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Sortir les politiciens sortants, est-ce une perspective politique ?

vendredi 4 mai 2018, par Robert Paris

édito

Sortir les gouvernants sortants, est-ce une perspective politique ?

L’Arménie continue de se mobiliser dans la rue pour faire venir à la direction du gouvernement le principal opposant politique, alors que le fond réel de cette mobilisation est la révolte contre la misère et la corruption des classes possédantes liées aux gouvernants. Changer les hommes qui gèrent l’Etat ne signifie pas changer fondamentalement ni le pouvoir ni la société.

Dehors Macron, dehors Trump, dehors Merkel et May, dehors tous les autres politiciens au gouvernement, nous disent les syndicalistes, les gauches, les gauches de gauche, les extrêmes gauches nous disent que tel devrait être le slogan politique accompagnant les luttes sociales. Cela sous-entend que c’est la personnalité des gouvernants qui expliquerait les scandales politiques, sociaux et économiques qui s’aggravent. « Chasser un tel » est une manière de donner un objectif politique qui laisse croire qu’en lui retirant son poste de gouvernant, on retire la racine du mal. Une version de la dénonciation sociale qui a l’inconvénient (ou l’avantage, selon le point de vue où l’on se place) de cacher la réalité du caractère de classe de la société. Cela cache non seulement la nature de classe du système social mais surtout la nature de classe de l’Etat, c’est-à-dire le fait que cet Etat, si on ne le renverse pas, restera toujours un Etat au service de la classe possédante, en l’occurrence de la classe capitaliste.

Cependant, les peuples sont facilement portés à penser que c’est la personnalité des gouvernants qui exprime le caractère insupportable d’une situation politique et sociale et même qui est cause de la situation révoltante, du refus de l’Etat de prendre en compte leurs problèmes. Ils considèrent que l’Etat et la société vont globalement de manière normale et que ce sont les hommes politiques à la direction du gouvernement qui mettent la pagaille, qui détournent un fonctionnement normal. Et c’est complètement faux ! Il suffit que ces hommes changent, par un décès, par une condamnation en justice, par une élection, par une campagne médiatique liée à un scandale, par une chute liée à un mouvement de masse, pour s’apercevoir… que cela ne change rien aux vrais problèmes qui sont sociaux, et donc dépendent d’abord de la lutte des classes !

Bien entendu, les opposants politiques et syndicaux diffusent cette thèse mensongère qui a l’avantage de laisser entendre qu’une révolution sociale et politique n’est pas indispensable, que le changement à la racine des choses ne serait pas nécessaire et c’est aussi ce que les exploités et les opprimés préfèreraient…

On accuse Trump, Macron, Merkel, May et autres Modi ou Abe et cela va changer le cours des choses. Les classes possédantes ne seront certes pas frappées, ne seront même pas menacées, mais elles comprendront que les exploités sont mécontents et certains croient qu’elles seront obligées d’en tenir compte, croient même que cela les fera un peu réfléchir avant de poursuivre leurs attaques et éventuellement un peu reculer sur les attaques en cours. Et cela se révèle faux à l’étonnement des peuples et des travailleurs et à l’indignation des réformistes qui en accusent encore plus sévèrement le chef du gouvernement, auquel on attribue du coup une fermeté, une force, une méchanceté exceptionnels !!! Et c’est le même cirque partout dans le monde…

Dans le cas d’une mobilisation de masse, sociale et politique, le fait de tout polariser par la revendication de la chute du chef de l’Etat (ou celle d’un ministre) a un rôle particulièrement négatif pour cette mobilisation car c’est une perspective fondamentalement fausse, qui ne peut que mener à des échecs, à l’affaiblissement des travailleurs, à l’impasse politique et sociale. Changer les individus qui gouvernent, ce n’est même pas changer le mode de gouvernement, encore moins le mode de fonctionnement de l’économie et de la société, et pas du tout le caractère de l’Etat, c’est-à-dire ses liens avec la classe possédante. Par exemple, au Brésil, un Lula chute suite à son discrédit causé par sa corruption, ses liens avec les possédants et ses attaques antisociales, mais son successeur est encore plus corrompu, antisocial et dictatorial. La chute de Moubarak en Egypte et de Ben Ali en Tunisie, suite aux « printemps arabes » signifie là aussi une impasse du mouvement social, les exploités qui se sont soulevés se sont trompés et ont pris le chef d’Etat comme seul adversaire au lieu de s’en prendre à la classe possédante et à l’Etat à son service. C’est la racine de l’échec de tous les mouvements récents dans le monde arabe, de l’Algérie à la Syrie, en passant par la Tunisie ou la Libye. Faire chuter le dictateur, ce n’est pas supprimer la dictature. Abattre le corrompu, ce n’est pas supprimer la corruption. Et pas plus dans les pays de l’Est, d’Amérique du sud, du monde arabe, d’Asie ou d’Occident. Cela ne s’attaque pas à la base même de la dictature de classe, ni à la classe possédante, ni à son système, ni à ses liens avec l’appareil de l’Etat, avec l’armée, la police, la justice, l’administration, etc.

Ainsi, en France, certains ont cru que Sarkozy avait cassé les retraites et qu’en votant Hollande, ils allaient les sauver ! Certains ont cru aussi qu’en faisant chuter, électoralement, le même Hollande, ils allaient remettre en cause les politiques antisociales. D’autres se sont satisfaits de voir discréditer un Fillon, haineux contre les fonctionnaires, mais son successeur n’est pas moins décidé à s’attaquer aux fonctionnaires, aux services publics, aux aides sociales, à tout ce qui est social même… Ce n’est pas la couleur des équipes politiciennes qui décide de leur politique, mais le choix de classe sociale, le choix de défendre la classe capitaliste.

Tant que l’Etat reste en place, il reste au service de la même classe sociale, c’est-à-dire de la classe capitaliste, quelque soit le discours, plus démagogique, plus agressif ou plus hypocrite, de celui qui gère les affaires de la grande bourgeoisie.

En période de crise du capitalisme, et plus celle-ci est aigüe et peut menacer la domination de classe elle-même, plus les politiques diverses des clans de la bourgeoisie capitaliste convergent et on en vient à ne plus distinguer réformistes et fasciste face à une crise révolutionnaire. On constate actuellement une telle convergence qui amène Hollande à ressembler à Sarkozy et à Macron, gauche, droite, centre se rapprochent de… l’extrême droite… On a vu ainsi un Tsipras, catalogué dans la gauche de la gauche, type Mélenchon, devenir l’organisateur de l’austérité antisociale extrême et de la destruction des luttes ouvrières.

L’alternative à une politique violente de la classe capitaliste n’existe qu’en termes d’une politique de classe de la classe opposée, le prolétariat révolutionnaire. La gauche ou la gauche de la gauche ou même de prétendues extrême gauche, si elles participent à des « solutions » politiques ou sociales, le font contre les perspectives révolutionnaires du prolétariat.

L’alternative à la politique de classe des capitalistes et de l’Etat à leur service passe par l’organisation des travailleurs en classe dominante, par leur destruction de la machine d’Etat capitaliste, par la construction de leur propre pouvoir, fondé sur des comités de travailleurs. Quiconque affirme disposer d’autres « solutions » n’est qu’un trompeur des travailleurs, fût-il par ailleurs très radical en paroles. Ceux qui prétendent que, au sein de la société capitaliste, des élections de parlementaire ou de présidents, ou des organismes syndicaux peuvent remplacer l’élection des délégués des travailleurs dans les comités, leur liaison et fédération, leur prise de décision devenant loi, ne fait que détourner les travailleurs de leur vraie perspective sociale et politique.

Bien sûr, tous les réformistes du monde affirment qu’ils ont des solutions, des programmes, des mesures dont ils affirment qu’elles vont résoudre les problèmes, tout en restant dans le cadre du même Etat, du même système économique et social, sous la coupe de la même classe possédante. Ils affirment que cela permet d’éviter la révolution, l’affrontement violent, le changement radical. Mais toutes les expériences réformistes dans le monde entier, en période de crise, ne mènent, au contraire, qu’à des reculs violents.

Les printemps arabes ont tous été des débuts de révolutions, sociales et politiques, mais tous menés par des oppositions politiques et syndicales réformistes, et tous menés dans le mur avec au bout des violences contre-révolutionnaires !!! Loin d’être un chemin pacifique, le réformisme ne pacifie (en fait ne désarme) que les travailleurs, pas les classes possédantes !!!

En période de crise de la domination capitaliste, et nous y sommes, il n’y a pas moyen de calmer la férocité des classes possédantes sans les désarmer physiquement, sans leur ôter le pouvoir d’Etat. Il ne suffit pas que les responsables politiques soient remplacés, il faut que la classe possédante soit dépossédée du pouvoir économique et politique.

En désarmant politiquement et socialement les travailleurs, les réformistes arment nos pires ennemis, les tueurs de la bourgeoisie, les généraux d’extrême droite, les fascistes, les dictateurs et autres assassins de révolutions. Les révolutions détournées, trompées, jetées dans des impasses, ont fini dans le sang des bandes de la contre-révolution, de la terreur blanche.

Personne ne peut limiter la férocité des classes possédantes, leur rapacité, leur violence. En désarmant les travailleurs, les dirigeants syndicaux et de gauche (toutes catégories) ne font que discréditer la classe prolétarienne et cela ne peut que pousser nos ennemis à sortir les couteaux. on le voit en ce moment partout dans le monde. Chaque recul social, préparé par les méthodes de fausses actions des stratèges des syndicats et de la gauche, ne fait qu’encourager la classe dirigeante à de nouvelles attaques antisociales.

Plus les dirigeants syndicaux s’entêtent à offrir des programmes de « bonnes réformes », à discourir sur les « bonnes négociations » qu’ils souhaiteraient, à proposer des « programmes sociaux » pour la gestion de l’Etat, plus les classes possédantes imposent leurs contre-réformes qui sont des destructions sociales d’ampleur, plus ils répriment les travailleurs et la population qui conteste, plus ils aiguisent leurs couteaux, lancent des guerres extérieures et intérieures ou les préparent. Chaque contre-réforme imposée en lance une autre, chaque recul social en prépare un autre. Il n’y a pas de limite à l’offensive de la contre-révolution capitaliste autre que l’action autonome des prolétaires lançant la révolution sociale.

On ne peut pas, comme le souhaiteraient les réformistes, revenir simplement en arrière en maintenant les anciennes formes sociales démocratiques de la société bourgeoise. Impossible de revenir à la SNCF véritablement nationalisée, et en service public. Elle n’est déjà plus depuis longtemps qu’un lointain souvenir. on ne peut qu’aller de l’avant, vers un service du rail public, socialisé, aux mains des comités de travailleurs. On ne peut pas non plus revenir aux autres services publics, que ce soit dans l’hôpital public, les transports, les communications, l’énergie, l’enseignement, la recherche, etc. Il faut aller de l’avant vers un service public général socialisé, dirigé par les travailleurs.

On ne peut pas revenir à l’ancien code du travail, détruit depuis longtemps. Ou on va vers la prise du pouvoir des comités dans les entreprises ou on ira vers l’ubérisation des salariés, c’est-à-dire le retour à l’esclavage.

L’ubérisation de la société, dont la précarisation du travail fait partie, n’est pas seulement la fin de toute garantie d’emploi, de conditions de travail et de salaires mais aussi le triomphe du capital financier qui ne produit rien, qui ne construit rien, qui ne contribue à aucune avancée sociale ni économique. En effet, Uber ne construit pas de voitures, n’achète pas de voitures, ne loue pas de voitures, n’embauche en fixe aucun chauffeur, et n’est qu’une rente du capital financier qui permet d’amonceler des milliards.

Le capitalisme Uber gagne dans tous les domaines et il ne suffit pas de proposer, comme le font les réformistes, de revenir au passé prétendument social, démocratique et pacifique du capitalisme. Celui-ci ne reviendra pas, même s’il y est prié très fort. Quand les exploiteurs sortent les couteaux, on ne les battra pas en restant derrière les centrales syndicales et les gauches réformistes ou opportunistes.

L’avenir est au prolétariat et à la jeunesse, du moment que ceux-ci ne craignent pas d’être la flamme de la révolution !

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