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Comment reconstruire l’unité de la classe ouvrière ? En menant la lutte des classes vers la révolution sociale !

mercredi 22 novembre 2017, par Robert Paris

Edito

Comment reconstruire l’unité de la classe ouvrière ?

La division des travailleurs atteint des sommets historiques. Jamais on n’a autant opposé les salariés anciens et les nouveaux. Les premiers ont une retraite et les seconds ne peuvent même pas en rêver. Les premiers peuvent avoir des emplois fixes avec des contrats, les seconds n’ont souvent jamais connu que les emplois précaires (que ce soit sous forme de contrats CCD, de contrats aidés, d’intérim, d’auto-entrepreneurs, de sous-traitants de sous-traitants, de travailleurs au noir et on en passe). Jeunes ou vieux, en tout cas tout est fait pour opposer les précaires et les autres, les chômeurs et les autres, les jeunes et les autres, les femmes et les autres, les étrangers et les autres.

On vient encore de pousser toute l’Europe à considérer que son principal problème serait celui des travailleurs détachés, une resucée du mythe du « plombier polonais » dont le but est clairement de souligner la concurrence entre salariés. Celle-ci est non seulement l’une des bases de la société bourgeoise mais est tout particulièrement une réponse privilégiée des patrons et des gouvernants face à la crise de la domination capitaliste. On oppose non seulement les salariés au sein de l’Europe, les salariés dans chaque pays, les salariés des trusts automobiles et ceux des sous-traitants ou des prestataires (auxquels on interdit de parler aux premiers), mais même les salariés au sein d’un même trust ou regroupement de trust, comme vient de le faire Ghosn avec le regroupement Renault- Nissan-Mitsubishi.

Même le secteur public est touché par le développement d’emplois privés concurrençant les fonctionnaires au sein des établissements, que ce soit des hôpitaux, des postes, des chemins de fer ou des établissements scolaires. Et aussi par la privatisation progressive de tout le secteur public.

Tout est fait non seulement pour que la concurrence entre salariés fasse pression dans le sens de la baisse des salaires, de la hausse des charges de travail, de la flexibilité des horaires, mais même qu’elle fasse pression sur le moral, sur la combativité, sur le stress des salariés. Il s’agit carrément de casser psychologiquement les travailleurs, de les placer sur la défensive, de les contraindre à se justifier, à prouver qu’ils travaillent suffisamment. Cela va même jusqu’à transformer les autres salariés en moyens de pression contre leurs collègues au travers des réunions d’unités de production. Et bien sûr, on transforme l’encadrement en moyens de pression particulièrement violents, avec des propos de plus en plus agressifs, que ce soit dans le privé ou dans le public. Avec toujours une menace renouvelée : la masse de ceux qui n’ont pas d’emploi, qui, eux, sont prêts à travailler à des conditions bien plus dégradées.

On connaissait déjà la menace des délocalisations et maintenant on nous joue la menace des salariés délocalisés qui viendraient nous prendre nos emplois sur place ! Cela va jusqu’à nous faire croire que les peuples victimes du terrorisme et des bombardements des grandes puissances, les fameux « migrants » ne viendraient ici que pour nous prendre nos emplois !

C’est au point qu’en France la peur de la concurrence des immigrés est passée de l’obsession monomaniaque de monsieur Le Pen, ridiculisée alors par l’essentiel des partis et des média, à un discours général de tous les courants politiciens. Et ce n’est nullement particulier à la France comme on le voit en Allemagne, en Hongrie, en Grande Bretagne et aux USA. La seule démonstration de Trump pour prouver qu’il défend l’emploi aux USA consiste à agresser sans cesse les migrants sud-américains. C’est donc l’ensemble de la planète qui s’est mise à combattre violemment les migrants tout en menant une politique guerrière et xénophobe qui ne peut qu’accroître la poussée migratoire.

La montée des protectionnismes, montrée par le Brexit et par l’élection de Trump, signifie que, sur le terrain économique aussi, les classes dirigeantes veulent monter les peuples les uns contre les autres. Cela accompagne les politiques bellicistes de plus en plus agressives. Cela accompagne aussi des législations de plus en plus répressives, l’Etat intervenant de plus en plus dans les relations économiques et sociales, tout en se prétendant de plus en plus libéral !

L’exploitation capitaliste devient de plus en plus dure et claire. La part des salaires par rapport au capital se restreint sans cesse. Les salariés jeunes sont bien plus exploités et ont des moyens de se défendre largement diminués par rapport aux plus anciens. Les législations évoluent toujours plus dans le sens de protéger le grand capital et de retirer toute protection légale au travail. On pourrait penser que cette exploitation accrue va donner plus de stabilité au système dominant, plus de succès à la classe capitaliste, mais ce n’est pas aussi simple car la crise actuelle n’est pas une crise classique, une récession, mais une crise de suraccumulation du capital. Elle ne provient pas d’un trop-plein momentané de marchandises mais d’un trop plein massif et permanent de capitaux. Cela oblige le système à produire sans cesse des investissements fictifs pour distribuer quand même des revenus au capital, même si celui-ci ne trouve pas de secteur réel pour s’investir. La part des capitaux investis dans la production diminue sans cesse. Les dettes, publiques et privées, augmentent sans cesse.

Le capitalisme a atteint ses limites, celles de ses capacités de réinvestir la plus-value extraite du travail humain productif, le capitalisme ayant produit beaucoup trop de capitaux pour être capable de trouver des investissements rentables assez importants pour les absorber. S’il accroît massivement la surexploitation, cela ne permettra que d’accroître encore la masse des capitaux mais pas d’augmenter les possibilités d’investissements supplémentaires. Même les aides d’Etat ne font qu’offrir encore plus d’argent public au grand capital, loin de résoudre les contradictions de celui-ci, cela ne fera que les accroître.

La situation de crise de la domination capitaliste entraine des politiques des Etats qui aggravent considérablement toutes les divisions entre travailleurs en semant toutes sortes de haines entre Musulmans et non Musulmans, entre étrangers et nationaux, entre races et bien d’autres. Ces divisions ne sont même pas affaiblies par les actions syndicales, au contraire même. C’est bien l’une des preuves que ces centrales syndicales ne sont pas seulement bureaucratiques, intéressées surtout à leurs intérêts de boutiques, mais bel et bien liées à la société bourgeoise, à son ordre social, à ses préjugés, à sa défense. Et la crise de la domination capitaliste donne même une responsabilité particulière à ces appareils réformistes qui doivent se sentir comme le dernier rang de protection de la société. Même ceux qui se mobilisent dans la rue et dans la grève font partie de ce « dernier rang » de protection, de cet encadrement qui se positionne entre le Capital et le Travail pour éviter les débordements, pour empêcher l’auto-organisation des travailleurs, pour canaliser la révolte.

Même les actions syndicales ne militent nullement pour l’unité ouvrière. Si les centrales appellent à des « journées d’action » qui sont en théorie interprofessionnelles, elles n’en profitent nullement pour lier entre eux les secteurs de la classe ouvrière. Chacun défile séparément et aucune assemblée générale interprofessionnelle n’est organisée. Et de plus, en même temps que les journées d’action interprofessionnelles contre la réforme du code du travail, auxquels des secteurs entiers de la classe ouvrière ne sont en réalité même pas appelés, il y a de multiples journées d’action sectorielles, pour bien démontrer que les syndicats continuent de flatter tous les préjugés sectoriels, corporatistes, défensifs des travailleurs : les retraités sont appelés à part, les chômeurs séparément, les métallurgistes d’un côté, les pétroliers d’un autre, les routiers d’un troisième, les hospitaliers d’un quatrième, les bus et trams de province d’un cinquième, les cheminots d’un sixième, les enseignants précaires séparément eux aussi, et on en passe des actions catégorielles alors que tous les syndicats reconnaissent que l’offensive patronale et gouvernementale est générale.

Et c’est sans compter les luttes contre les licenciements et les fermetures de sites. Ces luttes là sont toujours séparés, isolées, jamais regroupées, jamais montrées au public comme un lutte d’ensemble de la classe ouvrière contre les suppressions d’emplois. Les Goodyear luttent seuls, les PSA Aulnay seuls, les GM et S seuls, les Coca Cola seuls, etc…

Au lieu de démontrer que c’est la même lutte de classe que mènent les hospitaliers et les enseignants, les cheminots et les métallurgistes, les centrales syndicales font exactement le contraire. Elles produisent des revendications particulières des transporteurs de matières dangereuses, des revendications particulières des métallurgistes, des revendications particulières des hospitaliers, etc. Elles ont des plans de réforme dans tous les secteurs particuliers, réformes qu’elles présentent comme de l’intérêt du secteur, ce qui n’est pas l’intérêt de classe des travailleurs : l’intérêt de la métallurgie, l’intérêt du rail, l’intérêt de l’Automoble, l’intérêt du Transport et, au-delà, tout ce qu’elles estiment général, c’est l’intérêt de « l’Economie » et l’intérêt « du Pays » !!!!

Il n’y a pas plus nationalistes que les centrales syndicales, pas plus attachés à la négociation avec nos ennemis, pas plus attachés au prétendu rôle d’intermédiaire de l’Etat bourgeois, pas plus menteur sur la démocratie bourgeoise, pas plus menteur aussi sur les risques des violences ouvrières comme on l’a vu à Air France, pas plus mobilisé contre toute tentative d’auto-organisation des travailleurs. Le simple terme d’auto-organisation ou de comité de grève leur donne des boutons ! Et ne parlons surtout pas d’assemblée interprofessionnelle, d’élection d’une direction de la lutte : ils y voient une remise en cause de leur monopole sur la direction des luttes ! Ne parlons pas de discussion sur les revendications : les centrales n’acceptent d’en discuter qu’entre elles, dans les intersyndicales, ou encore devant nos ennemis patronaux et gouvernementaux, mais pas devant les travailleurs eux-mêmes ! Ainsi, ils limitent les risques que les travailleurs s’unissent, s’organisent, menacent le système, et menacent aussi les petits arrangements, financiers ou autres, du système avec les centrales…

Et surtout, tout est fait pour faire croire que les luttes doivent être menées, comme autrefois, vers un compromis discuté et négocié avec nos ennemis. Comme s’il n’y avait rien de changé depuis l’effondrement économique de 2007-2008, comme si, depuis, les patrons et les gouvernants du monde n’avaient pas changé de politique, menant une offensive violente anti-ouvrière et anti-populaire mondiale, en ne négociant plus aucun recul et en étant prêts à toutes les répressions les plus violentes contre de luttes aussi modérées soient-elles.

Dans la phase actuelle de capitalisme nécrophile, qui s’auto-détruit en plaçant une part sans cesse croissante de ses capitaux dans des titrisations de dettes, dans des actions « pourries », dans des spéculations sans fond, dans des dettes publiques comme privées qui croissent de manière exponentielle, le réformisme n’a plus de base. La classe ouvrière ne fait plus face aux alternances de récessions et de reprises mais à un stade où le système ne dure que grâce aux aides massives des puissances publiques, où le chômage de masse est permanent, où la chute des emplois est continuelle, où l’investissement productif voit sa part décroitre sans cesse, diminuant en proportion la fabrication de plus-value réelle. Ce sont les impôts qui sont chargés de payer les revenus du grand capital !!!

Dans cette situation qui existe depuis les années 2000, où le capitalisme ne peut plus se tirer d’affaire par une crise, en sacrifiant quelques grandes banques et quelques trusts parce que cela provoquerait un risque systémique mortel, le système n’a plus de dynamique propre et ne fait que faire durer la situation pour se préparer à un affrontement inévitable avec la classe ouvrière mondiale.

Sa politique consiste en des offensives guerrières, liées à des offensives anti-sociales et des politiques d’extrême droite provoquant sciemment des montées fascistes. Tous ces éléments étant liés les uns aux autres et à la situation du système, tenant par un fil au-dessus du gouffre.

La politique d’un Trump en est la parfaite illustration. Mais il n’est pas le seul. Les Hollande-Valls-Macron ne le sont pas moins. Pas moins non plus que les dirigeants anglais, japonais ou indiens. Tous s’orientent vers le fascisme et vers la guerre généralisée, « guerre intérieure et extérieure » comme le clamaient les Hollande-Valls.

Dans ces conditions, le syndicalisme d’hier est complètement dépassé, quelle que soit la bonne foi des équipes syndicales locales, leurs illusions en fait. Quels que soient aussi les calculs des gauche de la gauche, des insoumis et de l’extrême gauche opportuniste. Dans tous les cas, tous ces gens-là ne peuvent que cultiver les illusions, que refuser de dire la vérité aux travailleurs sur l’état moribond du capitalisme et sur l’étape nécessaire de la lutte des classes mondiale.

L’offensive du grand Capital vise à profiter du répit pour casser moralement, physiquement, organisationnellement la classe ouvrière. Il ne s’agit pas seulement de revenir sur les « acquis » du passé, sur les droits, sur la sécurité d’emploi, sur les conditions de travail. Il faut en plus casser le moral des travailleurs, les attaquer individuellement comme collectivement, les provoquer, les insulter, les dégrader dans l’opinion dans leur propre opinion y compris…

Mais cette offensive, qui ramène le prolétariat à ses anciennes conditions de travail des débuts du capitalisme, sans garantie d’emploi, sans garantie de salaire, sans garantie de conditions de travail, sans retraite, sans santé, sans formation, sans rien, a pour résultat de produire à nouveau une classe prolétarienne qui n’a plus que ses chaînes à perdre et qui est capable, comme il y a cent ans en Russie et en Europe, de postuler à son rôle historique : renverser le capitalisme à l’échelle mondiale. Et c’est bien cette perspective qui est la seule à répondre à la situation mortifère du capitalisme, la seule à offrir un autre choix que la barbarie généralisée, la guerre généralisée et le fascisme généralisé.

La révolution sociale, unissant travailleurs et chômeurs, jeunes et vieux, hommes et femmes, de toutes les origines, de toutes les situations personnelles, de toutes les ethnies, de toutes les races, de toutes les religions, voilà l’avenir et le renversement du grand capital par le travail, c’est bien la seule chose que ces exploiteurs n’auront pas volée !

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