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Edito - La rentrée anti-sociale en France

mardi 1er septembre 2015, par Robert Paris

Edito – La rentrée anti-sociale en France

La sortie provocatrice de Macron contre les 35 heures au congrès du MEDEF est parvenue à donner le ton de la rentrée sociale de septembre en France. Elle rappelle que le patronat n’a jamais été aussi écouté par le gouvernement ni aussi suivi dans ses demandes contre la classe ouvrière et que les syndicats de salariés n’ont jamais eu un poids social et politique aussi faible.

« Haro sur le Travail, tout pour le Capital », tel pourrait en effet être le slogan du patronat et du gouvernement en cette rentrée. Celui des confédérations syndicales bureaucratiques serait plutôt : « nous voulons négocier ! »

Emmanuel Macron a donné le ton de la politique gouvernementale : « Autoriser les entreprises à déroger aux règles. »

Et le programme antisocial du gouvernement se poursuit après la casse des retraites, le crédit d’impôts au patronat, le pacte de responsabilité, la loi Macron (indemnités de licenciement sans cause réelle et sérieuse plafonnées, circuits de train publics abandonnés et remplacés par des circuits de cars privés, enfouissement de déchets nucléaires à Bure dans la Meuse, travail du dimanche autorisé, avantages fiscaux aux investisseurs, droit des patrons d’aménager temps de travail et salaires en « cas de difficultés » pour l’entreprise, modification favorable au patronat en cas de licenciement collectif), la loi Rebsamen (affaiblissement de la représentation syndicale), les budgets antisociaux, de casse des services publics, des aides sociales, de la santé, des hôpitaux, de la sécu, du médicament, etc.

Au programme « social » du gouvernement Hollande-Valls-Macron, il y a la poursuite de la casse des retraites (retraites complémentaires Agirc et Arrco avec la baisse des pensions programmée), de la casse du code du travail (sous prétexte de favoriser des embauches) avec l’augmentation du poids des négociations par entreprise et par branche en cassant les accords nationaux et le poids des lois nationales, ce qu’on appelle maintenant « le dialogue social de terrain », le maintien du blocage des salaires dont le SMIC et la rémunération des fonctionnaires, les nouvelles attaques contre les services publics (Radio France, France Télévision, APHP, etc.), la reprise d’Areva par EDF avec attaque sur les emplois à la clef, les suppressions massives d’emplois de fonctionnaires (sauf pour les militaires !), la mise en place d’une école garderie et d’une école publique privatisée sous prétexte d’animations du temps libre, le blocage des pensions de retraite, l’élimination massive des chômeurs des bénéficiaires d’aides sociales, nouvelle attaque contre les urgences de l’hôpital public menacées de fermeture, etc. Nouvelles attaques contre les migrants, contre les sans papiers, contre les Roms, contre les chômeurs, contre les jeunes de banlieue, etc.

Chaque pas en avant anti-social ne fait qu’ouvrir la voie à d’autres attaques. Chaque réduction des droits sociaux prépare la suivante. Chaque attaque contre les services publics permet une autre attaque.

Il s’agit maintenant de s’attaquer au code du travail. D’où la nécessité de changer de ministre du travail Rebsamen ayant juré qu’il ne casserait pas le code du travail. Manuel Valls, lui, a repris la thèse du MEDEF selon laquelle « le Code du travail est si complexe qu’il en est devenu inefficace ». Mais efficace pour qui ? Pour le patronat !

Macron ne s’est d’ailleurs pas contenté de proclamer qu’il fallait en finir avec les 35 heures, le gouvernement a tenté réellement de les supprimer à l’hôpital public (APHP) mais la réaction massive des agents hospitaliers l’a contraint à reculer momentanément.

Le gouvernement Valls a reconnu que la fin des 35 heures n’était pas encore d’actualité mais ce n’est pas grâce à la crainte que lui ferait subir les centrales syndicales !

Ce n’est pas le ballet des tutus syndicaux qui risque de faire peur au patronat et au gouvernement ! Ni les meetings de rentrée de Martinez, qui n’est rien d’autre que l’ancien bras droit de Lepaon, ce grand complice du patronat, cet organisateur en chef de la privatisation de la SNCF ! Ni les demandes renouvelées de Berger de la CFDT qui demande… plus de temps pour négocier ! Ni la menace du dirigeant de FO de… ne pas participer à la future « conférence sociale » avec le patronat et le gouvernement ! Ce que les classes dirigeantes craignent, ce n’est pas davantage les nouvelles journées d’action syndicale programmée en septembre-octobre…

Déjà l’été a donné le ton…

Il y a eu le vote, le 15 juillet dernier, d’une journée d’action pour défendre l’Agence France Presse (AFP) menacée comme l’est Radio France ou France Télévisions, ou l’APHP, la SNCF, La Poste, Total ou Areva, mais surtout pas ensemble avec eux…

Il y a eu la fausse grève (annulée au dernier moment sous prétexte des difficultés de l’entreprise) de la CGT de Veolia-éboueurs, le 20 août dernier.

Il y a eu la demi-grève de la CGT pour les TER le 26 août.

La division des luttes continue d’être la stratégie fondamentale des centrales syndicales ainsi que les journées d’action sans lendemain et sans union des salariés.

A Areva, les syndicats CGT et CFDT annoncent une journée d’action nationale le 15 septembre. L’intersyndicale des collèges appelle à la grève le 17 septembre. L’APHP (personnels hospitaliers) est appelée à des AG le 10 septembre ou le 15 septembre et à la grève le 17 septembre mais sans aucune relation avec celle des enseignants !!! Le 23 septembre, c’est la « journée nationale sur les droits des salariés »… Mais ce n’est pas tout : grèves à Air France du 15 au 22 septembre, à la SNCF le 25 septembre, médecins et pharmaciens le 30 septembre... Sans parler des grèves poste par poste à La Poste…

Le secteur de la Social est appelé à la grève le 8 octobre. Ce même jour, les syndicats appelleraient à une autre grève… sur les salaires… dite « interprofessionnelle et unitaire »…

Les 19 et 20 octobre les mêmes syndicats, qui dénoncent le gouvernement et le MEDEF, se réuniront avec eux pour la « conférence sociale » !

Les mêmes syndicats reprennent les négociations avec le patron de l’APHP sur sa réforme, pour l’amender, alors que les personnels hospitaliers avaient clamé haut et fort dans les rues de Paris : « Ni négociable ni amendable ! »

Même à l’APHP où les personnels de l’hôpital public se sont mobilisés en mai-juin dernier de manière massive dans tous les hôpitaux, par-delà les professions, les corporations, les sites, malgré des grèves et manifestations massives, les centrales syndicales unies dans l’intersyndicale ont lanterné les personnels, leur ont imposé des négociations avec le patron de l’APHP Hirsch alors que les personnels n’en voulaient pas. Elles ont permis à Hirsch de ne pas subir d’échec cuisant et public, de continuer à afficher ses objectifs, ses plans, sa réforme bidon, de faire croire qu’il sonde les personnels, qu’il les consulte. Et les syndicats, qui n’ont pas cessé de clamer que négocier avec Hirsch ne servait à rien, s’apprêtent à recommencer !!! De même qu’ils continuent à négocier à la SNCF malgré la privatisation et la casse du statut et des conditions de travail des cheminots. De même qu’ils continuent à négocier à quelle sauce les personnels vont être mangès (licenciés) à Radio France ou à France Télévision. De même qu’ils continuent à négocier sur la faillite d’Areva ou sur les suppressions d’emploi chez Total. Et la liste est loin d’être close…

Bien sûr, les centrales syndicales peuvent rétorquer qu’elles n’ont pas cessé de manifester, de faire grève, de mobiliser contre les attaques sur les retraites, sur le code du travail, sur les salaires, sur les emplois, sur les services publics, sur la privatisation de la SNCF, etc. C’est vrai : elles ont proposé aux salariés leur stratégie des journées d’action sans lendemain. Elles ont accepté le combat sur le terrain voulu par leurs adversaires, sans jamais en sortir, sans jamais déborder des frontières voulues par la stratégie d’attaques du gouvernement qui remet en cause chaque service public séparément. Résultat : ils ont mobilisé séparément la SNCF et l’Education, séparément l’hôpital et La Poste, séparément le secteur social, séparément chaque entreprise privée attaquée. Séparément les salariés de chaque sous-traitant automobile. Séparément les salariés de PSA et encore séparément les salariés du site d’Aulnay de PSA.

La division, voilà la stratégie des centrales syndicales et son résultat n’a pas cessé d’être la défaite. Même lorsque la question se posait pour tous les salariés, comme dans le cas des retraites, ils ont appelé tout le monde durant une journée ou plusieurs journées mais ils se sont refusé à appeler les salariés à rejoindre des entreprises qui, en même temps, étaient en grève totale comme les salariés des raffineries ou de l’automobile, ou certains hôpitaux, durant le mouvement des retraites. Le secteur hospitalier de la psychiatrie a été isolé sans aucun soutien syndical, de même que les postiers des Hauts-de-Seine.

Certes, les centrales syndicales se sont toujours débrouillées pour apparaître à la tête des mobilisations alors qu’elles n’ont fait que démobiliser les luttes sociales, les désorganiser, les diviser, les amener vers des voies de garage. En effet, le débouché qu’elles proposent est toujours le même : des négociations, des « bonnes réformes » alors qu’il est clair qu’aujourd’hui réforme est synonyme d’attaque anti-sociale.

Tout est fait pour faire croire que le seul débouché possible des luttes ouvrières serait la négociation, que nos adversaires nous entendent, nous comprennent, c’est-à-dire toute une stratégie réformiste alors qu’au contraire la seule stratégie gagnante, dans la situation actuelle, ne peut qu’être une lutte de classe déterminée, refusant la loi du Capital, refusant le droit sacré des propriétaires de capitaux. Bien entendu, la quête permanente de négociations ne fait que mener à des défaites, à des reculs sociaux !

Tout est fait par les leaders syndicaux pour faire croire qu’en luttant secteur par secteur, en répliquant séparément, attaque par attaque, on aurait plus de force pour répliquer alors qu’il s’agit d’une atttaque globale !

Le seul succès des centrales syndicales a consisté à empêcher la classe ouvrière de s’organiser par elle-même, de se lier d’un secteur à l’autre, d’une corporation à l’autre, d’un service public aux autres, du public au privé, des salariés en fixe aux précaires, des travailleurs aux chômeurs, des travailleurs français aux migrants et aux sans-papiers, etc.

Théoriquement, cette liaison de la classe ouvrière, au moins à l’échelle nationale, aurait dû être le principal rôle des centrales syndicales nationales. Mais c’est omettre que les syndicats sont dorénavant plus liées au patronat et au gouvernement, qui leur donnent l’essentiel de leurs rentrées d’argent, qui organisent l’essentiel de leurs réunions, qui monopolisent l’essentiel de l’activité des militants, la totalité de celle des dirigeants, et beaucoup moins liées aux travailleurs avec lesquels il est bien rare qu’ils organisent la moindre réunion. Les seules réunions avec les travailleurs sont les assemblées générales de grève par lesquels ces mêmes dirigeants syndicaux se débrouillent pour que les salariés n’aient pas droit au micro ni l’envie de prendre la parole après les discours fleuves démoralisants des prétendus leaders autoproclamés tels…

Non seulement les syndicats ne sont pas le moyen d’unir entre eux les différents secteurs de la classe ouvrière, mais ils sont les grands organisateurs de la division. Non seulement, ils ne diffusent pas la conscience d’appartenir à une même classe ouvrière mais ils cultivent parmi les travailleurs les illusions corporatistes et les préjugés sectoriels. Non seulement, ils n’unissent pas les travailleurs de France à ceux du reste du monde mais ils cultivent le nationalisme, prétendant qu’il faudrait défendre le pays contre les autres pays !

Les travailleurs qui tentent de s’organiser, de mettre en place des comités de grève, de définir eux-mêmes les objectifs de grève, les modes d’action, se trouvent avoir comme premier adversaire les bureaucrates syndicaux et même certains militants syndicalistes de base qui croient que la lutte contre les bureaucraties, la lutte contre le réformisme, la lutte pour l’autonomie ouvrière face à la burgeoisie et à l’Etat, seraient de l’antisyndicalisme.

Ce qui nuit au syndicalisme de classe, ce qui nuit au syndicalisme de combat, ce qui nuit au syndicalisme révolutionnaire, c’est la liaison permanente entre la bureaucratie syndicale et l’Etat, les négociations permanentes avec la bourgeoisie, le refus de tous ces dirigeants de se mettre sous le contrôle des travailleurs.

Ce qui nuit aux luttes ouvrières, c’est la prétention de ces bureaucraties d’interdire aux travailleurs de décider eux-mêmes de la manière de mener les luttes, de décider de leurs objectifs, de se réunir aussi pour discuter des questions économiques, sociales et politiques qui les concernent directement. Et cela va jusqu’aux discussions indispensables sur la crise de la domination capitaliste sur le monde et de l’avenir que nous comptons donner à la société humaine.

Mais, n’ayons crainte, les travailleurs ne se laissent pas toujours baillonner comme l’ont massivement montré les personnels hospitalier conspuant massivement la trahison des centrales syndicales pendant qu’elles négociaient avec Hirsch !

Oui, notre avenir de travailleurs ne consiste pas à suivre comme des moutons les bureaucrates syndicaux qui nous emmènent à l’abattoir !

Notre avenir ne consiste pas à suivre les pseudo-dirigeants qui s’appuient sur nos craintes pour nos salaires, nos craintes pour nos emplois, nos craintes pour nos retraites ou nos services publics. Car la peur ne nous fait marcher qu’à reculons là où faudrait être à l’offensive contre les droits du patronat, contre la propriété privée des capitalistes…

La peur de perdre… nous perdra... jusqu’au jour où la rage de gagner… nous gagnera…

3 Messages de forum

  • Edito - La rentrée anti-sociale en France 1er octobre 2015 19:53, par Robert Paris

    Hollande-Valls et les syndicats

    Valls a annoncé qu’il passait en force dans la négociation avec les syndicats concernant les salaires, les primes et la progression de carrière des fonctionnaires, imposant un « accord » signé avec des syndicats minoritaires ce qui signifiait notamment le blocage des salaires pour au moins deux ans. La nécessité de l’accord de syndicats majoritaires était la règle qu’avait imposée ce gouvernement lui-même pour appâter les syndicats en leur faisant miroiter des possibilités de détenir plus de pouvoir dans les négociations tout en les obligeant à ne négocier en réalité que des reculs, que des contre-réformes, que des dégradations des lois, des décrets, des règles et des normes précédentes. Une fois acquis que les syndicats acceptent de tout renégocier sous prétexte d’être davantage reconnus, le gouvernement avance encore en montrant qu’il peut négocier avec des syndicats minoritaires, des syndicats de branche ou avec des syndicats d’entreprise et pas au niveau national. Négocier bien sûr toujours des reculs… Les salaires des fonctionnaires en sont un exemple mais ce n’est pas le seul. Les référendums d’entreprise à la place des négociations syndicales un deuxième exemple. La menace de remise en cause des tribunaux prud’homaux un troisième. La remise en cause de la gestion paritaire des caisses Unedic un quatrième. Cela signifie que la gauche gouvernementale remet en question le rôle des syndicats ou les en menace et ce n’est pas la droite ou l’extrême droite qui feront moins. Tout ce qu’a été capable de répliquer la responsable du syndicat des fonctionnaires CGT qui avait refusé de signer l’accord de blocage des salaires, au bout d’un an et demi de négociations menant sur un tel camouflet du gouvernement aux syndicats non signataires, a été de dire qu’elle « réclame la reprise immédiate des négociations ». Un peu comme le syndicat des pilotes d’Air France qui, après de longues négociations débouchant sur un plan de suppressions de lignes et d’emplois, réclame à nouveau de… renégocier !!! On peut dire qu’il y en a qui, lorsqu’ils reçoivent des claques, en redemandent immédiatement et que ces gens-là sont très loin d’être en droit de se dire des leaders de la classe ouvrière…

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  • A Air France, le patron annonce de 3000 à 8000 suppressions d’emplois comme menace pour exercer un chantage et faire accepter des reculs sociaux et les syndicats répliquent : de nouvelles négociations sont prévues... Il y a les maîtres chanteurs et il y a aussi ceux qui acceptent de discuter avec les ravisseurs...

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  • Air France menace de licencier jusqu’à 8000 salariés mais Valls en appelle à la responsabilité des pilotes et les syndicats en appellent aux négociations !!!

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