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Heinrich Heine et la révolution

jeudi 20 mars 2014, par Robert Paris

Heinrich Heine et la révolution

Amoureux de la vie, elle ne l’a pas gâté

Poète allemand, l’Allemagne l’a rejeté

Grand poète Juif d’Allemagne, les Juifs d’Allemagne et du monde l’ont oublié

Mais poète révolutionnaire, il a été aimé des révolutionnaires du monde dont ses amis personnels Marx et Engels…

« Il se disait le fils et l’amant de la Révolution Française sous laquelle il aurait été certainement guillotiné, lui l’oiseau libre et impertinent. Comme un papillon épris de liberté il venait se poser sur Paris où semblait se redéfinir la politique et le social du monde à venir, loin de ces Teutons pris dans leur haine baveuse issue du nationalisme. » En 1830, il écrit :

« Mais quelle est la grande tâche de notre temps ? C’est l’émancipation, non pas seulement celle des Irlandais, des Grecs, des juifs de Frankfort, des noirs d’Amérique et autres populations également opprimées, mais celle du monde entier, et spécialement de l’Europe, qui est devenue majeure, et qui rejette aujourd’hui les lisières de fer des privilégiés, de l’aristocratie. Quelques renégats philosophiques de la liberté ont beau forger les chaînes des syllogismes les plus subtils, pour nous démontrer que des millions d’hommes sont créés pour être les bêtes de somme de quelques mille chevaliers privilégiés ; ils ne pourront nous convaincre, tant qu’ils ne prouveront pas, comme dit Voltaire, que ceux-là sont nés avec des selles sur le dos et ceux-ci avec des éperons aux pieds ». Comme tel, il a été violemment combattu…

« Que Dieu me le pardonne ! Depuis douze ans, je suis discuté en Allemagne ; on me loue et on me blâme, mais toujours avec passion et sans cesse. Là, on m’aime, on me déteste, on m’apothéose, on m’injurie. Depuis presque quatre ans, je n’ai pas entendu un rossignol allemand. »

Inquisiteurs, tes yeux noisette M’interrogent : « Qui es-tu, et que te manque-t-il, Homme étranger, homme qui souffre ? » « Je suis un poète allemand Renommé dans le pays d’Allemagne ; Cite-t-on les plus fameux, Mon nom aussi sera du nombre. Et ce qu’il me manque, petite, À plus d’un manque, dans le pays d’Allemagne ; Cite-t-on les plus cruelles peines, Les miennes aussi seront du nombre. »

« Tout ce qui est allemand me répugne [...] agit sur moi comme un vomitif. La langue allemande me déchire les oreilles. Parfois mes propres poèmes me dégoûtent quand je prends conscience qu’ils sont écrits en allemand. »

« Pour les teutomanes, ces vieilles Allemagnes, dont le patriotisme ne consistait que dans une haine aveugle contre la France, je les ai poursuivis avec acharnement dans tous mes livres ».

Hitler lui-même interdira personnellement son œuvre et tous les livres de Heine furent jetés dans les brasiers allumés le 10 mai 1933. Pas étonnant car Heine écrivait : « Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes. »

Il faudra attendre 1988 pour que l’université de Düsseldorf porte le nom du fils le plus célèbre de la ville. Mahler a connu un sort analogue avec Vienne. Dès son époque Heine fut vomi, ainsi par son contemporain Grabbe : « Heine est un petit juif maigre et laid, qui n’a jamais connu de femme, et compense tout cela par son imagination. Sa souffrance, aussi peu naturelle puisse-t-elle sembler, est peut-être réelle. Mais ses vers ne sont pas des poésies. De la masturbation ». Un juif ne pouvait pas faire de la beauté.

Curieusement l’état d’Israël ne le célébrera que récemment (2002), ne lui pardonnant pas sa conversion, lui le fils d’un juif orthodoxe et d’une mère issue d’une longue filiation de juifs érudits et libéraux. « Ce n’était qu’un début. Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes. » « Almansor »

« Près de la mer, prés de la mer déserte, nocturne, Un jeune homme est debout, La poitrine débordant de chagrin, l’esprit plein de doute ; il interroge les flots avec ses lèvres assombries : "Oh ! expliquez-moi l’énigme, L’antique et douloureuse énigme, Sur laquelle tant de têtes se sont penchées : Têtes à calottes de hiéroglyphes, Têtes en turban et barrettes noires, Têtes coiffées de perruques et mille autres Pauvres fronts humains baignés de sueur. Dites-moi, la vie humaine a-t-elle un sens ? D’où vient l’homme ? Où va-t-il ? Qui habite là-haut dans les étoiles d’or ?"

Les flots murmurent leur éternel murmure, Le vent souffle, et les nuages s’enfuient, Les étoiles scintillent, indifférentes et froides, Et un fou attend une réponse. »

« Comment peux-tu dormir en paix

Comment peux-tu dormir en paix et savoir que je vis encore ? La vieille colère revient encore, et brise mon joug. Connais-tu la vieille chansonnette : comment jadis un garçon mort a attiré dans sa tombe son aimée à minuit ? Crois-moi, ma toute belle, enfant merveilleuse, je vis encore et je suis plus fort que tous les morts ! »

« Je ne sais pas ce que cela signifie Que je sois aussi triste ; Un conte des temps anciens Ne me sort pas de l’esprit. L’air est frais, et il fait sombre Et calmement coule le Rhin Le sommet de la montagne étincelle Dans la lumière du soleil au crépuscule. La plus belle jeune fille est assise Là haut merveilleusement Ses bijoux d’or brillent, Elle peigne ses cheveux d’or. Elle les peigne avec un peigne d’or Et chante une chanson en même temps Qui est une étrange, Puissante mélodie. Ce chant saisit le batelier dans sa barque avec une violence sauvage Il ne voit pas le récif Il regarde seulement là haut, dans les hauteurs. Je crois que les vagues engloutissent À la fin le marin et la barque Et cela avec son chant La Lorelei l’a fait.

Je ne sais dire d’où me vient La tristesse que je ressens. Un conte des siècles anciens Hante mon esprit et mes sens. L’air est frais et sombre le ciel, Le Rhin coule paisiblement Les sommets sont couleur de miel Aux rayons du soleil couchant. Là-haut assise est la plus belle Des jeunes filles, une merveille. Sa parure d’or étincelle, Sa chevelure qu’elle peigne Avec un peigne d’or est pareille Au blond peigne d’or du soleil, Et l’étrange chant qu’elle chante Est une mélodie puissante. Le batelier sur son esquif Est saisi de vives douleurs, Il ne regarde pas le récif, Il a les yeux vers les hauteurs. Et la vague engloutit bientôt Le batelier et son bateau... C’est ce qu’a fait au soir couchant La Lorelei avec son chant. »

« La Lorelei »

Pour ridiculiser la censure :

« Les censeurs allemands —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— ——Imbéciles —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— —— »

dans « Tableaux de voyage »

« Moi aussi, je suis le fils de la révolution, et de nouveau je tends les mains vers les armes sacrées, sur lesquelles ma mère a prononcé les paroles magiques de sa bénédiction… Des fleurs ! Des fleurs ! je veux en couronner ma tête pour le combat. La lyre aussi, donnez-moi la lyre, pour que j’entonne un chant de guerre… Des paroles flamboyantes, qui en tombant incendient les palais et éclairent les cabanes… » dans « Ludwig Börne. Un mémorandum »

« J’avais autrefois une belle patrie. Le chêne Y croissait si haut, les violettes opinaient doucement. C’était un rêve.

Elle m’embrassait en allemand, et en allemand prononçait (On imagine à peine comme cela sonne bien) Les mots : "Je t’aime !" C’était un rêve. » dans « Nouveaux poèmes »

« Nous [les panthéistes] ne voulons ni sans-culottes, ni bourgeoisie frugale, ni présidents modestes ; nous fondons une démocratie de dieux terrestres, égaux en béatitude et en sainteté. […]Les saint-simoniens ont compris et voulu quelque chose d’analogue ; mais ils étaient placés sur un terrain défavorable, et le matérialisme qui les entourait les a écrasés, au moins pour quelque temps. On les a mieux appréciés en Allemagne. » dans « Histoire de la religion et de la philosophie en Allemagne »

« Nous autres Allemands, nous nous entendions mieux à la haine. Elle sourd des profondeurs de l’âme, la haine allemande ! Et pourtant elle se gonfle, géante, et peu s’en faut qu’elle ne remplisse de ses poisons la tonne de Heidelberg » dans « Poésies inédites »

« Quand je pense à l’Allemagne dans la nuit, C’en est fini de mon sommeil, Je ne peux plus fermer l’œil, Et mes larmes brûlantes s’écoulent. (…) Dieu merci ! par ma fenêtre se réfracte La lumière du jour, française et joyeuse ; Arrive ma femme, belle comme l’aube, Et d’un sourire chasse les préoccupations allemandes. » dans « Pensées nocturnes » « Elle chantait le chant du vieux renoncement, Le tra-la-la du paradis Avec lequel, quand il pleurniche, on assoupit Le peuple, ce grand malappris.

J’en connais la mélodie, j’en connais les paroles, Je connais même Messieurs les auteurs ; Je sais, qu’en secret, ils buvaient du vin Et prêchaient l’eau à leurs auditeurs.

Je veux vous composer, mes amis, Un chant nouveau, ce qu’il y a de mieux ! Nous voulons déjà, ici-bas sur terre, Fonder le royaume des cieux.

Nous voulons être heureux sur terre, Et cesser d’être dans le besoin ; Le ventre paresseux ne doit pas digérer Le produit du dur labeur de nos mains. »

dans « Allemagne. Un Conte d’Hiver »

« Les Tisserands Silésiens

« L’œil sombre et sans larmes, Devant le métier, ils montrent les dents ; Allemagne, nous tissons ton linceul. Nous le tissons d’une triple malédiction - Nous tissons, nous tissons !

Maudit le dieu que nous avons prié Dans la froideur de l’hiver, dans les jours de famine ; Nous avons en vain attendu et espéré, Il nous a moqués, bafoués, ridiculisés - Nous tissons, nous tissons !

Maudit le roi, le roi des riches, Que notre misère n’a pu fléchir, Qui nous a arraché jusqu’au dernier sou Et nous fait abattre comme des chiens - Nous tissons, nous tissons !

Maudite l’hypocrite patrie, Où seuls croissent l’ignominie et la honte, Où chaque fleur s’affaisse bien tôt, Et la pourriture, la putréfaction régalent la vermine - Nous tissons, nous tissons !

La navette vole, le métier craque, Nous tissons avec ardeur, et le jour, et la nuit - Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul, Nous le tissons d’une triple malédiction, Nous tissons, nous tissons ! »

dans « Les tisserands silésiens »

« Lorsque le drapeau noir-rouge-or, Le bric-à-brac de la vieille Allemagne, Parut à nouveau, alors l’illusion chancela Ainsi que la féerie suave des contes.

Je connaissais les couleurs de cette bannière Et leur présage : De la liberté allemande, elles m’apportaient Les pires nouvelles.

Je voyais déjà le Arndt et le père Jahn Ces héros d’un autre temps S’extirper de leurs tombeaux Et se battre pour l’Empereur.

Toute cette faune d’étudiants Sortis de mes jeunes années Qui s’enflammaient pour l’Empereur, Lorsqu’ils étaient ivres.

Je voyais la gent grissonante à force de péchés Des diplomates et des prêtres, Les vieux chevaliers servants du droit romain, S’affairant au temple de l’unité - (…) »

Dans le poème Michel après mars « Les vents violents se sont couchés Et le calme revient au pays. Germania, la grande enfant se réjouit à nouveau de ses arbres de Noël.

(…) Dans une douillette intimité se reposent le fleuve et la forêt, baignés d’un doux clair de lune ; Ne reste parfois qu’un bruit sec - Est-ce un coup de feu ? - C’est un ami peut-être, que l’on fusille. » dans « En octobre 1849 »

« Sentinelle perdue dans la guerre de la liberté, J’ai tenu, fidèle, pendant trente années. J’ai combattu sans espoir de vaincre. Je savais que je ne rentrerais pas indemne….

Mais je tombe invaincu, et mes armes Ne se sont pas brisées - Mon cœur seul s’est brisé. »

Dans « Enfant perdu » tiré du « Romancero »

Dans la préface de l’édition française de Lutèce, Heine écrivait, un an avant sa mort : « Cet aveu, que l’avenir appartient aux communistes, je le fis d’un ton d’appréhension et d’angoisse extrêmes, et hélas ! ce n’était nullement un masque ! En effet, ce n’est qu’avec horreur et effroi que je pense à l’époque où ces sombres iconoclastes parviendront à la domination : de leurs mains calleuses ils briseront sans merci toutes les statues de marbre de la beauté, si chères à mon cœur ; ils fracasseront toutes ces babioles et fanfreluches fantastiques de l’art, qu’aimait tant le poète ; ils détruiront mes bois de lauriers et y planteront des pommes de terre ; […] et hélas ! mon Livre des Chants servira à l’épicier pour en faire des cornets où il versera du café ou du tabac à priser pour les vieilles femmes de l’avenir. Hélas ! je prévois tout cela, et je suis saisi d’une indicible tristesse en pensant à la ruine dont le prolétariat vainqueur menace mes vers, qui périront avec tout l’ancien monde romantique. Et pourtant, je l’avoue avec franchise, ce même communisme, si hostile à tous mes intérêts et mes penchants, exerce sur mon âme un charme dont je ne puis me défendre ; deux voix s’élèvent en sa faveur dans ma poitrine, deux voix qui ne veulent pas se laisser imposer silence […]. Car la première de ces voix est celle de la logique. […] et si je ne puis réfuter cette prémisse : « que les hommes ont tous le droit de manger, » je suis forcé de me soumettre aussi à toutes ses conséquences […]. La seconde des deux voix impérieuses qui m’ensorcèlent est plus puissante et plus infernale encore que la première, car c’est celle de la haine, de la haine que je voue à un parti dont le communisme est le plus terrible antagoniste, et qui est pour cette raison notre ennemi commun. Je parle du parti des soi-disant représentants de la nationalité en Allemagne, de ces faux patriotes dont l’amour pour la patrie ne consiste qu’en une aversion idiote contre l’étranger et les peuples voisins, et qui déversent chaque jour leur fiel, notamment contre la France. »

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