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Accueil du site > 10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS > Histoire des grèves de cheminots en France et dans le monde

Histoire des grèves de cheminots en France et dans le monde

lundi 12 juin 2017, par Robert Paris

Un épisode marquant des luttes cheminotes : la coordination des cheminots de 1986-1987 La télévision sur la coordination des cheminots la parole à Daniel Vitry Daniel Vitry et Serge Torrano, un trotskiste et un anarchiste, les leaders de la coordination des cheminots

Les bureaucraties syndicales se défendent contre les coordinations

La grève de 1986 à la télé

Les actualités télévisées sur la grève

Un compte-rendu de la grève des cheminots en janvier 1987 :

Quelques agents de conduite du dépôt de Paris-Nord - le secteur où la grève a commencé - avaient lancé une consultation auprès de leurs camarades, et après discussion avec eux, décidé de partir en grève le 18 décembre. Ce n’est qu’une fois cette décision prise qu’ils sont allés trouver les syndicats pour leur demander de les couvrir en lançant un préavis de grève. Et ceux de ces syndicats, la CFDT et la Fédération Générale Autonome des Agents de Conduite (FGAAC syndicat corporatiste des conducteurs de train), qui ont accepté, ne l’ont fait que du bout des lèvres : le préavis ne concernait que les agents de conduite du secteur. Or, une fois décidés à se mettre en grève et la date fixée, les conducteurs de Paris-Nord s’étaient mis en relation avec d’autres dépôts, les informant de leurs intentions et les invitant à se joindre à leur mouvement. Pendant la même période, une agitation un peu semblable se faisait jour dans un autre secteur, la banlieue Paris-Sud-Ouest. Là aussi, des conducteurs commençaient à se réunir, parlaient de la nécessité de la grève, s’adressaient à leurs camarades pour les inviter à se prononcer en faveur de cette grève et s’organiser en conséquence. Eux, contrairement à ceux de Paris-Nord, ne se limitaient pas aux seuls conducteurs, mais voulaient s’adresser à tous les cheminots. Ils tentaient même de lancer la grève alors que le mouvement étudiant battait son plein. Cette action resta très minoritaire, limitée à un dépôt, et s’arrêta au bout d’un jour et demi. Mais les grévistes avaient eu le temps de faire le tour de quelques secteurs aux alentours, de les appeler à les joindre et à s’organiser. Et cela n’a pas manqué d’avoir des conséquences quelques jours plus tard quand la grève générale a réellement commencé. Enfin, au début du mois de décembre, un autre mouvement avait commencé parmi une autre catégorie de cheminots, les agents des recettes, ceux qui sont chargés de la vente des billets et des réservations. La SNCF menaçant de leur supprimer une prime, ceux-ci, sans se mettre formellement en grève, ne faisaient plus les réservations qui sont une partie de leur travail. Le mouvement, en quelques jours, s’étendit dans tout le pays quasi-spontanément, comme il avait démarré. Les syndicats CGT et CFDT, qui se contentaient de suivre, se voyaient imposer, dans certaines grandes gares parisiennes d’où le mouvement était parti des assemblées générales quotidiennes des travailleurs syndiqués et non syndiqués impliqués dans cette action, assemblées dont ces syndicats se seraient très bien passés. A partir du jeudi 18 décembre au matin, quand les conducteurs de Paris-Nord ont arrêté le travail, la grève s’est répandue comme une traînée de poudre de dépôt en dépôt, le long du réseau ferré, d’abord le réseau Nord puis ensuite tous les autres. Quatre jours plus tard, dimanche 21 au soir, pratiquement tous les dépôts étaient en grève sans qu’aucun mot d’ordre ait été lancé par les syndicats. Si dans bien des dépôts les militants syndicalistes étaient les organisateurs de la grève, les fédérations syndicales, elles, étaient à la traîne et se contentaient au mieux d’enregistrer que la grève était là. Et c’était vrai aussi bien de la CFDT que de la FGAAC (syndicat corporatiste des seuls conducteurs). La CGT, elle, traînait encore plus les pieds et gardait une attitude encore plus ambiguë. Son premier réflexe fut la plus grande méfiance devant un mouvement qui se déclenchait et s’étendait sans son contrôle. Du coup, ses militants dans les dépôts prirent les attitudes les plus contradictoires, interprétant l’attitude de leur direction en fonction de leurs propres sentiments, ou encore en fonction des situations locales. Dans certains dépôts, ils furent les initiateurs et les organisateurs de la grève, dans ; d’autres, ils suivirent en rechignant, dans d’autres enfin, ils s’opposèrent pendant plusieurs jours à cette grève. Ainsi, à Paris-Sud-Ouest, les responsables CGT firent de véritables « piquets de travail », incitant les conducteurs à surtout ne pas suivre la grève. Jusqu’au moment où, débordés par les travailleurs qui se mettaient en grève malgré eux, ils changèrent d’attitude... et appelèrent à la grève à leur tour. Mais là, il était trop tard pour que leur attitude n’ait pas été perçue par la majorité des cheminots du secteur. Jusqu’au lundi 22 décembre la grève ne fut guère réelle que parmi les seuls conducteurs (18 000 sur 230 000 cheminots). D’abord, elle était partie de conducteurs qui ne s’adressaient qu’aux conducteurs sans se préoccuper des autres catégories. D’autre part, les syndicats, comme on l’a vu, réticents ou hostiles à cette extension même parmi les seuls conducteurs, n’avaient certainement aucune envie de l’étendre aux autres cheminots. Pendant les quatre premiers jours, la grève ne toucha donc qu’une très petite minorité des autres catégories, parmi ceux, contrôleurs ou encore ouvriers des dépôts, qui sont le plus en contact avec les agents de conduite. A partir du lundi 22, par contre, elle s’étendait aux autres cheminots : ceux des gares, des triages, des ateliers. Mais là aussi, c’est la base qui l’imposa. Les syndicats conservèrent une attitude ambiguë, n’appelant pas franchement. Aucun ne prononcera le mot de grève générale dans les chemins de fer : certains parce qu’ils jouaient sur le corporatisme des agents de conduite dont beaucoup ne tenaient pas à ce que leur mouvement s’étende à d’autres catégories ; tous, sans aucun doute, parce qu’ils ne désiraient pas cette grève. Les militants de la CGT continuèrent donc à prendre les attitudes les plus diverses comme ils l’avaient fait parmi les roulants : ici, militants enthousiastes de la grève et de son extension, là, s’opposant à elle, y compris physiquement. Et c’est cela qui explique que la méfiance vis-à-vis des directions syndicales déjà préexistante à la grève, soit devenue un sentiment extrêmement répandu et grandissant parmi les cheminots. Cette méfiance vis-à-vis des organisations syndicales et le fait que ce sait la base qui ait décidé la grève et l’ait étendue, se sont traduits dans l’organisation du mouvement. D’abord par le fait que beaucoup de grévistes, dans beaucoup de secteurs, sont présents chaque jour sur leur lieu de travail, et ceci en pleine période des fêtes de fin d’année, période traditionnelle de congés et d’absentéisme. Mais ensuite et surtout par le fait que les grévistes ont commencé à se donner une organisation propre, indépendante des organisations syndicales. D’abord, un peu partout, ont lieu des assemblées générales de grévistes qui discutent, contestent, entendent prendre des décisions, même là où les syndicats contrôlent la grève et restent sa direction reconnue et acceptée par les grévistes. Au point que toutes les fédérations syndicales, la CGT en tête, affirment maintenant que ce sont à ces assemblées générales de trancher. Et puis dans certains secteurs, là où certaines directions syndicales locales ont été écartées parce qu’elles s’opposaient à la grève, des comités de grève élus par les grévistes ont été mis en place pour diriger le mouvement sous le contrôle des assemblées générales de grévistes. Enfin, l’idée de la coordination de ces comités, c’est-à-dire d’une organisation centrale du mouvement, a fait son chemin et s’est même concrétisée. Cette idée de coordination - le mot même - est certainement venue de l’exemple des étudiants qui se sont donné des coordinations semblables. L’exemple étudiant a frappé d’autant mieux qu’une grève des chemins de fer par sa nature même est un mouvement qui touche des dizaines de milliers de gens dispersés sur toute l’étendue du territoire national, comme le mouvement étudiant, et qui a donc besoin, comme le mouvement étudiant, d’une organisation centrale. Et c’est ainsi que sont nées des coordinations nationales. D’une part, une Coordination Nationale des Agents de Conduite ; d’autre part une Coordination Nationale inter-catégories de tous les cheminots. La première s’appuie sur le sentiment corporatiste qui existe très fort chez les conducteurs. La seconde au contraire essaie de donner corps à l’idée que la force du mouvement réside dans le fait qu’il ne doit pas se laisser diviser par catégories mal au contraire faire des 230 000 cheminots une force unique. Ces coordinations ne représentent pour l’instant qu’une minorité des cheminots. Même à celle des seuls agents de conduite déjà une minorité parmi l’ensemble des travailleurs de la SNCF, même s’ils ont été le fer de lance de cette grève, seul le tiers des dépôts est représenté. Mais des assemblées générales et des comités de grève, c’est-à-dire la majorité des travailleurs de certains secteurs, ont délégué des représentants aussi bien à la Coordination Inter-catégories où à celle des agents de conduite ou aux deux pour certains dépôts. Des minorités de nombreux autres secteurs ont envoyé des observateurs à la Coordination Inter-catégories, vers laquelle des cheminots d’un peu partout regardent. Telles qu’elles sont, ces coordinations ont donc créé le fait nouveau de ce mouvement de grève en France, où il n’existe aucune tradition d’une organisation démocratique des grévistes indépendante des appareils syndicaux, la direction de la grève étant considérée, parmi les travailleurs eux-mêmes, comme revenant de droit aux directions syndicales. Le combat pour l’organisation démocratique de la grève, pour des comités de grève élus et contrôlés par les grévistes est depuis des dizaines d’années celui des seuls révolutionnaires. On pourrait même dire quasiment celui des seuls militants de Lutte Ouvrière, la plupart des autres organisations d’extrême-gauche, même trotskystes, comme on le voit encore maintenant dans ce mouvement des cheminots, avec l’attitude de la Ligue Communiste Révolutionnaire et du Parti Communiste Internationaliste, acceptant ou même demandant que la direction de la grève revienne de droit aux directions syndicales. Cette grève des cheminots, quelle que soit sa suite, va donc probablement laisser un exemple d’organisation de la grève inhabituel et qui peut faire date. De plus, depuis huit jours, ces coordinations, qui s’ajoutent aux assemblées générales régulières, aux comités de grève et aux coordinations régionales, et qui expriment à la fois la détermination de la base et sa méfiance envers les organisations syndicales traditionnelles, poussent ces dernières en avant, même si c’est l’épée dans les reins. Le fat que les fédérations syndicales n’aient rien signé avec la SNCF à l’issue des négociations, qu’elles aient été extrêmement prudentes dans la présentation des résultats de ces négociations, qu’elles aient dit et redit que c’était à la base, aux grévistes de décider, est le résultat de cette pression exercée par les coordinations, c’est-à-dire l’organisation indépendante du mouvement gréviste, aussi embryonnaire soit-elle encore.

Lire encore sur cette grève dans l’historique qui suit...


Histoire des grèves de cheminots en France et dans le monde

A lire notamment : La répression des cheminots au travers de l’Histoire

1898 : échec de la grève générale des chemins de fer lancée par le Syndicat national, dont la figure de proue est Guérard

L’événement déterminant fut l’échec de la grève générale chez les cheminots en 1898, suite au noyautage de la structure par la police, celle-ci réceptionnant les appels à la grève chez les destinataires, dès l’envoi par la poste. Lagailse lui-même se reniera devant la police, et il disparaîtra du mouvement ouvrier sans même que l’on retienne son prénom.

A. Lagailse était employé de bureau au réseau des Chemins de fer de l’État. C’est immédiatement à la suite du 4e congrès, qu’il est « débarqué » du secrétariat général, à la suite de son attitude jugée d’une « couardise impardonnable » lors d’une grève des cheminots qu’il désavoue.

1910 : « grève de la thune », première grande grève des cheminots français, fortement réprimée mais victorieuse à terme avec en 1911 une augmentation des salaires et l’obtention d’un règlement des retraites

Premier texte sur la grève de 1910

Deuxième texte sur la grève de 1910

Quatrième texte sur la grève de 1910

1919-1920 : plusieurs vagues de grèves se succèdent, très fortement réprimées (arrestations, 18000 révocations). Leur échec nourrira les débats entre révolutionnaires et réformistes, qui se scinderont définitivement en janvier 1922 entre CGT et CGT Unifiée. C’est à cette même période qu’est accordé un Statut du cheminot.

1920 : Millerand brise la grève des cheminots

Le 19 février 1920, répondant à la mise à pied d’un syndicaliste cheminot de l’atelier de Villeneuve-Saint-Georges, 1 500 travailleurs des chemins de fer se mettent en grève. Durant cinq mois, diverses vagues de grèves vont se succéder, au rythme des controverses entre les syndicalistes réformistes et les révolutionnaires, aboutissant à la scission de la CGT.

Le 19 février, Campanaud militant à l’atelier de Villeneuve-Saint-Georges se rend à une réunion de la commission administrative de l’union de réseau (PLM). Il est aussitôt sanctionné par une mise à pied : 1 500 cheminots des ateliers arrêtent le travail. Sous l’impulsion des révolutionnaires, forts présents au sein de l’union du PLM, le mouvement de solidarité s’étend rapidement. Le 23 et 24 le mouvement touche les agents parisiens quel que soit leur réseau d’origine. L’enthousiasme des cheminots révolutionnaires de l’union des syndicats parisiens, dont Besnard, Sirolle et Monmouseau, est particulièrement vif. Le 27 février Sirolle et Monmouseau menacent la fédération de créer un comité directeur parallèle qui se chargerait de l’extension du mouvement sur l’ensemble du territoire.

La fédération accepte alors d’appeler à la grève autour de cinq revendications : respect des droits syndicaux, échelle des salaires, extensions des commissions paritaires aux petites compagnies (qui existent encore), étude d’un régime des chemins de fer, enfin absence de sanctions pour fait de grève. Les directions de réseaux cèdent sur les quatre premières revendications, mais il faudra encore une fois l’intervention de Millerand pour obtenir le dernier point. L’ordre de grève est levé dans la nuit du 1er au 2 mars.

Mais les dirigeants de réseau ne l’entendent pas de cette oreille. Des militants sont sanctionnés comme Midol (PLM) révoqué pour provocation de militaires à désobéissance (rappelons que les cheminot sont toujours sous affectation spéciale). Ultime provocation : les non grévistes des réseaux de l’État, du PLM et du PO reçoivent double salaire.

Les révolutionnaires sont excédés. Ils ont le sentiment qu’au vu du rapport de forces on aurait pu obtenir beaucoup plus et que la majorité laisse sacrifier leurs camarades. Aux congrès de réseaux de l’État, du PLM et du PO, là où les cheminots ont été les plus combatifs, les minoritaires deviennent majoritaires. Au congrès de la fédération qui se tient du 22 au 24 avril le désaveu de la direction est patent. Les révolutionnaires deviennent majoritaires.

De suite, puisque la révolution n’a pas eu lieu en 1919, elle débutera, décident-ils, le 1er mai 1920 par la grève générale de la corporation. Puis, pour entraîner dans la grève générale une confédération jugée peu combative, ils se rallient au mot d’ordre de nationalisation, contre l’avis de Pierre Semard.

Le 29 avril, la confédération accepte de soutenir la fédération en lançant un mot d’ordre où différentes corporations, mais pas toutes, doivent entrer en grève par vagues successives

Le samedi 1er mai, les cheminots sont en grève avec manifestations violentes (deux morts à Paris) dans tout le pays. Le lundi 3, les fédérations des Ports et Docks, des Marins et des Mineurs se lancent dans l’action : il s’agit bien de bloquer le pays.

De son côté, le gouvernement ne reste pas inactif. Sous prétexte de complot contre la sécurité de l’État, il commence une série d’arrestations dans tous l’Hexagone, à commencer par les dirigeants de la minorité révolutionnaire, Pierre Monatte, le 3 mai, pourtant non cheminot (mais directeur de La Vie ouvrière) puis Henri Sirolle, secrétaire adjoint de la fédération des cheminots, le 4. De leur côté, les compagnies commencent à révoquer de nombreux militants.

Coup dur, ce lundi 3 mai, sur le réseau nord une délégation de l’union syndicale négocie la reprise contre l’absence de sanction. La mobilisation sur le réseau Est est très faible.

Le 5 mai, le syndicat des métaux de Paris, qui s’est lancé dans l’action, est désavoué par la confédération. Le 8, de manière confuse, des travailleurs de tous secteurs se joignent au mouvement. La fédération appelle alors la confédération à lancer de nouvelles troupes dans la bataille, pour passer le cap du 10 mai.

Le mardi 11, le conseil des ministres engage des poursuites contre la CGT et envisage sa dissolution. Du coup, l’union syndicale du Nord appelle à la grève contre ce quelle estime être une provocation. Le syndicat du gaz s’engage pour le 14.

Dans tout le pays la situation est confuse et troublée. Altercations et bagarres se multiplient. Au sein même de la fédération des cheminots, la tension est à son comble. Le comité confédéral se réunit, les débats y sont houleux et se concluront par un appel à la reprise le 21 mai.

La fédération, elle, ne lève pas son mot d’ordre mais la grève se délite. Le 25, le réseau de l’État cesse la grève, et la fédération appelle finalement à la reprise le 28 mai 1920. Les cheminots paieront chèrement cet échec : 400 militants inculpés de complot contre la sécurité de l’État, 20 000 révoqués.

Premier texte sur la grève de 1920

Troisième texte sur la grève de 1920

1936 : participation des cheminots à la grève générale

Tous les secteurs sont touchés : la métallurgie, les magasins d’alimentation, la chimie, les salles de spectacle, le pétrole, les écuries, les bistrots… Même l’hôtellerie se met en vacances !

Tout… sauf les chemins de fer ? Pas tout à fait. Les grèves n’ont affecté ni les chemins de fer ni les postes ni les services publics de l’État et des collectivités, mais, pour le secteur privé, leur ampleur est sans précédent. La CGT a essayé de ne pas entraîner dans le mouvement le secteur public et elle y est parvenue !!! Soutien au gouvernement et aux classes dirigeantes oblige. N’oublions pas que la grève s’était étendue spontanément et pas sous l’impulsion de la direction de la CGT qui, comme le PCF, soutenait le gouvernement Blum pour faire arrêter les grèves…

Les dirigeants de la fédération CGT des cheminots avaient donc fait en 1936 ce qu’il fallait pour que les travailleurs du rail ne se lancent pas dans le conflit social !!!!

Ce qui signifie que l’un des plus grands conflits sociaux en France a passé complètement à côté des travailleurs du Rail !

C’est précisément l’exemple que prend Antoine Prost pour démontrer la volonté du parti communiste, très influent dans la CGT, de ne pas étendre les grèves, voir « Le PC et Léon Blum face aux grèves de 1936 », Sciences humaines, « L’histoire aujourd’hui ».

Les licenciements massifs de 1920, seize ans avant, ont servi de prétexte pour demander au cheminot « passer son tour » dans la lutte de classe, en fait pour diminuer considérablement le rapport de forces de la classe ouvrière et soutenir ainsi le gouvernement bourgeois de Blum !!!

La CGT, qui préfère ne pas s’en expliquer, démarre son histoire de… 1938

1938 : grève générale contre les décrets-lois Daladier Reynaud, remettant en cause les acquis du Front populaire ; les cheminots sont réquisitionnés par le gouvernement. La grève se conclut par un échec.

La grève de novembre 1938 en réaction au sabotage des conquêtes du Front Populaire par la bourgeoisie, marque les difficultés de la politique de collaboration de classe. La bourgeoise ayant même dû décréter la réquisition des cheminots le 25 novembre 1938.

1945

Dans L’Humanité du 7 août 1945, Benoît Frachon, alors qu’une fraction majoritaire de la CGT a basculé dans la grève, dénonce les grévistes des PTT :

« Les fonctionnaires, cheminots, les ouvriers des services publics, les ingénieurs et agents des cadres, les retraités ont satisfaction complète dans leurs revendications immédiates. Les travailleurs des PTT verront également le triomphe de revendications qu’on leur refusait depuis des mois, en même temps qu’on excitait leur mécontentement. (…) Devant de tels résultats, on comprend que toute la tourbe réactionnaire s’agite et cherche à nuire à une organisation qui remplit si bien sa tâche. (…) L’utilisation par les ennemis de la classe ouvrière de l’acte d’indiscipline de quelques éléments des PTT n’est qu’une resucée de ce que nous avons connu à plusieurs reprises. Quel meilleur moyen de discorde que d’entraîner une partie d’entre eux dans une grève, en utilisant un juste mécontentement et de leur opposer ceux qui ont respecté la discipline syndicale ? (…) Les travailleurs des PTT ne manqueront pas de régler démocratiquement, à l’intérieur de leur organisation et dans le cadre des statuts qui les régissent, les problèmes posés devant eux. Ils déjoueront toutes les manœuvres de division et feront échec à cette première tentative violente d’introduire dans la CGT des germes de conflit. Ce faisant, ils suivront la voie qu’a prise le Comité confédéral national. »

1946

L’ambiance dans la classe ouvrière

1947

Si, depuis près de dix ans, les travailleurs de chez Renault n’avaient pas fait grève, cette année ils en ont fait deux. Mais, bien que très rapprochées et ayant les mêmes objectifs : le salaire minimum vital garanti, ces deux grèves ont été totalement différentes l’une de l’autre.

Au mois de mai, la grève contre la direction patronale et gouvernementale fut déclenchée par une poignée d’ouvriers, malgré l’hostilité ouverte des dirigeants syndicaux.

La grève du mois de novembre, au contraire, fut déclenchée par les dirigeants cégétistes.

Cependant, à force d’avoir endigué le mouvement gréviste général pendant des mois, c’est dans les pires conditions qu’ils furent obligés d’y entrer (l’approche de l’hiver, le manque de travail dans l’usine et la méfiance qu’à juste titre ils s’étaient attirée de la part des ouvriers). Mais, "au mois de mai, le mouvement avait été déclenché par une poignée de diviseurs et n’avait aucune chance d’aboutir, tandis qu’aujourd’hui c’est la grande C.G.T. qui prend ses responsabilités". Ainsi se rassuraient les fidèles. Dans leur enthousiasme, ils avaient oublié ce que disait Carn aux responsables syndicaux, huit jours avant : "Vous savez bien qu’actuellement c’est impossible de déclencher la grève. Les ouvriers ne nous suivraient pas".

Les ouvriers ont suivi quand même ce mouvement déclenché d’en haut, en dehors de leur volonté, parce qu’ils savent bien que seule l’action directe peut faire aboutir leurs revendications.

Mais il s’est avéré que la grève a été mieux conduite au mois de mai avec des ouvriers du rang, qu’aujourd’hui par la "grande" C.G.T. Au mois de mai, la seule grève Renault a donné le branle à tout le mouvement revendicatif de cet été, sans aucun ordre venant d’en haut. La grève générale des cheminots a fait capituler le gouvernement au bout d’une semaine.

C’est l’unanimité de tous les travailleurs qui caractérisait le mouvement au mois de mai, que seule l’opposition farouche de la C.G.T. a empêché d’éclater en une grève générale.

Au mois de novembre, la C.G.T., englobant des millions d’adhérents et dirigeant le mouvement, n’a pas pu empêcher la division, le manque de confiance, elle n’a pas été capable de faire renaître un nouveau juin 1936.

Au mois de mai, le comité de grève Collas fut capable de rallier dans la grève tous les ouvriers de l’usine, y compris les cadres, qui débrayaient malgré l’opposition farouche des responsables cégétistes.

Au mois de novembre, il a fallu que les piquets de grève emploient la force pour empêcher la maîtrise et les employés de continuer le travail. En mai, alors que tous les ouvriers étaient dans la grève, alors qu’ils refusaient de reprendre le travail le mardi 29 avril, à 13 heures, comme l’avait préconisé la C.G.T., celle-ci organisait un vote secret dans l’usine, pour briser le mouvement. Le résultat fut que deux tiers des ouvriers se prononcèrent pour le comité de grève.

En novembre, la même direction cégétiste dut s’opposer de toutes ses forces à ce qu’un vote ait lieu, tant elle craignait le sentiment des ouvriers.

Au mois de mai, les travailleurs de Collas, continuant la grève trois jours de plus que le restant de l’usine, arrachèrent à M. Mayer le paiement des heures de grève pour tous, revendication reprise depuis dans toutes les grèves. Contre les grévistes de Collas, la section syndicale C.G.T. fit alors appel à MM. Lefaucheux et Mayer pour faire respecter la "liberté du travail". Mais les grévistes avaient pour eux la sympathie de tous les travailleurs de la Régie qui, en deux jours, collectèrent plus de 60.000 francs pour les soutenir.

Au mois de mai, les ouvriers formaient eux-mêmes leurs piquets et comités de grève, chaque travailleur pouvant ainsi librement se manifester. La démocratie ouvrière réalisait l’unité.

Au mois de novembre, la section syndicale a rejeté du Comité central de grève les militants ouvriers du S.D.R. partisans de la grève, parce qu’ils n’étaient pas dans la C.G.T., pendant que les bureaucrates pro-grévistes (Frachon) et antigrévistes (Jouhaux) faisaient "l’unité" dans le bureau confédéral.

Au mois de mai, les ouvriers allaient eux-mêmes faire débrayer d’autres usines et faire la propagande pour la grève générale et ses revendications.

Au mois de novembre, le Bureau confédéral de la C.G.T., de peur de prendre ses responsabilités, s’est défendu publiquement d’avoir voulu déclencher la grève générale.

L’échec du mouvement de novembre n’est pas une défaite directe de la classe ouvrière, mais celle d’une entreprise que les dirigeants cégétistes ont mené à sa perte, parce qu’ils sont désormais incapables de gagner la confiance des ouvriers qu’ils ont abusés.

La grève de mai prouve que l’organisation des travailleurs du rang est capable de surmonter obstacles et difficultés, la grève de novembre prouve que les défaites sont l’oeuvre des directions bureaucratiques. Les ouvriers n’avaient pas encore suffisamment compris en mai la leçon que leur renouvelle le mouvement en novembre.

Film sur le grève des cheminots de 1947

A partir de 1947

Les grèves des cheminots après 1947

1948

Les mouvements sont nombreux et combatifs mais sciemment éparpillés pour ne pas risquer la grève générale :

En septembre (avant la grève des mineurs) 1er septembre - Débrayage et manifestation chez les métallos de Nantes, Saint-Nazaire, Montargis, Bagnolet. - Débrayage partiel à Dôle. Manifestations dans le 15e. 3 septembre - Grève de 2 heures à Marseille. 5 septembre - Débrayage et manifestation à Tulle. 7 septembre - Grève de 24 heures à Troyes. Débrayage et manifestation à Strasbourg. Débrayage dans le Rhône. Débrayage à Pont-de-l’Arche. 8 septembre - Débrayage à Aubusson. 9 septembre - Débrayage au Blanc-Mesnil. Grève de 24 heures à La Rochelle et dans la Somme. 10 septembre - Débrayage et manifestation à Boulogne, Saint-Ouen, Puteaux, Courbevoie, Clichy, Saint-Denis et Issy. Débrayage dans les Ardennes, la Haute-Garonne, le Cher et à Saint-Etienne. 11 septembre - Débrayage et grève dans plusieurs endroits : métallos, bâtiment, textile et papeteries, dans l’Ariège ; dans l’Aisne ; papeteries de Saint-Girons. Débrayage à Levallois. 12 septembre - Débrayage à Arras et à Boulogne. 14 septembre - Débrayage à Hagondange. Débrayage et manifestation à Gennevilliers, Asnières, Saint-Cloud. Grève d’une heure à Alès et à Nîmes. Grève générale dans le Doubs. 16 septembre - Débrayage et manifestation à Tarbes et en Charente. 17 septembre - Débrayage à Orléans et dans la Sarthe. 21 septembre - Débrayage dans le Haut-Rhin, à Lorient et à Grenoble (obsèques de l’ouvrier Voitrin, assassiné par les gaullistes). 25 septembre - Grève générale de 2 heures dans toute la France, à l’appel de toutes les centrales syndicales (CGT, "Force Ouvrière", CFTC, Cadres). 28 septembre - Débrayage au Havre. A partir du 1er octobre : 1er octobre - Grève de 24 heures du personnel du gaz et de l’électricité dans toute la France. 5 octobre - grève des taxis à Paris et Bordeaux. Journée d’agitation des communaux (CGT et CFTC) dans toute la France. Début de la grève des chemins de fer du Nord-Est et des métallurgistes de Lorraine (qui durera jusqu’au 16). 8 octobre - Grève de 24 heures de toute la marine marchande. 11 octobre - Grève de 24 heures dans la Moselle. Grève de 48 heures des métallurgistes de Moselle. 13 octobre - Grève de 24 heures de tous les ports de France. 15 octobre - Grève de 24 heures des métallurgistes de Bordeaux. Grève du textile à Troyes, Sedan, Vendôme. 20 octobre - Grève de 24 heures des cheminots de la région méditerranéenne. Grève générale dans le Tarn. 21 octobre - Grève de 48 heures des cheminots du Mans, d’Alençon et de Château-du-Loir. 22 octobre - Grève de 24 heures des cheminots de Toulouse, de Nîmes, d’Alès, d’Avignon, de Sète et du Teil. Refus des dockers de Calais et de Boulogne de décharger du charbon. Débrayage de solidarité dans toute la métallurgie parisienne. 25 octobre - Grève de 24 heures dans la Loire. Débrayage à Lyon, Marseille, Limoges, Saint-Julien, etc... Nombreuses grèves dans tout le pays. 26 octobre - Débrayage à Marseille, Rouen, Dieppe, Montpellier, Béziers, Sète, Clermont-Ferrand, La Rochelle. 27 octobre - Débrayage à Marseille, La Bocca, Toulon, Brignolles, Périgueux. 28 octobre - Grève de 24 heures dans le Gard. Débrayage dans la Vienne, à Mantes, chez les métallos de Denain. 29 octobre - Débrayage à Boulogne-sur-Mer. 1er novembre - Grève des marins de Marseille.

1952-1953

Un témoignage

De 1961 à 1999, la lutte contre les trahisons syndicales

Un film sur la grève des transports de 1962

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1963

En 1963, malgré une sympathie marquée pour la dure grève des mineurs de 1963, la CGT refuse d’appeler les cheminots au moindre geste de solidarité à part des collectes …. Et les mineurs isolés sont battus. • 1968 : La grève à la SNCF et la grève générale de mai-juin 1968. Le mouvement des cheminots né le 16 mai 1968 dans la banlieue lyonnaise puis le 17, à partir de la gare d’Achères et qui fait rapidement tâche d’huile. Ainsi, c’est d’abord par la paralysie progressive des chemins de fer que la grève s’étend dans de nombreux départements français. En mai 1968, tout en organisant de fait la grève générale afin d’empêcher de se laisser déborder par le mouvement spontané, la CGT a dans le même temps démobilisé en s’opposant à l’occupation massive et effective des usines comme en juin 1936. Du coup, il ne lui a pas été trop difficile de faire reprendre le travail malgré la minceur des concessions patronales et gouvernementales, malgré aussi l’échec politique puisque le ras-le-bol du régime gaulliste qui était pour une bonne part dans le déclenchement de la révolte n’eut aucun débouché immédiat. Qui a donné un coup d’arrêt à la grève générale ouvrière de mai-juin 1968 ? Les syndicats et, en premier, la CGT. Durant les années où la CGT est passée pour très « lutte de classes » parce que son discours est calqué sur celui du PCF, la centrale principale de la classe ouvrière en France n’a pas cessé d’être un frein aux luttes en n’organisant que des grèves partielles, tournantes et d’autres stratégies de refus de la lutte en prétextant que De Gaulle était « un pouvoir fort ». En 1968, la CGT va être contrainte de laisser ses militants prendre la direction des grèves. Les étudiants de 1968 ont montré qu’il n’en était rien et les premières grèves de 1967-1968 ont contraint la CGT à soutenir les grèves au risque d’être débordée. La CGT n’a jamais appelé à la grève générale même si ses militants ont cru avoir le feu vert pour étendre la grève. Suite aux accords avec le gouvernement, la CGT pèse de tout son poids pour faire reprendre le travail… avec un bilan très faible si on compare à 1936 et à la montée du rapport de forces des travailleurs en France.

1968

Le mouvement des cheminots né le 16 mai dans la banlieue lyonnaise puis le 17, à partir de la gare d’Achères et qui fait rapidement tâche d’huile. Ainsi, c’est d’abord par la paralysie progressive des chemins de fer que la grève s’étend dans de nombreux départements français. La grève se généralise à compter du 30 mai (...) Pendant la semaine, la grève se propage vers les petites usines qui s’arrêtent. (...) Il n’y a pas de mot d’ordre de grève générale ou de constitution d’un Comité central de grève, comme en novembre 1947. Le mouvement se diffuse par la base où la grève devient généralisée en fin de semaine. Dans le même temps, les grévistes suivent les faits qui se déroulent ailleurs : dans les usines à proximité, dans la ville ou le bassin d’emploi, et surtout à Paris. La scène nationale est cruciale, qui rythme d’une manière décisoire la chronologie et donne aux grèves un caractère de mouvement. Dès lors, les négociations, qui se déroulent au ministère des Affaires sociales, rue de Grenelle du 25 au 27 mai, revêtent une importance déterminante.

Après deux nuits d’intenses négociations, un constat est proposé aux grévistes afin de reprendre le travail. Le présentant aux ouvriers de Renault-Billancourt qui ont déjà reconduit leur mouvement, Georges Séguy constate que les clauses du constat sont huées. Le refus de Billancourt, qui déçoit les dirigeants de la CGT, devient le symbole de la tenacité ouvrière.

Dans de nombreux départements, les ouvriers font valoir leur hostilité à un constat qu’ils jugent bien maigre. Les préfets soulignent souvent que l’heure est au durcissement, en Haute-Marne, dans les Vosges, l’Hérault, le Loiret ou le Calvados. (...)

Les journées entre le 27 et le 30 traduisent donc une certaine ambivalence. Pour une minorité, elles constituent le moment de la reprise du travail. Ailleurs, elles coïncident avec un durcissement du mouvement. A cet instant, le mouvement apparait à la fois puissant et totalement ouvert. Des ouvriers participent au meeting de Charléty, durant lequel la CGT est violemment critiquée. Ils sont à la recherche d’une issue révolutionnaire.

Dans le droit fil du discours de De Gaulle du 30 mai, aspirant à "ramener le pays à la liberté et à la paix" (selon lui menacée par le communisme), le ministre de l’intérieur invite ses représentants à l’action. Ils doivent réduire les grèves, notamment en s’attaquant aux occupations. Le 5 au petit matin, la police évacue 150 grévistes irréductibles chez Lockheed à Beauvais et, dans le Nord, les forces de police interviennent dans trois usines le lendemain. Ainsi, les interventions policières très brutales à Flins le 6 et à Sochaux le 11 juin, provoquant au total la mort de trois personnes (...) s’inscrivent dans une stratégie gouvernementale d’expulsion des grévistes des usines, afin de briser le mouvement de grèves.

Parallèlement, et ce malgré un rejet massif du constat de Grenelle, les discussions se poursuivent à l’échelle des fédérations professionnelles dans les jours qui suivent.

La grève des cheminots de 1968

1969

La grève SNCF du 10 au 18 août 1969 est liée à la grève RATP qu’elle a entraînée, mais les syndicats de la SNCF font reprendre le travail sur un bilan de « succès pour les cheminots » (accord sur les conditions de travail) en « lâchant » les travailleurs de la RATP qui reprennent quatre jours plus tard, le 22 août…

1976-1978 : les comités de grève de Paris-Sud-Ouest et Villeneuve-Saint-Georges

En mars 1976, un comité de grève fut constitué au dépôt de Paris-Sud-Ouest, lors d’une grève nationale de cheminots. En décembre 1978, un comité de grève impulsé par des militants de Lutte Ouvrière mena une grève de 10 jours au dépôt de Villeneuve-Saint-Georges sur un problème de jours de repos. En janvier 1979, Daniel Vitry (militant de LO) constituait avec deux cent cheminots du chantier de manœuvre de la gare d’Austerlitz un Comité de Grève pour mener les quatorze jours de leur mouvement, sur les conditions de travail. En novembre 1981, le service intérieur du dépôt d’Ivry menait lui aussi une grève de quatorze jours avec son Comité de Grève, sur un problème de salaires.

« A propos des grèves SNCF de Villeneuve-triage et Paris-Austerlitz (décembre 1978 et janvier 1979) » :

Ces deux grèves concernaient un nombre de travailleurs limité (environ 400 pour la première, 200 pour la seconde). Elles avaient pour objet des revendications locales elles aussi très limitées, qui mettaient hors de question la perspective de la moindre extension du mouvement. Elles se sont soldées toutes les deux par un échec au plan des revendications. Et elles n’ont eu un petit retentissement et n’ont soulevé d’intérêt que parmi les cheminots des secteurs SNCF qui côtoient immédiatement les secteurs qui ont fait grève (régions Paris-Sud-Est et Paris-Sud-Ouest SNCF). (…)

La grève à Villeneuve-triage

(…) Il fallait organiser la grève au mieux. Mais la première condition, puisque pression de la base il y avait, était de ne pas organiser cette grève au nom des syndicats en général et de la CGT en particulier, même si nos camarades étaient des dirigeants cégétistes locaux. Puisque la situation le permettait, il était de notre devoir de militer pour que les gars forment leur comité de grève et prennent en mains leur propre lutte, ou bien alors de s’associer à la grève en tant qu’individu, mais en refusant de la diriger.

A la suite de l’assemblée de jeudi matin nous décidons donc de proposer de mettre en place un comité de grève, élu par les grévistes, responsable devant eux et éventuellement révocable par eux, composé des plus représentatifs d’entre eux, syndiqués ou non et quelle que soit leur appartenance syndicale.

En fait, surtout vu rétrospectivement nous avons sans doute trop tardé à faire cette proposition.

Mais surtout nos camarades eux-mêmes ont quelque mal à la faire passer dans les faits. Les grévistes eux-mêmes, sans être contre, ne voient pas bien la nécessité ou l’utilité du comité de grève. Le dirigeant de la CFDT, tout libertaire qu’il soit, estime que « le comité de grève, c’est un slogan » et n’entend pas pousser à la constitution d’un réel comité. Et surtout nos camarades, qui ont agi jusqu’ici en tant que dirigeants CGT, ont du mal à se reconvertir, à ne plus agir en tant que représentants du syndicat mais à se poser en dirigeants des grévistes ne voulant tenir leur autorité dans la grève que des grévistes eux-mêmes et au travers des structures mises en place par les grévistes.

Du coup, jeudi et vendredi, la propagande pour le comité de grève semble rencontrer peu d’échos et les propositions de le mettre en place tombent à plat. En fait, nos propres camarades sont peu convaincus de la nécessité de ce comité de grève et, en tout cas, de la nécessité pour eux de cesser de diriger la grève si les travailleurs ne sont pas assez conscients de la nécessité d’un comité, car cela fait partie de notre analyse.

Pour pouvoir faire grève avec des chances de succès, il leur faut non seulement la volonté de faire grève, mais encore la conscience et l’on peut se demander qui de nos camarades ou des travailleurs étaient les moins conscients pendant cette période de quelques jours car, de fait, les travailleurs avaient déjà dépassé ce niveau et le problème du comité de grève était le problème de l’heure depuis déjà plusieurs jours.

Car pendant tout ce temps, nos camarades continuaient à se conduire en simples responsables du syndicat car, dès le vendredi, ils pourront vérifier que cela avait des conséquences et que le niveau de conscience des travailleurs dépassait déjà la représentation syndicale… Ce jour-là, la direction SNCF régionale accepte de recevoir les représentants des syndicats. (…) Et lorsqu’à la demande de nos camarades d’interrompre la réunion pour aller faire le point avec les grévistes qui attendaient dehors, les représentants de la CGT ne bougent pas… et nos camarades non plus.

Aussi, deux heures plus tard, lorsque les délégués sortent, c’est par des huées qu’ils sont accueillis par les 120 grévistes qui prennent violemment à partie les syndicats pour les avoir fait attendre, dans le froid, et qui plus est pour rien (car la direction n’a pratiquement rien cédé) et sans avoir pris la peine de leur rendre compte régulièrement de la situation. Ce soir-là la proposition de faire un comité de grève, refaite aux 120 présents par un camarade, est carrément repoussée. Les grévistes n’y voient qu’une proposition des syndicats. Et ils sont bien décidés à montrer aux syndicats qu’ils sont mécontents en votant contre toutes leurs propositions. Les camarades n’avaient plus le choix : ou ils continuaient de se comporter en dirigeants syndicalistes qui savent eux, à la place des travailleurs, ce qu’il est bon de faire, ce qu’il n’est pas bon de faire, etc…, ou ils prennent conscience qu’ils sont avant tout des militants révolutionnaires et que c’est trahison que de ne pas mettre en place des formes démocratiques et révolutionnaires de direction et d’organisation de la classe ouvrière dès que les circonstances le permettent.

(…) On ne fait pas de syndicalisme lorsque les travailleurs sont en mouvement et prêts à prendre leur lutte en mains. (…) Les réformistes ne sont pas tous des traîtres conscients ; l’immense majorité d’entre eux se trompent tout simplement sur le niveau de conscience des masses et restent un pas en retard par rapport à elles. C’est ce qui, en tout petit, a failli arriver à nos camarades en cette circonstance. Disons que ce n’est pas une critique car c’est arrivé à bien d’autres et cela arrivera encore à bien d’autres. (…) Mais bien entendu en d’autres circonstances, dans des mouvements plus larges, plus décisifs, c’est une véritable trahison. C’est pour cela que nous attachons tant d’importance à la discussion de ce mouvement.

Pour en revenir au triage de Villeneuve, le comité de grève sera mis en place, le matin suivant. (…) A partir de ce jour, samedi 2, c’est le comité qui devient la direction effective de la grève. (…)Il faut dire aussi que le camarade qui était secrétaire de la section CGT nous a fait parvenir sa décision de démissionner (de LO et de son mandat syndical). Depuis le début de la grève, il tirait en arrière. (…) Les cheminots s’invitent à la télé

La grève à Paris-Austerlitz

Le mouvement à Paris-Austerlitz qui va suivre celui de Villeneuve dans la foulée va bénéficier des enseignements que nous avons pu tirer de celui-ci. (…)

Au début décembre, la soixantaine de « nicoteurs » commencent à parler de faire grève pour les départs de fêtes de Noël. (…) La CGT intervient pour expliquer que c’est une erreur de faire grève au moment des fêtes. (…) Les travailleurs ne comprennent pas trop la nécessité de s’organiser, ne voient pas le sens d’un comité de grève. (…)

Le 22 au matin les quelques gars battants tentent de lancer la grève. Les syndicats, malgré le soutien promis, sont absents. (…) C’est l’occasion pour notre camarade de rediscuter avec eux, d’expliquer une nouvelle fois et, cette fois, d’être mieux compris. (…) Finalement il y a 21 candidats pour ce comité de grève provisoire. (…)

Après la constitution du comité, l’appareil CGT commence à réagir. Les dirigeants du syndicat font leur réapparition dans les assemblées générales, dans les tournées. Ils essaient de dissuader de aire grève en présentant les propositions de la direction comme positives et, surtout, critiquent le comité de grève. (…) Celui-ci n’en continue pas moins son travail. (…)

L’hostilité de la CGT envers la grève et le comité de grève ne fait que croître au fil des jours. (…) C’est toujours le comité qui dirige, qui propose, qui organise et c’est lui que les grévistes regardent comme l’unique direction de la grève. (…)

La grève n’a rien amené. Pourtant, là aussi comme à Villeneuve, les travailleurs ne sont pas du tout démoralisés. Ils ont vraiment fait l’expérience – et ils le disent – que leur mouvement, ils pouvaient l’organiser et le contrôler contre la direction mais aussi contre les bureaucraties syndicales. (…)

Dans ces deux mouvements, nous aurions pu nous contenter d’essayer de prendre la direction en tant que représentants du syndicat (CGT à Villeneuve, CFDT à Paris-Austerlitz). Cela aurait sans doute été parfaitement possible, et dans ce cas nous aurions pu certainement coopérer avec l’appareil CGT. (…) Nous nous y sommes refusés, considérant que dans un tel mouvement tout ce que les travailleurs avaient à y gagner était d’élever leur niveau de conscience en apprenant qu’il était possible d’avoir une autre organisation de la grève, qui à la fois permette le contrôle démocratique de celle-ci par les grévistes et amène ceux-ci à être partie prenante de toutes les décisions et de toute l’organisation. (…)

1978 : le rapport Guillaumat, remettant en cause le service public est le support de plusieurs actions de protestation de la CGT, qui dans le même temps soutient le projet du TGV. L’unité syndicale se réalise sur la base d’un dossier commun sur les transports et s’illustre dans une « journée sans transport », le 7 mars 1979.

La grève de janvier 1979 au chantier de manœuvre de la gare d’Austerlitz : quatorze jours de grève de deux cent cheminots.

1981

En novembre, le service intérieur du dépôt d’Ivry est en grève. 80 cheminots mènent 14 jours de grève avec un comité de grève sur les salaires.

La gauche est au gouvernement et les syndicats collaborent avec le nouveau pouvoir en bradant systématiquement des intérêts des cheminots en 1981-1982. Le 30 décembre, c’est la promulgation de la Loi d’Orientation des Transports Intérieurs : la SNCF est transformée en Etablissement Public Industriel et Commercial. La loi sur les comités d’entreprise s’applique à la SNCF et fera l’objet de longues négociations avant d’aboutir à leur définition et au transfert des activités sociales. C’est la « récompense » aux syndicats pour avoir accepté gentiment cette « réforme » antisociale.

Le gouvernement socialo-communiste de Mauroy débute, en 1982, par un blocage des salaires, déguisé au début, affiché ensuite. De mai 1981 à août 1984, le « communiste » Fiterman est ministre des transports et il a dans sa manche l’ensemble des organisations syndicales et tout particulièrement la CGT et la CFDT. Les cheminots qui revendiquent au triage de Villeneuve Saint-Georges sont qualifiés par Fiterman de « provocateurs » en novembre 1981. De la même manière, les aiguilleurs et autres cheminots au travail posté vont être dénigrés lors des grèves de mai 1984 par les dirigeants syndicalistes Krazucki, Bergeron et le ministre Bérégovoy.

1984 : La grève des cheminots contre l’application des 35 heures en mai 1984

1984

En mai 1984, plusieurs Comités de Grève locaux se constituèrent lors des grèves à propos de l’application des 35 heures : à la manœuvre d’Austerlitz, à Bécon (réseau Ouest), à l’atelier du Landy, à La Chapelle.

1986-1987 : Les coordinations

Novembre 1986 marque une rupture pour le mouvement ouvrier, après l’anesthésie générale de 1981 avec la gauche gouvernementale. La droite, revenue aux affaires en mars 1986, a lancé des attaques tous azimuts. Quatre puissants mouvements vont la faire reculer : les étudiants à l’automne 1986, les cheminots en décembre 1986, les instituteurs au printemps 1987, les infirmières à l’automne 1988. Un nouveau cycle de luttes s’annonce alors, marqué par l’avènement de pratiques de démocratie directe et d’auto-organisation. C’est le temps des « coordinations ». Il y aura des suites : à la SNECMA et Air France...

En décembre 1986 janvier 1987, les cheminots vont faire une grève qui va durer 27 jours. Partie du réseau Nord chez les conducteurs, celle ci va s’étendre à tout le pays malgré les réticences, voir l’hostilité des états-majors syndicaux. Et elle touchera plus ou moins toutes les catégories de cheminots. La grève, qui porte essentiellement sur les salaires et l’arrêt des baisses d’effectifs, sera marquée par la détermination des grévistes à la base, avec des assemblées générales massives un peu partout. Sur le réseau de Paris Sud Ouest, dans bien des secteurs, les assemblées générales de grévistes élisent des comités de grève. C’est à dire une direction démocratique de la grève, ouverte aux grévistes syndiqués (toutes tendances confondues) et aux grévistes non syndiqués. Ceux ci vont même se coordonner régionalement, puis nationalement en créant une coordination nationale intercatégorie des cheminots en grève. Bien que faible celle ci va représenter prés de 10 000 grévistes. Daniel Vitry en sera un des animateurs et le porte parole.(ci contre debout au milieu du comité de grève d’Ivry). Cette grève malgré la détermination des grévistes n’a pas gagné. Dans bien des secteurs les grévistes n’ont pas su sortir du catégoriel, restant déterminés dans le milieu roulant, mais ne cherchant pas à gagner d’autres cheminots dans la grève. Là ou cette barrière a été franchie, comme à Paris Sud Ouest, nous n’avons pas pu vaincre le corporatisme très présent chez les grévistes.

Novembre 1986 marque une rupture pour le mouvement ouvrier, après l’anesthésie générale de 1981 avec la gauche gouvernementale. La droite, revenue aux affaires en mars 1986, a lancé des attaques tous azimuts. Quatre puissants mouvements vont la faire reculer : les étudiants à l’automne 1986, les cheminots en décembre 1986, les instituteurs au printemps 1987, les infirmières à l’automne 1988. Un nouveau cycle de luttes s’annonce alors, marqué par l’avènement de pratiques de démocratie directe et d’auto-organisation. C’est le temps des « coordinations ». Il y aura des suites : à la SNECMA et Air France...

La grève des cheminots a duré exactement quatre semaines puisque les premiers grévistes à Paris Nord « posaient le sac » comme on dit, le jeudi 18 décembre à 0 heure et que les derniers, ceux de Paris Sud-Ouest par exemple, ne reprenaient le travail que jeudi 15 janvier au matin. Sa caractéristique première, c’est qu’elle a été voulue, préparée, décidée, démarrée et étendue par la base.

Pour s’en convaincre, il n’est d’ailleurs que de voir comment la grève a démarré à Paris Nord. Au début novembre, une pétition circula parmi les conducteurs, proposant de « poser le sac une fois pour toutes », c’est-à-dire en clair proposant la grève illimitée jusqu’à satisfaction des revendications. Cette pétition n’était pas d’origine syndicale. Au contraire, elle était due à des cheminots excédés par les actions ou, plutôt, par les inactions syndicales. Depuis la rentrée de septembre, en deux mois, les fédérations syndicales avaient organisé, ensemble ou séparément, quatre journées, une tous les quinze jours, aussi soigneusement programmées que limitées. La CGT, se prétendant maintenant à l’origine de la grève, se vante d’avoir, au cours de l’année 1986, organisé pas moins de quatorze journées d’action à la SNCF. Mais c’est justement parce que les cheminots en avaient ras-le-bol non seulement de voir leur salaire réel se réduire, leurs conditions de travail empirer, les effectifs diminuer et la sécurité mise de plus en plus en cause par la SNCF, mais aussi ras-le-bol des simagrées de leurs organisations syndicales, qu’ils ont organisé et lancé un mouvement hors des cadres syndicaux.

La pétition ayant recueilli l’approbation d’une large majorité, un tract fut alors rédigé au début décembre par quelques-uns des agents de conduite. Parmi ceux-ci il y avait des militants syndicalistes, mais c’est toujours hors des cadres syndicaux qu’il se fit. Il ne portait d’ailleurs - et c’était évidemment voulu - aucun sigle syndical. Bien plus il contenait même une menace à peine voilée contre les syndicats, les agents de conduite y écrivant en effet qu’ils « demandent aux différentes organisations syndicales, CFDT-CFTC-CGT-FGAAC-FO, de soutenir leur mouvement ». Mais ils ajoutaient « les agents de conduite sauront prendre leurs responsabilités vis-à-vis des organisations syndicales qui ne leur apporteraient pas leur soutien ».

Ce tract, qui présentait les revendications des agents de conduite - dont le refus du nouveau projet de grille de salaire avancé par la direction, mais aussi l’augmentation des salaires et les conditions de travail - affirmait aussi que « les agents de conduite ont pris la décision de se mettre en grève à partir du 18 décembre 1986 à 0 heure et jusqu’à complète satisfaction de leurs revendications ».

C’était clairet net. C’est bien la base qui avait décidé, la base, c’est-à-dire les travailleurs du rang y compris bien entendu des syndiqués, y compris aussi des militants syndicaux, mais en dehors du cadre syndical, et des directions et des appareils des fédérations syndicales.

C’est la base aussi qui se chargea de propager et d’étendre son mouvement. Les agents de conduite laissèrent ce tract de dépôt en dépôt, là où ils vont au cours de leurs déplacements puisque leur travail consiste justement à conduire les trains le long du réseau. Ce tract circula largement et l’ensemble des agents de conduite fut informé de la volonté et des décisions de ceux de Paris Nord.

Quand les conducteurs de Paris Nord arrêtèrent le travail jeudi à 0 heure comme ils l’avaient décidé, la grève ne mit pas longtemps à s’étendre. Le soir elle était déjà générale sur tout le réseau Nord du pays, de Paris jusqu’à Lille. Et des dépôts d’autres réseaux tinrent déjà des assemblées générales dans lesquelles la grève fut décidée pour les heures qui venaient. L’exemple du Nord était contagieux.

Tout cela se fit sans, ou même contre, les fédérations syndicales, même si parmi ceux qui ont fait le tract d’appel, qui l’ont porté ici ou là, qui se sont déplacés dans les autres dépôts lors de ces premières heures de la grève, il y avait des militants syndicaux, en particulier CFDT et FGAAC (la fédération autonome des agents de conduite, le syndicat corporatiste des conducteurs).

Mais les fédérations syndicales, elles, n’étaient ni à l’origine ni vraiment à l’oeuvre. Au mieux elles se sont contentées de suivre, et dans ce cas, avec méfiance. Et si la caractéristique du démarrage de ce mouvement allait être la grande méfiance de la base vis-à-vis des organisations syndicales, ce ne fut que le simple retour des choses, la contrepartie de la méfiance bien plus grande encore des directions syndicales vis-à-vis de la base.

Aucune fédération syndicale, et pas plus la CFDT ou la FGAAC que les autres, ne lança un appel à la grève générale, même lorsque celle-ci fut de toute manière en route, même pour les seuls agents de conduite. Et à plus forte raison pas pour l’ensemble des cheminots.

La CGT, elle, fut encore plus opposée à cette grève qui échappait à son contrôle, d’autant plus opposée qu’elle a eu l’impression que ses concurrents, la CFDT et la FGAAC, avaient mieux manoeuvré dans les premières heures pour apparaître tout de même comme accompagnant le mouvement. Durant la première journée, la CGT garda tout simplement le silence. Alors que tout le réseau Nord était déjà en grève, les communiqués de la CGT, le jeudi 18 décembre, n’en disaient pas un mot et ne parlaient que de la grève de la réservation qui se terminait à ce moment-là.

Cette attitude de la CGT, en fait très claire dans son opposition à la grève, mais extérieurement ambiguë, eut pour conséquence, comme d’habitude en pareil cas, que les militants cégétistes prirent des attitudes contradictoires. Un certain nombre d’entre eux, suivant sans aucun doute leur propre sentiment, le même que celui des autres cheminots, poussèrent tout de suite à la grève, et furent dans leur dépôt parmi ses initiateurs.

Mais ailleurs les responsables CGT ne se méprenant pas, eux, sur la véritable volonté de la fédération, s’opposèrent ouvertement, carrément à la grève. Ainsi par exemple sur le secteur Paris Sud-Ouest.

Dès le vendredi 19 décembre, quand la question se posa pour les roulants de Paris Sud-Ouest de se joindre à la grève de Paris Nord, on vit resurgir les « piquets de travail » de la CGT c’est-à-dire comme quinze jours auparavant dans un secteur particulier (la ligne C sur RER), des responsables CGT venus sur place tout spécialement pour inciter à ne pas faire grève. Vendredi matin, au dépôt d’Ivry, à la gare des Invalides, à Brétigny, dans tous les points névralgiques du secteur, les responsables CGT étaient là, accompagnés de quelques militants ou adhérents. Pas tous, très loin de là, il faut le souligner. Beaucoup de travailleurs CGT furent du côté de la grève dès le début. Mais les responsables CGT militaient activement pour le travail, s’opposant aux cheminots qui voulaient faire grève, et aux militants, dont ceux de Lutte Ouvrière, qui appelaient à faire grève. Dans cette affaire les responsables CGT et la direction marchèrent même la main dans la main. C’est ainsi que la direction SNCF mit « en réserve » un responsable de la CGT, le dispensant de conduire les trains, afin qu’il puisse demeurer en permanence au dépôt pour inciter les cheminots à bien prendre leur travail.

Et à Paris Sud-Ouest, cela dura deux jours, jusqu’au samedi soir, jusqu’à ce que la majorité des cheminots ait rejoint la grève et que la fédération CGT, se rendant compte qu’elle ne pouvait pas de toute manière s’opposer à une grève qui était déjà devenue nationale, change alors son fusil d’épaule et se déclare ouvertement en faveur de cette grève.

Mais pendant ces deux jours, les grévistes furent gagnés un à un, les agents de conduite balançant, d’un côté poussés par leur envie de se battre et de se joindre à une grève qui s’étendait nationalement, de l’autre côté repoussés par l’attitude des responsables syndicaux ouvertement hostiles à la grève. C’est ainsi que le dépôt d’Ivry ne fut majoritairement en grève que le samedi soir et qu’il fallut deux jours pour gagner cette majorité à partir du premier gréviste, un militant de Lutte Ouvrière, le vendredi à 6 heures du matin.

Encore une fois cette attitude des militants CGT ne fut pas la même partout. Dans maints endroits, ils se sont joints à la grève avec moins de réticences, ou même sans aucune réticence. Mais ce n’est certainement pas qu’à Paris Sud-Ouest que les responsables ont manifesté leur opposition, même si à Paris Sud-Ouest ils l’ont manifestée aussi violemment - à cause de la présence de militants révolutionnaires. La preuve, c’est que les derniers dépôts à se mettre en grève, le dimanche 21 décembre, furent généralement les dépôts où la CGT a la plus grande influence. L’organisation indépendante des grévistes inquiète bourgeoisie... et syndicats

Dans cette grève la base n’a pas seulement voulu, décidé, étendu la grève sans un ordre des appareils syndicaux. Elle a aussi commencé à s’organiser hors des cadres syndicaux. C’est cela d’ailleurs qui a inquiété un moment la bourgeoisie et le gouvernement.

C’est en effet au milieu de la deuxième semaine, au bout de six ou sept jours de grève que les journalistes et commentateurs de tout poil, ont commencé à s’interroger ouvertement sur la faiblesse des syndicats, exactement au moment où ils ont découvert que s’étaient mis en place, ici et là, des comités de grève, élus par les grévistes, contrôlés par eux et qui avaient pris la direction de la grève dans leur secteur, et même qu’existaient des coordinations de ces comités de grève. Alors on a vu, non seulement Le Monde, ce porte-parole des bourgeois prétendument de gauche, mais Le Figaro lui-même qui n’est pourtant guère coupable, habituellement, de tendresse à l’égard des syndicats, déplorer cette faiblesse. « Quelque soit le désarroi des syndicats qui n’ont à aucun moment maîtrisé le mouvement et qui se sont lassés déborder par des « coordinations » créées de toute pièce » écrivait son éditorialiste du lundi 29 décembre, « ils restent les seuls interlocuteurs de la direction SNCF ».

Et c’est vrai que ce qui a été différent dans cette grève, par rapport à d’autres grèves générales de la SNCF, celle de 1971 par exemple, qui avait duré onze jours, ou celle de 1976, c’est l’organisation des grévistes. Elle a été encore embryonnaire, parcellaire, limitée. Mais telle quelle, elle a impliqué tout de même, à un degré ou à un autre, des dizaines de milliers de travailleurs. Et les cheminots ont certainement au moins été conscients de son existence et de ce qu’elle changeait dans l’ordre habituel.

Bien sûr, cette grève, qui touchait une entreprise de 230 000 travailleurs répartis sur la totalité du territoire, a eu des caractères différents, variés, selon les villes, les situations locales, l’implantation plus ou moins grande des divers appareils syndicaux concurrents et aussi des militants d’extrême-gauche.

Tout d’abord, presque partout, des assemblées générales de grévistes se sont tenues régulièrement. Dans quelques secteurs, et en particulier ceux où étaient influents les militants de notre tendance, ces assemblées ont eu lieu au moins une fois par jour y compris les jours de Noël et du 1er de l’An. Cela devrait paraître banal. On sait pourtant que cela ne l’est pas forcément et que les grèves où les directions syndicales renvoient les grévistes chez eux, attendre patiemment ou non que ces directions syndicales aient négocié la fin du mouvement avec les patrons, ont ces dernières décennies été la règle à la SNCF et dans bien d’autres entreprises en France. Cette fois, cela n’a pas été le cas. Les grévistes étaient là et entendaient y rester. C’est, bien sûr, la maque de la méfiance que beaucoup éprouvaient envers les directions syndicales.

Et ces assemblées générales, dans lesquelles étaient prises nombre de décisions concernant la poursuite de la grève, se sont imposées non seulement là où existaient des comités de grève élus par elles et responsables devant elles, mais dans bien des secteurs où la direction de la grève est restée entièrement dans les mains des syndicats. Là, les grévistes n’ont peut-être pas trouvé la force d’imposer l’élection de la direction de la grève ; ils ont puisé cependant dans leur méfiance vis-à-vis de leurs directions traditionnelles la force d’être là et de demander des explications, sinon des comptes.

La CGT elle-même l’a reconnu. Prenant son parti de l’état de fait, après une semaine de grève environ, elle se disait brusquement en faveur de « la démocratie, l’assemblée générale souveraine et la réunion des syndiqués ». Bien sûr ce slogan était mis en avant pour faire pièce à celui de la véritable démocratie : « l’assemblée générale souveraine et le comité ». C’était tout de même, quoique avec retard et avec réticence, reconnaître qu’une grève devait être contrôlée par les grévistes... et qu’elle l’était au moins en partie cette fois-ci.

Et puis, il y a eu les coordinations. Des coordinations régionales, pas seulement à Paris Sud-Ouest, mais aussi dans le secteur de Paris Saint-Lazare, à Tours, à Lyon, à Rouen, et puis des coordinations nationales, la Coordination des agents de conduite d’une part, la Coordination inter-catégories d’autre part.

De même que les comités de grève ne se sont mis en place que par endroits, et pas dans la majorité des endroits loin de là, de même les coordinations n’ont représenté qu’une minorité de secteurs. La Coordination des agents de conduite elle-même n’a représenté qu’un peu plus du quart des dépôts, peut-être 5 000 conducteurs sur un total de 18 000. La Coordination inter-catégories, lors de sa troisième réunion plénière, au cours de la troisième semaine de grève, représentait 12 000 grévistes qui avaient dûment mandaté leurs représentants dans les assemblées générales. Mais à ce moment-là, il y avait plus ou moins 100 000 grévistes à la SNCF, ce qui signifie que la Coordination ne représentait qu’une petite partie des cheminots en grève.

L’organisation démocratique et indépendante de la grève à l’échelle nationale, n’a donc été qu’embryonnaire. Et pourtant, telle quelle, c’était tout de même le début de quelque chose de nouveau.

Mardi 23 décembre encore, après un semblant de négociations avec les syndicats, la direction se félicitait qu’un accord salarial ait été conclu avec la CFTC, la Fédération des Maîtrises et Cadres et la CGC, FO retirant sa signature à la dernière minute. Elle semblait croire que le fait que ces syndicats, ultra-minoritaires à la SNCF, appellent à la reprise, allait calmer les choses, sans voir le ridicule des appels à la reprise de la part de syndicats... qui n’avaient jamais appelé à la grève, jamais même approuvé la grève.

Le vendredi 26 décembre, Dupuy, le directeur-général de la SNCF, lançait un ultimatum : il fallait, parait-il, que les cheminots reprennent le travail pour que les discussions redémarrent, et de toute manière la promotion au mérite, l’essentiel du nouveau projet de grille des salaires dont les cheminots demandaient le retrait, serait maintenu. Dupuy, il faut le dire, avait sans doute été encouragé par l’attitude des directions syndicales qui s’étaient toutes précipitées chez lui la veille de Noël, en ordre dispersé, parce que Essig, le président socialiste de la SNCF, et Seguin, le ministre des Affaires Sociales, avaient laissé entendre qu’on pouvait négocier.

Mais les grévistes n’ont été ni impressionnés ni trompés. Il n’y a pas eu de reprise, mais la mise en place des coordinations nationales, celle des agents de conduite, réunie le vendredi 26 et le dimanche 28 décembre, et la Coordination inter-catégories, réunie elle-même le vendredi 26 et le lundi 29. La CGT était obligée de durcir le ton. Elle organisait une manifestation des cheminots le mardi 30.

Du coup, le mercredi 31, à minuit, en guise de cadeau de nouvelle année, le projet de grille de salaire qui prétendait instituer la seule promotion au mérite était pratiquement retiré par la direction de la SNCF.

L’irruption de la base, sa détermination et son début d’organisation n’inquiétaient pas que le gouvernement. Cela inquiétait aussi les fédérations syndicales. La CGT adoptait, on l’a vu, un ton plus radical, parlait d’extension, tout en attaquant violemment les coordinations, en bloc. La CFDT, qui avait commencé son OPA sur la Coordination des agents de conduite, ne pardonnait pas par contre à la Coordination inter-catégories. Le lendemain même de la constitution provisoire de celle-ci, une réunion extraordinaire de son bureau fédéral décidait de retirer son poste de permanent à Daniel Vitry, un des principaux dirigeants de cette Coordination. Les dirigeants de la CFDT dirent que « puisque Daniel Vitry se voulait le représentant de la base, ils le remettaient à la base ». Ce semblant d’humour et cette réelle hypocrisie, bien jésuite, ont eu au moins un mérite involontaire : celui de reconnaître qu’à la CFDT le fait d’occuper un poste de responsabilité et celui d’être représentant de la base sont incompatibles. Donnons-en acte aux dirigeants de la fédération CFDT. Quant à savoir ce qu’en pensent réellement les adhérents et les militants, c’est sans doute une autre histoire.

Lire ici sur la grève de 1986-1987

Lire le témoignage de Serge Torrano

Lire aussi

La télévision sur la coordination des cheminots la parole à Daniel Vitry

Les bureaucraties syndicales se défendent contre les coordinations

La télévision sur la coordination

L’hiver de la grève des cheminots

Coordination des Cheminots

Quand Lutte Ouvrière organisait des coordinations pour donner une direction ouvrière à la lutte

La télé sur la grève

1995 : les cheminots entraînent le secteur public et sont arrêtés par la CGT dès que le secteur privé menace d’entrer en lutte

En 1995, on oublie souvent qu’il y a eu séparément une grève se généralisant dans le privé (par exemple Renault, Thomson, SNECMA, Danone, etc..., au printemps 1995) et une grève se généralisant aussi dans le public en octobre. Les syndicats, après avoir approuvé les mesures prévues par Juppé, ont œuvré consciemment et efficacement à diviser et affaiblir. Au début, elles ne prévoyaient même pas une véritable réaction. Par exemple, Jean-Paul Roux, le dirigeant du syndicat indépendant l’UNSA, déclarait : "On ne peut pas faire la grève du siècle tous les mois, beaucoup de fonctionnaires ne peuvent se permettre de perdre 2 jours de salaire à 6 semaines d’intervalle à l’approche de Noël". Grâce aux syndicats, le gouvernement a pu se contenter d’un petit recul alors qu’il faisait face à une remontée des luttes sociales. Certains syndicats comme la CGT et FO se sont portés à la tête de la lutte des salariés du public alors qu’ils avaient signé les projets de réforme de Juppé qui s’est suffisamment plaint de leur retournement. Alors que Nicole Notat et la CFDT se rangeaient aux côtés du gouvernement Juppé contre les cheminots et les postiers), en décembre 1995, Bernard Thibault avait lui-même bradé la grève dont il apparaissait comme le principal leader, en appelant à la reprise, sans consulter aucun gréviste, dès la signature d’un accord avec le ministre des transports de l’époque. Cette grève, de la part des dirigeants de la CGT comme de Marc Blondel qui dirigeait FO, était surtout une façon de s’imposer comme interlocuteurs au gouvernement Juppé-Chirac, à qui ils démontraient, en s’appuyant sur la colère des cheminots, que ce n’était pas en collaborant avec la seule CFDT que l’on pouvait marchander le calme social.

Les cheminots, dont le système de retraite et le statut de l’entreprise, via le projet de contrat de plan, sont remis en cause, occupent une grande place dans le mouvement. La grève de novembre-décembre 1995 montre que la grève des cheminots peut gagner, faire reculer un projet antisocial, faire chuter un ministre, en entraînant les autres secteurs, en organisant des assemblées générales interprofessionnelles et en passant dans les autres secteurs les entraîner à la grève. En sortant du ministère, Bernard Thibaut secrétaire de la CGT des cheminots annonce, sans consultation des cheminots en grève et sans concertation avec les travailleurs de la RATP qui ont suivi la grève SNCF, que la grève est finie. C’est le début d’une politique de trahison ouverte menée par celui qui va vite devenir le dirigeant de la CGT.

Si 1995 a marqué une remontée de la lutte, un recul du gouvernement et une accentuation de la confiance des travailleurs, les travailleurs y sont apparus comme suivants les syndicats nationaux contrairement aux années précédentes et elle a été aussi un tournant vers une plus grande collaboration entre syndicats et gouvernement et avec le patronat qui sera souligné par le choix que fera la CGT de venir un syndicat qui négocie, qui propose, qui est "positif"...

Raconter la grève

Journal de grève

Alors que Nicole Notat et la CFDT se rangeaient aux côtés du gouvernement Juppé contre les cheminots et les postiers), en décembre 1995, Bernard Thibault avait lui-même bradé la grève dont il apparaissait comme le principal leader, en appelant à la reprise, sans consulter aucun gréviste, dès la signature d’un accord avec le ministre des transports de l’époque. Cette grève, de la part des dirigeants de la CGT comme de Marc Blondel qui dirigeait FO, était surtout une façon de s’imposer comme interlocuteurs au gouvernement Juppé-Chirac, à qui ils démontraient, en s’appuyant sur la colère des cheminots, que ce n’était pas en collaborant avec la seule CFDT que l’on pouvait marchander le calme social.

Chemins de Traverse, film sur la grève des cheminots de 1995

Encore le film

1998

La presse commente la grève

Film de grève La grève de FGAAC

2002 : la CGT reste l’arme au pied

Fillon annonce son projet définitif vendredi prochain. Entre temps, il a pris soin de “ consulter ” les représentants des différentes organisations syndicales. Ils ont défilé dans son bureau les uns après les autres. Qu’y ont-ils défendu ? Blondel, de FO, a été content de la réception, puisqu’il s’est félicité de la reprise d’un “dialogue correct, direct et constructif ”. Chérèque, de la CFDT, est d’accord pour une réforme de la loi sur les 35 heures… Et Thibault de la CGT, s’est contenté d’affirmer que “ la CGT se mobilisera si le projet reste en l’état ”. Ils ne sont pas pressés de préparer les travailleurs à utiliser leur force pour faire ravaler ces projets à leurs auteurs. Ils se préparent plus sûrement à négocier les conditions de dépassement des 35 heures branche par branche. Autant dire à négocier les reculs, et non pas à s’y opposer.

FO appelle seule à la grève à la SNCF… et signe un accord bidon avec les patrons du transport routier, sabotant ainsi d’avance le mouvement des chauffeurs. Avec la CGT ou la CFDT qui lancent le mouvement chez les routiers… mais font pression sur les syndicats cheminots pour qu’il n’y ait surtout pas de grève le 26 novembre, avec les transports aériens ou urbains, de La Poste, de la Santé ou de l’Education nationale.

2003 : les syndicats empêchent une mobilisation sur les retraites, sujet pourtant explosif

2003 est un pic des grèves en France contre le projet Fillon de retarder les départs en retraite de tous les salariés (vers les 42 ans et plus d’années de cotisation). mais cela ne mène à rien ! Le succès de la journée d’action du 13 mai (deux millions de manifestants) a, comme on dit poliment, « dépassé les espoirs » des directions syndicales, en particulier du fait de la bonne participation des travailleurs du secteur privé. L’empressement de Chérèque à signer une version à peine améliorée du projet de Fillon semble dicté par la volonté de briser au plus vite l’élan d’un mouvement dont l’énorme potentiel s’est clairement manifesté.

De nombreux secteurs ont reconduit la grève du 13 mai sans réel soutien des dirigeants syndicaux, comme par exemple à la RATP. Le soir du 13 mai, Bernard Thibault a déclaré « comprendre l’émotion » des cheminots qui venaient de décider de reconduire la grève pour le 14 mai. Après quoi ceux-ci ont été abandonnés à leur propre sort, c’est-à-dire sans que leur soient données de perspectives sur une généralisation du mouvement.

Le 25 mai, la CGT clôturait le ban par une manifestation imposante mais conçue comme une fin... Plus exactement, elle avait décidé que c’était fini. Ce qui ne l’empêchait pas de faire crier aux manifestants : "Grève générale" !!!!

Le 13 mai, dans de nombreux centres SNCF les cheminots indiquaient leur intention de s’engager dans la grève en votant la reconduction. Il en était de même dans les bus et métros parisiens, dans les transports en commun de plusieurs villes de province. Certes, les grévistes restaient minoritaires. Bien moins cependant que ne l’étaient au début les enseignants, et surtout ils n’étaient pas seuls. A La Poste, dans plusieurs hôpitaux, à la DDE, chez les éboueurs, les « territoriaux », des grèves commençaient aussi. Mais les directions syndicales ne voulaient pas d’une généralisation. En deux jours, dans les transports, pour tout le monde le secteur clé pour l’extension du mouvement, elles cassaient la grève au prétexte de mieux la préparer. Et de reprendre la routine : nouvelle journée d’action le 19 mai, manifestation nationale à Paris le dimanche 25.

La CGT pesait de tout son poids pour faire reprendre le travail à ceux des cheminots qui avaient continué la grève après la journée d’action du 3 juin.

2007 : trahison syndicale de la lutte des cheminots sur les « régimes spéciaux »

Les syndicats ont réussi à isoler et trahir la grève des cheminots pour la défense des régimes spéciaux de retraite. Après dix jours, sans aucune perspective sur laquelle se baser pour battre le gouvernement du président Nicolas Sarkozy, les assemblées générales qui se sont tenues dans toute la France ont voté pour la reprise du travail. De larges poches de résistance, quelque 10 pour cent, soit près de 14 000 cheminots, étaient encore en grève.

Les 18 et 19 octobre démarre une grève pour défendre la retraite des cheminots. Loin de chercher à l’appuyer, moins encore à l’étendre, elle est brisée par les syndicats dont la CGT.

A la Gare de Lyon, bastion de la CGT, deux des trois assemblées générales ont voté pour la poursuite de la grève, « au grand dam des délégués CGT », rapporte Libération.

Les travailleurs venus faire pression sur la réunion entre les syndicats de la RATP, la direction et le gouvernement, mercredi dernier, étaient furieux. Libération rapporte, « Des sifflets. Puis des huées. Dans le hall du siège de la RATP, hier en fin de matinée, le responsable de la CGT redescendu de la négociation tripartite, a du mal à terminer son compte-rendu. "Trahison !", "Vendu !", lance une grande partie de l’assemblée, pourtant composée en majorité de cégétistes. L’ambiance est électrique. De petits groupes se forment, s’engueulent. Assis à l’écart, Jean-Pierre a "envie de vomir". »

On peut lire dans la presse : "Bernard Thibault, Didier Le Reste (cheminots), Frédéric Imbrecht (énergie) et Gérard Leboeuf (RATP) s’expliquent ouvertement. Il faut entendre Didier Le Reste expliquer qu’il n’avait jamais été question de contester le passage aux 40 ans ! Il faut entendre Frédéric Imbrecht expliquer qu’en tant qu’organisation majoritaire (et responsable) il fallait engranger des résultats pour être crédible… Il a l’air malin, à l’heure où les négociations sont suspendues faute de résultat dans le domaine de l’énergie ! Il faut entendre Bernard Thibault assurer que le mouvement a déstabilisé les projets gouvernementaux !"

2008 : encore une tromperie syndicale

Quand le 7 mai, le ministre du Travail Xavier Bertrand a confirmé son projet de faire passer de 40 à 41 années la durée de cotisation ouvrant droit à une retraite complète, les syndicats n’ont pas appelé les autres travailleurs touchés par cette mesure, dont les cheminots, les travailleurs du transport aérien, de l’énergie, de Telecom et de la poste, à rejoindre l’action du 15 mai, mais ont plutôt appelé à une journée d’action séparée le 22 mai. Durant la manifestation du 15 mai, plus de 300 000 personnes ont défilé et un million de travailleurs ont fait grève ; cela a été suivi par la manifestation pour les droits à la retraite le 22 mai où 700 000 personnes ont défilé dans tout le pays. Le jour suivant, les syndicats signaient un accord sur le « dialogue social » et les conditions d’emploi dans le service public. En signant un accord que les grèves des travailleurs du secteur public avaient pour but d’empêcher, les syndicats ont, dans les faits, torpillé la mobilisation des travailleurs du secteur public. Le 24 mai, une manifestation contre les suppressions d’emplois dans l’éducation n’a réuni que 7000 personnes à Paris.

Au moment des grèves croissantes des marins-pêcheurs les 26 et 27 mai sur la question du prix des carburants, les syndicats ont décidé de ne pas appeler à d’autres grèves contre les suppressions de postes dans l’éducation, au motif qu’il était nécessaire de laisser lycéens et enseignants travailler pour les examens de fin d’année. Une déclaration commune des syndicats de l’éducation des différentes confédérations syndicales déclarait qu’elles « renvoyaient la question d’une suite à leur mouvement après les vacances d’été ». Le 10 juin, la mobilisation des fonctionnaires et des cheminots contre les suppressions de postes, la réforme des retraites et la réforme du fret à la SNCF a eu lieu alors que se déroulaient des grèves de travailleurs dans les ports commerciaux stratégiques contre la privatisation, ainsi que des grèves de pêcheurs, de transporteurs routiers et d’ambulanciers et fermiers contre la hausse des prix du gazole. Mais les syndicats n’ont aucunement cherché à organiser une grève plus large du secteur des transports contre la privatisation et la hausse du prix des carburants.

Le 11 juin, les syndicats ont signé un accord sur « seize points de convergence » avec le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, torpillant la relance du mouvement des lycéens après les grandes vacances ce qu’ils avaient faussement suggéré être en train d’envisager le 27 mai. Les 12 et 13 juin, le parlement votait des lois de réforme et de déréglementation du marché du travail, la précédente ayant été signée par les syndicats en janvier. Ces actes montrent de plus en plus clairement aux travailleurs que les syndicats ne s’opposent pas sérieusement au gouvernement, lequel n’a aucune intention de céder devant des grèves isolées.

2010 : le torpillage du mouvement des retraites

Les syndicats nous appellent à une journée nationale et de manifestations le 23 mars 2010. Cela serait bien entendu indispensable et important vu l’ampleur des attaques qui menacent nos retraites. Le gouvernement vide les caisses, amplifie les suppressions d’emplois en supprimant des emplois dans le public et en organisant les suppressions d’emplois des prestataires de l’Automobile par exemple. Il prévoit, soi-disant pour renflouer les caisses, d’imposer des retraites sous-payées, des cotisations salariales en hausse et une retraite à 60, 61 ans ou plus… Mais, le texte même des appels syndicaux en dit long sur leur absence de combativité sur le fond. Au lieu d’écrire tout simplement : pas touche aux régimes de retraites, ils écrivent : « pas de réforme sans un débat national ».

Avec la soi-disant grève générale des raffineries de fin février 2010, on assiste à une de raffinerie...dans la tactique pour renouveler le jeu patron/Etat/syndicat qui commençait à s’user.

Finalement, la CGT annonce que la grève générale des raffineries est finie avant d’avoir commencé, sans consulter ni les sections syndicales, ni les travailleurs, sans que les travailleurs de la raffinerie en question n’aient obtenu de réelles garanties, sans rien...

Chez les cheminots et les enseignants de la région parisienne, de nombreuses AG syndicales sont organisées. La division et le sabotage confinent d’ailleurs ici au ridicule. A la SNCF, les AG syndicales sont organisées par catégories (les roulants d’un côté, les contrôleurs de l’autre, les administratifs dans un autre coin encore) ; dans certains hôpitaux, chaque étage à sa propre AG ! De plus, elles ne sont absolument pas souveraines. Par exemple, Gare de l’Est, à Paris, alors que la reconduction de la grève doit être votée jeudi 14 au matin, les permanents syndicaux la vote entre eux la vielle, le mercredi. Cette stratégie a un double effet :

* elle vide de son intérêt l’AG, les personnels ne s’y rendent donc pas puisque tout est déjà décidée ;

* elle permet aux médias de présenter les votes de la reconduction de la grève comme le fruit d’une extrême minorité, ceci dans le but de rendre le mouvement impopulaire.

D’ailleurs, les syndicats tirent là sur leur plus grosse ficelle : paralyser les transports (à partir du 12 octobre, de nombreux trains ne circulent plus et le blocage des raffineries fait planer la menace de la pénurie d’essence) pour créer des tensions au sein de la classe ouvrière et dresser ceux qui veulent (doivent) aller travailler contre les grévistes.

Les syndicats ont peur de la grève reconductible

Le mouvement des retraites de 2010 : le bilan

Où mène la stratégie d’usure...

Lire encore sur le mouvement des retraites

2012

Quand Lepaon, nouveau secrétaire général de la CGT, prépare avec la bourgeoisie la manière de faire passer en douce la privatisation de la SNCF

2013

Faire grève sans la faire, tout en la faisant

Cheminots : comment lutter pour gagner ?

Pour une orientation lutte de classes

2014

Vive la grève des cheminots de juin 2014 !

Les cheminots en grève défendent les intérêts des usagers et ceux de tous les travailleurs

Tracts dans la grève Grève contre la privatisation de la SNCF couverte par une prétendue réforme

Lire ici le bilan de la grève de 2014

Avec la lutte des cheminots, ce sont tous les travailleurs qui ont perdu une bataille

Tirer des leçons des luttes

2015

Quelle perspective pour la grève ?

2016

Quelle perspective de lutte pour les cheminots ?

Bilan de la grève

Quelle grève en 2016 ?

Lire ici le bilan de la grève de 2016

Lire encore cette autre Chronologie des grèves de cheminots

Dans le monde…

USA, 1877

USA, 1894

Angleterre, 1919

Canada, 1919

Allemagne, 1922

Roumanie, 1933

Cameroun, 1945

Sénégal, 1947

Cameroun, 1947

Hongrie, 2009

Belgique, 2010

Algérie, 2010

Gabon, 2013

Angleterre, 2017

Remerciements de la bourgeoisie à la bureaucratie syndicale !!!

Une institution accueille Bernard Thibault

Un poste pour recaser Thierry Lepaon

Remerciements pour avoir vendu les cheminots

4 Messages de forum

  • A la SNCF, ce n’est pas 1995 qui a mar­qué l’apparition (ou le retour) à des pra­tiques d’auto-organisation de la lutte. Neuf ans plus tôt, les trois semaines de grève de décembre 1986-janvier 1987 avaient per­mis d’imposer une rup­ture nette avec un sys­tème où la grève était deve­nue depuis long­temps l’affaire des syn­di­cats, voire même des seules fédé­ra­tions syn­di­cales dès lors qu’on par­lait de mou­ve­ment national.

    La grève de 1986/1987 se situe dans une période de forte ten­sion sociale : mou­ve­ment lycéen et étudiant contre la loi Deva­quet, assas­si­nat de Malik Ous­se­kine par la police, grève des agents com­mer­ciaux de la SNCF puis grève des agents de conduite, qui se trans­forment rapi­de­ment en grève inter-catégorielle sur l’ensemble de l’entreprise. De sa pré­pa­ra­tion à sa conclu­sion, ce mou­ve­ment est placé sous la res­pon­sa­bi­lité des assem­blées géné­rales de gré­vistes ; c’est un acquis impor­tant qui se retrou­vera « natu­rel­le­ment » lors du démar­rage de la grève 1995, avec une dif­fé­rence de taille : en 1986, si les col­lec­tifs CFDT-cheminots sont sou­vent à l’initiative du mou­ve­ment, les mili­tants et mili­tantes CGT com­battent la grève dans ses pre­miers jours puis s’y insèrent de manière fort mal­adroite vis-à-vis des assem­blées géné­rales ; en 1995, du côté de la CGT la leçon a été retenue.

    Cette pra­tique des assem­blées géné­rales est bien sûr essen­tielle. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est une A.G. de gré­vistes. Ce n’est pas une réunion d’information orga­ni­sée par les syn­di­cats, c’est bien un moment où cha­cun et cha­cune doit pou­voir se sen­tir suf­fi­sam­ment à l’aise pour par­ler, pour pro­po­ser, pour cri­ti­quer, pour déci­der. En 86/87 comme en 95, la quasi-totalité des A.G. au sein de la SNCF se font sur la base du col­lec­tif de tra­vail : le dépôt, l’atelier, la gare, le chan­tier de ventes ou de manœuvre lorsqu’il s’agit de gros établis­se­ments. C’est à cette échelle qu’on a réel­le­ment des A.G. Il ne s’agit pas de « mee­tings » où les porte-paroles des syn­di­cats, fussent-ils des repré­sen­tants ou repré­sen­tantes locaux, donnent les nou­velles, appellent à recon­duire le mou­ve­ment ou à l’arrêter, avant que la démo­cra­tie se limite à lever la main pour approu­ver ce qui vient d’être dit.

    C’est cette pra­tique de véri­tables assem­blées géné­rales où chaque gré­viste peut aisé­ment trou­ver sa place qui per­met une appro­pria­tion de la grève par les gré­vistes ; d’où les mul­tiples ini­tia­tives auto­gé­rées, par­fois for­ma­li­sées sous forme de « com­mis­sions » : pour la revue de presse quo­ti­dienne, pour les repas, pour les pro­po­si­tions d’actions, pour les liens avec les autres A.G., etc. C’est de là que se feront « natu­rel­le­ment » les occu­pa­tions de locaux durant le temps de la grève : il s’agit alors de se réap­pro­prier col­lec­ti­ve­ment les lieux de la grève, qui sont aussi ceux qui cor­res­pondent au champ de l’A.G., au cadre connu car fré­quenté quo­ti­dien­ne­ment depuis des années. C’est ainsi qu’en novembre-décembre 1995, à la SNCF, beau­coup de direc­tions locales ont été, soit expul­sées, soit mises de côté, durant tout le mou­ve­ment ; des endroits stra­té­giques (com­mande du per­son­nel rou­lant, postes d’aiguillage, gui­chets, etc.) ont été occu­pés dès les pre­miers jours de la grève. Tout ça s’organise à par­tir du col­lec­tif de tra­vail, devenu col­lec­tif de grève ! Ca me parait impor­tant d’insister sur ce point : depuis 1986 et 1995, il n’est plus ques­tion pour les orga­ni­sa­tions syn­di­cales appe­lant à la grève de com­battre, du moins ouver­te­ment, l’existence des Assem­blées Géné­rales ; mais trop sou­vent elles se trans­forment en cari­ca­ture d’A.G. de gré­vistes, d’A.G. de tra­vailleurs et de tra­vailleuses déci­dant et coor­don­nant leur lutte.

    Quelle que soit l’organisation poli­tique à laquelle ils et elles se réfèrent, celles et ceux qui consi­dèrent que la classe ouvrière n’est pas en capa­cité de défi­nir et mener poli­tique et luttes auto­nomes, ne sup­portent pas les vraies A.G., repré­sen­ta­tives, démo­cra­tiques, déci­sion­nelles. A contra­rio, l’animation auto­ges­tion­naire des luttes consiste à orga­ni­ser cette démo­cra­tie ouvrière, à la défendre : la pra­tique de l’Assemblée Géné­rale quo­ti­dienne en est une des bases. Elle ne résout pas tout, d’autres points méritent une atten­tion par­ti­cu­lière, notam­ment la coor­di­na­tion du mou­ve­ment à l’échelle natio­nale, les liens inter­pro­fes­sion­nels loca­le­ment, etc.

    Une des nou­veau­tés de 95 est la géné­ra­li­sa­tion des liens directs entre salarié-es de sec­teurs dif­fé­rents : piquets de grève com­muns, délé­ga­tions réci­proques dans les A.G., départs com­muns pour les mani­fes­ta­tions, étaient deve­nus pra­tiques cou­rantes entre cheminot-es, postier-es, enseignant-es, étudiant-es…

    Je ne sais pas si on peut par­ler d’auto-organisation à ce pro­pos, mais la réus­site de 1995 chez les che­mi­nots et les che­mi­notes, le rejet mas­sif du recul de l’âge de la retraite, se sont aussi appuyés sur le fait que nous avions su faire vivre une tra­di­tion ins­crite dans la culture ouvrière che­mi­note : celle du rejet des col­lègues ne par­tant pas à l’âge « nor­mal » de départ en retraite (50 ans pour les agents de conduite, 55 ans pour les autres). Cette res­pon­sa­bi­li­sa­tion indi­vi­duelle dans la défense des acquis et la lutte contre le chô­mage des jeunes a été un élément déter­mi­nant d’une défense collective.

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  • La SNCF sans cheminots ? Le rêve de la direction !!!!

    L’automatisation des trains, prévue dès 2021, concernera aussi le fret.

    Un TGV lancé à 320 km/h conduit par un robot… C’est le scénario que la SNCF compte écrire et réaliser dans les cinq à six ans à venir.

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  • Les grands stratèges ont encore changé : cette fois, personne ne fait plus la grève en même temps !!! C’est la grève tournante !!!

    La CGT appelle les cheminots de la SNCF à se mettre en grève à partir du lundi 26 juin 2017 pour une mobilisation tournante à travers la France. Selon la compagnie, elle ne devrait pas perturber le trafic sur son réseau grandes lignes mais pourrait avoir un impact localement sur les trajets des TER.

    La CGT cheminots a déposé un préavis de grève "tournante" pour cette semaine, en vue de défendre le statut de la profession, et en particulier la caisse de prévoyance du rail qui serait menacée selon l’organisation syndicale.

    En Provence Alpes Côte d’Azur la grève est prévue pour mardi, avec un rassemblement à 11h devant la direction régionale à Marseille pour remettre des pétitions "en masse" sur ce sujet. Si la SNCF n’a pour l’heure pas encore émis de prévisions, peu de perturbations sont a priori attendues sur le réseau provençal.

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  • Rappelons la grève des cheminots en France en 2001 :

    Treize jours après l’appel de tous les syndicats de la SNCF à une journée d’action le 29 mars, la grève tenait ferme encore dans une dizaine de dépôts et la direction n’était pas parvenue à rétablir un trafic normal. Le PDG de l’entreprise ferroviaire, Louis Gallois, avait pourtant bénéficié de l’intervention appuyée du ministre PCF des transports Jean Claude Gayssot, de celle du leader de la CGT Bernard Thibault, sans compter celui de la fédération des cheminots Didier Le Reste, lesquels tous en choeur, avaient appelé à la reprise et crié haro sur les grévistes, fustigeant leur prétendu corporatisme et leur irresponsabilité.
    Ces pelés, ces galeux de grévistes, il est vrai essentiellement des roulants, qu’ont-ils donc fait de répréhensible ? Ils se sont contentés de poursuivre la grève au-delà de la journée d’action, sur la base même des mots d’ordres syndicaux, c’est-à-dire sur des revendications générales à tous les cheminots.

    Face à l’augmentation du trafic, fret et voyageurs, depuis quelques années maintenant, la SNCF a refusé d’embaucher en conséquence pour absorber la charge de travail supplé mentaire. La mise en oeuvre des 35 heures s’est également faite sans embauches correspondantes. Cela aboutit à une situation folle où la direction ne peut accorder ni les repos dus aux 35 heures, ni même les repos périodiques et les congés annuels de l’année 2000 ! Pour assurer malgré tout des congés, elle ferme des gares, elle supprime des trains... Par ailleurs, le gel des salaires, appliqué depuis des années, a été scellé avec les organisations syndicales signataires (CGT, CFDT) par l’accord 35 heures en 1999.

    C’est cette situation faite aux cheminots qui est à l’origine de leur colère. A cela s’ajoute le projet de gestion par activité (" Cap clients "), qui demeure flou pour nombre d’entre eux, mais provoque la crainte d’éventuelles privatisations. En tout cas ce projet a pour objectif de diviser les cheminots et de tenter d’augmenter encore leur charge de travail.
    Dans ce contexte, la journée d’action du 29 mars a connu un certain succès. Des centres ont reconduit la grève le lendemain. Le gouvernement et la SNCF inquiets des suites possibles, ont avancé les négociations du 9 au 5 avril.

    La CGT et la CFDT, organisations majoritaires à la SNCF, ont adopté une attitude " responsable ", demandant d’attendre le résultat des négociations du 5 avril, sans pour autant appeler à la grève, laissant ainsi l’initiative de l’action aux minoritaires. Mais à la base, les militants de la CGT, pas à l’aise face au mécontentement ambiant, ont souvent suivi le mouvement, d’autant que la politique de collaboration de leur fédération pour la mise en place des 35 heures leur vaut encore des rancoeurs.

    Il eut été étonnant dans ces conditions que la direction lors de la négociation du 5 avril ne lâche autre chose que des miettes : 0,7 % en plus sur les salaires pour compenser la hausse annuelle des prix et des sommes ridicules sur quelques primes, et la " suspension " jusqu’à de nouvelles négociations avec les syndicats du projet " Cap clients ". C’était cependant suffisant pour la CGT et la CFDT pour se prononcer pour la reprise d’une grève... à laquelle elles n’avaient pas appelé.

    SUD, la FGAAC et FO se sont prononcés pour la continuation de la grève. Mais sans vraiment chercher concrètement à l’étendre là où elle n’était pas effective, c’est-à-dire aux catégories des sédentaires. C’était là pour eux une façon de se donner une image radicale à bon compte. Reste que ni SUD, ni la FGAAC, ni FO ne souhaitaient vraiment entraîner les deux autres syndicats à leurs côtés, leur préoccupation principale étant de marquer des points par rapport à eux, et de faire la preuve de leur " représentativité " auprès de la direction à qui ils reprochent de collaborer pour l’essentiel avec les dirigeants de la CGT et de la CFDT. Quant à la FGAAC, syndicat catégoriel par définition, ce fut pour elle l’occasion de tenter de dévoyer le mouvement sur des revendications purement corporatistes en réclamant une augmentation de 5 % à 10 % pour les seuls conducteurs.

    Si ces syndicats, minoritaires aux élections chez les cheminots, ont partiellement réussi à atteindre leurs objectifs, force est de reconnaître que c’est grâce à la politique des dirigeants CGT et accessoirement CFDT. Les deux fédérations majoritaires n’ont même pas appelé à une journée d’action pour le 5 avril : elles avaient précisé qu’elles se contentaient de déposer un préavis pour permettre à ceux qui le souhaitaient de débrayer ce jour-là. Et pire, elles ont au lendemain incité les grévistes à la reprise, plus ou moins ouvertement, avec plus ou moins d’insistance, en fonction du rapport de force local. C’est ainsi par exemple qu’on a pu voir samedi 7 avril la CGT de Marseille, jusque-là encore dans la grève bien que s’étant prononcé pour son arrêt, se retirer du mouvement alors que 95 % des conducteurs du dépôt votent en assemblée générale pour la continuation.

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