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Avez-vous lu Tchinguiz Aïtmatov ?

mercredi 20 décembre 2017, par Robert Paris

Avez-vous lu Tchinguiz Aïtmatov ?

Scaffold ou arrêt Bourane

Djamilia (1958)

« Djamilia était vraiment très belle. Élancée, bien faite avec des cheveux raides tombant droit, de lourdes nattes drues, elle tortillait habilement son foulard blanc, le faisant descendre sur le front un rien de biais, et cela lui allait fort bien et mettait joliment en valeur la peau bronzée de son visage lisse. Quand Djamilia riait, ses yeux d’un noir tirant sur le bleu, en forme d’amande, s’allumaient... Et j’étais jaloux d’elle, comme les jeunes frères sont jaloux de leurs sœurs... Le vent apportait de là-bas la senteur des pommes, les miels chauds du maïs en fleur comme un lait qu’on vient de traire, et le souffle tiède des fumiers séchés. Longuement, s’oubliant lui-même, Danïiar chanta. Se tenant coite, la nuit d’août l’écoutait, charmée. Et jusqu’aux chevaux qui avaient voilà déjà longtemps pris un pas mesuré, comme s’ils avaient craint d’interrompre ce prodige…

Les lèvres minces de Danïiar avec leurs petites rides marquées aux coins étaient toujours étroitement serrées, ses yeux regardaient tristement, calmement, et seuls les sourcils souples et mobiles avivaient son visage amaigri, toujours fatigué. Parfois, il dressait l’oreille, comme s’il avait perçu quelque chose qui ne parvenait pas aux autres, et alors ses sourcils s’envolaient et ses yeux s’enflammaient d’un incompréhensible enthousiasme. Et puis il souriait longuement et se réjouissait on ne sait de quoi…

Et la nuit était une splendeur. Qui ne connaît les nuits d’août avec leurs étoiles lointaines à la fois, et proches, extraordinairement brillantes ! Chaque petite étoile est en vue. En voilà une, comme engivrée sur ses bords, qui n’est que scintillation de petits rayons glacés, du ciel sombre elle regarde notre terre avec un naïf étonnement. »

Seït, le narrateur se souvient du temps où jeune garçon d’à peine 13 ans, il était resté le seul homme de la famille, suite au départ de ses frères pour le front... Il nous raconte deux saisons passées auprès de sa belle-soeur, Djamilia qui attend en vain le retour du frère aîné, Sadyk, parti à la guerre peu après leur mariage.

Seït travaille dans les champs, s’occupe des chevaux et, en tant que seul homme de la maison, est censé protéger Djamilia des approches un peu trop fréquentes des autres djiguites (cavaliers) de l’aïl (le village).

Djamilia est fidèle à sa famille. Indépendante, parfois dure, elle sait très bien se protéger toute seule et travaille sans relâche, comme un homme. Malgré tout, elle garde toute la fraîcheur de l’enfance et n’entend pas rester recluse dans cet univers féminin, où la femme mène la maison mais doit rester en retrait.

Djamilia et Seït sont très complices et si l’une est à peine sortie de l’enfance, l’autre est en train de s’en éloigner... Le jeune Seït tombe peu à peu amoureux de sa jeune et belle, belle-soeur. Il découvre peu à peu les sentiments contraires qui le lient à la jeune femme, la jalousie d’abord, pour celle qui l’appelle kitchiné-bala (petit garçon) et que lui nomme djéné ; la fascination pour sa beauté, ses éclats de rire, son rayonnement ; l’inquiétude pour sa fragilité, ses humeurs sombres ; et enfin, la joie de la voir si heureuse, une joie si intense que ce bonheur là, lui suffit à lui, alors qu’il découvre en même temps qu’il l’aime d’un amour immense... En découvrant l’amour, il délaissera son enfance pour devenir un adulte, prêt à réaliser ses rêves, tout en s’ouvrant à la beauté de la nature qui l’entoure et à la création artistique.

Danïiar est un jeune orphelin revenu au village. Ayant fait la guerre il a été blessé à une jambe et reste boiteux. Souvent muet et taciturne, il n’en est pas moins observateur. Lorsqu’il est chargé d’accompagner Djamilia et Seït pour amener le grain à la gare pour les soldats, il ne parle pas de la journée, mais peu à peu s’attache à la jeune femme et tombe amoureux.

Un jour Djamilia et Seït font une blague à Danïiar, en plaçant dans sa charette un sac très gros et très lourd, que tous deux ne peuvent porter qu’à deux. Mais celui-ci, par fierté, le porte sur ses épaules à destination, boitant sur sa jambe blessée. Ce soir-là, le retour au village se fait dans le silence et la tristesse.

Le lendemain, Djamilia s’excuse à sa façon et lui explique que c’était une plaisanterie. Le soir venu, le coeur léger lors du retour au village, Danïiar se met à chanter et Djamilia tombe sous le charme. Émue, elle comprend toute la poésie, l’hymne à la vie, à la liberté et à l’amour...que contiennent ses chansons.

Le premier maître dans Nouvelles des montagnes et des steppes (1964)

1923. L’arrivée de Diouchen, jeune soldat de l’Armée rouge, envoyé par le Komsomol à l’aoul de Koksaï en Kirghizie, provoque un attroupement. Le jeune homme se présente et explique sa mission : éduquer et apprendre à lire. La masse ignorante toise cet être étrange, puis, stupéfaite par ses propos, exprime son étonnement, se moque de lui et le plante, sur place, seul avec sa mission. Enfin, on lui laisse une écurie désaffectée ; un vieux qui vit avec sa vieille, lui offre l’hébergement et Altynaï, une orpheline de 16 ans, manifeste son intérêt. Le lendemain, quelques enfants viennent, dont Altynaï, et les premières journées de classe sont difficiles : le jeune maître, imbu de sa vocation messianique mais inexpérimenté, commet des maladresses aggravées par des conditions matérielles désastreuses. Comme le font remarquer des cavaliers, du haut de leurs montures : "C’est comme une seconde femme qui s’occuperait des enfants et qui serait rétribuée en argent soviétique." Malgré les épreuves, des enfants continuent à venir car, ainsi, on s’occupe d’eux. Parmi eux, Souvan, un garçon éveillé, et Altynaï, qui l’aide à l’occasion. Il a aussi gagné la sympathie de quelques villageois plus sensibles aux idées nouvelles. Ainsi, lorsque Diouchen quitte provisoirement l’aoul, on essaye de démolir l’école : les enfants et quelques adultes s’interposent. Quelques jours plus tard, l’instituteur revient et rameute, en pleine nuit, les villageois afin qu’ils partagent sa détresse : Lénine est mort. À la fête, au village, le Baï, seigneur local, découvre la beauté d’Altynaï, mais constate aussi que son autorité est remise en cause : son frère a été agressé et contré par l’instituteur. Il provoque ce dernier en un combat singulier. Diouchen n’ayant pas la carrure, un "ami" lui impose de combattre à sa place. Le seigneur l’emporte et, par la même occasion, veut aussi enlever Altynaï. Plus tard, des bandits à sa solde ravissent la jeune fille et, après avoir sauvagement rossé Diouchen qui s’y opposait, violent l’adolescente. L’instituteur, tenace, revient avec deux policiers qui arrêtent le Baï. Mais, lorsque Diouchen ramène la jeune fille au village, celle-ci, déshonorée, est rejetée par les gens du village. Elle part donc pour Tachkent, en compagnie de l’instituteur amoureux, afin d’y poursuivre ses études. Un jour, pourtant, Diouchen retourne au village et retrouve son école incendiée. Il décide, cette fois-ci, d’en construire une nouvelle avec l’aide des villageois.

Adieu Goulsary (1966)

Ce livre contient : 1. Adieu Goulsary : Un vieil homme et un très vieux cheval cheminent ensemble. Le cheval s’abat, il ne se relèvera plus. Et tandis que, dans une lente agonie le coursier revit son enfance heureuse et sa fougueuse jeunesse, le vieil homme se remémore les événements de son humble existence de gardien : les pittoresques courses orientales gagnées ; les épidémies où le berger emporte par brassées le corps raide et bleui de ses agneaux ; les yeux de la femme qu’il aima en secret. 2. Le champ maternel : C’est la tragique histoire d’une paysanne kirghize qui perd successivement son mari et ses trois fils à la guerre. Face à cette mère meurtrie, Aïtmatov évoque le drame des terres dévastées, privées des hommes qui les ont défrichées pour mieux vivre, terres qu’il faut malgré leur absence, sauver aujourd’hui pour survivre.

Il fut un navire blanc (1970)

Nous sommes dans les montagnes kirghizes, un monde ancestral, à la population clairsemée, dont les coutumes et façons de vivre n’ont guerre évolué depuis des siècles, même si la modernité fait son apparition de loin, comme par exemple un camion qui passe. Mais les habitants continuent encore à se déplacer à cheval. Le roman se passe dans un poste forestier dans lequel habite une poignée d’adultes, et un petit garçon. Il n’a pas de contacts avec des enfants de son âge, et il s’imagine tout un monde peuplé de créatures magiques. Ce monde est inspiré en partie par les contes et légendes que lui raconte son grand-père, et surtout la plus merveilleuse d’entre eux, celui de la Mère des Mârals à la Belle Ramure. Animal magique, quasiment disparu, il est sensé être l’ancêtre des Kirghiz. Et le petit garçon, abandonné par ses parents, rêve de retrouver son père, et de rencontrer la Mère de tous les Mârals. Alors lorsque trois mârals viennent d’une réserve dans la forêt qu’il habite, il pense que tous ses problèmes peuvent se résoudre d’une façon quasi magique. Mais la cruauté des adultes va mettre un terme à tous ses rêves.

Chien pie qui court au bord de la mer ( 1978)

Sultanmourat (1978)

Souris bleue, donne-moi de l’eau (1978)

Une journée plus longue qu’un siècle (1983)

Extraits :

Le billot (1986)

Les Rêves de la louve ( 1987)

Livre sur la Russie des années 86, alors que celle-ci est en pleine restructuration durant la perestroïka de Gorbatchev (dont l’auteur a été le conseiller). Aitmatov soulève les tabous d’une nation qui jusqu’alors démontre au monde entier l’absence « du mal » et se félicite de l‘ordre établi. Pour autant, les dessous du soviétisme, tabous dissimulés au regard de tous nous sont relatés dans ce roman empli d’esprit. C’est bien un peuple désorienté et ébranlé par les problèmes de drogue, de la délinquance, de la corruption et de la censure .Une analyse, une réflexion sur l’héritage culturel, la place de la religion et la perversité doctrinaire du Parti.

Abdias, voué à être un homme d’église mais excommunié par celle-ci en vue de ses idées réformatrices , prônant la nécessité d’une pensée nouvelle , progressiste et moderne à l’instar d’un monde de plus en plus novateur , s’enrôle dans le commerce de la drogue afin d’écrire un article et d’ouvrir les yeux du public , de marquer le début d’une campagne morale destinée à sauver les âmes des jeunes égarés sur ce fléau grandissant et dissimulé, dénonçant ce que le Parti censure. Son article ne sera jamais publié portant trop atteinte au prestige du pays.

Puissance et soumission, pouvoir et parité, c’est tout un chapitre que consacre Aitmatov à l’échange entre Jésus et Ponce-Pilate juste avant la crucifixion. L’auteur dénonce en prenant Rome comme exemple, La propagande soviétique, les grandes puissances de ce monde, « la religion d’armement » se soustrayant à la religion aujourd’hui trop obsolète et qui serait la cause de notre perdition, de l’assujettissement d’une société dominatrice et écrasante dont la pernicieuse doctrine est « tout est permis »

Et puis... il y a Boston , ce berger du Kirghizstan ,travailleur et volontaire , cherchant à devenir propriétaire de ces terres qu’il travaille mais qui appartiennent au peuple , à l’état , au Parti , que ses acolytes du sovkhoze abattraient bien en vue de sa réussite , proférant l’idée qu’un koulak(paysans riches et premières victimes de la collectivisation en 1929/1934) devraient être envoyé en Sibérie si seulement ces temps fastes existaient encore..

Et puis encore… la louve Akbara, qui au gré des pages démontre son non droit d’existence, celle dont plus aucun territoire ne peut lui permettre de vivre librement. Le règne est celui d’un tout autre loup, arrogant, vaniteux, qui divise pour mieux régner, instaurant la loi du plus fort et détruisant le plus faible…l’Homme. Pourtant, serait-ce une faiblesse d’avoir les rêves de la louve ?

L’Oiseau migrateur face à face (1989)

La Pluie blanche (1990)

Le petit nuage de Gengis Khan (1991)

La marque de Cassandre (1996)

Povesti (1998)

Tuer, ne pas tuer (2005)

Le Léopard des neiges (2008)

La Terre et la flûte (document retrouvé, date inconnue)

In english

The Place of the Skull

Piebald Dog Running along the Shore

Mother Earth

The White Ship

Duishen

Farewell Gyulsary !

To Have and to Loose

Short Stories

Jamila

The day lasts more than a hundred years

Qui était Tchinguiz Aïtmatov

Bulle de Manou

Wikipedia

Le Monde

Michèle Duchet

Biography of Chingiz Aitmatov

Chingiz Aitmatov, the Post-soviet Conditions

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