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Le grand retour de l’inflation mondiale, ses causes et ses conséquences possibles

dimanche 23 septembre 2018, par Robert Paris


LA VOIX DES TRAVAILLEURS

« Travailleurs de tous les pays unissez-vous »

Karl Marx


Le grand retour de l’inflation mondiale, ses causes et ses conséquences possibles

Depuis la fin 2017, l’inflation mondiale, sous forme d’une dévalorisation monétaire de toutes les monnaies qui se manifeste par une hausse généralisée des prix, érode le pouvoir d’achat des travailleurs et des retraités et dévalorise les épargnes, grandit sans cesse et partout dans le monde et elle est très loin d’avoir été prévue par les économistes capitalistes et les gouvernants qui craignaient, au contraire, de subir une déflation ! C’est une rupture marquée avec la situation qui perdurait dans le monde malgré l’effondrement de 2007-2008 et malgré les politiques d’Etat et des banques centrales d’intervention financière massive dans l’économie pour « sauver » les banques, les trusts et les assurances. Certes, les autorités nationales du monde font mine d’être contents ou du moins peu inquiets de cette inflation mondiale. La baisse des prix les inquiétait beaucoup plus… Les rythmes d’au moins 2 à 3% minimum sont constatés partout dans le monde. Et certains prix augmentent même bien plus… Dans le secteur manufacturier, les coûts des matières premières - dont beaucoup sont importées - ont augmenté de 10,9% par rapport à juillet 2017, la plus forte hausse depuis plus d’un an, avec la hausse de plus de 50% des prix du pétrole. L’explication qui en est souvent donnée serait que c’est le pétrole qui est la cause de l’inflation, mais c’est une explication qui se mord la queue : l’inflation interprétée par… l’inflation.

En réalité, les autorités financières mondiales sont beaucoup plus inquiètes du risque d’une inflation qui grimperait de manière incontrôlable…

Les rachats massifs de dettes des capitalistes privés par les banques centrales, qui se sont produits depuis 2008 et sans discontinuer depuis, ont permis jusqu’à présent que des masses de capitaux publics soient distribués aux capitalistes sans que cela se traduise par une inflation en hausse. Normalement, l’inflation est le produit de la quantité de monnaie en circulation relativement à la quantité de la production. L’augmentation de la monnaie comme la diminution de la production devraient entraîner une hausse de l’inflation. Le fait qu’elle n’ait pas eu lieu de 2008 à 2017 est le produit des politiques des banques centrales et des Etats. La politique de Trump est l’un des éléments qui favorise la reprise de l’inflation, qu’il s’agisse de l’accroissement de la guerre commerciale internationale, des tensions que préconise cette politique contre les « ennemis économiques et politiques des USA ». Mais ce n’est pas le seul. C’est l’économie chinoise, dans « l’atelier du monde » qui représente maintenant la boussole de la production mondiale et de ses prix. La stabilisation sociale en Chine a nécessité une hausse des salaires et, du coup, des prix de production.

Une des causes des inquiétudes des gouvernants face à une inflation qui croitrait au-delà des 2 à 3% par an, et même de manière exponentielle peut-être, c’est le renouveau de la lutte des classes face à la chute des revenus salariaux. Si le chômage permanent de masse a limité considérablement les luttes sociales, l’inflation devrait les augmenter nettement.

Du coup, une inflation devenue galopante peut casser le rapport de forces entre le prolétariat et la bourgeoisie et déstabiliser la situation sociale de bien des pays…

Pourquoi l’inflation pourrait-elle croître de manière accrue et même devenir incontrôlable ? Parce que c’est un effet de boule de neige, de même que la déflation entraîne la déflation…

La bourgeoisie mène une politique d’Etat et des banques centrales pour contrôler l’économie mais, en réalité, elle ne peut prévoir ni contrôler réellement les évolutions économiques, elle ne fait que les accompagner de ses mesures, pour défendre les intérêts des capitalistes. La dernière hausse de l’inflation est une preuve que les classes possédantes ne contrôlent pas l’économie ni ne sont capables de prévoir où elle va…

Certes, c’est loin d’être la première fois que le capitalisme subit une hausse importante de l’inflation ! Une inflation considérable a même été un fléau important du capitalisme mondial dans les années 1970 pour baisser ensuite dans les années 1985-1991 à une moyenne de 5% puis de 2% dans les années 1995-2007.

Après l’effondrement mondial, la politique des banques centrales de rachat des dettes a entraîné un blocage mondial de l’inflation qui a limité les bénéfices productifs des entreprises et favorisé la spéculation qui l’était déjà sans ce coup de pouce supplémentaire. Cela a été au point que l’économie mondiale a craint une « dérive japonaise », c’est-à-dire une chute productive se développant en même temps qu’une baisse massive des prix, cassant la croissance de la production.

Les capitalistes se demandent donc si les prix vont croître « seulement » de 2 à 3% ou si c’est le début d’une augmentation que l’on ne pourra plus contrôler et qui aura un effet dévastateur au plan économique et social, et même politique… Bien des gouvernements dans le monde ne peuvent résister à des révoltes sociales liées à la baisse réelle des revenus, comparativement à la hausse des prix et ils s’en inquiètent déjà un peu partout, des pays pauvres aux pays riches, du Maghreb à l’Europe…

Une inflation massive mondiale aurait un autre effet : limiter considérablement les capacités d’intervention financière dans l’économie des Etats et des banques centrales. Or, c’est sur la base de ces interventions que l’on est parvenus, depuis 2008 et jusque là, de contraindre le monde capitaliste à ne pas chuter économiquement de manière inexorable et à se maintenir en vie artificielle.

L’inflation, en cassant la valeur réelle des monnaies, diminue donc la force des interventions économiques d’Etat et pas seulement les revenus des prolétaires !! D’un autre côté, les interventions financières d’Etat, si elles continuent au même rythme en période d’inflation, ont un effet de boule de neige, par rétroaction positive, sur l’inflation… D’où les risques d’apparition d’une hausse des prix exponentielle.

Or, l’économie mondiale n’est pas repartie à la hausse depuis 2008 ; elle a seulement été maintenue au bord du gouffre par les interventions centrales. Donc la remise en cause de ces interventions publiques signifierait la chute irrémédiable du capitalisme, le processus de chute de 2008 reprenant son cours…

La mainmise complète de la finance sur l’ensemble de l’économie, comme jamais dans l’histoire du capitalisme, n’a eu pour seule conséquence la chute des investissements productifs privés mais aussi la perte de poids social du prolétariat dans les luttes de classes, donnant ainsi l’impression d’une chute des capacités d’intervention des travailleurs. Une inflation qui ne serait pas sous contrôle pourrait entièrement renverser la vapeur. Or, cela se produit dans une phase mondiale où le grand capital n’a jamais eu une domination aussi fragile.

Si une inflation massive se développe de manière inexorable, cela signifiera que les capacités des institutions capitalistes à intervenir à coups d’aides financières pour empêcher la chute a atteint ses limites : le capitalisme ne peut pas se dynamiser artificiellement sans fin en se tirant par les cheveux !

Les travailleurs imaginent souvent l’inverse : ils croient que plus ils sont frappés par la situation économique et sociale et par les politiques gouvernementales, plus cela signifierait que le grand capital est puissant et que sa domination est stable et durable. Et le discours réformiste, politique et syndical, contribue largement à ce sentiment erroné. Eh bien, la situation à venir devrait complètement les faire changer d’avis si le monde capitaliste doit vivre une phase d’inflation galopante…

Bien entendu, les réformistes vont essayer de faire en sorte que les réactions des travailleurs restent catégorielles, sectorielles, divisées, mais ils auront plus de mal à le faire car l’inflation est générale et le risque de généralisation de luttes salariales sera plus grand que pour les luttes contre telle ou telle réforme gouvernementale ou celles pour la défense de l’emploi.

Profitons-en, nous travailleurs, pour pousser à la généralisation des luttes, pour casser les corporatismes, et pour nous débarrasser de nos faux bergers, les dirigeants bureaucratiques des syndicats ! Unissons-nous par-delà les frontières des entreprises et des professions, battons-nous pour des augmentations de salaires, non en pourcentage, mais égales pour tous, et unissons ainsi tous les travailleurs, précaires et non précaires, CDI et CDD, des trusts et des sous-traitants, salariés et retraités, jeunes et vieux, etc.

Profitons-en pour remettre en question tous les blocages de salaires, du secteur privé comme public, le blocage des retraites et aides sociales, la hausse de la CSG pour les salaires et pensions, y compris les plus faibles, et toutes les mesures qui rognent le salaire réel et le revenu réel des travailleurs et des milieux populaires !

Exigeons, pour tous les travailleurs de toutes catégories, la hausse commune des salaires, des pensions et des aides sociales et organisons nous nous-mêmes pour l’imposer !

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