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A l’occasion de la sortie du film « Noé », quelle était l’origine du mythe de Noé et de l’arche ?

jeudi 10 avril 2014, par Robert Paris

Ziusudra ou le Noé mésopotamien

A l’occasion de la sortie du film « Noé », quelle était l’origine du mythe de Noé et de l’arche ?

Des pays musulmans ou chrétiens ont interdit le film « Noé » prétextant que c’était un prophète biblique. En réalité, c’est seulement au cinquième siècle avant J.-C. que ce mythe a été intégré au texte biblique alors qu’il était tiré, presque mot à mot, d’un mythe mésopotamien décrit dans le Poème du Supersage datant du XVIIe siècle av. J.-C., dans la légende de Ziusudra qui pourrait elle aussi dater de la fin du XVIIe siècle av. J.-C., puis repris au XIIe siècle av. J.-C. au plus tard dans la version assyro-babylonienne « standard » de l’Épopée de Gilgamesh, mythe qui raconte comment un Sage appelé Atrahasis, Ziusudra ou Uta-Napishtim selon les différentes versions du mythe, fut invité par le dieu Enki/Ea à construire un navire, dans lequel il pourrait échapper au déluge envoyé par l’assemblée des grands dieux. D’autres versions, d’une ressemblance plus approximative, peuvent se retrouver dans de nombreuses cultures à travers le monde. L’histoire de l’arche a fait l’objet par les religions abrahamiques d’interprétations abondantes, mêlant raisonnements théoriques, problèmes pratiques et considérations allégoriques : les commentateurs, ainsi, pouvaient aussi bien se poser la question de la gestion du fumier que celle de l’arche comme première incarnation d’une Église offrant le salut à l’humanité.

Le quatorzième verset du chapitre 6 de la Genèse énonce que l’arche a été réalisée en « bois résineux », ou « bois גפר » en hébreu (littéralement gofer ou gopher). La Jewish Encyclopedia avance que cette expression est très probablement une traduction du babylonien gushure iş erini (« poutres de cèdre ») ou de l’assyrien giparu (« roseau »).

La plupart des chercheurs contemporains acceptent la thèse que le Déluge biblique est intimement lié à un cycle de la mythologie assyro-babylonienne, avec laquelle il partage de nombreux points communs. La plus ancienne version de l’épopée d’Atrahasis a pu être datée du règne de l’arrière-petit-fils d’Hammurabi, Ammi-ṣaduqa (de -1646 à -1626), et a continué à être reproduite jusqu’au premier millénaire avant l’ère chrétienne. À en juger par son écriture, la légende de Ziusudra pourrait quant à elle remonter à la fin du XVIIe siècle av. J.-C., tandis que l’histoire d’Uta-Napishtim, qui nous est connue grâce à des manuscrits du premier millénaire avant notre ère, est probablement une variation sur l’épopée d’Atrahasis. Les diverses légendes mésopotamiennes du Déluge ont connu une remarquable longévité, certaines ayant été transmises jusqu’au IIIe siècle av. J.-C. Les archéologues ont retrouvé un nombre substantiel de textes originaux en sumérien, en akkadien et en assyrien, rédigés en écriture cunéiforme. La recherche de nouvelles tablettes se poursuit, de même que la traduction des tablettes déjà découvertes. L’évidente parenté entre les deux traditions mésopotamienne et biblique, selon une hypothèse scientifique, pourrait avoir pour origine commune la rapide montée des eaux dans le bassin de la mer Noire, il y a plus de sept millénaires, en raison d’une rupture de la digue naturelle anciennement formée par le détroit du Bosphore.

L’épopée d’Atrahasis, écrite en akkadien (la langue de l’ancienne Babylone), raconte comment le dieu Enki enjoint au héros Atrahasis (le « très sage ») de Shuruppak de démanteler sa maison, faite en roseaux, et de construire un bateau afin d’échapper au déluge que le dieu Enlil, irrité par le bruit des villes, entend lancer pour éradiquer l’humanité. Le bateau est censé disposer d’un toit « pareil à celui d’Apsû » (l’océan souterrain d’eau douce dont Enki est le seigneur), de ponts inférieur et supérieur, et doit être rendu étanche par du bitume. Atrahasis monte à bord avec sa famille et ses animaux, puis en scelle l’entrée. La tempête et le déluge commencent, « les cadavres encombrent la rivière comme des libellules », et même les dieux prennent peur. Au bout de sept jours, le déluge cesse et Atrahasis procède à des sacrifices. Enlil, pour sa part, est furieux, mais Enki le défie ouvertement, en déclarant s’être « assuré que la vie soit préservée ». Les deux divinités s’accordent finalement sur d’autres mesures pour réguler la population humaine. L’histoire existe également dans une version assyrienne plus tardive.

La légende de Ziusudra, écrite en sumérien, a été retrouvée dans les fragments d’une tablette d’Eridu. Elle raconte comment le même dieu Enki avertit Ziusudra (« il a vu la vie », en référence au don d’immortalité qui lui fut conféré par les dieux), roi de Shuruppak, de la décision des dieux de détruire l’humanité par un déluge, le passage expliquant les raisons de ce choix ayant été perdu. Enki charge Ziusudra de construire un grand bateau, mais les instructions précises ont été perdues elles aussi. Après un déluge de sept jours, Ziusudra procède aux sacrifices requis, puis se prosterne devant An, le dieu du ciel, et Enlil, le chef des dieux. Il reçoit en échange la vie éternelle à Dilmun, l’Éden sumérien.

L’épopée babylonienne de Gilgamesh raconte les aventures d’Uta-Napishtim (en réalité une traduction de « Ziusudra » en akkadien), originaire de Shuruppak. Ellil (équivalent d’Enlil), chef des dieux, souhaite détruire l’humanité par un déluge. Uta-Napishtim reçoit du dieu Ea (équivalent d’Enki) le conseil de détruire sa maison en roseaux et d’utiliser ces derniers pour construire une arche, qu’il doit charger d’or, d’argent, de la semence de toutes les créatures vivantes ainsi que de tous ses artisans. Après une tempête de sept jours et douze jours supplémentaires passés à dériver sur les eaux, le navire s’échoue sur le mont Nizir. Sept autres jours plus tard, Uta-Napishtim envoie une colombe, qui revient, puis une hirondelle, qui revient également. Le corbeau, finalement, ne revient pas. Uta-Napishtim fait alors des sacrifices (par groupes de sept) aux dieux. Ces derniers sentent l’odeur de la viande rôtie et affluent « comme des mouches ». Ellil est fâché de ce que quelques humains aient survécu, mais Ea le sermonne : « Comment as-tu pu lancer ainsi un déluge sans réfléchir ? Sur le pécheur laisse reposer son péché, sur le malfaiteur son méfait. Abstiens-toi, ne laisse pas faire, et aie pitié, [que les hommes ne périssent point] ». Uta-Napishtim et sa femme reçoivent alors le don d’immortalité, et partent habiter « au loin, à l’embouchure des rivières ».

Au IIIe siècle av. J.-C., Bérose, un grand prêtre du temple de Marduk à Babylone, rédigea en grec une histoire de la Mésopotamie pour Antiochos Ier, qui régna de -323 à -261. Cette Babyloniaka de Bérose a été perdue, mais l’historien chrétien Eusèbe de Césarée, au début du IVe siècle, en retient la légende de Xisuthrus, une version grecque de Ziusudra largement semblable au texte d’origine. Eusèbe estimait que le navire pouvait toujours être aperçu « sur les monts corcyréens [sic] d’Arménie ; et les gens grattent le bitume avec lequel il avait été revêtu extérieurement pour l’utiliser en tant qu’antidote ou amulette ».

Les histoires rapportant des déluges et la survie d’une poignée d’élus sont très répandues dans toutes les mythologies du monde, avec des exemples dans presque chaque société. L’homologue de Noé dans la mythologie grecque, ainsi, est Deucalion. Dans certains textes sanskrits, un terrible déluge est censé n’avoir laissé qu’un seul survivant, un saint nommé Manu, sauvé par Vishnou sous la forme d’un poisson. L’histoire de Yima (Jamshid), dans la tradition zoroastrienne, propose un récit très similaire, si ce n’est que l’élément menaçant toute vie est la glace, et non l’eau. Dans la mythologie chinoise, il est dit que Nuwa créa l’Homme à partir d’argile, et qu’il combla les trous du ciel avec des pierres colorées à la suite d’un grand déluge provoqué par Gonggong, le dieu de l’eau. Des légendes de déluges ont aussi pu être mises en évidence dans les mythologies de nombreuses peuplades sans système d’écriture, parfois très loin de la Mésopotamie et du continent eurasiatique : ainsi des légendes de la tribu amérindienne des Ojibwés22. Les fondamentalistes bibliques en tirent la conclusion que l’arche de Noé a constitué un épisode historique réel. Mais les ethnologues et les mythologistes conseillent de prendre avec précaution les légendes telles que celles des Ojibwés, qui ont pu naître ou être fortement adaptées au contact du christianisme, dans un désir de conjuguer harmonieusement anciennes et nouvelles croyances. De plus, toutes ces légendes ont pour source le besoin commun d’expliquer les catastrophes naturelles, face auxquelles les sociétés anciennes étaient toutes impuissantes.

Vers -1700, dans l’Épopée d’Atrahasis ou "Poème de Supersage", repris vers -1200 dans la version assyro-babylonienne "standard" de l’Épopée de Gilgamesh (dont l’origine sumérienne remonte à -2700) apparaît, avec plus de détails que dans les autres versions, l’épisode d’un homme nommé Ziusudra selon les sources sumériennes, Atrahasis dit "Le Supersage" ou Uta-Napishtim à Babylone et à Ninive (Mésopotamie antique, Irak moderne).

Cet homme fit le récit à Gilgamesh de la colère des grands dieux, qui avaient voulu dépeupler la Terre parce que les hommes, de plus en plus nombreux, faisaient un vacarme qui perturbait le repos des dieux ; les instigateurs en étaient Anu, Ninurta, Ennugi et Enlil le dieu suprême. Cependant, le dieu Ea des eaux souterraines, protecteur des humains, les trahit en prévenant en songe son ami Atrahasis, en lui enjoignant de construire une arche étanchée au bitume et d’embarquer avec lui des spécimens de chaque être vivant. Dès que l’écoutille fut fermée, Nergal arracha les étais des vannes célestes, et Ninurta fit déborder les barrages d’en-haut. Adad étendit dans le ciel son silence-de-mort, réduisant en ténèbres tout ce qui avait été lumineux. Les dieux Anunnaki enflammèrent la Terre tout entière, et les flots couvrirent le sommet des montagnes. Pendant six jours et sept nuits, bourrasques, pluies battantes, tonnerre, éclairs et ouragans brisèrent la Terre comme une jarre. Les dieux s’abritèrent au ciel d’Anu. Le septième jour, la mer se calma et s’immobilisa, et l’arche accosta au mont Nishir.

Atrahasis prit une colombe et la lâcha ; la colombe revint. Plus tard, une hirondelle fit de même. Enfin, il lâcha un corbeau qui ne revint pas, car les eaux s’étaient retirées. Alors Atrahasis dispersa les êtres-vivants qui se trouvaient dans l’arche, et fit un sacrifice : disposant le repas sur le faîte de la montagne, il plaça de chaque côté sept vases-rituels à boire et, en retrait, versa dans le brûle-parfum cymbo, cèdre et myrte. Les dieux, humant la bonne odeur, se rassemblèrent autour du sacrificateur.

Lorsqu’il constata que des êtres avaient survécu, Enlil retrouva son calme en comprenant que la disparition des hommes aurait ramené à la situation qui avait conduit à leur création. Il accorda l’immortalité à Atrahasis, mais fit en sorte que les hommes troublent moins la quiétude des dieux, en diminuant la durée de vie des humains, en introduisant les maladies, la stérilité, etc.

Les récits d’Atrahasis et d’Utanapishtim nous sont parvenus par l’intermédiaire de deux œuvres littéraires majeures de l’Orient Ancien, le Mythe d’Atrahasis ou le Supersage pour le premier et l’Epopée de Gilgamesh pour le second. Les tablettes du Mythe d’Atrahasis remontent au moins au XVIIe siècle avant notre ère, tandis que celles nous narrant l’Epopée de Gilgamesh ont été retrouvées dans la très riche bibliothèque du grand roi assyrien Assurbanipal à Ninive, qui avait régné au milieu du VIIe siècle av. notre ère. Nul doute que ces deux œuvres, remarquables pour leur beauté ainsi que pour la force du message qu’elles véhiculaient, sont d’époques bien plus anciennes aux périodes de datations des tablettes. Concernant Gilgamesh, les traces du récit se perdent aux origines même de l’écriture, puisque l’on retrouve des tablettes racontant l’épopée écrites en langue sumérienne. De plus, ces mythes retracent les fondements des origines de la création de l’homme puis de peuples de Mésopotamie ; les traditions sumériennes (au sud) et akkadiennes (au nord) se rencontrant et se mélangeant pour donner naissance à des fabuleuses histoires dont Atrahasis et Utanapishtim furent des témoins privilégiés. Il est fort probable alors que ces mythes se soient d’abord transmis de génération en génération à l’oral, avant l’apparition de l’écriture vers 3200 av. notre ère.

Des hypothèses concernant le phénomène d’un ou de plusieurs déluges peuvent être formulées aujourd’hui. La recherche archéologique, topographique et géologique sur le terrain de l’Iraq actuel nous a appris à mieux connaître ce que fut le pays des grandes civilisations de Mésopotamie. Le nom de Mésopotamie, ou mesopotamia – « la terre entre deux fleuves » - a été donné par l’historien grec Polybe pour désigner cette étroite bande de terre qui coule entre et autour des fleuves du Tigre et de l’Euphrate. Ces fleuves, contrairement à l’Egypte qui est « un don du Nil », connaissaient des crues dévastatrices qui envahissaient toutes les terres agricoles ainsi que les villes et autres villages construits à proximité. C’est pourquoi, les hommes de cette région apprirent à domestiquer, bien difficilement, les caprices de ces deux fleuves en construisant, dès le IVe millénaire, de grands canaux et des barrages qui permettaient aux villes de s’approvisionner en eau tout en s’éloignant des fleuves. Malheureusement de grandes crues survenaient régulièrement et anéantissaient tout. Aussi les récits du déluge peuvent être interprétés comme le souvenir d’une crue si dévastatrice qu’elle resta dans toutes les mémoires avant d’être, au fil du temps, racontée sous forme de mythes. On peut également voir les récits des déluges d’Atrahasis ou d’Utanapishtim comme les souvenirs lointains où leurs ancêtres voyaient les fleuves dévaster leurs maisons et leurs récoltes.

Les observations sur le terrain des précipitations rarissimes mais dévastatrices, dans les couches archéologiques et dans la vie de chantier de tous les jours, amenèrent certains archéologues à élaborer une autre théorie, tout aussi crédible, à savoir la tombée régulière, dans des laps de temps plus ou moins long, de grandes précipitations de pluies. L’architecture mésopotamienne étant faite à base d’argile et de terre, les pluies lorsqu’elles étaient trop fortes devaient absolument tout détruire.

Aujourd’hui, les spécialistes du climat et les assyriologues s’interrogent sur le possible lien entre le fameux discours du Déluge et la fin de la dernière ère glaciaire – glaciation de würm – vers -10000 av. notre ère. Ainsi, la terre se réchauffant progressivement, l’eau serait montée envahissant tout le golfe persique, détruisant inexorablement les constructions humaines. Des recherches dans ce sens montrent que les villes d’Ur, Uruk et Lagash auraient même été entre le Ve et le début du IIIe millénaire des cités côtières, alors que les sites sont aujourd’hui au milieu du désert. Alors est-ce que la thèse du réchauffement climatique – très en vogue de nos jours – est crédible ? Peut-être, si l’on considère qu’un récit pouvait être transmis par oral de générations en générations pendant plusieurs millénaires, jusqu’à ce qu’il soit enfin retranscrit sur tablette. Des tribus nomades continuent aujourd’hui encore sur la base de l’oral à transmettre l’Histoire de leurs ancêtres. A titre d’exemple, c’est comme si aujourd’hui nous nous transmettions par oral pourquoi les hommes, qui vivaient dans le Morbihan il y a 4000-5000, ans avaient dressé les menhirs de Carnac.

Mythes mésopotamiens du déluge

L’épopée d’Atrahasis

L’épopée de Ziusudra

Dans la légende de Gilgamesh

Le mythe de Xisuthrus

Mircea Eliade rapporte dans son « Histoire des croyances et des idées religieuses » comment les religions sumériennes donnaient son fondement au mythe de Noé :

« L’ordre cosmique est continuellement troublé ; par le « Grand Serpent », d’abord, qui menace de réduire le monde au « chaos » ; par les crimes, les fautes et les erreurs des hommes, qui demandent à être expiés et « purgés » à l’aide de rites divers. Mais le monde est périodiquement régénéré, « recréé », par la fête du Nouvel An…. La royauté dut être apportée de nouveau du ciel après le déluge, parce que la catastrophe diluviale équivalait à la « fin du monde ». En effet, un seul être humain, appelé Zisudra dans la version sumérienne et Utatnapishtim dans la version akkadienne, fut sauvé. Mai, à la différence de Noé, il ne fut plus permis d’habiter la « nouvelle terre » qui émergea des eaux. Plus ou moins « divinisé », jouissant en tout cas de l’immortalité, le survivant est transféré dans le pays de Dilmun (Zisudra) ou à « l’embouchure des fleuves » (Utapishtim). De la version sumérienne nous sont parvenus seulement quelques fragments. Malgré la réserve ou l’opposition de certains membres du panthéon, les Grands Dieux décident de détruire l’humanité par le déluge. Quelqu’un évoque les mérites du roi Zisudra, « humble, soumis, pieux ». Instruit par son protecteur, Zisudra entend la décision arrêtée par An et En-lil (les dieux sumériens). Le texte est interrompu par une longue lacune. Probablement, Zisudra reçut-il des indications précises concernant la construction de l’arche. Après sept jours et sept nuits, le soleil se montre de nouveau, le soleil se montre de nouveau, et Zisudra se prosterne devant le dieu solaire, Utu. Dans le dernier fragment conservé, An et En-lil lui confèrent « la vie d’un dieu » et « le souffle éternel » des dieux, et l’installent dans le pays fabuleux de Dilmun.

On retrouve le thème dans l’ « Epopée de Gilgamesh ». Cet ouvrage fameux, assez bien conservé, met encore mieux en lumière les analogies avec le récit biblique. Vraisemblablement, nous avons affaire à une source commune, et assez archaïque. Comme on le sait depuis les compilations de R. Andree, H. Usener et J. G. Frazer, le mythe du déluge est presque universellement répandu ; est attesté dans tous les continents (bien que très rarement en Afrique) et à des niveaux différents de culture. Un certain nombre de variantes semblent être le résultat de la diffusion, d’abord à partir de la Mésopotamie et puis de l’Inde. Il est également possible qu’une ou plusieurs catastrophes diluviales aient donné lieu à des récits fabuleux. Mais il serait imprudent d’expliquer un mythe aussi répandu par des phénomènes dont on n’a pas trouvé les traces géologiques. La majorité des mythes diluviens semble faire partie en quelque sorte du rythme cosmique : le « vieux monde », peuplé par une humanité déchue, est submergé dans les Eaux, et, quelques temps après, un « monde nouveau » émerge du « chaos » aquatique.

Dans un grand nombre de variantes, le déluge est le résultat des « péchés » (ou fautes rituelles) des humains ; parfois il résulte tout simplement du désir d’un Être divin de mettre fin à l’humanité. Il est malaisé de préciser la cause du déluge dans la tradition mésopotamienne. Certaines allusions laissent entendre que les dieux ont pris cette décision à cause des « pécheurs »…. Le déluge réalise à l’échelle macroscopique ce qui, symboliquement, est effectué pendant la fête du Nouvel An : la « fin du Monde » et d’une humanité pécheresse, pour rendre possible une nouvelle création. »

Notons que, quelles que soient les origines historiques du mythe, la Bible reprend ainsi une thèse : si les hommes sont frappés par des catastrophes, c’est de la main de dieu et pour les punir de leur péchés. Que certains continuent à propager cette thèse n’est pas étonnant. Tant que les hommes ne maîtrisent pas leur propre histoire, ils ne la comprennent pas non plus et inversement. Quant aux chutes de civilisations, ils les comprennent encore moins. Constatons que, même lorsqu’ils vivent ces chutes, elles ne sont pas davantage limpides dans leurs causes et leurs conséquences pour les contemporains. Nous le voyons bien aujourd’hui en cette phase de chute de la civilisation capitaliste.

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