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D’où vient la montée des guerres, des nationalismes, des communautarismes, des intégrismes, des réactions identitaires, des fascismes et de la guerre mondiale ?

mardi 11 avril 2017, par Robert Paris

Edito

D’où vient la montée des guerres, des nationalismes, des communautarismes, des intégrismes, des réactions identitaires, des fascismes et de la guerre mondiale ?

Partout dans le monde, de l’Europe à l’Amérique, de l’Asie à l’Afrique et à l’Orient, des réactions violentes se développent sans cesse, et elles opposent entre eux les nations, les peuples, les races, les couleurs de peau, sous des prétextes culturels, de mœurs, de civilisation, de religion, de coutumes, de traditions diverses. Les conflits violents se multiplient dans le monde et dans tous les sens : occidentaux contre les orientaux, européens contre les russes, asiatiques contre chinois, nord-européens contre sud-européens, européens contre turcs, turcs contre kurdes, chiites contre sunnites, nord-coréens et sud-coréens, anglais contre européens, américains contre mexicains, tous contre les roms, tous contre les migrants, tous contre les Caucasiens, tous contre les Syriens, les Irakiens, les Afghans, les Libyens, tués par ici, chassés par là…

On nous dit que ce seraient des révoltes contre le système mais c’est, au contraire, la réponse des classes dirigeantes aux révoltes contre le système. Les spécialistes des Etats capitalistes appellent cela la contre-insurrection et on appelait cela autrefois la contre-révolution ou terreur blanche ou encore les pogromistes ou milices fascistes. Il s’agit de prendre comme bouc émissaire les plus démunis, les plus opprimés, les plus écrasés et de les dénoncer à la vindicte publique. Il s’agit de prétendre qu’ils seraient les vraies causes de la crise mondiale du monde bourgeois et d’affirmer que la défense des peuples contre « cette invasion » serait dans les Etats nationaux.

En même temps que l’on veut convaincre les peuples que leurs ennemis seraient étrangers, on n’arrête pas de leur répéter cette chanson : les peuples sont nationaux, nationaux, nationaux… Toujours le même refrain ! La crise : solution nationale, le chômage : solution nationale, les licenciements : solution nationale, les fermetures d’usines : solution nationale, l’insécurité : solution nationale, le terrorisme : solution nationale, etc… Tous les politiciens, de tous bords, tous les syndicats, tous les média, tous les commentateurs, tous disent que le problème doit être traité dans chaque pays, solutionné dans chaque pays, en opposant « nos solutions », celles de « notre pays » de « notre gouvernement », de « notre Etat » à celles des autres pays, en concurrençant les solutions nationales des autres pays.

Mais, au fait, si nous, travailleurs, et si nous, peuples, avons « notre » entreprise, « notre » Etat, « notre » pays, « notre » gouvernement, « notre » emploi, on se demande bien pourquoi notre Etat nous ponctionne, nous prend pour de la chair à canons, nous retire nos libertés sous prétexte de terrorisme, pourquoi notre entreprise, publique comme privée, se retourne contre nous et nous licencie, nous précarise, nous harcèle, nous surexploite, nous baisse nos salaires, nous menace, nous stresse, nous rend malade, nous pousse même parfois au suicide ?!!!

Au même moment où on nous dit que nos ennemis sont les migrants qui « nous envahissent », les roms qui « nous volent », les musulmans intégristes qui « nous tuent », les politiciens qui « nous trompent », personne n’accuse les classes dirigeantes capitalistes qui sont pourtant bel et bien celles qui ont organisé tout cela, qui ont mis à feu et à sang l’orient, qui ont financé le terrorisme, qui ont déstabilisé des pays entiers, qui les ont bombardé et contraints à devenir des migrants, qui détruisent les emplois, qui cassent les vies des salariés et ceux-là personne ne les en accusent. Au moment où on met en avant les dettes de l’Etat pour en accuser l’infirmière, l’aide soignante, l’éboueur, le cheminot, le postier et l’enseignant, les fonds publics sont volés massivement pour aider les banques, les trusts, les bourses, les financiers, les armées et les polices, partout dans le monde. Toute cette campagne raciste a donc un but : cacher la responsabilité dans la crise historique qui frappe le monde capitaliste, celle des capitalistes justement !!!

Personne ne demande des comptes à ceux qui ont bombardé la Libye sous prétexte de lui donner la démocratie, qui ont bombardé la Côte d’Ivoire dans le même, qui ont bombardé Irak, Syrie, Afghanistan, Yémen, Yougoslavie et autres, toujours dans le même but, personne ne leur demande s’ils ont réussi à mettre en place la démocratie qu’ils prétendaient apporter par leurs bombes, est-ce qu’ils ont libéré les femmes, comme ils prétendaient le faire, est-ce qu’ils ont pu ensuite reconstruire au moins ce qu’ils avaient détruit ? On ne leur demande pas parce que la réponse ne serait même pas nécessaire : c’est eux qui ont mis le monde à feu et à sang ! Comme c’est eux qui détruisent la société, les emplois, les salaires, les retraites, les services publics, tout le tissus social et qui causent ainsi l’insécurité, la misère, et développent toutes les violences contre les peuples. Eh bien, les capitalistes, personne ne les accuse, personne ne les désigne du doigt, tous veulent les aider, les financer, baisser leurs impôts, leur faire des prêts, leur permettre de développer leurs exportations, leurs recherches, leurs production, etc. Et toutes ces aides sur fonds publics ne sont même pas conditionnées par des embauches, par des augmentations de salaires, par la lutte contre la précarité des emplois…

Alors oui, ces fameuses haines qui montent dans toute la société sont là pour détourner toutes les colères sociales accumulées du fait des capitalistes et pour faire en sorte qu’elles ne se transforment pas en une vaste révolution sociale mondiale.

Le nationalisme d’un Trump ne signifie pas qu’il unisse vraiment « tous les Américains, riches comme pauvres », qu’il mette réellement les forces de l’Etat américain au service de l’emploi des travailleurs américains : c’est seulement une démagogie pour qu’une partie des travailleurs américains croient devoir défendre les milliardaires américains, notamment ceux qu’il a intégrés dans son gouvernement !

La démagogie d’un Viktor Orban en Hongrie contre les migrants, de Hollande-Valls contre les roms, les banlieues, les musulmans, les jeunes, les syndicats, des dirigeants anglais contre l’Europe, d’un Poutine contre les Caucasiens, d’un Erdogan contre les Kurdes, d’un Trump contre les Mexicains se rejoignent : elles ont exactement le même but, créer un rideau de fumée pour protéger les classes capitalistes de toute accusation. Pourtant, qui est à l’origine de l’effondrement économique de 2007-2008 dont le capitalisme est bien incapable de se sortir sinon les capitalistes ? Et qui a-t-on aidé, à coups de milliers de millliards de fonds publics, sinon les capitalistes ? Cela n’empêche pas tous ces gens-là d’accuser des trous dans les caisses de l’Etat non les capitalistes mais les petits fonctionnaires, traités comme des voleurs, comme des privilégiés !!!

Certes, il y a des travailleurs peu malins pour tomber dans ce panneau, pour accuser leur camarade de travail de fainéanter quand les patrons organisent sciemment la surcharge de travail en diminuant les effectifs. Certes, il y a des travailleurs qui accusent eux-mêmes d’autres travailleurs : les fonctionnaires par exemple, les travailleurs des pays plus pauvres aussi accusés de leur voler leurs emplois, les migrants accusés d’envahir « leur » pays, etc. De toutes manières, ne vous faites pas de souci : si des travailleurs pensent l’inverse, ce n’est ni les média ni les hommes politiques qui leur donneront la parole. Et même pas les dirigeants syndicaux qui ne dénoncent aucune guerre impérialiste, aucune exaction contre les roms et les migrants, aucun mensonge de « nos » classes dirigeantes dans leur démagogie nationaliste. Bien au contraire, les dirigeants syndicaux implantent sans cesse l’idée de la défense de l’économie nationale, de l’emploi national, des entreprises nationales et organisent même des manifestations pour dire cela. Les dirigeants de gauche, sont tout aussi nationalistes que les dirigeants de droite et même que ceux de la « gauche de la gauche », laissant croire que le nationalisme serait une vérité indiscutable, que les peuples n’auraient d’autre solution que nationale, que derrière leur Etat national, derrière leur bourgeoisie nationale, derrière leurs institutions nationales, derrière leur armée nationale, leur police nationale, etc…

La réalité est exactement : tout ce qui compte dans le monde est international, du système économique à sa crise et à ses conséquences, des révolutions aux contre-révolutions. Même la vague des nationalismes exacerbés l’est !!! Même la vague des guerres, la vague des terrorismes, la vague des durcissements des Etats contre les peuples sous prétexte d’antiterrorisme, la vague des racismes, tout cela n’a rien de local, de régional, ni de national. C’est le produit mondial d’une crise de la domination du système économique mondial et aucun pays n’est à l’abri, quelle que soit sa politique nationale.

Et les prétendues « solutions nationales » n’agissent pas sur les vrais problèmes. Elles ne peuvent pas empêcher le fonctionnement des investissements d’agir partout dans le monde, que ce soit quand ces investissements se jettent frénétiquement sur toute production possible pour y investir ou quand le même système se détourne systématiquement de tous les investissements productifs et transforme tout en spéculations, y compris les dettes, les faillites, les chutes, l’effondrement, comme c’est le cas depuis les années 2000… La crise de 2007-2008 n’a nullement interrompu cette tendance générale et mondiale du système. Elle est vraie dans le monde entier, des USA à l’Europe, de la Chine à la Russie, en passant par le Japon et l’Inde. Aucune politique nationale n’y peut rien…

C’est le système économique mondial qu’il faudrait changer et aucun homme de la bourgeoisie ne veut d’un tel changement. Ils ont tous dit, après 2008, qu’ils allaient réformer le système mais ils n’ont pas levé le petit doigt dans ce sens et n’en parlent tout simplement plus ! Et, effectivement, ce n’est pas par mauvaise volonté mais par incapacité : le capitalisme ne peut pas être réformé parce que ce sont ses racines fondamentales, l’investissement productif privé produisant de la plus-value elle-même réinvestie qui ne fonctionne plus et ne fonctionnera plus.

L’accumulation du capital, pas plus que les arbres, ne peut monter jusqu’au ciel. Les riches continuent certes de s’enrichir mais ils ne continuent pas d’investir. Ils peuvent recevoir toutes les aides d’Etat du monde, ils ne reprendront pas l’investissement productif privé, tout simplement parce que l’accumulation des investissements a atteint ses limites !

Ils ne peuvent répondre à cette situation qu’en faisant tout pour cacher sa réalité. Et, cela, ils sont parvenus à le faire, au point que certains iraient jusqu’à faire comme si, bien qu’on reconnaisse en haut lieu ne pas être sortis de la crise mondiale de 2007-2008, ils prétendent que la crise ne serait pas capitaliste mais terrroriste, migratoire, climatique, environnementale, civilisationnelle, religieuse, raciale, politique et on en passe, tout mais pas celle du monde capitaliste ayant atteint sa fin objective…

Tout ce qu’a pu faire le système capitaliste, c’est de se servir de milliers de milliards de dollars des fonds publics (banques centrales et caisses étatiques) pour empêcher tous les trusts, toutes les bourses et toutes les grandes banques de chuter, de faire faillite, quitte à racheter les titres pourris, les actions nocives, mais il n’a pas pu empêcher le système capitaliste de recommencer sans cesse de produire de nouveaux titres pourris, de nouvelles spéculations massives sur les dettes, comme celles des étudiants américains ou celles des Etats.

Et, là encore, personne n’a proposé, comme « solution nationale » de ne pas aider les banques et les trusts dans un pays. Aucun homme politique bourgeois ne se permet, même par démagogie politicienne, de prétendre que, lui élu, il ne refuserait, dans son pays, d’aider massivement sur fonds publics les capitalistes dans une prochaine crise mondiale ou locale. Pire même, aucun ne remet en cause les mesures prises partout dans le monde pour qu’à la prochaine crise, les banques aient reçu le droit de mettre la main sur tous les comptes privés et sur toutes les épargnes.

Non, leur seule « solution nationale » à la crise mondiale, c’est la démagogie nationaliste, celle qui ne s’adresse pas au système mais aux peuples et leur désigne du doigt des ennemis : les migrants, les musulmans, les orientaux, les occidentaux, les chrétiens, les juifs, les chiites, les sunnites, les kurdes, les caucasiens, les roms, les chinois et on en passe…

C’est au moins une « solution » contre la montée des risques d’une révolution sociale mondiale qui monte partout, de la Guyane à la Biélorussie, de la Roumanie au Brésil, de la Guinée à la Slovénie, du nord au sud et de l’est à l’ouest, de l’orient à l’occident, même aux USA ! La crise mondiale de la domination capitaliste n’a pas d’autre « solution » que son renversement par la révolution prolétarienne, même si la population en est restée à l’idéologie dominante depuis la « chute du mur de Berlin » selon laquelle le capitaliste serait un horizon indépassable ! Même les peuples des pays de l’Est ont déjà dépassé ce mensonge selon lequel le capitalisme s’était débarrassé de son adversaire le communisme. Il avait seulement intégré son collègue et soutien, le stalinisme !

La classe ouvrière, qui devrait fêter en ce moment l’anniversaire de la révolution russe débutée en mars 1917, première fois où elle a démoli le pouvoir de la bourgeoisie, mis en place le pouvoir aux travailleurs, enlevé toutes ses propriétés à la grande bourgeoisie, et battu toutes les armées de la contre-révolution, russe comme étrangères et impérialistes, a certes perdu ce type de références politiques. Mais ce n’est pas la conscience qui détermine les situations objectives et la société capitaliste, même si elle est parvenue à détruire la mémoire révolutionnaire, n’en est pas moins au stade où elle est incapable de porter plus loin sa direction de la société humaine et la question de la révolution prolétarienne se pose à nouveau de manière objective et nécessaire.

Il y a une alternative et on n’est pas obligés de tomber dans les racismes, les fascismes et les guerres. Encore faudra-t-il renouer avec les traditions révolutionnaires du prolétariat et abandonner les illusions réformistes…

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