English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS > Lutter, oui, mais dans quelle perspective et avec quelle organisation (...)

Lutter, oui, mais dans quelle perspective et avec quelle organisation ?

mardi 27 mars 2018, par Karob, Robert Paris

Lutter, oui, mais dans quelle perspective et avec quelle organisation ?

Depuis l’effondrement du capitalisme de 2007/2008, repoussé à grands coups de milliers de milliards de dollars, ouvrant à l’échelle mondiale une nouvelle période de guerres et révolutions, les classes dirigeantes mènent une lutte de classe acharnée contre le prolétariat mondial. Si les travailleurs n’ont pas encore conscience du risque révolutionnaire qu’ils peuvent représenter, la bourgeoisie et ses laquais de tout ordre ne le savent que trop bien ! Toutes les politiques, qui nous opposent entre nationaux et non nationaux, hommes et femmes, en activité ou non, avec ou sans papier, précaire ou non, du public ou du privé… sont mises en œuvre pour éviter que nous nous unissions contre le capitalisme et menions une lutte de classe allant vers la révolution et le socialisme. Dans cette perspective toute forme d’organisation et de représentation des travailleurs est fermement combattue car elle représente justement la principale avancée allant dans ce sens.

Preuve de ce changement, les classes possédantes, elles-mêmes, n’ont plus aucune envie, dans les pays où elles le faisaient depuis longtemps, de faire semblant de consulter démocratiquement les travailleurs, y compris tout simplement de les laisser élire des députés, des délégués (démocratiquement aussi), etc., pris dans leurs rangs. Il en va de même y compris dans les syndicats. Malgré le fait que les élections professionnelles soient déjà anti-démocratiques par bien des aspects, cela ne suffit plus. La pression des bureaucratie amène aujourd’hui à écarter tous les travailleurs radicaux, avant même que les patrons les attaque, car ces travailleurs sont amenés à se heurter à l’appareil syndical qui négocie dans le dos des travailleurs, qui signe des reculs massifs, etc.

Il est remarquable que cette évolution syndicale accompagne, comme par hasard, le fait que la démocratie bourgeoise elle-même fasse une place de plus en plus réduite à l’expression des milieux populaires et quasi nulle à l’expression des travailleurs. La classe ouvrière est absente de toutes les assemblées électorales comme parlement ou sénat. Elle est absente du discours électoral, sauf pour affirmer qu’elle suce le sang des finances publiques, qu’elle est la cause du retard économique et politique du pays, qu’elle empêche la réforme des services publics, qu’elle casse les transports, qu’elle refuse de travailler et veut être payée par l’Etat en se mettant au chômage, qu’elle arrache la chemise des DRH, qu’elle veut faire sauter l’usine sous prétexte que celle-ci doit fermer, vaincue par la trop grande charge sociale, par la trop grande masse salariale, par le refus des licenciements pourtant nécessaires… et on en passe des balivernes des patrons et des gouvernants à leur botte…

En même temps, les classes possédantes mènent une offensive en règle contre tous les « acquis » des travailleurs des périodes précédentes : sous le capitalisme, rien n’est jamais acquis pour les prolétaires !!!

La démocratie a du plomb dans l’aile dans les pays pauvres comme dans les pays riches. Dans les premiers, qui avaient accédé il y a peu au multipartisme et aux élections présidentielles, on revient au mandat présidentiel à vie. Dans les autres, le droit d’expression est rogné au nom de la sécurité, avec le contrôle des messages internet, la suppression des sites critiques des politiques de l’impérialisme, appelés des sites « théorie du complot » et assimilés au terrorisme, etc.

Si la démocratie bourgeoise n’a pas d’avenir pour nous, il nous reste à employer la démocratie que nous mettrons nous-mêmes en œuvre : la démocratie ouvrière, celle où ce sont les exploités qui gouvernent, celle où les corrompus et les profiteurs ont perdu le pouvoir et où les travailleurs font la loi. Celle-ci reste certes à bâtir mais cela fait bien longtemps que cela n’a pas été tenté et c’est bien la seule chose dont nous puissions attendre autre chose que des mensonges, des coups sur la gueule et un avenir noir et sang !

Mais cette démocratie ouvrière est elle-même combattue et dévoyée par des organisations se réclamant des intérêts des travailleurs. Il est remarquable que, dans les dernières grèves, dans tous les secteurs, du privé et du public, les syndicats essaient de plus en plus de se passer des assemblées générales auxquelles ils avaient recours fréquemment dans le passé, tout en les manipulant, tout en ne donnant la parole qu’aux responsables syndicaux et en coupant la parole de ceux qui les critiquaient ou simplement qui faisaient des propositions inadéquates comme de proposer à l’assemblée de choisir elle-même des revendications en les chiffrant par exemple.

On vient d’en avoir un exemple remarquable avec la grève des cheminots où les bureaucraties des fédérations et confédérations syndicales ont prétendu décider, d’en haut, sans consulter aucune assemblée de grévistes ni même leurs adhérents, que la grève serait perlée, tournante, innovante, saccadée, par journées, en pointillés, deux jours sur cinq, et tout cela programmé par avance sur une longue durée, sans aucune consultation et sans aucun vote des cheminots !!!

La CGT était même défavorable d’organiser des AG de cheminots à l’approche du 22 mars ! Et pourquoi ? Sinon parce que la stratégie des bureaucrates syndicaux, soi-disant innovante, risquait d’être discutée, critiquée ! Pensez-donc l’innovation : une grève tournante, une grève perlée ! Et surtout quelle innovation : un plan de grève entièrement décidé sans consultation des cheminots ! Belle démonstration d’un bureaucratisme qui, certes, ne date pas d’hier mais est quand même largement en hausse, les cheminots ayant eu dans le passé des traditions de vote de la reconduction en assemblée générale jour par jour, et même d’assemblées interprofessionnelles en 1995 voire même d’organisation et de coordination indépendamment des syndicats comme en 1986.

Cependant les bureaucrates s’y entendent à organiser des AG sans leur laisser un véritable droit de décision, et même sans leur laisser la parole ! Des AG peuvent, à la limite, voter des décisions contraires à celles des bureaucraties, mais comme il n’y a pas de comités qui soient fédérés régionalement et nationalement, ces AG ne peuvent communiquer directement leurs informations et décisions aux autres AG entre elles sans passer par les syndicats ! Belle démocratie !

Et ce n’est pas la démocratie défendue par les gauches syndicales ou l’extrême gauche syndicaliste revendiquée libertaire, anarchiste ou trotskyste, qui changera cet état de fait. Toutes défendent la nécessité des AG voire même de Comité et Bureau de la grève ou de coordination. Selon ces militants de la gauche de la gauche et des syndicats, l’auto-organisation ne doit pas permettre aux travailleurs de se représenter eux-mêmes en élisant des délégués de la grève qui se coordonneraient afin de contrôler et diriger leurs mouvements mais juste cautionner l’unité syndicale et au final exclure les grévistes de la direction réelle de leur propre mouvement… L’auto-organisation est défendue là comme un moyen de pression sur les bureaucraties sans contester du tout leur direction sur les luttes. Des bureaucraties qui ne sont même plus réformistes au sens où elles voudraient aménager, réformer le capitalisme mais accompagnent les attaques et négocient uniquement leur capacité à encadrer les travailleurs pour que leurs luttes ne se transforment jamais en lutte ouverte contre le capitalisme. Ce qui revient à laisser la direction des luttes aux faux amis des travailleurs.

Pour ces gauches, jamais l’auto-organisation en comités, sur les lieux de travail et dans les quartiers populaires, n’est considérée comme les prémisses d’un double pouvoir, celui des travailleurs organisés, qui contesterait le pouvoir patronal, tant dans l’entreprise que dans le reste de la société, au travers du développement de la lutte des classes dont l’objectif, au travers du développement de la lutte des classes, serait la dictature des opprimés et des exploités sur les classes dirigeantes en abattant l’Etat bourgeois !

Cet objectif ne peut être celui de ces gauches syndicales ou extrêmes gauches syndicalistes opportunistes. Elles sont liées non seulement au PS mais aussi à l’appareil d’Etat par mille et une manières. Elles défendent l’idée qu’il pourrait avoir une bonne gestion de l’Etat bourgeois, celle des services publiques par exemple, une bonne politique pour les travailleurs sous le capitalisme même quand celui s’effondre sous le poids de ses contradictions et fait émerger de nouveaux fascismes et des risques de conflagration mondiale. Cette politique est symbolisée par la dernière déclaration commune du NPA et d’Alternative libertaire avec une partie de l’ancienne gauche gouvernementale et des groupes d’inspiration keynésienne (Nouvelle Donne) dont certains ont œuvré directement à la casse de ces mêmes services publics et à leur privatisation !

Leur politique d’union de la gauche n’est que le prémisse d’un futur front populaire (ne pas confondre avec le front uni des travailleurs), qui sauverait la bourgeoisie en cas de risque révolutionnaire pour la bourgeoisie. Cette politique entrave l’émergence d’une véritable démocratie ouvrière du type de la Commune de Paris ou des Soviets en Russie en 1917 que les luttes auto-organisées et autonomes du prolétariat pourrait faire surgir ! Et si elles n’arrivaient pas à l’entraver, l’histoire nous prouve qu’elles peuvent même se mettre à sa tête pour mieux l’égorger préparant ainsi la contre-révolution bourgeoise qu’est le fascisme comme en Allemagne ou en Espagne dans les années 30. Ces gauches sont un des meilleurs remparts de la bourgeoisie contre l’action de classe du prolétariat, en dévoyant l’idée même de l’auto-organisation auprès des travailleurs comme les fausses luttes interpro (les journées d’action nationales) ont permis de renforcer le corporatisme parmi ces derniers après leurs défaites.

L’auto-organisation des travailleurs ne pourra réellement imposer nos desiderata sur la société que si elle se donne un programme d’action révolutionnaire dont l’objectif est de retirer tout le pouvoir économique et politique aux classes dirigeantes en abolissant le régime de la propriété privé et le salariat par l’instauration d’un nouveau régime politique, la république socialiste des comités de travailleurs !

14 Messages de forum

  • grève partielle, grève perlée, grève tournante, grève qui dure, grève en pointillés, ou journées d’action, que de noms pour dire que le simulacre de radicalité ne remplace pas une politique de classe et que l’intersyndicale ne remplace pas les collectifs de salariés et les comités de grève !!!

    Répondre à ce message

  • Carrefour en grève le 31 mars

    Cheminots en grève le 3 avril

    Traitement des déchets en grève le 3 avril

    Air France en grève le 3 avril

    France TV en grève le 4 avril

    Etc., etc….

    Mais aucune coordination entre ces mouvements…

    Ni buts communs, ni manifestations communes, ni revendications communes, ni assemblées communes, ni contacts, ni tentatives de convergences...

    Les syndicats ne sont plus de organes de classe !

    Répondre à ce message

  • , Bonjour,
    Vous n avez pas.fait d article sur la greve des medecins algérien qui dure 04 mois avec un collectif des medecins national et en.dehors de tout.les.syndicats , les medecins ne sont plus payé et ce depuis pluq d un.mois

    Répondre à ce message

    • Tu as parfaitement raison et ta critique est valable. Merci.

      L’Algérie est paralysée par les grèves des enseignants et des médecins qui ont décidé, mardi, de prolonger leur mouvement de protestation qui dure déjà depuis plus de quatre mois, suite à l’impasse dans les négociations avec les autorités concernées.

      Le troisième et dernier trimestre de l’année scolaire en cours est ainsi menacé de perturbations comme l’a été le second, marqué par de longs débrayages du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste), particulièrement dans les wilayas de Tizi Ouzou, de Blida et de Béjaïa.

      Les enseignants menacent de renouer avec le mouvement de grève à compter du 9 avril prochain, afin d’exprimer leur mécontentement face aux promesses non tenues par le gouvernement, a annoncé leur syndicat.

      Répondre à ce message

  • Pourtant le gouvernement et les média disent en clair qu’ils ne craindraient qu’une convergence des luttes…

    Cherchez l’erreur : confier à d’autres la direction de nos luttes : organisons nous nous-mêmes !

    Répondre à ce message

  • La seule particularité de l’extrême gauche opportuniste à la botte des syndicats, par exemple dans la journée d’action du 22 mars, est d’avoir voulu des assemblées générales alors que la CGT ne les souhaite pas trop ces derniers temps. Mais de ces assemblées générales, l’extrême gauche n’en a pas du tout fait un instrument de coordination des luttes indépendante des appareils bureaucratiques, en les reliant entre elles, ni en y défendant un autre politique que celle des appareils syndicaux, encore moins en proposant d’y faire élire des délégués de la lutte.

    Répondre à ce message

  • petite critique de formulation : "’l’auto-organisation ne doit pas permettre aux travailleurs de se représenter eux-mêmes en élisant des délégués de la grève qui se coordonneraient afin de contrôler et diriger leurs mouvements mais de permettre l’unité syndicale et de leur donner mandat pour nous représenter…" j’ ajouterai en début de phrase " selon ces militants de la gauche de la gauche, l’auto-organisation ne doit pas permettre...." et finirait cette phrase par "...mais juste cautionner l’unité syndicale et au final exclure les grèvistes de la direction réelle de leur mouvement".

    Répondre à ce message

  • Imaginez-vous que pendant que les syndicats sont soi-disant dans des bras de fer contre le gouvernement dans tous les secteurs ils participent toujours à tous les organismes de collaboration de classe, y compris à la SNCF et cogèrent toutes les prétendues réformes !!!!

    lire aussi : Pourquoi patronat et gouvernement ne cèdent pas devant les grèves et manifestations ?

    Lire ici

    Répondre à ce message

  • La CGT développe la méthode de la grève par corporation et perlée !!! Après les cheminots, les salariés du secteur de l’énergie, à l’appel de la CGT Mines Energie, sont invités à déclencher à partir du 3 avril un mouvement de protestation d’une durée de trois mois. La décision a été prise ce mercredi, à l’issue d’une réunion avec l’ensemble des secrétaires généraux des structures locales de la CGT Mines, qui s’est tenue au siège de la CGT à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

    « Pendant trois mois, nous allons organiser des mouvements de grève, mais aussi intervenir sur notre outil de production pour faire reculer ce gouvernement, précise Sébastien Menesplier, secrétaire général de la fédération CGT Mines Energie, premier syndicat du secteur. Il s’agit de défendre un service public de l’énergie et contrer sa libéralisation. »

    Le mouvement alternera des temps forts et des temps plus faibles. « Parfois, il sera calé sur celui des cheminots, ou d’autres professions, au nom de la convergence des luttes. Parfois, ce seront des actions menées uniquement par le secteur de l’énergie. »

    En somme, c’est n’importe quoi !!! Aucune politique sérieuse ! Pas question que la convergence rapproche réellement les luttes en une seule lutte : seulement un moyen de discréditer la convergence !!!!

    Et les autres luttes ne convergent pas du tout : Ephad, Justice, Air France, éboueurs, Carrefour, centrales nucléaires, France Televisions, Ford, France 3, étudiants, La Poste, fonctionnaires, etc.

    Converger, ce n’est pas d’être en manif le même jour, à un autre endroit, sur d’autres revendications, avec d’autres journées d’action la fois suivante !!!

    Répondre à ce message

  • Salut...

    Je vous fait suivre les chiffres dont on peut disposer pour les journées d’action du 3 et 4 avril 2018 à la sncf. Ils témoignent d’une volonté d’agir massive et démontrent plus encore que la "stratégie" syndicale de refus de la grève générale n’est pas une vraie réponse mais un contournement de ce mécontentement :

    48% gréviste DII, dont :

    - 77% chez les conducteurs,

    - 95% chez les contrôleurs,

    - 90% chez les aiguilleurs.

    Trains assurés :

    - TGV 12%,

    - intercités 13%,

    - TER 6%.

    Petit rappel, quand la SNCF parle de 48% de grévistes, elle parle uniquement des agents soumis à DII (ils doivent se déclarer 48h à l’avance ),

    pour les autres elle ne dispose d’aucun chiffe.

    Mais le taux de 48% sera largement dépassé.

    Rien ne dit que le choix de la journée d’action à répétition serve à autre chose qu’à éviter la convergence des luttes.

    Remarquons que la CGT propose au secteur de l’Energie d’en faire de même, mais séparément et pas aux mêmes dates !!!

    Répondre à ce message

  • La participation à la grève de Carrefour montre là aussi que l’exaspération des salariés est montée d’un cran. Mais, là aussi, aucune jonction avec les autres luttes pour le moment. Les seuls qui défendent la convergence des luttes de manière claire et publique sont... les étudiants !!!

    Répondre à ce message

  • Un des arguments (une argutie !) pour justifier la grève deux jours sur cinq a été la nécessité de l’unité syndicale. Eh bien, maintenant la pseudo stratégie de la grève deux jours sur cinq sert à rompre l’unité syndicale, en expulsant SUD de l’intersyndicale parce que ce syndicat veut se positionner comme plus radical que les autres, en proposant la grève reconductible tous les jours en AG mais SUD ne propose pas une réelle maîtrise par les cheminots de leur propre grève par des comités de grève et encore moins la liaison et l’extension de la grève à toute la classe ouvrière !!!

    Répondre à ce message

  • Le porte-parole de La République en marche (LRM), Gabriel Attal, s’est élevé lundi 2 avril contre « la gréviculture » des Français, à la veille du lancement de la mobilisation des cheminots et d’autres secteurs. Il n’est pas en marche... vers le droit de grève et la démocratie pour les travailleurs !!!

    Répondre à ce message

  • Cheminots, éboueurs, électriciens, enseignants, fonctionnaires, hospitaliers sont toujours mobilisés séparément alors qu’il est clair que c’est la lutte d’ensemble qu’il faut. Les syndicats luttent... contre cette convergence, tout en affirmant exactement le contraire ! Ils ont été contraints, à la gare de l’Est et à la gare du Nord d’accepter la grève reconductible mais c’est tout ! Ils n’appellent pas clairement toutes les gares à la grève reconductible !

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0