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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > Qui a tué le peuple des Inuit de l’Arctique ?

Qui a tué le peuple des Inuit de l’Arctique ?

samedi 7 octobre 2017, par Robert Paris

L’Arctique

Chasseur inouk en traineau face à la base militaire américaine de Thulé au Groenland

Qui a tué le peuple des Inuit de l’Arctique ?

Ce n’est pas le froid, ce n’est pas la dureté de l’existence, ce n’est pas une limite interne de leur propre système communiste de vie. Non, c’est le monde capitaliste qui a tué et qui continue de tuer le monde Inuit !!!!

« En 2004, on a découvert que l’Organisation Mondiale de la Santé a administré pendant des années des substances stérilisantes en même temps que les vaccins contre la grippe et la polio, aux femmes indigènes des Philippines et de nombreux pays d’Afrique. De la même façon, plus de 40.000 hommes et femmes Inuits ont été rendus infertiles par le Département de la Santé des USA (US Health Department) entre 1986 et 1993 après qu’on leur ait administré un sérum nommé Heptavax, une drogue de stérilisation interdite dans la plupart des pays du monde ».

Kevin Annett

Les ethnocides passés de l’OMS

Ethnocide dans le Grand Nord sibérien

La recolonisation de l’Arctique

Pendant que tout le monde parle du réchauffement de l’Arctique comme menace principale, personne ne parle plus de la nouvelle mainmise sur l’Arctique par les impérialismes, russe, américain et autres, et de celle des trusts capitalistes, pétroliers, aurifères et autres !

Areva s’en prend aux Inuit

La conquête de l’Arctique, une nouvelle forme de colonisation ?

L’Arctique jetée en pâture aux trusts pétroliers

Barbelés en Arctique

Militarisation de l’Arctique

Exploitation pétrolière de l’Arctique

Encore des trusts dans l’Arctique

Ruée sur les ressources du Grand Nord

Business dans l’Arctique

L’Arctique : quel avenir, quels enjeux ?

En Arctique, on ne manque pas de pétrole !...

La ruée vers l’Arctique

Une ruée sur les ressources de l’Arctique

Le bouleversement d’une région et d’un peuple : les Inuits

Ce qu’était la société Inuit ?

Jean Malaurie raconte dans « Les derniers rois de Thulé » :

« En cette communauté, le partage est de règle ; c’est la base même de ces sociétés collectivistes. Il n’est jamais question de manger « en suisse » le moindre morceau e graisse de phoque. Tout surplus doit être partagé, l’accumulation individuelle étant résolument contraire à la « loi ». Le Groenland est un des rares pays au monde où il n’y ait pas encore de prison. Si les fous sont redoutés – il était d’usage jadis, de s’en défaire en les laissant mourir de froid dans les iglous de neige – les infirmes et les vieillards sont désormais pris en charge par la tribu… Traditionnelle est leur généreuse hospitalité : l’hôte vous accueille la main tendue sur le pas de la porte : « Nouanîngouyou ! comme ta visite nous fait plaisir ! » Une fois entré, on met devant moi, désormais intégré au groupe, ce que l’on possède – et tout ce dont disposent les voisins – en matériel de couchage, couvertures, viandes… On pourrait penser que c’est là une forme de la « générosité coutumière des pauvres envers les riches », si je l’étais et s’ils ne montraient autant de joie sincère à agir même entre eux. Mais ce qui justifie le plus l’appellation orgueilleuse d’Inouk, « l’homme par excellence », qu’ils se sont donnée, c’est leur extraordinaire goût de l’aventure… L’Esquimau ne se sent bien et n’a le sentiment de s’accomplir que dans une nuit polaire déchaînée…, la neige, l’obscurité, les chiens qui hurlent comme des loups, la tente qui se déchire, la banquise qui se disloque, l’expédition en péril… Pendant les veillées d’hiver, cependant que le vent souffle et traîne autour de l’igloo, les vieux évoquent ces sortes d’histoires, les jeunes leurs aventures de chasse… Voyez cet homme ! à l’instant, il paraissait prostré ; le voilà qui bientôt se révèle un malicieux conteur, puis, insensiblement, un narrateur inspiré, un voyant qui fait surgir sous nos yeux fascinés héros et victimes d’une terrible mythologie… La vie exemplaire de ces trois cents chasseurs, sans bois flotté, sans métaux, et pour lesquels une aiguille, un clou, une planche représentaient un trésor, témoignera peut-être pour des siècles obscurs qui sont aux sources même de la pensée. Qui sait ? Elle peut jeter une lueur révolutionnaire sur notre compréhension de l’évolution des premières sociétés. Comment – et avec quelles règles – de l’état du chasseur paléolithique inférieur, l’homme est-il passé à celui de Néanderthal, chasseur de mammouth et du rhinocéros, puis à celui de chasseur de morse et de baleine ? Comment de tout petits groupes informes est-il passé à l’état de société communiste ? Mais il est plus : il est des problèmes de lecture. On dit qu’un homme d’aujourd’hui ne pourrait comprendre son semblable de la période glaciaire. Or, l’Arctique, c’est Lascaux vivant et il n’est pas vrai qu’il soit impossible de tenter cette compréhension… Une collectivité littéralement contrainte à la sagesse par la dureté des conditions matérielles auxquelles elle est soumise, des traditions qui demeurent vivaces parce qu’elles expriment des impératifs immémoriaux d’organisation dont dépend la survivance, une sociographie infiniment plus articulée et hiérarchisée qu’il n’apparaît dès l’abord, parce qu’il importe, sous la menace directe et permanente du milieu, que la fonction de chacun soit rigoureusement déterminée, tels sont les principaux traits… Cette vie en groupe repose aussi sur des règles sévères d’organisation sociale. Premier principe : le communisme ; le sol, les terrains de chasse, la mer, les grands moyens de production (bateau), les iglous appartiennent au groupe. Seuls, les instruments de chasse individuels sont propriété privée… L’association parentale constitue l’unité économique et démographique de base, seule apte à occuper tous les niveaux… Les chasses collectives – chasses au narval, au morse – impliquaient et impliquent l’entente de ces groupes et appelaient de chacun, par conséquent, le respect des règles traditionnelles qui en découlent à des niveaux divers… Pour capital que soit le rôle de l’individu, ses droits sont, en fait nuls dans la mesure où il lui est impossible de résoudre seul les problèmes de sa propre survivance. Fonctionnellement aristocratique, la collectivité est sociologiquement communautaire. La communauté parentale constitue certes un organisme majeur qui, généalogiquement, vaut principe de groupement, mais en termes suffisamment « ouverts » pour constituer économiquement – et par le moyen d’élargissements qui débordent les liens immédiats du sang – une unité de regroupement et d’organisation… Chez les Esquimaux Caribou de la rivière Kazan, les enfants allaient, à l’après-lever, visiter les iglous voisines, pour demander un surplus de nourriture. La coutume interdisait de refuser et une péréquation des biens s’opérait au profit des plus jeunes… Autre trait communautaire : l’entrée de toute iglou est libre. Une invitation précise n’est pas nécessaire pour rendre visite, bien que l’on doive toussoter pour s’annoncer ou de manifester discrètement de l’extérieur, avant de s’engager dans le corridor. On peut considérer cette liberté d’entrée et de communication comme une des bases même de la vie sociale esquimaude… Des associations volontaires peuvent aider à renforcer ou élargir le réseau de parentés. Le régime de l’adoption, très usité dans l’Arctique canadien oriental permet à une communauté, soit d’introduire en son sein, dans un esprit parental, une famille non alliée par le sang, soit de renforcer des liens sanguins ou parentaux… La parenté de chasse, non moins singulière et déjà signalée par Jenness plus à l’ouest ; chez les Esquimaux du Cuivre, est, à Igloulik, toujours vivante... Un chasseur qui donne une part du phoque à un autre chasseur établira un lien contractuel assez permanent… Il y a une contradiction souvent dramatique entre le tempérament foncièrement individualiste de l’Esquimau et une conviction consciente que la solitude est synonyme de malheur. Il sait qu’une iglou, jamais ou très rarement visitée, sombre dans le froid de la terre, s’enveloppe dans un linceul de mort. Abandonné de ses semblables, l’Esquimau, même nati d’une famille, tombe alors dans l’état naturellement dépressif qui le guette… Aussi multiplie-t-il les raisons et les occasions de se fuir en retrouvant les autres… Il n’est pas d’exemple qu’un Esquimau abandonne un compagnon moins heureux que lui à la chasse. Le devoir d’entraide n’admet pas d’exception entre tous ceux qui sont dans la force de l’âge. Chacun est si conscient de ce système de solidarité pour la survie du groupe que l’improductif, le malade incurable qui, par définition, ne peut rendre les services qu’on lui procure, se supprimait jadis, lui-même, de son plein gré, ou se faisait supprimer par un autre. »

Cet univers, si magistralement décrit par Jean Malaurie dans « Les derniers rois de Thulé » notamment, est quasi entièrement détruit par l’irruption coloniale violente du monde capitaliste.

Lettre à un Inuit

La parole Inuit

L’ours polaire et les Inuit

Zone de peuplement inuit

Qui sont les Inuit ?

Les Inuit sont présents du Groenland à la Sibérie orientale, en passant par le nord du Canada et l’Alaska. Inuit est le pluriel de Inuk qui signifie « homme ». Esquimau est un nom donné par le colonisateur. Il y a 8000 ans, les Inuits ont commencé à s.installer dans les régions arctiques.

Ils atteignirent d.abord l’Alaska, en traversant le détroit de Béring qui sépare l’Amérique du Nord de la Sibérie. A cette époque le détroit de Béring était recouvert par la banquise, c’est pourquoi les Inuits purent le traverser à pieds secs.

Puis ils colonisèrent le nord du Canada et enfin le Groenland.

L’arrivée des Occidentaux bouleversa la vie des Inuits. Les Occidentaux amenèrent avec eux des maladies inconnues dans l’Arctique, la tuberculose par exemple. Des épidémies firent alors d’énormes ravages parmi les Esquimaux. Les Occidentaux apportèrent également de nouveaux matériaux, comme le bois et le métal, que les Inuits ne possédaient qu’en très faibles quantités. Ils permirent aux Inuits de découvrir de nouveaux outils et des armes comme le fusil. Au fur et à mesure, tout le confort moderne est arrivé jusque dans les régions polaires : électricité, eau courante, motoneiges, etc. Plus tard, la médecine européenne fit merveille. Elle permit de sauver de nombreux malades réduisant ainsi la mortalité en Arctique. La population Inuit a alors connu une forte augmentation. C’est à la suite de l’arrivée des Occidentaux que les Inuits abandonnèrent leur mode de vie nomade pour devenir sédentaires. Les Occidentaux ont aussi converti une grande partie des Inuits au christianisme, si bien que le chamanisme, leur religion traditionnelle, n’a officiellement plus cours aujourd’hui. Les peuples Inuits sont passés de la préhistoire à l’ère de l’aviation, de la radio, du téléphone et de la télévision de façon accélérée.

Mais en abandonnant leurs activités traditionnelles, les Inuits sont devenus dépendants des pays Occidentaux. En effet, aujourd’hui, les Inuits consomment des produits qu.il est impossible de produire chez eux. Ils sont donc fortement liés aux pays qui les leur exportent. De plus, les Inuits ont subi cette révolution sans pouvoir faire entendre leur voix. Aujourd’hui les populations Inuits rencontrent malheureusement tous les problèmes que nous connaissons en Occident : le chômage, l’obésité, l’alcoolisme.

Les Inuit sont présents du Groenland à la pointe orientale de la Sibérie en passant par le nord du Canada et l’Alaska, où ils seraient arrivés depuis l’Asie en traversant le Détroit de Béring gelé à partir d’environ 8000 av. J.-C. Ils occupent plutôt les régions côtières et leur mode de subsistance traditionnel est essentiellement basé sur la chasse et la pêche, ce qui fait d’eux l’un des peuples les plus touchés par la diminution progressive de la banquise induite par le réchauffement climatique. Ils sont aujourd’hui environ 150 000, dont 50 000 au Groenland, 50 000 en Alaska, 40 000 au Canada et 1 500 en Sibérie. Leurs langues sont parfois considérées comme un vaste continuum dialectal (l’iñupiak-Inuktitut) ; la variante sud groenlandaise, le kalaallisut, est la première – et à ce jour l’unique – langue eskimo-aléoute à avoir obtenu le statut de langue nationale. Au Canada, les revendications territoriales des Inuit ont conduit à la création d’un territoire fédéral appelé Nunavut (« notre terre »), ainsi qu’une administration régionale dans la région québécoise du Nunavik.

Traditionnellement, ces peuples sont des nomades. Ils se sont adaptés à un environnement très rude (au nord de la Sibérie, le thermomètre peut descendre jusqu’à – 70 °C) en exploitant les ressources de la nature : les peuples de Sibérie sont essentiellement des éleveurs de rennes tandis que les Inuit chassent les mammifères marins. Jusqu’au XXe siècle, nombre de ces groupes constituaient ce que l’on appelle des isolats : ils vivaient en autarcie, totalement coupés du monde et ne pouvaient compter que sur eux-mêmes et sur leurs ressources naturelles : le phoque par exemple, grâce à sa chair, sa graisse, mais aussi sa peau, son squelette, etc., pouvait assurer la survie des familles dispersées ; par ailleurs, une baleine capturée pouvait subvenir aux besoins de toute une communauté pendant une année. Certains de ces isolats ont subsisté jusqu’à la fin du XIXe siècle : le 10 mai 1819, sir John Ross découvre les Inuit de Thulé et ce n’est qu’en 1884 que, parvenant à traverser la banquise, le Danois Gustav Holm est allé pour la première fois à la rencontre des Inuit du Groenland oriental. Le mode de vie des « petits peuples » de l’Arctique a été bouleversé par l’arrivée progressive d’Occidentaux au cours du XXe siècle, notamment pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

D’après les données archéologiques et climatiques, les chercheurs s’accordent à considérer qu’ils sont originaires de la Sibérie et qu’ils auraient franchi le détroit de Béring il y a environ 8 000 ans peuplant ainsi, à la suite des Amérindiens, le nord du continent américain. Le peuple inuit est rattaché à quatre états, la Russie, les Etats-Unis, le Canada et le Danemark. Toutefois, le Groenland bénéficie depuis 1979, d’un statut d’autonomie interne que lui envient certains Inuit. Au Canada, après de longues années de négociations pacifiques, les Inuit ont vu, le 1er avril 1999, se réaliser un projet de longue haleine : la création du Nunavut " notre territoire ", une région dont ils assurent désormais l’administration.

Alors que traditionnellement les Inuit formaient des groupes régionaux le plus souvent autarciques, un mouvement pan-inuit, la Conférence circumpolaire inuit, créée en 1977, rassemble à intervalles réguliers les Inuit de l’Alaska, du Canada et du Groenland. Depuis quelques années, les Yupiget de la Sibérie se sont joints à eux. Ces rencontres qui ont pour thème des intérêts linguistiques, culturels, économiques, environnementaux et politiques communs permettent aux Inuit d’être pleinement présents sur la scène internationale.

Les expéditions occidentales se sont multipliées en terre arctique où les conquêtes sont faciles. Et avec elles, toutes les dérives du monde civilisé : l’argent et ses pouvoirs pervers s’imposent. L’alcool devient le fléau de l’Arctique, et le tourisme envahit les espaces.

En 1953, le Groenland cessa d’être une colonie pour devenir une province danoise. Dès lors, le Danemark mit en œuvre une politique de « danification » ayant pour but l’alignement de la société groenlandaise sur le modèle de la métropole, par le biais de l’éducation et des actions prodiguées par un État-providence très généreux. Cette stratégie, pourtant décidée avec l’accord de la population concernée, laissa des traces douloureuses au Groenland. Elle servait en fait les intérêts économiques du Danemark, tout en visant à conjurer la présence d’une base militaire américaine sur le sol groenlandais, et la potentielle contamination culturelle qu’elle pouvait engendrer. En 1972, lorsque le Danemark entra dans la Communauté économique européenne (CEE), le Groenland suivit, mais à contrecœur, sa population ayant voté contre l’adhésion. Cet événement, ajouté au ressentiment lié à la danification, suscita la naissance d’un mouvement nationaliste dans les années 1970. Dans le contexte plus large de la lutte pour la reconnaissance du peuple inuit qui conduisit à la création, en 1977, de la Conférence circumpolaire inuit (CCI), le Groenland obtint un statut d’autonomie interne en 1979. Le 1er février 1985, le retrait du Groenland de la CEE a été acté par les institutions bruxelloises, fait jusqu’alors sans précédent. Celui-ci avait été réclamé par sa population lors d’un référendum organisé en février 1982, dans le but de protéger la ressource quasi unique du territoire, la pêche, face à la concurrence des autres Européens. L’île bénéficie aujourd’hui du statut de « pays et territoire d’outre-mer » (PTOM) et d’aides substantielles de l’Union européenne (UE) : 25 millions d’euros par an en vertu de l’accord de partenariat 2007-2013, auxquels s’ajoutent 15,8 millions d’euros versés dans le cadre du nouvel accord de partenariat sur la pêche, signé en 2007.

À partir de 1979, les Groenlandais mirent en place une politique de « groenlandisation », notamment en matière linguistique et culturelle, comme le leur permettait la dévolution des pouvoirs législatif et exécutif dans un grand nombre de domaines : gestion interne, impôts, questions économiques, pêche, chasse, élevage, éducation et culture, environnement, immobilier, religion... L’État danois, quant à lui, conservait les compétences régaliennes : politique étrangère, défense, police, monnaie. En matière de diplomatie toutefois, les Groenlandais étaient associés à toutes les négociations. Mais tout cela n’était pas suffisant à leurs yeux. En 1984, une commission groenlando-danoise ayant pour objectif d’élaborer une proposition de loi sur l’autonomie renforcée a été créée sur leur initiative. La loi a été approuvée par référendum le 25 novembre 2008 (avec 75,5 % de oui et un taux de participation de 72 %), puis ratifiée par le Parlement danois le 19 mai 2009.

Pour résister à cette situation de colonialisme, la résistance inuite s’organise dès les années 1970. Le peuple esquimau lutte contre l’invasion culturelle et économique de l’Occident. En 1979, fait historique, le Groenland devient la première province autonome de l’Arctique. Les Inuit prennent désormais en main leur nouveau destin de peuple libre, et s’ouvrent progressivement à la civilisation. Les Esquimaux s’instruisent pour devenir, demain, les ethnologues de leur propre histoire.

Le 21 juin 2009, est entré en vigueur le statut d’autonomie renforcée du Groenland, adopté par référendum en novembre 2008. Quelques jours auparavant, le 1er juin 2009, les élections avaient porté au pouvoir le parti indépendantiste d’extrême gauche Inuit Ataqatigiit (Communauté du peuple), avec un score de 43,7 % des voix, ce qui mettait fin à trente ans de domination social-démocrate.

« Tout a changé pour les communautés vivant en Arctique : la nourriture, les activités, les occupations sociales, les liens avec la "nature", leur notion du bien-être. Aujourd’hui, d’autres bouleversements (politiques, économiques, sociaux et même écologiques) accélèrent les conséquences sanitaires de ces nouvelles façons de vivre, dites "à l’occidentale". On retrouve chez les Inuit des spécificités morphologiques, mais aussi biologiques, traces d’une réelle "acclimatation" qui pourraient les rendre plus vulnérables. »

Lire la suite : « Des hommes victimes de "l’occidentalisation" des modes de vie : les Inuit » (source CNRS)

Les Inuits à l’école des Blancs

Jean Malaurie raconte la mise en place de la base américaine de Thulé :

« En plein contexte de la guerre de Corée et au bord d’une troisième guerre mondiale lorsque l’US Army décida, dans le plus grand secret, d’implanter une base militaire dans ce haut lieu inuit de Thulé, situé au nord du bout du monde. J’étais là, dans les déserts glacés, à la tête d’une expédition de cartographie et de géocryologie, lorsque le chaman Outak, l’autorité suprême, me demanda de parler pour eux au général, commandant de la base. Je me suis présenté devant le militaire, entouré de deux solides guerriers, pour lui dire : "Go home !" Je n’avais pas 30 ans et nous étions le 18 juin... mon 18-Juin à moi. Depuis, je n’ai cessé de me battre pour les Inuit. Aujourd’hui, c’est à eux de se lever, de prendre la parole et de devenir nos sages face au réchauffement climatique. Leur mission est de tenter de nous sauver des périls qui nous menacent dans notre orgueilleuse aspiration à dominer la nature… Les Inuits ont vu débarquer les Canadiens, les Américains, les Danois (dès le XVIIIe siècle) et les Russes comme des conquistadors, avec leurs bateaux et leurs armes à feu. Et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les Occidentaux les ont regardés avec des préjugés racistes en les comparant à des rustres incapables de se développer. Les Danois, qui ont très tôt occupé l’essentiel du Groenland, ont sans doute été les plus éclairés, mais ils ont délégué à l’Eglise protestante le soin d’éduquer les Inuits. Les luthériens ont alors lancé un mouvement d’évangélisation visant à désintégrer ces sociétés animistes en les contraignant à désapprendre le chamanisme… L’animisme de ces sociétés a plus de 10000 ans, repose sur une multitude de mythes fondateurs qui se transmettent oralement de génération en génération et devrait, plutôt qu’être condamné, ouvrir nos esprits… Le vrai problème aujourd’hui, dans l’Arctique, c’est que les jeunes se suicident, au Groenland, dans le nord canadien et dans l’Alaska (taux de 134/100 000 au Groenland, 215/100 000 au Labrador, contre 14/100 000 en France). Ces jeunes Inuits, d’une nature très fière (Inuit voulant dire « homme par excellence ») ne se jugent pas concernés par la société moderne ; employé dans une coopérative, secrétaire de banque... certainement pas. Mineur dans les usines d’uranium, proposé par le gouvernement Chinois et sud coréen, non plus. Ils sont inquiets de la pollution des eaux, qui sont la richesse de leur chasse et de leur pêche. Alors tentés par la drogue, l’alcool, ils recourent à l’humiliation ; le suicide par pendaison… Le capital humain, le patrimoine de l’humanité, est en train d’être détruit. Tous les quinze jours, une langue disparaît, c’est à dire une civilisation… Oui, Le Groenland est menacé par des projets chinois et sud-coréens d’exploration d’uranium, et d’explorations pétrolières par les Américains. Le Groenland, qui a une position géostratégique majeure, ne compte que 57 000 habitants, parlant tous leur langue, mais dont les jeunes désespérés se suicident. Le malheur de cette grande île, est qu’elle est très riche en minéraux. Demain, il pourrait y avoir un Groenland sans élites groenlandaises. Les Inuits redoutent un progrès, type africain, c’est à dire, des grandes sociétés capitalistes enrichies et des peuples appauvris. Mon dernier livre, « Lettre à un Inuit de 2022 » est un réveil des peuples circumpolaires. »

« Les derniers rois de Thulé », Jean Malaurie :

« La base de 800 millions de dollars – Le débarquement du 5 juillet 1951 – Inouk est condamné »

« Je me saisis de la longue-vue ; en clignant des yeux, longuement je l’ajuste. Sur la lentille piquetée se précise alors par-delà une banquise compacte un spectacle inouï qui me fait croire à un mirage. Une cité de hangars et de tentes, de tôles et d’aluminium, éblouissante au soleil dans la fumée et la poussière, se dresse devant nous sur une plaine hier encore déserte. La plus fantastique des légendes prend forme sous mes yeux. – Takoû ! Regarde donc ! Telles des pustules éruptives qui auraient surgi des profondeurs, des ébauches de citernes s’alignent le long de la montagne. Leur couleur orange accuse encore l’absurdité de la vision. Nous descendons la pente de neige qui brille devant nous. Nous allons d’étonnements en stupeurs. Aussi loin que le regard se porte, ce ne sont qu’alignements de camions, appareils de levage, montagnes de caisses. Des charpentes dressent dans le ciel leurs grands bras métalliques. Le long des versants, des excavatrices tentaculaires aux mâchoires énormes dans la fumée et la vapeur raclent, déblaient des tonnes de boue et de pierres que des bennes, d’un mouvement de cette ville arrive jusqu’à nous. Le souffle, le halètement de cette ville arrive jusqu’à nous. Il ne nous lâchera plus. C’est un sourd grondement de moteurs tournant sans répit. Dans la grisaille, virevoltent des dizaines d’avions. L’un d’entre eux, plus proche, va et vient comme un gros bourdon, mêlant sa note personnelle et grave au brouhaha qui monte. Vu de ce glacier, le spectacle donné par cette irruption soudaine de la civilisation est sinistre. Nos chiens hurlent à la mort. Deux attelages se jettent l’un sur l’autre… « Des mille et des mille d’Américains », me dit Outâk de sa voix éraillée, « Maorslarà, on ne peut plus les compter. Il en arrive du ciel tous les jours ; il y a aussi l’ « atomic bomb »… Il y a mille ansque nous sommes là, nous autres Inuit… Tous ces Amerikaniout n’ont pas de femmes. C’est pas normal, ça. Sofia a entendu dire qu’ils voudraient nos cent filles… Les pauvres ! pour des mille et des mille, elles pourront jamais y arriver… » Pendant deux heures, il poursuit… La base a coûté 800 millions de dollars. Les Américains ont dépensé à Thulé, en quelques semaines, autant, sinon plus, que le gouvernement canadien n’a jamais investi dans ses colonies esquimaudes depuis un siècle. On dit que… la « Blue-Jay Operation », qui a abouti à la création de cette base, est la plus grande entreprise militaire depuis le débarquement de Normandie. On dit que Thulé sera la plus forte base atomique du « Strategic Air Command ». On dit que les travaux annuels prévus pour cette seule base représenteront plus du double du montant des investissements de l’Etat danois jamais consentis pour tout le Groenland depuis 1721… Officiellement, en dix-huit mois, la base a coûté près de cent milliards d’anciens francs… Sur des kilomètres, cette plaine est maintenant hérissée de grues géantes. Six grands hangars chauffés sont prévus pour abriter les plus gros avions… Des autobus vont, à heures fixes, desservir les quatre coins de la cité… Le cinéma, l’électricité et sa centrale, le téléphone à communications instantanées avec la bases échelonnées des Aléoutiennes à l’Islande, un terrain de base ball, une tour radio plus haute que la tour Eiffel, deux types de radar… un restaurant, un hôpital ultra-moderne, la plus grande distillatrice d’eau de mer du monde… un théâtre pour blue-girls, une bibliothèque… L’opération Blue-Jay, préparée dans le plus grand secret dès janvier 1950 à Washington, - et nous, avec les Esquimaux, n’en avions pas la moindre idée : le secret a été bien gardé – n’a pas été conçue sous le signe du provisoire et de la lenteur… Se préoccupent-ils même d’aller à la découverte de leurs voisins esquimaux ?... Selon le mot de mon ami Robert Pommier, « On n’explore plus le Pôle, on l’exploite »… Un rideau de fer s’établit désormais entre la base et le village, concrétisé par des soldats, le fusil sur l’épaule… Inouk, l’homme du harpon, est condamné. Une des rares sociétés au monde à avoir jusqu’au XXe siècle vécu dans la vie communautaire, l’égalité et la fraternité, va-t-elle mourir ?

9 juillet 1951 – Construction de la base militaire américaine en pays inuit

Lors de la guerre froide, le Groenland et la base de Thulé prennent une importance géopolitique majeure. La base militaire américaine est agrandie et devient une véritable enclave de l’armée américaine. Une piste de trois kilomètres de longueur et de plusieurs centaines de mètres de largeur a été construite pour accueillir les avions les plus modernes. Celle-ci nécessitait de nombreuses installations pour permettre son fonctionnement : postes de navigation, de météorologie, radar, ateliers de réparations ainsi que d’énormes réservoirs. L’ancien lit d’un glacier a été choisi pour y établir la piste et une ville a été construite de part et d’autre, face à la mer. On y trouve tous les services nécessaires au fonctionnement de la base ainsi que ceux permettant au personnel et aux familles de vivre dans l’isolement complet de la zone arctique.

Une population locale de 187 inuits vivant de façon traditionnelle de la chasse et de la pêche a été contrainte de quitter ses terres et de s’exiler à Qaanaaq, à 150 km au nord. Concentrés dans une région moins étendue et moins giboyeuse, les Inuits ont souffert de surpopulation et ont dû peu à peu renoncer aux revenus de la chasse aux phoques et de la pêche à la baleine pour dépendre de l’aide sociale danoise. Dans les années 1960, l’armée américaine a investi plus de cinq milliards de dollars afin de transformer Thulé en base ultra-moderne de détection. Le 21 janvier 1968, un B-52 américain s’écrase sur la banquise à proximité de la base de Thulé. Il transportait quatre bombes à hydrogène lorsqu’un incendie intérieur a contraint l’équipage à effectuer un atterrissage d’urgence à Thulé. Lors du crash, trois bombes ont explosé entraînant une contamination radioactive, alors que la quatrième n’a jamais été retrouvée. Les États-Unis et le Danemark lancent une importante opération de nettoyage, réquisitionnant pour cela des Inuits qui ont été exposés aux radiations. Nombre d’entre eux sont morts des suites de leur contamination tandis que d’autres ont développé des maladies plusieurs années après l’accident. Cet événement ajouté au déplacement de population lors de l’extension de la base a encore accentué le ressentiment des Inuits vis à vis des Américains.

Malaurie et les « derniers rois de Thulé

Le film documentaire de Jean Malaurie

Conférence de Malaurie

Films témoignages sur les Inuits

Film, les Inuits du Pôle

Un peu d’histoire

Les Inuits, dont la civilisation est centrée sur des techniques particulières de chasse (phoque, morse, baleine, caribou), pénétrèrent au Groenland par le détroit de Smith vers 1250. Ils y développèrent la culture de Thulé.

À partir de 1300 environ, ils descendirent le long des côtes du Groenland en raison du refroidissement du climat (Petit âge glaciaire). C’est probablement à cette époque qu’ils apprirent de la Culture de Dorset la construction des igloos.

Au cours de leurs migrations, ils découvrirent les établissements vikings, celui de l’ouest d’abord, puis, vers 1400, celui de l’est, avec lesquels ils entrèrent certainement en concurrence. Les Inuits avaient un avantage évident, leurs techniques de chasse étant plus élaborées. Une colonie de plusieurs centaines d’habitations s’installa alors à Sermermiut (Ilulissat) sur les principales zones de chasse à l’ours et au morse des Norvégiens.

Le petit âge glaciaire eut néanmoins une influence néfaste sur l’économie inuit également, et de nombreuses familles moururent de faim et de froid. Ils ont toutefois survécu à cette période difficile, contrairement aux descendants des Vikings.

En 1536, les royaumes de Danemark et de Norvège fusionnèrent en une seule entité. C’est à ce moment-là que l’on commença à considérer le Groenland comme une dépendance danoise, et non plus norvégienne. Alors même que tout contact avec le Groenland était rompu, les Rois du Danemark continuèrent inlassablement à proclamer leur souveraineté sur l’île.

En 1540, un bateau visita l’établissement de l’Est et ne trouva que des fermes désertes et, dans l’une d’elles, un cadavre non enseveli. Lorsqu’en 1578 l’explorateur anglais John Davis atteint le Groenland, il ne trouve que des inuits.

Durant le XVIIe siècle, la pêche à la baleine amena des bateaux anglais, hollandais et allemands au Groenland, où des pêcheurs débarquèrent parfois sans jamais s’y établir vraiment.

En 1721, une expédition clérico-commerciale menée par le missionnaire norvégien Hans Egede fut envoyée au Groenland, ne sachant pas s’il y avait encore une civilisation15 et, si c’était le cas, s’ils étaient toujours catholiques 200 ans après la Réforme ou, encore pire aux yeux d’Egede, s’ils étaient redevenus païens. En plus de ces éléments religieux, le Groenland était également intéressant du point de vue de l’économie piscicole (pêcheries, industrie baleinière). Enfin, cette expédition peut être vue comme l’une des manifestations des tentatives de colonisation danoises de l’Amérique.

En tous les cas, le Groenland s’ouvrit progressivement aux compagnies de commerce danoises et se ferma pour celles des autres pays. La nouvelle colonie était centrée autour de Godthåb, qui signifie littéralement "Bon espoir", sur la côte sud-ouest de l’île.

Si Hans Egede était alors respecté et honoré tant au Groenland qu’à l’étranger, il est aujourd’hui critiqué pour son manque de respect des valeurs inuits et son utilisation de la contrainte. Une partie des Inuits qui vivaient près des centres de commerce furent convertis au christianisme. Depuis la colonisation par les Danois en 1721, les Inuits se sont progressivement sédentarisés et ont adopté un mode de vie occidental. Cependant en hiver, isolés des ravitaillements venant de l’Europe, ils tendent à retrouver un peu leurs traditions de chasseur et pêcheur.

En 1734, le commerçant et propriétaire terrien Jacob Severin mit la main sur le commerce et les infrastructures du Groenland. Après 1750, il ne fut cependant plus capable de gérer la concurrence dans le domaine de la pêche à la baleine et connut des échecs répétés.

En 1776, la Kongelige Grønlandske Handel (KGH) reçut le monopole commercial pour le Groenland et reprit également l’administration de l’île et le contrôle des activités missionnaires. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’essor de l’économie piscicole au Groenland permit le développement de Flensburg, qui est actuellement une ville allemande, mais qui était alors le deuxième port danois. Cette ville profita particulièrement du commerce de l’huile de baleine.

Après les guerres napoléoniennes, en 1815, lorsque la Norvège fut séparée du Danemark et rattachée à la Suède, les colonies, dont le Groenland, restèrent danoises. Au cours du XIXe siècle, l’intérêt que les explorateurs des pôles et les scientifiques comme William Scoresby ou Knud Rasmussen portaient au Groenland s’accrut considérablement. Dans le même temps, la colonisation du Groenland prit de l’ampleur, les Danois se limitant de moins en moins aux seules activités commerciales. Les activités des missionnaires furent largement couronnées de succès. En 1861, un premier journal en langue groenlandaise fut créé. La loi danoise ne s’appliquait en revanche toujours qu’aux seuls colons.

Au cours du XIXe siècle, de nouvelles familles Inuits immigrèrent du Canada pour s’établir dans la partie nord du Groenland, qui était presque inhabitée jusque-là. Le dernier groupe d’immigrés arriva en 1864. Durant la même période, la côte orientale de l’île se dépeupla progressivement en raison des difficultés économiques croissantes.

Les premiers élections démocratiques se tinrent au Groenland en 1862 et 1863 pour des assemblées de district, sans toutefois qu’il y ait une assemblée représentant l’ensemble du territoire. En 1911, deux assemblées seront créées, l’une pour le Nord et l’autre pour le Sud. Il faudra attendre 1951 pour que ces deux assemblées soient réunies et que le Groenland soit ainsi doté d’un parlement. Jusque-là, toutes les décisions concernant le Groenland étaient prises à Copenhague, sans que les Groenlandais ne soient représentés dans les institutions danoises.

Après avoir obtenu son indépendance complète en 1905, la Norvège refusa d’accepter la souveraineté danoise sur le Groenland, qui était une ancienne possession norvégienne. Elle mit notamment en avant le fait que le Traité de Kiel ne se rapportait, selon elle, qu’à l’utilisation économique des colonies de l’ouest du Groenland. Elle accepta toutefois que le Groenland reste danois, mais la polémique éclata à nouveau lorsque le Danemark décida de fermer le Groenland aux non-Danois. À la suite de cela, en 1931, des pêcheurs norvégiens, notamment le pêcheur de baleines Hallvard Devold, occupèrent la côte orientale inhabitée du Groenland, sur leur propre initiative. Le gouvernement norvégien, mis devant le fait accompli, soutint après coup cette occupation. En 1933, la Cour permanente de justice internationale fut appelée à trancher et se prononça en faveur du Danemark. La Norvège accepta ce jugement.

Par ailleurs, une activité d’élevage a été réintroduite en 1924, pour réduire le chômage, avec les mêmes conséquences environnementales qu’à l’époque de la colonie norvégienne. Elle ne subsiste que grâce à des subventions gouvernementales.

La guerre froide a permis au Groenland d’acquérir une importance stratégique, puisqu’il contrôlait une partie du passage entre les ports soviétiques de l’Arctique et l’Océan Atlantique. Il est également devenu une base d’observation de l’utilisation éventuelle de missiles balistiques intercontinentaux, qui seraient passés au-dessus de l’Arctique.

En 1951, le traité signé par Henrik Kauffmann avec les États-Unis pendant la guerre est remplacé par un autre traité, permettant ainsi à la base aérienne de Thulé (à Qaanaaq) de devenir permanente. Ce même traité plaça le Groenland dans une zone militaire de l’OTAN dont la défense devait être assurée conjointement par le Danemark et les États-Unis.

En 1953, les Inuits de Thulé furent forcés par le Danemark de quitter leurs domiciles pour permettre l’extension de la base américaine. Depuis lors, cette base est devenue une source de frictions entre le gouvernement danois et les Groenlandais. Ces frictions s’accrurent considérablement le 21 janvier 1968, lorsqu’un B-52 américain transportant quatre bombes à hydrogène s’écrasa près de la base, répandant de grandes quantités de plutonium sur la glace (Accident de Thulé). Bien que la majeure partie du plutonium ait pu être récupérée, les Inuits parlent toujours des déformations dont souffrent encore certains animaux.

Dans les années 1950, tout comme les Micmacs de Nouvelle-Écosse, les Inuits de Hebron et de Nutak au Labrador ont vécu une centralisation forcée. Parce que les gouvernements n’avaient pas le choix de fournir des services à tous les Autochtones, même ceux des régions éloignées, les politiciens décidèrent de regrouper ces populations dans les petites communautés existantes du Sud du Labrador. Bien que l’économie de prédation leur fournissait depuis toujours, tout le nécessaire à une vie heureuse et communautaire, ces Inuits n’eurent d’autres choix que de tenter de s’adapter à la vie des collectivités du Sud. On a même séparé les familles en provenance d’un même village. Cinq familles de Hebron iraient à Nain, 10 à Hopedale et 43 à Makkovik. Cette façon désordonnée de faire les choses a été extrêmement douloureuse pour ces Hebronimiuts. Comme en Nouvelle-Écosse, lors des déménagements, la plupart des nouvelles maisons n’étaient pas encore construites dans les villages d’accueil. Plusieurs familles n’ont eu d’autres choix que de s’entasser dans des logements de piètre qualité. Comme pour toutes réinstallations, peut-être la chose la plus importante, les fonctionnaires n’ont pas tenu compte des liens qui unissent les Inuits au territoire. Paulus Nochasak a très bien résumé la situation : « nous avons dû aller dans un endroit qui n’était pas notre terre ». La Commission royale sur le Labrador de 1974 a conclu que le programme de réinstallation dans le Nord avait été une opération futile et inconsidérée ayant causé injustices et souffrances aussi bien aux Inuits qu’aux résidents des collectivités d’accueil. Elle a conclu que les programmes gouvernementaux de réinstallation au Labrador avaient été considérés par le gouvernement comme une fin en soi et non comme un élément d’un processus de développement. D’autres erreurs fondamentales ont été commises du fait que l’on n’a pas pris en compte ou cherché à connaître les souhaits et les aspirations de tous ceux touchés par la réinstallation, et aussi du fait que la planification était d’une très grande médiocrité.

C’est avec une idéologie d’intervention minimaliste auprès des populations inuites que les administrateurs du Nord entreprirent un vaste plan de colonisation des territoires vierges des îles Baffin et Devon. Diverses recherches ont toutefois révélé plus tard que des motifs de souveraineté du territoire arctique étaient aussi derrière cette décision d’aller de l’avant avec le premier projet officiel de réinstallation des Esquimaux. En 1934, 53 hommes, femmes et enfants de Pangnirtung, Pond Inlet et Cape Dorset, avec 109 chiens, traîneaux, kayaks et bateaux furent déménagés sur l’île Devon (Dundas Harbour). Après deux années passées sur cette contrée déserte, les très mauvaises conditions climatiques et de glace ont finalement convaincu les Inuits de vouloir rentrer chez eux. La prétendue expérience destinée à éprouver la capacité des Inuits à s’adapter à cet endroit, s’est soldée par un échec total. Les gens de Pangnirtung furent rapatriés chez eux, en 1936. Par contre, ceux de Cape Dorset et de Pond Inlet ont appris avec stupeur qu’ils seraient plutôt déplacés à Arctic Bay où un poste de traite était sur le point d’ouvrir. Tout juste un an plus tard (1937), ces familles furent redéplacées à Fort Ross (île Somerset). Durant dix ans, en raison des problèmes chroniques d’approvisionnement par bateau à cet endroit, les Inuits vécurent presque exclusivement de thé, de biscuits de ration et de farine. On peut lire dans un rapport de 1943, que les réinstallés entretenaient toujours la folle idée de retourner à Cape Dorset. En 1947, on les transféra pour la quatrième fois, à Spence Bay (Taloyoak aujourd’hui) cette fois. On trouve encore aujourd’hui des descendants de ce petit groupe d’Inuits dans ce village. C’est probablement dans l’épisode de l’île Devon que s’illustre le plus clairement l’analogie qui consiste à déplacer des humains comme des pions sur l’échiquier de l’Arctique. En effet, un petit groupe d’Inuits a fait l’objet de transplantations successives dans quatre lieux différents, au gré des intérêts économiques changeants de la Compagnie de la Baie d’Hudson et avec pour toile de fond les intérêts géopolitiques de l’État.

Malgré l’échec de ce premier plan de réinstallations, dans les années 1950, un administrateur du ministère des Affaires indiennes et du Nord rédige une longue note sur une nouvelle idée de déménagements des populations de l’Arctique. Pour cet auteur anonyme, la solution serait de les déplacer tous, dans deux ou trois villes du Sud du Canada. On pensa en effet, à l’implantation d’un village inuit à Hamilton (Ontario), un autre à Winnipeg (Manitoba) et un dernier près d’Edmonton (Alberta). Ce plan permettrait une meilleure gestion des besoins de ces gens au lieu de les laisser disséminés le long des 15 000 kilomètres de côtes de l’océan Actique. Quant à leur civilisation, il convient de s’y opposer implacablement, en raison du peu d’espoir de la voir évoluer. Voilà un bel exemple d’une certaine idéologie raciste qui régnait parmi les fonctionnaires et les politiciens de l’époque. Heureusement, cette idée que l’on peut qualifier d’ethnocentriste, n’a jamais été mise en application.

Pendant que les fonctionnaires préparaient la relocalisation des Inuits vers le sud, les projets visant à multiplier les réinstallations dans l’Extrême-Arctique allaient bon train. Encore pour des raisons non avouées de souveraineté sur l’archipel arctique, le gouvernement du Canada préparait l’une des plus tragiques histoires des régions nordiques. Il fallait trouver une solution au problème esquimau de l’époque et ces déménagements devaient être présentés comme spectaculaires auprès de la population canadienne du Sud. Une fois de plus, il y avait eu promesse de jour meilleur de la part du gouvernement canadien auprès de ces migrants forcés. Le 25 juillet 1953. Trente-quatre personnes (sept familles) de Port Harrison (Inukjuak) embarquent sur le navire C. D. Howe en direction de l’île d’Ellesmere et Cornwallis dans le Haut-Arctique. Trois jours plus tard, trois familles (seize personnes) de Pond Inlet les rejoignent sur le pont d’acier du navire gouvernemental. Le lendemain, le C. D. Howe arrive à Craig Harbour (île Ellesmere) pour y débarquer cinq familles. Henry Larsen, un officier supérieur de la Gendarmerie royale du Canada, les a décrit comme suit : « lls sont sales, déguenillés, d’apparence négligée, un lot de colons n’ayant pas un beau look ». Les autres, restés sur le bateau, sont transférés sur le brise-glace Iberville qui tentera vainement de rejoindre Alexandra Fiord un peu plus au nord. Après cette tentative avortée, le brise-glace revient à Craig Harbour pour y débarquer deux autres familles. Les dix-huit Inuits restants, seront amenés quelques jours plus tard à Resolute Bay. Sans avertissement aucun, des familles se trouvaient ainsi séparées. L’un des exilés dira plus tard : « nous avons été totalement abandonnés sur les plages de Craig Harbour et de Resolute Bay ». Un an plus tard, ceux de Craig Harbour seront déménagés une seconde fois, à cent kilomètres plus à l’ouest, soit à Grise Fiord. Le caporal Glenn Sargent de la gendarmerie, un an après l’arrivée des Inuits à Craig Harbour informait ses supérieurs en écrivant : « que la région de Craig Harbour est leur Jardin de l’Éden ». Il écrivait aussi que les Inuits avaient beaucoup de succès à la chasse, en réalité, c’était exactement le contraire. À ces latitudes si nordiques, le gibier se fait rare. Dans la nuit polaire qui dure quatre mois, un chasseur avait même passé de longues heures à attendre un phoque au-dessus de son trou de respiration, mais en réalité, ce point noir n’était qu’une crotte de renard. Entre 1953 et 1960, la majorité des enfants de Resolute étaient devenu orphelins. Les parents étaient décédés de désespoir, de maladies et de conditions trop extrêmes. Un célèbre politicien de l’époque a même déclaré : « s’ils veulent revenir, qu’ils payent ». Ce n’est qu’à la fin des années 1990, que le gouvernement fédéral accepta de dédommager les familles qui furent déplacées. Cependant, il a toujours refusé de s’excuser et d’avouer les vraies raisons de ces réinstallations catastrophiques.

Tout comme les Amérindiens et les Maori, les Inuits ont subi l’invasion et la colonisation des Occidentaux. Mais il s’agit d’une véritable assimilation qu’ont vécue les Inuits, forcés qu’ils étaient, et qu’ils sont encore aujourd’hui, de suivre le mode de vie occidental. Avec, d’une part ses effets néfastes, par exemple sur la santé (obésité) du fait d’un mode de vie par trop sédentaire et d’une alimentation déséquilibrée ; et d’autre part de maigres bénéfices matériels ou économiques. Pire encore, les enfants inuits ont été arrachés de leur famille et envoyés dans des pensionnats dans le sud du pays des années 50 jusqu’aux années 80, causant des traumatismes indélébiles et interrompant la transmission orales des coutumes et du savoir traditionnel. C’est évidemment sans parler des sévices qu’ont vécus les enfants dans ces orphelinats et qui encore aujourd’hui troublent leur existence. Encore aujourd’hui, la situation des Inuits reste précaire. Car même si des progrès ont été accomplis dans les deux dernières décennies, notamment par une participation des communautés autochtones aux décisions concernant des projets de développement de la région, fondamentalement ces Canadiens sont laissés pour compte. Dans les pays développés en effet, « les autochtones se retrouvent systématiquement au bas de l’échelle de la plupart des indicateurs de bien-être même dans les pays développés. Ils ont une espérance de vie plus courte et une éducation et des soins de santé moins bons que le reste de la population, et le taux de chômage est plus élevé parmi eux ». Le Canada hélas ne fait pas exception. À titre d’exemples, leur espérance de vie est de 17 and plus faible, le taux de suicide est 11 fois plus élevé, 70 % des élèves des vivant dans une réserve ne terminent pas leurs études secondaires et 60 % pour cent des jeunes aborigènes habitant les zones urbaines vivent sous le seuil de pauvreté.

Malgré le lourd passé des Inuits et malgré les injustices qui les veulent regarder vers l’avenir. Ils n’ont en fait d’autre choix que d’intégrer la modernité, mais en s’appuyant solidement sur les principes fondateurs de leur culture, comme le souligne si justement Teevi Mackay. Mais ce n’est pas chose facile. D’une part, les Inuits se heurtent toujours à l’incompréhension des résidents du sud ; d’autre part ils sont encore marqués par la colonisation, l’assimilation et l’acculturation, ce qui se manifeste souvent pour les Inuits par un complexe d’infériorité. Dans le même temps, ils remettent en cause l’autorité des différents niveaux de gouvernement qui ne prennent pas suffisamment en compte les intérêts de la communauté inuit. Comment pourrait-il en être autrement ? Néanmoins, les Inuits savent que pour faire avancer leur cause, ils doivent composer avec le gouvernement, tout en revendiquant leurs droits.

Histoire du monde arctique

D’où venaient les Inuits ?

Vers 8000 av. J.-C. et durant les 6 000 ans qui ont suivi, au moment où le détroit de Béring était envahi par la banquise, des petits groupes de chasseurs arrivent en Alaska. Il y a de fortes chances que ces gens l’aient traversé sur la banquise pour aller de l’Ancien au Nouveau Monde. Dans cette partie du détroit de Béring, d’après la situation géographique des îles Diomède, il n’y a qu’une vingtaine de kilomètres tout au plus entre deux terres. Donc, seulement trois ou quatre jours de marche ont été nécessaires pour faire le voyage. D’après les fouilles des plus vieux sites alaskans, ces gens étaient de la tradition microlithique de l’Arctique qui est très similaire aux groupes du Néolithique de Sibérie. Ces chasseurs n’ont jamais atteint la côte sud de l’Alaska et les îles Aléoutiennes. Ils se sont plutôt répandus rapidement dans l’Arctique canadien et au Groenland à la poursuite de bœufs musqués et de mammifères marins. Ils apportèrent avec eux une technologie d’outils en pierre taillée qui était totalement inconnue en Amérique, principalement des micro-lames qui sont des petites lamelles de pierre obtenues par percussion. De plus, de minuscules lames triangulaires servant de pointes de projectile constituaient très probablement le premier indice de l’usage de l’arc et de la flèche en Amérique du Nord.

L’origine des peuples anciens peut être retracée par l’étude des langues utilisées par ces derniers et par les caractéristiques physiques des populations concernées. Tous les groupes d’Inuits nord-américains ont des langues apparentées. De plus, les langues inuites ont d’importantes affinités avec celle des Aléoutes, laissant croire qu’elles ont possiblement une même origine. De plus, les langues inuites et aléoutiennes ont un lointain lien de parenté avec les Tchouktches, les Koriaks et les Kamtchadales du Nord-Est de la Sibérie. Les Esquimaux et les Aléoutes ont des phénotypes similaires avec les gens des péninsules Tchoukotka et Kamtchatka. Ils sont désignés comme étant des « Arcto-mongoloïdes. » Le terme « Paléoesquimaux » est employé pour identifier ces groupes de chasseurs d’un lointain passé, mais la relation de descendance avec les diverses cultures inuites qui ont suivi n’est pas aussi claire que ce qui était cru lors des premières découvertes archéologiques.

Il semble que plusieurs nappes de peuplement venues d’Asie se soient succédées ou se soient côtoyées en Amérique boréale. Ainsi, « les Paléoesquimaux des cultures saqqaq et de l’Indépendance, documentés par des vestiges archéologiques dans le Nord du Canada et du Groenland, représentent la plus ancienne expansion humaine dans l’extrême Nord du Nouveau Monde. Toutefois, leur origine et leur relation génétique avec les cultures postérieures ne sont pas connues. Nous avons séquencé un génome mitochondrial d’un Paléoesquimau en utilisant des cheveux gelés âgés de 3 400 à 4 500 ans excavés d’une installation saqqaq du Groenland. L’échantillon est distinct de ceux des Amérindiens et des Esquimaux modernes. Ce résultat suggère que les premiers migrants dans l’extrême Nord du Nouveau Monde provenaient des populations dans la zone de la mer de Béring et n’étaient pas directement liés aux Amérindiens ou Esquimaux postérieurs, qui les ont remplacés ». L’échantillon paraît par contre très proche de celui des Aléoutes de la région du détroit de Béring et des Sirenikis de Sibérie.

D’après les dates d’ancienneté analogues des sites de la Tradition des outils microlithiques, allant de l’Alaska au Groenland, il est supposé que les Paléoesquimaux anciens ont envahi les territoires polaires avec rapidité. Ils étaient habiles à exploiter un nouveau territoire au-delà des migrations saisonnières. Ces derniers étaient des chasseurs des forêts nordiques de la Sibérie qui se sont adaptés aux régions de toundra et de banquise. C’était la première phase d’extension territoriale d’une bonne partie de l’Arctique canadien et du Groenland, encore inhabité à cette époque. La similarité de la technologie du Paléoesquimau ancien est frappante d’une région à l’autre. Un degré de cohésion culturelle et de conservatisme est remarqué dans le temps et dans l’espace. Les Paléoesquimaux anciens ont été les premiers à réussir une certaine adaptation malgré les contraintes climatiques de l’Arctique nord-américain, c’est-à-dire un froid glacial, une pauvreté en nourriture d’origine végétale, une disponibilité saisonnière des protéines animales, un nombre limité d’espèces disponibles ainsi qu’une rareté du combustible et des matières premières essentielles.

Au départ, ils ont peut-être été attirés par les troupeaux de caribous et, une fois sur place, ils auraient découvert les bœufs musqués et les phoques des côtes arctiques. La défensive en ligne ou en cercle utilisée par ces bêtes se transformait en avantage pour des chasseurs qui possédaient des chiens. L’immobilité du troupeau ainsi pris au piège permettait aux hommes de s’approcher des bêtes, facilitant l’utilisation de l’arc ou de la lance. Une fois la viande débitée, elle était empaquetée dans les peaux et transportée vers les campements. En fait, la chasse au bœuf musqué était très possiblement beaucoup plus facile que la chasse à la baleine et au morse. Durant l’été, la diète était complétée avec des oiseaux migrateurs, des œufs, des lièvres arctique et des poissons anadromes. Rien ne laisse croire qu’ils possédaient des bateaux et des traîneaux à chien, ils se seraient donc déplacés à pied sur cet immense territoire de 5 000 km d’ouest en est et 3 000 km du sud au nord. De plus, l’igloo et la lampe à huile en stéatite (pierre à savon) étaient absents à cette époque, ce qui devait rendre la vie assez rude et précaire. Les outils de pierre retrouvés dans les campements de la Tradition microlithique de l’Arctique sont des produits de facture complètement différentes des traditions antérieures de l’Alaska mais très similaires à ceux des Néolithiques de Sibérie. Tout cet outillage était extrêmement petit. Il comprenait des micro-lames, des burins pour le découpage des os, de minuscules lames triangulaires servant de pointes de harpon et de flèche. Des rencontres possibles avec des Indiens de l’Archaïque maritimien du Labrador leur ont permis de découvrir le harpon à tête détachable qui est très efficace pour la chasse au phoque et au morse. Cette nouveauté se répandit d’un bout à l’autre de l’Arctique et améliora de façon tangible les activités de subsistance. Des recherches par des archéologues danois démontrent que les trois formations de cette époque, Indépendancien, Saqqaquien et Prédorsétien, sont en réalité trois cultures régionales, légèrement décalées dans le temps mais provenant d’une même culture microlithique. Trois variantes de la Tradition microlithique de l’Arctique ont été découvertes dans le Grand Nord canadien et groenlandais : l’Indépendence I du Haut-Arctique, les Saqqaqiens du Groenland et la culture prédorsétienne des îles et des côtes du Bas-Arctique.

L’occupation des premières populations de la Tradition microlithique de l’Arctique se concentre principalement dans la région au nord de la baie d’Hudson, sur la rive nord du détroit d’Hudson et autour du bassin de Foxe. Les régions méridionales de l’archipel arctique canadien étaient beaucoup plus riches en ressources alimentaires que le Haut-Arctique. Dans la région d’Igloolik, un site daté au radiocarbone indique qu’il est vieux de 3 900 ans. C’est en 1000 av. J.-C., que les Prédorsétiens traversent dans l’arctique québécois (Nunavik) par les îles Nottingham et Salisbury pendant que les Dorsétiens occupent les îles du Haut-Arctique et la côte nord-ouest du Groenland.

Bien qu’il y ait plusieurs similitudes entre l’outillage des Prédorsétiens et ceux de l’Indépendance I, la ressemblance est encore plus prononcée avec les groupes microlithiques de l’Alaska. Ces derniers auraient quitté leurs territoires alaskains pour se répandre dans une grande partie du Bas-Arctique oriental, quelques siècles après les groupes d’Indépendance I. À l’inverse de ces derniers, les campements des Prédorsétiens semblent avoir été utilisés sur plusieurs générations. On y a même trouvé lors de fouilles, de petites lampes à huile qui devaient servir à brûler de la graisse pour donner de la lumière et un peu de chaleur. On a aussi trouvé des cercles de détritus qui permettent de penser qu’ils se construisaient des igloos bien qu’aucun couteau à neige n’ait encore été trouvé. Ils avaient également des chiens sans le traîneau et que l’arc et la flèche faisaient partie des armes de chasse.

Les terres dénudées du Nord du Groenland et du Haut-Arctique canadien avaient été abandonnées par le groupe d’Indépendance I vers 1700 av. J.-C. Ce n’est que 700 ans plus tard, vers 1000 av. J.-C., qu’une deuxième culture que l’on nommera Indépendance II arrive dans ces régions. Sur la Terre de Peary, le bœuf musqué était le principal mammifère terrestre disponible, le caribou en était totalement absent. Il ne faut pas oublier que cette région très nordique est un rude désert de pierres. Dans les lacs de l’intérieur, des ombles chevaliers pouvaient être capturés et de nombreux oiseaux migrateurs visitaient la région durant la belle saison. Sur la côte du fjord Indépendance, on pouvait trouver quelques ours polaires, des morses, des phoques annelés et parfois des narvals.

Les habitations des Indépendanciens II sont principalement des tentes de peaux. Il n’y a pas de structures solides et aucune lampe en stéatite pour le chauffage et l’éclairage n’a été trouvé. L’espace à l’intérieur des tentes est conçu pour quatre à six personnes et une tendance indique qu’un rassemblement de quatre à six tentes formait un clan. On peut affirmer que vingt à quarante personnes voyageaient et chassaient ensemble. Considérant la pauvreté en ressources de la région, il ne semble pas y avoir eu beaucoup de commerces ou d’échanges. D’après la disposition en chapelet des campements sur les plages et la forme des habitations, il y a de grandes similitudes entre Indépendance I et II. C’est dans les pointes de harpon et autres outillages lithiques qu’on remarque une différence notable. Ces objets de pierre taillée ressemblent plutôt à ceux des Prédorsétiens des îles Cornwallis, Bathurst, Devon et Ellesmere qu’à ceux d’Indépendance I de la Terre de Peary. En résumé, on peut facilement penser qu’il y a eu une double influence (Prédorsétien et Indépendance I) dans la culture des gens d’Indépendance II.

Vers 1000 apr. J.-C., des chasseurs de baleine (Punuk) du Nord de l’Alaska se déplacent vers l’est. Ils voyagent probablement en oumiak (grand bateau fait de peaux cousues) et atteignent le Groenland par le Haut-Arctique en très peu de temps. On considère les Thuléens comme étant les représentants de la troisième et dernière vague de migrations de populations de l’Arctique canadien et du Groenland. Ces importants déplacements sont très possiblement liés au réchauffement climatique (réchauffement médiéval) qui affecta tout l’Arctique à cette époque. En poursuivant la baleine boréale, en plus du Groenland, les Thuléens se sont répandus dans l’ensemble de l’archipel arctique et autour de la baie d’Hudson. Cette culture porte ce nom parce que c’est sur la côte nord-ouest du Groenland, près de la communauté de Thulé que l’on a identifié pour la première fois de vieilles maisons de type thuléenne.

Comme énoncé précédemment, la baleine boréale de l’Alaska (Ouest) et celle du Groenland (Est) étaient la ressource principale de ces populations. Cependant, elles utilisaient également le phoque, le caribou ainsi que le poisson comme ressources alimentaires. Dans la région d’Igloolik, ils firent aussi la découverte de nombreux troupeaux de morses. En réalité, ces grands chasseurs de baleine sont devenus, au cours de leurs migrations vers l’est, des chasseurs polyvalents. Malgré tout, la baleine demeurait la principale source de nourriture et de combustible. Ces grands mammifères marins permirent aux Thuléens de mener une vie passablement sédentaire de sorte que les populations ont rapidement augmenté. De plus, pour des raisons diverses, une scission pouvait survenir dans un groupe et un nouveau campement apparaissait en quelques jours seulement. C’est ce qui expliquerait la rapide extension de leurs territoires d’occupation. Pour se nourrir et se vêtir, les Thuléens chassaient aussi des animaux terrestres comme le caribou et le bœuf musqué. Quant à lui, le poisson était pêché au trident (karkivak). Les prises étaient dépecées à l’aide d’un couteau d’ardoise, en forme de demi-lune, que l’on appelle « ulu ».

En plus de la viande et de la graisse, les baleines fournissaient aux Thuléens leurs os comme matériau de construction. Pour construire des habitations de terre semblables à celles de l’Alaska, les Thuléens devaient utiliser les os, principalement les côtes et maxillaires de baleine, comme armature pour le toit. L’ensemble était recouvert de peaux et d’une épaisse couche de tourbe et de terre. Ces maisons d’hiver semi-permanentes, très bien isolées et chauffées, devaient être passablement confortables. La nourriture et le combustible pour les lampes venaient des caches environnantes, recouvertes de lourdes pierres pour protéger son contenu des chiens, des loups, des renards et des ours. Pendant l’été, tout le groupe emménageait dans des tentes de peaux. De plus, ces gens construisaient un autre type d’habitation hivernale complètement inconnu en Alaska : l’igloo. Ils auraient inventé cette technologie mais auraient emprunté aux Dorsétiens l’utilisation de la stéatite dans la fabrication des lampes à huile. Ils ont également perfectionné l’usage et la construction des traîneaux. Des harnais pour chiens apparaissent dans les sites thuléens du Canada à cette époque. Les villages des premiers Thuléens comptaient seulement quelques maisons d’hiver et moins d’une cinquantaine d’occupants. Cette organisation de la société thuléenne devait se regrouper autour d’un vieil homme qui possédait le savoir et l’expérience. Le reste du groupe comprenait les fils du vieil homme et leurs familles, les familles d’autres parents masculins et parfois, les familles de ses filles. En résumé, on peut aujourd’hui affirmer que l’économie des Thuléens était basée sur la chasse aux mammifères marins comme la baleine et le phoque.

Certains éléments de technologie issus de la culture dorsétienne laissent penser qu’il y a eu certains contacts entre ces deux groupes. En revanche, plusieurs légendes inuites racontent qu’il y a eu combat avec les Tuniits (Dorsétiens) et qu’ils ont été chassés des meilleurs territoires de chasse. C’est dans le Québec arctique que sont retrouvés les sites dorsétiens les plus récents (1400 ap. J.-C.) et c’est cette même région qui connut l’arrivée la plus tardive des groupes de Thuléens. Après plusieurs fouilles de sites thuléens, il est prouvé qu’au Groenland, ces populations faisaient commerce avec les populations résidentes en provenance des pays nordiques et qu’au Labrador, des échanges se faisaient avec les baleiniers basques, écossais et américains ainsi qu’avec les missionnaires.

L’archéologie confirme que les Thuléens sont les derniers arrivants de l’Arctique canadien et du Groenland et que leurs ancêtres, il y a deux ou trois mille ans, vivaient sur les côtes de l’Alaska et de la Sibérie. Les Thuléens sont considérés, sans l’ombre d’un doute, comme étant des Inuits. Il est presque certain que ces gens parlaient l’inuktitut, un dialecte esquimau très semblable à celui utilisé encore aujourd’hui par les autochtones du Grand Nord. Cependant, il semble que les us et coutumes thuléens d’origine semblent avoir été plus riches, plus sophistiqués et plus uniformes que les cultures inuites subséquentes.

Les chasseurs inuits auront-ils encore le droit de vivre ?

par Annie KEROUEDAN, Médecin-chef hôpital d’Uummannaq, Groenland

Le Groenland s’est réveillé ce matin du 6 mai sous le choc de l’annonce de l’interdiction d’importation des produits dérivés du phoque, votée par le parlement européen. Peu de médias européens se sont donnés la peine de relayer cette information dans les journaux mais ici, dans cette petite communauté de chasseurs, c’est l’anéantissement. Depuis 1986, je viens régulièrement travailler au Groenland en tant que médecin et suis en ce moment à l’hôpital d’Uummannaq dans le nord du Groenland. J’ai appris au cours de ces séjours à aimer et apprécier le peuple Groenlandais et aussi à partager l’ existence des chasseurs et des pêcheurs. La chasse aux mammifères marins est la base de la culture et du mode de vie inuit. Ce peuple est par tradition respectueux de la nature avec laquelle il vit en symbiose malgré l’avancée de la modernité. Les chasseurs groenlandais ne tuent que les phoques adultes car les phoques femelles mettent bas au Canada. Il n’est d’ailleurs pas toléré dans cette culture de tuer de jeunes animaux. Par conséquent les inuits canadiens ne chassent eux aussi que les adultes. Les chasseurs groenlandais n’utilisent jamais de matraques pour tuer les phoques. Ceux ci sont tués au fusil. Les photos qui circulent dans tous les magasines sont donc mensongères. Il faut savoir que les phoques vivent en très grand nombre dans les eaux groenlandaises et que les espèces ne sont absolument pas menacées. Au contraire la surpopulation des phoques adultes est cause d’une famine chez les jeunes phoques qui sont ainsi voués à une mort précoce. Les Groenlandais mangent et mangeront toujours la viande de phoque. Les denrées importées d’Europe sont extrêmement chères et la chasse et la pêche sont les conditions nécessaires pour que les familles aient chaque jour sur leur table viande et poisson d’excellente qualité nutritionnelle. Les Groenlandais ont, en outre, besoin, afin d’échapper à une acculturation souvent dénoncée dans les médias, de retrouver leurs méthodes de chasse traditionnelle. De nombreux travaux sociologiques ont montré que, dans les communautés où les inuits pratiquent leurs méthodes ancestrales, il y a beaucoup moins d’alcoolisme et de sévices sexuels que dans les grandes villes où les traditions ont disparu. Jusqu’aux campagnes très médiatisées des années 70, un quart de la population groenlandaise vivait de la vente des peaux de phoques. Après la chute drastique des cours des peaux, les phoques ont continué à être chassés pour la viande, mais nombre de familles de chasseurs se sont retrouvées sans ressources. Je me souviens qu’à cette époque, les peaux pourrissaient dans les rues des villages. Grâce à la créativité de jeunes designers danois et groenlandais employés par Great Greenland, la mode des vêtements en peaux de phoque est revenue. Environ 100 000 peaux de phoque sont maintenant traitées chaque année au Groenland et vendues à l’étranger. Chaque peau est achetée environ 300 couronnes danoises (39,70 euros) aux chasseurs par l’entreprise Great Greenland qui se charge ensuite de tanner les peaux et en partie de confectionner les vêtements. Ceci constitue un apport de revenus non négligeable pour des familles de chasseurs qui vivent souvent en dessous du seuil minimum de pauvreté. Cet équilibre retrouvé est désormais mis en péril si l’interdiction de l’importation des peaux votée sous l’influence de médias et de personnalités du monde du spectacle est exécutée. La clause qui stipule que les peaux de phoque tués par méthode traditionnelle inuit peuvent être importées à des fins non lucratives est d’une totale hypocrisie. Car les chasseurs inuits vivent de la vente des peaux et doivent être payés pour leur travail ! Une partie des peaux est bien sûr utilisée pour fabriquer les vêtements traditionnels, les moufles et les bottes qui protégeront les chasseurs du froid mais une autre partie est vendue afin que les familles aient un salaire. Les députés européens, tels des moutons de Panurge se sont laissés manipuler par les lobbies puissants et aveugles des associations de défense des animaux. Ces députés ne se sont pas donné la peine d’essayer de comprendre le mode de vie des Inuits, bien que les ministres des pays qu’ils représentent, à grand renfort de publicité, soient allé au Groenland pour constater de visu l’influence du réchauffement climatique sur les populations inuits. Les députés ont voté aveuglément uniquement dans le but de satisfaire leur électorat. La vente des peaux des bébés phoques est interdite depuis 1983. Malgré cela, les photos publiées par les associations de défense des animaux concernent encore cette chasse que chacun, y compris et en premier lieu les Groenlandais, juge monstrueuse. Les peaux de phoques adultes sont très facilement reconnaissables à leur teinte grise et leur dessin caractéristique et ne peuvent être confondues avec les peaux des bébés phoques entièrement blanches. Laissons donc les chasseurs inuits continuer à gagner leur vie par leur travail.

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  • Dans la liste des accidents nucléaires, on oublie souvent celui qu’ont subi les Inuits… Un accident nucléaire a eu lieu à la base aérienne de Thulé (Groenland) le 21 janvier 1968. Un B-52 contenant quatre bombes H s’est écrasé près de Thulé. Les quatre bombes ont été détruites dans l’explosion et leur contenu radioactif s’est échappé…

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