de la rue Herzen, déposaient devant son piédestal leurs hymnes serviles.

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  • Après une violente attaque contre Trotsky, Vychinski fit l’historique des multiples reniements, abjurations et promesses non tenues de Zinoviev, Kamenev et des principaux accusés.
    Il condamna sévèrement ces « chiens enragés du capitalisme qui ont essayé d’arracher, l’un après l’autre, les éléments les meilleurs de notre terre soviétique », « ...les vils aventuriers qui ont tenté de piétiner avec leurs sales pieds les fleurs les plus parfumées de notre jardin socialiste...
    ces menteurs et ces histrions, ces pygmées misérables, ces roquets et ces toutous se ruant sur l’éléphant... »
    Il termina son réquisitoire en affirmant :
    « Une fin triste, infâme, attend ces gens qui étaient jadis dans nos rangs, mais ne se
    distinguèrent jamais, ni par leur fermeté, ni par leur dévouement à la cause du socialisme.
    Nous avons devant nous des criminels dangereux, invétérés, cruels, impitoyables à l’égard de notre peuple, de nos idéaux, de nos dirigeants, des travailleurs du monde entier.
    On ne peut épargner l’ennemi perfide.
    Le peuple entier se dresse, frémit, s’indigne.
    Moi, en tant que représentant de l’accusation d’État, je joins ma voix à ce grondement de millions de voix, à l’indignation des hommes soviétiques et des travailleurs du monde entier, ma voix indignée d’accusateur d’État.
    J’exige que ces chiens enragés soient fusillés, tous, sans exception ! »

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  • CAMARADES,

    En notre simple qualité d’intellectuels, nous déclarons que nous tenons le verdict de Moscou et son exécution pour abominables et inexpiables.

    Nous nions formellement avec vous le bien-fondé de l’accusation, que les antécédents des accusés dispensent même d’examiner en dépit des prétendus « aveux » de la plupart d’entre eux. Nous tenons la mise en scène du procès de Moscou pour une abjecte entreprise de police, qui dépasse de loin en envergure et en portée celle qui aboutit au procès dit des « incendiaires du Reichstag ». Nous pensons que de telles entreprises déshonorent à jamais un régime.

    Nous nous associons, sinon à l’ensemble de ses appréciations politiques, du moins aux conclusions lucides de l’article d’Otto Bauer formulées avant-hier dans Le Populaire : « Ce qui s’est passé à Moscou, c’est plus qu’une erreur, plus qu’un crime, c’est un malheur effroyable qui frappe le socialisme du monde entier, sans distinction d’esprit et de tendance ». C’est, à notre sens, un malheur effroyable dans la mesure où, pour la première fois, à un grand nombre de camarades qui se laisseront abuser, la conscience révolutionnaire est présentée en bloc comme corruptible. C’est un malheur effroyable dans le sens où des hommes vers qui allait, malgré tout, ne fût-ce qu’en raison de leur passé plus ou moins glorieux, notre respect, passent pour se condamner eux-mêmes, pour se définir comme des traîtres et des chiens. Ces hommes, quelles que soient les réserves graves que nous puissions faire sur la solidité de certains d’entre eux, nous les tenons pour totalement incapables, fût-ce dans le désir de continuer à lutter, fût-ce à plus forte raison dans l’espoir d’échapper à la mort, de se nier, de se flétrir eux-mêmes à ce point. Mais où cela cesse d’être un malheur effroyable, c’est à partir du moment où cela nous éclaire définitivement sur la personnalité de Staline : l’individu qui est allé jusque là est le grand négateur et le principal ennemi de la révolution prolétarienne. Nous devons le combattre de toutes nos forces, nous devons voir en lui le principal faussaire d’aujourd’hui - il n’entreprend pas seulement de fausser la signification des hommes, mais de fausser l’histoire - et comme le plus inexcusable des assassins.

    Nous faisons, dans ces conditions, toutes réserves sur le maintien du mot d’ordre : « Défense de l’U.R.S.S. » Nous demandons que lui soit substitué de toute urgence celui de « Défense de l’Espagne révolutionnaire » en spécifiant que tous nos regards vont aujourd’hui, 3 septembre 1936, aux magnifiques éléments révolutionnaires de la C.N.T., de la F.A.I. et du P.O.U.M. qui luttent, indivisiblement à nos yeux, sur le front d’Irun et dans le reste de l’Espagne. Ces éléments, nous ne nous dissimulons pas que Staline et ses acolytes, qui ont passé un pacte d’assistance avec les états capitalistes, s’emploient tant qu’ils peuvent à les désunir. C’est, pour nous, une raison de plus d’attendre d’eux, de leurs forces et de leurs héroïsmes conjugués, le rétablissement de la vérité historique foulée aux pieds non moins systématiquement en U.R.S.S. qu’en Italie et en Allemagne.

    Sous une forme concrète, nous nous proposons d’agir à l’intérieur du Comité de Vigilance des Intellectuels pour que soit menée en toute sévérité l’enquête réclamée par le P.O.I. sur les conditions dans lesquelles s’est déroulé, nous le savons déjà, sans le moindre égard, non seulement pour la personnalité des accusés, mais pour la sauvegarde de la dignité humaine, le procès de Moscou, et de contribuer à exiger s’il y a lieu - il y a lieu sûrement - réparation au nom de la conscience internationale, seul élément de progrès, de la conscience internationale dont, Camarades, nous sommes ici un certain nombre à tenir les prescriptions pour sacrées.

    Nous saluons à nouveau la personnalité, de très loin au-dessus de tout soupçon, de Léon Trotsky. Nous réclamons pour lui le droit de vivre en Norvège et en France. Nous saluons cet homme qui a été pour nous, abstraction faite des opinions non infaillibles qu’il a été amené à formuler, un guide intellectuel et moral de premier ordre et dont la vie, dès lors qu’elle est menacée, nous est aussi précieuse que la nôtre.

    Adolphe Acker, André Breton, Georges Henein, Maurice Henry, Georges Hugnet, Marcel Jean, Léo Malet, Georges Mouton, Henri Pastoureau, Benjamin Péret, Gui Rosey, Yves Tanguy.

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  • La condamnation à mort par le stalinisme de l’avant-garde révolutionnaire, en Russie puis dans le monde entier, a été le premier acte par lequel le Kremlin a indiqué à l’impérialisme mondial combien celui-ci pouvait compter sur lui...

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  • L’accusation de Vychinski, ancien menchevik reconverti au stalinisme, traitait les opposants politiques, anciens dirigeants de la révolution prolétarienne, de l’Internationale communiste, du parti bolchevik et de l’Etat ouvrier de « vipères lubriques », de « hyènes puantes », de « traîtres répugnants », de « croisements monstrueux de porc et de renard ».

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