English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 4- Ce qu’est le socialisme et ce qu’il n’est pas > Faut-il changer la répartition des richesses ou changer d’abord le mode de (...)

Faut-il changer la répartition des richesses ou changer d’abord le mode de production de celles-ci ?

dimanche 27 novembre 2016, par Robert Paris

« L’histoire des sociétés humaines est celle de la lutte des classes. Cela signifie que les hommes s’organisent, en fonction de leur mode de production (lui-même dépendant du niveau des forces productives et des moyens de production), en vue de la création de richesses issues du travail humain et que cette organisation consiste en la formation de grands groupes sociaux ayant des intérêts communs, intérêts en fonction desquels ces classes d’hommes agissent et se confrontent. »

« Les forces productives engendrées par le mode de production capitaliste moderne, ainsi que le système de répartition des biens qu’il a créé, sont entrés en contradiction flagrante avec le mode de production lui-même, et cela à un degré tel que devient nécessaire un bouleversement du mode de production et de répartition éliminant toutes les différences de classes, si l’on ne veut pas voir toute la société moderne périr. »

Friedrich Engels dans "L’Anti Dühring"

« Le Capital est contradiction en acte : il tend à réduire au minimum le temps de travail, tout en en faisant l’unique source et la mesure de la richesse. Aussi le diminue-t-il dans sa forme nécessaire pour l’augmenter dans sa forme inutile, faisant du temps de travail superflu la condition – question de vie ou de mort – du temps de travail nécessaire. D’un côté, le capital met en branle toutes les forces de la science et de la nature, il stimule la coopération et le commerce sociaux pour libérer (relativement) la création de la richesse du temps de travail ; d’un autre côté, il entend mesurer en temps de travail les immenses forces sociales ainsi créées, de sorte qu’il en contient, immobilise et limite les acquis. Forces productives et relations sociales – double principe du développement de l’individu – ne sont et ne signifient pour le capital que de simples moyens pour se maintenir sur sa propre base étroite. En réalité, ce sont là les conditions matérielles qui feront éclater les fondements du capital. »

Karl Marx dans « Principes de la critique de l’économie politique »

« La Répartition des produits dans la « société future » de Karl Kautsky

Nous avons l’intention de ne plus examiner qu’un point à propos de la « société future », c’est celui qui paraît le plus important. La première question que l’on adresse à un socialiste est en général la suivante : « Comment procéderez vous à la répartition de vos richesses ? Chacun recevra-t-il autant ? Chacun recevra-t-il la même chose ? » Le partage ? Voilà ce qui intéresse le bourgeois. C’est au partage que se réduisent toutes ses conceptions du socialisme, Il n’y a pas encore bien longtemps qu’en Allemagne les gens les plus instruits admettaient que les communistes voulaient partager au peuple toutes les richesses de la nation.

Cette croyance s’est obstinément maintenue malgré toutes les protestations élevées par la démocratie socialiste. La malice de nos adversaires n’en est pas uniquement cause. C’est bien plutôt leur impuissance à comprendre les conditions créées par le développement de la grande industrie. Bien souvent leur horizon est incapable de dépasser les conceptions qui correspondent à la petite industrie. Du point de vue de la petite industrie, le partage est la seule forme possible d’une espèce de socialisme. Le partage est en réalité très familier au paysan et au petit bourgeois. Depuis l’établissement de la production marchande, il est arrivé un nombre incalculable de fois, chaque fois que quelques familles de marchands ou de propriétaires fonciers avaient amassé de grandes richesses et réduit les artisans et les paysans à la servitude et à la misère, que ces derniers tentaient de se tirer d’affaire en chassant les riches et en partageant leurs biens. Il y a cent ans encore, pendant la Révolution française qui proclamait si haut le droit de propriété privée, artisans et paysans se sont partagé les biens du clergé par exemple. Le partage est le socialisme de la petite industrie, le socialisme des couches populaires « conservatrices » , ce n’est pas le socialisme du prolétariat de la grande industrie . Il a fallu du temps, mais on a réussi enfin à inculquer aux penseurs allemands l’idée que les démocrates socialistes ne voulaient pas le partage, qu’ils en poursuivaient l’opposé, la réunion dans les mains de la société des moyens de production divisés jusqu’à présent entre divers propriétaires.

Mais la question du partage n’en subsiste pas moins. Les moyens de production appartenant à la société, celle-ci dispose dès lors des produits établis à l’aide de ces moyens. Comment les répartira-t-elle entre ses membres ? Suivant le principe de l’égalité ou d’après le travail fourni par chacun ? Et dans ce dernier cas, tout travail recevra-t-il la même rémunération, qu’il soit agréable ou désagréable, facile ou difficile, qu’il exige ou non des connaissances préalables ? La réponse à cette question paraît être le point essentiel du socialisme. Il n’y a pas que nos adversaires pour enfourcher avec ardeur ce cheval de bataille, les anciens socialistes déjà ont accordé la plus grande attention à la répartition des produits. De Fourier à Weitling, de Weitling à Bellamy, on rencontre une série de tentatives consacrées aux solutions les plus variées et qui souvent témoignent d’une profondeur admirable. Les « propositions pratiques » ne font pas défaut, et beaucoup d’entre elles sont aussi simples que pratiques.

La question n’a cependant pas, à beaucoup près, l’importance qu’on lui attribue si souvent.

On avait coutume autrefois de considérer la répartition des produits comme un problème tout à fait indépendant de la production. Et comme les contradictions et les inconvénients du mode de production capitaliste se manifestaient tout d’abord dans le mode de répartition des produits qui lui est propre, il était tout naturel que les exploités et leurs amis vissent dans l’ « injuste » répartition des produits la source de tous les maux.

Conformément aux conceptions en faveur au début du XIXe siècle, ils admettaient naturellement que cette répartition était une conséquence des idées dominantes, des notions juridiques. Pour supprimer cette injuste répartition, il fallait donc en imaginer une autre, meilleure et plus juste, et convaincre l’univers de ses avantages. La juste répartition ne pouvait être que le contraire de celle qui était appliquée. Aujourd’hui règne l’inégalité la plus criante ; aussi, suivant les uns, le principe de la répartition doit il être l’égalité . Aujourd’hui, l’oisif est au sein de l’opulence et le pauvre pâtit : aussi d’autres s’écriaient ils : à chacun suivant son travail (ou sous une forme plus moderne : à chacun le produit de son travail ). Mais l’une et l’autre de ces formules donnaient matière à réflexion ; il en naquit une troisième : à chacun suivant ses besoins.

Depuis lors, les socialistes ont reconnu que, dans une société, la répartition des produits n’est pas conditionnée par les conceptions et les formules juridiques qui y prévalent, mais par le mode de production qui y domine. Dans la société actuelle, la part des propriétaires fonciers, des capitalistes et des salariés au produit total est déterminée par le rôle que le sol, le capital et la force de travail jouent dans le mode de production actuel. Dans une société socialiste, la répartition des produits ne s’effectuera pas en vertu de lois aveugles qui s’appliquent sans arriver à la conscience des intéressés. Aujourd’hui, dans une grande entreprise industrielle, la production et le paiement des salaires sont surveillés, systématiquement réglés. Il en sera de même dans une société socialiste, qui n’est qu’une entreprise industrielle unique, gigantesque. Les règles suivant lesquelles s’accomplira la répartition des produits seront établies par les intéressés. Mais ils ne seront pas libres dans le choix de ces règles. Elles ne pourront être élaborées en vertu de tel ou tel « principe », elles seront déterminées par les conditions réelles qui dominent dans la société, surtout par les conditions de la production. Par exemple, le degré de productivité de travail aura toujours une grande influence sur le mode de répartition du produit du travail. On peut imaginer que l’application de la science à l’industrie provoquera un jour une telle productivité que l’homme possédera surabondamment tout ce dont il a besoin. Alors, la formule « à chacun suivant ses besoins » trouvera son application sans difficulté, presque naturellement. Par contre, la conviction la plus profonde dans la légitimité de ce principe ne pourrait en provoquer l’application si la productivité du travail était si faible qu’on ne puisse produire sans une dépense excessive de travail précisément ce dont on a besoin. La formule « à chacun le produit de son travail » se heurtera toujours aux exigences de la production. Car si cette formule a un sens, elle suppose que le produit total du travail de la société sera partagé entre les membres de la communauté socialiste.

Cette conception ainsi que celle qui admet que le grand partage, par lequel doit débuter le régime socialiste, ne sortent pas de la sphère de la propriété privée actuelle. Répartir annuellement tous les produits aurait peu à peu pour résultat le rétablissement de la propriété privée des moyens de production. L’essence même de la production socialiste suppose nécessairement qu’une fraction seulement des produits fabriqués seront distribués. Tous les produits destinés à maintenir et à développer la production (et à couvrir certaines pertes) ne seront évidemment pas répartis. Il en est de même des produits servant à la consommation collective, à établir, à entretenir et à développer des institutions publiques d’enseignement, d’éducation, de plaisirs, de récréation, etc. Le nombre et l’étendue des établissements de cette nature s’accroissent constamment déjà dans la société actuelle. Sur ce terrain encore, la grande entreprise évince la petite, ici la famille. Dans une société socialiste, cette évolution ne sera naturellement pas entravée, mais, au contraire, favorisée.

Le nombre des produits qui, dans une semblable société, entreront dans la consommation privée (seront propriété privée), sera beaucoup plus faible par rapport à la masse du produit total que dans la société actuelle, où presque tous les produits sont des marchandises, sont propriété privée. A la différence de ce qui a lieu aujourd’hui, ce ne sera plus la totalité, presque entière du produit qui se trouvera répartie, mais seulement un reste.

Mais la société socialiste ne pourra même pas disposer arbitrairement de ce reste. Là encore les exigences de la production seront décisives. Et comme la production sera dans un perpétuel état de transformation, de développement, les formes et les modes de répartition du produit seront soumises à de nombreuses variations dans une société socialiste.

C’est penser en véritable utopiste que de croire qu’il faudrait s’efforcer de créer un système particulier de répartition valable pour l’éternité. Sur ce terrain encore, la société socialiste ne fera pas de saut, mais se rattachera à ce qu’elle trouvera déjà établi. La répartition des biens dans une société future devra, pendant un temps appréciable, suivre des formes constituant un progrès sur les salaires existant actuellement. Il lui faudra partir de ces derniers. Et de même que ceux-ci changent non seulement suivant l’époque mais encore varient simultanément dans des branches différentes et dans des régions différentes, de même il n’est nullement impossible que, dans une société socialiste, on voit subsister côte à côte les formes les plus diverses de répartition, variant avec les différentes survivances historiques et les exigences variables de la production. il ne faut pas se représenter la société socialiste comme une organisation rigide, uniforme ; elle est toujours en mouvement, toujours emportée par le cours de l’évolution, jouissant de cette abondance de formes changeantes qui résulte nécessairement du développement de la division du travail, des communications et du règne de la science et de l’art dans la société.

Après le « partage », c’est l’ « égalité » qui cause le plus de migraines à nos adversaires. « Les démocrates socialistes, disent-ils, veulent que chacun reçoive une part égale du produit total. L’homme laborieux obtiendra donc autant que le paresseux, le travail pénible et désagréable sera donc rémunéré comme celui qui est facile et agréable, le travail du manœuvre comme le travail le plus artistique qui demande des années de préparation, etc. Dans ces conditions, chacun travaillera aussi peu que possible, personne n’accomplira les travaux périlleux ou désagréables, personne ne voudra plus rien apprendre, ce sera la ruine complète de la société, la barbarie. Aussi tout cela nous montre bien que ce que poursuivent les démocrates socialistes est impraticable. »

Après ce que nous venons de dire, il est inutile de s’attarder à montrer l’absurdité de cette affirmation. Nous sommes beaucoup moins perspicaces que nos adversaires, aussi ne pouvons nous montrer la même précision et déclarer à l’avance si la société future décrétera ou non la parfaite égalité de tous les revenus. Mais si une société socialiste imaginait un jour de prendre une semblable décision, si cette mesure commençait à produire les résultats détestables que nos adversaires ont prévus avec tant de détails, l’effet serait que, non la production socialiste, mais le principe de l’égalité, serait jeté par-dessus bord.

Nos ennemis n’auraient le droit de conclure de l’égalité des revenus à l’impossibilité de la société socialiste que s’ils réussissaient à prouver : 1) que cette égalité est, en toutes circonstances, incompatible avec le progrès de la production. Ils n’ont jamais apporté cette preuve, ils ne pourront jamais le faire, parce que la participation de l’individu à la production ne dépend pas uniquement de la rémunération qu’il reçoit, mais encore des circonstances les plus différentes, comme sentiment du devoir, ambition, émulation, habitude, attrait du travail, etc. Nous ne pouvons faire à leur sujet que des suppositions, nous ne pouvons avoir de certitude et notons, en passant, que ces prévisions sont, loin de l’appuyer, contraires à l’opinion de nos adversaires. Ceux-ci devraient d’ailleurs nous prouver encore que : 2) l’égalité des revenus est de l’essence même d’une société socialiste, que, sans cette égalité, une semblable société est inconcevable. Cette démonstration est également impossible. Un simple coup d’œil jeté sur les différentes formes de production communiste, qui ont déjà existé depuis le communisme primitif jusqu’à la mark et aux familles paysannes, montre combien sont diverses les formes de répartition des produits, compatibles avec la propriété collective des moyens de production. Tous les modes actuels de rémunération, traitement fixe, salaire au temps, salaire aux pièces, primes pour les travaux supplémentaires, paiement différent des différents travaux, tous ces modes de rémunération, convenablement modifiés, sont compatibles avec le principe d’une société socialiste, et chacun d’entre eux jouera un rôle plus ou moins grand pendant un certain temps encore dans les diverses communautés socialistes, eu égard à la diversité des besoins et des habitudes de leurs membres et aux exigences de la production. Mais cela ne signifie pas que le principe de l’égalité (qui n’est pas nécessairement l’uniformité) des revenus ou des conditions matérielles de l’existence ne jouera pas un rôle dans les sociétés socialistes, mais il ne faut pas la considérer comme le but d’un nivellement imposé directement par la force, mais comme le terme d’une évolution naturelle, comme une tendance.

Dans le mode de production capitaliste règnent non seulement la tendance à l’augmentation, mais encore la tendance à la diminution des différences de revenu, la tendance à l’augmentation et la tendance à la diminution de l’inégalité.

En faisant disparaître les classes moyennes et en provoquant l’accroissement de plus en plus considérable des grands capitaux, ce régime creuse l’abîme qui sépare la masse de la population de ses chefs. Ceux-ci s’élèvent de plus en plus au-dessus de leurs concitoyens, deviennent de moins en moins accessibles. Mais en même temps, le régime capitaliste tend à niveler de plus en plus les différences de revenus dans la masse de la population. Il ne se contente pas de jeter dans le prolétariat les paysans et les petits bourgeois ou de réduire leurs revenus au salaire prolétarien, il supprime également, au sein du prolétariat, les différences qui subsistent encore. La machine a pour effet de faire tomber les inégalités qu’un apprentissage plus ou moins long, une offre plus ou moins grande de force de travail, une organisation plus ou moins stricte avaient provoqués dans les salaires des différentes espèces d’ouvriers sous le régime du métier et même de la manufacture, inégalités qui, eu égard au caractère de fixité des formes de production antérieures à l’introduction de la machine, se changèrent en des différences constantes immuables. Aujourd’hui, ces différences varient sans cesse et tendent de plus en plus à s’annuler. En même temps, la rémunération du travailleur intellectuel tend à se rapprocher du salaire de l’ouvrier. Le nivellement, que nos adversaires flétrissent avec une grande indignation parce qu’ils croient qu’il est de l’intention des socialistes de l’établir, se poursuit, sous leurs yeux, dans la société actuelle.

Dans la société socialiste, il est clair que toutes les tendances à l’augmentation de l’inégalité qui proviennent de la propriété privée des moyens de production prendront fin. Par contre, la tendance au nivellement des différences de revenu se manifestera avec une force plus grande. Mais nous pouvons ici renouveler la remarque que nous faisions plus haut quand nous parlions de la dissolution de la famille traditionnelle et de la disparition le la petite industrie, la direction suivie par l’évolution économique reste en une certaine mesure la même dans la société socialiste et dans la société capitaliste, seulement elle se manifeste d’une façon différente. Aujourd’hui, le nivellement des revenus dans la masse de la population a pour résultat d’abaisser les revenus supérieurs au niveau des revenus inférieurs. Dans une société socialiste, il aura pour effet d’élever les revenus inférieurs et de les égaler aux revenus plus considérables. Nos adversaires cherchent à effrayer les ouvriers et les petits bourgeois en leur disant qu’une semblable égalité ne pourrait que rendre pire leur situation. Suivant eux, en effet, la totalité du revenu des classes riches ne suffirait pas, une fois réparti, à porter le revenu des classes les plus misérables au niveau moyen de celui de la classe ouvrière. Pour l’amour de « l’égalité » les ouvriers et les petits bourgeois les plus favorisés devraient donc faire abandon d’une partie de leurs ressources. Ils auraient à perdre et non à gagner à l’avènement du socialisme.

Il est vrai que les miséreux, le « Lumpenprolétariat », sont si nombreux, leur situation est si lamentable que les énormes revenus des classes riches une fois répartis, suffiraient à peine à leur assurer l’existence d’un ouvrier aisé. Mais il est peut-être douteux que ce soit une raison de maintenir nécessairement la société actuelle. Nous aimons à croire que l’adoucissement de la misère causé par cette répartition constituerait déjà un progrès. Mais, comme nous le savons, il n’est pas question de « partage », mais de modification apportée au mode de production. Le passage de la production capitaliste à la production socialiste provoquera absolument une augmentation rapide de la masse des produits établis annuellement. N’oublions pas que la production capitaliste est devenue un obstacle à l’évolution économique, empêche le plein développement des forces productives de la société moderne. Non seulement elle est incapable d’absorber les petites industries dans la mesure où le permettrait ou l’exigerait même le progrès technique, mais il lui est même impossible d’utiliser toutes les forces de travail disponibles. Elle les gaspille en forçant une masse de plus en plus considérable à entrer dans les rangs des sans-travail, du « Lumpenprolétariat », des parasites et des intermédiaires improductifs et en en entretenant sans profit une autre partie dans les armées permanentes.

Une société socialiste saurait ménager une tâche productive à toutes ces forces de travail. Elle augmenterait considérablement le chiffre des travaux actifs, le doublerait peut-être et elle accroîtrait proportionnellement la masse totale des produits annuels. Cette extension de la production suffirait à elle seule à élever le revenu de tous les ouvriers et non pas seulement des plus misérables d’entre eux.

De plus, la substitution de la production socialiste hâterait beaucoup, comme nous l’avons déjà exposé, l’absorption des petites industries et leur remplacement par de grandes entreprises : la productivité du travail s’en trouverait ainsi notablement augmentée en général. Il deviendrait dès lors possible non seulement d’élever le salaire, mais encore de diminuer le temps de travail.

Aussi est il tout à fait absurde de prétendre que le socialisme signifie pour tous l’égalité du porte-monnaie. Cette égalité ne constitue pas la tendance socialiste, mais celle du mode de production actuel. Le passage à la production socialiste doit entraîner naturellement une amélioration du sort de toutes les classes laborieuses, du paysan comme du petit bourgeois. Suivant les circonstances et les conditions économiques dans lesquelles elle s’effectuera, cette amélioration sera plus ou moins grande, mais en tout cas elle sera sensible. Chaque nouveau progrès économique provoquera dès lors une augmentation et non plus une diminution du bien-être général

Extraits du "Programme socialiste" de Karl Kautsky

Faut-il changer la répartition des richesses ou changer d’abord le mode de production de celles-ci ?

Nous sommes à une époque, absolument nouvelle, où la classe des possesseurs privés de capitaux qui détient la totalité du pouvoir mondial et la propriété de l’essentiel de ses richesses, ne tiendrait pas debout un seul jour sans l’aide de la puissance publique, des caisses étatiques, des banques centrales, des fonds puisés dans les impôts publics, du pouvoir central et collectif, non de la concurrence libre et se passant de l’intervention de l’Etat, organisateur collectif de la classe dirigeante.

Donc, plus que jamais, il est évident que cette classe dirigeante ne pourrait rien diriger sans l’aide du pouvoir collectif et non l’action « libre » des individus capitalistes.

Pourtant, nous constatons que la plupart de ceux qui se revendiquent du changement social, sans parler de l’action révolutionnaire du prolétariat, veulent mettre seulement en avant une nouvelle répartition des richesses. Il ne s’agit pas seulement d’associations ouvertement réformistes comme ATTAC, mais même d’organisation se disant révolutionnaires et même prolétariennes révolutionnaires.

Est-ce que cela signifie que l’on pourrait aujourd’hui, contrairement à l’époque de Marx ou de Lénine et Trotsky, dissocier cette répartition des richesses du mode de production de celle-ci, mode qui est fondé sur l’éviction des prolétaires de toute propriété des moyens de production et sur la contradiction entre l’organisation collective de la production en grandes unités et le caractère privé et individuel de l’appropriation non seulement des richesses produites mais des moyens de production.

Effectivement, toutes ces organisations qui réclament une répartition « meilleure » des richesses, se gardent d’expliquer en quoi une telle répartition découlerait d’un nouveau mode de production et quel serait le caractère de cette nouveauté. Ils préfèrent contourner la nécessité de la suppression de la propriété privée des moyens de production et des capitaux qui était pourtant le point central du programme communiste de Marx à Lénine et Trotsky, et la nécessité de la suppression du pouvoir d’Etat de la classe des possesseurs de capitaux et des moyens de production.

C’est peut-être que l’évolution du capitalisme a rendu inutile cette suppression de la propriété privée des moyens de production et, du coup, mis comme point central la seule modification de la répartition des richesses, c’est-à-dire rendu pérenne l’exclusion de l’immense majorité de la population laborieuse de toute propriété sur leurs moyens de production ? Les organisations précitées se gardent bien de préciser la raison pour laquelle elles revendiquent d’abord plus d’égalité, plus de biens pour les plus démunis et plus d’équilibre dans le partage, sans jamais évoquer la cause centrale de ce déséquilibre : un déséquilibre bien plus important entre ceux, une infime minorité, qui possèdent tous les moyens de production (usines, machines, capitaux, matières premières et transports notamment) et ceux, la grande majorité de la force laborieuse, qui ne possèdent absolument rien de leurs outils de travail.

Pourtant, le courant communiste avait, au contraire, développé le point de vue selon lequel la principale contradiction du capitalisme résidait entre le caractère privé et individuel de la possession des moyens de production et le caractère collectif et lié au pouvoir public de l’organisation de la société bourgeoise et capitaliste.

Le grand capital d’aujourd’hui est parfaitement incapable de se passer de l’aide journalière de la puissance publique qui n’a cessé de le sauver de l’effondrement économique généralisé depuis la catastrophe financière de 2007-2008 et pourtant cette contradiction fondamentale du système capitaliste n’est plus celle que nos militants défendant pourtant en théorie la lutte des classes veulent mettre en avant sur leur drapeau.

Ils y apposent des slogans comme « une nouvelle répartition des richesses est possible », sans dire s’il est possible au sein du système capitaliste ou en le renversant, et sans dire en quoi consisterait ce renversement pour le mode de production et pas seulement de répartition, plutôt que « un nouveau mode de production est possible, le capitalisme est mort ».

On trouve dans ces organisations aussi bien des courants ouvertement réformistes, comme des associations écologistes ou environnementalistes, des associations comme ATTAC, des partis politiques dits anticapitalistes mais pas dits communistes ou même des organisations quis e disent communistes révolutionnaires mais mettent en avant l’objectif de « l’égalité » comme le Comité International de la Quatrième Internationale dont les groupes se nomment très symboliquement « parti de l’Egalité ». On y trouve aussi bien Lutte ouvrière que le NPA puisque ces deux organisations contestent sans cesse la répartition mais se gardent de mettre en avant la suppression de la propriété privée des moyens de production, même les rares fois où elles parlent du communisme et de la révolution sociale…

Eh bien, la réalité semble aller bel et bien en sens inverse de l’évolution politique et sociale de ces groupes : elle exacerbe la contradiction entre le caractère privé, individuel, de l’appropriation des capitaux et le caractère collectif et même public de l’organisation de l’économie, plus que jamais dépendante de la puissance publique et des fonds publics.

Le caractère violent de la contradiction du monde capitaliste dans sa phase d’effondrement actuelle est marqué par l’affichage violement « libéral » de la propagande bourgeoise et la réalité profondément étatiste du mode de sauvetage du système depuis la crise de 2007-2008.

« A bas l’Etat », « Pas d’Etat intervenant à la place des entrepreneurs » disent les uns !

« Aides financières publiques à l’entreprise » clament les autres.

Mais « les uns » et « les autres », ce sont les mêmes capitalistes, banquiers, patrons des trusts, des assurances et autres entreprises, ainsi que leurs représentants politiques, médiatiques, adminstratifs, législatifs et autres….

Ils veulent donc à la fois plus d’état et moins d’état, plus d’organisation collective des dettes et plus d’appropriation privée des profits.

Pire même, ils exigent plus d’aide d’état à la production et moins d’engagement des capitaux privés dans celle-ci.

Et, depuis l’effondrement de 2007, l’engagement public dans la production s’est accru en proportion du dégagement massif des capitaux privés de leurs investissements productifs.

Cette contradiction objective, qui produit une véritable fissure dans la société entre les profiteurs privés de l’exploitation du travail humain et les investisseurs publics dans cette activité n’est même pas remarquée par nos « révolutionnaires » qui se proposent plutôt de poser un problème, la meilleure répartition des richesses, qui se garde de poser d’emblée le problème qui pose la question de la révolution : éradiquer la base même du pouvoir économique du grand capital, son appropriation privée des capitaux.

Alors que le capitalisme a atteint ses limites, qu’il ne peut pour le moment que s’accrocher au pouvoir sans être capable de faire repartir le mode de fonctionnement, les prétendus révolutionnaires se refusent à examiner sérieusement cet effondrement du mode de production et, pour préserver leurs relations avec les syndicats et avec la jeunesse petite-bourgeoise, qui sont fondamentalement réformistes, ils croient pouvoir contourner le problème et éviter de parler de la contradiction du mode de production collectif et de l’appropriation privée non seulement des produits et des profits mais de la propriété privée des moyens de production.

Nous considérons, au contraire, que l’organisation indépendante des travailleurs en conseils débattant et décidant collectivement en tant que classe prolétarienne, non seulement des questions sociales mais aussi économiques et politiques, décidant même comme une future classe dirigeante n’est une perspective historique que si ces travailleurs remettent en cause la propriété privée des moyens de production et suppriment la puissance publique d’Etat au service de ces propriétaires privés de capitaux.

Les organisations précédemment citées contournent aussi bien la question de classe dans le pouvoir d’Etat que celle de classe dans l’appropriation des moyens de production et des capitaux. Ils parlent du « contrôle » des citoyens ou des travailleurs ou de la population sur l’économie mais pas du « pouvoir » des prolétaires sur la totalité du pouvoir d’Etat.

Ces organisations se refusent à affirmer clairement dans leurs objectifs, qui sont inéluctablement liés aux nécessités du monde, la destruction de la propriété privée des moyens de production et la destruction du pouvoir de classe de la classe dirigeante sur les Etats et institutions étatiques, nationales aussi bien qu’internationales.

Il est frappant qu’au moment même où la classe capitaliste envisage sa propre mort en tant que système social dominant, des organisations se revendiquant du changement social affirment sans cesse que l’effondrement final de ce système ne serait pas à l’ordre du jour mais seulement la lutte pour plus de justice et pour plus d’égalité !!!!

La tâche de l’heure n’est absolument pas la lutte pour des réformes, pour l’atténuation de l’exploitation, pour l’amélioration du sort des travailleurs et des milieux populaires mais la lutte à mort entre le Capital et le Travail.

Ou la classe des travailleurs va reculer de plusieurs degrés vers les abimes du passé ou elle va progresser d’un coup vers la société sans classe et sans Etat.

La tâche de l’heure est d’en finir avec le capitalisme c’est-à-dire avec le mode de production fondé sur la propriété privée des moyens de production en contradiction avec l’organisation collective de la production à grande échelle.

La réforme n’est plus qu’un cache misère de la contre-réforme, d’un recul social sans précédent. Il est inutile de brandir « la vraie réforme », que ce soit par une véritable répartition des richesses ou par un vrai contrôle des citoyens sur le pouvoir et sur les entreprises. Ces réformes sont des leurres qui cherchent à éviter la confrontation révolutionnaire inéluctable entre la classe des exploiteurs et celle des exploités et la perspective indispensable pour les travailleurs : la suppression totale, définitive et mondiale des capitalistes en tant que classe, en leur ôtant la propriété privée des moyens de production et en la remettant collectivement à la classe des prolétaires puis à toute la société débarrassée des divisions de classes.

Citations des organisations qui appellent à « une meilleure répartition des richesses » :

Les syndicats « pour une plus juste répartition des richesses » :

CGT

SUD

CFDT

Des associations :

CCFD- Telle Solidaire

Des organisations politiques d’extrême gauche :

NPA

Encore le NPA

Lutte Ouvrière

Encore Lutte ouvrière

La Commune

WSWS

Notre point de vue :

Karl Marx et l’idée de la redistribution des richesses

Qu’est-ce que la partage équitable ?

Le marxisme signifie-t-il que le socialisme, c’est l’égalité ?

Abolir la propriété privée des moyens de production, ce n’est pas collectiviser la propriété individuelle des biens d’usage !!!

Communisme et égalitarisme

Dans sa nouvelle phase nécrophile, le capital privé profite toujours de l’exploitation capitaliste des prolétaires, dépourvus de propriété de leurs moyens de production, mais il n’y investit plus

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0