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Boycotter les élections ?

lundi 22 janvier 2018, par Robert Paris

Edito

La perspective politique d’avenir consiste-t-elle à faire la grève du vote populaire, à boycotter les élections ?

Depuis les dernières élections présidentielles, on entend de plus en plus dire dans les milieux populaires que « la prochaine fois, on ne se fera pas avoir, on n’ira pas voter » et que « si chacun refusait de voter, ça changerait ». Cela a un petit air résolu et déterminé et cela se veut radical et dénonciateur mais, au fond, qu’est-ce que ce refus de vote remet en cause vraiment ? Et surtout pour avancer quelque perspective sociale et politique ? Boycotter les élections dénonce, tout au plus, les politiciens, les partis politiques, les gouvernants éventuellement, ou leur lien au maximum « avec les riches », mais est-ce que c’est là qu’est la source du problème fondamental ?

Le discours « on n’ira plus voter » reflète plus une désillusion, une déception, un déboussolement qu’une détermination nouvelle, une action ou, au moins, une manière d’attaquer, de déstabiliser ou de discréditer réellement le système.

Car ce système qui nous opprime n’est pas spécifiquement un système électoral mais un pouvoir politique aux mains d’une classe exploiteuse, que celle-ci gouverne en se servant des élections ou pas.

Se contenter du « ne pas » (ne pas voter, ne pas participer, ne pas créditer des partis ou des politiciens, ne pas marcher dans les élections), c’est un aveu d’impuissance. Et ce d’autant plus que les classes possédantes ne doivent leur richesse, leur mainmise sur le capital, sur les entreprises, sur les échanges, sur la finance et leur domination politique et sociale, à aucune élection. Ce n’est pas un vote qui leur a donné le pouvoir. Le capitalisme n’a jamais été voté. Le capitaliste n’a jamais été élu. Le capitalisme n’est pas le produit d’une constitution, d’une institution politique, d’un geste démocratique. La démocratie bourgeoise s’est imposée comme le meilleur des systèmes politiques, le plus stable, pour les classes possédantes mais elle ne leur est pas indispensable en tout temps et parfois, dans les plus graves crises sociales et politiques, elle peut leur sembler inutile ou nuisible pour mener les attaques violentes qui sont indispensables contre les travailleurs et les milieux populaires.

Cependant, en temps normal, hors des périodes de crise aigüe, la démocratie bourgeoise, qui n’est en rien le pouvoir du peuple, permet aux classes possédantes de masquer la société de classe et le pouvoir de classe d’un voile de participation qui leur permet également de trouver au sein des exploités quelques naïfs et quelques opportunistes à détourner pour faire comme si les exploités eux-mêmes approuvaient leur propre exploitation, voire la cogéraient en laissant leurs prétendus « représentants » discuter « d’égal à égal » avec les exploiteurs les conditions de l’exploitation et le poids des chaînes.

Bien sûr, une partie des exploités a réellement le droit de vote. Ils peuvent élire les députés, les sénateurs, les conseillers municipaux et autres politiciens, y compris le président de la République, quel pouvoir ! En réalité, ils ne peuvent rien du tout et ce n’est que de la poudre aux yeux. Car nous ne sommes pas dans une société d’individus. Les classes possédantes ne sont pas que des individus. Ils sont organisés collectivement et le sont notamment au travers de l’appareil d’Etat qui une des formes essentielles de leur mode d’organisation, en plus des syndicats patronaux, des chambres de commerce et d’industrie, des associations patronales diverses, des réseaux des banques et de la finance et on en passe. En face, les prolétaires sont prétendument organisés au travers des syndicats, qui font eux aussi partie des organisations reconnues et autorisées dans la démocratie bourgeoise et qui sont donc des institutions à la fois bourgeoises dans leur but et qui peuvent sembler prolétariennes du fait de leurs participants. Mais ces organisations ne sont en rien les représentants politiques de classe du prolétariat. Ils militent même au sein des entreprises en faveur de l’apolitisme et, au moins, contre toute politique de classe du prolétariat. Ils militent aussi contre toute auto-organisation de masse, politique, a fortiori révolutionnaire, mais même des simples comités de grève, comités de lutte, coordinations, élections de délégués des grèves, et surtout de toute organisation prolétarienne à visées révolutionnaires, c’est-à-dire qui conteste fondamentalement les bases de la société bourgeoise, la propriété privée des moyens de production et des capitaux, ainsi que la mainmise des classes possédantes sur l’Etat. En somme, les syndicats agissent, fondamentalement et pas occasionnellement, en faveur de la conservation de la société bourgeoise, en croyant ne faire que défendre leur rôle d’intermédiaires, de tampons, de temporisateurs, de calmants, de négociateurs, d’encadrement du prolétariat. C’est dans les périodes révolutionnaires que ces organisations se révèlent avoir un rôle particulièrement contre-révolutionnaires, si l’élan révolutionnaire n’est pas parvenu à conquérir leur direction et à en chasser les dirigeants réformistes et opportunistes.

En tout cas, le droit de vote dans la société bourgeoise, les prolétaires, contrairement aux classes possédantes, n’ont aucunement le droit de l’exercer en faveur de leurs intérêts de classe, dans un sens de revendication ou d’un programme de classe et encore moins dans un sens d’organisation de classe. Ils n’ont aucun mode d’expression prévue qui ait cette signification. Quand les média ou les institutions donnent la parole aux prolétaires, cela n’a jamais cette signification et c’est généralement seulement pour donner la parole aux pleurnicheries des dirigeants syndicaux ou des politiciens « de gauche ». Les élections professionnelles et le vote « à gauche », toutes organisations confondues, n’a jamais un caractère de classe. D’ailleurs toutes ces organisations syndicales, politiques ou associatives prétendent de moins en moins représenter la classe ouvrière. Ils ne défendent jamais, explicitement et implicitement, les exploités contre les exploiteurs. Au contraire, ils emploient les critères de classe des exploiteurs : le nationalisme, le racisme, le corporatisme, le patriotisme d’entreprise, de secteur d’activité, de profession et autres balivernes inventées par nos ennemis de classe. Les prolétaires n’ont donc aucun mode d’expression. Leur vote ne peut jamais les renforcer et ne sert qu’à étayer la société d’oppression et d’exploitation.

Bien sûr, on pourrait en déduire que, par conséquent, il ne peut y avoir qu’à gagner à être nombreux à boycotter ces différents types d’élections prétendument démocratiques de la société bourgeoise, qu’on ne peut qu’y gagner en termes de conscience de nos intérêts de classe, diamétralement opposés à ceux de la classe capitaliste.

Et d’autre part, la classe possédante ne met absolument pas ses propres titres et possessions, ses positions, ses dirigeants, et ses politiques réelles, en jeu dans ces élections ! Les véritables pouvoirs bourgeois, financier, industriel, commercial, entreprenial (du privé, du mixte et du public), militaire, policier, religieux, médiatique, judiciaire, pénitentiaire, administratif et autres ne sont nullement soumis à l’élection, fût-ce dans la plus démocratique des républiques ! Quel que soit le résultat des élections, cela ne peut pas changer les postes de généraux, de PDG, de chefs de cabinet, de ministre, de préfets et autres hauts fonctionnaires, sans parler des détenteurs d’actions, des financiers, des banquiers et des industriels. Ne sont pas élus par le bas peuple, les chefs religieux, les chefs des média, les chefs des associations principales, et y compris les chefs… syndicaux !!! Sans parler des chefs des bandes paramilitaires des services spéciaux du contre-espionnage et du contre-terrorisme et de la contre-révolution…

Mais, puisqu’ils ne sont pas élus, ils se moquent aussi qu’on participe ou pas au vote, du moment qu’on ne fait rien d’autre pour leur ôter leur pouvoir !

Changer les choses, ce n’est pas changer les politiciens en place, mais ce n’est pas non plus simplement refuser de les nommer.

D’ailleurs, si l’opinion publique se détourne des élections, ce n’est pas simplement de son propre mouvement, mais parce que les classes possédantes, depuis la dernière crise mondiale de 2007-2008, commencent elles-mêmes à faire de la propagande pour l’ « Etat fort » et contre la démocratie. Dénoncer seulement le jeu électoral, c’est se contenter d’accompagner leur politique.

Tous les pouvoirs bourgeois se sont chargés eux-mêmes de développer le discrédit des politiciens, du système électoral, de la démocratie, le « Canard Enchaîné » ne l’a pas fait tout seul ! Mais cela s’est produit en pleine campagne pour crédibiliser l’idée que la démocratie est nuisible à la sécurité, notamment face au terrorisme ! D’un côté on nous a dit que le terrorisme avait pour objectif de remettre en question « notre démocratie » et, en même temps, on nous dit qu’il faut supprimer des droits démocratiques pour permettre aux forces de répression de combattre le terrorisme, tout en affirmant que la répression ne risque pas d’éradiquer de ci tôt le terrorisme, belle contradiction !

On nous bassine en même temps avec les « fake news », avec les « théories du complot », avec les prétendus « pouvoirs exhorbitants des réseaux d’internet » pour nous convaincre que laisser les droits démocratiques à tous, le droit de critique à tous ne serait pas bon… pour la démocratie !!!

En même temps, les gouvernants ne cessent de légiférer pour supprimer des droits démocratiques, des droits de manifester, de faire grève, de dénoncer, de critiquer, et pour augmenter les droits des forces de répression. L’extrême droite gangrène en masse les forces de répression. La haute hiérarchie militaire et policière, présentée comme le « sauveur des sociétés démocratiques » ne se sent plus pisser et se verrait bien gouverner directement, en se passant des élections. Les généraux accèdent directement au pouvoir aux USA. Ils s’y verraient volontiers en France et l’affichent publiquement. Et tout cela se produit en même temps que l’on monte les milieux populaires les uns contre les autres, jeunes contre vieux, hommes contre femmes, les non-fonctionnaires contre les fonctionnaires, tous contre les Roms, contre les musulmans, contre les banlieues, contre les migrants, contre les sans-papiers, etc.

Le discrédit de la démocratie est accompagné d’un discours plus colonial que jamais, qui justifie des guerres aux quatre coins du monde, en réalité pour asseoir les profits des trusts et la domination de la puissance impérialiste.

Dans les conditions d’un crise historique du capitalisme qui, depuis 2007-2008, a marqué un seuil, celui de l’accumulation du capital par l’investissement productif privé, les classes possédantes ne craignent rien tant que le fait que les prolétaires ne prennent conscience de la vraie racine de leur domination : le caractère étouffant du carcan de la propriété privée des moyens de production, qui étouffe même la croissance capitaliste !

Dans ces conditions, la classe dirigeante n’ayant pas trouvé d’autre issue provisoire que de retarder l’effondrement par des interventions financières publiques massives, se sert de ce délai pour tromper les masses en faisant croire qu’il y a d’autres « crises » que la catastrophe d’une économie entrée en contradiction violente avec elle-même : crise terroriste, crise de migrants, crise climatique, crise avec la Corée du nord, crise avec la Russie, avec la Chine, avec l’Iran et on en passe des crises de toutes les sortes…

Même étouffée, la crise systémique du capitalisme a déjà entraîné nombre de pays dans des débuts de révolutions, de l’Egypte à la Tunisie, de l’Orient au Moyen-orient et à l’Afrique ou au Brésil, crises sociales et politiques dont les limites proviennent essentiellement de la limitation de l’effondrement capitaliste mais qui devraient se radicaliser nécessairement dès que la chute se révélera dramatique, profonde et irréversible…

C’est pour cela que les gouvernants prennent leurs précautions. Ils préparent la guerre civile inévitable dans laquelle ils comptent bien défendre leur mainmise sur toute la société et ils ne préparent pas cela dans les élections mais dans les Etats-majors des armées, dans les cercles de direction des forces spéciales de répression et de police, au travers de la formation de forces supplétives de police, de milices, de réservistes de toutes sortes, de forces soi-disant anti-terroristes que l’on appelle aussi contre-terroristes et qui sont d’abord et avant tout contre-révolutionnaires !

Les classes possédantes savent parfaitement que les dix ans de gagnées depuis l’effondrement de 2007-2008 n’ont permis aucune réforme du système bancaire, aucune réforme du système spéculatif, aucune réforme des bourses, aucune réforme du capitalisme, et seulement permis de tripler les dettes publiques et privées, de couler les banques centrales et d’enlever toute possibilité institutionnelle de refaire comme en 2008, de retarder à nouveau…

Dans ces conditions, se contenter de protester contre la comédie des élections, c’est quasiment pareil que de continuer à y croire. C’est faire comme si ce serait dans le domaine de la démocratie bourgeoise que se situerait l’essentiel et les racines du pouvoir des classes possédantes alors que c’est exactement ce qu’elles essaient de faire croire.

La dictature économique, financière, militaire, policière, terroriste de la bourgeoisie n’est pas de nature politicienne ! Elle ne se combat pas essentiellement en combattant ni en dénonçant les politiciens, fussent-ils au gouvernement. Elle se combat en constituant la classe adverse, le prolétariat, en classe postulant à l’intégralité du pouvoir et offrant ses propres perspectives à l’ensemble de la société, des femmes, des jeunes, des petits-bourgeois qui n’exploitent personne, des chômeurs, des pauvres, des opprimés et autres…

Le boycott électoral n’est même pas un drapeau clair de démarcation politique ou social car des démagogues de toutes sortes peuvent, eux aussi, se dire pour le boycott. La perspective n’est pas de démasquer les élections mais de permettre aux prolétaires de se réunir entre eux pour s’organiser, pour décider de leurs perspectives propres, et pour élire… leurs véritables représentants dans les conseils de travailleurs, les comités de lutte, les soviets, les coordinations et autres formes d’auto-organisation révolutionnaires !

La véritable démocratie, c’est le gouvernement des travailleurs par eux-mêmes, non seulement pour gouverner les usines, les entreprises, les banques mais même l’Etat.

PAS DE DÉMOCRATIE SANS DESTRUCTION DES ÉTATS BOURGEOIS ET SANS APPROPRIATION COLLECTIVE DES MOYENS DE PRODUCTION

La véritable démocratie, celle des travailleurs et des petites gens, n’est pas le droit de voter pour celui qui durant plusieurs années servira de chef de file des classes dirigeantes et d’un appareil d’Etat, qui eux n’ont été choisis et ne sont révocables par personne. La véritable démocratie ne consiste pas à cacher la réalité de la lutte des classes qui fait que, dans le vieux monde, une infime minorité accapare toutes les richesses. La véritable démocratie est organisée par et pour les classes opprimées et contre les classes oppresseuses comme la démocratie bourgeoise est organisée par et pour les classes exploiteuses, particulièrement la classe bourgeoise. La véritable démocratie ne cherche pas à camoufler la nature de classe de l’Etat : Etat ouvrier ou Etat bourgeois, mais au contraire à la rendre consciente. La véritable démocratie, c’est quand des millions d’opprimés font de la politique !

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