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Accueil du site > 10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS > Inaction syndicale

Inaction syndicale

samedi 23 décembre 2017, par Ephraïm

INACTION SYNDICALE

De quelle théorie s’arment les syndicats pour expliquer les ordonnances Macron ? Ils nous parlent d’INVERSION DES NORMES : il s’agit là d’une théorie qui ne tient pas compte de la réalité économique du monde du travail.

Les ordonnances Macron entérinent 30 ans au moins de lutte de classe menée par la bourgeoisie dans ce pays.

Depuis Balladur et même depuis Mitterrand, voire depuis 1968, la question centrale dans le pays comme dans le monde entier, c’est de faire baisser le coût de la force de travail.

Depuis les accords de Grenelles, il s’agit de reprendre ce qui a été accordé à un prolétariat qui a participé à une grève d’ampleur. Mais pas uniquement.

Les syndicats avec la théorie de l’inversion des normes évitent les discussions fondamentales qui permettraient de comprendre la raison d’être des ordonnances Macron.

Pour le syndicat auquel j’adhère, il s’agissait d’expliquer dans les réunions préparant à la grève du 10 octobre, qu’en 1910, date de création du code du travail, les droits collectifs ont été inventés pour éviter la violence du contrat individuel de travail entre l’employeur et l’employé. Le code du travail selon le syndicaliste, permettrait d’atténuer cette violence. Cependant, le code du travail constituait le minimum, selon ce syndicaliste.

Car des accords de branche, ou accords professionnels permettraient d’avoir un peu mieux que le minimum définit par le code du travail.

Rien n’est moins vrai. Les syndicats et la CGT en tête ont accepté beaucoup d’accords dévalorisant les droits des salariés, et cela depuis 20 ans. En particulier après le mouvement des grandes grèves de 1995.

La CGT a tout fait pour montré (et les autres syndicats aussi) qu’elle tenait la classe ouvrière dans ce pays.

Les journées syndicales de grèves, 3 déjà depuis un mois, et une 4e jeudi prochain sont toutes présentées selon des revendications différentes, alors que toutes ces revendications sont de près ou de loin inscrites par les ordonnances qui viennent d’être présentées comme historiques.

Pourquoi le président Macron les a-t-elles présentées comme historiques ?

Précisément parce que la bourgeoisie, non contente d’avoir réussi à rattraper un taux de profits au détriment des salariés depuis 30 ou 40 ans, a besoin aujourd’hui de faire baisser les droits bien plus bas que ceux accordés en 1910 ou depuis.

Il s’agit de légiférer de manière à ce que la classe ouvrière n’ait plus de droits. Il s’agit de faire baisser les droits accordés jusqu’à présent par la bourgeoisie au prolétariat et en particulier de s’attaquer autant au prolétariat qu’à la fraction huppée de ce prolétariat, l’aristocratie ouvrière, constituée de profs, de fonctionnaires, d’ouvriers qualifiés, techniciens, ingénieurs.

Non contente d’avoir supprimé des droits et des emplois et précarisé la main d’oeuvre dans les entreprises privatisées depuis 20 ans (France Telecom, La Poste ou la SNCF, pour ne citer que celles-là), La bourgeoisie considère qu’il lui faut aller plus loin.

Pourquoi ?

Parce que l’état a payé les dettes contractées par toutes les compagnies dans la crise de 2007. La bourgeoisie sait que son système est à bout de souffle et que seule une destruction massive des forces productives permettra de rétablir un taux de profit qui n’existe plus aujourd’hui.

Qui dit destruction massive des forces productives dit destruction non seulement de machines obsolètes, fermetures massives d’usines, désinvestissement et pour cela baisse d’activité dans les secteurs productifs, mais aussi investissement dans l’armement, et surtout destruction de la main d’oeuvre comme cela a été réalisé dans les années 30 avec l’organisation génocidaire des populations non suffisamment intégrées dans les girons nationaux et nationalistes : juifs, tziganes, et tous les oppositionnels au nazisme, et militarisation du travail, épuisement des forces productives. Aujourd’hui, les mesures face aux épizooties permettent la mort prématurée d’éleveurs qui se suicident. De même chez les chômeurs ou les salariés d’entreprise qui ne supportent plus les pressions et les réorganisations récurrentes et multiples du travail dans leur entreprise.

Tout cela était systématisé dans l’Europe Nazie. La tendance actuelle serait, pour la bourgeoisie de maintenir les apparences démocratiques tout en organisant le fascisme.

Or, depuis 2007, peu à peu, extrême gauche et syndicats ont aidé la bourgeoisie dans ce sens comme on l’a vu avec l’aide apportée par LO à la CGT et à la direction de Peugeot avec la fermeture de l’usine d’Aulnay en 2012, ou bien lors de tentatives de réunions autonomes ici ou là par tel ou tel syndicat.

On se souvient que l’appel à se réunir dans un parc il y a 2 ans à la salpêtrière a poussé la direction de l’hôpital à faire venir des huissiers... ou encore quelques mois plus tard lorsque des syndicalistes faisaient une réunion syndicale dans un centre de tri, des policiers avec flash-ball sont entrés dans l’entreprise, à la demande de la DRH, ce qui a interrompu la réunion (temps d’information syndicale légal).

Les journées d’actions aujourd’hui, ont pour but de faire croire à un possible mouvement. Beaucoup de collègues, les plus jeunes, croient qu’une mobilisation de masse est à venir. D’autres, qui ont déjà quelques années dans l’éducation, voient que leurs compléments de salaire vont disparaître. Ceux-là sont en colère.

Mais aucun pour le moment n’a réellement discuté de la jonction avec le petit personnel, les ATSEM, les AVS, les profs sont en situations de petits chefs vis-à-vis de ces personnels en emploi aidé ou précaire, ceux qui mettent la main dans le caca, le vomi, ou qui aident sans avoir la prestance du maître ou de la maîtresse.

Le clivage est social. Les préjugés de caste sont tenaces, l’organisation du travail est idéologique et la remise en cause ne peut actuellement venir de la part des profs me semble-t-il, surtout après la défaite de la grève de 2003.

Une colère est là. Mais le chemin est long pour qu’un mouvement puisse prendre. D’ailleurs la colère ne suffit pas. Seule une discussion franche, indépendante des préjugés de classe ou de caste permettrait de préparer le terrain à un mouvement d’ensemble. Pour cela, il faudrait se préparer à des assemblées générales, à proposer des comités indépendants des syndicats, et surtout, il faudrait pouvoir contrer ces préjugés que renforcent les syndicats par des journées d’actions qui favorisent les préjugés de caste ou les revendications spécifiques concernant la fonction publique,comme si elle était à part, comme si elle pouvait tirer son épingle du jeu alors que toutes les couches travailleuses sont aujourd’hui attaquées par les ordonnances présidentielles.

On n’a rien d’autre à attendre des journées d’inaction syndicales (surtout la dernière) que le renforcement de préjugés parmi nos collègues, et surtout l’acceptation de la passivité des salariés. Les syndicats se sentent renforcés : ils crient à la victoire concernant la dernière journée syndicale parce qu’ils n’ont pas été contestés, et qu’ils ont montrés que eux seuls mènent la danse.

Alors, fallait-il participer à telle ou telle journée d’action ?

Chacun juge s’il peut ou non se permettre de perdre une journée de travail. Cependant, ne nous leurrons pas : la participation à ces journées n’apportera rien à la classe ouvrière qu’une démobilisation et un renforcement apparent du crédit syndical, un dégoût éventuel lorsque les ordonnances seront appliquées, comme après le non-mouvement de 2010 : à l’hiver 2011 un pic de dépressions et de suicides a été enregistré. Le Capital et les syndicats valets du capital en sont les responsables. Les mêmes reproduisent les mêmes parodies de solutions, les parodies de mouvements. Pourquoi le moral à l’hiver prochain, ne serait-il pas au plus bas comme il y a 7 ans ?

La seule nuance, c’est qu’en 2010 il y avait beaucoup plus de monde dans la rue qu’à l’automne 2017. La claque n’en a été que plus forte...

Depuis, la gauche a été au gouvernement, le public syndical a appris à se démobiliser suite aux fermetures de l’automobile ou d’ailleurs des années 2012-13. La classe ouvrière du pays, sans être battue a pris des coups, et le gouvernement actuel a mesuré cette situation, c’est pourquoi il a pris les devants pour continuer à attaquer, en pleine continuité avec les gouvernement Chirac- Sarkozy et Hollande. Les journées syndicales sont un leurre qui permettent de faire passer les ordonnances puisque ces journées ont lieu après que les ordonnances soient signées et proclamées.

De même en 2010, les journées étaient là pour faire passer la réforme Sarkozy des retraites, de même en 2012 la grève d’Aulnay a aidé à la fermeture, de même les journées de 2017 sont là pour aider le gouvernement et pour faire passer ces ordonnances.

Les réunions syndicales de préparation au 10 octobre avaient pour fonction d’expliquer les conséquences des ordonnances : il s’agit d’une manière de les entériner en disant qu’on n’est pas d’accord, mais sans conviction réelle, et sans organiser une possibilité de se bagarrer.

Des collègues croient se bagarrer dans ces journées alors que rien n’est plus faux. C’est là le drame du prolétariat dans ce pays, c’est son incapacité à s’organiser et à se réunir de façon indépendante. Il serait temps que nos frères de classe s’en rendent compte. Il serait temps que l’organisation indépendante apparaisse et que les syndicats ne soient plus ceux qui paraissent organiser et représenter le monde du travail.

Car la crise à venir est attendue par les dirigeants du monde capitaliste eux-mêmes. En 2015 une crise a eu lieu. Tout à été fait pour la cantonner à la Chine. Mais elle a touché des investissements du monde entier.

La prochaine crise sera violente. Les conséquences de la prochaine crise seront très violentes, plus rapide qu’après 2007 car la bourgeoisie a appris de cette crise et a prévu la prochaine. Pour les capitalistes, aujourd’hui, il s’agit de faire en sorte qu’elle ne soit pas la crise tant redoutée par les capitalistes eux-mêmes, de tenter de repousser l’échéance, même de quelques mois ou de quelques années, pour gagner du temps. Mais la crise majeure se produira et nous la vivrons.

Pourtant même si les capitalistes redoutent cette crise, il savent qu’elle est inéluctable, et cela fait 10 ans maintenant qu’ils s’y préparent : renforcement des contrôles aux frontières, armée dans la rue (même fantoche) développement des discriminations, baisse du coût du travail, état d’urgence.

Tout cela va dans le sens de l’organisation d’une économie de guerre proto-fasciste. Cependant, quand la crise arrivera réellement, la bourgeoisie fera basculer le peu qui reste de son système démocratique en une politique ouvertement fasciste avec suppression des syndicats s’il le faut, ou syndicat unique comme sous Mussolini ou Hitler. Elle n’a même pas besoin que Le Pen soit au pouvoir pour organiser cela.

Or, rien de tout cela n’est discuté dans les réunions syndicales. Les journées d’inaction n’appellent même pas à se réunir en assemblées pour que les travailleurs décident quoi faire. Les réunions demandent à ce que mandat soit donné aux syndicats pour l’organisation de la grève !!!!

Cela signifie passivité des travailleurs et désinformation concernant les enjeux historiques contenus dans la situation actuelle.

C’est pourquoi il est absolument nécessaire de se défier des appels syndicaux et de se préparer là où c’est possible à comprendre les enjeux de la situation. C’est le seul moyen de faire face à la situation et à ses enjeux. Ce n’est certainement pas la politique syndicale actuelle qui s’oriente vers cela. C’est à nous de le faire, personne ne le fera à notre place.

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