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Accueil du site > 10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS > Un syndicat réformiste, principal adversaire de la Révolution d’Octobre

Un syndicat réformiste, principal adversaire de la Révolution d’Octobre

samedi 6 janvier 2018, par Robert Paris

Le syndicat panrusse des cheminots, principal défenseur du réformisme en pleine révolution et adversaire de la Révolution russe d’Octobre 1917 et du pouvoir des soviets

Le 26 octobre 1917, le congrès des soviets confirme sa prise du pouvoir sur toute la Russie ainsi que ses premiers décrets, sur la paix, la terre, et proclame :

« Le congrès prend en mains le pouvoir. Le Gouvernement provisoire est renversé. Le pouvoir des Soviets proposera une paix immédiate et démocratique à tous les peuples et un armistice immédiat sur tous les fronts. Il assurera la remise sans indemnité des terres des propriétaires fonciers (...) à la disposition des comités paysans ; il défendra les droits du soldat en procédant à la démocratisation totale de l’armée ; il établira le contrôle ouvrier de la production ; il assurera en temps voulu la convocation de l’Assemblée constituante ; (...) il assurera à toutes les nations qui peuplent la Russie le droit véritable de disposer d’elles-mêmes. Le congrès décrète : tout le pouvoir sur le plan local passe aux Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans, qui doivent assurer un ordre authentiquement révolutionnaire. »

Kornilov est en fuite, ne disposant d’aucune réelle force armée. Au central des téléphones, où les employés refusent de servir le nouveau pouvoir, on expédie des téléphonistes militaires.

Le syndicat des fonctionnaires, celui des postiers et celui des cheminots sont contre la prise du pouvoir mais aucun autre syndicat ouvrier ne les suit et ne s’oppose au nouveau pouvoir révolutionnaire des soviets.

Finalement, il n’y a qu’une seule opposition sérieuse, dangereuse même, à la prise du pouvoir par les soviets, c’est celle du Vikjel, le Comité central panrusse du syndicat des cheminots !!!

Devant le congrès des soviets, un représentant de la puissante centrale syndicale des cheminots (Vikhjel) réclame ensuite la parole. Il se plaint de ne pas avoir été invité au congrès. On proteste alors de tous côtés : c’est le comité exécutif sortant qui ne les a pas invités. L’orateur lit un ultimatum qui a déjà été expédié par télégrammes dans tout le pays : le Vikjel condamne la prise du pouvoir par un seul parti ; en attendant la création d’un pouvoir démocratique, le Vikjel seul reste maître du réseau ferroviaire. L’orateur ajoute qu’il ne reconnaît que le comité exécutif central tel qu’il était précédemment composé. En cas de répression à l’égard des cheminots, le Vikjel arrêterait le ravitaillement de Petrograd ! Beaucoup sont choqués par ce chantage d’un secteur qui s’appuie sur son importance stratégique, mais pas forcément sur sa représentativité numérique. Kamenev déclare fermement : « Il ne peut être nullement question de dire que le congrès ne serait pas régulier. Le quorum du congrès a été établi non par nous, mais par l’ancien Comité exécutif central... Le congrès est l’organe suprême des masses d’ouvriers et de soldats ».

Voici comment John Reed rapporte l’opposition organisée par le syndicat des cheminots contre la révolution d’Octobre et la prise du pouvoir du pouvoir par le Congrès des Soviets ouvriers et paysans :

« Quand nous sortîmes dans la fraîcheur de la nuit, toute la place devant Smolny n’était plus qu’un immense parc d’automobiles, et dominant les bruits des moteurs, dans le lointain résonnaient les coups du canon… Parfois devant nous se dressaient des hommes en armes qui nous criaient halte en brandissant des fusils…

Des ouvriers en armes déchiraient l’enveloppe de paquets de tracts…

Je pris une des feuilles :

« CITOYENS DE RUSSIE !

Le gouvernement provisoire est déposé. Le pouvoir est passé aux mains du Comité militaire révolutionnaire, l’organe du Soviet des Députés ouvriers et soldats de Pétrograd, qui se trouve à la tête du prolétariat et de la garnison de Pétrograd.

La cause pour laquelle le peuple est entré en lutte – proposition immédiate d’une paix démocratique, abolition de la grande propriété foncière, contrôle de la production par les travailleurs, création d’un gouvernement soviétique – a définitivement triomphé.

VIVE LA REVOLUTION DES OUVRIERS, DES SOLDATS ET DES PAYSANS !

Le Comité militaire révolutionnaire du Soviet des Députés ouvriers et soldats de Pétrograd. »

(…)

Le bâtiment de la Douma municipale était complètement éclairé… Une centaine de personnes étaient groupées autour de l’estrade où parlait Skobélev. Il réclamait l’extension du Comité de sécurité publique et la réunion de tous les éléments antibolcheviks en une puissante organisation, qui prendrait le nom de Comité pour le salut du pays et de la révolution. Sous nos yeux, fut ainsi constitué ce Comité de salut qui devait, dès la semaine suivante, devenir l’ennemi le plus redoutable des bolchéviks, agissant tantôt sous son vrai nom, qui dénonçait ses buts, tantôt sous celui, apolitique, de Comité de sécurité publique…

L’Assemblée du congrès des soviets passa à la rédaction de l’appel suivant, adressé aux ouvriers, soldats et paysans de toute la Russie :

« OUVRIERS, SOLDATS, PAYSANS,

Le second Congrès panrusse des Soviets des Députés ouvriers et soldats est ouvert. Il représente la grande majorité des Soviets. Il comprend également un certain nombre de délégués des Soviets paysans. S’appuyant sur la volonté de l’immense majorité des ouvriers, des soldats et des paysans et sur la victoire des ouvriers et de la garnison de Pétrograd, le Congrès prend en main le pouvoir.

Le Gouvernement provisoire est déposé ; la plupart des membres du Gouvernement provisoire sont déjà arrêtés.

Le pouvoir soviétique proposera une paix démocratique immédiate à toutes les nations et un armistice immédiat sur tous les fronts. Il procèdera à la remise aux comités paysans des biens des propriétaires fonciers, de la couronne et de l’église. Il défendra les droits des soldats et réalisera la complète démocratisation de l’armée. Il établira le contrôle ouvrier sur la production, assurera la convocation de l’Assemblée constituante à la date fixée, prendra toutes les mesures nécessaires pour approvisionner les villes en pain et les villages en denrées de première nécessité. Il assurera à toutes les nationalités, vivant en Russie, le droit absolu de disposer d’elles-mêmes.

Le Congrès décide que l’exercice de tout le pouvoir dans les provinces est transféré aux Soviets des Députés ouvriers, paysans et soldats, qui auront à assurer une discipline révolutionnaire parfaite.

Le Congrès fait appel à la vigilance et à la fermeté des soldats des tranchées. Le Congrès des Soviets est persuadé que l’armée révolutionnaire saura défendre la Révolution contre les attaques impérialistes, jusqu’à ce que le nouveau gouvernement ait pu conclure la paix démocratique qu’il va proposer directement à tous les peuples. Le nouveau gouvernement prendra les mesures nécessaires pour assurer tous les besoins de l’armée révolutionnaire, par une ferme politique de réquisition et de taxation des classes possédantes et pour améliorer la situation des familles des soldats.

Les kornilovistes – Kérenski, Kalédine et d’autres – s’efforcent de lancer des troupes contre Pétrograd. Plusieurs régiments trompés par Kérenski sont déjà passés du côté du peuple insurgé.

Soldats ! Opposez une résistance agissante aux korniloviste Kérenski ! Soyez sur vos gardes !

Cheminots ! arrêtez tous les trains de troupes envoyés par Kérenski contre Pétrograd !

Soldats ! Ouvriers ! Fonctionnaires ! la destinée de la révolution et de la paix démocratique est entre vos mains !

Le Congrès panrusse des Soviets des Députés ouvriers et soldats,

Les délégués des Soviets paysans »

Il était exactement cinq heures dix-sept du matin quand Krylenko, chancelant de fatigue, monté à la tribune, un télégramme à la main :

- Camarades ! Le front Nord télégraphie : « La douzième armée salue le Congrès des Soviets et lui annonce la formation d’un Comité militaire révolutionnaire qui a pris le commandement du front Nord… »

Délire indescriptible ; on pleure, on s’embrasse…

L’autre camp répondait par une tempête de proclamations s’abattant sur tous les murs, distribuant à profusion feuilles volantes et journaux, jetait les hauts cris, maudissait, prophétisait les pires malheurs…

Voici, par exemple, l’appel du Comité pour le salut du pays et de la révolution dont furent inondées la Russie et l’Europe :

« AUX CITOYENS DE LA REPUBLIQUE RUSSE !

Le 7 novembre, les bolchéviks de Pétrograd ont, contrairement à la volonté des masses révolutionnaires, criminellement arrêté une partie du Gouvernement provisoire, dispersé le Conseil de la République et proclamé un pouvoir illégal. Une telle violence faite au Gouvernement de la Russie révolutionnaire, au moment où le danger extérieur est le plus grand, est un crime inqualifiable contre la Patrie.

L’insurrection des Bolchéviks porte un coup mortel à la cause de la défense nationale et retarde la paix ardemment désirée par tous.

La guerre civile, commencée par les bolchéviks, risque de livrer le pays aux horreurs de l’anarchie et de la contre-révolution et de causer l’échec de l’Assemblée constituante, qui doit consolider le régime républicain et remettre pour toujours les terres au peuple.

Assurant la continuité du seul pouvoir gouvernemental légal, le Comité pour le salut du pays et de la révolution, institué dans la nuit du 7 novembre, prend l’initiative de former un nouveau Gouvernement provisoire. Ce gouvernement, s’appuyant sur les forces de la démocratie, conduira le pays à l’Assemblée constituante et le sauvera de l’anarchie et de la contre-révolution. Le Comité pour le salut du pays et de la révolution fait appel à vous, citoyens :

Refusez de reconnaître l’autorité des violateurs !

N’obéissez pas à leurs ordres !

Levez-vous pour la défense du pays et de la révolution !

Soutenez le Comité pour le salut du pays et de la révolution.

Signé :

Le conseil de la république russe,

La Douma municipale de Pétrograd,

Le Tsik du premier Congrès,

Le Comité exécutif des Soviets paysans,

Les fractions Socialistes-révolutionnaires, menchévik, socialiste-populaire, social-démocrate unifiée, le groupe Edintsvo du 2e Congrès. »

(…)

Personne ne pensait que les bolchéviks puissent rester au pouvoir plus de trois jours – à l’exception de Lénine, de Trotski, des ouvriers de Pétrograd et des simples soldats…

La salle Alexandre, où se tenait le meeting du Comité de salut, était bondée… De bruyants applaudissements accueillirent la nouvelle de l’adhésion du Syndicat des cheminots au Comité de salut. Quelques instants plus tard arrivèrent des représentants des employés des postes et télégraphes, enfin quelques menchéviks internationalistes, qui furent salués par des vivats. Les cheminots déclarèrent qu’ils ne reconnaissaient pas les bolchéviks et qu’ils avaient pris en main l’exploitation des chemins de fer, se refusant à les livrer à un pouvoir usurpateur quel qu’il fût. Le délégué des télégraphistes dit que les opérateurs avaient catégoriquement refusé de travailler tant que le commissaire bolchévik serait là. Les postiers refusaient d’acheminer aucune correspondance pour Smolny… Toutes les lignes télégraphiques de Smolny étaient coupées. L’Assemblée écouta avec une vive joie raconter comment Ouritski, s’étant rendu au ministère des Affaires étrangères pour demander communication des traités secrets, s’était vu éconduire par Nératov. Les fonctionnaires cessaient tous le travail…

Le Congrès devait se réunir à une heure et la grande salle de réunion était depuis longtemps pleine. Pourtant, à sept heures, le bureau n’avait pas encore paru… Les bolchéviks et la gauche S.R. étaient en séance dans leurs propres salles. Tout l’après-midi, Lénine et Trotski avaient dû combattre les tendances au compromis. Une partie notable des bolchéviks était d’avis de faire les concessions nécessaires pour réussir à constituer un gouvernement de coalition socialiste :

- Nous ne pouvons pas tenir, s’écriaient-ils. Ils sont trop contre nous. Nous n’avons pas les hommes qu’il faut. Nous serons isolés et tout s’écroulera.

Ainsi parlaient Kaménev, Riazanov et d’autres. Mais Lénine, Trotski à ses côtés, restait ferme comme un roc.

- Que ceux qui veulent un compromis acceptent notre programme et nous les admettrons. Nous ne céderons pas d’un pouce. S’il y a ici des camarades qui n’ont pas le courage et la volonté d’oser, qu’ils aillent rejoindre les poltrons et les conciliateurs ! Avec l’appui des ouvriers et soldats, nous irons de l’avant !

A sept heures, les S.R. de gauche dirent qu’ils resteraient au Comité militaire révolutionnaire…

Lénine dit simplement :

- Nous passons maintenant à l’édification de l’ordre socialiste… En premier lieu, il faut adopter des mesures pratiques pour réaliser la paix… Nous offrirons la paix à tous les peuples des pays belligérants sur la base des conditions soviétiques : pas d’annexions, pas d’indemnité, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En même temps, conformément à notre promesse, nous rendrons publics et nous répudierons tous les traités secrets… La question de la guerre et de la paix est si claire que je crois pouvoir sans autre préambule donner lecture d’un projet de proclamation aux peuples de tous les pays belligérants…

La révolution des 6 et 7 novembre, termina-t-il, a ouvert l’ère de la révolution sociale… Le mouvement ouvrier, au nom de la paix et du socialisme, vaincra et accomplira sa destinée…

Trotsky monta alors à la tribune…

« Les considérations sur le danger de l’isolement pour notre parti ne sont pas nouvelles. La veille de l’insurrection, on avait aussi prédit que notre défaite était fatale. Tout le monde était contre nous, sauf le groupe des S.R. de gauche qui entra avec nous dans le Comité militaire révolutionnaire. Comment donc avons-nous pu, presque sans effusion de sang, renverser le gouvernement ? Ce fait est la preuve la plus frappante que nous n’étions pas isolés. En réalité, c’est le Gouvernement provisoire qui était isolé ; ce sont les partis démocratiques qui marchent contre nous qui étaient, qui sont isolés et coupés à jamais du prolétariat.

On parle de la nécessité d’une coalition. Il n’y a qu’une coalition possible, celle des ouvriers, des soldats et des paysans pauvres… De quelle sorte de coalition Avilov veut-il parler ? D’une coalition avec ceux qui ont soutenu le gouvernement de trahison du peuple ? Coalition ne signifie pas toujours force. Par exemple, aurions-nous pu organiser l’insurrection avec Dan ou Avxentiev parmi nous ? (tempête de rires)

Avxentiev n’a pas donné beaucoup de pain. Une coalition avec les jusqu’auboutistes en donnera-t-elle plus ? Entre les paysans et Avxentiev, qui a fait arrêter les Comités agraires, nous choisissons les paysans ! Notre révolution restera la révolution classique de l’histoire…

On nous accuse de repousser une entente avec les autres partis démocratiques. Mais est-ce nous qui sommes à blâmer ?...

Avilov nous menace d’un échec dans nos efforts de paix si nous restons isolés. Je répète que je ne vois pas comment une coalition avec Skobélev ou même avec Térechtchenko pourrait nous aider à faire la paix. Avilov essaie de nous effrayer par la menace d’une paix faite à nos dépens. Je répond que, dans tous les cas, la Russie révolutionnaire sera inévitablement perdue si l’Europe continue à être gouvernée par la bourgeoisie impérialiste…

Il n’y a qu’une alternative : ou la révolution russe déclenchera un mouvement révolutionnaire en Europe, ou les puissances européennes écraseront la révolution russe ! »

Ce discours fut salué par d’immenses acclamations et par l’enthousiaste approbation de ces hommes, qui se sentaient les champions de l’humanité.

Mais dans l’autre camp aussi, la lutte s’organisait. Kaménev donna la parole à un délégué du Syndicat des cheminots, un homme trapu au rude visage empreint d’une implacable hostilité, dont les paroles tombèrent comme une bombe dans l’assemblée.

« - Au nom de l’organisation la plus puissante de Russie, je réclame le droit de parler, et je vous dis : Le Vikjel me charge de vous faire connaître la décision du Syndicat au sujet de la formation du gouvernement. Le Comité central refusera tout appui aux bolchéviks, s’ils persistent à s’isoler de l’ensemble de la démocratie russe ! (Grand tumulte dans toute la salle.)

En 1905 et pendant les journées Kornilov, les cheminots ont été les meilleurs défenseurs de la révolution. Pourtant vous ne nous avez pas invités à votre Congrès… »

- C’est l’ancien Tsik qui ne vous a pas invités !

L’orateur ne se laissa pas arrêter :

« - Nous ne reconnaissons pas la légalité de ce Congrès, car depuis le départ des menchéviks et des S.R. il ne réunit pas le quorum légal… Le Syndicat est pour l’ancien Tsik et déclare que le Congrès n’a pas le droit d’élire un nouveau Comité… Le pouvoir doit appartenir à un gouvernement socialiste et révolutionnaire responsable devant les organes de la démocratie révolutionnaire tout entière. Jusqu’à la constitution d’un tel pouvoir, le Syndicat des cheminots, qui refuse de transporter à Pétrograd les troupes contre-révolutionnaires, refusera également d’exécuter aucun autre ordre sans l’approbation de son Comité exécutif. Le Vikjel a décidé également de prendre en main l’administration tout entière des chemins de fer de Russie. »

A la fin, sa voix fut presque couverte par la furieuse tempête d’injures qui s’abattit sur lui. Mais le coup avait été rude : on le voyait aux visages soucieux des membres du bureau. Kaménev, pourtant, répondit simplement que la légalité du Congrès ne pouvait être mise en doute, même le quorum fixé par l’ancien Tsik était dépassé, malgré le départ des menchéviks et des S.R….

On passa au vote. Le Conseil des commissaires du peuple fut sanctionné à une énorme majorité…

L’élection du nouveau Tsik, le nouveau parlement de la République russe, prit juste quinze minutes. Trotski annonça sa composition : 100 membres, dont 70 bolcheviks… Quant aux paysans et aux groupes dissidents, des places leur étaient réservées.

- Nous accueillerons au gouvernement tous les partis et tous les groupes adoptant notre programme, termina Trotski.

Sur ces mots, le second Congrès panrusse des soviets se sépara, et aussitôt ses membres s’élancèrent aux quatre coins de la Russie pour y porter la nouvelle des grands événements…

Vendredi 9 novembre…

« Novotcherkask, le 8 novembre

Devant le soulèvement bolchévik et les tentatives faites à Pétrograd et autres villes pour déposer le Gouvernement provisoire et s’emparer du pouvoir, le Gouvernement cosaque, estimant de tels actes criminels et absolument inadmissibles, donnera, en étroit accord avec toutes les troupes cosaques, son entier appui au gouvernement provisoire actuel, qui est un gouvernement de coalition. Etant donné la situation exceptionnelle et l’interruption momentanée des communications avec le pouvoir central, le Gouvernement cosaque, en attendant le retour au pouvoir du Gouvernement provisoire et le rétablissement de l’ordre en Russie, a assumé à partir du 7 novembre tout le pouvoir dans la région du Don.

Signé : Ataman Kalédine

Président du Gouvernement des troupes cosaques »

Prikaz du président du Conseil Kérenski, daté de Gatchina :

« Nous, président du Conseil du Gouvernement provisoire et Chef suprême de toutes les forces armées de la République russe, informons que nous avons pris le commandement des troupes du front restées fidèles à la patrie. Nous ordonnons à toutes les troupes du District militaire de Pétrograd qui, par ignorance ou par égarement, se sont jointes à la bande des traîtres du pays et de la révolution, de revenir, sans tarder d’une heure, à leur devoir. Cet ordre sera lu dans chaque compagnie ou escadron.

Signé : Le président du Conseil du Gouvernement provisoire, Chef suprême des Armées, A. Kérenski »

(…)

Cependant, le flot de l’insurrection se répandait à travers la Russie avec une rapidité dépassant celle de toutes les transmissions humaines. Le Soviet de Helsingfors vota son adhésion à la révolution ; les bolchéviks de Kiev s’emparèrent de l’arsenal et du bureau télégraphique, mais ils en furent chassés par les délégués au Congrès des Cosaques qui justement tenaient ses assisses dans cette ville ; à Kazan, un comité militaire révolutionnaire arrêta l’Etat-major de la garnison locale et le commissaire du Gouvernement provisoire ; du lointain Krasnoïarsk, en Sibérie, on apprenait que les Soviets s’étaient rendus maîtres des organes municipaux ; à Moscou, où la situation était aggravée à la fois par une vaste grève des ouvriers du cuir et par une menace de lock-out général, les Soviets avaient voté à une écrasante majorité leur appui à l’action des bolchéviks de Pétrograd et déjà un comité militaire révolutionnaire fonctionnait.

Partout, c’était la même situation. Les simples soldats et les ouvriers d’usine étaient en grande majorité pour les Soviets ; les officiers, les junkers et les classes moyennes étaient généralement du côté du gouvernement, ainsi que les Cadets et les partis socialistes modérés. Dans toutes les villes surgissaient des Comités pour le salut du pays et de la révolution, qui s’armaient pour la guerre civile…

Dans la salle Alexandre, le Comité de salut tenait un meeting monstre. Filippovski présidait et Skobélev, qui, une fois de plus, tenait la tribune, communiquait au milieu des applaudissements les nouvelles adhésions : le Comité exécutif des Soviets paysans, l’ancien Tsik, le Comité central de l’Armée, le Tsentroflot, les groupes menchéviks et S.R. ainsi que le groupe du front du Congrès des Soviets, les Comités centraux des partis menchévik, S.R. et socialiste populaire, le groupe Edintsvo, l’Union paysanne, les coopératives, les zemstvos, les municipalités, le syndicat des Postes et Télégraphes, le Vikjel, le Conseil de la république russe, l’Union des unions, l’Association des commerçants et des industriels…

Le délégué du Vikjel annonça que son organisation prenait l’initiative de la formation du nouveau gouvernement et que ses représentants discutaient actuellement de la question avec Smolny. Une chaude discussion suivit. Les bolchéviks participeraient-ils au nouveau gouvernement ? Martov plaida en faveur de leur admission : il est indéniable, dit-il, qu’ils forment un important parti politique. Les avis étaient partagés ; l’aile droite des menchéviks et des S.R., les socialistes populaires, les coopératives et les éléments bourgeois faisaient une opposition acharnée…

Une proclamation du général Krasnov était distribuée :

« Par ordre du Chef suprême des Armées, je suis nommé au commandement des troupes concentrées sous Pétrograd. Citoyens, soldats, valeureux Cosaques du Don, du Kouban, de la Transbaïkalie, de l’Oussouri, de l’Amour, de l’Iénisseï, c’est à vous, qui êtes restés fidèles à votre serment de soldats, qui avez juré de ne jamais violer votre serment de Cosaques, que je m’adresse. Vous sauverez Pétrograd de l’anarchie, de la tyrannie, de la famine, vous sauverez la Russie de la honte ineffaçable à laquelle l’expose une obscure poignée d’ignorants, achetés par l’or de l’empereur Guillaume. »

(…)

A la Douma municipale eut lieu de défilé ordinaire des délégués des ministères, du Vikjel, du Syndicat des Postes et Télégraphes, venant affirmer pour la centième fois leur détermination de ne pas travailler pour les usurpateurs bolcheviks…

Toute la machine gouvernementale avait cessé de fonctionner. Les employés de la Banque d’Etat avaient refusé de travailler sous les ordres des commissaires de Smolny et de leur verser de l’argent. Toutes les banques privées avaient fermé leurs guichets. Les ministères étaient en grève… Les employés du Central téléphonique se refusaient à donner aucune communication au quartier général soviétique… Un représentant des cheminots dit : « Hier nous avons envoyé un télégramme dans toute la Russie pour demander la cessation immédiate de la guerre entre les partis politiques et nous avons réclamé la formation d’un gouvernement de coalition socialiste. Si nous n’obtenons pas satisfaction, nous lancerons demain un appel à la grève… »

(…)

Cinq mille dockers des quais Poutilov saluaient le nouveau gouvernement. Appui enthousiaste également du Comité central des Syndicats….

Les Cosaques de Kérenski avançaient : ils avaient de l’artillerie. Skrypnik, secrétaire des Comités d’usine, me dit :

- Ils ne nous prendront pas vivants.

Pétrovski eut un sourire las :

- Demain peut-être nous pourrons dormir… pour longtemps…

Lozovski dit :

- Quelles chances avons-nous ? Nous sommes seuls… Une cohue impuissante contre des troupes entraînées !

(…)

Antonov entra, un papier à la main, pâle comme un mort.

- Expédiez ceci, dit-il.

« A tous les Soviets de quartier des Députés ouvriers et à tous les Comités d’usine.

ORDRE

Les bandes kornilovistes de Kérenski menacent les approches de la capitale. Tous les ordres nécessaires ont été donnés pour écraser sans pitié cette tentative contre-révolutionnaire dirigée contre le peuple et se conquêtes. L’armée et les gardes rouges ont besoin de l’appui immédiat des ouvriers. Nous ordonnons aux Soviets de quartiers et aux Comités d’usine : 1°) d’envoyer le plus grand nombre possible d’ouvriers pour creuser des tranchées, élever des barricades et poser du fil de fer barbelé. 2°) d’interrompre immédiatement, s’il le faut, le travail dans les usines. 3°) de rassembler tout le fil de fer simple ou barbelé disponible, ainsi que les outils nécessaires pour creuser les tranchées et élever des barricades. 4°) de se munir de toutes les armes disponibles. 5°) d’observer la plus stricte discipline et de se tenir prêts à soutenir par tous les moyens l’armée de la révolution.

Le président du Soviet des D.O.S., commissaire du peuple, Léon Trotski »

(…)

Toute la journée, il y eut dans les divers quartiers des escarmouches entre junkers et gardes rouges, des batailles entre automobiles blindées… Smolny était coupé du réseau téléphonique par le Central mais le Douma et le Comité de salut restèrent en communication constante avec toutes les écoles de jonkers et avec Kérenski à Tsarkoïé… A deux heures et demie, les junkers hissèrent le drapeau blanc ; ils acceptaient de se rendre si on leur garantissait la vie sauve… Le Central téléphonique tint jusque dans l’après-midi. Mais les matelots finirent par enlever la place, sous la protection d’une auto blindée bolchévik. Les demoiselles du téléphone, épouvantées, couraient en tous sens en poussant des cris perçants… Harassés, couverts de sang, mais victorieux, matelots et ouvriers pénétrèrent dans la salle des appareils… Le commissaire du Comité militaire révolutionnaire, le petit Vichniak, voulut persuader les jeunes filles de rester. Il usa de toutes les ressources de la politesse.

« - Jusqu’ici, dit-il, on vous traitait mal. Le service des téléphones dépend de la Douma municipale. Pour soixante roubles par mois vous travaillez dix heures et plus… Désormais tout cela va changer. Le gouvernement a l’intention de rattacher les téléphones au ministère des Postes et Télégraphes. Votre salaire sera immédiatement porté à cent cinquante roubles et le nombre des heures de travail réduit. Appartenant à la classe laborieuse, vous avez le droit d’être heureuses… »

La classe laborieuse ! Par exemple ! Entendait-il par là qu’il y a quelque chose de commun entre ces… sauvages et nous ? Rester ? Pas même pour mille roubles ! Et fières, pleines de mépris, les demoiselles du téléphone quittèrent les lieux. Les employés, les hommes de lignes et les manœuvres restèrent… Cahin-caha, le travail reprit, les fils recommencèrent de bourdonner. Le plus urgent était de relier Smolny avec les casernes et les usines ; en second lieu, il fallait couper la Douma et les écoles de junkers…

Une affiche prétentieuse du Vikjel menaçait de la grève, si un compromis n’était pas conclu :

« Les véritables vainqueurs de ces luttes, les sauveurs de ce qui reste de notre patrie, ce ne sont ni les bolchéviks, ni le Comité de salut, ni les troupes de Kérenski, mais nous, le Syndicat des cheminots… »

(…)

Particulièrement grave était la grève des banques.

- Sans argent, dit Menjinski, nous sommes impuissants. Il faut payer leurs salaires aux cheminots, aux employés des postes et télégraphes. Les banques sont fermées, y compris la Banque d’Etat, clef de la situation. Tous les employés de banque de Russie ont été achetés… Mais Lénine vient de donner l’ordre de forcer à la dynamite l’entrée des sous-sols de la banque d’Etat, et un décret, qui vient de paraître, enjoint aux banques privées d’ouvrir leurs guichets demain matin, sans quoi nous les ouvrirons nous-mêmes !

Le Soviet de Pétrograd était en pleine activité ; dans la salle comble, presque tout le monde était en armes. Trotski parlait :

« - Les Cosaques abandonnent Tsarkoïé-Sélo. (La salle, trépidante, apllaudit.) Mais la bataille ne fait que commencer. A Poulkovo, d’âpres combats sont engagés. Il faut y envoyer toutes nos forces disponibles… »

(…)

- Tout va bien ! Un télégramme du front ! Kérenski est écrasé ! Regardez !

« La nuit du 12 au 13 novembre est désormais historique. La tentative faite par Kérenski pour lancer les troupes contre-révolutionnaires contre la capitale de la révolution a été définitivement repoussée. Kérenski recule, nous avançons. Soldats, matelots et ouvriers de Pétrograd ont prouvé qu’ils sont en état et qu’ils ont la volonté de consolider les armes à la main l’autorité de la démocratie. La bourgeoisie a essayé d’isoler l’armée révolutionnaire. Kérenski a tenté de la briser en se servant des Cosaques. Ces deux plans ont lamentablement échoué.

La grande idée de la domination de la démocratie ouvrière et paysanne a resserré les rangs de l’armée et trempé sa volonté. Désormais le pays tout entier sera convaincu que le pouvoir soviétique n’est pas une apparition éphémère : la domination des ouvriers, des soldats et des paysans est un fait indestructible. La défaite de Kérenski est la défaite des grands propriétaires, de la bourgeoisie et des kornilovistes. La défaite de Kérenski est la confirmation du droit du peuple a une vie de paix et de liberté, à la terre, au pain et au pouvoir. Le détachement de Poulkovo a par sa vaillance renforcé la cause de la révolution ouvrière et paysanne. Un retour au passé n’est plus possible. Des luttes, des obstacles et des sacrifices nous attendent. Mais la route est ouverte et la victoire assurée.

La Russie révolutionnaire et le pouvoir soviétique peuvent être fiers de leur détachement de Poulkovo, commandé par le colonel Walden.

Gloire éternelle à ceux qui sont tombés ! Gloire aux combattants de la révolution, aux soldats et aux officiers qui furent fidèles au peuple !

Vive la Russie révolutionnaire, populaire et socialiste !

Au nom du conseil,

Le commissaire du peuple,

L. Trotski. »

En traversant la place Znamenskaïa, nous aperçumes un attroupement inaccoutumé devant la gare Nicolas. Une foule de plusieurs milliers de matelots, hérissée de fusils, était massée devant l’édifice.

Debout sur les marches, un membre du Vikjel parlementait avec eux :

- Camarades, nous ne pouvons pas vous transporter à Moscou. Nous sommes neutres, nous ne transportons les troupes d’aucun parti. Nous ne pouvons vous conduire à Moscou, où sévit déjà une terrible guerre civile…

Un immense rugissement lui répondit : les matelots commencèrent à avancer. Tout à coup, une porte s’ouvrit toute grande : deux ou trois serre-freins, un chauffeur et quelques autres cheminots parurent.

- par ici, camarades ! cria l’un d’eux ! Nous vous emmènerons à Moscou ! A Vladivostok, si vous voulez ! Vive la révolution !

(…)

Les troupes du détachement de Poulkovo ont mis en complète déroute les forces contre-révolutionnaires qui, abandonnant leurs positions en désordre, se sont retirées…

Comment est-ce possible ? Il y a deux jours à peine, la campagne de Pétrograd était couverte de bandes sans chefs, sans vivres, sans artillerie, errant à l’aventure sans aucun objectif… Les troupes soviétiques avaient devant elles le bloc des junkers, des Cosaques, des gros propriétaires, de la noblesse et des Cent Noirs, la perspective d’un retour du tsar, celle de l’okhrana et des mines sibériennes, enfin la terrible menace de l’impérialisme allemand… Lundi, avant minuit, les Cosaques étaient dispersés et en fuite, abandonnant leur artillerie, et l’armée du prolétariat, avançant alors que toute la longueur du front, entra à Tsarkoïé avant que l’ennemi eût pu détruire la grande station de T.S.F. d’où les commissaires de Smolny lancèrent aussitôt au monde un hymne de triomphe…

(…)

Le Vikjel lança le télégramme suivant à toute la Russie :

« La Conférence entre le Syndicat des cheminots et les représentants des partis et organisations en lutte, qui reconnaissent la nécessité d’une entente, désavoue catégoriquement l’emploi du terrorisme politique dans la guerre civile, particulièrement entre les fractions de la démocratie révolutionnaire, et déclare que le terrorisme, sous quelque forme que ce soit, est dans le moment présent en contradiction avec le sens et le but des négociations en cours pour la formation du nouveau gouvernement… »

(…)

En ce qui concerne Kérenski, je reproduirai ici la déposition faite par le général Krasnov le matin du 14 novembre à Gatchina :

« Aujourd’hui, vers trois heures du matin, je fus appelé par le Commandant suprême Kérenski. Il était très agité et très nerveux.

- Général, me dit-il, vous m’avez trahi ! Vos Cosaques parlent de m’arrêter et de livrer aux matelots.

- Oui, répondis-je, on parle en effet de cela et je sais que vous n’avez de sympathie nulle part…

Au bout d’une demi-heure, les Cosaques vinrent m’annoncer qu’ils ne trouvaient pas Kérenski et que celui-ci avait pris la fuite… Il fut impossible de le retrouver. »

(…)

Dans les états-majors, dans les bureaux des ministères de la Guerre et de la Marine, où les vieux fonctionnaires avaient consenti à travailler, les comités de l’armée et le haut commandement mettaient tous les obstacles possibles à l’action des Soviets, au risque même de compromettre la situation des troupes sur le front. Le Vikjel était hostile et refusait de transporter les troupes soviétiques ; il fallait prendre de force les trains et arrêter à chaque fois les fonctionnaires des chemins de fer, d’où menaces de grève générale du Vikjel pour les faire remettre en liberté…

L’impuissance de Smolny était totale. Les journaux disaient que toutes les usines de Pétrograd devraient fermer leurs portes au bout de trois semaines à cause du manque de combustibles. Le Vikjel annonça que les trains cesseraient de marcher le premier décembre. Pétrograd n’avait plus que trois jours de vivres et les arrivages étaient suspendus. Au front, l’armée mourrait de faim… Cependant, la Conférence réunie par le Vikjel pour la formation d’un nouveau gouvernement continuait à siéger nuit et jour. Les deux partis (menchevik et S.R.) avaient déjà conclu un accord de principe sur ce qui devait être la base du nouveau gouvernement… Mais la fuite de Kérenski et les succès étonnants remportés partout par les Soviets modifièrent la situation… En même temps, les bolchéviks avaient travaillé à miner le pouvoir du Vikjel. Un appel du Soviet de Pétrograd à tous les cheminots les exhortait à obliger le Vikjel à rendre ses pouvoirs. Le 15, le Tsik convoqua pour le 1er décembre un Congrès panrusse des cheminots, le Vikjel répondit en convoquant son propre congrès pour deux semaines plus tard…

Le Comité militaire révolutionnaire affichait la déclaration suivante :

« Le front Nord n’a plus une miette de pain… Le Comité militaire révolutionnaire porte cette situation à la connaissance de la garnison et des ouvriers de Pétrograd. Les mesures les plus énergiques s’imposent sans délai. Pourtant, les hauts fonctionnaires des institutions gouvernementales, des banques, de la trésorerie, des chemins de fer, des postes et télégraphes sabotent et minent l’action du gouvernement, qui s’efforce d’approvisionner le front. Chaque heure peut coûter la vie de milliers de soldats. Les fonctionnaires contre-révolutionnaires se comportent en criminels indignes à l’égard de nos frères qui souffrent la faim et meurent sur le front. Le Comité militaire révolutionnaire adresse à ces criminels un dernier avertissement. En cas de la moindre résistance ou opposition de leur part, des mesures seront prises, dont la sévérité sera à la mesure de leur crime. »

La masse des ouvriers et des soldats frémit d’un tremblement de rage, qui secoua toute la Russie…

Ce n’est ni par un compromis avec les classes possédantes ou les divers chefs politiques, ni en se conciliant l’ancien appareil gouvernemental que les bolchéviks avaient conquis le pouvoir. Ce n’est pas non plus par la violence organisée d’une petite clique. Si, dans toute la Russie, les masses n’avaient pas été prêtes pour l’insurrection, elle aurait échoué. La seule raison du succès des bolchéviks, c’est qu’ils réalisaient les vastes et élémentaires aspirations des couches les plus profondes du peuple, les appelant à l’œuvre de destruction du passé et coopérant avec elles pour édifier sur ses ruines encore fumantes un monde nouveau…

Fin de citation des « Dix jours qui ébranlèrent le monde » de John Reed

Dans les épisodes racontés par Reed, on aura remarqué que, sans les réformistes politiques et syndicaux, les forces de la contre-révolution auraient eu très peu d’occasion de succès !

Nous remarquerons donc en conclusion que, même lors de situations révolutionnaires au plus haut niveau de mobilisation révolutionnaire des prolétaires, les réformistes avérés ne changent pas pour devenir eux aussi des révolutionnaires, mais se radicalisent à droite en rejoignant les pires ennemis du prolétariat. Cette leçon est indispensable non seulement pour comprendre la révolution russe mais pour comprendre, d’une manière plus générale, la révolution prolétarienne, en particulier celle à venir. Nous ne devons rien céder aux réformistes et ne leur faire aucune confiance. Ils n’apprendront rien, n’accepterons rien, ne cèderont sur rien. A nous de faire de même ! Les dirigeants et militants engagés du réformisme et ceux de l’opportunisme ne vont pas reculer sous prétexte que les événements sembleraient leur donner la défaite, pas plus que des militants révolutionnaires engagés n’avaient reculé dans la période précédente sous prétexte que des défaites succédaient aux défaites.

Le réformisme est notre pire ennemi, celui qui peut nous livrer désarmés à nos mortels adversaires. Toutes les révolutions l’ont bien démontré même si c’est seulement celle d’Octobre 1917 qui a montré comment le vaincre.

Le récit de John Reed

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