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Qui a détruit Troie et pourquoi ? Un élément du débat sur la relation entre guerre et révolution

lundi 22 août 2016, par Robert Paris

4000 avant J.-C. : Débuts de Troie (actuellement en Turquie)

1200 avant J.-C. : Chute de Troie

Qui a détruit Troie et pourquoi

Ce qui est connu, c’est seulement la légende mythologique grecque qui, comme toutes les mythologies, ne correspond nullement à la réalité historique.

La légende

Une thèse historique

La découverte en 1870 par l’archéologue (amateur) et homme d’affaires Heinrich Schliemann des ruines de Troie dans la butte d’Hissarlik, en Turquie, a relancé un vieux débat sur l’historicité des événements relatés par Homère. À l’heure actuelle, l’archéologie révèle sur ce site neuf niveaux de destructions pour des causes multiples (séismes, incendies, conflits) et de reconstructions, sans qu’il soit possible de relier l’un de ces niveaux en particulier à une guerre historiquement identifiable, et ce malgré Carl Blegen qui concluait en 1963, à l’issue de ses travaux réalisés à partir des fouilles de Schliemann et la découverte du trésor de Priam :

« La guerre de Troie fut un fait historique, et pendant cette guerre une coalition d’Achéens ou Mycéniens, sous la conduite d’un roi dont la suzeraineté était reconnue, combattit contre le peuple de Troie et ses alliés. »

D’ailleurs, il fut attesté que le trésor en question datait du IIe millénaire av. J.-C., et qu’il ne pouvait donc pas être associé à l’épisode du siège de Troie.

Malgré tout, il existe des convergences entre le mythe et l’archéologie. Par exemple, il est question d’un casque dans l’Iliade :

« Et Mèrionès donna à Odysseus un arc, un carquois et une épée. Et le Laertiade mit sur sa tête un casque fait de peau, fortement lié, en dedans, de courroies, que les dents blanches d’un sanglier hérissaient de toutes parts au-dehors, et couvert de poils au milieu. »

— Homère, Iliade

Or ce même type de casque a été retrouvé dans les édifices funéraires d’Argolide, d’Attique ou de Messénie, comportant des plaques incurvées taillées dans des dents de sanglier, et il est mentionné dans les inventaires des palais de Pylos et de Cnossos.

Pour Claude Mossé, on ne pourra jamais prouver avec certitude l’existence ou non du conflit ; elle écrit :

« Cette guerre dont l’Iliade porte l’écho amplifié ne fut peut-être dans l’histoire qu’un événement mineur : la prise par une petite bande de Grecs d’une bourgade d’Asie Mineure. »

La question est donc discutée. On pourra conclure en disant que si le caractère mythique de l’épisode de la guerre de Troie ne fait évidemment aucun doute, des travaux archéologiques récents livrent des indices indiquant qu’il repose très probablement sur un ou plusieurs événements historiques.

Que peut-on en réalité conclure des fouilles sur le site de Troie ?

Du mythe à l’histoire

Les origines de Troie

Les auteurs antiques situent la guerre deux générations avant l’arrivée des Doriens en Grèce, soit, suivant la durée retenue pour une génération, entre 1334 et 1135 av. J.-C. Ératosthène fixe la date la plus fréquemment acceptée, celle de 1184 av. J.-C. Deux niveaux indiquant une destruction correspondent à cette période. Le niveau VIIa semble porter les marques de destruction humaine. Sa datation repose sur l’étude de la céramique que l’on y a retrouvée. Or celle-ci peut être estimée à la fin du XIIIe siècle av. J.-C., voire au début du XIIe siècle av. J.-C., soit une époque où le système palatial mycénien n’existe pratiquement plus. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer une opération concertée de chefs de guerre mycéniens.

On se demande encore à la suite de quels événements du quatorzième siècle avant J.-C. Ugarit, la ville de Cnossos en Crète, Troie et d’autres métropoles ont subi au même moment de vastes destructions.

1250-1200 : destructions massives et simultanées des palais mycéniens (Mycènes, Tirynthe...)

1210-1205 : les Hittites perdent le contrôle des territoires de la côte ouest de l’Anatolie.

1208-1182 : les textes égyptiens mentionnent des destructions massives en Anatolie, à Chypre et au Proche-Orient.

1200 : selon Hérodote, les Tyrrhéniens (de Lydie) fuient l’Anatolie et se réfugient en Italie (où ils prennent le nom de Etrusques).

1190 : destructions des cités hittites, puis effondrement de la civilisation hittite en Anatolie.

1150-1100 : effondrement puis disparition de la civilisation "mycénienne" en Grèce.

En fait, il serait nécessaire de relier la chute de Troie avec celle de nombre d’autres cités et d’autres pouvoirs. Vers 1200, on note la destruction d’Ougarit, Tyr, Sidon, Troie, Cnossos, Pylos, Mycènes, Hattousa et de tous les centres hittites comme grecques et de toute la région. Disparition du système palatial en Grèce. Des troubles sont notés à Iolkos, Korakou, Mycènes, Tirynthe puis Lefkandi en Eubée et Teikhos Dymaion près de Patras. Effondrement des Puissances maritimes. Disparition du commerce et de l’écriture. Diminution considérable de l’espérance de vie. Effondrement complet de l’empire hittite.

En 1200 av J.-C, c’est la crise économique : le commerce du Delta avec le monde égéen est tari, Pharos est presque ruinée, les ports phéniciens sont dans une situation critique. 1200, c’est aussi la période de la chute de la civilisation minoenne et l’entrée dans une période de troubles marquée notamment par l’écrasement de Troie. En Egypte, une situation plus ou moins anarchique marque la fin de la XIXe dynastie en 1188-1186. À la mort de Ramses 2, la crise dynastique évitée jusque-là ne peut être contenue et la dispute qui s’en suit risque d’entraîner le pays dans une période d’anarchie.

Le pouvoir se morcelle entre Thèbes et la cour restée à Pi-Ramsès et la dynastie s’achève dans le trouble de règnes successifs courts et sans portées réelles, laissant la situation externe se dégrader peu à peu... Il faudra attendre la reprise en main des rênes du pouvoir par l’armée avec l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle famille pour éviter la désagrégation complète de l’empire de plus en plus menacé par les changements inexorables de la politique internationale et des mouvements des populations cherchant à fuir les zones de guerre, poussées par la recherche d’un refuge que l’Égypte symbolise encore. La crise du système sociale et économique méditerranéen est évidente et elle se propage à la région Hittite. Sous Tudhaliya IV, ses fils Arnouwanda III (1220-1200) et son frère Souppilouliouma II (ou Suppiluliuma, 1200-1170), les textes hittites nous indiquent que le pays Hittite doit subir des périodes de grandes famines.

Dans les textes exhumés à Ugarit et à Tell Amarna, on note : paupérisation d’une partie de la population, migrations dues à des dettes trop lourdes, constitution d’un ensemble de populations incontrôlables par les cités États (les habiru), qui constituent une menace pour l’ordre social. Peu de temps avant l’effondrement de l’Empire hittite, les chroniques anatoliennes font état de bouleversements climatiques qui provoquent des famines...

Après il faut poser la question du déclin des deux puissances tutélaires de la région au même moment : Egypte et Grèce (et Crête) Mycénienne. C’est une période qui n’est pas seulement celle d’une grande agitation des peuples mais aussi celle d’une chute de la base même des systèmes sociaux de l’époque, à savoir le grand commerce international. A remarquer : c’est également l’époque de la guerre de Troie et de l’écrasement du régime crétois par une révolution sociale...

A noter que c’est de l’effondrement des empires, de l’effondrement économique, social et moral, de la crise sociale générale du Moyen-Orient que va naître la religion des Hébreux, fondée sur l’idée que dieu a puni tous ces peuples pour leur refus de reconnaître le "vrai dieu" et les bons préceptes. Les Hébreux ne sont pas les seuls à émerger de la crise. C’est également le cas des Phéniciens. N’oublions pas que les Hittites avaient émergé d’une crise semblable au XVIIe siècle avant J.-C.

La chute des Hittites en Turquie comme celle des Minoens en Grèce est la fin d’une civilisation, d’un système social et d’un mode de production. Ce n’est pas seulement le résultat d’une défaite militaire ni celui provenant de la chute d’un régime politique. Seule la révolution sociale peut produire un tel renversement et mener à un désert civilisationnel dans toute une région.

Bien entendu, la version officielle des disparitions de civilisations prétend que tout provient des guerres et jamais des luttes de classes et des révolutions sociales mais les guerres, elles-mêmes ne sont que le produit des changements dans les rapports des classes, des affaiblissements de régimes et de systèmes sociaux, marqués par des à-coups brutaux que sont les révolutions sociales…

Jéricho (Jordanie), Ugarit (Syrie), Cnossos (Crête), Troie (Turquie), les villes mycéniennes et Tyr (Canaan) subissent des révolutions sociales, notamment au quatorzième siècle avant J.-C.et en 1200 avant J.-C. (vague révolutionnaire qui concerne la Grèce, l’Asie mineure, la Syrie).

Les premières villes du monde antique (comme Jéricho, Ugarit, Tyr et Troie) sont nées avant l’Etat et avant le grand développement économique (agriculture, céramique, métaux) et elles ont chuté par des révolutions sociales.

Le site d’Hissarlik, en Anatolie, est aujourd’hui reconnu sous le nom de « site archéologique de Troie ».

La ville de Troie est très ancienne et son existence a été tout aussi discontinue avec des phases d’occupation suivies d’interruptions complète d’existence. Les couches de ruines dans la citadelle chez Hisarlik sont numérotées de Troie I à Troie IX, avec de diverses subdivisions :

• Troie I 3000-2600 (Anatolien occidental Eb 1)

• Troie II 2600-2250 (Anatolien occidental eb 2)

• Troie III 2250-2100 (Anatolien occidental eb 3 [récent])

• Troie IV 2100-1950 (Anatolien occidental eb 3 [milieu])

• Troie V : 20ème-18èmes siècles (Anatolien occidental eb 3 [tardif]).

• Troie VI : 17ème-15èmes siècles

• Troie VIh : défunt âge en bronze, 14ème siècle

• Troie VIIa : ca. 1300-1190

• Troie VIIb1 : 12ème siècle

• Troie VIIb2 : 11ème siècle

• Troie VIIb3 : jusqu’à ca. 950

• Troie VIII : autour 700

• Troie IX : Hellénistique Ilium, 1er siècle

Nulle continuité entre ces périodes. La ville a été détruite à chaque fois et reconstruite à une époque nouvelle.

Schliemann creusa une immense tranchée dans la colline d’Hissarlik en traversant le niveau de la Troie homérique. Ses fouilles, commencées en 1870, durèrent vingt ans.

Aujourd’hui, nous savons qu’il existait au moins neuf villes, construites les unes sur les autres dans la même région, et que la première ville fut construite au IIIe millénaire av. J.-C.

Dérouté par les nombreux niveaux découverts sous la colline, Schliemann finit par identifier quatre villes distinctes et successives sous la ville romaine d’Ilium. Il décide que la Troie d’Homère correspondait au deuxième niveau à partir du bas, mais cette conclusion n’était guère partagée par les autres archéologues. En 1873, il exhume un ensemble de bijoux en or, qu’il dissimule aux autorités turques et aux ouvriers, grâce à sa femme grecque Sophia qui les passe pièce par pièce en les cachant sous son châle. Parallèlement, Schliemann découvre un grand nombre de vases, de pointes de lances et de boucles d’oreille aux niveaux de Troie II ou de Troie III (2200 av. J.-C.). Malheureusement, son « trésor de Priam » disparut à Berlin en 1945, pour réapparaître dans les collections du Musée de l’Ermitage après la chute de l’URSS.

Troie est présentée de manière anachronique, dans la mythologie grecque, comme faisant partie de la culture grecque de États-cités. En réalité, c’est une très ancienne ville anatolienne qui précède de loin la civilisation grecque. Et cette ville appartenait à une vaste civilisation dans laquelle toute le peuple se nommait « troyen » au sens ethnique. La ville de Troie a été connue pour sa richesse gagnée du commerce de port avec l’est et l’ouest, les vêtements de fantaisie, la production de fer, et massif murs défensifs. Troie est un élément clef de la mythologie grecque car la guerre que la Grèce a menée contre Troie a permis d’unir les Etats-cités en une seule armée, fondant l’unité grecque. Les textes d’Homère ont chanté cette légende. On aurait situé cette guerre entre 1193 et 1183 avant J.-C. Son existence n’est pas prouvée. Eratosthène la place en 1184, Herodote en 1250, Douris en 1334.

Troie IV La première ville a été fondée dans le 3ème millénium AVANT JÉSUS CHRIST. Pendant l’âge en bronze, l’emplacement semble avoir été une ville marchande de épanouissement, puisque son endroit a tenu compte de la commande complète du Dardanelles, par lequel chaque bateau marchand de Mer Égée se diriger pour La Mer Noire a dû passer.

Troie VI Troie VI a été détruit autour de 1300 AVANT JÉSUS CHRIST, probablement par tremblement de terre. Seulement une pointe de flèche simple a été trouvée en cette couche, et aucuns restes des corps.

Troie VII Troie VIIa, qui a été daté au mi au siècle de late-13th AVANT JÉSUS CHRIST, est le candidat souvent-cité pour Troie de Homer. Il semble avoir été détruit par guerre.

Troie IX La dernière ville sur cet emplacement, Hellénistique Ilium, a été fondé près Romans pendant le règne de l’empereur Augustus et était une ville le commerce importante jusqu’à l’établissement de Constantinople au quatrième siècle comme capital oriental de Empire romain. Dans Bizantin chronomètre la ville diminuée graduellement, et par la suite disparue.

Sous une partie de la ville romaine, les ruines dont la couverture par secteur beaucoup plus grand que la citadelle excavée par Schliemann, les excavations récentes ont trouvé des traces d’un secteur additionnel de règlement de Bronze-Âge (de statut inférieur que la citadelle contiguë) défendu par un fossé.

L’un des problèmes majeurs posés par le site d’Hissarlik (la Troie historique) était sa petite taille (137 m sur 187 m) comparée a la Troie décrite par Homère. Trois cent habitants tout au plus auraient pu vivre dans la Troie VIIa, alors qu’Homère en décrit cinquante mille. Magnification et exagération du poète ?

On aurait pu le croire jusqu’à la découverte lors de nouvelles fouilles en 2001-2002 de la ville basse : ces fouilles, entreprises par le Dr Korfmann de l’Université de Tübingen en Allemagne, ont révélé un mur d’enceinte de type cyclopéen enserrant la ville basse appartenant à la Troie VIIa.

Cette nouvelle découverte assure à la ville une superficie de 350 000 m², soit treize fois plus grande que celle de la seule acropole que nous connaissions déjà. Avec une taille aussi considérable, Troie dépasse en superficie sa rivale et maîtresse (?), Ugarit (200 000 m²) et en fait l’une des plus grandes villes de l’Âge du bronze. Sa population serait alors de 5 000 a 10 000 habitants, ce qui en temps de siège peut tout à fait être suffisant pour abriter les 50 000 habitants de toute la région. Pour le moment, on ne peut cependant parler de guerre de Troie, estime le Dr Korfmann ; il faudra des fouilles ultérieures pour révéler ce mythe.

On nous a souvent dit que les puissants n’étaient jamais tombé que sous les coups d’autres puissants mais l’Histoire nous dit l’inverse : le plus souvent les classes dirigeantes et les dictateurs sont tombés sous les coups de la révolution sociale et politique des peuples. Même les sociétés, les régimes, les pouvoirs, les civilisations qui sont tombés sous les coups d’une armée étrangère ne sont le plus souvent tombés que du fait des crises internes, parce qu’à l’intérieur le peuple ne les soutenait plus...

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