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L’Europe survivra-t-elle à ses forces centrifuges ?

vendredi 19 mai 2017, par Robert Paris

Edito

L’Europe survivra-t-elle à ses forces centrifuges ?

Depuis la décision britannique de Brexit, les anti-européens ont la parole et affirment avoir la solution à tous les problèmes des peuples du continent, qu’il s’agisse d’anti-européens d’extrême droite, de droite ou de gauche ! Bien entendu, les pro-européens n’ont pas disparu et eux affirment que l’Europe est toujours la solution pour les peuples ! En réalité, ce sont deux mensonges diamétraux : l’Europe n’a jamais été plus pour les peuples que les Etats nationaux, ni ces derniers plus favorables aux peuples. L’Europe est comme les Etats c’est-à-dire entièrement au service du grand capital. L’existence du conseil européen, de décisions européennes, de monnaie européenne ne rend l’Europe ni plus stable, ni plus pacifique, ni plus prospère. Mais pas moins non plus !

Ce qui fait monter les sentiments anti-européenne, ce n’est pas que l’Europe soit plus hostile aux peuples mais que les classes dirigeantes du monde choisissent d’attiser toutes les divisions entre les peuples, de soulever de nouveau les nationalisme, de faire monter des ambiances xénophobes, racistes, et guerrières. Et, dans ce cadre, développer les sentiments anti-européens, c’est diviser les peuples, donner chaque peuple pour bouc émissaire d’un autre, accuser les étrangers pour éviter que les peuples travailleurs s’unissent contre les classes dirigeantes et mènent des luttes de classe.

Et, pour pousser les peuples européens les uns contre les autres, tout est bon : opposer le nord et le sud, opposer l’ouest et l’est, opposer les pro Amérique de Trump et les anti, les pro-Russes et les anti, les pro-euro et les anti, les pro-politique de la BCE et les anti, les pro-Turquie et les anti, les Polonais et les anti-gouvernement polonais, les pro-migrants et les anti, les pro-direction européenne franco-allemande et les anti, les pro-anglais et les anti.

En même temps, cela consiste à opposer entre les eux les Turcs, pro et anti-européens, les anglais pro et anti, les polonais pro et anti, les hongrois pro et anti ou encore les allemands, les français. De même, on a récemment opposé entre eux les européens pro et anti-grecs, pro et anti-italiens ou encore pro et anti-espagnols…

La lutte s’est développée pendant la présidence d’Obama : on l’a vu avec le Brexit. Ces derniers temps, depuis que Trump a reçu la présidence des USA, la lutte prend une tournure nouvelle. Les alliés européens ou jusque là proches de l’Europe deviennent ouvertement hostiles. La Turquie, qui affichait son désir d’adhérer, montre désormais une violente haine et prend des décisions qu’elle sait aller en sens inverse. La Pologne est entrée en rébellion ouverte. Les USA mènent une lutte publique contre l’Allemagne, le pays qui domine l’Europe, affirmant que celle-ci doit des sommes importantes aux USA.

« Pour la première fois de notre histoire, dans un monde de plus en plus multipolaire, tant de gens deviennent ouvertement anti-européens ou au mieux eurosceptiques », a déclaré Donald Tusk. « En particulier, le changement à Washington met l’Union européenne dans une situation difficile. Semblant remettre en question les 70 dernières années de la politique étrangère américaine. » Trump affirme que le Brexit et la montée des sentiments anti-européens auraient comme source l’afflux de réfugiés sur le continent européen. « Les peuples, les gens, veulent leur propre identité et le Royaume-Uni voulait sa propre identité », dit-il. Sans l’arrivée des réfugiés et de « tous les problèmes qui vont avec, il n’y aurait pas eu de Brexit », ajoute Donald Trump, qui prédit la désintégration progressive de l’Union européenne. « D’autres vont partir » car « les gens sont en colère ». Colère, sentiment de perte identitaire, désir de frontières renforcées : les ingrédients qui ont porté Donald Trump à la Maison Blanche pourraient doper les populistes européens.

« Les peuples, les gens, veulent leur propre identité et le Royaume-Uni voulait sa propre identité », a affirmé Donald Trump à propos du Brexit et des sentiments anti-européens…

Les négociations USA-Allemagne ont bien montré que les rapports entre USA et Europe étaient tout ce qu’il y a de plus froides !

Chacun aura remarqué ce bras de fer entre les USA et l’Europe, notamment avec l’Allemagne, accusée de devoir de l’argent, mais aussi avec la France, accusée d’être ouverte au terrorisme et à l’immigration…

« Malheureusement, la France n’est plus ce qu’elle était, et Paris non plus. Il y a des quartiers dont on a l’impression qu’ils sont devenus hors la loi. » a déclaré Donald Trump à « Valeurs Actuelles », jo d’extrême droite. N’ayant accordé d’interview à aucun autre média, on comprendra que Trump soutient ouvertement l’extrême droite xénophobe française contre les pro-européens.

En juillet, dans une interview à la chaîne NBC, Donald Trump expliquait encore vouloir mettre en place « un contrôle extrême des Français aux frontières américaines, car la France est infectée par le terrorisme ».

On connaît les aléas des relations récentes entre Turquie et Europe, suite à la politique violente d’Erdogan. On sait également que la déclaration d’Erdogan, affirmant la nécessité de rétablir la peine de mort, qui signifie un renoncement d’adhésion à l’Europe. On pourrait penser que cela n’a de relation qu’avec des évolutions propres à la Turquie mais c’est aussi l’évolution des USA concernant l’Europe qui change la position turque…

Le fossé se creuse non seulement entre la Turquie et l’Europe, mais aussi entre l’Angleterre et l’Europe, entre la Pologne et l’Europe et enfin et surtout entre les USA et l’Europe. Comme par hasard, Turquie, Pologne et Angleterre sont des pays très proches des USA… Et en Europe, tous les dirigeants bourgeois pro-américains sont anti-européens…

Les prétextes ont été divers pour mettre ces hostilités mutuelles dans l’actualité mais ce ne sont que des prétextes. Autrefois, ils auraient vite été aplanis et là personne ne cherche à arrondir les angles, d’aucun côté.

Les USA affirment ne plus vouloir mettre la main au porte monnaie pour défendre militairement l’Europe. Elle n’a qu’à se doter d’une armée européenne ! C’est un message tout à fait nouveau à la Russie : les USA ne vont pas s’engager en Europe contre elle !

Et surtout, avec Trump, le message des USA est passé d’une politique d’ouverture des marchés à une politique protectionniste. Et elle menace les exportations européennes ainsi que la défense de l’Europe face à la Russie.

Les grandes manœuvres de Trump visent donc particulièrement l’Europe et les anciennes alliances économique, diplomatique et militaire avec elle…

Mais surtout, elles menacent la pérennité de l’Europe elle-même…

L’Europe est menacée de morcellement, de luttes intestines, de guerres civiles, de ruptures mortelles…

L’Europe pro-migrants face à l’Europe anti-migrants, l’Europe des institutions contre l’Europe qui leur est hostile, l’Europe de l’euro contre l’Europe des monnaies, l’Europe de l’intégration économique et même militaire contre les anti, l’Europe anti-russe contre l’autre Europe, l’Europe pro-Trump contre l’autre, l’Europe pro-Turquie contre celle anti, l’Europe liée à la Russie contre celle qui lui est hostile, et on en passe, l’Europe des nationalismes contre celle qui y est opposée…

Et ces oppositions, si elles reflètent réellement des intérêts particuliers des classes dirigeantes en concurrence exacerbée par la crise mondiale, montrent surtout le but politique et de classe des capitalistes et de leurs représentants politiques : diviser les peuples, accuser les étrangers des catastrophes économiques et sociales qui les frappent ou vont les frapper, prétendre que c’est la question nationale qui est en cause quand c’est en fait la question économique et sociale, et ainsi défendre les intérêts des capitalistes, qui eux ne sont jamais accusés, ni de détruire l’économie, ni de détruire les emplois, ni de détruire les fonds publics alors que c’est exactement cela qu’ils font dans tous les pays, dans et hors de l’Union européenne !!!

Si les anti-européens parviennent à leurs fins, comme en Grande Bretagne, par exemple avec Trump ou Le Pen, cela ne sera certainement pas pour sauver les emplois, ni nationaux ni pas nationaux, cela ne sera pas pour aider les peuples à faire face à la crise du capitalisme. Parce que les emplois sont supprimés non seulement en Europe mais dans le monde entier. Ils ne font pas que partir à l’étranger : ils sont détruits et ils le sont par le grand capital !

Si les extrême-droites parviennent à faire croire aux peuples que leur ennemi est l’étranger, cela ne sera pas pour leur permettre de se libérer d’un quelconque carcan, européen ou autre, mais pour les lier davantage à leur Etat national, à ses guerres, à son nationalisme exacerbé, à des régimes de plus en plus policiers, dictatoriaux, militaristes et des régimes plus ouvertement favorables exclusivement au grand capital, des régimes de plus en plus à l’extrême droite sous prétexte de menaces d’invasions étrangères. Le nombre de généraux, le nombre de milliardaires et enfin le nombre d’hommes politiques ouvertement d’extrême droite entrés au gouvernement américain depuis l’élection de Trump montre bien où mène cette soi-disant révolte des peuples contre les étrangers, contre les migrants, contre « le système », cette soi-disant révolte identitaire !!!

Le drapeau de l’Europe unie n’a certes jamais été celui des peuples travailleurs, jamais été celui de la paix non plus, ni celui des droits politiques ou des droits sociaux. Les interventions européennes en Yougoslavie, en Orient, en Afrique, en Ukraine l’ont bien montré !!! Mais les Etats nationaux n’allaient pas en sens inverse non plus !!!

Ce n’est pas l’Europe qui s’oppose spécialement aux intérêts des peuples, comme le font croire également Le Pen et Mélenchon, ce sont les classes capitalistes du monde et celles-ci sont arrivées à un stade où le fonctionnement économique ne peut qu’amener des reculs violents, étant donné que les possesseurs de capitaux ont plus intérêt à miser sur la destruction que la construction, sur la spéculation que sur la production, à tel point qu’elles ne peuvent que préparer les peuples à des fascismes et à des guerres, et prétendre que ces violences sont nécessaires pour défendre les peuples nationaux contre leurs agresseurs. La nouvelle politique des capitalistes, cela consiste en l’affirmation par les criminels eux-mêmes qu’ils se chargent de nous protéger contre le crime !

Si les peuples de l’Europe n’ont pas envie de recommencer 1914-1918 et 1939-1945, il leur faudra faire, comme il y a cent ans, les peuples européens de 1917-1923 : développer la révolution social internationaliste des peuples travailleurs de l’Europe : l’Europe aux soviets de salariés !

L’Europe n’est pas davantage la cause de l’effondrement économique du capitalisme, qui est mondial, qu’elle n’est la solution face à cette crise historique du système d’exploitation. Les deux thèses symétriques sont également mensongères et volontairement trompeuses. S’il faut accuser quelqu’un des catastrophes qui se préparent c’est bel et bien la classe des possesseurs du grand capital et c’est à elle qu’il faut ôter le pouvoir de domination et de nuisance, c’est-à-dire ôter tout pouvoir, économique, politique et surtout étatique et seule la classe des travailleuse peut remplir une telle tâche, indispensable pour que l’humanité poursuive sa marche en avant…

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