English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 26- HISTOIRES COMIQUES > Les dix commandements de l’âne

Les dix commandements de l’âne

mercredi 30 juillet 2014, par Robert Paris

Les dix commandements de l’âne

Premier commandement de l’âne :

Tu ne te laisseras pas perturber par les mensonges et insultes des humains ! Les propos injurieux des deux pattes te laisseront froid : « bonnet d’âne », « bête comme un âne » ou « âne bâté » ou encore « faire l’âne pour avoir du son » ne sont que des propos d’animaux à deux pattes, un peu écervelés, ceux sans doute qui préfèrent les pauvres chevaux et ne savent rien des ânes. Ces deux pattes ne savent même pas que l’âne ne feignante pas, qu’il n’est pas bête, qu’il n’a pas peur, qu’il n’est pas rétif : qu’il réfléchit tout simplement et posément ! Quel autre animal peut prétendre tourner les oreilles indépendamment à 180° pour mieux entendre ! Quel autre animal est aussi affectueux, je vous le demande !

Deuxième commandement de l’âne :

Tu cultiveras la vie sociale. L’âne ne doit pas rester seul et sa compagnie peut aussi bien être d’autres ânes que des chevaux, des chèvres ou d’autres quatre pattes sympathiques. Nous les ânes, on aime relationner !

Troisième commandement de l’âne :

Tu ne donneras jamais l’impression aux deux pattes de courir après le travail. Ils auraient vite fait de l’exploiter. Interrompt-toi fréquemment pour brouter de l’herbe afin de bien montrer que, pour toi, le travail ce n’est pas la santé. De temps en temps, n’hésites pas à renverser ton chargement si la charge est trop lourde ou mal équilibrée, si le bât est mal fixé, si la courroie te blesse et à arracher ta laisse. Il faut rappeler périodiquement aux deux pattes que tu es libre et que tu tiens à le rester. Et, surtout, ne laisses pas qu’on touche à ta queue !

Quatrième commandement de l’âne :

Malgré les trépignements des deux pattes, qui se croient tes maîtres, tu resteras bien prudent : pas de traversées de gués, de rivières, de ponts, de flaques, de plaques d’égouts ou autres guet-apens qui pourraient être mis sur ton chemin.

Cinquième commandement de l’âne :

Tu ne te laisseras pas embarquer dans n’importe quel van ou camionnette. Méfies-toi : les saucissons sèchent par ci par là et montrent le sort qui guette tous ceux qui n’ont pas su se méfier.

Sixième commandement de l’âne :

Tu n’oublieras jamais l’amour et l’amitié entre ânes et tu trouveras le bonheur. Museau sur l’encolure et bisou au museau sont les gestes les plus sympathiques.

Septième commandement de l’âne :

Tu ne t’ennuieras pas, en repassant tous les événements marquants de ta vie. La mémoire d’un âne, c’est ce qu’il y a de plus fort.

Huitième commandement de l’âne :

Tu n’obéiras pas si on te dit d’arrêter de braire ! Si tu éprouves le besoin de t’exprimer et de faire savoir aux alentours (aux ânes et ânesses notamment) que tu es en grande forme dans ton champ pousse un bon braiement. Tous les ânes du coin sauront qu’un âne en grande forme s’écrie « J’suis dans mon p’tit champ ! J’suis dans mon p’tit champ » !

Neuvième commandement de l’âne :

Tu ne rechigneras pas devant de bons petits plats ! Rien ne vaut une bonne herbe, un bon picotin d’avoine et un peu de sel. Les friandises font du bien sur le moment mais ne valent rien à la longue.

Dixième commandement de l’âne :

Tu pourras fricoter avec les humains, mais prudemment. Si tu connais un deux pattes sympathique, tu peux te fier à lui. Si ton deux pattes est un salaud qui frappe, qu’il se méfie : rien ne vaut le coup de sabot de l’âne qui a gardé sa vengeance pendant trop longtemps ! Mais, en dehors des mauvaises rencontres, c’est bien toi le plus humoristique des animaux ! Je n’ai pas dit des « bêtes ». C’est celui qui n’est pas le plus malin qui les a nommés ainsi… Rien ne vaut une plaisanterie d’âne et une bonne et franche rigolade, c’est le met le plus recherché de tous les ânes de bonne compagnie.

Promenades avec des ânes :

1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 ; 15 ; 16 ; 17 ; 18 ; 19 ; 20 ; 21 ; 22 ; 23 ; 24 ; 25 ; 26 ; 27 ; 28 ; 29 ; 30 ; 31 ; 32 ; 33 ; 34 ; 35 ; 36 ; 37 ; 38 ; 39 ; 40 ; 41 ; 42 ; 43

Asineries :

1  ; 2  ; 3  ; 4  ; 5  ; 6  ; 7  ; 8  ; 9  ; 10

Associations :

1  ; 2  ; 3  ; 4  ; 5  ; 6  ; 7  ; 8  ; 9  ; 10

Maisons et musées de l’âne :

1  ; 2  ; 3  ; 4  ; 5  ; 6  ; 7  ; 8  ; 9  ; 10

Jeux :

1 ; 2  ; 3

Quelques sites de l’âne :

1 ; 2  ; 3  ; 4

Les types d’ânes :

Types et races  ; En France  ; L’âne sauvage d’Afrique  ; Aux Baléares  ; En Asie  ; Dans le monde  ; L’âne à l’international

Histoires et récits de l’âne

1  ; 2  ; 3  ; 4  ; 5  ; 6  ; 7  ; 8  ; 9 ; 10 ; 11

Forums sur les ânes :

1  ; 2  ; 3  ; 4  ; 5  ; 6  ; 7

RÉCITS SUR LES ÂNES :

L’âne de Victor Hugo

Mémoires d’un âne

Le savez-vous la nuit ? C’est Byzance à l’étable ;

Le fermier est parti, pour sortir sa valseuse.

Il est gaulé comme un empaffé impeccable

Pour vendre des régimes ou des autos laveuses.

Les rossignols, le porc et le cerf vaniteux

Ont donc idée de plumer un niais au Poker

Qui de tous nos convives aura le meilleur jeu ?

« Pas l’âne assurément » plaident-ils en concert.

Toute la partie n’est qu’une succession folle

De boutades orchestrées autour du pauv’ mulet,

« Vous n’avez pas d’amis lui dit le Rossignol ?

Vous n’en perdrez donc pas ce soir après dîner ! »

Et le porc qui enchaine : « Vous semblez bien pâle,

Du rosé ? À défaut d’un autre maquillage ? »

« C’est livré avec son nettoyage estival ! »

Cancana en bramant son odieux voisinage.

Le butin s’amoncelle mais la der approche

Ça piaille autour du jeu qu’il faut être patient.

Mais Monsieur Rossignol prend deux fois dans la pioche

Il fait grise mine et sa dame le surprend.

« Comment as tu pu jouer ? Idiot ! Espèce de tarte !

Tu t’es fait déplumer comme un oisillon sec ! »

La Tablet ahurie découvre les cinq cartes

Et s’esclaffent des piafs qui se sont pris le bec.

Et le porc se gaussant, la penche sur la table,

Enchaina les binouzes au delà du tonneau…

Il enquilla si fort que l’on fut incapable

De distinguer ses rires au moment du salto.

Aucun fauteuil au monde aussi costaud ne soit-il

Ne pouvait supporter le poids d’un tel cochon

La couenne sur le flanc il gît là, bien imbécile

Sa paire de rois au groin qui moussait du houblon.

Le cerf en gentleman et hautain comme un coq

Se riait du comique tableau des postiches.

Il remisa encore les quelques breloques

Qu’il venait d’emprunter à son amie la biche.

« Ne faites point d’esclandre, ma douce et ma belle,

A minuit, je vous couvrirai d’or et d’argent

Et comme un chevalier, il provoque en duel

Le mulet, en déposant ses as en brelan.

« Je n’ai pas votre éclat ! » leur dit le bourricot

Mais dans mon quotidien, Je suis déjà heureux

« Alors pensez vous bien avec tout ce magot

Je suis le roi des rois, pour un carré de deux ! »

La biche en voyant l’âne couvert de parure

S’empressa d’accompagner son nouvel amant

Ils partirent dans la nuit et à l’aventure

Et nul besoin de bois pour jouer au cerf volant.

Ce qu’on sait sur l’âne

Ne nous chargez pas n’importe comment !

Les ânes insoumis de la révolution française

J’AIME L’ÂNE...

J’aime l’âne si doux marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles et bouge ses oreilles ;

et il porte les pauvres et des sacs remplis d’orge.

Il va, près des fossés, d’un petit pas cassé.

Mon amie le croit bête parce qu’il est poète.

Il réfléchit toujours.

Ses yeux sont en velours.

Jeune fille au doux cœur,

tu n’as pas sa douceur :

car il est devant Dieu

l’âne doux du ciel bleu.

Et il reste à l’étable,

fatigué, misérable,

ayant bien fatigué

ses pauvres petits pieds.

Il a fait son devoir

du matin jusqu’au soir.

Qu’as-tu fait jeune fille ?

Tu as tiré l’aiguille...

Mais l’âne s’est blessé :

la mouche l’a piqué.

Il a tant travaillé

que ça vous fait pitié.

Qu’as-tu mangé petite ?

— T’as mangé des cerises.

L’âne n’a pas eu d’orge,

car le maître est trop pauvre.

Il a sucé la corde,

puis a dormi dans l’ombre...

La corde de ton cœur

n’a pas cette douceur.

Il est l’âne si doux

marchant le long des houx.

J’ai le cœur ulcéré :

ce mot-là te plairait.

Dis-moi donc, ma chérie,

si je pleure ou je ris ?

Va trouver le vieil âne,

et dis-lui que mon âme

est sur les grands chemins,

comme lui le matin.

Demande-lui, chérie,

si je pleure ou je ris ?

Je doute qu’il réponde :

il marchera dans l’ombre,

crevé par la douceur,

sur le chemin en fleurs.

Francis Jammes

Extrait de « La route » de Vassili Grossman

La guerre toucha tous les habitants des Apennins.

Djou, le jeune mulet qui servait dans le charroi d’un régiment d’artillerie, ressentit immédiatement, dès le 22 juin 1941, de nombreux changements ; mais, bien entendu, il ne savait pas que le Führer avait convaincu le Duce d’entrer en guerre contre l’Union soviétique.

Les gens seraient bien étonnés s’ils apprenaient tout ce que le mulet remarqua le jour où la guerre commença à l’Est : la radio qui émettait sans arrêt, la musique, le portail de l’écurie grand ouvert, la foule des femmes et des enfants qui se tenaient près de la caserne, les drapeaux, l’odeur du vin sur ceux qui, la veille encore, ne sentaient pas le vin, et les mains tremblantes de Nicollo lorsqu’il sortit Djou de sa stalle et lui passa le collier.

Le conducteur n’aimait pas Djou, il l’attelait à gauche pour pouvoir lui donner plus facilement des coups de fouet de sa main droite. Les coups, il les lui donnait sur le ventre et non sur l’arrière-train, là où la peau est épaisse. La main de Nicollo était lourde, brune, les ongles racornis : une main de paysan.

Son coéquipier n’éveillait chez Djou qu’indifférence. C’était un grand animal, fort, appliqué, morose ; sur le poitrail et sur les flancs, le poil était usé par le collier et par les traits. Des plaques dénudées, grises, brillaient de l’éclat gras du graphite.

Les yeux du coéquipier étaient recouverts d’un voile bleuté, la tête aux dents jaunes et usées conservait un air indifférent, somnolent, que ce soit pendant une ascension sur l’asphalte amolli par la chaleur de l’été ou pendant le repos, à l’ombre des arbres… Les yeux du coéquipier n’expriment qu’indifférence, ses narines ne bougent pas, de la lèvre inférieure à peine avancée pend une bave transparente…

Un jour, pour jouer, Djou essaya de pousser le vieux mulet, mais l’autre lui donna tranquillement, sans méchanceté, un coup de sabot et se tourna de l’autre côté. Parfois, Djou entendait le vieux respirer avec difficulté dans la stalle voisine.

Le conducteur, avec son itinéraire à suivre, son pouvoir, son fouet, sa botte et sa voix enrouée, ne provoquait pas chez Djou une admiration d’esclave.

A sa droite marchait le coéquipier, derrière son dos il y avait la charrette qui brinquebalait et le conducteur qui criait de temps en temps, et devant ses yeux s’étendait la route. Parfois, le conducteur semblait suivre la charrette et parfois c’est la charrette qui semblait obéir au conducteur. Le fouet ? Que faire ? Les mouches aussi piquaient jusqu’au sang le bout de ses oreilles. Mais les mouches n’étaient que des mouches. Le fouet, un fouet. Et le conducteur, un conducteur.

Au début, Djou était secrètement en colère contre l’asphalte interminable. On ne pouvait pas le mâcher, on ne pouvait pas le boire, alors qu’on était entouré d’une nourriture de feuilles et d’herbe, et que l’eau abondait dans les lacs et dans les mares.

C’est l’asphalte qui apparaissait comme l’ennemi principal. Mais, très vite, Djou trouva plus désagréables encore le poids de la charrette et des rênes, la voix du conducteur.

Alors Djou se réconcilia avec la route. Il lui semblait qu’elle le libérait de la charrette et du conducteur. La route montait, la route s’entortillait parmi les orangers, et derrière son dos, la charrette roulait inlassablement dans un fracas monotone. Le collier de cuir comprimait les os de son poitrail.

Le labeur absurde qui lui était imposé provoquait en lui le désir de donner des coups de sabots dans la charrette, de déchirer les traits avec ses dents…

Tout ce qui composait la vie du mulet était de plus en plus pénible : la terre était gluante, elle clapotait, semblait parler ; la route était visqueuse, ce qui la rendait plus longue encore, chaque pas était comme une multitude de pas, la charrette était insupportablement paresseuse, têtue. On aurait dit que Djou et son coéquipier ne tiraient pas une seule charrette, mais tout un train. Le conducteur criait maintenant sans cesse, donnait des coups de fouet fréquents et douloureux. On aurait dit qu’il n’y avait pas un seul conducteur dans la charrette, mais plusieurs. Les fouets s’étaient multipliés et ils avaient tous une langue : ils étaient méchants, froids et brûlants à la fois, cinglants, pénétrants…

Lentement, inévitablement, la guerre et l’hiver écrasaient le mulet de leur poids et Djou répondit à l’énorme agression d’indifférence, prête à l’anéantir, par son indifférence à lui, infinie.

Il était devenu l’ombre de lui-même, et cette ombre cendrée mais encore vivante ne ressentait déjà plus ni le plaisir de manger ou de se reposer, ni sa propre chaleur. Il lui était égal de se déplacer sur la route verglacée en remuant ses pattes mécaniques ou bien de rester débout la tête baissée. Il ruminait le foin avec indifférence, sans joie, et supportait pareillement la faim, la soif et le vent coupant de l’hiver. La blancheur de la neige irritait ses yeux, mais le crépuscule et l’obscurité lui étaient équivalents. Il ne les désirait pas, ne les attendait pas.

Il cheminait à côté de son vieux coéquipier, lui ressemblant maintenant complètement. L’indifférence qu’ils ressentaient l’un envers l’autre n’avait d’égale que celle que chacun éprouvait envers lui-même.

Cette indifférence envers lui-même fut sa dernière révolte.

Etre ou ne pas être était devenu sans importance pour Djou ; On aurait dit que le mulet avait résolu le problème d’Hamlet.

Soumis à l’existence et à la non-existence, il perdit la notion du temps : le jour et la nuit s’étaient effacés dans son esprit, il ne distinguait plus un soleil glacé d’une nuit sans lune.

Quand l’offensive russe commença, le gel n’était pas particulièrement fort.

Djou ne perdit pas la tête au cours des préparatifs de l’artillerie destructrice. Il n’arracha pas les traits, il ne fit pas d’écarts lorsque dans le ciel nuageux flamba l’incendie de l’artillerie, lorsque le sol commença à s’ébranler et que l’air, déchiré par les gémissements et les rugissements de l’acier, se remplit de feu, de fumée, de mottes de neige et d’argile.

Le torrent de la déroute ne l’avait pas emporté, il restait debout, tête et queue basses, tandis qu’à côté de lui des gens couraient, tombaient, se relevaient, se traînaient, que des tracteurs avançaient, que des camions fuyaient.

Son coéquipier poussa un cri bizarre, d’une voix qu avait l’air humaine, il tomba, agita ses pattes, puis se calma et la neige qui l’entourait devint toute rouge.

Le mulet, insensible et soumis, n’attendait pas l’accomplissement de son destin, il était aussi indifférent à son ancien qu’à son nouveau sort….

Un homme tenant un fouet à la main s’approcha de Djou et l’examina. Le mulet sentit l’odeur de tabac et de cuir brut que dégageait l’homme.

L’homme, tout comme le faisait Nicollo, lui donna un coup dans les dents, dans la pommette, dans le flanc.

Il tira sur la bride, se mit à parler d’une voix sifflante, et le mulet regarda involontairement Nicollo, étendu sur la neige, mais celui-ci se taisait…

Djou suivit l’homme. Ils approchèrent des charrettes et furent aussitôt entourés de conducteurs qu faisaient du bruit, agitaient les bras, riaient, et qui frappèrent à petits coups le dos et les flancs de Djou. On lui donna du foin et il mangea. Aux charrettes étaient attelés, par paires, des chevaux aux oreilles courtes et aux yeux méchants. Il n’y avait pas de mulets.

Le conducteur approcha Djou d’une charrette à laquelle était déjà attelé un cheval au pelage sombre à qui manquait son coéquipîer ;

Le cheval était petit. Le mulet, qui était de bonne taille, se révéla être plus grand que lui. Le cheval le regarda, abaissa ses oreilles puis les releva, secoua la tête, la tourna de l’autre côté, souleva sa patte de derrière, prêt à donner un coup de sabot…

L’odeur qui s’en dégageait était insolite, bizarre, chevaline ; cependant, le mulet resta indifférent à cette odeur.

Le mulet resta aussi indifférent à la chaleur qui venait du flanc décharné du cheval.

Le cheval aplatit complètement les oreilles, il prit une expression méchante, carnassière, qui n’était pas celle d’un herbivore. Il roula les yeux, souleva la lèvre supérieure en découvrant ses dents, prêt à mordre. Mais Djou, dans son indifférence, lui présentait sa pommette et son encolure découvertes…

Tout à coup, Djou regarda le cheval du coin de l’œil et le cheval regarda Djou.

Le charroi se mit en route…

Bizarrement, plongé comme il l’était dans un monde d’indifférence, il sentit que lui-même n’était pas indifférent au cheval qui courait à ses côtés.

Et soudain, voici que le cheval agita la queue en direction de Djou. La queue soyeuse et glissante ne ressemblait en rien au fouet ou à la queue du coéquipier mort. Elle glissa avec douceur sur la peau du mulet.

Au bout d’un certain temps, le cheval agita à nouveau la queue. Pourtant, dans la plaine enneigée, il n’y avait ni mouches ni moustiques…

Ils coururent ainsi un long moment et soudain, le cheval hennit. Il hennit doucement, tout doucement, tout doucement pour que ni le conducteur ni la plaine qui les entourait ne puissent entendre son hennissement.

Il avait henni tout doucement pour que seul le mulet qui courait à ses côtés puisse l’entendre…

Le charroi s’arrêta et le conducteur détela les deux bêtes. Elles mangèrent ensemble et burent de l’eau dans le même petit seau, puis le cheval s’approcha du mulet et posa la tête sur son encolure. Ses lèvres mobiles et douces touchèrent l’oreille du mulet et celui-ci plongea avec confiance ses yeux dans les yeux tristes du petit cheval kolkhozien, et sa respiration se mélangea avec la bonne et chaude respiration de celui-ci…

La vie du mulet Djou et le destin du cheval de Vologda se transmettaient distinctement, pour eux seuls, par la chaleur de leur respiration, par la fatigue des yeux… Ils pleuraient tous les deux… C’était vrai, ils pleuraient. »

Le petit âne gris

De Hugues Aufray

Ecoutez cette histoire,
Que l’on m’a racontée
Du fond de ma mémoire
Je vais vous la chanter.

Elle se passe en Provence
Au milieu des moutons
Dans le Sud de la France
Au pays des santons.

Quand il vint au domaine
Y avait un beau troupeau
Les étables étaient pleines
De brebis et d’agneaux

Marchant toujours en tête
Aux premières lueurs
Pour tirer sa charrette
Il mettait tout son coeur.

Au temps des transhumances
Il s’en allait heureux
Remontant la Durance
Honnête et courageux

Mais un jour de Marseille
Des messieurs sont venus
La ferme était bien vieille
Alors on l’a vendue.

Il resta au village
Tout le monde l’aimait bien
Vaillant malgré son âge
Et malgré son chagrin

Image d’Evangile
Vivant d’humilité
Il se rendait utile
Auprès du cantonnier.

Cette vie honorable
Un soir s’est terminée
Dans le fond d’une étable
Tout seul il s’est couché

Pauvre bête de somme
Il a fermé les yeux
Abandonné des hommes
Il est mort sans adieu.

Cette chanson sans gloire
Vous racontait la vie
Vous racontait l’histoire
D’un petit âne gris.

La suite...

47 Messages de forum

  • Les dix commandements de l’âne 9 août 2014 18:41, par R.P.

    Âne, quand tu t’arrêtes, ce n’est pas pour fainéanter comme le croit ton maître à deux pattes, ni pour lui casser les pattes, mais pour penser, pour réfléchir, pour étudier la situation et prendre les bonnes dispositions, éventuellement pour t’assurer que ton maître ne t’entraîne pas dans des aventures malencontreuses comme de poser tes pattes dans l’eau, dans la boue, sur un objet glissant ou blessant. Déjà, on l’a bien vu se tromper en te mettant le bât, en chargeant inégalement celui-ci, en choisissant un itinéraire avec des ponts, des passages de gués et autres dangereux chausses-trappes… Quand on est âne, on a un naturel posé et réfléchi, même si les maîtres à deux pattes, eux, sont pressés et impulsifs !

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 21 août 2014 18:12, par MOSHE

    Et devant mes yeux je vis passer la guerre...Lettre de Rosa Luxemburg

    ....Ah ! ma petite Sonia, j’ai éprouvé ici une douleur aiguë.
    Dans la cour où je me promène arrivent tous les jours des véhicules militaires bondés de sacs, de vielles vareuses de soldats et de chemises souvent tachées de sang...
    On les décharge ici avant de les répartir dans les cellules où les prisonnières les raccomodent, puis on les recharge sur la voiture pour les livrer à l’armée.
    Il y a quelques jours arriva un de ces véhicules tiré non par des chevaux, mais par des buffles.
    C’était la première fois que je voyais ces animaux de près.

    Leur carrure est plus puissante et plus large que celle de nos boeufs ; ils ont le crâne aplati et des cornes recourbées et basses ; ce qui fait ressembler leur tête toute noire avec deux grands yeux doux plutôt à celle des moutons de chez nous.
    Il sont originaires de Roumanie et constituent un butin de guerre...
    Les soldats qui conduisent l’attelage racontent qu’il a été très difficile de capturer ces animaux qui vivaient à l’état sauvage et plus difficile encore de les dresser à traîner des fardeaux.
    Ces bêtes habituées à vivre en liberté, on les a terriblement maltraitées jusquà ce qu’elles comprennent qu’elles ont perdu la guerre : l’expression vae victis s’applique même à ces animaux... une centaine de ces bêtes se trouveraient en ce moment rien qu’à Breslau.
    En plus des coups, eux qui étaient habitués aux grasses pâtures de Roumanie n’ ont pour nourriture que du fourrage de mauvaise qualité et en quantité tout à fait insuffisante.
    On les fait travailler sans répit, on leur fait traîner toutes sortes de chariots et à ce régime ils ne font pas long feu.
    Il y a quelques jours, donc, un de ces véhicules chargés de sacs entra dans la cour.
    Le chargement était si lourd et il y avait tant de sacs empilés que les buffles n’arrivaient pas à franchir le seuil du porche.
    Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper si violemmment du manche de son fouet que la gardienne de prison indignée lui demanda s’il n’avait pas pitité des bêtes.
    Et nous autres, qui donc a pitité de nous ? répondit-il, un sourire mauvais aux lèvres, sur quoi il se remit à taper de plus belle...
    Enfin les bêtes donnèrent un coup de collier et réussirent à franchir l’obstacle, mais l’une d’elle saignait... Sonitchka, chez le buffle l’épaisseur du cuir est devenue proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu’on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l’un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d’enfant en pleurs.
    C’était exactement l’expression d’un enfant qu’on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale...
    J’étais devant lui, l’animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c’étaient ses larmes.
    Il n’est pas possible, devant la douleur d’un frère chéri, d’être secouée de sanglots plus douloureux que je ne l’étais dans mon impuissance devant cette souffrance muette.
    Qu’ils étaient loin les pâturages de Roumanie, ces pâturages verts, gras et libres, qu’ils étaient inaccesibles, perdus à jamais.
    Comme là-bas tout - le soleil levant, les beaux cris des oiseaux ou l’appel mélodieux des pâtres - comme tout était différent.
    Et ici cette ville étrangère, horrible, l’étable étouffante, le foin écoeurant et moisi mélangé de paille pourrie, ces hommes inconnus et terribles et les coups, le sang ruisselant de la plaie ouverte...
    Oh mon pauvre buffle, mon pauvre frère bien-aimé, nous sommes là tous deux aussi impuissants, aussi hébétés l’un que l’autre, et notre peine, notre impuissance, notre nostalgie font de nous un seul être.
    Pendant ce temps, les prisonniers s’affairaient autour du chariot, déchargeant de lourds ballots et les portant dans le bâtiment.
    Quant au soldat, il enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon, se mit à arpenter la cour à grandes enjambées, un sourire aux lèvres, en sifflotant une rengaine qui traîne les rues.

    Et devant mes yeux je vis passer la guerre dans toute sa splendeur...

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 22 août 2014 11:25, par toma95

    L’âne nous interpelle dans notre rapport au travail salarié, super texte !!!

    Répondre à ce message

    • Les dix commandements de l’âne 22 août 2014 16:24, par Robert Paris

      Tu as parfaitement raison : l’âne résiste à l’exploitation mais il fait mieux que cela. Il ne la comprend pas. or, il ne peut agir que lorsqu’il comprend. L’âne nous interpelle parce qu’il est souvent en train de réfléchir, parce qu’il est souvent en train de rigoler, de faire une plaisanterie, de jouer un jeu, d’examiner ce que seront nos réactions, de rêver et que, pourtant, nous le considérons comme "une bête". Qu’est-ce que nous sommes bêtes de nous croire supérieurs parce que simplement nous ne comprenons pas !

      Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 2 septembre 2014 15:07, par Robert

    « L’asinité est la compagne et secrétaire de la vérité. »

    Giordano Bruno dans « Cabale du cheval pégasien ».

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 22 septembre 2014 08:09

    Trois points sont fameux chez les ânes : la réflexion, l’humour et le refus de l’exploitation. Les deux pattes feraient bien d’en prendre... de la graine

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 9 novembre 2014 13:19

    On dit de lui bien des choses négatives : qu’il est bête, qu’il est têtu qu’il mord, qu’il botte etc… Sans doute les gens qui s’expriment ainsi en parlant des ânes ont bien peu de connaissance de cet animal. Au contraire, il est tout à fait intelligent et curieux, il possède la capacité de réfléchir et n’agit qu’après avoir analysé une situation. Sa grande prudence le rend un peu lent à l’action mais son courage et sa détermination permettent à l’homme d’aller très loin avec son âne pour peu qu’il comprenne comment il fonctionne.

    L’âne est un animal qui ne connaît pas la dominance hiérarchique dans son groupe. Il y est LIBRE. Libre d’aller et venir, choisir sa nourriture, l’endroit ou il va se rouler etc… il est donc important pour faire bon ménage avec lui de recréer un espace de liberté afin d’amener notre compagnon à faire ce que l’on attend de lui. Pour cela calme et patience sont de rigueur ! le despotisme , les hurlements et les coups sont à proscrire.

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 3 décembre 2014 09:17

    Les premiers ânes

    Autrefois, les ânes étaient tout à fait sauvages, c’est-à-dire qu’ils mangeaient quand ils avaient faim, qu’ils buvaient quand ils avaient soif et qu’ils couraient dans l’herbe quand ça leur faisait plaisir.

    Quelquefois, un lion venait qui mangeait un âne, alors tous les autres ânes se sauvaient en criant comme des ânes, mais le lendemain ils n’y pensaient plus et recommençaient à braire, à boire, à manger, à courir, à dormir... En somme, sauf les jours où le lion venait, tout marchait assez bien.

    Un jour, les rois de la création (c’est comme ça que les hommes aiment à s’appeler entre eux) arrivèrent dans le pays des ânes, et les ânes très contents de voir du nouveau monde galopèrent à la rencontre des hommes.

    Les ânes (ils parlent en galopant) : "Ce sont de drôles d’animaux blêmes, ils marchent à deux pattes, leurs oreilles sont très petites, ils ne sont pas beaux mais il faut tout de même leur faire une petite réception... c’est la moindre des choses ... "

    Et les ânes font les drôles ils se roulent dans l’herbe en agitant les pattes, ils chantent la chanson des ânes et puis, histoire de rire, ils poussent les hommes pour les faire un tout petit peu tomber par terre ; mais l’homme n’aime pas beaucoup la plaisanterie quand ce n’est pas lui qui plaisante et. il n’y a pas cinq minutes que les rois de la création sont dans le pays des ânes que tous les ânes sont ficelés comme des saucissons.

    Tous, sauf le plus jeune, le plus tendre, celui-là mis à mort et rôti à la broche avec autour de lui les hommes le couteau à la main. L’âne cuit à point, les hommes commencent ’à manger et font une grimace de mauvaise humeur puis jettent leur couteau par terre.

    L’un des hommes (il parle tout seul) : "Ça ne vaut pas le boeuf, ça ne vaut pas le boeuf ! "

    Un autre : "Ce n’est pas bon, j’aime mieux le mouton !"

    Un autre : "Oh que c’est mauvais (il pleure)."

    Et les ânes captifs voyant pleurer l’homme pensent que c’est le remords qui lui tire les larmes.

    On va nous laisser partir, pensent les ânes mais les hommes se lèvent et parlent tous ensemble en faisant de grands gestes.

    Choeur des hommes : "Ces animaux ne sont pas bons a manger leurs cris sont désagréables, leurs oreilles ridiculement longues, ils sont sûrement stupides et ne savent ni lire, ni compter, nous les appellerons des ânes parce que tel est notre bon plaisir et ils porteront nos paquets. "C’est nous qui sommes les rois, en avant !" Et les hommes emmenèrent les ânes.

    Jacques Prévert

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 1er janvier 2015 20:06

    L’âne est un animal qui ne connaît pas la dominance hiérarchique dans son groupe. Il y est LIBRE. Libre d’aller et venir, choisir sa nourriture, l’endroit ou il va se rouler etc… il est donc important pour faire bon ménage avec lui de recréer un espace de liberté afin d’amener notre compagnon à faire ce que l’on attend de lui. Pour cela calme et patience sont de rigueur ! le despotisme , les hurlements et les coups sont à proscrire. Son entêtement apparent n’est que le reflet d’une longue réflexion. Lorsqu’il est déterminé à aller cueillir une herbe qu’il aura repérée sur le bas-côté de la route, il mettra tout en œuvre pour nous détourner de notre route allant même jusqu’à faire " celui qui ne peut plus avancer ! "
    Nombre de personnes ont vu leur âne boiter pendant une tâche et partir ensuite en courant dans le pré !

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 29 janvier 2015 18:26

    L’Ane chargé d’éponges, et l’Ane chargé de sel

    Un Anier, son Sceptre à la main,

    Menait, en Empereur Romain,

    Deux Coursiers à longues oreilles.

    L’un, d’éponges chargé, marchait comme un Courrier ;

    Et l’autre, se faisant prier,

    Portait, comme on dit, les bouteilles :

    Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins,

    Par monts, par vaux, et par chemins,

    Au gué d’une rivière à la fin arrivèrent,

    Et fort empêchés se trouvèrent.

    L’Anier, qui tous les jours traversait ce gué-là,

    Sur l’Ane à l’éponge monta,

    Chassant devant lui l’autre bête,

    Qui voulant en faire à sa tête,

    Dans un trou se précipita,

    Revint sur l’eau, puis échappa ;

    Car au bout de quelques nagées,

    Tout son sel se fondit si bien

    Que le Baudet ne sentit rien

    Sur ses épaules soulagées.

    Camarade Epongier prit exemple sur lui,

    Comme un Mouton qui va dessus la foi d’autrui.

    Voilà mon Ane à l’eau ; jusqu’au col il se plonge,

    Lui, le Conducteur et l’Eponge.

    Tous trois burent d’autant : l’Anier et le Grison

    Firent à l’éponge raison.

    Celle-ci devint si pesante,

    Et de tant d’eau s’emplit d’abord,

    Que l’Ane succombant ne put gagner le bord.

    L’Anier l’embrassait, dans l’attente

    D’une prompte et certaine mort.

    Quelqu’un vint au secours : qui ce fut, il n’importe ;

    C’est assez qu’on ait vu par là qu’il ne faut point

    Agir chacun de même sorte.

    J’en voulais venir à ce point.

    Jean de Lafontaine

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 15 février 2015 10:07

    C’est vraiment l’étable de la loi !

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 23 avril 2015 18:03, par R.P.

    « Messieurs les Rédacteurs, les Ânes sentent le besoin de s’opposer, à la Tribune Animale, contre l’injuste opinion qui fait de leur nom un symbole de bêtise. Si la capacité manque à celui qui vous envoie cette écriture, on ne dira pas du moins qu’il ait manqué de courage. Et d’abord si quelque philosophe examine un jour la bêtise dans ses rapports avec la société, peut-être trouvera-t-on que le bonheur se comporte absolument comme un Âne... Osez dire que je suis un Âne, moi qui vous donne ici, la méthode de parvenir, et le résumé de toutes les sciences... »

    Honoré de Balzac, Guide-âne à l’usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs

    Répondre à ce message

  • Les Tartuffe ont perdu la partie

    Les Christine Boutin de Pologne ont encore frappé. Le parti catholique a en effet voulu interdire à deux ânes du zoo de faire l’amour en public comme ils en avaient l’habitude, prétendant que c’était un mauvais exemple donné aux enfants qui visitaient le zoo. Ils ont obtenu que les animaux soient séparés par un grillage ! Avant que la mobilisation populaire ne les dénonce et n’obtienne qu’ils soient à nouveau réunis. Les ânes amoureux ont gagné !

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 8 septembre 2015 12:41, par Tiekoura

    Un court débat avec un lecteur :

    Question

    Pourquoi tiens-tu tellement à défendre les ânes alors que chacun sait qu’ils sont moins intelligents, moins sympathiques, moins capables, mois proches des êtres humains que les chevaux ?

    Réponse

    Je pense que c’est un préjugé qui provient de l’époque où les ânes ont servi aux tâches subalternes alors que les chevaux ont servi aux « tâches nobles » à savoir la guerre et le transport des guerriers, des nobles, des seigneurs…

    Question

    Mais, quand même, refuses-tu de reconnaître qu’on dit, et ce n’est pas un hasard, « têtu comme un âne », « bête comme un âne », « borné comme un âne », « bonnet d’âne », ou encore « tête de mule » ?

    Réponse

    Est-ce que les préjugés te paraissent des preuves ?

    Question

    Oui, mais si c’était seulement des préjugés, ils auraient fini par tomber ?

    Réponse

    Si on se fonde sur ceux qui exploitent les ânes en les faisant travailler avec des coups, c’est sûr qu’on fonctionne sur des préjugés ! Mais penses-tu que ceux qui refusent de se faire exploiter sont forcément… « des ânes » ?!!!

    Question

    Ce n’est pas pareil : les hommes ont des raisons de ne pas vouloir se faire exploiter, raisons qui ne peuvent pas être comparées à celles des ânes qui sont seulement des animaux domestiques rétifs et peu avancés en compréhension. A preuve : les ânes ont peur de choses risibles comme traverser un cours d’eau et même une flaque d’eau !

    Réponse

    Pas si bêtes, les ânes ! Ils craignent l’eau parce qu’elle est mauvaise pour leurs sabots !

    Question

    Mais pourquoi sont-ils aussi désobéissants !

    Réponse

    Et c’est un homme qui pose cette question, laors que l’espèce humaine a la qualité d’être très désobéissante et que tu n’e es pas le dernier !!!

    Question

    Pourquoi devrais-je accepter que l’âne refuse de me servir quand ça lui chante ?

    Réponse

    Pourquoi apprécies-tu de ne le voir que comme un esclave ?!!!

    Question

    Mais ce n’est quand même qu’un animal ! Il ne voudrait quand même pas que je le traite comme un homme !...

    Réponse

    Non ! Il veut seulement que tu le traites comme un âne !

    Question

    C’est bien ce que je fais puisqu’un âne n’est rien d’autre qu’un animal !

    Réponse

    Cela ne résout pas la question car l’homme, lui aussi, n’est rien d’autre qu’un animal…

    Question

    Alors quel type de caractère sympathique trouve tu à cet animal en particulier puisqu’il est rétif, peu obéissant, capable de rébellion, ne comprenant pas ce qu’on lui demande, etc.

    Réponse

    L’âne est amusant, comprend les blagues, est capable d’en faire lui-même, est plein d’esprit d’humour ttrès fin, sent qu’on l’aime, qu’on le comprend, est très relationnel avec l’homme comme avec les autres animaux, a un esprit très collectif, s’adapte bien aux autres animaux. Il suffit qu’on cherche à lui imposer quelque chose pour qu’il se rebelle. Par contre, dès qu’on cesse de tirer sur son licou, il vient de lui-même. Tu devrais donc te reconnaître dans un tel caractère !!!

    Question

    Mais pourquoi met-il un temps infini à venir quand le lui demande et où on lui demande ?

    Réponse

    Parce que, comme toi, il réfléchis, veut éviter les pièges et les coups fourrés, ne veut pas être pris pour un idiot qu’on mène par la corde et les coups, n’obéit pas parce qu’on lui ordonne mais parce qu’il le veut bien, etc. L’homme devrait trouver là non des raisons de mépriser mais plutôt d’admirer et d’apprécier !!

    Question

    Donne moi des exemples où les ânes ont démontré leur caractère sympathique que tu leur attribues.

    Réponse

    Un exemple : un couple d’ânes a vaincu la Pologne des calottins religieux catholiques ! Il suffit de lire ici

    Ou encore là

    Voici d’autres exemples

    Ou encore ici

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 12 mars 2016 21:11

    « Il n’y a pas de plus grande sagesse que celle des ânes. »

    Gabriel Garcia Marquez, dans « Le général dans son labyrinthe »

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 28 mars 2016 08:59

    Les Deux Mulets - Jean de la Fontaine

    Deux Mulets cheminaient, l’un d’avoine chargé,

    L’autre portant l’argent de la Gabelle.

    Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,

    N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.

    Il marchait d’un pas relevé,

    Et faisait sonner sa sonnette :

    Quand l’ennemi se présentant,

    Comme il en voulait à l’argent,

    Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,

    Le saisit au frein et l’arrête.

    Le Mulet, en se défendant,

    Se sent percer de coups : il gémit, il soupire.

    Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis ?

    Ce Mulet qui me suit du danger se retire,

    Et moi j’y tombe, et je péris.

    Ami, lui dit son camarade,

    Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi :

    Si tu n’avais servi qu’un meunier, comme moi,

    Tu ne serais pas si malade.

    Jean de la Fontaine

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 28 mars 2016 12:11

    Un vieillard sur son âne aperçut en passant

    Un pré plein d’herbe et fleurissant :

    Il y lâche sa bête, et le grison se rue

    Au travers de l’herbe menue,

    Se vautrant, grattant, et frottant,

    Gambadant, chantant, et broutant,

    Et faisant mainte place nette.

    L’ennemi vient sur l’entrefaite.

    « Fuyons, dit alors le vieillard.

    - Pourquoi ? répondit le paillard :

    Me fera-t-on porter double bât, double charge ?

    Non pas, dit le vieillard, qui prit d’abord le large.

    - Et que m’importe donc, dit l’âne, à qui je sois ?

    Sauvez-vous, et me laissez paître.

    Notre ennemi, c’est notre maître :

    Je vous le dis en bon français. »

    La Fontaine

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 2 avril 2016 06:49

    L’âne peut se révolter car il a horreur des despotes...

    Mais quand il a peur de faire ceci ou cela d’aller ici ou là, c’est souvent parce qu’il veut vous protéger.

    Il a le sens de l’intérêt collectif.

    Il est intelligent, il réfléchit mais lentement...

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 2 avril 2016 06:52

    L’âne se sent responsable de vous comme il l’est de ses copains ânes. Certains refus ou blocages sont simplement liés à son sens de la "protection" et à sa prudence.

    Il a le sens du groupe social. Il a conscience de l’intérêt de ses amis.

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 14 mai 2016 16:14, par R.P.

    « L’ âne est donc un âne, et n’ est point un cheval dégénéré, un cheval à queue nue ; il n’ est ni étranger, ni intrus, ni bâtard ; il a, comme tous les autres animaux, sa famille, son espèce et son rang : son sang est pur, et quoique sa noblesse soit moins illustre, elle est tout aussi bonne, tout aussi ancienne que celle du cheval ; pourquoi donc tant de mépris pour cet animal, si bon, si patient, si sobre, si utile ? Les hommes mépriseraient-ils jusque dans les animaux, ceux qui les servent trop bien et à trop peu de frais ? On donne au cheval de l’ éducation, on le soigne, on l’ instruit, on l’ exerce, tandis que l’ âne, abandonné à la grossièreté du dernier des valets, ou à la malice des enfants, bien loin d’ acquérir, ne peut que perdre par son éducation : et s’ il n’ avait pas un grand fonds de bonnes qualités, il les perdrait en effet par la manière dont on le traite : il est le jouet, le plastron, le bardeau des rustres qui le conduisent le bâton à la main, qui le frappent, le surchargent, l’ excèdent sans prcaution, sans ménagement. On ne fait pas attention que l’ âne serait par lui-même, et pour nous, le premier, le plus beau, le mieux fait, le plus distingué des animaux, si dans le monde il n’ y avait point de cheval ; il est le second au lieu d’ être le premier, et par cela seul il semble n’ être plus rien : c’ est la comparaison qui le dégrade ; on le regarde, on le juge, non pas en lui-même, mais relativement au cheval ; on oublie qu’ il est âne, qu’ il a toutes les qualités de sa nature, tous les dons attachés à son espèce, et on ne pense qu’ à la figure et aux qualités du cheval, qui lui manquent, et qu’ il ne doit pas avoir. Il est de son naturel aussi humble, aussi patient, aussi tranquille, que le cheval est fier, ardent, impétueux ; il souffre avec constance, et peut-être avec courage, les châtiments et les coups ; il est sobre, et sur la quantité, et sur la qualité de la nourriture ; il se contente des herbes les plus dures et les plus désagréables, que le cheval et les autres animaux lui laissent et dédaignent ; il est fort délicat sur l’ eau, il ne veut boire que de la plus claire et aux ruisseaux qui lui sont connus : il boit aussi sobrement qu’ il mange, et n’ enfonce point du tout son nez dans l’ eau par la peur que lui fait, dit-on, l’ ombre de ses oreilles : comme l’ on ne prend pas la peine de l’ étriller, il se roule souvent sur le gazon, sur les chardons, sur la fougère ; et sans se soucier beaucoup de ce qu’ on lui fait porter, il se couche pour se rouler toutes les fois qu’ il le peut, et semble par là reprocher à son maître le peu de soin qu’ on prend de lui ; car il ne se vautre pas comme le cheval dans la fange et dans l’ eau, il craint même de se mouiller les pieds, et se détourne pour éviter la boue ; aussi a-t-il la jambe plus sèche et plus nette que le cheval ; il est susceptible d’ éducation, et l’ on en a vu d’ assez bien dressés pour faire curiosité de spectacle. Dans la première jeunesse il est gai, et même assez joli ; il a de la légèreté et de la gentillesse mais il la perd bientôt, soit par l’ âge, soit par les mauvais traitements, et il devient lent, indocile et têtu ; il n’ est ardent que pour le plaisir, ou plutôt il en est furieux au point que rien ne peut le retenir, et que l’ on en a vu s’ excéder et mourir quelques instants après ; et comme il aime avec une espèce de fureur, il a aussi pour sa progéniture le plus profond attachement. Pline nous assure que lorsqu’ on sépare la mère de son petit, elle passe à travers les flammes pour aller le rejoindre ; il s’ attache aussi à son maître, quoiqu’ il en soit ordinairement maltraité ; il le sent de loin et le distingue de tous les autres hommes ; il reconnaît aussi les lieux qu’ il a coutume d’ habiter, les chemins qu’ il a fréquentés ; il a les yeux bons, l’ odorat admirable, surtout pour les corpuscules de l’ ânesse, l’ oreille excellente, ce qui a encore contribué à le faire mettre au nombre des animaux timides, qui ont tous, à ce qu’ on prétend, l’ ouïe très-fine et les oreilles longues : lorsqu’ on le surcharge, il le marque en inclinant la tête et baissant les oreilles ; lorsqu’ on le tourmente trop, il ouvre la bouche et retire les lèvres d’ une manière très-désagréable, ce qui lui donne l’ air moqueur et dérisoire ; si on lui couvre les yeux, il reste immobile, et lorsqu’ il est couché sur le côté, si on lui place la tête de manière que l’ oeil soit appuyé sur la terre, et qu’ on couvre l’ autre oeil avec une pierre ou un morceau de bois, il restera dans cette situation sans faire aucun mouvement et sans se secouer pour se relever : il marche, il trotte et il galope comme le cheval, mais tous ces mouvements sont petits et beaucoup plus lents ; quoiqu’ il puisse d’ abord courir avec assez de vitesse, il ne peut fournir qu’ une petite carrière, pendant un petit espace de temps ; et quelque allure qu’ il prenne, si on le presse il est bientôt rendu. Le cheval hennit et l’ âne brait, ce qui se fait par un grand cri très-long, très-désagréable, et discordant par dissonances alternatives de l’ aigu au grave et du grave à l’ aigu ; ordinairement il ne crie que lorsqu’ il est pressé d’ amour ou d’ appétit ; l’ ânesse a la voix plus claire et plus perçante ; l’ âne qu’ on fait hongre ne brait qu’ à basse voix, et quoiqu’ il paraisse faire autant d’ efforts et les mêmes mouvements de la gorge, son cri ne se fait pas entendre de loin. De tous les animaux couverts de poil, l’âne est le moins sujet à la vermine : jamais il n’ a de poux, ce qui vient apparemment de la dureté et de la sécheresse de sa peau, qui est en effet plus dure que celle de la plupart des autres quadrupèdes ; et c’est par la même raison qu’ il est bien moins sensible que le cheval au fouet et à la piqûre des mouches. A deux ans et demi les premières dents incisives à côté des premières tombent aussi et se renouvellent dans le même temps et dans le même ordre que celles du cheval : on connaît aussi l’ âge par les dents ; les troisièmes incisives de chaque côté le marquent comme dans le cheval. Dès l’ âge de deux ans l’ âne est en état d’ engendrer, la femelle est encore plus précoce que le mâle, et elle est tout aussi lascive ; c’ est par cette raison qu’ elle est très-peu féconde ; elle rejette au dehors la liqueur qu’ elle vient de recevoir dans l’ accouplement, à moins qu’ on n’ ait soin de lui ôter promptement la sensation du plaisir, en lui donnant des coups pour calmer la suite des convulsions et des mouvements amoureux ; sans cette précaution elle ne retiendrait que très-rarement : le temps le plus ordinaire de la chaleur est le mois de mai et celui de juin : lorsqu’ elle est pleine, la chaleur cesse bientôt ; et dans le dixième mois, le lait paraît dans les mamelles. Elle met bas dans le douzième mois, et souvent il se trouve des morceaux solides dans la liqueur de l’ amnios, semblables à l’ hippomanès du poulain. Sept jours après l’ accouchement la chaleur se renouvelle, et l’ ânesse est en état de recevoir le mâle ; en sorte qu’ elle peut, pour ainsi dire, continuellement engendrer et nourrir. Elle ne produit qu’ un petit, et si rarement deux, qu’ à peine en a-t-on des exemples. Au bout de cinq ou six mois on peut sevrer l’ ânon, et cela est même nécessaire si la mère est pleine, pour qu’ elle puisse mieux nourrir son foetus. L’ âne étalon doit être choisi parmi les plus grands et les plus forts de son espèce ; il faut qu’ il ait au moins trois ans, et qu’ il n’ en passe pas neuf à dix ; qu’ il ait les jambes hautes, le corps étoffé, la tête élevée et légère, les yeux vifs, les naseaux gros, l’ encolure un peu longue, le poitrail large, les reins charnus, la côte large, la croupe plate, la queue courte, le poil luisant, doux au toucher et d’ un gris foncé. L’ âne, qui comme le cheval est trois ou quatre ans à croître, vit aussi comme lui vingt-cinq ou trente ans ; on prétend seulement que les femelles vivent ordinairement plus longtemps que les mâles ; mais cela ne vient peut-être que de ce qu’ étant souvent pleines, elles sont un peu plus ménagées, au lieu qu’ on excède continuellement les mâles de fatigues et de coups. Ils dorment moins que les chevaux, et ne se couchent pour dormir que quand ils sont excédés. L’ âne étalon dure aussi plus longtemps que le cheval étalon ; plus il est vieux, plus il paraît ardent ; et en général la santé de cet animal est bien plus ferme que celle du cheval ; il est moins délicat, et il n’ est pas sujet, à beaucoup près, à un aussi grand nombre de maladies ; les anciens mêmes ne lui en connaissaient guère d’ autres que celle de la morve, à laquelle il est, comme nous l’ avons dit, encore bien moins sujet que le cheval. Il y a parmi les ânes différentes races comme parmi les chevaux, mais que l’ on connaît moins, parce qu’ on ne les a ni soignés ni suivis avec la même attention ; seulement on ne peut guère douter que tous ne soient originaires des climats chauds. Aristote assure qu’ il n’ y en avait point de son temps en Scythie, ni dans les autres pays septentrionaux qui avoisinent la Scythie, ni même dans les Gaules, dont le climat, dit-il, ne laisse pas d’ être froid ; et il ajoute que le climat froid, ou les empêche de produire, ou les fait dégénérer, et que c’ est par cette dernière raison que dans l’ Illyrie, la Thrace et l’ Epire ils sont petits et faibles ; ils sont encore tels en France, quoiqu’ ils soient déjà assez anciennement naturalisés, et que le froid du climat soit bien diminué depuis deux mille ans par la quantité des forêts abattues et de marais desséchés ; mais ce qui paraît encore plus certain, c’ est qu’ ils sont nouveaux pour la Suède et pour les autres pays du nord ; ils paraissent être venus originairement d’ Arabie, et avoir passé d’ Arabie en égypte, d’ égypte en Grèce, de Grèce en Italie, d’ Italie en France, et ensuite en Allemagne, en Angleterre, et enfin en Suède, etc.., car ils sont en effet d’ autant moins forts et d’ autant plus petits, que les climats sont plus froids. Cette migration paraît assez bien prouvée par le rapport des voyageurs. Chardin dit « qu’ il y a deux sortes d’ ânes en Perse : les ânes du pays, qui sont lents et pesants, et dont on ne se sert que pour porter des fardeaux ; et une race d’ ânes d’ Arabie, qui sont de fort jolies bêtes et les premiers ânes du monde. Ils ont le poil poli, la tête haute, les pieds légers ; ils les lèvent avec action, marchant bien, et l’ on ne s’ en sert que pour montures ; les selles qu’ on leur met sont comme des bâts ronds et plats par-dessus : elles sont de drap ou de tapisserie avec les harnais et les étriers ; on s’ assied dessus, plus vers la croupe que vers le cou. Il y a de ces ânes qu’ on achète jusqu’ à quatre cents livres, et l’ on n’ en saurait avoir à moins de vingt-cinq pistoles ; on les panse comme des chevaux, mais on ne leur apprend autre chose qu’ à aller l’ amble, et l’ art de les y dresser est de leur attacher les jambes, celles de devant et celles de derrière du même côté, par deux cordes de coton qu’ on fait de la mesure du pas de l’ âne qui va l’ amble, et qu’ on suspend par une autre corde passée dans la sangle à l’ endroit de l’ étrier ; des espèces d’ écuyers les montent soir et matin et les exercent à cette allure ; on leur fend les naseaux afin de leur donner plus d’ haleine, et ils vont si vite, qu’ il faut galoper pour les suivre. » les Arabes, qui sont dans l’ habitude de conserver avec tant de soin et depuis si longtemps les races de leurs chevaux, prendraient-ils la même peine pour les ânes ? Ou plutôt cela ne semble-t-il pas prouver que le climat d’ Arabie est le premier et le meilleur climat pour les uns et pour les autres ? De là, ils ont passé en Barbarie, en égypte, où ils sont beaux et de grande taille, aussi bien que dans les climats excessivement chauds, comme aux Indes et en Guinée, où ils sont plus grands, plus forts et meilleurs que les chevaux du pays ; ils sont même en grand honneur à Maduré, où l’ une des plus considérables et des plus nobles tribus des Indes les révère particulièrement, parce qu’ ils croient que les âmes de toute la noblesse passent dans le corps des ânes ; enfin on trouve les ânes en plus grande quantité que les chevaux dans tous les pays méridionaux, depuis le Sénégal jusqu’ à la Chine ; on y trouve aussi des ânes sauvages plus communément que les chevaux sauvages. Les Latins, d’ après les Grecs, ont appelé l’ âne sauvage onager (onagre), qu’ il ne faut pas confondre, comme l’ ont fait quelques naturalistes et plusieurs voyageurs, avec le zèbre dont nous donnerons l’ histoire à part, parce que le zèbre est un animal d’ une espèce différente de celle de l’ âne. L’ onagre ou l’ âne sauvage n’ est point rayé comme le zèbre, et il n’ est pas à beaucoup près d’ une figure aussi élégante. On trouve des ânes sauvages dans quelques îles de l’ Archipel, et particulièrement dans celle de Cérigo : il y en a beaucoup dans les déserts de Lydie et de Numidie ; ils sont gris et courent si vite, qu’ il n’ y a que les chevaux barbes qui puissent les atteindre à la course ; lorsqu’ ils voient un homme, ils jettent un cri, font une ruade, s’ arrêtent, et ne fuient que lorsqu’ on les approche ; on les prend dans les piéges et dans les lacs de corde ; ils vont par troupes pâturer et boire ; on en mange la chair. Il y avait aussi du temps de Marmol, que je viens de citer, des ânes sauvages dans l’ île de Sardaigne, mais plus petits que ceux d’Afrique ; et Pietro della Valle dit avoir vu un âne sauvage à Bassora ; sa figure n’ était point différente de celle des ânes domestiques ; il était seulement d’ une couleur plus claire, et il avait, depuis la tête jusqu’ à la queue, une raie de poil blond ; il était aussi beaucoup plus vif et plus léger à la course que les ânes ordinaires. Olearius rapporte qu’un jour le roi de Perse le fit monter avec lui dans un petit bâtiment en forme de théâtre pour faire collation de fruits et de confitures ; qu’ après le repas on fit entrer trente-deux ânes sauvages sur lesquels le roi tira quelques coups de fusil et de flèche, et qu’il permit ensuite aux ambassadeurs et aux autres seigneurs de tirer ; que ce n’était pas un petit divertissement de voir ces ânes, chargés qu’ ils étaient quelquefois de plus de dix flèches, dont ils incommodaient et blessaient les autres quand ils se mêlaient avec eux, de sorte qu’ils se mettaient à se mordre et à se ruer les uns contre les autres d’une étrange façon ; et que quand on les eut tous abattus et couchés de rang devant le roi, on les envoya à Ispahan à la cuisine de la cour, les Persans faisant un si grand état de la chair de ces ânes sauvages, qu’ ils en ont fait un proverbe, etc... Mais il n’ y a pas apparence que ces trente-deux ânes fussent tous pris dans les forêts, et c’étaient probablement des ânes qu’on élevait dans de grands parcs pour avoir le plaisir de les chasser et de les manger. On n’ a pont trouvé d’ânes en Amérique, non plus que de chevaux, quoique le climat, surtout celui de l’Amérique méridionale, leur convienne autant qu’aucun autre ; ceux que les Espagnols y ont transportés d’ Europe, et qu’ ils ont abandonnés dans les grandes îles et dans le continent, y ont multiplié, et on y trouve en plusieurs endroits des ânes sauvages qui vont par troupes, et que l’on prend dans des piéges comme les chevaux sauvages. L’âne avec la jument produit les grands mulets ; le cheval avec l’ânesse produit les petits mulets, différents des premiers à plusieurs égards : mais nous nous réservons de traiter en particulier de la génération des mulets, des jumars, etc.., et nous terminerons l’histoire de l’âne par celle de ses propriétés et des usages auxquels nous pouvons l’employer. Comme les ânes sauvages sont inconnus dans ces climats, nous ne pouvons pas dire si leur chair est en effet bonne à manger ; mais ce qu’ il y a de sûr, c’est que celle des ânes domestiques est très-mauvaise, et plus mauvaise, plus dure, plus désagréablement insipide que celle du cheval. Galien dit même que c’est un aliment pernicieux et qui donne des maladies ; le lait d’ânesse au contraire est un remède éprouvé et spécifique pour certains maux, et l’usage de ce remède s’est conservé depuis les Grecs jusqu’à nous. Pour l’avoir de bonne qualité, il faut choisir une ânesse jeune, saine, bien en chair, qui ait mis bas depuis peu de temps, et qui n’ait pas été couverte depuis ; il faut lui ôter l’ânon qu’elle allaite, la tenir propre, la bien nourrir de foin, d’avoine, d’orge et d’herbes dont les qualités salutaires puissent influer sur la maladie ; avoir attention de ne pas refroidir le lait, et même ne le pas exposer à l’air, ce qui le gâterait en peu de temps. Les anciens attribuaient aussi beaucoup de vertus médicales au sang, à l’urine, etc.., de l’âne, et beaucoup d’autres qualités spécifiques à la cervelle, au coeur, au foie, etc.., de cet animal ; mais l’expérience a détruit, ou du moins n’a pas confirmé ce qu’ils nous en disent. Comme la peau de l’âne est très-dure et très-élastique, on l’emploie utilement à différents usages ; on en fait des cribles, des tambours, et de très-bons souliers ; on en fait du gros parchemin pour les tablettes de poche, que l’on enduit d’une couche légère de plâtre ; c’est aussi avec le cuir de l’âne que les orientaux font le sagri, que nous appelons chagrin. Il y a apparence que les os, comme la peau de cet animal, sont aussi plus durs que les os des autres animaux, puisque les anciens en faisaient des flûtes, et qu’ils les trouvaient plus sonnantes que tous les autres os. L’âne est peut-être de tous les animaux celui qui, relativement à son volume, peut porter les plus grands poids ; et comme il ne coûte presque rien à nourrir, et qu’il ne demande, pour ainsi dire, aucun soin, il est d’ une grande utilité à la campagne, au moulin, etc... Il peut aussi servir de monture ; toutes ses allures sont douces, et il bronche moins que le cheval ; on le met souvent à la charrue dans les pays où le terrain est léger, et son fumier est un excellent engrais pour les terres fortes et humides. »

    L’Histoire naturelle, L’âne par Buffon

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 12 août 2016 06:18

    PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ANES

    Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites

    que ce soit par un jour où la campagne en fête

    poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,

    choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,

    au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.

    Je prendrai mon bâton et sur la grande route

    j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :

    Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,

    car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.

    Je leur dirai : " Venez, doux amis du ciel bleu,

    pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,

    chassez les mouches plates, les coups et les abeilles."

    Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes

    que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête

    doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds

    d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.

    J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,

    suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,

    de ceux traînant des voitures de saltimbanques

    ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,

    de ceux qui ont au dos des bidons bossués,

    des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,

    de ceux à qui l’on met de petits pantalons

    à cause des plaies bleues et suintantes que font

    les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.

    Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.

    Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent

    vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises

    lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,

    et faites que, penché dans ce séjour des âmes,

    sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes

    qui mireront leur humble et douce pauvreté

    à la limpidité de l’amour éternel.

    Francis Jammes

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 26 août 2016 06:16

    Dans son vaste et riche palais

    Ce n’était que magnificence ;

    Partout y fourmillait une vive abondance

    De courtisans et de valets.

    Il avait dans son écurie

    Grands et petits chevaux de toutes les façons,

    Couverts de beaux caparaçons

    Roides d’or et de broderie ;

    Mais ce qui surprenait tout le monde en entrant,

    C’est qu’au lieu le plus apparent,

    Un maître âne étalait ses deux grandes oreilles.

    Cette injustice vous surprend ;

    Mais lorsque vous saurez ses vertus nonpareilles,

    Vous ne trouverez pas que l’honneur fût trop grand.

    Tel et si net le forma la nature,

    Qu’il ne faisait jamais d’ordure,

    Mais bien beaux écus au soleil,

    Et louis de valeur première,

    Qu’on allait recueillir sur la blonde litière,

    Tous les matins à son réveil.

    Extrait de Peau d’âne de Charles Perrault

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 26 août 2016 06:52

    Voici une petite histoire d’ânes, brut de décoffrage.

    Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.

    Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

    Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.

    Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

    Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

    Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

    Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

    Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale… On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts.

    C’était, disait-on, inévitable.

    Mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 27 août 2016 06:26, par salut les ânes !

    L’âne et le petit cheval

    Un matin d’été,

    Réunis dans le même pré,

    Il y avait un âne bien sage

    Et un fringant petit cheval.

    Ils avaient le même âge

    Mais, à les surprendre ainsi,

    On devinait que leurs destins

    Ne seraient jamais semblables.

    L’un était gris et docile,

    L’autre vif et étincelant.

    L’un d’humeur égale,

    L’autre plus inconstant.

    Le premier pensait :

    Je voudrais un maître à servir

    Et mon petit pré carré,

    Un travail humble et facile

    Et une bonne mesure de blé.

    Le second rêvait de pompe et de gloire,

    Et de ces vastes champs emplis

    Du cri vibrant des victoires.

    L’un trouva dans une ferme

    Sa besogne quotidienne,

    Tandis que l’autre eut tôt fait

    De se faire remarquer.

    Alors que l’âne portait la farine et le bois,

    L’alezan mettait en émoi,

    De bas en haut des tribunes,

    Quelques rondelettes fortunes.

    On misait sur sa foulée

    Dollars, florins et guinées ;

    On osait d’invraisemblables paris,

    Tant grande était sa renommée.

    C’est ainsi, parmi les clameurs,

    Que le petit cheval traversa la vie,

    Qu’il connut les honneurs

    et les prix prestigieux.

    Rien ne lui sera refusé :

    Ni le luxe, ni les trophées,

    Ni les flirts délicieux

    Sous les ombrages du grand pré.

    Puis, l’âge venant,

    On relégua l’alezan

    Au bout du champ.

    Plus de faste, plus d’argent,

    Vieux cheval, il est temps

    Que tu rentres dans le rang !

    Finies les pompes de jadis

    Et la vanité de paraître.

    Voilà qu’hélas se profile

    L’heure de la retraite !

    Le lendemain, sous bonne escorte,

    On le mena à l’abattoir.

    Il y connut le même sort

    Que ses frères du terroir.

    Heureusement un palefrenier,

    Se souvenant de son passé,

    Avec égard l’enterra

    Au fond du pré.

    L’âne, qui se trouvait là,

    A petits pas s’avança.

    Devant la terre retournée,

    Il laissa couler une larme.

    Grâce à cette larme, sachez

    Qu’une tendre fleur poussa.

    Elle illumine, de son éclat,

    La tombe du petit cheval.

    Quant à l’âne, il mourut de vieillesse,

    Très, très âgé, dit-on au village.

    Lui, tout en broutant confiait

    Que, quelques chardons suffisaient…

    A le combler.

    Armelle BARGUILLET ( extraits de « La ronde des fabliaux )

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 1er octobre 2016 08:39

    Et le onzième commandement :

    Ane, protège bien tes sabots et ne les met pas dans l’eau ou la boue, qui nuisent à la santé de tes pieds, et où t’entraineraient volontiers certains deux pattes inconscients.

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 23 novembre 2016 13:51

    Mon petit Maître, vous avez été bon pour moi, mais vous avez parlé avec mépris des ânes en général. Pour mieux vous faire connaître ce que sont les ânes, j’écris et je vous offre ces Mémoires. Vous verrez, mon cher petit Maître, comment moi, pauvre âne, et mes amis ânes, ânons et ânesses, nous avons été et nous sommes injustement traités pas les hommes. Vous verrez que nous avons beaucoup d’esprit et beaucoup d’excellentes qualités ; vous verrez aussi combien j’ai été méchant dans ma jeunesse, combien j’en ai été puni et malheureux, et comme le repentir m’a changé et m’a rendu l’amitié de mes camarades et de mes maîtres. Vous verrez enfin que lorsqu’on aura lu ce livre, au lieu de dire : Bête comme un âne, ignorant comme un âne, têtu comme un âne, on dira : De l’esprit comme un âne, savant comme un âne, docile comme un âne, et que vous et vos parents vous serez fiers de ces éloges.

    Hi ! han ! mon bon Maître ; je vous souhaite de ne pas ressembler, dans la première moitié de sa vie, à votre fidèle serviteur,

    Cadichon,

    Âne savant.

    Lire la suite

    Répondre à ce message

    • Les dix commandements de l’âne 6 décembre 2016 06:51

      L’adaptation théâtrale de « L’âne d’or » est présentée au théâtre Darius Milhaud, au 80, allée Darius Milhaud – Paris 19e – tel 0142019226 – jusqu’au 13 décembre à 18H30 et à partir du 10 janvier à 18H30 et 21H jusqu’au 21 mars…

      Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 18 décembre 2016 13:48

    Lire aussi le procès de l’âne Féron cliquer ici

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 20 décembre 2016 08:54

    Parler des ânes à propos des dix commandements, c’est pas très drôle

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 20 décembre 2016 08:55, par R.P.

    Même les « Dix Commandements » des deux pattes, encore appelés « Ancien Testament » mentionnent spécifiquement que les ânes ne doivent pas travailler le jour du Sabbat. Dans le chapitre 23 du Livre de l’Exode, plusieurs lois de protection animale sont données par le Seigneur à Moïse : « Le septième jour est le Sabbat du Seigneur ton Dieu : durant ce jour, tu ne travailleras pas, ni ton le boeuf, ni ton âne, ni n’importe lequel de ton bétail…Pendant six jours, tu fera ton travail, et le septième jour, tu te reposeras : ton boeuf et ton âne pourront se reposer » (Exode 20,10 ; 23,12 ; Deutéronome 5,13).

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 21 décembre 2016 08:06

    Lire aussi : « Histoires d’ânes. De Lucius à Dario Fo »

    cliquer ici

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 23 janvier 2017 07:01

    Les dix commandements de l’âne, c’est l’étable… de la loi !

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 4 février 2017 11:50

    « Si tu rencontres le boeuf de ton ennemi ou son âne égaré, assurément tu le lui ramèneras. Si tu vois son âne ployant sous son fardeau... sûrement tu l’aideras ». (Exode 23)

    « Le septième jour est le Sabbat du Seigneur ton Dieu : durant ce jour, tu ne travailleras pas, ni ton le boeuf, ni ton âne, ni n’importe lequel de ton bétail…Pendant six jours, tu fera ton travail, et le septième jour, tu te reposeras : ton boeuf et ton âne pourront se reposer » (Exode 20,10 ; 23,12 ; Deutéronome 5,13).

    Tu n’auras pas besoin de l’Ancien Testament pour respecter et aimer ton âne !

    Il suffit de le regarder gentiment les yeux dans les yeux !

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 10 février 2017 07:40, par R.P.

    Autrefois, les ânes étaient tout à fait sauvages, c’est-à-dire qu’ils mangeaient quand ils avaient faim, qu’ils buvaient quand ils avaient soif et qu’ils couraient dans l’herbe quand ça leur faisait plaisir.

    Quelquefois, un lion venait qui mangeait un âne, alors tous les autres ânes se sauvaient en criant comme des ânes, mais le lendemain ils n’y pensaient plus et recommençaient à braire, à boire, à manger, à courir, à dormir... En somme, sauf les jours où le lion venait, tout marchait assez bien.

    Un jour, les rois de la création (c’est comme ça que les hommes aiment à s’appeler entre eux) arrivèrent dans le pays des ânes, et les ânes très contents de voir du nouveau monde galopèrent à la rencontre des hommes.

    Les ânes (ils parlent en galopant) : "Ce sont de drôles d’animaux blêmes, ils marchent à deux pattes, leurs oreilles sont très petites, ils ne sont pas beaux mais il faut tout de même leur faire une petite réception... c’est la moindre des choses... "

    Et les ânes font les drôles ils se roulent dans l’herbe en agitant les pattes, ils chantent la chanson des ânes et puis, histoire de rire, ils poussent les hommes pour les faire un tout petit peu tomber par terre ; mais l’homme n’aime pas beaucoup la plaisanterie quand ce n’est pas lui qui plaisante et. il n’y a pas cinq minutes que les rois de la création sont dans le pays des ânes que tous les ânes sont ficelés comme des saucissons.

    Tous, sauf le plus jeune, le plus tendre, celui-là mis à mort et rôti à la broche avec autour de lui les hommes le couteau à la main. L’âne cuit à point, les hommes commencent ’à manger et font une grimace de mauvaise humeur puis jettent leur couteau par terre.

    L’un des hommes (il parle tout seul) : "Ça ne vaut pas le boeuf, ça ne vaut pas le boeuf ! "

    Un autre : "Ce n’est pas bon, j’aime mieux le mouton !"

    Un autre : "Oh que c’est mauvais (il pleure)."

    Et les ânes captifs voyant pleurer l’homme pensent que c’est le remords qui lui tire les larmes.

    On va nous laisser partir, pensent les ânes mais les hommes se lèvent et parlent tous ensemble en faisant de grands gestes.

    Choeur des hommes : "Ces animaux ne sont pas bons a manger leurs cris sont désagréables, leurs oreilles ridiculement longues, ils sont sûrement stupides et ne savent ni lire, ni compter, nous les appellerons des ânes parce que tel est notre bon plaisir et ils porteront nos paquets.

    "C’est nous qui sommes les rois, en avant !" Et les hommes emmenèrent les ânes.

    Jacques Prévert

    Lire aussi : L’étonnante intelligence de l’âne

    Ainsi que L’âne par Victor Hugo

    Et encore Une si jolie histoire d’ânes

    Répondre à ce message

  • Les dix commandements de l’âne 1er avril 2017 08:13

    C’est un âne qui dort

    Enfants, regardez le dormir

    Ne le réveillez pas

    Ne lui faite pas de blagues

    Quand il ne dort pas, il est très souvent malheureux.

    Il ne mange pas tous les jours.

    On oublie de lui donner à boire.

    Et puis on tape dessus.

    Regardez-le

    Il est plus beau que les statues qu’on vous dit d’admirer et qui vous ennuient.

    Il est vivant, il respire, confortablement installé dans son rêve.

    Les grandes personnes disent que la poule rêve de grain et l’âne d’avoine.

    Les grandes personnes disent ça pour dire quelque chose, elles feraient mieux de s’occuper de leurs rêves à elles de leurs petits cauchemards personnels.

    Sur l’herbe à côté de sa tête, il y a deux plumes. S’il les a vues avant de s’endormir il rêve peut-être qu’il est oiseau et qu’il vole.

    Ou peut-être il rêve d’autre chose.

    Par exemple qu’il est à l’école des garçons, caché dans l’armoire aux cartons à dessin.

    Il y a un petit garçon qui ne sait pas faire son problème.

    Alors le maître lui dit :

    Vous êtes un âne, Nicolas !

    C’est désastreux pour Nicolas.

    Il va pleurer.

    Mais l’âne sort de sa cachette

    Le maître ne le voit pas.

    Et l’âne fait le problème du petit garçon.

    Le petit garçon va porter le problème au maître, et le maître dit :

    C’est très bien, Nicolas !

    Alors l’âne et Nicolas rient tout doucement aux éclats, mais le maître ne les entend pas.

    Et si l’âne ne rêve pas ça c’est qu’il rêve autre chose.

    Tout ce qu’on peut savoir, c’est qu’il rêve.

    Tout le monde rêve.

    Jacques Prévert

    Répondre à ce message

  • La fable du chat et de l’âne, par Mark Twain

    Il était une fois un artiste qui avait peint une petite et très belle photo pour la voir dans le miroir.

    Il a dit : "Cela double la distance et l’adoucit, et il est deux fois plus beau qu’avant."

    Les animaux dans les bois en entendirent parler à travers la maison, qui était admirée par eux parce qu’il était si savant, si raffiné et civilisé, si poli et si élevé, et pouvait leur dire tant de choses qu’ils ne savaient pas, savoir avant, et n’étaient pas certains d’après. Ils étaient très excités à l’idée de ce nouveau potin, et ils posaient des questions pour en arriver à une compréhension complète. Ils ont demandé ce qu’était une image, et le chat a expliqué.

    "C’est une chose plate", a-t-il dit. "merveilleusement plat, merveilleusement plat, enchantement plat et élégant et, oh, si beau !"

    Cela les a excités presque à une frénésie, et ils ont dit qu’ils donneraient au monde pour le voir. Alors l’ours a demandé :

    "Qu’est-ce qui le rend si beau ?"

    "C’est le regard", dit le chat.

    Cela les a remplis d’admiration et d’incertitude, et ils étaient plus excités que jamais.

    Puis la vache a demandé :

    "Qu’est-ce qu’un miroir ?"

    "C’est un trou dans le mur", a déclaré le chat. « Vous y regardez, et là vous voyez le tableau, et il est si délicat et charmant et éthéré et inspirant dans sa beauté inimaginable que votre tête tourne rond, et vous vous évanouissez presque avec l’extase.

    L’âne n’avait encore rien dit ; il a maintenant commencé à jeter des doutes.

    Il a dit qu’il n’y avait jamais eu de chose aussi belle que ça auparavant, et probablement pas maintenant. Il a dit que quand il a fallu tout un panier de superlatifs pour élever une chose de beauté, il était temps pour la suspicion.

    Il était facile de voir que ces doutes avaient un effet sur les animaux, alors le chat s’en alla offensé. Le sujet a été abandonné pendant quelques jours, mais en attendant, la curiosité prenait un nouveau départ, et il y avait un regain d’intérêt perceptible. Alors les animaux ont assailli l’âne pour gâcher ce qui pourrait avoir été un plaisir pour eux, sur un simple soupçon que la photo n’était pas belle, sans aucune preuve que tel était le cas. L’âne n’était pas troublé ; il était calme et a dit qu’il y avait une façon de savoir qui était dans le vrai, lui ou le chat : il irait regarder dans ce trou, et reviendrait raconter ce qu’il y a trouvé. Les animaux se sont sentis soulagés et reconnaissants et lui ont demandé d’aller immédiatement - ce qu’il a fait.

    Mais il ne savait pas où il devait se tenir ; et ainsi, par erreur, il se tenait entre l’image et le miroir. Le résultat était que l’image n’avait aucune chance, et ne s’est pas montrée. Il est rentré chez lui et a dit :

    « Le chat a menti, il n’y avait rien dans ce trou. Il n’y avait pas un signe d’une chose plate visible. C’était un joli cul, et amical, mais juste un âne, et rien de plus. »

    L’éléphant a demandé :

    "L’avez-vous vu bien et clair ? Étiez-vous proche ?"

    « Je l’ai vu bon et clair, O Hathi, roi des bêtes, j’étais si proche que j’ai touché le nez avec.

    "C’est très étrange", a dit l’éléphant ; "Le chat a toujours été honnête avant - autant que nous le sachions ... Laissez un autre témoin essayer ... Allez, Baloo, regardez dans le trou, et venez rapporter."

    Donc l’ours est allé. Quand il est revenu, il a dit :

    "Le chat et l’âne ont tous deux menti, il n’y avait rien d’autre qu’un ours dans le trou."

    Grand était la surprise et la perplexité des animaux. Chacun était maintenant impatient de faire le test lui-même et d’aller à la vérité. L’éléphant les a envoyés un à la fois.

    D’abord, la vache. Elle n’a rien trouvé dans le trou mais une vache.

    Le tigre n’y a trouvé qu’un tigre.

    Le lion n’y a trouvé qu’un lion.

    Le léopard n’y a trouvé qu’un léopard.

    Le chameau a trouvé un chameau, et rien de plus.

    Alors l’éléphant s’est mis en colère, et a dit qu’il aurait la vérité, s’il devait aller le chercher lui-même. Quand il revint, il abusa de toute sa subjectivité pour des menteurs, et il était dans une fureur insupportable avec l’aveuglement moral et mental du chat. Il a dit que n’importe qui, sauf un imbécile proche de la vue, pouvait voir qu’il n’y avait rien dans le trou, mais un éléphant.

    MORALE, PAR LE CHAT

    Vous pouvez trouver dans un texte tout ce que vous apportez, si vous vous tenez entre elle et le miroir de votre imagination. Vous ne pouvez pas voir vos oreilles, mais elles seront là.

    Répondre à ce message

  • Connaissez-vous cette histoire frivole

    D’un certain âne illustre dans l’école ?

    Dans l’écurie on vint lui présenter

    Pour son diner deux mesures égales,

    De même force, à pareils intervalles ;

    Des deux côtés l’âne se vit tenter

    Également, et, dressant ses oreilles,

    Juste au milieu des deux formes pareilles,

    De l’équilibre accomplissant les lois,

    Mourut de faim, de peur de faire un choix.

    — Voltaire, La Pucelle d’Orléans

    Répondre à ce message

  • Drôle d’aventure que celle de l’âne de Féron ! En 1750, moment des faits, Louis XV règne personnellement sur le royaume depuis la mort du cardinal de Fleury, en 1743. L’excellente gestion du contrôleur général Orry favorise l’expansion économique. A l’étranger, le traité d’Aix-la-Chapelle, mettant fin à la guerre d’Autriche, a été signé il y a maintenant deux ans. Le peuple en paix a alors tout le loisir de s’enflammer pour telle ou telle affaire intéressante, amusante ou sortant tout simplement des sentiers battus...
    « Nous soussignés, curé et habitants de Vanvres 2, n’avoir point entendu que le présent âne ait fait de malice dans le pays... »« Le délit que l’âne de Jacques Féron a commis, à son corps défendant, est bien naturel ! Un peu d’intempérance, la rencontre imprévue d’une ânesse en chaleur et l’imprudence de la femme Leclerc en sont la source et les motifs. Cependant Pierre Leclerc veut aujourd’hui rendre Jacques Féron responsable de ce cas fortuit. Il lui demande 1200 livres de dommages-intérêts, résultants d’une morsure que sa femme s’est attirée, en excédant de coups l’âne de Féron. »
    Voilà les premiers mots de la plaidoirie que prononça maître Lalaure, avocat du barreau de Paris, devant les juges ayant en charge le dossier Féron. Ce magistrat était un habile et redoutable orateur. Il fallait sans doute que cette affaire eut une quelconque importance !
    Le magistrat expliqua que Jacques Féron était obligé d’avoir une bête de somme pour porter le linge de ceux qu’il blanchissait. Hélas, survint ce funeste premier juillet 1750... :
    « (...) La femme Féron vint à Paris montée sur cet âne et descendit chez le sieur Nepveux, marchand épicier, porte Saint-Jacques. Elle lia le baudet par son licou aux barreaux de la boutique et fit emplette de savon et de soude : elle se souvint qu’elle avait besoin de sel. Voulant en acheter, elle pria le sieur Nepveux d’avoir l’œil sur son âne et fut au regrat3 qui est quatre portes plus bas.
    « A peine la femme Féron était-elle partie que la femme Leclerc passa, montée sur une ânesse en chaleur. L’attitude de l’âne, attaché après les barreaux de la boutique du sieur Nepveux, fixa l’attention de la bourrique. Un mouvement naturel la fit arrêter. Allongeant les oreilles et ronflant des narines, elle se prit à braire. L’âne, ne voulant pas rester en reste de politesse avec la bourrique, lui répondit sur le même ton et la solution de la conversation asine, fut que l’âne de Féron, à la faveur de cinq ou six coups de tête, parvint à rompre son licou et suivit la femme Leclerc et son ânesse.
    « Tout autre que la femme Leclerc aurait arrêté, ou tout du moins fait arrêter le baudet. L’inquiétude dans laquelle la perte de cet animal devait jeter son maître, était un motif plus que suffisant pour l’engager à prier quelque passant de s’en saisir. Mais, soit que le jeu lui plût, soit qu’elle fut charmée de s’approprier un âne qu’elle trouvait à sa convenance, elle ne s’opposa point à sa poursuite.
    « Quoi qu’il en soit, la femme Leclerc, son ânesse et l’âne de Féron firent chemin de compagnie et arrivèrent paisiblement tous trois à la porte du demandeur - il demeure contre les Gobelins -. La femme Leclerc étant descendue de dessus son ânesse, l’âne de Féron jugea à propos de la remplacer. Alors, la femme Leclerc, on sait trop par quel motif, le frappa à grands coups de bâton.

    « Les animaux les plus doux et les plus pacifiques étant irrités dans des moments aussi critiques entrent en fureur et deviennent très dangereux. C’est précisément ce qui arriva dans cette occasion. Le baudet se sentant harcelé aussi vivement par la femme Leclerc, fit trêve à ses plaisirs pour songer à sa conservation. La bourrique se mit aussi de la partie et chacun tâcha de se défendre de son mieux. Une querelle de cette nature causa, comme on peut se l’imaginer, une grande rumeur dans le quartier. Les voisins accoururent et séparèrent les combattants, mais l’âne de Féron eut le malheur d’être fait prisonnier. [Il est resté deux mois chez Leclerc et n’en est sorti qu’à la caution juratoire de son maître, à qui on demande aujourd’hui 1200 livres de rançon et 60 livres pour deux mois de nourriture !]
    « La chaleur de l’action passé, la femme Leclerc s’aperçut qu’elle avait été mordue au bras. Alors elle abandonna le dessein qu’elle avait sans doute formé de s’approprier l’âne. Elle s’imagina qu’il lui serait plus avantageux de former une demande en dommages-intérêts contre le maître que de garder le baudet. Il ne s’agissait que de savoir à qui il appartenait, mais la chose ne lui était pas difficile. Elle envoya le lendemain 2 juillet 1750, sur les 7 heures du matin, une femme chez le sieur Nepveux, à la porte duquel elle l’avait vu attaché la veille, lui dire que si quelqu’un avait perdu un âne, il le pouvait venir chercher chez un jardinier fleuriste du faubourg Saint-Marceau, proche les Gobelins.
    « Jacques Féron était encore occupé à la quête de son âne, lorsque le sieur Nepveux le fit avertir qu’il était chez Leclerc. Féron, charmé d’avoir retrouvé un animal qui lui était si utile pour son commerce, envoya promptement sa femme à l’endroit qu’on lui avait indiqué. Mais quelle fut la surprise de la femme Féron lorsqu’au lieu de lui rendre son âne, on la menaça de la ruiner. Elle retourna fort triste chez elle et le baudet resta chez Leclerc !

    Malgré toute attente, l’éloquence et le talent de maître Lalaure n’y firent rien. Les juges estimèrent Féron responsable des agissements désordonnés et contraire aux bonnes mœurs du pauvre âne et le condamnèrent à soixante livres de dommages-intérêts envers Leclerc et à payer les frais du procès.
    Mais l’affaire avait fait grand bruit et tout Paris riait des frasques de l’âne Féron. La plupart avaient pris fait et cause pour le blanchisseur et contestaient la décision des juges. Maître Lalaure qui, ne le cachons pas, fut fort blessé que sa plaidoirie qu’il estimait sans faille ne fut point couronnée du succès que légitimement il attendait, assura Féron de son soutien. D’autant plus que celui-ci lui fit part de ses sentiments et surtout de l’injustice dont il jurait être la victime. C’est qu’il n’était guère riche et que cette décision le ruinait, lui et sa famille. Le magistrat décida de continuer à le défendre et s’il ne pouvait plus casser cette sentence, qui était hélas définitive et sans appel, il en appellerait au public qui se prononcerait sur l’affaire4. Il lui promit un plaidoyer convaincant qui ferait éclater au grand jour l’irresponsabilité de ses juges.

    « Dès l’âge le plus tendre, cette ânesse allait souvent seule au bois et dans la prairie où, libre du joug de la décence et de la pudeur si nécessaires à son sexe, elle faisait retentir les échos de ses hin-hans amoureux, appelait les amants et les sentait à la piste... »

    Répondre à ce message

  • L’homme de loi commença en insistant longuement sur la noblesse de cœur et d’âme des parents et grands-parents de notre âne qu’il surnomma Belle-Oreille :
    « L’âne de Jacques Féron est d’une des plus anciennes familles de Vanvres. Sa noblesse se perd dans la nuit des temps. (...) Malgré cette origine antique et superbe, le bisaïeul de l’âne de Féron perdit tous ces avantages par des événements qui sont absolument étrangers à la cause. Il suffit de dire qu’il fut réduit à porter tantôt du blé au moulin et tantôt des choux au marché. La chronique scandaleuse du pays dit que ce fut par sa faute et que le libertinage lui fit perdre en peu de temps et son état et sa fortune. Exemple frappant pour tant d’ânes dissipateurs des biens que leurs pères ont amassés à grand-peine ! Quoi qu’il en soit, ce bisaïeul laissa une nombreuse famille (...) Martin, leur second fils, surnommé Belle-Oreille (c’était le nom du bisaïeul) profita de ses malheurs. Sa vieillesse fut laborieuse (...) et quoiqu’humilié sous le bât, il inspira à ses enfants le plus vif amour de la vertu et le désir de se tirer un jour de la triste servitude où ils étaient réduits. Le chagrin et les fatigues abrégèrent de beaucoup ses jours. Sentant approcher sa dernière heure, il fit assembler sa famille : une tristesse profonde était peinte dans tous les yeux, les larmes coulaient, les oreilles étaient baissées, un morne silence régnait et rendait la scène plus sombre et plus lugubre. Le moribond couché dans le coin d’une étable sur quelques brins de paille épars, attendri par un spectacle si touchant, jeta un profond soupir (...) "Vous voyez, mes enfants, à quoi m’a réduit ma conduite passée. J’ai dissipé les grands et fertiles pâturages que mes ancêtres m’avaient laissés : soyez plus sage que moi (...) Vous serez toujours assez riches si vous êtes chastes, patients, dociles et vigilants. Fuyez les ânesses, car toute femelle est trompeuse et vous jette insensiblement dans l’abîme. Le bonheur ne consiste que dans la vertu : c’est elle seule qui m’a soutenu dans les adversités que j’ai essuyées. Je meurs content si vous ne suivez que le dernier exemple que je vous donne" (...) A peine eut-il achevé ce discours, qui n’est pas tout à fait d’un âne, qu’il expira (...).
    « Après sa mort, chacun d’eux suivit le sort qui lui était réservé (...). Le plus jeune de la famille des Martin fut le père de l’âne de Féron. L’éducation qu’il lui donna fut conforme aux principes qu’il avait reçu de son père mourant. Belle-Oreille (car l’âne de Féron avait hérité du surnom de son bisaïeul parce qu’il portait les plus belles et les plus longues oreilles du monde) Belle-Oreille donc profita des instructions, crût en sagesse et en beauté et fut regardé par tous les habitants de Vanvres et surtout par les habitantes de Vanvres comme l’âne le plus parfait qu’on eut encore vu. "En effet, il avait les jambes hautes, le corps étoffé, la tête élevée et légère, l’encolure un peu longue, le poitrail large, la croupe plate, la queue courte, le poil luisant, doux au toucher et d’un gris foncé" - c’est ainsi que l’âne étalon doit être choisi. Voyez tome 4 de l’Histoire Naturelle de M. de Buffon, édition in-4, page 396) - (...) Dès que Belle-Oreille y parut, il fut acheté par Matthieu Garo, meunier à Vanvres (...) A peine nourrissait-il le pauvre Belle-Oreille ! Tous les jours levé à 3 heures du matin, il lui faisait faire plus de cent voyages dans la journée et lorsque le triste animal était excédé de fatigue, il le réveillait par mille coups de bâton. Cependant, c’était Belle-Oreille qui faisait venir l’abondance au moulin (...). L’esclavage de Belle-Oreille chez Garo dura six ans. On ose le dire, le terme était assez long pour éprouver sa patience ! Néanmoins, il ne s’échappa jamais. La mauvaise humeur ne prit point sur son caractère doux et pacifique et tout le monde se louait d’une conduite dont on n’avait pas encore eu d’exemple.
    « Enfin Belle-Oreille changea de maître et il eut le bonheur de tomber entre les mains de Jacques Féron dont le métier est de blanchir le linge de plusieurs particuliers de cette ville. Quelle différence de condition ! (...) Quatre ans s’écoulèrent sans qu’il s’aperçut de son esclavagisme ! (...) »

    L’avocat en vint alors au premier juillet 1750. Il rappela les faits qui précédèrent l’incident puis poursuivit :
    « (...) Nous avons laissé la femme Féron au regrat. Hélas ! elle ne pensait guère à la triste catastrophe qui allait la désoler. La femme d’un nommé pierre Leclerc, jardinier fleuriste, vient à passer. Elle était montée sur une ânesse dont l’éducation était bien différente de celle de Belle-Oreille. Sa mère n’ayant de temps à donner qu’à ses plaisirs, comme bien des mères, loin de prendre soin de l’enfance de sa fille, l’avait abandonnée à des soins étrangers et mercenaires. Dès l’âge le plus tendre, elle allait souvent seule au bois et dans la prairie où, libre du joug de la décence et de la pudeur si nécessaires à son sexe, elle faisait retentir les échos de ses hin-hans amoureux, appelait les amants et les sentait à la piste. Aussi du plus loin qu’elle aperçut l’âne de Féron, se mit-elle à braire trois fois. Soudain, elle double le pas. A mesure qu’elle s’approche, l’objet lui paraît plus beau : enfin elle s’arrête près de Belle-Oreille. Ses regards avides et curieux le mesurent de la tête aux pieds. Un feu séditieux s’allume aussitôt dans ses veines. Alors ne pouvant autrement exprimer son amour, elle se met à braire d’une façon si tendre et si expressive que Belle-Oreille en est ému. Il lui répond dans le même langage, il veut s’approcher d’elle, mais son licol le retient. Rien n’est impossible à la passion : Belle-Oreille agitant sa tête, rompt à la fin tout obstacle et oubliant en un instant les beaux jours de sa première innocence, il suit l’ânesse.

    « Il faut l’avouer, Belle-Oreille était dans sa douzième année. (...) Il n’avait point connu d’ânesse. Ce n’est pas qu’il n’eut eu différentes occasions de perdre sa première innocence. Sa chasteté avait eusouvent à essuyer de fréquentes attaques, non seulement de la part de plusieurs ânesses jeunes et fringuantes, mais encore de quelques vieilles bourriques d’autant plus dangereuses qu’elles ont plus d’expérience et qu’elles savent l’art de faire trébucher la jeunesse dont elles cueillent presque toujours la fleur. Cependant soit philosophie, soit chagrins domestiques, soit peut-être que le moment de sa chute ne fut pas arrivé, il se garantit toujours de la passion de l’amour qui est ordinairement la plus forte chez la gent asine parce qu’elle possède par excellence l’heureux don de la satisfaire.
    « Quoi qu’il en soit, voilà donc la femme Leclerc, l’âne et l’ânesse qui marchent de compagnie. C’était le moment, si la femme Leclerc n’eut pas eu de mauvais desseins, de chasser l’âne ou de le rattacher elle-même aux barreaux de la boutique du sieur Nepveu. Le premier passant même, si elle l’en eut prié, lui aurait rendu ce service. Elle devait bien s’attendre à toute l’inquiétude dans laquelle la perte de l’âne jetterait celui auquel il appartenait. Mais soit malice noire, soit envie d’avoir de la race de Belle-Oreille, elle ne s’opposa point à sa poursuite.
    « Tant que ces animaux marchèrent ensemble, Belle-Oreille ne commit aucune indiscrétion, malgré les œillades agaçantes que lui lançait de temps en temps l’ânesse de la femme Leclerc. Ils arrivèrent tous trois à la porte du demandeur. La femme Leclerc saute à bas de son ânesse. Que ne puis-je pas peindre la promptitude avec laquelle Belle-Oreille la remplaça ! L’éclair est moins prompt ! Plein du feu qui le dévore, il s’agite. Déjà, l’ânesse est convaincue que son ardeur n’est point feinte ! Elle partage ses transports, lorsque la jardinière saisissant un lourd bâton, fond à grands coups sur le couple amoureux. Il n’est point de plaisir qui cède à la douleur. L’âne, se sentant frapper si cruellement, devient furieux. Ce n’est plus l’objet de ses plaisirs qui l’occupe, c’est le soin de sa vie : il la défend de la dent et du pied, la rage le fait écumer, il se jette à son tour sur la femme Leclerc. Il n’est pas jusqu’à l’ânesse qui ne se venge sur sa maîtresse de l’interruption de ses plaisirs. Les cris de la femme Leclerc, les rugissements de l’âne et de l’ânesse font retentir les airs : tout le quartier en est ému. On accourt au bruit : le désordre de la jardinière, l’attitude de l’ânesse, les yeux étincelants de l’âne, ses flancs qui battent, d’autres marques plus sensibles encore, tout fait juger de la scène qui vient de se passer. On s’empresse de rétablir le calme. On y parvient, mais l’âne perd sa liberté.

    Répondre à ce message

  • « Tout était rentré dans l’ordre et la chaleur de l’action passée, la femme Leclerc s’aperçoit qu’elle a été mordue au bras. Sans doute son dessein avait été de s’approprier l’âne, mais elle change bientôt d’avis. Elle contemple sa plaie et y voit avec une secrète joie les moyens de satisfaire à la fois son avarice et sa vengeance. Il ne s’agissait plus que de savoir à qui appartenait l’âne. Aussitôt elle envoie (le 2 juillet 1750) chez le sieur Nepveu, à la porte duquel elle avait trouvé la veille l’âne attaché aux barreaux de la boutique et lui fait dire que si quelqu’un avait perdu un âne, il pourrait venir le chercher chez un jardinier fleuriste, faubourg Saint-Marceau, proche les Gobelins.

    « Quelle est la demande de Leclerc ? En quoi consiste-t-elle ? Premièrement, il prétend 1500 livres de dommages et intérêts pour la morsure que l’âne de Féron a faite à sa femme ! Deuxièmement, il exige 20 sols pour la nourriture de l’animal qu’il tenait prisonnier, mais dont il se servait en même temps pour aller au marché. La plaie fait donc l’objet de 1500 livres de dommages prétendus par la femme Leclerc. Cette plaie est large et profonde s’écrie son mari ! Mais fut-elle cent fois pis encore, Leclerc pourrait-il seul en être cru ? (...) Où est le rapport des chirurgiens pour constater cette largeur et cette profondeur énorme dont se plaint Leclerc ? D’ailleurs est-ce l’âne ou l’ânesse qui a mordu la femme Leclerc ? Car l’un et l’autre ont agi contre elle. Si c’est l’âne, la jardinière n’a que ce qu’elle mérite ! De quoi s’avisait-elle de frapper inconsidérément cet animal dans le moment où il marquait sa joie de l’avoir suivie ? L’ânesse ne répondait-elle pas à la politesse ? Autre chose est s’il eut voulu la prendre de force. Mais comme on l’a déjà dit, c’est la femme Leclerc qui a été chercher l’âne de Féron. C’est elle qui l’a enlevé à son maître par le rapt le plus marqué et le plus punissable. La preuve en est claire. Il lui était facile de s’opposer à la poursuite de l’âne : elle ne l’a pas fait. Donc elle est coupable de rapt et si quelqu’un est en droit de demander des dommages et intérêts, c’est assurément Féron !

    « En vain Leclerc dira-t-il que sa femme a fait tout son possible pour chasser cet âne : personne ne le croira lorsqu’on réfléchira sur la distance qu’il y a de la porte Saint-Jacques aux Gobelins. En effet, est-il vraisemblable que la femme Leclerc n’ait pas rencontré dans tout le chemin une âme charitable pour la délivrer des importunités du baudet ? Disons donc que la femme Leclerc avait dessein de le garder pour s’en servir.

    « Si c’est l’ânesse de la femme Leclerc qui l’a mordue, nuls dommages et intérêts à demander. Il est même plus que probable que l’ânesse seule a commis le délit. Il ne faut que réfléchir sur la position des parties. Il est vrai que les coups ont tombé d’abord sur l’âne qui a été désarçonné du premier coup. Il lui a fallu nécessairement un temps pour aller jusqu’à la jardinière, tandis que l’ânesse n’a pas eu besoin de se déranger pour l’atteindre. Elle avait autant de raisons que l’âne pour mordre celle qui venait jeter le trouble où il ne fallait que la paix. Qui est l’agresseur ? La femme Leclerc. Ce n’est donc qu’à son corps défendant que l’âne s’est vengé.

    « On va plus loin. La loi parle en faveur de l’âne. Qui l’a engagé à casser son licol ? L’ânesse. Qui des deux s’est mis à braire le premier ? L’ânesse. Qui l’a porté à suivre la jardinière jusqu’aux Gobelins ? L’ânesse. Qui pouvait enfin empêcher ce désordre ? La femme Leclerc. Elle et sa bourrique sont donc les seules coupables. D’ailleurs ignorait-elle l’intempérance de son ânesse ? Elle pouvait, elle devait donc prendre des précautions. Or, la loi dit : (...) Si une bête en a séduit une autre, c’est au maître de la bête séductrice qu’il faut s’en prendre. L’âne a été séduit par l’ânesse. C’est donc la femme Leclerc qui doit les dommages et intérêts.

    Répondre à ce message

  • « Mais qu’est-il besoin de citer la loi lorsque nous avons dans notre sac une pièce victorieuse pour confondre l’imposture. C’est le certificat du curé et des notables de la paroisse de Vanvres en faveur de l’âne de Féron.
    « Nous soussignés, Prieur-Curé et habitants de la paroisse de Vanvres, avons connaissance que Marie-Françoise Sommier, femme de Jacques Féron, avaient UN ÂNE depuis quatre ans pour le service de leur commerce et que pendant tout le temps qu’ils l’ont eu, PERSONNE NE L’A CONNU MECHANT, ET N’A JAMAIS BLESSE PERSONNE, même pendant six ans qu’il a appartenu à un autre habitant, qu’aucun ne s’en est jamais plaint, NI ENTENDU QU’IL AIT FAIT DE MALICE DANS LE PAYS : en foi de quoi, NOUS, soussignés, lui avons délivré le présent témoignage. A Vanvres, ce 19 septembre 1750. Signés PINTEREI, prieur et curé de Vanvres, JERÔME PATIN, CLAUDE JANNET, LOUIS RETORE, LOUIS SENLIS, CLAUDE CORBONNET.

    « On est tenté de croire, à la simple lecture de ce certificat, qu’il est donné à un bon paroissien : il est pourtant certain que c’est à l’âne lui-même. Il est le premier dont de graves et notables personnes aient attesté les mœurs et la bonne conduite. La probité des attestants est ici d’un grand poids et ne peut être suspecte. (...) Enfin, la femme Leclerc n’est pas recevable dans sa plainte et on doit plutôt croire de sages habitants qui attestent aussi authentiquement qu’ils le font que l’âne de Féron est un animal incapable de blesser personne et de faire de malice !

    « Quoi ! parce que les mœurs sont aujourd’hui si corrompues que la plupart des femmes sont sans pudeur et les hommes sont sans retenue ; que le vice marche effrontément tête levée, tandis que la vertu n’ose se produire, qu’elle ne soit calomniée ou tournée en ridicule (...), enfin parce qu’une philosophie nouvelle s’efforce d’éteindre dans nos cœurs et dans nos esprits le flambeau de l’antique et véritable sagesse, et que le débordement funeste des villes gagne déjà depuis longtemps les campagnes, la femme Leclerc s’imaginera que tout est changé en mal dans la nature ? Elle portera le même jugement de l’âne de Féron que celui qu’elle porte de son siècle ? Qu’elle sache du moins que si la raison s’obscurcit de jour en jour chez les hommes, l’INSTINCT des bêtes est toujours le même ! C’est donc à tort que la femme Leclerc attaque l’âne de Féron dans sa réputation qui serait encore entière, sans le délit involontaire qu’il a commis et qui ne peut-être regardé que comme l’ouvrage de la fatalité !
    « Quant à la demande de vingt sols par jour qu’exige Leclerc pour la nourriture de l’âne, elle tombe d’elle-même. Pourquoi le gardait-il ? »Le talentueux magistrat finit par ses quelques mots :

    « On se flatte d’avoir établi les faits avec l’exactitude la plus scrupuleuse et les moyens avec toute l’étendue que la cause mérite. C’est au public à prononcer : quel que soit son jugement, il sera toujours équitable ! »
    Notes de bas de page :

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0