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Quand la Mésopotamie démontre que la philosophie antique n’est pas née en Grèce…

mardi 10 mai 2016, par Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed

La Mésopotamie avant Sumer et avant l’apparition de l’Etat Ci-dessous, la carte des premières cités-Etat sumériennes Tablette de cunéiformes indiquant une vente de terres : la propriété privée des terres, c’est déjà une philosophie tout à fait nouvelle à l’époque ! Les restes d’une bibliothèque de tablettes de cunéiformes

Quand la Mésopotamie démontre que la philosophie antique n’est pas née en Grèce…

Chacun a entendu parler et lu les philosophes grecs. Leurs écoles sont nombreuses et variées. Ils ont une notoriété mondiale. Au point qu’on serait tenté d’y voir un cas exceptionnel… La philosophie grecque serait un exemple unique ? Certains cherchent des fondements à un tel jaillissement de multiples philosophies, semble-t-il contraire à ce qu’on trouve ailleurs.

Mais est-il exact qu’ailleurs dans l’Antiquité et même avant la Grèce antique, il n’y aurait pas eu de tel développement de la philosophie ? Comment le savoir ? Les philosophies de l’antiquité, celles des hommes libres des cités commerçantes, ont été détruites, interdites, brûlées par l’Etat centralisé, dictatorial, quand celui-ci s’est mis en place et a voulu appuyer le pouvoir unique sur une idéologie unique… religieuse. L’effaçage de tout ce qui existait auparavant a été d’autant plus efficace que les écrits étaient moins nombreux que les enseignements oraux…

Cela s’est produit dans tout le monde antique. La seule particularité de la Grèce antique, c’est d’avoir eu du retard dans la mise en place de la centralisation étatique par rapport au fleurissement du développement économique et commercial, en développant de nombreuses villes libres sans les écraser par un pouvoir central. D’où une fenêtre de la culture et de la civilisation libres qui a permis une éclosion et une transmission sans pareil de la pensée humaine.

Mais ce serait une erreur de croire que la culture, la civilisation, la pensée philosophique ne seraient nés qu’en Grèce à l’époque antique !

Bien avant la Grèce, la philosophie est née en Egypte avant les Pharaons, en Mésopotamie avant les dictatures assyrienne, mésopotamienne, mède, iranienne, dans les villes libres sumériennes, avant l’Etat, dans les villes iraniennes et dans bien d’autres régions du monde comme la Chine, avant les empereurs et les rois…

La thèse de l’invention de la philosophie par la Grèce antique est classique. Ainsi, Kunzmann, Burkard et Wiedmann affirment dans « L’Atlas de la philosophie » :

« La philosophie occidentale eut pour berceau les colonies grecques établies sur les côtes d’Asie Mineure (Ionie) et dans l’Italie du sud (après la destruction de Milet en 494 av J.-C.) »

Il ne manque pas d’auteurs pour l’affirmer : la Grèce antique aurait inventé la philosophie. Et cependant, cela n’est pas exact. Certes, les sociétés plus anciennes ont laissé moins de textes écrits mais ils n’étaient pas indifférents en philosophie et même, ils ont développé les idées philosophiques avant les grands auteurs grecs, même s’ils sont moins connus.

Chacun d’entre nous est capable de citer une bonne dizaine de philosophes grecs dont les Socrate, Platon, Aristote et autres Démocrite, mais aucun philosophe de la Mésopotamie, pourtant une région riche en peuples différents, en idéologies diverses et extrêmement riches, sans parler de philosophes de la civilisation de l’Indus, de la Chine antique, de l’Egypte antique, de l’Iran antique. Sumer, Elam, Sham, Akkad, Sémites, Indus, Phéniciens devraient pourtant être les premiers chapitres d’une histoire des philosophies et ce n’est nullement le cas : on trouve généralement la Grèce antique comme chapitre un.

Certains auteurs le justifient ainsi : les sociétés antiques auraient seulement développé une religion alors que les cités grecques ont discuté à perte de vue sur toutes les grandes interrogations philosophiques de l’homme : dualisme et monisme, matière et vide, créationnisme et transformisme, atomisme et continuisme, moralisme et immoralisme, matérialisme et idéalisme, ordre et désordre, harmonie et chaos, déterminisme et indéterminisme, hasard et nécessité, dieux et diables, vie et mort, guerre et paix, sagesse et folie, vivant et inerte, instant et durée, mortels et immortels, mythe et réalité, divin et humain, et on en passe…

Ainsi, Madeline Biardeau écrit dans « Histoire de la philosophie » :

« La philosophie grecque est peut-être la seule philosophie spéculative ancienne qui se soit présentée comme uniquement rationnelle sans présupposé religieux. »

Comme l’écrit Robert Zimmert dans son « Grand livre des philosophes » :

« Où trouvons-nous la première philosophie ? Chez les Grecs ou peut-être plus encore, dans les hautes cultures de l’Orient ou dans les théories de la sagesse de l’Inde ou de la Chine ?

Dans le « Timée », Platon lui-même ne dit-il pas que la Grèce est l’élève des philosophes égyptiens :

« Vous autres, Grecs, n’êtes que des enfants. »

S’il est parfaitement exact que les cités grecques avaient développé les talents intellectuels comme une activité classique de l’homme libre, et laissé les idées se développer sans trop de frein, ce qu’Athènes devenue capitale d’un Etat, cessera de faire avec l’élimination de Socrate, cela ne signifie nullement que le reste du monde antique en soit resté à affirmer une croyance en des dieux sans développer des idées philosophiques sur toutes les grandes questions citées plus haut.

Par exemple, toutes ces grandes questions figurent dans les philosophies de la Mésopotamie, celles des peuples de Syrie, d’Irak et d’Iran antiques, même si le développement de religions d’Etat a amené le pouvoir à effacer nombre de traces de ces philosophies antiques au point que certains auteurs actuels ignorent que les sociétés antiques n’étaient pas que religieuses.

Un grand chercheur comme Bottéro n’a-t-il pas développé l’idée que l’essentiel en apport idéologique chez les Sumériens serait… la religion !

Bottéro et Kramer intitulent même leur ouvrage commun sur les sumériens : « Lorsque les dieux faisaient l’homme » !!!

Le texte de Kramer sur la Mythologie sumérienne

Ces thèses se fondent sur l’état idéologique d’un peuple arrivé au stade de l’Etat, celui de la mainmise du pouvoir central sur l’idéologie, sans se douter qu’il faudrait plutôt étudier ce peuple avant la mise en place de l’Etat. La thèse classique consiste à affirmer que c’est à partir de la phase étatique, celle du plus grand développement économique, social et politique que s’exprime le mieux les conceptions d’un peuple !

C’est oublier que la mise en place de l’Etat est, au contraire, une rupture profonde avec la société précédente, ses valeurs, ses conceptions fondamentales, et aussi une rupture idéologique autant que le choix du christianisme d’Etat par l’Etat romain a été une rupture avec les conceptions polythéistes, sacrificielles et animistes précédentes.

Bien sûr, certains auteurs croient qu’avant l’Etat, avant le grand développement économique, c’est-à-dire avant le développement des divisions de classes parvenues à l’opposition violente, il n’y aurait pas eu de philosophie…

C’est pour cela qu’ils voient dans la religion d’Etat la seule philosophie sumérienne et même mésopotamienne. Ils considèrent souvent que la religion d’Etat ne peut qu’être la première philosophie, les autres venant seulement après…

La réalité historique est l’inverse. La religion n’a pas été la première préoccupation idéologique des peuples. Tous les peuples ont recherché d’abord la manière de comprendre la vie matérielle. Le premier texte sumérien n’est pas religieux : c’est une encyclopédie de tous les objets matériels connus, naturels ou fabriqués par l’homme ! La Mésopotamie a développé des philosophies scientifiques bien avant les grecs antiques : médecine, astronomie, méthodes de culture, d’irrigation, de travail des métaux, d’industrie, d’artisanat, algèbre, analyse, etc. Elle a cherché la place de l’homme dans l’univers, de l’individu dans la société et dans l’histoire. C’est la Mésopotamie qui a inventé les mythes fondateurs qui ont été copiés par les Phéniciens, les Grecs, les Hébreux, les Romains. Elle-même s’est inspirée de la civilisation de l’Indus et des Egyptiens.

En Mésopotamie antique comme en Egypte antique, les hommes ne commencent pas à développer des religions uniques d’Etat mais, au contraire, à développer des philosophies locales et régionales qui répondent à leurs besoins réels concrets. L’essentiel des textes les plus anciens est laïc : matériel, social, technique, commercial, juridique, historique, etc. Les considérations sur l’homme, la morale, la justice, l’âme, le corps, le bien et le mal ne sont pas nécessairement de type religieux, ne font pas nécessairement appel aux dieux ou à dieu ni aux diables.

Les hommes des sociétés antiques depuis le début du néolithique sont d’abord en admiration non devant la création divine mais devant la création humaine : les rêves, les pensées, l’écriture, la figuration par des statues en argile, la sculpture, la peinture, le travail de l’os, du bois, du métal, la domestication des animaux, la culture des plantes, la formation de maisons, de villages, de villes, etc. Tout cela amène leurs pensées à s’interroger sur les limites des capacités de l’homme et de la société, une préoccupation bien plus moderne qu’on ne le pense souvent.

Les textes laïcs, les légendes, les traditions liées à la nature et à la première transformation de celle-ci par l’homme, les cérémonies collectives laïcs comme celles des saisons, les fêtes, les récits oraux des héros sont le principal sujet des premiers textes écrits connus, ceux des sumériens. Les mythes qui deviendront ensuite des bases aux textes religieux ont un fondement réel. Le déluge est fondé sur le fait que la géographie de la Mésopotamie est centrée sur le fleuve Euphrate sur les berges duquel se créeront toutes les grandes villes mésopotamiennes et qui connaît périodiquement des crues catastrophiques, destructrices. D’autre part, périodiquement, l’amoncellement de sédiments entraîne le détournement du cours du fleuve et contraint les peuples à abandonner leurs anciens villages et villes. Sur le plan social et politique, les peuples constatent aussi que tout peut être détruit du jour au lendemain puisque la grande vallée de l’Euphrate est à la merci des attaques des guerriers nomades ou des civilisations voisines, celle des montagnes du haut Euphrate (Turquie et Syrie), du haut Tigre (Assyrie) ou de l’Iran (notamment l’Elam), ou encore des grandes migrations venues d’Asie (Inde notamment). Ce qui a déterminé la vie des peuples de Mésopotamie c’est à la fois l’apparition d’une société fondée sur la production et plus seulement sur la cueillette, sur l’agglomération et plus sur la dispersion, mais aussi une société qui crée des surplus de richesses qui peuvent attirer l’envie des peuples voisins. Il en résulte de nombreux affrontements et guerres, entre les peuples indigènes et les sumériens, entre les sumériens et les sémites, entre sumériens et akkadiens, entre mésopotamiens et élamites, entre akkadiens et assyriens, etc. Les systèmes sociaux, les régimes, les organisations sociales naissent, se développent et meurent. Les révolutions sociales sont aussi nombreuses que les guerres. Aucun régime ni système social n’est éternel. Si les Mésopotamiens développeront des philosophies selon lesquelles l’homme est dépendant des hasards de l’Histoire, c’est parce que cela correspond à leur expérience et à celle des générations précédentes. Ce sont les pratiques réelles des hommes qui ont amené la formation idéologique de leurs philosophies et non l’inverse. Il est regrettable que nombre d’auteurs en restent au point de vue idéaliste inverse. Cela les amène à penser que les idées, les histoires, les mythes, les idéologies seraient nés à partir de rien, seraient de pures créations fondant la réalité et non l’inverse…

Or les pratiques des peuples, aussi bien économiques, sociales, culturelles et traditionnelles ont toujours précédé leur justification idéologique.

Comme le relève Yves-Marie Adeline dans son « Histoire de la philosophie :

« Le mythe fondateur peut être autre chose qu’un dieu : un événement par exemple, qui explique et justifie une règle morale commune ou l’existence d’une collectivité. »

Il est erroné de juger de la philosophie des Mésopotamiens sur les seuls écrits de l’époque étatique des Sumériens. Certains auteurs ont en effet tendance à faire comme si toutes les conceptions des peuples provenaient de l’époque de la mise en place de l’Etat, époque où la religion d’Etat domine toute philosophie, et devaient être appréciées à partir de là. Et cela fait une grande différence ! Car cela fait belle lurette que les hommes ont changé leur vie et donc changé aussi leurs conceptions du monde, passante de philosophies de cueilleurs à des philosophies de producteurs.

Par exemple, la première cité-Etat apparaît en Mésopotamie en 2700 avant J.-C. alors que :

- les débuts de la domestication animale datent de 8000 avant J.-C.

- les agglomérations de Jarno et Ali Kosh datent de 6700 avant J.-C., Hassuna de 5800 avant J.-C., Samarra de 5600 avant J.-C., Halaf de 5500 avant J.-C. et Ubaïd de 5000 avant J.-C., ainsi que Ur en 3800 avant J.-C. Il est absurde de s’en tenir à Ur et seulement quand la ville est devenue un centre étatique !

- de grandes découvertes comme le travail du cuivre, l’agriculture avec irrigation, la céramique, les sceaux-cachets, les figurines décorées, les peintures murales datent de 6000 avant J.-C.

- les échanges économiques et culturels avec la civilisation de l’Indus datent au moins de 5000 avant J.-C.

- la faucille, le pilon, l’utilisation du roseau datent de 4500 avant J.-C.

- l’urbanisation, le tour de potier, la roue, la voile, le travail du bronze, de l’or, de l’argent et surtout l’écriture, ainsi que le grand commerce date de 3500 avant J.-C.

- la propriété privée de terres apparaît vers 2900 avant J.-C.

Toutes ces grandes révolutions ont eu lieu bien avant l’apparition de l’Etat ! Et les révolutions précédemment citées ont profondément changé la vie des hommes et, bien entendu, n’ont pas attendu des centaines ou des milliers d’années pour bouleverser également leurs conceptions philosophiques. On n’a pas toujours des restes écrits de ces changements mais il n’est pas bien difficile d’imaginer qu’ils ont existé et été déterminants.

Voyons comment Bottéro, pour prendre un des plus fameux chercheurs en assyriologie, a été amené à subordonner la philosophie des Sumériens, dont il est un des analystes les plus connus, à l’époque de l’apparition de l’Etat :

« Les anciens Mésopotamiens étaient persuadés que le monde ne s’explique point par lui-même, et que, pour en rendre raison, il s’étaient vus contraints de poser des personnages surhumains qui avaient dû le fabriquer et qui le gouvernaient. Pour se les figurer, ils n’avaient pas trouvé de meilleur modèle que leur propre pouvoir politique, avec le monarque au sommet d’une pyramide d’autorités subalternées et émanant de la sienne : ils avaient donc transposé ce système à l’échelle surnaturelle pour distribuer leur panthéon et s’en représenter le mécanisme. » écrit-il dans « Mésopotamie, l’écriture, la raison et les dieux ».

Il constate bien que la philosophie des Mésopotamiens découle de leur organisation politique mais il omet de réaliser que cette idéologie ne peut donc précéder la date de naissance de cette organisation politique d’Etat et donc est beaucoup plus récente que la civilisation sumérienne et encore plus que la civilisation mésopotamienne…

Bottéro écrit dans « Mésopotamie, l’écriture, la raison et les dieux » :

« Cet antique pays, dont les plus vieux documents déchiffrables remontent au début du IIIe millénaire et dont l’histoire, ininterrompue, s’est poursuivie jusque peu avant notre ère, a quelque chance – comme l’Egypte pharaonique – de nous présenter les plus anciennes réactions et réflexions perceptibles des hommes devant le surnaturel, leur plus vieille construction religieuse identifiable, en même temps qu’une de celles que l’on peut suivre le plus longtemps. »

Mais, pas plus que l’Egypte n’est pharaonique, la Mésopotamie n’est pas un produit de l’Etat sumérien, akkadien, assyrien, chaldéen ou babylonien.

Cependant, de l’affirmation que la principale production mésopotamienne serait la religion d’Etat, Bottéro ne déduit nullement que la philosophie mésopotamienne (ou plutôt les philosophies) seraient inférieures ou sans grand intérêt. Il écrit dans le même ouvrage :

« Seule une vision étroite, superficielle, univoque et de parti pris peut nous occulter l’évidence, imposée par l’examen attentif et en profondeur des archives cunéiformes, que ces antiques lettrés, dès la première moitié du IIe millénaire, au plus tard, avaient « à leur façon », et selon leur rationalité, découvert la pensée abstraite, l’analyse, la déduction, la recherche et l’établissement des principes et des lois : en un mot l’essentiel de la méthode et de l’esprit de la science… »

On ne peut qu’être d’accord sauf… avec « dès la première moitié du IIe millénaire, au plus tard » car Bottéro, en écrivant cela, biffe tout ce qui précède l’établissement de l’Etat !

Il en résulte que Bottéro affirme que la philosophie des Sumériens (et il élargit ensuite aux Mésopotamiens simplement parce que l’idéologie des Sumériens a dominé !) a été ce qu’il appelle « la science divinatoire », cette étude de la réalité qui permet de chercher le message des dieux…

Rappelons que la civilisation mésopotamienne est née bien avant la domination sumérienne et même avant l’arrivée des sumériens dans la région ! Ils n’arrivent qu’au milieu de la période Obeïd. D’autres peuples comme les Cham, les Elamites, les Sémites, les Sumarriens, les Ubaidiens ou les Akkadiens y ont déjà développé des arts multiples et, bien entendu, aussi des philosophies.

Il n’est pas étonnant que Bottéro, ayant centré la civilisation sur l’apparition de l’Etat, affirme que le personnage central de son idéologie soit… le roi !

Il en conclu que, chez les Mésopotamiens, « Tout devait être fait pour garder au pays celui qui en était la tête, le moteur, le directeur, le pasteur et le père. »

Bien sûr, il s’appuie sur des textes du type de celui du code d’Hammourabi !!!

Mais ce texte récent ne peut évidemment décrire la philosophie de peuples ayant vécu des millénaires ou des siècles avant la royauté et l’Etat !!!

On se trouve ainsi devant des auteurs qui, comme en ce qui concerne l’Egypte antique, font comme si la civilisation était le produit de son Etat, alors que même ses classes sociales, ses exploiteurs et ses exploités sont apparus bien longtemps avant l’Etat ! Et sans parler de ses grandes révolutions techniques, économiques ou sociales, artistiques comme idéologiques !

Les conceptions et philosophies des peuples sont bien plus effacées et occultées que dévoilées par de telles analyses…

On remarquera aussi que le point de vue des auteurs comme Bottéro privilégie l’ordre sans concevoir qu’il s’oppose à un désordre social, que la domination d’Etat sert à défendre des privilégiés contre ceux qui ne le sont pas.

Si la cité-Etat apparaît en 2700 avant J.-C., l’Etat et les classes dirigeantes sont déjà attaqués par une révolution sociale en 2400 avant J.-C. (c’est ce que l’on appelle « la crise d’Ur III », Ur III étant un pouvoir central apparu en 2111 avant J.-C.) et, en 1700 avant J.-C., la révolution sociale casse même le système social en même temps que le pouvoir central puisque tout pouvoir centralisé disparaît et que les villages sont abandonnés. On revient à une production uniquement pour satisfaire les besoins de la population et toute accumulation de richesses au profit des classes dirigeantes et de l’Etat disparaît. La culture de l’orge diparaît même complètement du sud de la Mésopotamie en 1700 avant J.-C. !

Donc, loin d’estimer que la philosophie des Mésopotamiens pré-étatiques était d’abord religieuse, nous constatons que les premières tablettes d’argile couvertes de cunéiformes datent de 2500 ans avant J.-C. et ont été découvertes… à Suse, que ces textes ne sont donc pas sumériens mais élamites et que tous sont d’ordre civil et non religieux. Cela signifie qu’ils ont trait à la vie quotidienne, aux tâches, aux vivres, à la répartition des uns et des autres, puis au commerce et plus tard à l’histoire des hommes, aux sciences et arts, et, encore plus tard, à la religion, ce qui inverse l’ordre de la conception de bien des chercheurs !!! Elle semble très matérialiste cette société présentée comme très religieuse !!! On rappellera d’ailleurs que Bottéro lui-même citait une encyclopédie sans la moindre considération religieuse comme premier écrit sumérien !

D’ailleurs, faire des Mésopotamiens les défenseurs du seul point de vue des Sumériens est faux puisque ces derniers ne sont arrivés dans la région qu’après l’époque d’Obeïd…

En fait, les auteurs occidentaux sont très marqués par le fait que les religions juive et chrétienne ont des racines dans les mythes babyloniens qui, eux-mêmes, découlent des écrits sumériens. Cela ne veut pas dire que les Mésopotamiens avaient eu un apport philosophique qui soit d’abord religieux !

Samuel Noah Kramer – L’histoire commence à Sumer

Poésie de Sumer

Le monde de Sumer

Histoire, culture et caractère des sumériens

Ancêtres de l’ouest

La philosophie avant les Grecs

Gilgamesh

Ur

Le monde de Sumer

Sumer, première civilisation du savoir

Premiers écrivains : les sumériens

Sumer et les Sumériens

Civilisations occidentales

Mésopotamie antique

Guerre des dieux, guerre des hommes

Histoire des peuples d’Afrique et du Moyen-Orient

Le clergé d’Ur

La philosophie mésopotamienne

Comment wikipedia expose la philosophie antique

Où l’on voit que la philosophie mésopotamienne antique est réduit à portion congrue et considérée comme inconnue chez certains auteurs

La transmission du savoir en Mésopotamie ancienne

Où il apparaît clairement que, pour certains, il n’y a rien avant les philosophes grecs !

Et même un texte plus sérieux que celui de wikipedia précédent ne démarre que des Grecs !

Il pose pourtant la question :

« L’historien de la philosophie peut-il et doit-il se borner à suivre le développement de la philosophie en Grèce et dans les pays de civilisation d’origine gréco-romaine, ou doit-il étendre sa vue aux civilisations orientales ? »

Et il répond :

« Si, malgré ces remarques, nous faisons commencer notre histoire à Thalès, ce n’est donc pas que nous méconnaissions la longue préhistoire où s’est élaborée la pensée philosophique ; c’est seulement pour cette raison pratique que les documents épigraphiques des civilisations mésopotamiennes sont peu nombreux et d’un accès difficile, et c’est ensuite parce que les documents sur les peuples sauvages ne peuvent nous fournir des indications sur ce qu’a été la Grèce primitive. »

Donc il choisit consciemment de ne pas en tenir compte…

Et encore la même affirmation par Comte-Sponville :

« La philosophie prend sa source en Grèce quelques siècles avant J-C. »

Et Jean-Pierre Vernant : « Tout a commencé au début du VIe siècle avant notre ère, dans la cité grecque de Milet, sur la côte d’Asie Mineure où les Ioniens avaient établi des colonies riches et prospères. »

Eh bien, non ! La philosophie n’est pas plus née dans la Grèce antique que l’art, le théâtre, l’artisanat, la science !

Non ! Les Pharaons n’ont pas donné naissance à la civilisation en Egypte...

La civilisation chinoise n’a pas été créée par l’Etat, par le pouvoir central, le royaume ni l’empire

Révolutions de la Mésopotamie antique

Révolutions de l’Antiquité

La Bible a copié les sumériens et les babyloniens…

Les civilisations sont-elles vouées à disparaître ... brutalement ?

L’antiquité est aux sources des philosophies matérialistes, bien avant les Lumières, la Renaissance ou les Grecs

La civilisation de l’Indus a aussi développé une philosophie qui n’était pas d’abord religieuse

Origine de l’Etat

Révolutions des villes de l’Antiquité

Et quand même… les philosophes grecs

Littérature mésopotamienne antique

Pour lire en anglais sur la Mésopotamie pré-sumérienne : cliquer ici

Si les Bottéro ou Kramer voient dans la Mésopotamie une civilisation unique développant une continuité des sumériens aux akkadiens, aux assyriens, aux chaldéens, aux babyloniens, nous sommes amenés avant la domination sumérienne, à constater l’existence de trois écritures, de nombreuses religions, d’une multiplicité de peuples, d’un grand nombre de cités aux idéologies divergentes, et donc d’une explosion de diversité culturelle et non d’une philosophie unique qui serait la religion d’Etat du type sumérien ou sémite.

Rien d’étonnant que Bottéro et Kramer aient privilégié la religion dans l’étude de la Mésopotamie : l’un est un religieux chrétien et l’autre un intellectuel très marqué par le judaïsme. Ecrire sur la Mésopotamie, pays d’origine du mythe du déluge, c’est quelque chose quand on s’appelle Noah, n’est-ce pas ?!

Un autre argument montre que les idéologies pré-sumériennes ne ressemblaient nullement à celles mises en place par les divers Etats sumériens, puis akkadien, puis babylonien, chaldéen ou assyrien : la religion sumérienne a une particularité, celle de considérer que le premier acte de dieu est la création de la ville et que le dieu est le roi. Impossible de concevoir ainsi l’idéologie dominante à une époque des villages où les rois n’existent pas…

Pourtant certaines de ces idéologies de Mésopotamie n’étaient pas particulièrement religieuses...

Qui a écrit que les peuples pré-sumériens n’avaient pas de dieux ? Les Sumériens eux-mêmes !!!

Voir ici :

Traduction :

Lorsque Là-haut le ciel n’avait pas encore de nom,

Et qu’Ici-bas la terre n’avait pas de nom,

Seuls, Apsû, le primordial, le géniteur,

Et Tiamat, la génitrice qui les enfantera tous,

Mêlaient en un seul tout leurs eaux :

Ni bancs de roseaux n’y étaient encore agglomérés,

Ni cannaies n’y étaient discernables.

Des dieux nul n’était encore apparu,

Ils n’étaient ni nommés ni dotés de leur destin.

8 Messages de forum

  • Interview de Roger-Pol Droit, chercheur au CNRS :

    Pensez-vous qu’en France, globalement, l’enseignement philosophique (universitaire ou non) prend suffisamment en compte les philosophies non-occidentales ?

    - Non ! Tout simplement parce que, la plupart du temps, on n’en parle pas du tout. Prenez la liste des auteurs au programme du baccalauréat, vous n’avez que des auteurs grecs, latins, français, allemands, en tout cas européens et occidentaux, tous des pourtours de la Méditerranée ou de la vieille Europe. Pire que cela : quand je faisais mes études de philosophie, on m’a enseigné qu’il n’y a pas de philosophie indienne ou chinoise : il n’y avait de philosophie que grecque ! Il y a là quelque chose de bien pire qu’un silence : une négation. On ne se contente pas de ne rien dire, on affirme et on soutient que cela n’existe pas, qu’il n’y a de philosophie proprement dite que chez les Grecs et chez leurs continuateurs. On ne trouverait en Orient, depuis la Perse jusqu’à la Chine, rien d’autre que des spiritualités, des religions, de la poésie, toutes sortes de choses respectables mais pas de philosophie. C’est tout simplement faux, et signe une grande ignorance. Il suffit en effet de s’informer et de lire – même un peu – pour s’apercevoir que s’appliquent les critères de réflexion dialectique, d’exigence de démonstrativité logique, d’exclusion de certaines réponses parce qu’elles sont incohérentes, non pertinentes ou invalidées par une critique argumentée. Ce n’est évidemment pas le cas de toutes les œuvres indiennes, par exemple, des traités de logique, de métaphysique, d’ontologie, qui sont parfaitement conformes aux critères que nous développons habituellement pour parler de philosophie.

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  • A remarquer effectivement le lien entre les Sumériens et la civilisation de l’Indus. C’est d’autant plus remarquable que l’on ignore toujours d’où sont venus les Sumériens qui apparaissent arriver brutalement au milieu de la période d’Obeïd sans que rien de ce qui les caractérise ne les rapproche d’un peuple préexistant...

    À partir de la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.-C., des échanges entre la vallée de l’Indus et le golfe Persique sont attestées par les tablettes sumériennes qui font référence à un commerce oriental important avec la lointaine contrée de Meluhha – à rapprocher du mot sanskrit mleccha, non-aryen – qui semble se référer aux Indusiens, le seul indice qui nous permet de penser que son peuple utilisait ce mot pour se nommer. De nombreux objets de type Indus (jarres, cachets, poids de pierre) ont été découverts sur les sites du Golfe, région identifiée avec Dilmun qui, dans les textes mésopotamiens, sert d’intermédiaire avec Meluhha. Des sites harappéens apparaissent à des distances considérables de la vallée de l’Indus, notamment à Shortugaï (sur l’Oxus au Nord-Est de l’Afghanistan), à Sutkagan-dor (frontière entre le Pakistan et l’Iran) ou à Lothal (au Gujarat). De vastes agglomérations se développent également en Turkménistan méridional (Altyn-depe, Namazga-depe) où les contacts avec le Baloutchistan sont attestés depuis le Ve millénaire av. J.-C.

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    • Meluhha était le nom donné par les Akkadiens puis les Sumériens de la dynastie d’Ur III (ce vocable apparaît dans les cunéiformes vers 2350 av. J.-C.) à une région prospère qui semble située au-delà des antiques pays de Dilmun (a priori l’île de Bahreïn) et de Magan (sans doute la côte orientale de la péninsule d’Arabie, du sultanat d’Oman au Yémen) et qu’on identifie généralement à la Civilisation de la vallée de l’Indus.

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  • Des preuves de commerce important entre l’Elam et la civilisation de vallée d’Indus suggère des liens permanents entre les deux régions.

    On pense que les civilisations d’Aratta et de l’Indus étaient bien déjà là et en relations quand les Sumériens sont arrivés subitement sur les lieux vers 6500 ans Av JC, ont amené avec eux l’agriculture, leur nouvelle langue et ont très rapidement développé leur civilisation pour aller influencer puis imposer leur savoir (et puissance) à toute la région...

    Les fouilles sur des sites importants comme Mohenjo-Daro et Harappa ont révélé une société évoluée, dont les villes avaient des systèmes d’assainissement perfectionnés, des bains publics etc...

    Des indices prouvant des relations commerciales avec l’Egypte, Sumer en Mésopotamie, ainsi qu’avec l’Asie centrale, suggèrent que le fertile bassin de l’Indus a pu être un empire plus grand et plus ancien que ses contemporains célèbres au Moyen-Orient.

    Mais la civilisation de la vallée de l’Indus pose un problème insoluble, intriguant des légions d’archéologues et de scientifiques depuis les premières fouilles. Il s’agit de son écriture : de minuscules signes gravés, sur des sceaux ou tablettes. Elle reste à ce jour non déchiffrée ; laissant cette culture dans le mystère.

    Cela pourrait nous donner la clé d’une autre énigme : celle des Sumériens !

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  • Tout cela est effectivement bien avant les Grecs !!!

    La philosophie grecque commence environ 600 ans av. J.-C., et finit dans le VIe siècle de notre ère.

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  • Effectivement, on ne peut pas dire, comme Bottéro et Kramer, que la religion de Sumer du temps des rois, une religion qui prend les rois comme modèles des dieux, soit à prendre comme symbole de la philosophie des peuples de Mésopotamie d’avant les rois et même d’avant l’Etat !

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  • Est-ce que l’on dispose d’autres éléments montrant que le point de vue de Bottéro-Kramer est erroné ?

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  • Rien que le titre de la version française de l’ouvrage de Kramer, « L’histoire commence à Sumer », titre proposé d’ailleurs par Bottéro lui-même, en dit long : elle suggère que l’ensemble des civilisations du monde auraient été la suite de l’histoire commencée à Sumer, une image complètement fausse.

    Un des moyens de mesurer l’importance de ce changement dans les idéologies consiste à remarquer que les premiers dieux sumériens ne sont rien d’autres que des premiers rois mythiques des grandes cités comme le dieu de la lune Nanna qui est présenté comme le roi d’Ur ou Nammu qui est présenté comme le roi d’Ur.

    Quant à l’importance du changement radical que représente la naissance de l’Etat dans la philosophie des hommes comme dans le fonctionnement social, Kramer lui-même en a pourtant tout à fait conscience, bien qu’il ait écrit que la philosophie des peuples précédents des sumériens, qu’ils soient sémites ou pas, seraient du même type que celle des Sumériens. Il écrit ainsi dans « L’histoire commence à Sumer » :

    « Les citoyens de Lagash avaient une conscience très vive de leurs droits et ils se méfiaient de toute action gouvernementale capable de porter atteinte à la liberté de leurs affaires et de leurs personnes. C’est cette liberté, jugée par eux comme le premier des biens, que les habitants de Lagash avaient perdue, d’après notre vieux document, au cours des années antérieures d’Urukagina. »

    Montrons l’existence de Sumériens qui auraient des idéologies pouvant ne pas faire référence aux dieux.

    Kramer, qui diffuse pourtant la thèse inverse de Bottéro selon laquelle c’est la religion qui caractérise l’apport sumérien, remarque cependant que le texte des pharmacopées retrouvé dans les ruines Nippur témoigne de l’absence dans la conception de ces pharmaciens et médecins de toute référence à une religion et à des dieux :

    « Il est intéressant de remarquer que notre médecin sumérien n’a recours ni aux formules magiques ni aux incantations. Aucun dieu, aucun démon n’est mentionné dans ce texte. Cela ne signifie pas que l’emploi de charmes ou d’exorcismes pour guérir les maladies était inconnu à Sumer, en ce IIIe millénaire avant Jésus-Christ. (…) Il n’en reste que plus remarquable que notre morceau d’argile, la plus vieille « page » du texte médical connue à ce jour, soit tout à fait exempte d’éléments mystiques ou irrationnels. »

    Cela sous-entend que des hommes, peut-être des gens cultivés ou aisés comme les médecins ou les pharmaciens, pouvaient avoir compris que la santé des hommes ne dépend pas des dieux ou des prières, mais de l’état matériel du corps qui peut être soigné par des médications issues des plantes ou des roches.

    C’est qui extraordinaire, c’est que Kramer a, à la fois, considéré que Sumer avait tout inventé et en même temps il affirme que Sumer n’avait pas de philosophie !!!

    Il écrit ainsi dans « L’histoire commence à Sumer » :

    « Les Sumériens n’ont pas réussi à élaborer une véritable « philosophie » dans le sens où nous entendons aujourd’hui ce mot. (…) Cependant ils ont réfléchi et spéculé sur la nature de l’univers, sur son origine et plus encore sur son organisation et sur son mode de fonctionnement. On a des bonnes raisons de supposer qu’au cours du IIIé millénaire avant Jésus-Christ apparut un groupe de penseurs et de professeurs qui, pour répondre à ces problèmes, avaient mis au point une cosmologie et une théologie si intelligents et si convaincants qu’elles firent autorité dans une grande partie du Proche-Orient ancien. »

    Alors pourquoi affirmer que les Supériens n’avaient pas de véritable philosophie ?

    Kramer répond :

    « Presque toutes nos informations concernant la pensée philosophique et théologique des Sumériens doivent être dénichées ça et là dans les œuvres littéraires, en particulier les mythes, les contes épiques et les hymnes et rassemblées en doctrine cohérente. »

    Le fait que nous devions nous-mêmes regrouper l’ensemble des textes pour y retrouver le point de vue philosophique des Sumériens n’empêche nullement de leur attribuer une capacité théorique, abstraite, conceptualisante puisque Kramer lui-même écrit ensuite, dans le même ouvage :

    « Les penseurs sumériens, au moins les plus évolués et les plus réfléchis d’entre eux, étaient certainement capables de penser avec logique et cohérence n’importe quel problème, y compris ceux ayant trait à l’origine et au fonctionnement de l’univers. »

    Y a-t-il des raisons de penser qu’il y avait déjà des langues avant le sumérien ?

    L’époque avant les Sumeriens est évoquée par exemple dans le texte intitulé « Enmerkar ou le seigneur d’Aratta » (cité par Kramer) :

    « Autrefois, il fut un temps où le pays de Shubur et de Hamazi, Sumer où se parlent tant de langues (…) »

    Cela sous-entend de nombreuses langues parlées dans les régions de l’Iran (Shubur et Hamazi) ou de l’Irak (Sumer). Mais y avait-il aussi des langues écrites ?

    Voici par exemple une preuve que les écrits pouvaient ne pas être sumériens ; c’est un texte de remarques des scribes cité par Kramer :

    « Un scribe qui ne sait pas le Sumérien, quel genre de scribe est-ce là ? »

    Cela signifie non seulement qu’un bon scribe devrait savoir écrire le sumérien mais aussi qu’il serait possible qu’un scribe écrive sans le connaître, ce qui suppose d’autres sortes d’écrits ?

    Y a-t-il des langues qui pourraient avoir été écrites avant celle des Sumériens ?

    Il y a de nombreux candidats. En particulier, les langues élamite, harti, hurrite, urartéenne, marashite, anshanite, akkadienne, subartienne, shamite, etc.

    Des grandes philosophies pré-sumériennes ont été retrouvées, en particulier dans les vestiges de haute Mésopotamie, près de Urfa. C’est là et non à Sumer qu’a été retrouvée la première religion de l’histoire et si c’est très loin du sud mésopotamien, c’est par contre dans une zone du croissant fertile, proche du lancement de l’agriculture, de la découverte de la culture des buissons de sémites ou semsem, l’origine historique des plantes fournissant du gras.

    Kramer et Bottéro ont été amenés à relier Sumer aux origines de la culture occidentale mais on trouve dans leurs écrits des éléments qui montrent que cette vision est erronée et qu’il n’existe pas d’unicité de la ligne directrice de la civilisation ni de progression linéaire et continue de celle-ci. Par exemple, Kramer écrit dans « L’histoire commence à Sumer » :

    « Depuis cent ans, les fouilles exécutées au Moyen-Orient et en Egypte ont élargi notre horizon historique et reculé de plusieurs millénaires les frontières de l’Antiquité. On ne peut plus aujourd’hui isoler, considérer comme un moment absolu de l’histoire, le développement de telle ou telle civilisation. »

    Kramer reconnaît même à certains moments que les Sumériens ne sont pas la première civilisation de Mésopotamie :

    « Pour certains archéologues les Sumériens sont bien les premiers occupants de la Mésopotamie. Mais d’autres, se fondant sur les mêmes données archéologiques, arrivent à des conclusions exactement opposées. (…) La période présumérienne connut au début une civilisation agraire et villageoise. On admet en général, à l’heure actuelle, qu’elle fut apportée en basse Mésopotamie par des immigrants venus du sud-ouest de l’Iran. (…) Peu après la première colonisation iranienne, probablement des Sémites s’infiltrèrent dans la région… »

    Sumer n’était ni d’origine sémitique ni d’origine iranienne. On ne connaît pas exactement son origine mais il est donc certain qu’il est très loin d’être la première grande civilisation mésopotamienne.

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