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Catalogne, libre ou à l’orée de l’enfer ?

dimanche 8 octobre 2017, par Robert Paris

Edito

Catalogne, libre ou à l’orée de l’enfer ?

La Catalogne a voté pour l’indépendance et est presque prête à la proclamer. La violence avec laquelle l’Etat espagnol a fait donner sa police contre les indépendantistes et les fonctionnaires catalans qui organisaient le vote n’a fait que radicaliser la situation. Tout est fait pour que la guerre civile se mette en place brutalement, que l’économie catalane s’écroule en conséquence et que la grande bourgeoisie, aussi bien espagnole qu’européenne, fasse payer le plus cher possible à la bourgeoisie catalane, si celle-ci va au-delà… Les couteaux sont tirés et le sang n’est pas loin… L’Etat espagnol frappe : répression, arrestations, condamnations.

Qu’est-ce qui amène la bourgeoisie, catalane comme espagnole ou européenne, à radicaliser ainsi violemment la situation ?

La revendication autonomiste est très vieille en Catalogne mais ce n’est pas un hasard si c’est dans la situation mondiale actuelle que l’affrontement explose.

Ce n’est certainement pas pour des raisons économiques que cela se produit. Si la région catalane est la plus active et riche du pays, elle ne le sera pas si elle est indépendante. L’Espagne, elle, a tout à perdre à l’indépendance, économiquement comme politiquement.

Alors pourquoi la métropole ne choisit pas ce qu’elle avait fait précédemment : négocier doucement une autonomie améliorée ? Pourquoi choisit-elle directement l’affrontement le plus violent possible ?

La raison est à chercher dans la montée, en Espagne, et particulièrement en Catalogne, des mouvements sociaux, des luttes ouvrières, d’une radicalisation de la population. Ce sont les risques de développement d’une lutte de classe radicale opposant les milieux populaires, avec les travailleurs en tête, et la classe possédante qui ont amené les classes possédantes à pousser à l’affrontement avec la Catalogne. La question nationale ne prend un tour violent que pour détourner de la question sociale.

Le fossé entre les classes possédantes, ultra minoritaires et plus riches que jamais, et les travailleurs, plus frappés que depuis longtemps par la crise et les politiques d’austérité, a atteint un niveau de dangerosité maximum. Et c’est à cette situation de crise sociale qu’un affrontement avec la Catalogne répond : il crée une situation nouvelle dans laquelle la classe possédante peut appeler la population espagnole, y compris les travailleurs, à se solidariser avec elle et contraint la Catalogne ouvrière à se solidariser avec la bourgeoisie catalane. Ce sont les calculs que pouvait faire les bourgeoisies et c’est ce qui s’est produit en fait.

Il y a une autre raison de penser que les bourgeoisies locales, espagnole comme catalane, aient pu faire un tel calcul, pour détourner la colère sociale vers une colère nationale : c’est le fait que toutes les bourgeoisies du monde aillent, avec des particularités locales diverses, exactement dans le même sens. On retrouve cette politique dans le choix du Brexit entre la bourgeoisie anglaise et européenne, dans la montée du séparatisme écossais avec la Grande-Bretagne, dans le choix de plusieurs pays de l’Est, à commencer par la Pologne ou la Hongrie, à s’éloigner de l’Europe.

On retrouve encore cette politique de montée des oppositions nationalistes en Europe dans l’augmentation des votes d’extrême droite, qui expriment à la fois la haine contre les migrants, les accusations envers l’institution européenne, les sentiments sécuritaires face aux attentats terroristes, les peurs liées à l’accroissement incessant des guerres et des guerres civiles dans le monde et la hausse des discours et des actes bellicistes des Etats et des bourgeoisies.

La classe possédante mondiale, qui apparaît de plus en plus comme une infime minorité de profiteurs incapables d’offrir un quelconque avenir aux milieux populaires et aux jeunes, ne voit pas d’autre solution que de détourner la colère sociale contre elle vers une révolte nationale contre les peuples voisins. C’est ce qu’a fait la bourgeoisie anglaise. C’est aussi ce que fait Trump, que ce soit contre les migrants mexicains et latino-américains, contre les musulmans, contre la Corée du Nord, le Venezuela ou l’Iran : il dresse les milieux populaires contre tous les peuples. Tout est bon pour éviter que les travailleurs prennent la tête d’une situation de crise sociale pour la tourner contre les classes possédantes !

Ces choix des gouvernants peuvent étonner tant ils sont destructeurs au plan économique ou politique. Les classes possédantes se lancent ainsi dans des affrontements radicaux qui nuisent au fonctionnement économique et aux affaires, ce qui ne peut qu’étonner. Le protectionnisme de Trump, sa fermeture des frontières, sa hausse des tensions internationales, sont aussi négatifs économiquement que politiquement. La seule interprétation d’une telle politique ne réside nullement dans la bêtise ou la folie de son auteur. Elle provient des risques révolutionnaires que ne peut manquer de poser à terme la situation critique du capitalisme mondial.

Ce sont les pays musulmans qui ont été les premiers à expérimenter où mène une telle politique des classes possédantes. Des pays entiers ont été détruits par cette fuite en avant des bourgeoisies nationales vers l’affrontement violent sur des bases nationalistes cherchant à détourner la montée d’un affrontement social, bien plus risqué pour les classes possédantes.

Cela a été le cas, sous des formes diverses, en Egypte, en Turquie, en Libye, en Syrie ou en Irak. Dans tous ces pays, la montée sociale, la lutte des classes a grimpé avant que les classes possédantes fassent le choix de détourner la situation vers des affrontements entre peuples, vers des guerres et des guerres civiles.

En Allemagne, par exemple, la montée de l’extrême droite, qui exprime le détournement du mécontentement social vers le nationalisme exacerbé, a été produite par une politique volontariste des classes possédantes consistant à pousser les masses populaires à accuser les migrants, les étrangers, les musulmans et l’Europe.

En même temps, les bourgeoisies du monde entier poussent les peuples à s’accoutumer aux interventions armées, aux bombardements des populations civiles, à l’idée d’une nouvelle guerre mondiale, en soulevant même les risques d’un conflit thermonucléaire !

Ce n’est pas seulement Trump qui provoque les peuples, les Etats, les races, les travailleurs, les femmes, les manifestants, ce sont tous les gouvernants ! Et la bourgeoisie espagnole, en faisant donner sa police, en insultant sciemment les catalans, en les réprimant violemment, n’a pas agi différemment. Elle jette de l’huile sur le feu d’un conflit national pour étouffer et détourner la montée d’un conflit social qui aurait des conséquences bien plus risquées pour les classes possédantes du monde. Cela explique aussi le ton très dur des gouvernants européens contre les Catalans, comme également leur ton contre les Anglais. Rien n’est fait pour calmer les conflits nationaux, mais, au contraire, tout est fait pour les monter en épingle, les rendre plus radicaux, plus violents. Il n’y a aucun intérêt économique à agir ainsi : les affaires craignent la violence et les ruptures.

Il y a seulement un intérêt social à agir ainsi : l’intérêt de classes possédantes qui se savent en bout de course, qui n’attendent plus que le prochain krach financier, et qui préparent à leur manière l’avenir : un enfer de feu et de sang pour les peuples, en Catalogne, en Espagne, dans toute l’Europe comme dans le reste du monde !

Si la perspective de montée d’affrontements nationalistes, fascistes, guerriers, xénophobes, séparatistes, bellicistes monte partout, comme pare-feu aux risques de révolution sociale dans un monde capitaliste dont le moteur (l’investissement productif) est en panne, cela signifie aussi que la seule réponse à la situation pour les travailleurs et les milieux populaires est justement de faire monter la lutte des classes révolutionnaire, la seule capable d’unir les prolétaires et les peuples opprimés du monde !

En 1936, la Catalogne a lancé une lutte de classes révolutionnaire. Aujourd’hui, elle est tout à fait capable d’en faire autant au lieu de se lancer dans un bain de sang entre nationalismes !

6 Messages de forum

  • MM. Cuixart et Sanchez sont soupçonnés d’avoir encouragé des centaines de personnes, le 20 septembre à Barcelone, à bloquer la sortie d’un bâtiment où des gardes civils menaient des perquisitions, en lien avec l’organisation du référendum sur l’autodétermination catalane, inllégal selon Madrid. Ces gardes civils y étaient restés bloqués jusqu’au milieu de la nuit.

    Sanchez et Cuixart ont été inculpés pour sédition par l’Audience nationale, la haute juridiction chargée notamment des affaires de sécurité nationale, et écroués à la prison de Soto del Real, non loin de Madrid, en début de soirée lundi. La nouvelle a entraîné dans toute la Catalogne des concerts de casseroles, en signe de protestation.

    Le porte-parole du gouvernement séparatiste catalan a qualifié de « provocation de l’Etat espagnol » le placement en détention des deux hommes, appelant cependant leurs sympathisants à rester pacifiques. « Nous avons à nouveau, tristement, des prisonniers politiques » en Espagne, a estimé le président indépendantiste catalan, Carles Puigdemont, dans un message posté en anglais sur son compte Twitter.

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  • En quoi l’Etat et les classes dirigeantes espagnoles peuvent avoir intérêt à jouer avec la radicalisation nationaliste catalane à laquelle ils ne peuvent que perdre économiquement comme politiquement ?

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  • Catalogne, libre ou à l’orée de l’enfer ? 21 octobre 08:18, par Robert Paris

    Eh bien, au moment où les possédants espagnols sont à l’offensive contre les travailleurs, où les attaques anti-sociales sont au maximum, où l’Etat pseudo-démocratique l’est de moins en moins, interdit et réprime les manifestations, combat les grèves, où le chômage frappe à fond, cela permet de mettre en avant le rôle de l’Etat espagnol comme responsable de l’unité du pays, de présenter au peuple espagnol la répression comme un moyen de l’unité et aussi de contraindre la population catalane, qui se radicalisait socialement elle aussi, à devoir choisir entre deux nationalismes.

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  • « Ce qui distingue principalement l’ère nouvelle de l’ère ancienne, c’est que le fouet commence à se croire génial. »

    Karl Marx

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  • Où va la démocratie bourgeoise en Espagne ?

    Qu’elle soit cassée ne date pas des derniers événements de Catalogne :

    Lire ici

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  • Voici ce qui se passait en Espagne en avril 2014 :

    Le gouvernement du Parti populaire (PP) espagnol intensifie ses attaques contre les droits démocratiques en réaction à la vive opposition à la catastrophe sociale engendrée par ses mesures d’austérité et à celles de son prédécesseur, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).

    D’après le Fonds monétaire international qui est complice dans l’imposition des mesures d’austérité, le gouffre entre riches et pauvres a augmenté plus vite en Espagne depuis la crise économique qui a éclaté en 2008 que dans n’importe quel autre pays d’Europe. Un rapport de l’organisation humanitaire Caritas montre que les 20 pour cent les plus riches de la société espagnole sont maintenant sept fois et demi plus riches que le cinquième le plus pauvre – l’écart le plus important d’Europe. Une étude du Crédit suisse a révélé que le nombre de millionnaires en Espagne a atteint 402.000 en 2012, une augmentation de 13 pour cent en seulement un an. En même temps, le chômage est à 25,6 pour cent et 56 pour cent parmi les jeunes.

    La résistance de la classe ouvrière contre l’appauvrissement a augmenté. D’après l’organisation des employeurs, la CEOE, durant les deux premiers mois de 2014 il y a eu 184 grèves soutenues par 56.693 travailleurs, entraînant la perte de 2.668.556 heures de travail, une augmentation de 5 pour cent par rapport à l’année passée. En tout en 2013, plus de 15 millions d’heures de travail ont été perdues suite à 1259 grèves où plus d’un demi-million de travailleurs furent impliqués.

    Le nombre de manifestations a augmenté fortement. D’après le ministère de l’Intérieur, il y a eu 36.000 manifestations en 2012 – le double du nombre de 2011 (18.442).

    Dans ces conditions, la classe dirigeante s’en remet ouvertement à des mesures autoritaires. Les travailleurs en grève et les manifestants sont traînés devant les tribunaux et les procureurs demandent des sanctions féroces.

    Huit travailleurs d’Airbus sont actuellement poursuivis pour des affrontements avec la police devant l’usine au cours de la grève générale de septembre 2010 contre les réformes du droit du travail du PSOE. Les procureurs demandent huit ans d’emprisonnement pour chacune des personnes impliquées, la peine la plus élevée jamais demandée pour des affaires similaires depuis la fin du régime fasciste en Espagne en 1978.

    À Madrid, 113 contrôleurs aériens (CTA) et huit responsables du syndicat USCA sont accusés de sédition et encourent jusqu’à six années de prison pour avoir participé à une grève sauvage en décembre 2010. Les CTA étaient en grève contre le décret du gouvernement du PSOE qui réduisait leurs salaires de 40 pour cent, augmentait les heures de travail et réduisait les périodes de repos. Le gouvernement du PSOE a réagi en déclarant un état d’alerte de 15 jours et en envoyant l’armée.

    La grève des CTA a montré que lorsque les syndicats ne parviennent pas à contenir, isoler et démoraliser la classe ouvrière par leurs manifestations symboliques d’un jour, l’État emploie la répression sans retenue. Encouragé par la trahison syndicale de cette grève et d’autres depuis, et par leur collaboration dans l’application des coupes et des réformes du travail, le gouvernement tente maintenant d’établir le contexte dans lequel les grèves seront entièrement illégales.

    La ministre du Travail et de l’Emploi, Fátima Bañez, lance des appels sur le « besoin d’une nouvelle loi sur les services minimums » pour toutes les grèves, qui viendrait neutraliser les mouvements de revendication comme c’est déjà le cas dans les « services essentiels » comme les transports publics, où 50 pour cent du service normal doivent être maintenus. Bañez a affirmé qu’une loi de ce genre devrait « être discutée naturellement et sérieusement par les représentants des travailleurs, des employeurs et du gouvernement ». Les syndicats vont sans doute se plier à ses demandes comme par le passé.

    Le gouvernement espagnol a également renforcé les forces de la répression, dont la police antiémeute impliquée dans le contrôle et la surveillance des manifestations. En 2013, le budget du matériel et des équipements antiémeute est passé de 173.670 euros en 2012 à 3,26 millions d’euros, et du financement supplémentaire est déjà promis.

    Un cadre juridique est mis en place pour rendre les manifestations illégales. Le 31 mars, une affaire judiciaire sans précédent a commencé contre 20 jeunes accusés de « crimes contre les institutions de l’État » pour avoir cerné le parlement catalan en juin 2011 au cours d’une tentative d’empêcher les députés d’entrer et de voter d’importantes coupes budgétaires.

    Les parties civiles dans cette affaire sont la Generalitat (l’exécutif régional catalan), le parlement régional catalan, et le syndicat fasciste Manos Limpias(Mains propres), qui demandent jusqu’à huit ans et demi de prison contre les accusés.

    Le fait que le parti catalan au pouvoir Convérgencia i Unió, qui mène actuellement une agitation séparatiste en faveur d’une Catalogne indépendante, demande des poursuites et s’allie avec les fascistes, montre le genre de mini-État qu’il cherche à créer en Catalogne : un cadre antiouvrier favorable aux affaires, où les manifestations seront écrasées et où ceux qui sont arrêtés seront condamnés à des années de prison.

    Les manifestations récentes des trois dernières semaines ont également subi la répression.

    Après l’énorme manifestation du 22 mars contre l’austérité dans la capitale espagnole, le délégué du gouvernement à Madrid a annoncé que les principaux organisateurs allaient être accusés des dégâts causés durant les troubles qui ont eu lieu à la fin. Le maire de Madrid Ana Botella a exigé l’interdiction des manifestations dans les « zones d’intérêt historique et artistique, les zones avec une présence touristique importante et les voies de transport stratégiques » de la ville, les restreignant de fait à la périphérie de la ville. Cette demande est appuyée par le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, qui a déclaré qu’« aucun droit n’est absolu ».

    Durant la grève du 26 au 28 mars contre les coupes dans l’éducation, l’élimination des bourses étudiantes et l’augmentation des frais d’inscription, qui avait l’appui de plus de 2 millions d’étudiants, la police a pénétré dans l’enceinte des universités, ce qui rappelle son action sous l’ère Franco : d’après la loi espagnole la police ne peut pénétrer dans une université qu’avec la permission du recteur. Rien qu’à Madrid, 80 étudiants ont été arrêtés parce qu’ils occupaient leur faculté.

    Le 29 mars, une petite manifestation à Madrid pour l’abolition de la monarchie a été dispersée par des policiers antiémeute qui l’ont déclaré « illégale » parce qu’elle n’avait pas été annoncée aux autorités. Des journalistes connus pour leur critique de la conduite du gouvernement et de la police face aux manifestations ont été attaqués par la police et l’un d’entre eux a été arrêté.

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