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Inceste : le viol au sein de la famille

samedi 20 janvier 2018, par Robert Paris

Combien d’histoires cachées, de violences camouflées, de mensonges et d’hypocrisie au sein des familles ?

Le viol au sein de la famille

La plus grande part des viols sont ceux des femmes et des filles, et la majorité se déroule au sein du cercle familial. 81% des victimes sont des mineurs, 94% des agresseurs sont des proches, selon une enquête soutenue par l’UNICEF… Il y a quatre millions de victimes d’inceste par an !!

Lire ici

En France, 20 % des femmes déclarent avoir été victimes de violence sexuelle étant enfants. Seules 2 % des violences sexuelles intrafamiliales font l’objet de plaintes !

Statistiques du viol et de l’inceste en France

La récente campagne contre le harcèlement des femmes ne concerne malheureusement nullement les viols au sein du cercle familial, pourtant l’énorme majorité

C’est le premier constat et ce n’est pas le moins choquant : la famille présentée comme le cocon protecteur devient un instrument d’oppression, d’exploitation, d’emprisonnement, de torture même !!! Lire ici

Il faut remarquer que ce n’est pas un phénomène nouveau mais, au contraire, très ancien. De nombreux documents en attestent. Les castes pharaoniques en sont un exemple connu. Au point même que les auteurs de l’Ancien Testament n’imaginent pas que ce soit choquant de présenter le père couchant avec ses filles (Loth, Abraham, Amnon…) et ayant des enfants avec elles… Le Moyen-Age connaît de multiples situations de ce type, en particulier dans la royauté et la noblesse.

L’histoire ancienne regorge d’exemples connus d’inceste : voir ici

Bebel dans « La femme et le socialisme » écrit :

« Non seulement, à l’époque primitive, le frère et la sœur étaient mari et femme, mais de nos jours encore les rapports sexuels entre parents et enfants sont permis chez de nombreux peuples. Bancroft l’atteste pour les Kaviats du détroit de Behring, les Kadiaks de l’Alaska, les Tinnehs au centre de l’Amérique du Nord britannique (The Native Races of the Pacific Coast of North America, 1875, vol. I) ; Letourneau recueille des exemples du même fait chez les Indiens Chippeways, les Coucous du Chili, les Caraïbes, les Karens d’Indochine ; sans parler de ce que relatent les anciens Grecs et Romains sur les Parthes, les Perses, les Scythes, les Huns, etc. Avant que l’inceste eût été inventé (car c’est bel et bien une invention, et même très précieuse), le commerce sexuel entre parents et enfants. pouvait ne pas être plus repoussant qu’entre d’autres personnes appartenant à des générations différentes ; or, celui-ci se présente de nos jours, même dans les pays les plus prudhommesques, sans soulever une profonde horreur ; même de vieilles « demoiselles » de plus de soixante ans épousent parfois, si elles sont assez riches, des jeunes gens d’une trentaine d’années. Mais si nous enlevons aux formes les plus primitives de famille que nous connaissions les notions d’inceste qui s’y rattachent, — notions totalement différentes des nôtres et qui, bien souvent, leur sont diamétralement opposées, — nous arrivons à une forme de commerce sexuel qui ne peut être appelée que « sans règles ». « Sans règles », puisque les restrictions imposées plus tard par la coutume n’existaient pas encore. Mais il ne s’ensuit pas nécessairement, pour la pratique quotidienne, un pêle-mêle inextricable. Des unions individuelles temporaires ne sont pas du tout exclues : même dans le mariage par groupe, elles constituent maintenant la majorité des cas. »

Cela ne veut pas dire que ces actes n’aient jamais été combattus dans le passé y compris très ancien, même s’ils ne le sont pas dans l’Ancien Testament.

Ainsi, le code d’Hammourabi préconisait de multiples peines pour quiconque violait une jeune fille, y compris citant le cas du père violant sa fille :

« Si un homme « a connu » sa fille, il sera exilé, banni de la ville ; s’il a couché avec la fiancée de son fils, il sera ligoté et jeté à l’eau ; si une mère et son fils couchent ensemble, ils seront brûlés vifs » (art.154).

La religion catholique allait se polariser sur l’inhibition de l’amour, passant de l’autre côté du cheval, le concile de Rome en 1059, sous le pape Nicolas II, déclarant toute union en deçà du 7ème degré de parenté incestueuse.

Le 17ème siècle, distingue plusieurs catégories d’inceste :

- L’inceste contre le droit naturel (parents/enfants). La victime est à cette époque souvent soupçonnée, voire responsabilisée et peut être condamnée.

- L’inceste contre le droit des gens (beau-père/belle-fille, belle-mère/gendre)

- L’inceste contre le droit canonique (parents ou alliés jusqu’à un certain degré)

- L’inceste spirituel (parrain/filleul, confesseur/pénitente)

C’est très récemment que la société a cessé de condamner la jeune fille victime d’un inceste !!!

L’Ancien Testament, s’il ne condamnait pas le père pour inceste, pouvait accuser la jeune fille ! Loth, neveu d’Abraham, a deux filles célibataires. Soucieuses de procréer, elles enivrent leur père et, par l’inceste, parviennent à leurs fins…

Avant 1791, à l’âge de 6 ans, des enfants violés étaient poursuivis comme « libertins » ou « débauchés », avec marquage au feu et enfermement dans une maison de force.

Dans les années 1800, l’inceste revient dans le code pénal parce qu’il est considéré comme une remise en cause de l’autorité en général et de l’ordre social !!!

En 1949, Lévi-Strauss étudiait les « Structure élémentaires de la parenté » :

« La prohibition de l’inceste n’est, ni purement d’origine culturelle, ni purement d’origine naturelle ; et elle n’est pas, non plus, un dosage d’éléments composites empruntés partiellement à la nature et partiellement à la culture. Elle constitue la démarche fondamentale grâce à laquelle, par laquelle, mais surtout en laquelle, s’accomplit le passage de la nature à la culture. En un sens, elle appartient à la nature, car elle est une condition générale de la culture, et par conséquent il ne faut pas s’étonner de la voir tenir de la nature son caractère formel, c’est-à-dire l’universalité. Mais en un sens aussi, elle est déjà la culture, agissant et imposant sa règle au sein de phénomènes qui ne dépendent point, d’abord d’elle. Nous avons été amené à poser le problème de l’inceste à propos de la relation entre l’existence biologique et l’existence sociale de l’homme, et nous avons constaté aussitôt que la prohibition ne relève exactement, ni de l’une, ni de l’autre. Nous nous proposons, dans ce travail, de fournir la solution de cette anomalie, en montrant que la prohibition de l’inceste constitue précisément le lien qui les unit l’une à l’autre. Mais cette union n’est ni statique ni arbitraire et, au moment où elle s’établit, la situation totale s’en trouve complètement modifiée. En effet, c’est moins une union qu’une transformation ou un passage : avant elle, la culture n’est pas encore donnée ; avec elle, la nature cesse d’exister, chez l’homme, comme un règne souverain. La prohibition de l’inceste est le processus par lequel la nature se dépasse elle-même ; elle allume l’étincelle sous l’action de laquelle une structure d’un nouveau type, et plus complexe, se forme, et se superpose, en les intégrant, aux structures plus simples de la vie psychique, comme ces dernières se superposent, en les intégrant, aux structures, plus simples qu’elles-mêmes, de la vie animale. Elle opère, et par elle-même constitue, l’avènement d’un ordre nouveau. »

Il affirmait :

« La prohibition de l’inceste − règle universelle élaborée par l’humanité et transmise d’âge en âge − est une démarche acquise et non pas innée, qui est fondamentale, grâce à laquelle, par laquelle, mais surtout en laquelle s’accomplit le passage de la nature à la culture. »

Les théories de Lévi-Strauss sont fondées sur les cultures patrilinéaires, mais l’organisation familiale matrilinéaires des îles Trobriand modifie la façon dont est signifié l’inceste : Découverts par Bronisław Malinowski, ces peuples interdisent les relations sexuelles aussi bien entre un homme et sa mère qu’entre une femme et son père, mais ils décrivent ces interdits de manière très différente. Les relations entre un homme et sa mère font partie des relations interdites entre membres d’un même clan ; les relations entre une femme et son père n’en font pas partie.

« L’amour et l’attraction qu’exercent les uns sur les autres les représentants des deux sexes jouent, nous le savons déjà, un rôle important dans la vie de ces Mélanésiens. Comme tant d’autres races des mers du Sud, ils se conduisent d’une façon très libre et indépendante, surtout avant le mariage. L’adultère est cependant considéré comme une offense punissable, et les rapports sexuels entre membres du même clan totémique sont rigoureusement interdits. Mais l’inceste sous toutes ses formes constitue, aux yeux des indigènes, le plus grave des crimes. La simple idée de la possibilité de rapports entre frère et sœur leur inspire la plus violente horreur. Le frère et la sœur qu’unissent les liens les plus intimes dans cette société matriarcale ne doivent jamais converser librement entre eux, jamais plaisanter ensemble ou se sourire l’un à l’autre, et toute allusion à l’un d’eux en présence de l’autre est considérée comme de très mauvais goût. Mais en dehors du clan la liberté est grande, et la poursuite de l’amour assume des formes intéressantes, et même attrayantes. »

source

Charles Darwin a lui aussi évoqué l’inceste et tenté d’en donner une interprétation dans « La descendance de l’homme » :

« D’après ce que nous savons de la jalousie de tous les mammifères, dont beaucoup sont même armés d’organes spéciaux, destinés à leur faciliter la lutte contre des rivaux, nous pouvons conclure en effet qu’une promiscuité générale des sexes à l’état de nature est un fait extrêmement peu probable... Mais si, remontant le cours du temps assez loin en arrière, nous jugeons les habitudes humaines d’après ce qui existe actuellement, la conclusion paraissant la plus probable est que les hommes ont vécu primitivement en petites sociétés, chaque homme ayant généralement une femme, parfois, s’il était puissant, en possédant plusieurs qu’il défendait jalousement contre tous les autres hommes. Ou bien, sans être un animal social, il n’en a pas moins pu vivre, comme le gorille, avec plusieurs femmes qui n’appartenaient qu’à lui : c’est qu’en effet tous les naturels se ressemblent en ce qu’un seul mâle est visible dans un groupe. Lorsque le jeune mâle a grandi, il entre en lutte avec les autres pour la domination, et c’est le plus fort qui, après avoir tué ou chassé tous ses concurrents, devient le chef de la société. (Dr Savage, dans Boston Journal of Hist., V, 1845-47). Les jeunes mâles, ainsi éliminés et errant d’endroit en endroit, se feront à leur tour un devoir, lorsqu’ils auront enfin réussi à trouver une femme, d’empêcher les unions consanguines trop étroites entre membres d’une seule et même famille. »

Dans « Totem et Tabou », Freud évoque la peur de l’inceste, et tente d’établir que le tabou de l’inceste est universel, ce qui pour lui, fonde l’universalité du complexe d’Œdipe. Il propose l’hypothèse que la répression des satisfactions sexuelles ainsi frappées d’interdit a fourni un moteur essentiel au développement de la civilisation, et plus particulièrement des œuvres de l’esprit (théorie de la sublimation).

« L’expérience nous montre que, malgré cet instinct, l’inceste est loin d’être un phénomène rare, même dans nos sociétés modernes, et alors que l’expérience historique nous enseigne que les mariages incestueux étaient obligatoires pour certaines personnes privilégiées. »

En octobre 1896, Freud écrivait au docteur Wilhelm Fliess :

« Malheureusement mon propre père était un de ces pervers, il est cause de l’hystérie de mon frère (dont les états sont dans l’ensemble des processus d’identification) et de certaines de mes soeurs cadettes. La fréquence de ce type de rapport me donne souvent à réfléchir. »

Freud, « Totem et tabou »

Lévi-Strauss, « Structure élémentaires de la parenté »

Bronislaw Malinowski, « La sexualité et sa répression dans les sociétés primitives »

L’inceste en République du Congo

L’inceste dans les sociétés occidentales

« La prohibition de l’inceste et ses origines », Emile Durkheim

La prohibition de l’inceste, critiqué par Françoise Héritier

L’origine de la famille et de l’oppression des femmes

Défense de l’enfance, l’enfant d’abord, l’enfant roi, belle hypocrisie sociale !!!

Lire encore

Inceste : La contagion épidémique du silence

1 Message

  • Inceste : le viol au sein de la famille 27 mars 14:37, par R.P.

    L’importance de l’inceste au sein de la question du harcèlement, du viol et des violences faites aux femmes et aux enfants, est d’autant plus considérable que c’est le plus difficile à combattre du fait des liens entre enfants et parents, du fait du cadre fermé, contraignant, autoritaire, psychologique et moral de la famille, mais surtout du fait qu’il est infiniment plus difficile à dénoncer publiquement. Pour remettre véritablement en question la possibilité du viol de la fille par le père (le plus courant), il faut à la fois remettre en question le patriarcat de la société, le droit d’autorité quasi absolue des parents sur les enfants, le caractère absolu de la famille (pas d’autre liens avec d’autres familles par exemple), et aussi supprimer toutes les incitations médiatiques à l’inceste (par exemple, tous les films, tous les sites internet qui cultivent le fantasme essentiellement masculin du « daddy » qui viole sa propre fille). En fait, cela suppose de combattre tous les fondements moraux, sociaux, psychologiques de la société capitaliste. Car on ne soulignera jamais assez que, même existante dans toutes les sociétés passées, l’inceste a pris une tournure nouvelle, plus développée !, au sein de la société capitaliste, pas dans des pays pauvres mais dans les pays riches !!! L’inceste ne peut d’ailleurs pas être combattu efficacement seulement en dénonçant individuellement les violeurs de leurs enfants. C’est toute la société bourgeoise dont il faut combattre les mœurs mais aussi les buts, la recherche du pouvoir par exemple, pouvoir dont le pouvoir sexuel est un des exemples. Le viol des mineurs ne concerne pas que des milieux particuliers mais toute la société. Il n’est pas l’apanage des puissants, ni des pauvres. Il ne concerne pas un pays particulier mais le monde. Il ne suffira pas de traîner dans la boue médiatique ou judiciaire quelques Weinstein pour combattre l’oppression des femmes et des enfants, et particulièrement des enfants femmes !!!

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