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Crise, fascisme et guerre et, en face, quelles perspectives prolétariennes ?

mercredi 14 mai 2014, par Robert Paris

Léon Trotsky

Bonapartisme, fascisme et guerre

Dans son article on ne peut plus prétentieux, confus et stupide Dwight Mac Donald essaye de nous attribuer l’idée que le fascisme est simplement une répétition du bonapartisme. Il serait difficile d’inventer une plus grande stupidité. Nous avons analysé le fascisme au fur et à mesure qu’il s’est développé à travers les différentes étapes de son développement, et nous avons mis en avant tantôt l’un, tantôt l’autre de ses aspects. Il y a un élément de bonapartisme dans le fascisme. Sans cet élément, à savoir sans que le pouvoir de l’Etat s’élève au-dessus de la société par suite de l’extrême exacerbation de la lutte des classes, le fascisme n’eût pas été possible. Mais dès le début, nous avons souligné que c’était avant tout une question de bonapartisme de l’époque du déclin impérialiste qui diffère qualitativement du bonapartisme de l’époque de montée de la bourgeoisie. A une étape ultérieure, nous avons distingué le bonapartisme pur en tant que prologue du régime fasciste. Car dans le cas du bonapartisme pur le règne d’un monarque est approximatif et... en Italie...

La situation, dans l’Italie d’après-guerre, était profondément révolutionnaire. Le prolétariat avait toutes les possibilités... Les ministères de Brüning, Schleicher et la présidence de Hindenburg en Allemagne, le gouvernement de Pétain en France, mais ils se sont tous avérés, ou doivent s’avérer instables. Dans l’époque du déclin impérialiste, un bonapartisme purement bonapartiste est absolument inadéquat ; l’impérialisme trouve indispensable de mobiliser la petite bourgeoisie et d’écraser le prolétariat sous le poids de celle-ci. L’impérialisme n’est capable d’accomplir cette tâche que lorsque le prolétariat lui-même montre son incapacité à conquérir le pouvoir, pendant que la crise sociale pousse au paroxysme la petite bourgeoisie.

L’acuité de la crise sociale provient de ce que, par suite de la concentration actuelle des moyens de production, c’est-à-dire le monopole des trusts, la loi de la valeur, le marché est déjà incapable d’équilibrer les rapports économiques. L’intervention de l’Etat devient une nécessité absolue. Dans la mesure où le prolétariat...

La guerre actuelle comme nous l’avons déclaré à plusieurs reprises, est une continuation de la dernière guerre. Mais continuation ne signifie pas répétition. En règle générale, une continuation signifie un développement, un approfondissement, une accentuation. Notre politique, la politique du prolétariat révolutionnaire vis-à-vis de la seconde guerre impérialiste, est une continuation de la politique élaborée essentiellement sous la direction de Lénine durant la dernière guerre impérialiste. Mais continuation ne signifie pas répétition. Dans ce cas également, une continuation signifie un développement, un approfondissement et une accentuation.

Nous avons été pris au dépourvu en 1914

Pendant la dernière guerre, non seulement le prolétariat en général mais également son avant-garde et, dans une certaine mesure, l’avant-garde de cette avant-garde furent pris au dépourvu. L’élaboration des principes d’une politique révolutionnaire vis-à-vis de la guerre commença à une époque où la guerre embrasait déjà le monde de toutes parts et où l’appareil militaire commandait sans partage. Un an après le déclenchement de la guerre, la petite minorité révolutionnaire était encore obligée de s’adapter à une majorité centriste lors de la Conférence de Zimmerwald. Avant la révolution de février et même après, les éléments révolutionnaires ne se considéraient pas comme prétendants au pouvoir, mais comme représentants de l’opposition d’extrême-gauche. Même Lénine reléguait la révolution socialiste dans un avenir plus ou moins lointain (en 1915 ou 1916), il écrivait en Suisse : (citation 1). Si Lénine envisageait ainsi la situation, il n’est alors guère nécessaire de parler des autres.

Cette position politique de l’aile d’extrême gauche s’exprimait avec le plus de relief dans la question de la défense de la patrie.

Dans ses écrits de 1915, Lénine faisait allusion aux guerres révolutionnaires que le prolétariat victorieux aurait à mener. Mais il s’agissait là d’une question de perspective historique imprécise et non de la tâche du lendemain. L’attention de l’aile révolutionnaire était dirigée sur la question de la défense de la patrie capitaliste. Évidemment, les révolutionnaires répondaient à cette question par la négative. C’était tout à fait juste. Mais cette réponse purement négative servit de base pour la propagande et l’éducation des cadres, mais elle ne pouvait gagner les masses qui ne voulaient pas d’un conquérant étranger. Dans la Russie d’avant-guerre, les bolcheviks formaient quatre-cinquièmes de l’avant-garde prolétarienne, c’est-à-dire les ouvriers qui participaient à la vie politique (journaux, élections, etc...). Après la Révolution de Février, le pouvoir illimité passa aux mains des partisans de la défense nationale, mencheviks et socialistes révolutionnaires. Il est bien vrai que dans l’espace de huit mois les bolcheviks gagnèrent l’écrasante majorité des ouvriers. Ce n’était pas le refus de défendre la patrie bourgeoise qui joua le rôle décisif dans la conquête de la majorité, mais le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets ». Et seulement ce mot d’ordre révolutionnaire ! La critique de l’impérialisme, de son militarisme, le refus de défendre la démocratie bourgeoise et ainsi de suite n’auraient jamais gagné aux bolcheviks la majorité écrasante de la population. Dans tous les autres pays belligérants, à l’exception de la Russie, l’aile révolutionnaire vers la fin de la guerre tous...

Dans la mesure où le prolétariat à une étape donnée s’avère incapable de conquérir le pouvoir, l’impérialisme commence à diriger la vie économique par ses propres méthodes ; le parti fasciste qui devient la puissance étatique en est le mécanisme politique. Les forces productives sont en contradictions inconciliables non seulement avec la propriété privée mais également avec les frontières de l’Etat national. L’impérialisme est l’expression même de cette contradiction. Le capitalisme impérialiste cherche à résoudre cette contradiction par l’extension des frontières, la conquête de nouveaux territoires, etc... L’Etat totalitaire qui soumet tous les aspects de la vie économique, politique et culturelle au capital financier, est l’instrument qui sert à créer un état super nationaliste, un empire impérialiste, le règne sur des continents, le règne sur le monde entier.

Tous ces traits du fascisme, nous les avons analysés chacun eu lui-même et tous dans leur ensemble, à mesure qu’ils se sont manifestés ou sont apparus au premier plan.

A quel moment le fascisme réussit-il ?

A la fois l’analyse théorique et la riche expérience historique du dernier quart de siècle ont également démontré que le fascisme est chaque fois le maillon final d’un cycle politique spécifique ainsi composé : une crise des plus graves de la société capitaliste, une radicalisation croissante de la classe ouvrière, une sympathie croissante vis-à-vis de la classe ouvrière et une aspiration à un changement de la part de la petite bourgeoisie rurale et urbaine, une confusion extrême de la grande bourgeoisie, ses manœuvres lâches et perfides visant à éviter le point culminant de la crise révolutionnaire ; un épuisement du prolétariat et une confusion et une indifférence croissantes, une aggravation de la crise sociale, un désespoir de la petite bourgeoisie, son aspiration à un changement, une névrose collective de la petite bourgeoisie, sa prédisposition à croire aux miracles et aux mesures violentes, une hostilité croissante vis-à-vis du prolétariat qui l’a déçue dans ses espérances. Telles sont les prémisses pour une rapide formation du parti fasciste et pour sa victoire.

Il est presque évident que la radicalisation de la classe ouvrière aux Etats-Unis n’a fait que passer par ses étapes initiales et ceci presque exclusivement dans le domaine du mouvement syndical (le C.I.O.). La période préliminaire à la guerre, puis la guerre elle-même, peuvent interrompre temporairement ce processus de radicalisation, surtout si un grand nombre d’ouvriers est absorbé par les industries de guerre. Mais cette interruption du processus de radicalisation ne peut pas être de longue durée. La seconde étape de la radicalisation prendra un caractère qui s’exprimera avec plus d’acuité. Le problème de la formation d’un parti ouvrier indépendant sera mis à l’ordre du jour. Nos revendications transitoires acquerront une grande popularité. D’autre part, les tendances fascistes réactionnaires se retireront à l’arrière-plan, adoptant une position défensive et attendront un moment plus favorable. C’est là la perspective la plus probable. Il n’y a pas de travail aussi vain que de spéculer si nous réussirons ou pas à créer un puissant parti révolutionnaire dirigeant. Nous avons devant nous une perspective favorable qui justifie totalement une activité révolutionnaire. Il faut utiliser les occasions qui s’ouvrent devant nous, et construire le parti révolutionnaire.

Le problème du pouvoir est posé aux ouvriers

La seconde guerre mondiale pose la question du changement de régime d’une façon plus impérieuse, plus urgente que ne le fit la première guerre. C’est avant tout et surtout la question du régime politique. Les ouvriers ont conscience que la démocratie fait partout naufrage et qu’ils sont menacés du fascisme même dans les pays où le fascisme n’existe pas encore. La bourgeoisie des pays démocratiques utilisera évidemment cette crainte du fascisme de la part des ouvriers, mais d’autre part la banqueroute des démocraties, leur écroulement, leur transformation sans douleur en dictature réactionnaire force les ouvriers à se poser le problème du pouvoir, les rend plus réceptifs au problème dit pouvoir.

La réaction détient aujourd’hui une puissance comme il n’y en a peut-être jamais eu auparavant dans l’histoire moderne de l’humanité. Mais ce serait une inexcusable méprise de ne voir que la réaction. Le processus historique est un processus contradictoire. Sous le couvert de la réaction officielle, de profonds processus ont lieu parmi les masses qui accumulent les expériences et deviennent sensibles à de nouvelles perspectives politiques. La vieille tradition conservatrice de l’Etat démocratique qui était si puissante même pendant la période de la dernière guerre impérialiste n’existe aujourd’hui que comme une survivance extrêmement instable. A la veille de la dernière guerre les travailleurs européens avalent des partis numériquement puissants. Mais à l’ordre du jour se trouvaient des réformes, des conquêtes partielles, et nullement la conquête du pouvoir.

La classe ouvrière américaine est encore aujourd’hui sans un parti ouvrier de masses. Mais la situation objective, et les expériences accumulées par les ouvriers américains peuvent poser dans un très bref délai à l’ordre du jour la question de la prise du pouvoir. Il faut faire de cette perspective la base de notre agitation. Il n’est pas seulement question de prendre position vis-à-vis du militarisme capitaliste et de refuser de défendre l’Etat bourgeois, mais il s’agit d’une préparation directe pour la prise du pouvoir et la défense de la patrie prolétarienne.

N’est-il pas possible que les staliniens soient à la tête d’une nouvelle montée révolutionnaire et conduisent à la ruine la révolution comme ils le firent en Espagne et auparavant en Chine ? Il n’est évidemment pas possible d’exclure une telle possibilité, par exemple en France. La première vague de la révolution a souvent, ou plus exactement, a toujours porté au pouvoir ces partis de « gauche » qui, dans la période précédente, s’étaient arrangés pour ne pas se discréditer complètement et qui ont derrière eux une tradition politique imposante. C’est ainsi que la révolution de février mit sur le pavois les mencheviks, les socialistes révolutionnaires qui s’opposèrent à la révolution dès ses débuts. De même la révolution allemande de novembre 1918 porta au pouvoir les sociaux-démocrates qui s’opposèrent irréductiblement aux soulèvements révolutionnaires.

Il y a déjà douze ans, Trotsky écrivit dans un article publié par The New Republic :

« Il n’y a pas de période dans l’histoire de l’humanité qui ait été si saturée de contradictions que la nôtre. Sous une trop forte tension des classes et des antagonismes internationaux, les « plombs » de la démocratie « sautent ». D’où les courts-circuits de la dictature. Bien entendu les « plombs » les plus faibles sont les premiers à céder. Mais la puissance des contradictions intérieures et mondiales ne s’en affaiblit pas pour cela : au contraire, elle augmente. Il est douteux qu’elle doive s’apaiser, étant donné que le processus n’a saisi jusqu’à présent que la périphérie du monde capitaliste. La goutte commence au petit doigt de la main ou dans le gros orteil, mais une fois installée, elle se fraye la voie directement au cœur. » (The New Republic, 22 mai 1929).

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