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Le rayon de la Terre est-il fixe ou susceptible de changements brutaux ?

mercredi 19 septembre 2018, par Robert Paris

La Terre a-t-elle toujours eu en gros le même rayon ou a-t-elle connu des phases de forte expansion de volume du fait de l’instabilité nucléaire du noyau ?

Avertissement : cet article ne défend pas la thèse de l’expansion terrestre, ni une ancienne version ni une nouvelle, mais propose d’y réfléchir à nouveau. Il prétend seulement que cela n’est pas à ridiculiser et à rayer simplement comme exemple de fausse science ou d’imposture, mais à examiner scientifiquement et ce n’est déjà pas si simple dans l’ambiance de magie et de chasse aux sorcières créée autour…

Michel de Pracontal expose, sur le mode ironique et de dénigrement systématique, comme une absurdité évidente, dans « L’imposture scientifique en dix leçons », les thèses successives selon lesquelles la Terre aurait connu dans son histoire ancienne des phases de gonflement et de rétrécissement du globe liées à l’activité nucléaire du noyau terrestre. Il affirme, un peu vite à notre gré, que ces thèses sont antiscientifiques et sans intérêt.

Citons-le :

« La Terre enfle et nous ne savons pas pourquoi ! Stupéfiantes révélations du paléontologue Hugh Owen, du British Museum , dans le « New Scientist » du 22 novembre 1984. (voir aussi Nicolas Witkowski, « Polémiques autour de l’expansion terrestre », dans la revue La Recherche, n° 171, novembre 1985) et le site internet : www.wincom.net/earthexp/ti/).

Schémas à l’appui, Owen démontre que notre planète a pris de sacrés rondeurs depuis 200 millions d’années. Au Mézozoïque, les dinosaures ont dû arpenter un globe deux fois plus petit qu’aujourd’hui !

La preuve ? Owen a fait tourner en arrière le film de la dérive des continents. Jadis, la côte orientale de l’Amérique du Sud s’emboîtait dans la bordure de l’Afrique, le Groenland s’encastrait entre l’Europe et le bouclier canadien, l’Inde, l’Australie et l’Antarctique se touchaient sans vergogne. Les terres émergées formaient un continent unique, la Pangée, entouré de la « mer de Thétys ». Sans se mouiller les pattes, le mosasaure, un gros lézard aux dents acérées qui vivait 250 millions d’années avant notre ère, pouvait passer de la pointe nord-est du Brésil à la Guinée.

Owen a voulu remettre le puzzle en place. Eh bien, ça ne colle pas. Impossible de reconstituer correctement la Pangée sur une Terre de la taille actuelle. Les continents restent séparés à certains endroits par des golfes triangulaires qui ne correspondent pas à des fonds océaniques.

Notre planète serait-elle un gruyère plein de trous ? Dur à avaler. Pour le paléontologue britannique, il y a une meilleure explication : l’expansion terrestre…

L’anomalie disparaît si l’on reconstitue la Pangée sur une Terre d’un diamètre inférieur de 20% au diamètre actuel (environ 12.700 kilomètres), soit une réduction de volume de près de 50%. Les golfes constituent donc une preuve indirecte de l’expansion de la Terre…

Un tel aveuglement paraît ahurissant. Pour Owen, cela s’explique très simplement : l’expansion terrestre est une idée trop dérangeante pour les gardiens du savoir établi…

Il se fabrique 3,5 kilomètres carrés de fonds océaniques par an. S’il n’en disparaissait pas une quantité équivalente, la Terre doublerait de volume en 100 millions d’années, encore plus vite que ne le prédit Owen ! (…) Tous les 200 millions d’années, le fond des océans est intégralement renouvelé.

Les continents, eux, ne se renouvellent pas… Les plaques se déplacent en permanence, et les tremblements de terre résultent de leurs frictions et de leurs grippages. Lorsque deux continents entrent en collision, les plaques comprimées se plissent, formant des chaînes de montagnes… La plaque continentale se casse nettement à certains endroits, mais possède des zones de résistance où la déformation est importante.

Les golfes chers à Hugh Owen s’expliquent par cette déformation irrégulière. Inutile d’imaginer que la Terre gonfle comme un ballon…

Pour tout dire, l’expansion terrestre est un vieux serpent de mer. Le géophysicien Otto Hilgenberg l’agitait dès 1933, imaginant une Terre précambrienne cinq fois plus petite qu’aujourd’hui.

Au milieu des années cinquante, l’Australien Warren Carey – grande référence d’Owen – se fit le champion de la planète gonflable. Il organisa des symposiums sur le sujet, dont le dernier se tint à Sydney en 1981…

Owen suggère, lui, un scénario farfelu. Le cœur de la planète serait instable et repousserait la croûte terrestre comme le couvercle d’une cocotte-minute non verrouillée…

Amusant mais dangereux pour ses habitants. Et inepte du point de vue physique. Le manteau de magma situé sous l’écorce terrestre enveloppe un noyau dont le cœur est une sorte de bille de fer et de nickel, d’environ 250 kilomètres de diamètre et d’une température de 4.300 degrés. Cette bille, très fortement comprimée par les couches supérieures, se trouve à l’état solide. Le moteur de la compression est la gravitation…

Pour contrebalancer la force de gravitation, le noyau terrestre devrait se transformer en bombe H géante, comme le Soleil – ce qui règlerait la discussion. Heureusement pour nous, la masse d’une planète comme la Terre est beaucoup trop faible pour autoriser un tel scénario. »

En somme, Pracontal juge cette hypothèse de l’expansion terrestre parfaitement inutile et ridicule. C’est parfaitement son droit mais nous aimerions rappeler que les sciences ont été l’objet de tellement de révolutions que les idées ridicules sont devenues les bonnes et inversement, dans tous les domaines, et plusieurs fois dans tous les sens. Pour quelqu’un qui se pique de remettre de l’ordre dans les sciences, il devrait s’en aviser. L’apparence du ridicule ne tue pas en sciences !!!

Ensuite, Pracontal croit détruire de nombreux arguments des expansionnistes terrestres mais ses arguments sont peu convaincants voire faux.

Le noyau terrestre n’est certes pas celui d’une étoile. Cela ne signifie pas que c’est une simple boule de fer et de nickel, juste fortement comprimée. On aurait souhaité qu’il fasse allusion à l’énorme énergie émise par les matériaux radioactifs et qui est, pour l’essentiel confinée dans le noyau et qui essaie, difficilement, de s’en extraire en cherchant son chemin vers la surface : témoin le volcanisme.

Qu’y aurait-il de ridicule d’imaginer que, de temps en temps, l’énergie nucléaire du centre de la Terre soit tellement importante qu’elle pousse les couches de l’écorce et en augmente le rayon ?

Notre connaissance de ce qui se passe dans le noyau terrestre est moins grande que notre connaissance des étoiles et galaxies, c’est dire que l’assurance de Pracontal affirmant qu’il n’y aurait rien de tel dans le noyau est plutôt risible. Ainsi, il affirme une composition précise, un fonctionnement reconnu et une température donnée du noyau de la Terre, toutes choses sur lesquelles les scientifiques sont loin d’être certains ni d’accord entre eux !!!

En lisant Pracontal, on pourrait croire que la seule source de l’énergie du noyau serait la gravitation des couches externes, ce qui est parfaitement faux : c’est la décomposition des atomes lourds instables et radioactifs qui produit la chaleur du centre de la Terre.

On pourrait penser que, même avec sa radioactivité interne provenant du fait que les atomes lourds de la terre en fusion originelle étant tombés au fond, la Terre devrait avoir une formation d’énergie régulière au centre, migrant régulièrement aussi vers la surface, le tout étant en équilibre.

Sauf qu’il faut tenir compte des durées moyennes de stabilité des atomes lourds instables, durées qui sont variables selon les atomes ! D’autre part, il peut parfaitement y avoir des phases d’accumulation d’énergie, suivies de phases où l’énergie centrale atteint un seuil où le trop plein pousse suffisamment fort pour soulever le fameux couvercle de la cocotte-minute dont parle Pracontal, à savoir l’écorce terrestre !

Contrairement à ce qu’il affirme, les défauts dans la reconstitution des puzzles des continents, l’absence des golfes notamment, ne sont pas les seuls arguments en faveur de l’expansion terrestre.

Pracontal oppose les thèses expansionnistes terrestres aux thèses de Wegener-Courtillot-Vink de la tectonique des plaques, comme si expansion et tectonique s’opposaient inéluctablement et diamétralement !!! Et comme si la tectonique des plaques répondait à toutes les questions posées par les partisans de la thèse de l’expansion terrestre !

Pracontal ironise particulièrement sur l’idée que la reconstitution de la Pangée, la marche arrière de la tectonique, puisse, en trois dimensions, montrer les parties manquantes et que cela manifeste du fait que la Terre pouvait avoir un rayon plus petit ! Il se moque d’Owen en le présentant comme un critique qui prétend ridiculiser ses prédécesseurs : ne savaient-ils pas que la Terre était ronde ? Encore des procès-Galilée affirme-t-il !

Mais la question n’est pas de chercher qui est ridicule d’Owen ou de ses détracteurs, de Courtillot ou de ses détracteurs ? Car personne n’est ridicule en sciences ! Ni ceux qui essaient des hypothèses apparemment fausses ou étonnantes, ni ceux qui défendent les anciennes hypothèses reconnues jusque là. On n’a pas forcément raison en amenant une idée révolutionnaire, mais on n’a pas forcément tort non plus ! Et on ne doit pas s’arrêter au simple fait qu’une idée scientifique neuve, ou reprenant de vieilles idées rejetées à l’époque, dérange…

On est bien revenus sur l’idée initiale de Newton, longtemps rejetée, de la lumière en grains. On est bien revenus à l’idée de la discontinuité de l’énergie, dont l’énergie lumineuse. Et ce n’est qu’un exemple.

Examiner les thèses nouvelles des scientifiques nécessite moins d’ironie que d’ouverture, moins de critique acerbe que de capacité de s’intéresser et de nous intéresser que n’en manifeste Pracontal, pourtant journaliste scientifique, à propos de cette question de l’expansionnisme terrestre. Il faut dire qu’il est à la recherche, dans cet ouvrage, de tous les sujets qu’il considère comme des « impostures scientifiques ».

Mais l’expansion terrestre est-elle une « imposture scientifique » ? Même si cela devait s’avérer une idée fausse, cela ne devrait pas s’assimiler du tout à une imposture !!! On n’a cherché à tromper personne. C’est seulement une polémique utile et nécessaire pour aller de l’avant, c’est tout !

Pracontal est loin d’être le seul à parler immédiatement d’imposture à propos de l’expansion terrestre. C’est même l’essentiel des textes que l’on peut lire sur internet, par exemple celui de wikipedia…

L’ancienne thèse de l’expansion terrestre présentée ou dénigrée par wikipedia

Une discussion dans wikipedia

Quand wikipedia supprime le texte exposant le travail d’un partisan de l’expansion

Rappelons également que l’on ne peut pas se permettre de ridiculiser des thèses scientifiques sérieuses en présentant en même temps des faux philosophes, des faux scientifiques, des magiciens, des comiques, des dessinateurs de BD, des mystificateurs de toutes sortes qui se servent de l’idée de manière loufoque. Sinon, il faudrait aussi rejeter des idées aussi sérieuse que la relativité et la physique quantique sous prétexte que des hurluberlus ont exploité eux aussi la thèse !!!!

Examinons plus sérieusement les arguments des expansionnistes et des anti-expansionnistes terrestres.

Les partisans ne sont pas tous des hurluberlus !!!

Tout d’abord, ne considérons pas que l’expansion soit nécessairement opposée à la tectonique des plaques. Cette dernière peut expliquer des aspects important sans tout expliquer. C’est à examiner dès que l’on veut se préoccuper sérieusement d’une hypothèse.

La Terre a une physique qui est dynamique et non statique, le rayon de la Terre faisant autant partie de cette dynamique que l’écorce, le manteau ou le noyau…

Des longues phases d’équilibre peuvent être ponctuées de courtes phases de changement brutal, comme dans la plupart des phénomènes dynamiques fondés sur le non-équilibre. Or la dynamique terrestre est fondée sur des phénomènes critiques non-linéaires dissipatifs (consommant de l’énergie) et les états d’équilibre peuvent sauter de l’un à l’autre par des changements brutaux comme dans tous les phénomènes critiques non-linéaires dissipatifs, ainsi que l’a montré notamment Prigogine.

Que se passe-t-il dans le noyau terrestre et qui permettrait des phases d’expansion terrestre

Ce qu’on pensait du noyau terrestre en 1887

La tectonique des plaques et l’expansion de la terre : la thèse de Mantovani

Une thèse qui n’est donc pas confirmée mais qui fait réfléchir du fait des matériaux radioactifs du noyau terrestre

La forte recrudescence planétaire des séismes ainsi que des volcans laisse-t-elle penser à un accroissement d’activité nucléaire du noyau terrestre ?

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