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L’encadrement de la classe ouvrière : quand le cadre se prend pour le tableau...

mardi 10 avril 2018, par Robert Paris

édito

Ils encadrent, étouffent, détournent, trompent et trahissent les intérêts de classe des travailleurs

Les centrales syndicales françaises ont poussé la tromperie des négociations au-delà de toutes les limites : on leur annonce tous azimut des scandaleux sacrifices d’ampleur et elles ne cessent de prôner la discussion. Elles participent même de toutes les institutions qui gèrent ces sacrifices. Elles n’abandonnent aucune de ces participations à l’exploitation et à l’oppression, où elles sont aux côtés des patrons et des gouvernants, sans aucun contrôle des salariés. Elles maintiennent leur attitude de négociation, de participation, de responsabilité vis-à-vis de la société bourgeoise et de trahison totale des intérêts de classe du prolétariat.

Elles livrent ainsi un message aux gouvernants : « nous sommes capables d’encadrer la lutte des travailleurs dans les limites imposées par les classes possédantes tout en étant capables de maintenir notre rôle d’encadrement des travailleurs, sans être contestés par eux. » C’est toujours ainsi qu’elles ont pu être récompensées par l’Etat et les trusts, à coups de postes dans les institutions, de rôles sociaux reconnus et d’aides financières si importantes qu’elles dépassent largement les rentrées d’argent des cotisations des syndiqués.

Certes, vu de loin, on pourrait croire à un véritable bras de fer entre les syndicats et le gouvernement et c’est le commentaire unanime des média. Mais la réalité est tout autre : ainsi, dans le conflit des cheminots, les centrales syndicales marchent complètement à reculons.

Pendant des mois et des années, les syndicats de cheminots ont fait semblant de lutter seulement pour défendre les conditions de travailleurs des travailleurs du rail, acceptant même d’abandonner dans ces négociations la question du statut de la SNCF alors que chacun savait que c’était la question déterminante pour toutes les autres, le but même des classes possédantes qui visaient clairement et depuis longtemps la privatisation, tout en craignant que cela entraîne une lutte sociale généralisée.

Loin d’avoir cherché à généraliser la lutte, ils empêchent clairement que la lutte d’ensemble prenne tournure. Ainsi, le 22 mars, jour d’action nationale, ils n’appelaient pas clairement les cheminots à la grève. Et le jour de démarrage de la grève des cheminots, ils n’appelaient plus les autres catégories !!!

Et les centrales syndicales de cheminots se gardent bien de faire en sorte que le mouvement des cheminots se fasse sur des revendications et dans des buts qui s’adressent à tous les salariés. Ils ne mettent pas en avant la défense de l’ensemble du service public, qui est globalement attaqué.

Ainsi, ils n’appellent surtout pas l’ensemble des salariés des transports à une lutte d’ensemble. Pourtant, à Paris, une grève des trains sans grève du métro perd 80% de son efficacité. Et en province il en va de m^me d’une grève des trains sans grève des bus et des cars. Et pourtant les salariés de la RATP sont eux-mêmes menacés. A preuve, ils étaient appelés non à la grève mais à une journée d’action le 22 mars dernier… Mais jamais les syndicats n’ont essayé d’entraîner les agents RATP dans la grève SNCF. Jamais ils n’ont essayé d’unir les revendications et les actions, bien au contraire !

Il en va de même avec les fonctionnaires. Certes, les syndicats de fonctionnaires appellent à une nouvelle journée d’action mais on sait à quel point cette forme d’ « action » parfaitement inactive peut ne pas se faire craindre des gouvernants et des classes possédantes ! On l’a bien vu, notamment dans le mouvement des retraites et dans les multiples journées d’action pour de multiples motifs qui l’ont suivi, avec toujours la même inefficacité contre nos ennemis et la même efficacité pour détourner nos luttes.

Donc, pour le moment, les syndicats se laissent pousser par les salariés, contrôlent bien cette poussée en se donnant l’allure de diriger tout cela.

Bien sûr, ils ne sont pas toujours contents de ce que la colère ouvrière les pousse à faire et dont ils se seraient bien passés.

Même les assemblées générales, cela faisait longtemps que la CGT s’en passait dans tous les secteurs, y compris chez les cheminots et il leur a fallu en remettre en route dans ce mouvement. Ils ne l’ont fait cependant ni à l’annonce du rapport Spinetta, ni après, et ont préféré décider au sommet, entre centrales syndicales, des perspectives de la lutte, de ses objectifs, des modes d’action (la fameuse grève en pointillés), sans avoir réuni une seule assemblée générale avant d’annoncer publiquement ces décisions qui s’imposaient aux cheminots et aussi aux autres salariés, exclus d’office de cette lutte. Il n’a jamais été question de réunir les salariés (ni même les syndiqués) des autres secteurs d’activité de la classe ouvrière, pour leur demander s’ils souhaitaient entrer en lutte aux côtés des cheminots. Surtout pas !!! Pas même question de réunir les cheminots à chaud, tout de suite après l’annonce de l’attaque violente, par le rapport Spinetta. Là, les syndicats disaient qu’il fallait attendre des jours et des jours, pour que l’intersyndicale des cheminots se réunisse et décide… de ne pas lancer la grève reconductible, de ne pas chercher à entraîner les fonctionnaires, de ne pas s’unir aux autres salariés déjà en lutte, de ne pas se lier aux éboueurs, aux hospitaliers, aux enseignants, aux fonctionnaires, aux EPHAD, aux postiers, aux gaziers et électriciens et on en passe des Carrefour, des Conforama, des Ford et autres salariés en lutte du privé…

En même temps, les syndicats déclarent à qui veut les entendre que tous les salariés doivent être solidaires des cheminots, comme si c’étaient deux luttes différentes et comme si les travailleurs n’étaient concernés qu’en tant qu’usagers des chemins de fer, et non en tant que prolétaires, comme la même classe, attaquée en tant que telle par la classe capitaliste !!!

Pourtant, jamais il n’a été aussi clair que les gouvernants agissent comme direction de la classe capitaliste, qu’ils luttent pour écraser l’ensemble de la classe ouvrière, pour la diminuer, pour la dégrader, pour lui casser le moral, pour la discréditer, et pas seulement pour la faire payer !

L’enjeu réel de la lutte n’est nullement le statut de la SNCF, pas plus qu’il n’est l’organisation des hôpitaux, de la recherche, de l’enseignement, et même pas seulement la privatisation des services publics, ou les sacrifices sociaux, la casse des aides sociales, la casse des institutions sociales, la casse des droits sociaux et du code du travail. Tout cela n’est pas sans importance mais le véritable objectif va bien au-delà : il s’agit de casser une classe sociale, le prolétariat, qui n’a pas encore été cassé dans un affrontement direct. Les gouvernants essaient de réaliser cet objectif qui était de longue date souhaité par les possédants et qui n’avait pas été réalisé depuis longtemps en France, alors que cela avait été réalisé en Angleterre sous Thatcher, aux USA sous Reagan, et en Allemagne grâce à la social-démocratie. Ouvertement, les gouvernants français cherchent l’affrontement et les syndicats disent clairement le regretter, souhaiter revenir à la négociation, donner même comme objectif de la lutte de revenir à la négociation !!! Quand le gouvernement parle de guerre sociale, les syndicats conservent le discours d’entente sociale. Même s’ils sont dans la rue et dans la grève, ils ne sont pas dans la guerre de classe !!! Ils sont très loin de chercher quel coup pourrait faire mal à la classe possédante, très loin de chercher quelle méthode d’action pourrait menacer le plus les exploiteurs, quelle revendication pourrait le plus unifier les exploités. Pas du tout : ils cherchent exactement l’inverse.

Cheminots, éboueurs, électriciens, enseignants, fonctionnaires, hospitaliers, retraités, chômeurs, postiers, salariés du privé sont toujours mobilisés séparément ou pas mobilisés, alors qu’il est clair que c’est la lutte d’ensemble qu’il faut pour faire face à l’attaque d’ensemble. Les syndicats luttent... contre cette convergence, tout en affirmant exactement le contraire ! Ils ont été contraints, à la gare de l’Est et à la gare du Nord d’accepter la grève reconductible mais c’est tout ! Ils n’appellent pas clairement toutes les gares à la grève reconductible ! Ils n’ont pas réellement relié ensemble toutes les assemblées générales et ce sont les appareils syndicaux qui gardent la haute main sur les AG comme sur la liaison entre AG ! Si le syndicat SUD appelle à des AG qui décident et même à des comités de grève, dans la réalité il n’en est rien. Les dirigeants syndicalistes SUD ne sont radicaux et démocrates qu’en paroles.

En fait, l’objectif numéro de la politique des syndicats, y compris les différences des syndicats entre eux, est l’encadrement de toute tentative d’autonomie des travailleurs. Il ne faut pas que la classe ouvrière s’exprime autrement que par ses truchements syndicaux, il ne faut pas que la base discute réellement, décide réellement, ni agisse réellement de manière indépendante de ces appareils qui sont reconnus des classes possédantes et de l’Etat bourgeois. Il ne faut pas que les travailleurs se contactent entre eux, il ne faut qu’ils se dotent d’organisations de lutte, il ne faut pas qu’ils reprennent eux-mêmes le pouvoir sur leur propre action. Cela justifie tous les changements de méthode, de stratégie, de revendications, par lesquelles les appareils syndicaux font plus ou moins semblant d’être radicaux. Ils peuvent l’être si cela s’avère nécessaire pour garder la haute main sur les travailleurs. Ils peuvent jouer la démocratie, y compris jouer à l’interpro, comme en 1995. Ils peuvent même jouer aux comités de grève, qu’ils contrôlent eux-mêmes, comme dans la dernière grève de PSA Aulnay. L’important pour eux, c’est de continuer à démontrer qu’il faut négocier avec eux, qu’ils sont un tampon indispensable. La bourgeoisie, en attaquant la classe ouvrière, a fait peser à nouveau sur les appareils syndicaux la menace que l’on puisse se passer d’eux et ils essaient de lui démontrer que la bourgeoisie aura encore besoin d’eux. Leurs buts ne vont pas au-delà. Ils ne partent nullement d’une quelconque analyse de l’état du système capitaliste, ni des problèmes économiques, sociaux ou politiques des classes possédantes. Ils ne se permettent même pas d’avoir un avis là-dessus ni sur la crise du capitalisme. Ils se contentent de prôner des réformes du système alors que le capitalisme lui-même a renoncé à se réformer, se rendant compte que cela est complètement dépassé.

Et ne parlons pas de représenter une quelconque alternative ouvrière ! Il y a belle lurette que le syndicalisme n’a plus eu une telle prétention ! Que ce soit historiquement nécessaire ne peut pas venir à l’esprit (peut-on parler d’esprit à une bureaucratie ?!!!), des appareils syndicaux. Plus que jamais, les dirigeants syndicaux ne veulent pas imaginer que le capitalisme puisse atteindre ses limites et s’effondrer ensuite. Plus que jamais, ils ne peuvent pas admettre que l’Etat n’est rien d’autre que le principal conseil d’administration de la classe possédante, en même temps que sa force de répression.

Et pourtant, cela crève les yeux que l’attaque antisociale est indissociable du renforcement de la répression policière, de la mobilisation militaire, de l’organisation en milices supplétives, de la violence du terrorisme et de l’antiterrorisme, de la montée des fascismes, des racismes, des xénophobies et des sentiments guerriers. Et cela crève aussi les yeux que les appareils syndicaux se gardent de se démarquer des ces politiques violentes des classes possédantes. Ils sont plutôt solidaires du nationalisme, de l’économie nationale, des buts nationaux, de l’Etat national, quand ce n’est pas de la défense nationale, des dépenses nationales d’armements, des dépenses soi-disant pour « aider l’économie nationale », et se gardent de dénoncer les exactions contre les sans-papiers, les roms, les migrants…

Bien entendu, la plupart des travailleurs ont depuis longtemps cessé d’être dupes des appareils syndicaux et savent qu’ « il y a un problème » du côté de ces directions qui passent facilement d’une direction syndicale à une direction d’institution bourgeoise, y compris quand ce sont des dirigeants de la CGT. Mais cela ne signifie pas que cela aille de soi que la lutte prolétarienne doive être dirigée par les prolétaires eux-mêmes. C’est pourtant le critère numéro un pour apprécier le choix de classe des militants qui se revendiquent du camp des travailleurs !

Et c’est le choix déterminant pour la classe ouvrière. Tant qu’elle ne se lance pas dans la mise en place, nationale et massive, de comités de grève élisant des délégués, se fédérant localement, régionalement et nationalement et même au-delà, tant que ces organisations n’agissent pas en pouvoir ouvrier autonome, tant qu’elles ne prennent pas conscience de la nécessité d’incarner une alternative, de représenter une force de classe, de devenir un vrai pouvoir, parallèle et adverse du pouvoir bourgeois, tout développement de la lutte ne peut que mener à des défaites et des reculs majeurs, y compris si ces développements mènent à une grève générale.

Il n’y a pas de solution toute faite. Les révolutionnaires n’ont pas des exigences à imposer aux travailleurs. Ils ne mettent pas des conditions pour soutenir la lutte de la classe ouvrière. Ils ne se mettent pas à l’écart du combat de manière sectaire, sous prétexte qu’il est mal dirigé et selon des principes adverses, mais ils se permettent de défendre, fût-ce contre les préjugés des travailleurs eux-mêmes, ce qui leur paraît être les besoins indispensables de la lutte prolétarienne.

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