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Les uns endorment la lutte des classes des travailleurs et les autres la cassent

vendredi 26 mai 2017, par Robert Paris

Edito

Les uns endorment la lutte des classes des travailleurs et les autres la cassent

Tous les syndicats français ont déclaré vouloir d’un « véritable dialogue social » avec le nouveau président Macron, alors que celui-ci n’a pas caché l’énorme recul social qu’il prétend négocier. Ils continuent tous, y compris la CGT et SUD, à avoir une posture de syndicat réformiste, qui propose, qui discute, qui signe des accords.

Et pourtant, le passé a prouvé qu’aucune négociation n’a apporté une avancée quelconque et au contraire de multiples reculs, qu’il s’agisse des retraites, du code du travail, des agents de l’hôpital public, des cheminots, toutes les prétendues réformes ont été des reculs d’ampleur et la méthode des négociations-journées d’action a été un échec complet et cuisant, le dernier en date étant celui de la loi El Khomri, en réalité une loi Macron2 que Macron estimait n’être pas suffisamment développée. Il est donc en train de concocter Macron3 et la posture de négociation est à l’évidence purement formelle, la méthode consistant à légiférer par ordonnances le démontrant pleinement.

Pourquoi tous les syndicats tiennent-ils à ces négociations, au fait que les pouvoirs publics les consultent, et pourquoi viennent-ils le doigt sur la couture du pantalon dès qu’on les sonne, alors qu’ils savent pertinemment qu’ils n’y gagneront rien, et qu’ils sont même capables parfois de le déclarer eux-mêmes d’avance comme l’a fait Martinez avant d’être reçu par Macron ? Parce que le réformisme est, pour eux, bien plus fondamental que le résultat de la lutte. C’est un a priori qui n’est pas discutable et qui tient à leur nature d’intermédiaire entre les travailleurs et les patrons, ainsi que l’Etat des patrons. Et avec Macron, le gouvernement des patrons est plus clair que jamais : le président des banques, le premier ministre du nucléaire, la ministre des trusts pharmaceutiques, la ministre de l’industrie du livre, le ministre des généraux, et on en passe….

Les choix de Macron sont des choix de classe assumés, le choix de défendre ouvertement la classe capitaliste. Le choix des syndicats est bien plus contradictoire : s’ils prétendent défendre les intérêts des travailleurs, ils affirment aussi défendre « l’intérêt des entreprises » et aussi « l’intérêt de l’économie nationale » et même tous les « intérêts nationaux », qui sont pourtant exclusivement des intérêts du grand capital en réalité. Et surtout, ils défendent un fonctionnement de la société bourgeoise dans lequel les syndicats sont des intermédiaires reconnus, respectés, consultés, soutenus, financés par l’Etat, par les trusts, par les banques, par toute la société bourgeoise et par toutes ses institutions, dont les grands syndicats sont d’ailleurs un des éléments. C’est la démocratie bourgeoise qui fonctionne ainsi et prétend tenir compte des demandes des appareils syndicaux.

Sauf que, depuis la crise historique du capitalisme de 2007-2008, il n’y a plus de place pour le réformisme et très peu de place encore pour la démocratie bourgeoise, grignotée tous les jours par la chute des investissements productifs, par la hausse du chômage, par la montée de la misère et des révoltes sociales, par la dérive dictatoriale des démocraties, sous prétexte d’antiterrorisme ou de crise migratoire ou encore de crise des banlieues ou de la jeunesse pauvre… Du coup, les gouvernants font sans cesse planer la menace de supprimer cet attribut de la démocratie, la consultation des syndicats, et ces derniers y sont d’autant plus attachés…

Macron n’a cessé de menacer les syndicats de se passer de leurs avis, comme il se passe de la discussion des parlementaires pour légiférer plus rapidement, dit-il, sur le code du travail, prétendant que les patrons ont besoin d’avoir une réponse rapide et que cela permettra de lutter contre le chômage de masse. Mais la thèse selon laquelle le code du travail contiendrait trop de garanties pour les salariés et que ce serait cela qui pèserait sur l’emploi est tout à fait ridicule et mensongère. Tous les pays du monde ont vu leur chômage monter massivement et cela quel que soit leur code du travail. La Chine, par exemple, n’a nullement un tel code du travail et les travailleurs n’ont quasiment pas de droits et pourtant le chômage y a monté massivement depuis 2008. C’est la chute des investissements productifs privés mondiaux qui a causé la crise de 2007-2008 et c’est elle qui cause aussi la chute des emplois, malgré les immenses investissements productifs publics sur fonds d’Etat pour pallier les désinvestissements de capitaux privés. Loin d’accuser le capital privé de détruire l’économie et la société, ce qu’il fait effectivement, tout le monde politicien fait semblant que ce sont les fonds d’Etat qui plombent l’économie !!! En réalité, c’est le contraire, c’est le soutien massif, depuis 2008, des trusts et des banques à coups de milliers de milliards de dollars qui coule les fonds publics de tous les pays… Aucune des mesures de Macron ne peut faire autre chose que casser davantage la classe ouvrière, de la précariser, de la démoraliser et même de casser l’emploi en détruisant davantage encore les emplois publics, les aides publiques et les services publics…

Tous les syndicats savent parfaitement quel est le programme de Macron, vu qu’il ne s’en est nullement caché et pourtant ils viennent négocier, comme s’il y avait quoique ce soit de négociable là-dedans… Ils ont tous parfaitement conscience que Macron ne fera que semblant de négocier et se préparent à protester un peu, plus ou moins, suivant qu’il s’agit de la CFDT, les professionnels du stylo du négociateur et du signataire d’accords pourris, de FO, de SUD ou de la CGT.

Mais aucun d’eux, absolument aucun ne dénonce les négociations ce qui signifie qu’avant même que cela commence, ils nous trompent, ils nous marchandent, ils nous vendent. Et ce n’est pas parce qu’ils auraient une idée fausse sur la meilleure manière de défendre nos intérêts. Non, c’est parce que ces appareils syndicaux défendent leurs propres intérêts d’appareil, leur rôle, leur place, leur importance, leur reconnaissance et les sommes publiques et privées qui vont avec, puisque l’essentiel de leurs fonds proviennent de l’Etat et des trusts, sous prétexte de formation, de participation aux institutions d’Etat, de consultation, de places dans les organismes d’aide publique et autres organismes divers.

Et aucun dirigeant syndical ne s’interroge même sur la raison de cette assurance des gouvernants qui leur permet d’affirmer de plus en plus fort, de Sarkozy à Hollande-Ayrault, de Hollande-Ayrault à Hollande-Valls et de Hollande-Valls à Macron, leur volonté de faire reculer le monde du Travail, de s’attaquer ouvertement aux droits sociaux, aux aides sociales, aux services publics.

Pourquoi le rapport de forces se dégrade de plus en plus, au fur et à mesure des négociations-affrontements ? Pourquoi le mouvement des retraites de 2010, très massif, a été suivi d’attaques accentuées ? Pourquoi les syndicats ont-ils tiré comme bilan de leur impuissance à faire reculer le gouvernement Sarkozy que la seule solution consistait à appeler à voter Hollande ? Pourquoi sont-ils restés muets quand Hollande a davantage attaqué les retraites au lieu d’annuler les attaques de Sarkozy ? Pourquoi les cheminots ressortent affaiblis de leurs luttes, pourtant bien suivies, et toujours menées par les appareils syndicaux ? Pourquoi, les syndicats ont d’abord combattu contre la privatisation du rail et ont finalement mené des luttes qui reconnaissaient celle-ci ? Pourquoi les syndicats ont-ils trompé les agents de l’hôpital public, prétendant admettre l’exigence des personnels : on ne négocie pas les plans de Hirsch et ont finalement participé quand même aux négociations, et cautionné ainsi sa prétendue réforme qui casse l’hôpital public et ses personnels, leurs temps de repos, leurs emplois, leurs horaires, leurs charges de travail, leurs salaires et leurs conditions de travail ! Et une mobilisation très importante n’a pas permis de faire reculer Hirsch et le gouvernement ! Non seulement les salariés ne sont pas sentis renforcés lors des mobilisations pour les retraites, contre la privatisation du rail, contre la loi El Khomri et bien d’autres, mais ils ont été affaiblis au point que les directions des entreprises privées comme des services publics ont eu les moyens, à la fin de ces « mobilisations syndicales », de s’attaquer aux salariés combatifs, de licencier ou de sanctionner les plus combatifs, de les isoler ou de les attaquer. On l’a bien vu lors des luttes à Air France, dans les raffineries, dans les hôpitaux, etc… Cela montre que les méthodes des centrales syndicales, loin de renforcer les travailleurs, avaient renforcé leurs adversaires patronaux comme gouvernementaux. Plus remarquable encore le fait que les centrales syndicales aient elles-mêmes fait la chasse aux militants ouvriers les plus radicaux, montrant que leur convergence avec les classes possédantes et les gouvernants qui provient de leur réformisme fait des révolutionnaires et des travailleurs combatifs des ennemis bien plus craints que les patrons et leurs soutiens gouvernementaux.

Oui, les dirigeants syndicaux craignent des débordements de colère des travailleurs. Cela ne veut pas dire qu’ils craignent en soi la violence ou qu’ils craignent que des travailleurs se radicalisent, comme cela a été le cas à Air France ou dans les entreprises qui licencient ou ferment. Non, ils sont même capables de prendre l’initiative de tels débordements pour conserver la direction de la lutte mais ce qu’ils craignent c’est que la colère ouvrière amène les travailleurs à s’auto-organiser, à ne plus se contenter de suivre les appareils réformistes, qu’ils prennent eux-mêmes les décisions concernant leurs luttes, leurs revendications, leurs moyens d’action, leurs liaisons interentreprises, etc,

Les appareils syndicaux ont tout aussi peur des coups de colère brutaux et violents des prolétaires qu’en ont peur les capitalistes et les gouvernants, et ce n’est pas sans conséquence sur les choix que font parfois ces appareils syndicaux, épousant parfois des luttes qu’ils n’auraient pas souhaité, qu’ils ne voulaient pas du tout initier, qu’ils auraient voulu même empêcher, mais dans lesquelles ils craignent surtout que les travailleurs se donnent eux-mêmes une direction autonome et des perspectives propres et de classe, ce qui est exactement le contraire de la manière dont ces directions syndicales mènent les luttes : sans auto-organisation, sans liaison inter-entreprise, sans perspective commune des travailleurs décidée en commun, sans renforcement politique au social de la classe ouvrière.

Voilà les leçons que nous estimons devoir tirer des luttes de ces dernières années et qui nous semblent déterminantes pour décider demain de la manière il nous faudra mener nos luttes face aux attaques qui viennent.

Laisser les appareils réformistes diriger nos luttes, c’est les laisser entre les mains de gens qui estiment que casser le code du travail est négociable, que casser les salaires est négociable, que casser les conditions de travail est négociable, que casser les horaires est négociable, que casser les services publics est négociable, que casser le moral des travailleurs est négociable. C’est des gens qui ont des intérêts autre que ces des travailleurs à défendre. C’est des gens qui nous vendent en échange d’avantage qui les concerne eux seuls. C’est des gens qui ne nous informent que de ce qui leur chante, qui ne nous consulte que si ça leur chante, qui signent ce qui leur plait sans nous demander notre avis, qui parlent en notre nom, qui se servent de notre force dans leur propre intérêt, sans se soucier de réduire cette force face à nos adversaires, y compris quand nos adversaires débutent une lutte violente et radicale contre nous. Ce sont des gens qui se chargent de brouiller les cartes dans toutes les luttes, de faire prendre des vessies pour des lanternes, de modifier les objectifs d’une lutte. Par exemple, ils sont parvenus à imposer une revendication des cheminots lors de la dernière lutte générale de la SNCF, revendication qui supposait qu’on renonce au service public du Rail et qu’on reconnaisse sa privatisation comme acceptée, eux qui affirmaient toujours autrefois qu’il ne serait jamais question de faire cela !

Tant que nous ne nous dirigerons pas nous-mêmes, les classes possédantes et les gouvernants ne nous respecteront pas et ne cèderont pas devant nous, nous ne renforcerons pas notre rapport de force et nous ne pourrons pas les faire reculer ni gagner des soutiens dans les milieux populaires.

Notre première tâche face aux attaques qui viennent : les travailleurs ne doivent compter que sur eux-mêmes, comme le disait Karl Marx !!! Travailleurs, organisez-vous vous-mêmes !!! Décidez vous-mêmes de vos revendications et de vos moyens d’action !!! Ne craignez pas de discuter et de décider de l’avenir de la société !!! Personne ne le fera à votre place !!!

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  • Après six jours de barrage filtrant à l’entrée des dépôts de carburant, faisant craindre une pénurie dans les stations-service, les conducteurs de camions de produits dangereux devaient progressivement reprendre le travail à partir de jeudi 1er juin.

    Cette décision a été prise à la suite de la réunion organisée mercredi 31 mai entre le gouvernement et les syndicats, pour discuter de « la prise en compte de la spécificité des chauffeurs transportant des marchandises dangereuses », qui a débouché sur « des avancées significatives » selon la CGT.

    Avant même ce mouvement, des négociations étaient déjà en cours sur les classifications des conducteurs en transport routier de marchandises, mais également sur l’ensemble des catégories de salariés. Les autres syndicats (CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) étaient donc opposés à la grève. De même, ils refusent la création d’une convention collective spécifique pour les transports dangereux.

    Ils se sont donc réjouis à l’issue de la réunion, puisque leurs demandes ont été confirmées par le gouvernement qui a fixé la date du 10 juillet pour faire parvenir des pistes de réflexion concrètes avant une reprise des discussions le 15 septembre avec le patronat.
    De même on s’étonne du côté de la CFDT comme des syndicats patronaux « des avancées significatives » annoncées par Jérôme Vérité de la CGT, puisqu’aucune des revendications des grévistes n’a été approuvée, que ce soit en matière de salaire, de temps de travail ou de repos. Le patronat du transport n’a même pas accepté de négocier avec la CGT !!!!

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