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L’éloge romanesque actuel de la guerre impérialiste mondiale

mercredi 7 juin 2017, par Robert Paris

Anne Perry, un exemple d’intellectuelle européenne qui justifie le nationalisme guerrier de 1914-1918 contre le pacifisme et la révolution sociale

On ne s’attend pas nécessairement à voir des auteurs littéraires, écrivant des romans historiques, reprendre les thèses nationalistes, cultivant la défense nationale lors de la première guerre mondiale, la justifiant contre les thèses pacifistes ou révolutionnaires de l’époque. Et pourtant…

Pourtant, Anne Perry, auteur anglais bien connu de romans historiques, principalement situés à l’époque victorienne et souvent de romans policiers historiques, l’a fait dans un grand ouvrage, une grande saga familiale intitulée « La saga des Reavley ».

Dans cet ouvrage, la verve de l’auteur, sa capacité à ficeler une intrigue policière, intéressante, à rappeler une époque ancienne, à retraduire les sentiments populaires de cette époque, est toujours aussi présente. Il n’en est que plus remarquable que la thèse de cet ouvrage consiste à défendre l’idée que les pacifistes étaient des criminels, des traîtres à leur patrie, des fauteurs d’assassinats terroristes, des criminels capables de supprimer leurs adversaires politiques, mêlant des soutiens au Kaiser allemand avec des utopistes et des soutiens à la révolution russe. Ainsi, la thèse mensongère selon laquelle Lénine et Trotsky avaient été propulsés par l’impérialisme allemand, pour contrer les alliés anglo-français, pour écraser l’Europe démocratique, est à nouveau répétée.

Bien sûr, l’auteur montre que la guerre était fratricide entre Européens, qu’elle était horrible, absurde par bien des côtés, qu’elle visait à contrer la montée révolutionnaire en Europe, montée indiquée par le soutien de masse à Jaurès, Rosa Luxembourg ou à Connolly en Irlande, que la population britannique se détournait de plus en plus de la guerre, qu’elle devenait sensible aux arguments des pacifistes et des révolutionnaires, mais elle prend partie pour le nationalisme guerre britannique, dont elle dresse une image poétique, d’une fausse grandeur, d’un faux héroïsme, d’un faux moralisme, d’une fausse poésie…

Certes, il est clair dans ce récit que la guerre est l’inverse de la démocratie, y compris sur le sol de l’Angleterre, qui n’est pourtant pas directement attaqué par des armées étrangères. Il n’empêche que la déclaration de guerre a signifié la mise en place de lois comme la DORA, Defence of the Realm Act, loi qui censure toute la presse ou d’autres qui interdisent grèves et manifestations.

En fait, la guerre est bel et bien un acte dirigé contre les travailleurs et la démocratie, et pas seulement contre l’ennemi politique.

Il est aussi remarquable que l’auteur parvient très bien à montrer que l’entrée en guerre de l’Angleterre aux côtés de la France était illogique à bien des égards. Le Royaume Uni n’était nullement contraint en soi à entrer en guerre, n’ayant pas de motif de conflit réel, y compris après que l’Autriche et la Russie, puis la France aient déclaré la guerre, y compris après n’envahissement de la Belgique, neutre, par l’armée allemande. Le roi Georges V, lui-même allemand, avait plutôt des sympathies inverses.

Les choix ne se sont pas faits en fonction d’alliances diplomatiques, en fonction de situations militaires ou politiques, mais en fonction des intérêts des classes possédantes.

L’Allemagne remettait en cause l’ordre établi, celui des puissances européennes et l’empire anglais, sa domination coloniale, était le premier menacé par cela.

Ainsi, l’auteur parvient à comprendre les principales racines de la boucherie guerrière, à décrire et dénoncer celle-ci, mais cela ne l’empêche pas pour justifier en long et en large le nationalisme guerrier de l’Angleterre, y compris celui consistant à écraser la révolte des Irlandais, eux-mêmes opprimés.

Cela en fait un ouvrage, de parti-pris bourgeois nationaliste anglais, mais intéressant à lire, y compris à cet égard. Les anti-guerres y sont maltraités, calomniés, et combattus de toutes les manières, sous tous les points de vue, politique, moral, personnel. Mais le combat entre les deux camps y est bien rendu et on perçoit que c’est une guerre qui n’est pas seulement entre l’Angleterre et l’Allemagne mais entre les possédants et la révolution…

Même le lyrisme, le moralisme, la défense du nationalisme guerrier de la bourgeoisie, décrits par une plume actuelle, sont instructifs…

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  • Le 3 août, un étonnant commentaire du politologue Ralph Rotte apparaissait dans le journal conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. Sous le titre « [Baron von] Richthofen au lieu de Rommel, » le titulaire de la chaire des relations internationales à l’Université RWTH d’Aix-la-Chapelle plaide pour que les soi-disant héros de guerre de la Reichswehr allemande (Forces armées impériales) de la Première Guerre mondiale serve de modèle à l’actuelle Bundeswehr (armée allemande).

    Le point de départ de la chronique est le scandale qui entoure le premier lieutenant d’extrême-droite, Franco A., membre d’un réseau néo-nazi au sein de l’armée qui a planifié des attentats terroristes contre des politiciens de haut rang. Il voulait faire porter la responsabilité des attentats aux réfugiés. Quand la ministre de la Défense Ursula von der Leyen a déclaré que la Wehrmacht (l’armée de Hitler) ne pouvait servir de modèle à la Bundeswehr, elle devint la cible de critiques sévères de la part de hauts gradés de la Bundeswehr et des médias.

    La chronique de Rotte souligne le véritable enjeu de ce « débat sur les traditions » au sein de la classe dirigeante. Plus de 70 ans après la fin du régime nazi qui a réduit l’Europe et la moitié du monde en cendres en tuant d’innombrables millions de gens, la bourgeoisie tente à nouveau de créer les conditions nécessaires au retour à une politique mondiale indépendante. La promotion de supposés héros de guerre du passé sert à la fois à banaliser les crimes impérialistes antérieurs et à préparer l’opinion publique à de nouvelles atrocités.

    D’après Rotte, le problème principal est que depuis des décennies, on a présenté une image faussée de la Bundeswehr à l’opinion, qui a également marqué durablement les soldats. « L’image du soldat dans la République fédérale [d’Allemagne] a été systématiquement coupée du phénomène de la guerre, » se désole le professeur. La perception de la Bundeswehr dans l’opinion « ne se concentrait pas sur sa capacité de combattre, mais sur ses fonctions sociales, humanitaires et économiquement pertinentes. » Rotte qualifie d’« étape fatidique » le fait que « peu à peu le risque de blessures et de décès, ainsi que la possibilité d’avoir à combattre et à tuer ait disparu de la mémoire collective. »

    L’argument de Rotte est clair : pour ses futures guerres, la Bundeswehr a besoin de modèles historiques pour combattre, tuer et mourir. Comparé à l’historien militaire de Potsdam, Sönke Neitzel, Rotte s’intéresse moins à invoquer les traditions de la Wehrmacht, « problématiques » du fait de la nature criminelle de la Seconde Guerre mondiale. Il préfère glorifier l’armée allemande qui a causé des pertes innombrables pendant la Première Guerre mondiale.

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