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Une discussion sur les orientations du syndicat Force Ouvrière, suite au 23ème congrès confédéral de FO à Tours du 2 au 6 février 2015

dimanche 12 avril 2015, par Robert Paris

Une discussion sur les orientations du syndicat Force Ouvrière, suite au 23ème congrès confédéral de FO à Tours du 2 au 6 février 2015

Avertissement : bien des critiques qui sont faites ici aux orientations de FO peuvent valoir, parfois tout autant parfois plus encore, pour d’autres confédérations syndicales mais nous les faisons à propos de Force Ouvrière, justement parce que ce syndicat affirme avoir des positions de classe, plus fermes, plus indépendantes vis-à-vis de l’Etat et de la bourgeoisie

Indépendance, oui mais de qui et par rapport à qui ?

En guise d’introduction générale au congrès, FO écrit :

« Etre pleinement dans le réel, tout en conservant et renforçant nos principes et nos idéaux, doit être le comportement de la liberté et de l’indépendance syndicale. C’est ce que nous appelons « le réformisme militant ». De fait, le marin qui naviguerait en oubliant son cap finirait par se perdre ou tourner en rond. »

On remarquera que FO n’appelle ni son orientation la lutte des classes ni le syndicalisme révolutionnaire, même si certains courants révolutionnaires en son sein (anarchistes et trotskistes notamment) maintiennent des illusions sur cette question.

Mais FO se garde de montrer qu’au nom des réformes on nous a fait passer de multiples contre-réformes et essaie, au contraire, de prouver que sa méthode dé négociations a permis certaines avancées. Difficile à prouver à l’heure où les salariés reculent à peu près sur tous les terrains sociaux et économiques, que ce soit avec Sarkozy ou Hollande.

Il est intéressant de lire la justification que FO donne dans cette introduction du fait que négocier n’est pas cautionner les reculs en question :

« L’indépendance n’est pas l’autonomie. Elle implique, en effet, un comportement et une pratique exigeante préservant le syndicat de toute cogestion ou codétermination… C’est ainsi, par exemple, que nous avons toujours refusé de participer à des instances dans lesquelles la confédération serait « embrigadée » dans des mécanismes consensuels et avons toujours conditionné notre présence à notre liberté de comportement, ne confondant pas avis ou consultation avec engagement. C’est pourquoi dans toute une série de structures ou conseils créés par les pouvoirs publics nous livrons nos positions et avsi, mais s’agissant des décisions pouvant relever de l’intérêt général, il appartient aux pouvoirs publics de décider. Régulièrement nous devons repréciser les choses tant il est tentant de vouloir associer ou instrumentaliser le syndicat. L’attachement à la négociation collective est un autre outil fondamental de notre indépendance. »

Le mot « indépendance » semble bel et bien une clef fondamentale pour ce syndicat mais, attention, il ne s’agit nullement de l’indépendance de classe du prolétariat, ni de la capacité de notre classe à faire ses propres choix de manière indépendante, encore moins de s’organiser de manière indépendante – ce que FO appellerait plutôt autonomie et qu’elle combat - mais seulement de l’indépendance affirmée d’une organisation syndicale.

Mais où se situe cette indépendance, ce refus de participer à des organismes où FO serait embrigadée dans des mécanismes de cogestion, d’accord consensuel, alors que, quelques lignes plus loin FO rappelle que :

« Dans la même logique, nous avons joué un rôle essentiel dans le maintien des régimes paritaires existants, fruits de la négociation collective, pour préserver, y compris dans la période difficile que nous traversons, leur rôle et leur existence. »

Ces organismes paritaires où patronat, syndicats et Etat se cotoient et cogèrent des caisses sociales ne sont-ils pas justement l’exemple même de ce que dénonçait au dessus FO ? Visiblement non ! FO est même très fière de présider la cogestion, la parité dans certaines de ces caisses sociales…

Mais FO précise :

« L’indépendance, c’est aussi notre indépendance vis-à-vis des structures extérieures au syndicat. »

Cela supposerait que FO refuse, par exemple, de tirer ses moyens financiers du fonctionnement syndical d’autres ressources que des cotisations des salariés. On en est loin !

Si on se reporte aux comptes financiers dévoilés au congrès, on ne trouve pas la rubrique « cotisations » mais seulement celle de « revenus propres », ce qui n’est pas tout à fait pareil comme le montre le fait que les cotisations ne changent pas de 2012 à 2013 alors que les ressources propres diminuent nettement.

Même en calculant à partir des catégories indiquées par les chiffres du congrès, on remarquera que les « revenus propres » sont inférieurs au total des autres rentrées (subventions publiques, formation syndicale, paritarisme, IRES, produits exceptionnels).

On remarquera aussi que ces catégories se gardent de distinguer ce qui vient du patronat de ce qui vient de l’Etat et des organismes sociaux.

L’expression « ressources internes » ne signifiant pas les cotisations, on peut difficilement savoir ce que « interne » veut dire…

La participation au Conseil Economique et Social est-elle comptée dans des ressources propres ou dans des subventions de l’Etat aux syndicats et de même pour les autres subventions de l’Etat aux syndicats, est-elle comptée dans les ressources propres. On s’en doute !

Les aides à la formation syndicale par l’Etat ne sont pas totalisées avec les autres aides alors que ce qui serait plus intéressant serait de comparer les sommes d’origine provenant des salariés, de celles provenant des patrons et de celles provenant de l’Etat et des organismes sociaux. Ce type de comparatif n’est jamais fourni par les confédérations et pour cause…

Ce serait pourtant le véritable moyen de mesurer l’indépendance financière vis-à-vis de l’Etat et de la bourgeoisie, garante de l’indépendance dans les choix économiques, sociaux et politiques de l’organisation syndicale.

Nous n’accusons nullement FO d’être particulièrement achetée par le patronat. C’est tout le fonctionnement du syndicalisme dans la société bourgeoise d’être directement attachée à l’Etat et à la classe dirigeante et, dans les pays riches, cela passe notamment par des subventions qui dépassent les rentrées par des cotisations des salariés. Le texte du congrès 2015 suggère lui-même que cela pose problème :

« Si notre situation financière est saine, elle n’en est pas moins délicate. Même si nous constatons que les cotisations rentrent mieux, il y a encore des progrès à réaliser. Il faut que les syndicats s’assurent des cotisations suffisantes, nn seulement pour satisfaire leurs propres activités, mais aussi pour payer ce qui est dû aux Unions Départementales, Fédérations Nationales et Confédération. Respecter l’indépendance, la liberté et le fédéralisme nous impose de faire prospérer notre organisation syndicale. »

Le syndicat FO relève donc lui-même que sans les cotisations il n’y a pas d’indépendance qui tienne ! Or quelle est la part des cotisations dans les rentrées, cela n’est pas indiqué ! Un seul schéma statistique indique seulement l’évolution des cotisations sur quatre années, sans indication de sommes ni de rapport aux revenus globaux…

Le texte de la brochure de FO « Rapports du congrès 2015 » titre : « Les preuves de l’indépendance » mais nous ne les voyons ni dans les finances, ni dans pratique militante. On trouve en effet de la cogestion des caisses avec le patronat et l’Etat, un soutien du paritarisme qui n’a rien à voir avec l’indépendance de classe.

C’est le syndicat FO qui en donne lui-même des exemples dans cette introduction :

« Là où nous avons été plus entendus c’est sur les questions industrielles où nous tenons une place essentielle, sur la préservation du paritarisme, sur la remise en place d’un Commissariat au Plan ou sur la création de la BPI (banque publique d’investissement). Et nous avons failli l’être sur la question fiscale. »

Nous remarquons non seulement que FO vise à être « entendu » des patrons et du gouvernement. Entendu signifie que la syndicat aurait des bonnes analyses et des bonnes propositions qui pourraient plaire aux membres du gouvernement et du patronat. Où est alors l’indépendance ? Seulement dans l’organisation elle-même ? Ce n’est nullement l’indépendance de la classe ouvrière que prône FO.

Nous ne pensons pas que la BPI ni le Commissariat du Plan soient des organisations de la classe ouvrière ni qui puissent être influencées par celle-ci. Ce sont exclusivement des organisations de la grande bourgeoisie et qui ne peuvent qu’être entièrement au service de celle-ci.

En quoi la classe ouvrière aurait-elle gagné à la création de la BPI qui ne cesse d’aider financièrement le grand capital, détournant pour cela les fonds publics ?

Le texte même des rapports du congrès démontre que FO n’est nullement indépendant des organisations du patronat et de la bourgeoisie.

On y lit :

« Force Ouvrière siège dans les instances de la CNAMTS, de l’UNCAM et de la l’HCAAM, comme de la CNAV, de la Sécu, de l’URSSAF, des caisses d’assurance chômage, UNEDIC, des caisses de retraite AGIRC et ARRCO… »

FO appartient également aux différents conseils de l’Etat comme le Conseil Economique, Social et Environnemental.

Loin de considérer le paritarisme comme de la cogestion et même de la collaboration de classe, FO affirme :

« L’attachement de FO au paritarisme est quasi génétique… C’est une garantie pour les travailleurs, les régimes paritaires étant par exemple moins sujets aux aléas politiques. C’est pourquoi dans des périodes de crise économique, nous avons toujours tout fait pour les préserver, y compris en prenant des décisions pas toujours faciles. »

Les « décisions pas toujours faciles » en question ont consisté à voter des budgets en réduction pour les chômeurs, pour la santé, pour les retraites, etc… Et ces sacrifices sont exactement le pendant des sacrifices imposés aux salariés et aux milieux populaires dans le domaine privé comme dans le domaine public. Et donc aussi comme dans le domaine paritaire qui n’est nullement, contrairement à ce que prétend FO, un domaine protégé ou même partiellement protégé en période de crise…

Et, comme les patrons ou l’Etat imposent des sacrifices sous la menace de fermeture, le gestionnaire FO des caisses paritaires brandit la menace de leur fermeture pour imposer des sacrifices :

« Que serait l’assurance chômage si L’Unédic n’existait plus ? »

Et il rajoute :

« Par notre comportement, nous pouvons affirmer que nous avons préservé ces régimes au profit des salariés… Comme nous n’avons jamais cessé de l’expliquer, la pratique contractuelle est une des expressions de notre indépendance syndicale et de notre réformisme militant… Ni béni oui-oui, ni béni non-non, autrement dit. »

Quel type de militantisme

Le réformisme, la négociation avec les « partenaires sociaux », le constat partagé, la cogestion, le paritarisme, l’accord, le contrat, etc…, tout cela entraîne non seulement une conception du militantisme à FO mais entraîne un nombre considérable de militants à ne faire que de la cogestion. Il serait intéressant de savoir quel proportion des militants n’ont que des positions dirigeantes au sein d’instances de cogestion ou de négociation et combien militent véritablement aux côtés de leurs camarades de travail et les aident au quotidien à s’organiser contre les attaques patronales et gouvernementales ? Quelle proportion d’efforts syndicaux pour combattre les adversaires de la classe ouvrière au sein de celle-ci et quelle proportion de ces efforts ne servant qu’à partager des débats avec les adversaires des travailleurs en s’éloignant de plus en plus du syndicalisme de classe. Pourtant FO se revendique des débuts de la CGT lutte de classe. Pourtant, elle s’affirme héritière d’une ancienne CGT qui pratiquait le syndicalisme révolutionnaire aux côtés du syndicalisme réformiste.

FO n’a tiré aucune leçon des trahisons du réformisme qui sont pourtant les étapes remarquables du mouvement ouvrier, à commencer par la trahison du syndicalisme réformiste en 1914 avec la guerre mondiale.

Dans la crise, FO ne relève pas que la réforme est le drapeau de toutes les attaques contre les acquis de la classe ouvrière. Le syndicat affirme au contraire son réformisme.

Au moment même où la crise du capitalisme nous montre qu’on ne peut plus rien réformer, que le système d’exploitation mondiale a atteint ses limites, FO continue à propager le mensonge d’une possibilité de le réformer…

C’est pourtant le mensonge le plus grave dans la situation actuelle, l’essentiel pour les travailleurs étant de se préparer à changer de société, la société capitaliste n’ayant plus que des guerres et des fascismes à nous offrir.

Loin de vouloir profiter des grèves pour amener la classe ouvrière à s’auto-organiser en vue de transformer les conseils de travailleurs en organes d’un nouveau pouvoir d’Etat, FO tient à ce que les travailleurs ne s’organisent pas politiquement au sein de l’entreprise. Le syndicat se bat contre la politisation des travailleurs sur des bases de classe et prétend même que les dérives du syndicalisme proviendraient de trop de politique, de pas assez d’indépendance vis-à-vis de la politique. Le syndicalisme pur, FO ne le défend que lorsqu’il s’agit de refuser aux travailleurs d’avoir une intervention politique dans l’entreprise et dans la société. Ce n’est pas le cas quand FO débat avec les instances étatiques et patronales. Les patrons, eux, ont le droit de faire de la politique. Cela ne choque pas FO. Mais les travailleurs devraient faire purement du syndicalisme alors que c’est exactement ce qui manque à la classe ouvrière pour faire face aux montées fascistes, guerrières, aux attaques anti-sociales des classes dirigeantes et des gouvernants.

La liste des organismes étatiques, paraétatiques, paritaires, ou de cogestion auxquels FO participe est impossible à citer tant elle est longue et cela signifie des milliers de militants qui ne participent nullement à la lutte de classe quotidienne dans les entreprises et qui transforment aussi en conséquence les orientations du syndicat :

Conseil national de l’habitat, instances nationales des retraites, caisses sociales, comités d’entreprise, Pôle Emploi, Conseil national du tourisme, agence nationale des chèques vacances, conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire, conseil économique, social et environnemental, instance paritaires de l’éducation et de la formation, conseil des personnes handicapées, etc, etc…

Tous ces organismes de collaboration de classe implantent de manière irréversible le point de vue d’une entente avec le patronat et son Etat contre le point de vue de la lutte des classes, de l’indépendance de classe (qui n’est pas identique avec l’indépendance organisationnelle).

Cela signifie que le syndicat lutte d’abord et avant tout pour augmenter le rapport de forces du syndicat et pas celui de la classe ouvrière. L’intérêt de la boutique d’abord !

En même temps, FO reconnaît lui-même qu’en période de crise, la négociation, la cogestion, le paritarisme, le réformisme sont exclusivement utilisés par patronat et gouvernement pour faire reculer les intérêts de la classe ouvrière :

« Pour FO, la négociation ne doit pas être utilisée, au prétexte d’une situation conjoncturelle difficile, pour aboutir à des compromis qui s’affranchiraient du minimum légal ou conventionnel… De même, il n’est pas souhaitable que la négociation collective puisse permettre de revenir au cours d’une relation de travail sur les droits, avantages ou conditions de travail négociées par un salarié dans le cadre de son contrat de travail. FO a toujours combattu ce type de négociation dérogatoire qui constitue une entrave au monopole de ngociation des organisations syndicales… Les élus ne sont pas armés pour la négociation, ils n’ont pas de formation spécifique, ni d’institutions pour les aider dans cet exercice. »

Le monopole de négociation, le monopole de représentation, FO les défend bec et ongles mais cela signifie que le syndicat se bat contre l’autonomie de la classe ouvrière, contre l’auto-organisation des travailleurs qui sont parfaitement capables de se dirigeants sans leur encadrement syndical.

Le syndicalisme, tel qu’il est conçu par les confédérations, est un encadrement institutionnel de la classe ouvrière qui nuit à sa capacité autonome d’expression, d’intervention et d’organisation.

Indépendance vis-à-vis de l’Etat

L’Etat bourgeois français n’est pas l’Etat des citoyens mais l’Etat de la classe dirigeante, même si tel n’est pas le point de vue de FO qui répète mille fois dans ses textes que c’est l’Etat de la République au service du public !!! On ne doit pas parler du même pays !!!

Les rapports titrent de nombreuses fois par « République sociale » comme si l’Etat bourgeois, appelé « république » pouvait être au service du public, si on le lui propose et au service du grand capital, si on ne lui fait pas de bonnes propositions réformistes comme le fait FO…

Le texte du congrès affirme que :

« Défendre les valeurs républicaines et les structures et outils (dont le service public) permettant de les respecter au mieux est un combat qui concerne tous les travailleurs, du public comme du privé, quels que soient leur âge ou leur situation, actifs, chômeurs ou retraîtés. Défendre la république et ses valeurs, c’est aussi défendre une conception du rôle de l’Etat. Au plan économique, il ne doit pas aussi y avoir de champs où l’Etat serait interdit, où le marché dicterait obligatoirement sa loi. Cela vaut par exemple pour le nécessaire rôle de l’Etat dans le domaine de la politique et de la stratégie industrielle. Et c’est aussi notre opiniâtreté et nos positions et analyses qui ont permis la mise en place de la Banque Publique d’Investissement, le conseil national del’industrie et ses travaux dans les filières. »

Si le syndicat FO constate bien que l’Etat est de plus en plus ouvertement au service des patrons et de moins en moins « service public », il l’attribue à une dérive et non à la nature même de l’Etat en termes de classe :

« De fait, sous les coups de boutoir du libéralisme économique et du « marché roi », les valeurs républicaines sont grignotées puis délaissées dans les faits. »

FO titre comme objectif : « Sauver le service public, sauver la république ».

Mettre les deux dans le même panier est un peu rapide : l’Etat bourgeois n’est pas identique au service public. L’armée, la police, la justice, l’administration n’ont pas été fondés pour être au service de la population mais pour être au service des propriétaires. Ce n’est pas seulement le cas de la cinquième république en période de crise. Toutes les républiques en France ont été des Etats au services des classes dirigeantes, hormis la Commune de Paris à laquelle, bien entendu, FO ne fait aucune allusion, cet Etat ouvrier n’étant pas du tout un exemple pour les prétendues idées de « république sociale » du syndicat FO…

Il n’est pas question pour ce syndicat de montrer qu’il y a opposition entre Etat bourgeois et Etat ouvrier mais seulement de faire croire que l’on aurait seulement le choix entre une république aux bottes des marchés ou une république bourgeoise mais qui défende un peu plus le citoyen et le grand public.

FO au plan international

Le congrès affirme :

« Au plan international, nous avons milité et approfondi nos relations, dans le cadre de la CSI, avec nombre d’organisations sœurs des différents continents. Le dernier congrès de la CSI a montré la détermination collective de combattre l’austérité et ses ravages sociaux et économiques. Nous avons également appuyé les travaux menés dans le cadre de l’OIT sur les normes et conventions internationales. Au plan européen, nous avons pesé pour une CES plus combative et pour la première fois depuis longtemps la quasi-totalité des syndicats nationaux s’est opposée dans le cadre de la CES à un traité, en l’occurrence le TSCG et a proposé un plan de relance au niveau européen à hauteur de 2% du PIB. »

Pourtant, quelques lignes au dessus, dans le même rapport, FO écrivait :

« L’indépendance, c’est aussi notre indépendance vis-à-vis des structures extérieures au syndicat. »

Appartenir à la CES ou à la CSI, qui sont à la botte du capitalisme, sans même y mettre des formes, est-ce de l’indépendance ? Pourquoi faire partie par exemple d’une CES dont le texte ci-dessus rappelle qu’il n’a jamais pris des positions en faveur des salariés et qui vient seulement de prendre une position contre l’austérité, afin de dire qu’il fallait davantage aider l’économie, c’est-à-dire aider les capitalistes !!!

FO affirme son travail de solidarité internationale :

« Les activités internationales se caractérisent essentiellement par le rôle de Force Ouvrière au sein de la Confédération Syndicale Internationale, au BIT (Bureau international du Travail) et notamment au Comité de la liberté syndicale… Avec la CSI, FO s’est investie directement dans plusieurs actions et missions de solidarité pour la défense des principes de liberté syndicale et des syndicalistes faisant l’objet d’une répression violente…. FO a ainsi participé à faire pression sur de nombreux Etats… pour la défense de représentants ou leaders syndicaux turcs, kazakhs, cambodgiens, birmans, fidjiens,guatémaltèques, colombiens , iraniens, … »

C’est normal. Ce qui l’est moins, c’est que FO n’intervient nullement pour discuter de la politique de l’Etat français, par exemple quand celui-ci soutient une dicature viomment antiouvrière ou mène des guerres de destruction massive contre des peuples.

Les guerres de la France, qui se mutliplient un peu partout dans le monde et tuent un grand nombre de civils notamment n’ont pas attiré l’intérêt du syndicat FO !

Pas de prise de position contre la guerre de la France en Côte d’Ivoire, la guerre en Libye, la guerre au Mali et au Niger et on en passe des guerres au Centrafrique et en Somalie…

Pas même de critique des politiques coloniales dans les territoires d’Outre mer, ni de critique de la politique néo-coloniale dans les anciennes dépendances africaines où l’armée française impose ses dictateurs pour le plus grand profit des trusts français…

Aucune dénonciation du fait que ce sont les intérêts d’Areva qui amènent l’armée française à choisir le dictateur du Niger, les intérêts de Bouygues ou de Bolloré qui décident qui sera dictateur de la Cöte d’Ivoire, afin de profiter de l’or, du cacao et du coton ivoiriens sur le dos du peuple…

Aucune dénoncation du soutien de l’Etat français à la dictature marocaine, avec même une légion d’honneur aux tortionnaires locaux et des modifications sur mesure des lois françaises pour empêcher qu’un tueur lié au régime soit jugé en France !

Le simple fait de dire NON aux interventions armées de la France dite « républicaine » aux quatre coins du monde, ce serait trop demander à FO !

FO signale son soutien aux syndicats des pays arabes touchés par les révolutions mais ne dit pas ce qu’elle pense des politiques de ces syndicats ayant consisté à empêcher les travailleurs d’intervenir sur le plan politique et laissant ainsi un boulevard aux armées et aux partis islamistes. FO soutient l’option de la démocratie bourgeoise, aussi bien en France qu’en Egypte ou en Tunisie, même quand cette possibilité est une illusion criminelle…

Sur la crise économique mondiale

FO analyse la crise mondiale, décrit ses étapes, sans en donner jamais le fondement. Jamais FO ne donne son estimation de la signification profonde de la crise par rapport aux bases mêmes du système, la propriété privée des moyens de production, la formation de la plus-value tirée du travail humain, la concurrence capitaliste, l’aveuglement de la production capitaliste, etc… FO préfère, comme les sociologues et les économistes bourgeois, dénoncer le libéralisme et la financiarisation que démonter les effondrements du capitalisme et pas seulement de la politique libérale.

Il est significatif que FO parle de « situation conjoncturellement difficile » ce qui minimise considérablement la situation du capitalisme, contraint de remplacer la dynamique des investissements productifs du capital privé par des injections massives et permanentes de capitaux publics des Etats et des banques centrales.

FO dénonce les milliers de milliards des fonds publics injectés pour sauver le système mais n’en tire pas du tout la conséquence que le système n’offre plus d’avenir pour l’humanité. Le syndicat préfère penser que c’est une récession et qu’elle finira par se transformer en une nouvelle phase de redressement, même si tous les jours la réalité démontre le contraire.

Un syndicat qui a fait le choix fondamental du réformisme ne peut pas tirer des leçons de la situation économique et sociale, leçons qui indiqueraient aux travailleurs que le réformisme est mort et que seule la révolution ou la cotnre-révolution sont d’actualité.

Cela désarme complètement les travailleurs face à la montée des fascismes, des guerres, des racismes qui sont produits par l’effondrement du système et les politiques des classes dirigeantes.

FO désarme autant la classe ouvrière que l’avaient fait le syndicalisme réformiste face à la montée fasciste des années 30 et à la marche vers la guerre.

Pour FO, la crise n’est pas systémique. Elle ne signifie pas que le système a atteint ses limites mais qu’il faut seulement changer de politique tout en restant dans le cadre du capitalisme.

Pour FO, il n’y a comme perspective qu’un capitalisme plus social, plus solidaire, mais toujours du capitalisme.

« Cette crise a également confirmé la perversité du système capitaliste en éclairant tragiquement les risques économiques, environnementaux et surtout sociaux inhérents à son fonctionnement. Elle a mis en lumière la primauté donnée aux libertés économiques sur les droits. » déclare Force Ouvrière. Mais cela ne l’amène pas à considérer que les travailleurs pourraient être amenés à construire le socialisme. Là encore, c’est en complète rupture avec les origines de la CGT dont FO se revendique pourtant… Voir ici

Loin de considérer que la dynamique du capitalisme, celle des investissements privés en capital productif, est morte, FO déclare que « La dynamique du capitalisme a fortement creusé les inégalités et les conséquences de la crise sont essentiellement supportées par les plus modestes, alors que les hauts revenus, les marchés financiers, les rentiers sont largement épargnés car insuffisamment mis à contribution. Il s’agit en cela d’une politique de classe en faveur des actionnaires, des détenteurs du capital, des banques, des multinationales et des fonds de pension. »

Loin d’admettre que le syndicalisme de négociation, de réformisme, a fait faillite devant l’attaque patronale et gouvernementale, FO ne fait que pleurnicher que ce n’est plus réalisable :

« Le congrès dénonce le déni de démocratie de ces négociations et le dumping social organisé dans le cadre de ces traités qui soumettent les États au pouvoir des multinationales et de la finance. »

Loin de considérer que le grand capital détruit aujourd’hui toutes les accomodations sociales qu’il avait mises en place et d’en déduire que c’est une lutte à mort avec le grand capital qui serait à l’ordre du jour, FO affirme que « Le congrès n’admet pas cette remise en cause permanente du contrat social. »

Pour FO, c’est un « modèle de croissance inégalitaire » qui a fait faillite, pas le capitalisme lui-même, pas ses fondements même !

Le congrès conclue en la nécessité pour les Etats d’aider l’économie, c’est-à-dire d’utiliser l’argent public en palliant l’absence de l’argent privé, ce qui est exactement la plitique actuelle de la bourgeoisie :

« Pour le congrès, une politique industrielle ambitieuse s’impose et doit : réaffirmer la légitimité de l’intervention publique pour la recherche, l’innovation, le développement et pour l’industrie ; défendre, valoriser et développer l’emploi, les salaires, les conditions et les moyens de travail dans l’industrie ; soutenir l’enseignement technique, professionnel et supérieur public et favoriser la formation professionnelle ; conduire à l’interdiction des délocalisations, des externalisations et filialisations, de la sous-traitance en cascade afin de stopper la course permanente au dumping social et fiscal ; recourir à des grands projets publics et promouvoir des politiques publiques sectorielles de filières, dans le cadre du Conseil national de l’industrie et dans le respect des compétences des branches professionnelles ; réorienter le Crédit d’impôt recherche en Crédit d’impôt recherche de développement (CIRD), tout en renforçant les contrôles fiscaux et publics sur ce dispositif ; autoriser la prise de majorité de capital, intégrale si nécessaire, par l’État, par une nationalisation temporaire ou définitive quand la situation l’exige, pour sauver l’emploi ; réorienter l’activité de la Banque publique d’investissement (BPI) en conditionnant son action à la création d’emplois et en cadrant ses interventions au service des politiques publiques nationales en faveur du développement des filières industrielle. »

Comme les autres confédérations syndicales, FO ne s’aventure pas sur le chemin de la remise en cause du capitalisme :

« Si FO explique depuis plusieurs années que l’austérité est suicidaire socialement, économiquement et démocratiquement, c’est que nous connaissons l’Histoire, nous sommes au contact direct des travailleurs, nous alertons et nous combattons cette logique mortifère. »

Si la logique mortifère provient des fondements même du capitalisme, c’est celui-ci qu’il convient de se préparer à renverser mais FO n’ira pas jusque là…

Cela signifie que, dans les révolutions à venir, des syndicats comme FO vont être des défenseurs du système d’exploitation contre la classe ouvrière révolutionnaire, et donc l’un des pires ennemis du prolétariat révolutionnaire, même si ce sont des militants intervenant de bonne foi en croyant agir dans l’intérêt des travailleurs…

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