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Les marsupiaux, une démonstration de plus qu’il n’existe pas une voie unique de l’évolution des espèces !!!

mercredi 4 mai 2016, par Robert Paris

Le quokka, un marsupial Et bien d’autres marsupiaux...

Les marsupiaux, une démonstration de plus qu’il n’existe pas une voie unique, progressive et linéaire de l’évolution des espèces !!!

La bifurcation des marsupiaux, séparée des mammifères par l’isolement de l’Amérique du sud, de l’Australie et de la Tasmanie, séparation qui représente une importante révolution, a démontré la capacité de l’évolution à produire des espèces semblables malgré des divergences : au nord des placentaires et au sud des marsupiaux… L’évolution des espèces témoigne ainsi son caractère dialectique : à la fois divergente et convergente…

La question des placentaires et des marsupiaux pose de nombreuses questions. Quelle différence entre eux ? Pourquoi les uns au nord, les autres au sud ? Pourquoi les marsupiaux finissent pas triompher au sud ? Y a-t-il une supériorité évolutive et laquelle ?

Crétacé : développement des dinosaures dans un continent sud commun

Faune australe du Crétacé

Jurassique supérieur : apparition des mammifères marsupiaux.

Trias : séparation d’une partie supérieure et d’une partie inférieure

Comme l’homme le petit d’un marsupial naît prématurément et poursuit sa gestation dans la poche maternel. Mais alors que le nouveau né humain ressemble à un foetus singe, le marsupial naît plutôt à l’état d’embryon ! Prenons le cas du Kangourou, le petit naît au bout de 35 j et mesure 2 à 3 cm, il restera dans la poche plus de 230 jours (parfois 250), un deuxième bébé s’installe avant que le premier ait quitté la poche maternelle, et les femelles gèrent en commun la protection des petits, prenant parfois le petit d’une autre femelle : système de protection optimum des petits dans des conditions de vie extrême.

Les marsupiaux se sont étendus partout, mais seront détrônés par les mammifères placentaires qui apparaissent bien plus tard, au crétacé. Seul, en Australie, ils resteront dominants, leur mode de reproduction offrant la meilleure garantie dans des milieux d’extrême - sècheresse.

De la même manière qu’il y eut, et qu’il y a des reptiles vivipares et ovipares, il y eut des mammifères marsupiaux et placentaires ayant évolué en parallèle au cours de l’évolution(tigre marsupial), et les premiers disparurent au bénéfice des seconds quand le Panama apparut, mettant en contact le nord de l’Amérique, domaine des placentaires, avec le sud, domaine des marsupiaux. La gestation placentaire permet une meilleure nutrition et protection du foetus et donc un développement cérébral supérieur chez les placentaires, ce que l ’observation des adultes au phénotype proche, confirme. En étudiant le placenta des placentaires, on constate trois sortes de placenta : celui des herbivores, mammifères inférieurs par simple accolement épithélial, celui des carnivores où l’implantation est invasive (dans l’endomètre mais sans affecter les capillaires), celui des rongeurs, insectivores, primates (espèces réputées "intelligentes") où l’implantation affecte les capillaires et donc fournit une nutrition "optimum" pour une durée de gestation donnée.

Nous sommes habitués à n’imaginer qu’ainsi les marsupiaux, en kangourous ou en walibis, et pourtant...

Pourtant, les animaux suivants sont tous des marsupiaux, même si certains d’entre eux ressemblent bigrement à des mammifères placentaires !!!

Il n’y a pas de marsupiaux qu’en Australie et en Tasmanie. On cite également l’opossum en Amérique, une grande partie des animaux de Nouvelle Guinée, des espèces de sarigues et également des "musaraignes" marsupiales (Caenalestidae) en Amérique du sud...

Examinons la convergence entre marsupiaux et mammifères placentaires :

La distinction entre marsupiaux et mammifères placentaires

Qui sont les mammifères

D’où viennent les mammifères

Qui sont les marsupiaux

D’où viennent les marsupiaux et quant ils se sont séparés des placentaires

Une autre preuve de l’incapacité des classification strictes à recouvrir la réalité buissonnante de l’évolution

L’explication de Stephen Jay Gould dans « Le pouce du panda » :

« Les évolutionnistes antidarwiniens ont toujours présenté le développement répété d’adaptations très similaires au sein de souches différentes comme un argument contre la notion pivot du darwinisme selon laquelle l’évolution se déroule sans plan et sans direction. Le fait que des organismes différents convergent à plusieurs reprises vers les mêmes solutions n’indique-t-il pas que certaines directions du changement sont préétablies et ne sont pas une conséquence de la sélection naturelle agissant sur la variation fortuite ? Ne devrions-nous pas considérer la forme répétée elle-même comme la cause finale de nombreux phénomènes évolutifs qui y conduisent ?

Tout au long de sa dernière demi-douzaine de livres, Arthur Koestler a mené campagne contre sa propre conception erronée du darwinisme. Il s’y efforce d’y trouver une quelconque force directrice, quelque évolution contraignante menant dans certaines directions et annulant l’influence de la sélection naturelle. L’existence de caractères parfaits répétés au cours de l’évolution dans des lignes séparées est son rempart. A mainte et mainte reprises, il cite « les crânes presque identiques » des loups et du thylacine ou « loup de Tasmanie ». Ce marsupial carnivore ressemble au loup, mais est, par sa généalogie, un parent proche du wombat, du kangourou et du koala. Dans son dernier livre, « Janus », Koestler écrit : « Même l’évolution d’une seule espèce de loup par la mutation fortuite renforcée par la sélection offre, comme nous l’avons vu, des difficultés insurmontables. Reproduire ce processus de façon indépendante sur une île et sur le continent équivaudrait à un miracle. »

A cette argumentation, les darwiniens répondent à la fois par une dénégation et par une explication. D’abord la dénégation : il est catégoriquement inexact de dire que des formes fortement convergentes sont effectivement identiques. Le grand paléontologiste belge, Louis Dollo, mort en 1931, a établi un principe, largement incompris, l’ « irréversibilité de l’évolution », connu également sous le nom de loi de Dollo. Certains hommes de science mal informés pensent que Dollo se faisait l’avocat d’une mystérieuse force directrice poussant l’évolution de l’avant sans lui permettre jamais de jeter un coup d’œil en arrière. Et ils le classent parmi les non-darwiniens pour qui la sélection naturelle ne peut pas être la cause de l’ordre de la nature.

En fait, Dollo était un darwinien intéressé par l’évolution convergente, c’est-à-dire par le développement répété d’adaptations similaires dans des lignées différentes. Selon lui, un calcul élémentaire des probabilités garantit, de fait, l’impossibilité pour la convergence de jamais rien reproduire qui s’approche de la ressemblance parfaite. Les organismes ne peuvent pas effacer leur passé. Deux lignées peuvent présenter des similitudes superficielles remarquables, résultats de l’adaptation à un mode d’existence commun. Mais les organismes renferment tant d’éléments complexes et indépendants que la probabilité d’atteindre deux fois exactement le même résultat est en réalité nulle. L’évolution est irréversible ; des signes de l’ascendance sont toujours préservés ; la convergence, aussi impressionnante soit-elle, est toujours superficielle….

Les carnivores de Koestler racontent la même histoire (que celle de la convergence entre l’ichtyosaure et les poissons). Le loup placentaire et le « loup » marsupial sont tous deux conçus pour la chasse, mais aucun expert ne pourrait confondre leur crâne. La convergence dans la forme extérieure et la fonction ne fait pas disparaître les marques de marsupialité, petites mais nombreuses.

Vient ensuite l’explication : le darwinisme n’est pas la théorie du changement capricieux que Koestler imagine. La variation fortuite est bien la matière première du changement, mais la sélection naturelle parvient à concevoir des organes efficaces en rejetant la plupart des variantes tout en acceptant et en accumulant celles qui améliorent l’adaptation à l’environnement local.

La raison fondamentale d’une forte convergence, aussi prosaïque qu’elle puisse apparaître, réside simplement dans le fait que certaines façons d’assurer sa subsistance imposent des critères exigeants de forme et de fonction. Les mammifères carnivores doivent courir et mordre ; ils n’ont pas besoin de molaires broyeuses puisqu’ils déchirent et avalent leur nourriture. Le loup placentaire et le loup marsupial sont tous deux bâtis pour courir longtemps, possèdent des canines longues, effilées et acérées et des molaires réduites. Les vertébrés terrestres se déplacent grâce à leurs membres et peuvent utiliser leur queue pour maintenir leur équilibre…

Personne n’a abordé ce thèmes biologique de la perfection répétée plus éloquemment que D’Arcy Wentworth Thomson dans son traité publié en 1942, « On Growth and Form » (« De la croissance et de la forme »), ouvrage toujours disponible et toujours aussi pertinent. Sir Peter Medawar, généralement avare de superlatifs et évitant l’exagération, a dit de ce livre qu’il s’agissait, « sans aucune comparaison possible, de la plus belle œuvre littéraire de toutes les annales de la science de langue anglaise ». Thomson, zoologiste, mathématicien, humaniste et écrivain de grand style, fut adulé durant sa vieillesse, mais passa toute sa vie professionnelle dans une petit université écossaise parce que ses idées étaient trop peu orthodoxes pour lui valoir les chaires prestigieuses de Londres et d’Oxbridge…

Thomson prenait Pythagore au sérieux et travaillait comme les géomètres grecs. Il éprouvait un grand plaisir à découvrir les formes abstraites d’un monde idéalisé qui s’incarnait indéfiniment dans les productions de la nature (hexagones des cellules de la ruche, spirales du tournesol ou de la pomme de pin, spirale logarithmique des coquilles d’escargot et cornes de bélier…) La réponse de Thomson fut la même dans chaque cas : ces formes abstraites sont les solutions optimales répondant à des problèmes communs. Elles ont été choisies à plusieurs reprises dans des groupes distincts, car il s’agit de la meilleure voie, et souvent la seule, menant à l’adaptation. Les triangles, les parallélogrammes et les hexagones sont les seules figures planes qui remplissent complètement l’espace sans laisser de trous… La spirale logarithmique est la seule courbe qui ne change pas de forme en accroissant sa taille…

David Raup, du Field Museum of Natural History de Chicago, a étudié les intuitions de D’Arcy Thomson à l’aide d’un ordinateur et a montré que les formes de base des coquilles en spirale – du nautile à la palourde, en passant par l’escargot – peuvent toutes être obtenues en ne faisant varier que trois gradients simples de croissance. Avec le programme de Raup, on peut transformer un escargot de nos jardins en palourde en ne modifiant que deux ou trois gradients…

L’extermination des marsupiaux par les placentaires : la réponse de Stephen Jay Gould dans « Le pouce du panda :

Plaidoyer pour les marsupiaux

Je regrette profondément que les manières prédatrices de ma propre espèce m’aient irrévocablement empêché de voir le dodo en action, car un pigeon aussi gros qu’un dindon devait être un spectacle peu commun, et vraiment les spécimens empaillés et moisis n’arrivent pas à emporter ma conviction… Mais, à mon avis, c’est à la surrection de l’isthme de Panama, il y a seulement 2 ou 3 millions d’années, que revient le qualificatif de plus grande tragédie biologique de l’histoire récente de la Terre.

L’Amérique du Sud est restée un continent isolé durant toute l’ère tertiaire (70 millions d’années avant le début de la glaciation continentale). Comme l’Australie, elle abritait une faune mammifère exceptionnelle. Mais l’Australie n’était qu’un trou perdu en comparaison de l’étendue et de la variété des formes sud-américaines, dont beaucoup survécurent au massacre perpétré par les espèces nord-américaines après l’élévation de l’isthme. Certaines agrandirent leur territoire et prospérèrent : l’opossum atteignit le Canada ; le tatou remonte toujours plus haut vers le nord.

Malgré le succès de quelques espèces, l’extermination des formes sud-américaines les plus spectaculairement différentes doit être considérée comme la conséquence principale de la rencontre entre les mammifères des deux continents. Deux ordres entiers périrent (nous regroupons tous les mammifères actuels en quelque vingt-cinq ordres). Pensez à la richesse que détiendraient nos jardins zoologiques si l’on pouvait y voir une généreux échantillonnage de notongulés, un grand groupe diversifié de mammifères herbivores, allant du taxodon, gros comme un rhinocéros, qui fut inhumé pour la première fois par Charles Darwin lors d »une escale du Beagle, aux analogues du lapin et des rongeurs parmi les typothères et les hégétothères. Que l’on songe aux litopternes avec leurs deux sous-groupes, les grands macrauchénidés à long cou, semblables à des chameaux, et les plus remarquables de tous, les protérothères qui ressemblent à des chevaux.

Les protérothères ont même, au cours de leur évolution, répété certaines tendances suivies par les vrais chevaux : le Diadiaphorus à trois doigts a précédé le Thoatherium, une espèce à un seul doigt qui a même dépassé la plus noble conquête de l’homme en développant l’atrophie de ses doigts latéraux à un degré que n’ont pas atteint les chevaux actuels…

Ils ont tous disparu à jamais, victimes pour une large part des déséquilibres introduits dans la faune par la surrection de l’isthme…

Les prédateurs autochtones de ces herbivores sud-américains disparurent totalement eux aussi. Les carnivores actuels d’Amérique du Sud, les jaguars et leurs cousins, sont tous des intrus nord-américains. Les carnivores indigènes, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, étaient tous des marsupiaux…

Selon la thèse traditionnelle, l’élimination des marsupiaux carnivores est due globalement à l’infériorité des mammifères à poche face aux mammifères placentaires… L’argument semble difficile à réfuter….

L’argument de l’infériorité structurelle repose en grande partie sur les modes distincts de reproduction chez les marsupiaux et chez les placentaires, soutenu par ce postulat vaniteux d’après lequel ce qui est différent de nous ne peut être que moins bien…

John A. W. Kirsch a récemment rassemblé les arguments du débat. En s’appuyant sur les travaux de P.Parker, Kirsch soutient que la reproduction des marsupiaux emprunte un mode d’adaptation différent, et non inférieur… Se tournant ensuite vers la biogéographie, Kirsch récuse la théorie selon laquelle l’Australie et l’Amérique su Sud auraient été des refuges pour des bêtes inférieures ne pouvant pas supporter la concurrence dans le monde placentaire de l’hémisphère nord. Il considère la diversité australe des marsupiaux comme un signe de leur succès dans leur territoire d’origine…

R. Bakker a étudié l’histoire des mammifères carnivores durant toute l’ère tertiaire. Intégrant certaines idées nouvelles aux connaissances admises précédemment, il a découvert que les carnivores placentaires du nord avaient subi, au cours de leur évolution, deux types de « tests ». Par deux fois, ils ont traversé de courtes périodes d’extinctions de masse et de nouveaux groupes, sans doute dotés d’une plus grande souplesse adaptative, ont pris la relève… Les carnivores australiens et sud-américains ne connurent aucune de ces deux épreuves…

D’anciens marsupiaux disparus :

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