English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS > Comment ils s’y entendent tous pour que nous, travailleurs, ne fassions pas (...)

Comment ils s’y entendent tous pour que nous, travailleurs, ne fassions pas de politique…

jeudi 1er juin 2017, par Robert Paris

Comment ils s’y entendent tous pour que nous, travailleurs, ne fassions pas de politique, ne discutions pas de notre politique de classe, que nous ne nous organisions pas pour défendre notre politique et la faire triompher

Toutes nos expériences passées nous montrent que tous les partis, syndicats et associations qui restent liées au système capitaliste nous mènent en bateau, nous trompent, nous promènent, soutiennent le « dialogue social » avec nos ennemis mortels, avec ceux qui nous licencient, qui nous précarisent, qui nous jettent dans la misère, qui organisent les guerres, qui imposent les restrictions des droits sociaux et des libertés publiques, qui nous répriment, qui servent les intérêts des banquiers et des capitalistes. Et pourtant, loin d’en tirer comme conclusion que les travailleurs devraient mener leur propre politique, la plupart des travailleurs se détournent dégoûtés devant toute politique, ne s’organisent pas politiquement, ni dans des partis, ni dans des associations et encore moins sous forme autonome, dans des conseils, des comités, des coordinations. Il est pourtant certain que tant que les travailleurs ne mèneront pas eux-mêmes leur propre politique il n’y aura aucune politique ouvrière luttant dans l’intérêt des travailleurs et des peuples…

Dans la société bourgeoise, même la plus démocratique des républiques, les travailleurs n’ont aucune part de pouvoir dans les institutions et dans les entreprises, même si les élections et le « dialogue social » avec les syndicats et le rôle de ceux-ci cherche à faire croire le contraire. Les travailleurs ne décident même pas par un vote qui dirigera les syndicats, pas plus qu’ils n’ont voix au chapitre sur qui dirige les entreprises d’Etat, les entreprises mixtes et les entreprises privées, sur qui dirige les armées, les polices, la justice, les religions, les média, les sociétés d’experts, les parlements, l’administration, les politiciens, etc… Dans tous ces organismes, il n’y a quasiment aucune personne qui ait jamais été ouvrier, employé, cheminot, infirmière, aide soignante ou postier, ni même technicien, artisan, pêcheur ou agriculteur… Dans les parlements et les gouvernements, personne n’a de telles origines. Même les dirigeants syndicaux, qui ont de telles origines, passent ensuite à des directions d’entreprises privées ou publiques, qui montrent qu’ils ont changé de classe sociale… Tout cela n’empêche pas qu’on essaie de nous faire croire que la démocratie bourgeoise est le seul mode d’expression politique de la classe ouvrière, personne n’imaginant bien sûr qu’il y en aurait un autre qui s’appellerait la commune ouvrière (comme en 1871 à Paris), le conseil de travailleurs, le soviet, le comité ouvrier ou la coordination inter-professionnelle.

Nous remarquons tous que nous sommes inondés tous les jours de politique, par les média, par les politiciens, par les gouvernants. Tous les jours, on nous balance tellement de politique politicienne que bien des travailleurs en ont assez de la politique et n’ont plus envie d’en entendre parler. On vient encore de le voir récemment en France où, comme dans beaucoup de pays, les élections se suivent sans changer quoique ce soit à l’ordre social mais en polarisant l’attention sans donner aucun moyen ni de comprendre les racines des problèmes ni les moyens d’y faire face. A peine sortis des primaires, il y a eu le premier tour des présidentielles, puis le deuxième tour, puis le troisième tour (antisocial) des législatives. De quoi avoir la nausée !!

Il n’y a pas que la quantité qui dégoûte, il y a aussi la qualité !

On n’entend parler que de prétendus défenseurs des intérêts collectifs qui ne voient que leurs propres intérêts, qui se sucrent, qui sont corrompus, qui ne veulent défendre que des intérêts particuliers, ceux des plus riches, ceux des trusts et des banques. Au point que bien des travailleurs en viennent à penser que la politique mène directement à la corruption, toute sorte de politique. Et ils se détournent durablement de l’idée de faire eux-mêmes de la politique…

Ils pensent aussi, après avoir vu à l’œuvre des gouvernements de gauche et de droite, que toutes les politiques mènent à la même chose, qu’on ne peut rien changer en faisant de la politique. Et, de fait, il y a de moins en moins de travailleurs qui militent politiquement, même s’il y a encore des militants syndicalistes. Les directions syndicales, elles-mêmes, affirment n’obéir en rien à aucun parti politique, même si nombre de centrales syndicales étaient très liées au parti socialiste, y compris quand celui-ci était au gouvernement et y menait une politique anti-ouvrière directe et ils avaient même fait campagne pour faire élire Hollande et le parti socialiste, sous le prétexte que Sarkozy avait attaqué les retraites. La suite a montré qu’Hollande n’a fait qu’attaquer davantage les retraites et les autres droits sociaux, avant de soutenir la candidature de Macron, ce défenseur ouvert des intérêts des banques et des trusts !!! Bien entendu, on n’a entendu aucun mea culpa des directions syndicales malgré toutes ces déconvenues ! Elles ont prétendu avoir mené les luttes comme il fallait sans aucune dépendance ni de Sarkozy ni de Hollande.

Par contre, il est certain que les directions syndicales ont milité activement contre l’organisation de la lutte sociale des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes, contre le développement d’une politique ouvrière au sein des entreprises. A chaque fois qu’une lutte semble monter, ils font en sorte d’en exercer la direction de manière exclusive en décourageant toute tentative d’auto-organisation, comme on l’a vu lors des luttes de RadioFrance, de l’hôpital public, de la SNCF, des raffineries, des entreprises qui licencient dans l’Automobile ou ailleurs… Toutes les fois que des travailleurs ont tenté de s’organiser par eux-mêmes, ils ont détourné le coup, discrédité cette tentative et fait oublier jusqu’à son existence aux concernés eux-mêmes. Pourtant, des militants syndicalistes conscients n’auraient rien à craindre de l’organisation autonome des travailleurs, rien à craindre pour une organisation syndicale qui ne défendrait en rien l’ordre social, celui des licencieurs, celui des exploiteurs, celui des fauteurs de guerre, de dictature et de fascisme… Donc l’immense majorité des militants syndicalistes ne devrait pas craindre que les travailleurs s’organisent par eux-mêmes, discutent de leurs idées, de leurs revendications, de leurs moyens d’action, se rassemblent pour en parler, mettent en place des lieux pour de tels débats, avancent des perspectives opposées à celles de la classe possédante, se distinguent de l’ambiance de consensus, celle du « dialogue social », de « la réforme », de la collaboration des classes, du prétendu intérêt national, de l’aide d’Etat aux entreprises, et celle de la croyance en un Etat au-dessus des classes sociales et de la lutte des classes, tous ces mythes mensongers qui empêchent la classe ouvrière de mener sa politique de classe pendant que la classe capitaliste, elle, ne se gène pas pour le faire et dispose systématiquement pour cela du soutien de l’Etat, quels que soient les gouvernants et de quelque couleur politique ils se parent. Les syndicalistes n’en tirent qu’une seule leçon : maintenir le syndicalisme indépendant de la politique.

Ils ne veulent pas en tirer la leçon que les travailleurs ont besoin de leur propre politique, une politique de classe, une politique qui rompe avec la classe possédante, avec ses intérêts nationaux comme internationaux. Ils ne veulent pas parce que tout dans leur existence provient de leur rôle d’intermédiaire prétendu entre la classe ouvrière et ses adversaires de l’Etat et du patronat. Ils ont une existence officielle, reconnue par les capitalistes et les gouvernants, qui leur apporte à la fois considération, reconnaissance de leur rôle social et politique ainsi qu’une importante rétribution de l’Etat et des capitalistes. Du coup, ils sont contraints, quels que soient les affrontements qui peuvent les opposer à ces derniers, de rester dans un cadre étroit sans remettre en question l’ordre établi, sans sortir de la légalité bourgeoise, sans opposer directement les intérêts prolétariens à ceux des capitalistes et de l’Etat bourgeois, sans même montrer que cette opposition est irrémédiable, sans démonter les objectifs capitalistes des mesures étatiques, y compris dans les guerres, dans les mesures anti-démocratiques sous prétexte de lutte contre des dictatures et des terrorismes, y compris quand « leur » Etat soutient directement des terroristes.

Tout en dénonçant souvent « les patrons », « les riches », « les profiteurs » ou « les spéculateurs », les réformistes politiques et syndicaux se gardent de montrer que le rôle de la classe ouvrière est de dépasser les limites étroites de l’ordre capitaliste, limites derrière lesquelles le système bourgeois étouffe lui-même et est incapable de continuer à fonctionner comme l’effondrement de 2007-2008 l’a montré. Les réformistes ne cessent de clamer que le capitalisme est indépassable, même pour ceux qui ne cessent de le dénoncer virulemment, même pour ceux de la gauche de la gauche ou de l’extrême gauche officielle qui reste liée aux appareils syndicaux…

Toute tentative d’expression directe des salariés est combattue, au grand jour ou discrètement, par tous ces appareils politiques, syndicaux, associatifs, privés et étatiques, qui tous s’y entendent à faire croire qu’il n’y a pas d’autre solution que de suivre des organisations liées à la société bourgeoise, alors que c’est justement celle-ci qui nous jette dans la crise, dans le chômage, dans la misère, dans la dictature, dans la guerre, dans le fascisme…

Tous ces réformistes n’ont pas un mot pour nous expliquer l’état actuel du système capitaliste, jamais vraiment sorti de son effondrement de 2007-2008, aucun mot pour nous dire quels sont, dans ce cas, les perspectives pour les travailleurs. Ils se contentent tous de parler de « solutions nationales » alors que l’effondrement du système est international et n’a aucune cause exclusivement ni principalement nationale.

Dans les entreprises, on est frappés par la crise de la domination du capitalisme, de toutes les manières : diminution des investissements et des moyens, suppressions d’emplois, fermetures d’entreprises, blocage des salaires, aggravation des conditions de travail et de la pression de la hiérarchie, qu’on travaille dans le public ou dans le privé. Et pourtant, il n’existe nulle part des lieux de réunions de travailleurs pour en discuter, des textes qui circulent parmi les travailleurs pour en débattre, des informations et des échanges entre travailleurs pour comprendre, pour élaborer, pour confronter les points de vue. Tout est fait, à la fois par les patrons, par le gouvernement et par les syndicats pour rogner le peu de libertés des travailleurs dans les entreprises. Les trois forces s’unissent quand il s’agit de s’en prendre à l’infime minorité de travailleurs radicaux qui luttent pour développer cette autonomie ouvrière, pour diffuser des informations indépendantes du système d’exploitation et contre le système. Car, même dans la plus démocratique des républiques bourgeoises, le droit de réunion, le droit d’expression, le droit de diffuser des tracts, le droit de mettre des affiches, le droit de prendre la parole, le droit de circuler pour échanger des avis avec d’autres travailleurs n’existent absolument pas, sont complètement interdits, sont pourchassés et exclus par la loi !!! Et tous les réformistes nous disent pourtant, sous prétexte qu’on vote aux élections bourgeoises, que ce seraient elles qui seraient notre mode d’expression alors que nous n’avons par ailleurs aucun droit pour nous donner les moyens de nous exprimer !!!

Au cours des prochaines étapes de l’effondrement du système, l’un des objectifs déterminants des travailleurs conscients devra être de développer partout les moyens d’organisation et d’expression des travailleurs, les assemblées ouvertes, les coordinations inter-secteurs, inter-corporatives, inter-entreprises et interprofessionnelles, les comités et les conseils de travailleurs. C’est le premier gage d’un avenir, autre que les horreurs barbares que les classes possédantes et leurs serviteurs réformistes nous préparent…

Il ne faut pas accepter le discours dominant selon lequel la démocratie bourgeoise aurait de nombreux défauts mais serait le meilleur des systèmes possibles, selon lequel le capitalisme est le seul horizon de l’humanité, selon lequel on pourrait revendiquer face aux capitalistes mais pas renverser le capitalisme, qu’on pourrait avoir plein d’idées généreuses et même socialistes, à condition de ne pas chercher à faire la révolution socialiste. Tout cela est parfaitement faux comme est faux le mensonge selon lequel la révolution prolétarienne mènerait inéluctablement à la dictature stalinienne…

Aujourd’hui, toute la pression politique des classes dirigeantes, liée à la crise capitaliste de 2007-2008 – on devrait dire de 2007- ou de 2007-2017 pour le moment, consiste à détourner la colère sociale qui pourrait se retourner massivement contre les classes possédantes et de la renvoyer contre les politiciens, contre les média, contre d’autres « lampistes » : contre les étrangers, contre les migrants, contre les musulmans, contre les terroristes, contre les travailleurs eux-mêmes accusés d’être des réactionnaires, des profiteurs, des fainéants, des défenseurs du passé…

Tant que la classe ouvrière ne s’organisera pas elle-même, et ce ne peut être le cas qu’au cours d’une explosion de colère sociale, il n’y aura pas de force politique et sociale qui mettra en cause la classe possédante dans ses choix fondamentaux barbares, dans sa décision de faire basculer le monde dans l’horreur terroriste (fascisme et guerre mondiale) dès qu’il sera clair que le capitalisme ne peut plus que s’effondrer malgré les aides étatiques massives.

Le premier pas en avant des travailleurs dans la prochaine explosion de colère sociale devra être de mettre en place des organes d’auto-organisation des prolétaires dans les entreprises et les quartiers. Le second devra être de définir une politique révolutionnaire qui offre une perspective à la mobilisation ouvrière, c’est-à-dire de fonder des partis révolutionnaires communistes. Nul ne peut dire encore où et dans quelles circonstances précises, ce nouveau pas en avant historique se réalisera mais il faut avoir conscience que sans lui l’avenir de l’humanité serait bien sombre…

En attendant, il ne faut pas se contenter d’observer ou d’étudier, il faut faire de la politique, implanter des réflexions politiques dans la classe ouvrière. Même si ces idées ne sont pas reçues avec des transports de joie par les travailleurs, il est important de semer des idées politiques révolutionnaires dans le prolétariat car lui seul peut assumer le changement social et politique indispensable et rendu indispensable par le capitalisme lui-même : le renversement de la classe capitaliste par la suppression de la propriété privée des moyens de production et la suppression de la mainmise sur l’Etat de la classe possédante, la classe capitaliste.

Aujourd’hui, les réformistes et autres opportunistes ne peuvent nullement discuter du fait que le capitalisme n’a pas d’avenir et tout ce qu’ils peuvent dire, du coup, n’est qu’une manière de détourner des vrais problèmes. Ils peuvent parler de relance par la consommation, en satisfaisant les revendications économiques de travailleurs, mais personne ne relancera le capitalisme, pas plus par la consommation ou d’une autre manière, parce que le capitalisme ne s’effondre pas du fait du manque d’acheteurs mais du défaut des investisseurs, ce qui est très différent. La suraccumulation du capital n’est pas fondée sur une sous-consommation populaire, contrairement à ce que prétendent les réformistes. On ne peut pas davantage pallier à l’effondrement capitaliste en favorisant les capitalistes par des aides étatiques. On ne le peut pas non plus par des soutiens nationaux aux capitalistes nationaux ou par des mesures protectionnistes. On ne le peut pas non plus en favorisant, au contraire, le commerce mondial. On ne le peut d’aucune manière car ce sont les racines même du capitalisme qui l’entraînent vers le fond… C’est le mécanisme même d’accumulation du capital qui l’amène à ne pas investir dans la production, et à tuer la poule aux œufs d’or puisque c’est l’investissement productif qui, seul, permet la création de plus-value. Si les capitalistes estiment que les investissements productifs ne sont plus rentables, ce n’est ni à cause de la concurrence des travailleurs plus exploités, ni à cause du soutien trop important de l’Etat dans certains pays, ni… mais à cause du fait que les capitalistes estiment qu’ils gagneraient beaucoup moins en investissant qu’en spéculant sur la chute… C’est la phase nécrophile du capitalisme qui indique qu’il ne peut plus que chuter et les capitalistes peuvent seulement s’assurer que les travailleurs soient les derniers à le savoir et à s’organiser en conséquence !

Contrairement à ce que prétendent tous les réformistes et opportunistes, l’enjeu de la situation n’est pas austérité ou relance, ni guerre ou pas, mais enfer ou socialisme, terreur fasciste ou révolution sociale, pouvoir aux travailleurs ou pouvoir des bandes d’assassins du monde entier. Le capitalisme s’effondrera de toutes les manières, que les réformistes le veuillent ou pas mais, et leur désir qu’il ne s’effondre pas n’empêchera pas la chute inéluctable du capitalisme. Elle empêche actuellement l’organisation des travailleurs et bloque la perspective qu’ils sont seuls à représenter pour l’avenir de l’humanité : un avenir en dehors du capitalisme.

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0