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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 2- la révolution permanente, stratégie du prolétariat > Stratégie internationale de Marx et Engels

Stratégie internationale de Marx et Engels

dimanche 18 mars 2018, par Robert Paris

Comment Karl Marx et Friedrich Engels voyaient, en 1852-1853, les perspectives internationales de la bourgeoisie et celles de la révolution et du parti révolutionnaire :

« Il est clair comme le jour que le brave Louis-Napoléon va devoir faire la guerre et, s’il peut s’entendre avec la Russie, c’est sans doute à l’Angleterre qu’il cherchera querelle. L’affaire aurait ses bons et ses mauvais côtés. Que les Français s’imaginent pouvoir conquérir Londres et l’Angleterre en cinq heures, cela est absolument sans danger. Ce dont ils sont capables à vrai dire maintenant c’est d’actes brusques de piraterie avec vingt-mille à trente-mille hommes au plus, mais qui ne sauraient causer beaucoup de dégâts. Brighton est la seule ville qui soit sérieusement menacée. Plus qu’à toutes leurs fortifications, Southampton et les autres villes doivent leur sécurité à leur situation, au fond de baies qui ne sont accessibles qu’à marée basse et avec des pilotes du lieu. Le plus grand succès que puisse obtenir un débarquement français ce serai la destruction de Woolwich ; mais même dans ce cas il leur faudrait drôlement se garder de marcher sur Londres. Pour toute invasion sérieuse tout le continent réuni ne pourrait accorder aux Anglais moins d’un an de délai alors que six mois suffisent pour rendre l’Angleterre capable de résister à n’importe quelle attaque. On exagère intentionnellement l’alerte actuelle et les Whigs y contribuent de leur mieux. Laissons les Anglais rappeler une douzaine de navires de ligne et de steamers, laissons-les armer une douzaine de navires de ces deux types qui attendent dans les ports d’être achevés, recruter 25000 hommes de troupes de plus, organiser des bataillons de chasseurs avec des volontaires armés du fusil Minié, armer en outre un peu de milice et prévoir quelques exercices pour les yeomanry et ils seront jusqu’à nouvel ordre en sécurité…

Sinon, je ne vois pour Louis-Napoléon que deux possibilités de déclarer la guerre ; 1° à l’Autriche, c’est-à-dire à toute la Sainte Alliance, ou 2° à la Prusse, si la Russie et l’Autriche la laissent tomber. Cependant, cette deuxième hypothèse est fort peu probable et il y a peu de chances qu’il cherche querelle à la Sainte Alliance…

Et, à l’intérieur, quelle fameuse évolution ! Les tentatives d’assassinat deviennent déjà chose courante et les mesures de plus en plus jolies…

On ne peut mieux préparer les voies à un gouvernement Blanqui que ne fait cet abruti (Napoléon III).

Ton.

F. Engels

Extraits d’une lettre du 22 janvier 1852 de Friedrich Engels (à Manchester) à Karl Marx (à Londres)

« En ce qui concerne ce Monsieur Bonaparte, je ne crois pouvoir mieux faire que te communiquer des extraits d’une lettre qu’un ami parisien (Rheinhardt) m’a fait parvenir, un ami qui est très sceptique et qui ne partage pas les opinions les plus favorables sur le peuple. Maintenant, écoute :

« Dans l’ensemble une modification sensible est intervenue dans l’état d’esprit du public parisien, et si la résignation n’a pas encore été » surmontée, elle est cependant ressentie de façon plus authentique, plus sombre et plus générale. Dans les classes moyennes et inférieures, la cause principale en est que le commerce, et donc que le travail, malgré les premiers signes encourageants, continuent de stagner ; or ces classes ont sacrifié toutes leurs autres considérations à l’espoir de voir ceux-ci s’améliorer. En même temps, la majorité des ouvriers moins évolués qui comprennent difficilement, a commencé à se rendre compte, à la suite des décrets napoléoniens, que le président ne tient pas du tout à maintenir la République ; or cette catégorie met plus d’espoir dans la République que dans les monarchies dont elle a une longue et amère expérience… Les vrais aristocrates de la finance soutiennent toujours il est vrai Napoléon car pour l’instant, il constitue le seul représentant possible de l’autorité et le dernier bastion de la société actuelle, mais ses mesures ont considérablement réduit leur confiance dans le maintien de son régime, de sorte qu’au bout de peu de temps ils ont fait rentrer leur argent, comme le prouvent le marasme de la bourse et l’arrêt de l’essor commercial… Napoléon s’étant mis à dos tous les partis sans exception, il cherche un contrepoids en prenant telle ou telle mesure populaire : grands développements des travaux publics ; il laisse entrevoir l’espoir d’une amnistie générale aux participants du 2 décembre, etc. ; de même il va bientôt tenter la même chose en prenant telle ou telle mesure en faveur de telle ou telle classe, et tout cela sans ligne directrice et sans objectif précis. Et ce qui est plus important, il ne réussit pas à gagner les masses, car il ne peut leur donner du pain, c’est-à-dire une véritable source de travail et même il leur a pris leur hochet favori, la consolation innocente qu’étaient pour elles les arbres de la liberté et les inscriptions républicaines sur les bâtiments publics ; de même elles n’ont plus une heure agréable à passer dans les cafés ou les débits de vin puisque toute conversation politique y est sévèrement interdite… »

Extraits d’une lettre du 23 février 1852 de Karl Marx (à Londres) à Ferdinand Lassalle (à Dusseldorf)

« Il est bon que la révolution trouve cette fois dans la Russie un ennemi respectable et non de ces fantoches alanguis qu’étaient ses adversaires de l’an de grâce 1848.

En attendant, toutes sortes de symptômes apparaissent. La prospérité cotonnière atteint peu à peu ici des sommets vertigineux, alors que certaines branches particulières de cette industrie sont dans le marasme le plus complet. Les spéculateurs croient se préserver des risques de la spéculation en ne la pratiquant en gros qu’en France et en Amérique (chemins de fer avec l’argent anglais) tandis qu’ici ils ne la pratiquent qu’en détail, de sorte que cet émiettement de la spéculation inocule peu à peu le virus spéculatif à tous les articles. Les céréales ont certainement souffert des conditions atmosphériques tout à fait anormales que nous avons connues cet hiver et au printemps et si l’été qui va suivre est comme d’habitude anormal, la récolte sera fichue. La prospérité actuelle ne peut pas, à mon avis, se maintenir au-delà de cet automne. Pendant ce temps, le ministère anglais se ridiculise ; c’est le troisième en 12 mois et le dernier qui soit possible, les Tories, les abolitionnistes achoppent les uns après les autres, non pas sur le déficit de l’impôt mais sur le surplus. Voilà qui caractérise toute la politique des vieux partis et du même coup leur totale impuissance. Si les ministres actuels font la culbute, l’Angleterre ne pourra plus être gouvernée sans que soit considérablement élargi le pays légal. C’est ce qui arrivera sans doute au début de la crise.

Face à la permanence fastidieuse de la prospérité, ce malheureux Bonaparte a eu un mal fou à garder sa dignité, le monde s’ennuie et il l’ennuie. Malheureusement, il ne peut pas se remarier toutes les trois semaines. Ce qui le ruine, cet escroc, cet ivrogne, ce tricheur, c’est qu’il est obligé, pour sauver les apparences, de mettre en pratique « Les préceptes pour l’éducation des princes « d’Engel. Cette canaille, « père de la patrie » ! Il est aux abois. Avec cela, il ne peut même pas faire la guerre : au moindre mouvement de sa part, les rangs se serrent et se hérissent de baïonnettes. Cependant, cette paix laisse aux paysans tout le loisir souhaitable pour méditer sur leur faveur, embellit maintenant Paris avec leur argent et que les hypothèques et les impôts augmentent plutôt qu’ils ne diminuent. Bref l’affaire se prépare cette fois avec méthode, et cela est très prometteur…

En 1848, seul le prolétariat parisien, suivi plus tard de la Hongrie et de l’Italie, était-il épuisé par des luttes réelles ; les insurrections françaises d’après juin 1848 méritent à peine qu’on les mentionne et n’ont guère donné le coup de grâce en définitive qu’aux vieux partis monarchistes. Ajoute à cela le résultat surprenant qu’a eu le mouvement dans tous les pays, dont les seuls aspects sérieusement importants sont justement cette fantastique ironie de l’histoire et la mobilisation du potentiel militaire de la Russie ; cela étant, il me semble absolument impossible, même en gardant la tête parfaitement froide, que l’état des choses actuel se prolonge au-delà du printemps 1854.

Les auspices sous lesquels se présente cette fois notre parti sont tout différents ; c’est là une très bonne chose. Toutes les sottises socialistes qu’en 1848 encore nous avons dû défendre en face des purs démocrates et des républicains de l’Allemagne du sud, les idioties de Louis Blanc, etc…, même les choses que nous-mêmes étions contraints d’avancer ne serait-ce que pour assurer à nos idées un point d’ancrage dans la situation confuse qui régnait alors en Allemagne, autant d’idées que défendent maintenant messieurs nos adversaires : Ruge, Kinkel, Heinzen, etc. Les préliminaires de la révolution prolétarienne, ces mesures qui avaient pour but de préparer le terrain de lutte et de déblayer la route – une République une et indivisible, etc. – tous ces points qu’il nous a fallu défendre contre les gens dont c’eût été la vocation normale et naturelle que de les faire entrer dans les faits, ou du moins de les revendiquer, tout cela est à présent convenu : ces messieurs ont retenu la leçon. Cette fois-ci nous pourrons tout de suite débuter par le Manifeste, grâce aussi notamment au procès de Cologne au cours duquel le communisme allemand (surtout grâce à Röser) a passé avec succès son examen probatoire.

Tout cela ne porte évidemment que sur la théorie ; dans la pratique, comme toujours, nous en serons réduits à pousser avant tout à prendre des mesures résolues et à faire preuve d’une intransigeance absolue. Et c’est bien là le malheur. J’ai comme le pressentiment que notre parti, du fait de l’indécision et de mollesse des autres partis, pourrait se trouver un beau matin catapulté au gouvernement pour y mettre en œuvre des mesures qui ne seraient pas directement de notre intérêt, mais répondront à l’intérêt de la révolution en général et d’une manière spécifique aux intérêts de la petite bourgeoisie ; et dans ces circonstances, poussés par le peuple prolétaire, liés par nos propres programmes et déclarations imprimées qui auront été plus ou moins bien interprétées, nous en serons contraints de nous livrer à des expériences communistes et de faire des bonds en avant dont nous saurons mieux que personne à quel point ils ne viennent pas à leur heure.

Dans ces affaires-là, on perd la tête – espérons que ce sera seulement physiquement parlant – il se produit une réaction, et jusqu’à ce que le monde soit capable de porter un jugement historique sur des événements de ce genre, on passe non seulement pour des bêtes féroces, ce dont on pourrait se ficher, mais en plus pour bête, ce qui est bien pire. Je n’arrive pas à imaginer que ça puisse se passer autrement. Si un pays arriéré comme l’Allemagne qui possède un parti avancé, se trouve engagé dans une révolution avancée, en même temps qu’un pays avancé comme la France, le parti avancé se verra contraint, au premier conflit sérieux et dès qu’il y aura un danger réel, de prendre la relève et ce sera, en tout état de cause, avant que sonne son heure normale. Peu importe cependant, le mieux c’est que, en prévision d’une telle éventualité, la littérature de notre parti fournisse par avance les fondements de sa réhabilitation historique.

D’ailleurs d’autres raisons font aussi que nous entrerons en scène d’une manière bien plus digne que l’autre fois. Premièrement en ce qui concerne les « grands personnages », nous nous sommes heureusement débarrassés de toute la bande des Schapper, Willich et consorts, deuxièmement nous nous sommes quand même un peu renforcés, troisièmement nous pouvons compter sur une nouvelle génération de partisans en Allemagne (à défaut d’autre chose, le seul procès de Cologne suffit à nous garantir cet apport) et finalement l’exil nous a été à tous énormément profitable.

Il y a naturellement aussi parmi nous des gens qui partent du principe : pourquoi bûcher, le « père » Marx, dont c’est le métier de tout savoir, est là pour ça ; mais dans l’ensemble, le parti de Marx bûche quand même pas mal et quand on a vu les autres émigrés, ces imbéciles, happer à droite et à gauche des formules nouvelles en ne réunissant qu’à semer de la sorte un peu plus de confusion dans leur pensée, il est clair que la supériorité de notre parti a augmenté en valeur absolue et relative. Mais nous en avons besoin, la besogne sera rude….

Ton.

F. Engels

Extraits d’une lettre du 12 avril 1953 de Friedrich Engels (à Manchester) à Joseph Wedemeyer (à New York)

On peut rapprocher ces réflexions d’Engels de celles de Marx dans sa lettre du 19 août 1852. Se demandant si, en liaison avec la crise, la révolution ne risque pas d’éclater trop tôt, il ajoute :

« Rien n’est pire pour des révolutions que d’avoir à se préoccuper de l’approvisionnement en pain. »

Ecrits de 1853, in english

Lettres de 1853, in english

Un article de presse de Marx en 1853, in english

Les questions politiques anglaises en 1853, in english

Un autre article de Marx en 1853 in english

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