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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 02 : Matière à philosopher ? > Qu’est-ce que des lois objectives ?

Qu’est-ce que des lois objectives ?

mercredi 26 septembre 2018, par Robert Paris

Karl Marx dans « Misère de la philosophie » :

« Les économistes ont une singulière manière de procéder. Il n’y a pour eux que deux sortes d’institutions, celles de l’art et celles de la nature. Les institutions de la féodalité sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles. Ils ressemblent en ceci aux théologiens, qui, eux aussi, établissent deux sortes de religions. Toute religion qui n’est pas la leur est une invention des hommes, tandis que leur propre religion est une émanation de Dieu. En disant que les rapports actuels - les rapports de la production bourgeoise - sont naturels, les économistes font entendre que ce sont là des rapports dans lesquels se crée la richesse et se développent les forces productives conformément aux lois de la nature. Donc ces rapports sont eux-mêmes des lois naturelles indépendantes de l’influence du temps. Ce sont des lois éternelles qui doivent toujours régir la société. Ainsi il y a eu de l’histoire, mais il n’y en a plus. Il y a eu de l’histoire, puisqu’il y a eu des institutions de féodalité, et que dans ces institutions de féodalité on trouve des rapports de production tout à fait différents de ceux de la société bourgeoise, que les économistes veulent faire passer pour naturels et partant éternels… Le mode de production, les rapports dans lesquels les forces productives se développent, ne sont rien moins que des lois éternelles, mais ils correspondent à un développement déterminé des hommes et de leurs forces productives, et qu’un changement survenu dans les forces productives des hommes amène nécessairement un changement dans leurs rapports de production. »

Engels dans « Anti-Dühring » :

« Les “ lois naturelles de toute économie” annoncées avec tant de pompe se sont avérées platitudes de la pire espèce, connues de tout le monde et même pas toujours exactement comprises. »

Friedrich Engels dans « Dialectique de la nature » (chapitre « dialectique ») :

« Les ’’lois éternelles de la nature’’ se transforment de plus en plus en lois historiques. »

Karl Marx dans les « Manuscrits de 1844 » :

« Les sciences de la nature comprendront plus tard aussi bien la science de l’homme, que la science de l’homme englobera les sciences de la nature : il y aura une seule science. »

Robert B. Laughlin dans « Un univers différent » :

« Le comportement humain ressemble à la nature parce qu’il en fait partie, et qu’il est régi par les mêmes lois que tout le reste. Autrement dit, nous ressemblons à l’élémentarité parce que nous en sommes faits – pas parce que nous l’avons humanisé ou contrôlé par notre esprit. Les parallèles entre l’organisation d’une vie et celle des électrons ne sont ni un accident ni une illusion, mais de la physique. (…) « Représente-toi sans cesse le monde comme un être unique » écrit Marc Aurèle. »

Lois de la nature, lois de la société, mais qu’est-ce qu’une loi objective ?

Avertissement - Le terme de « loi » semble provenir uniquement du domaine étatique, politique, légal, législatif et administratif et pourtant, ici, nous n’allons considérer que les lois qui s’imposent aux hommes et pas celles qu’ils écrivent eux-mêmes, les lois objectives de la nature, de l’histoire et de la société…

Héraclite :

« Ce monde, aucun dieu ni aucun homme ne l’a créé, mais il fut toujours et il est et il sera un feu éternellement vivant, qui s’allume et qui s’éteint selon des lois. »

Simon de Laplace dans « Essai philosophique sur les probabilités » :

« Nous devons… envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »

Friedrich Hegel :

« La loi est le durable (ce qui demeure) dans le phénomène… La loi est l’identique dans le phénomène… Mais ce n’est que la partie calme du phénomène. »

Hegel dans « Doctrine de l’Essence » :

« Plusieurs choses sont en interaction par leurs propriétés. (...) Le phénomène est dans l’unité de l’apparence et de l’existence. Cette unité est la loi du phénomène. La loi est donc le positif dans la médiation de ce qui apparaît. C’est le reflet du phénomène dans son identité avec lui-même. Cette identité, le fondement du phénomène qui constitue la loi, est un moment propre du phénomène... La loi est donc non au-delà du phénomène, mais présente en lui immédiatement. Le royaume des lois est le reflet tranquille du monde existant ou phénoménal. « La loi ne va pas au-delà du phénomène. Au contraire, le royaume des lois est l’image "calme" du monde existant ou émergeant. » « Le fonds de la chose n’est pas épuisé dans la fin, mais dans tout son accomplissement. Le "résultat" atteint n’est pas le tout concret ; il ne l’est qu’avec le processus dont il est le terme. La fin prise indépendamment du reste est l’universel mort, tout comme la tendance n’est qu’un simple effort, encore privé de réalisation ; et le résultat nu est le cadavre que la tendance a laissé derrière elle. (...) Saisir la chose, c’est l’exposer dans son développement. (...) Le phénomène est un processus d’avènement et de disparition, qui lui-même n’advient ni ne disparaît, mais est en soi et constitue l’actualité et le mouvement de la vérité vivante. »

Hegel dans « Science de la Logique » :

« La loi n’est pas au-delà du phénomène, mais présente en lui directement ; le domaine des lois est le reflet tranquille du monde existant ou phénoménal. Mieux, les deux sont une totalité, et le monde existant est lui-même le domaine des lois qui, en tant qu’être posé ou dans l’indépendance qui se résout elle-même de l’existence. L’existence retourne dans la loi, en tant que son fondement ; le phénomène contient les deux, la raison simple et le processus dissolvant de l’univers phénoménal, dont le fondement est l’essentialité… Le domaine des lois est, il est vrai, la vérité de l’entendement, vérité dont le contenu est la distinction qui se trouve dans la loi ; mais le domaine des lois n’est en même temps que sa première vérité, et elle n’épuise pas le phénomène. »

Hegel dans « Propédeutique philosophique » :

« La loi du phénomène est son reflet tranquille, général. Elle est un rapport médiateur des déterminations générales permanentes dont les distinctions sont extérieures à la loi. La généralité et la permanence de ce rapport médiateur conduisent à la nécessité de la loi ; mais sans que la distinction soit déterminée en elle-même ou en interne, de façon qu’une détermination soit immédiatement dans le concept de l’autre. »

Préface à la première édition allemande du Capital, Karl Marx :

« Même lorsqu’une société est sur le point de parvenir à la connaissance de la loi naturelle qui préside à son évolution, elle ne peut cependant ni sauter, ni rayer par décret les phases naturelles de son développement. Mais elle peut abréger et atténuer les douleurs de l’enfantement. »

Karl Marx dans « Préface de la critique de l’économie politique » :

« Dans la production de leur existence, les hommes se soumettent à des conditions déterminées, nécessaires, indépendantes de leur volonté. Ces conditions de production correspondent à un stade déterminé du développement de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces conditions de production constitue la structure économique de la société, la base réelle, sur quoi s’élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne la vie sociale, politique et intellectuelle en général. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, mais, au contraire, c’est leur existence sociale qui détermine leur conscience. Ayant atteint un certain niveau de développement, les forces productives de la société entrent en contradiction avec les conditions de production existantes, ou, ce qui en est l’expression juridique, avec le régime de propriété au sein duquel elles ont évolué jusqu’alors. De facteurs de développement des forces productives, ces conditions deviennent des entraves de ces forces. Alors s’ouvre une ère de révolution sociale. Parallèlement à la transformation de la base économique s’effectue le bouleversement plus ou moins lent ou rapide de toute l’énorme superstructure. Lorsqu’on considère de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre la transformation matérielle des conditions de production économiques – transformation qu’on doit constater à l’aide des méthodes exactes qu’emploient les sciences naturelles – et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques dans lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout. De même qu’on ne juge pas un individu sur l’idée qu’il se fait de lui-même, de même on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur la conscience qu’elle a d’elle-même. Il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de production. Un type de société ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives que cette société est capable de contenir, et jamais un système de production nouveau et supérieur ne s’y substitue avant que les conditions d’existence matérielles de ce système aient été couvées dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que les problèmes qu’elle peut résoudre, car en y regardant de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de naître. »

« Le Messager européen, revue russe, publiée à Saint-Pétersbourg, dans un article entièrement consacré à la méthode du Capital de Karl Marx :

« Une seule chose préoccupe Marx : trouver la loi des phénomènes qu’il étudie ; non seulement la loi qui les régit sous leur forme arrêtée et dans leur liaison observable pendant une période de temps donnée. Non, ce qui lui importe, par-dessus tout, c’est la loi de leur changement, de leur développement, c’est-à-dire la loi de leur passage d’une forme à l’autre, d’un ordre de liaison dans un autre. Une fois qu’il a découvert cette loi, il examine en détail les effets par lesquels elle se manifeste dans la vie sociale... Ainsi donc, Marx ne s’inquiète que d’une chose ; démontrer par une recherche rigoureusement scientifique, la nécessité d’ordres déterminés de rapports sociaux, et, autant que possible, vérifier les faits qui lui ont servi de point de départ et de point d’appui. Pour cela il suffit qu’il démontre, en même temps que la nécessité de l’organisation actuelle, la nécessité d’une autre organisation dans laquelle la première doit inévitablement passer, que l’humanité y croie ou non, qu’elle en ait ou non conscience. Il envisage le mouvement social comme un enchaînement naturel de phénomènes historiques, enchaînement soumis à des lois qui, non seulement sont indépendantes de la volonté, de la conscience et des desseins de l’homme, mais qui, au contraire, déterminent sa volonté, sa conscience et ses desseins... Si l’élément conscient joue un rôle aussi secondaire dans l’histoire de la civilisation, il va de soi que la critique, dont l’objet est la civilisation même, ne peut avoir pour base aucune forme de la conscience ni aucun fait de la conscience. Ce n’est pas l’idée, mais seulement le phénomène extérieur qui peut lui servir de point de départ. La critique se borne à comparer, à confronter un fait, non avec l’idée, mais avec un autre fait ; seulement elle exige que les deux faits aient été observés aussi exactement que possible, et que dans la réalité ils constituent vis-à-vis l’un de l’autre deux phases de développement différentes ; par-dessus tout elle exige que la série des phénomènes, l’ordre dans lequel ils apparaissent comme phases d’évolution successives, soient étudiés avec non moins de rigueur. Mais, dira-t-on, les lois générales de la vie économique sont unes, toujours les mêmes, qu’elles s’appliquent au présent ou au passé. C’est précisément ce que Marx conteste ; pour lui ces lois abstraites n’existent pas... Dès que la vie s’est retirée d’une période de développement donnée, dès qu’elle passe d’une phase dans une autre, elle commence aussi à être régie par d’autres lois. En un mot, la vie économique présente dans son développement historique les mêmes phénomènes que l’on rencontre en d’autres branches de la biologie... Les vieux économistes se trompaient sur la nature des lois économiques, lorsqu’ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie des phénomènes a montré que les organismes sociaux se distinguent autant les uns des autres que les organismes animaux et végétaux. Bien plus, un seul et même phénomène obéit à des lois absolument différentes, lorsque la structure totale de ces organismes diffère, lorsque leurs organes particuliers viennent à varier, lorsque les conditions dans lesquelles ils fonctionnent viennent à changer, etc. Marx nie, par exemple, que la loi de la population soit la même en tout temps et en tout lieu. Il affirme, au contraire, que chaque époque économique a sa loi de population propre... Avec différents développements de la force productive, les rapports sociaux changent de même que leurs lois régulatrices... En se plaçant à ce point de vue pour examiner l’ordre économique capitaliste, Marx ne fait que formuler d’une façon rigoureusement scientifique la tâche imposée à toute étude exacte de la vie économique. La valeur scientifique particulière d’une telle étude, c’est de mettre en lumière les lois qui régissent la naissance, la vie, la croissance et la mort d’un organisme social donné, et son remplacement par un autre supérieur ; c’est cette valeur-là que possède l’ouvrage de Marx. »

Karl Marx dans "L’Idéologie allemande" :

« Voici donc les faits : des individus déterminés qui ont une activité productive selon un mode déterminé entrent dans des rapports sociaux et politiques déterminés. Il faut que dans chaque cas isolé, l’observation empirique montre dans les faits, et sans aucune spéculation ni mystification, le lien entre la structure sociale et politique et la production. La structure sociale et l’État résultent constamment du processus vital d’individus déterminés ; mais de ces individus non point tels qu’ils peuvent s’apparaître dans leur propre représentation ou apparaître dans celle d’autrui, mais tels qu’ils sont en réalité, c’est-à-dire, tels qu’ils œuvrent et produisent matériellement ; donc tels qu’ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites matérielles déterminées et indépendantes de leur volonté. »

Karl Marx dans « Le Capital » :

« La loi est la liaison interne et nécessaire entre deux apparences. »

Karl Marx, dans « Introduction à la critique de l’économie politique » :

« La méthode de Suart Mill consiste à représenter la production, à la différence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, éternelles, indépendantes de l’histoire, et à cette occasion de glisser en sous-main cette idée que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la société conçue in abstracto [dans l’abstrait].

Engels dans « Anti-Dühring » :

« L’économie politique, au sens le plus étendu, est la science des lois qui régissent la production et l’échange des moyens matériels de subsistance dans la société humaine. Production et échange sont deux fonctions différentes. La production peut avoir lieu sans échange ; l’échange, - du fait même qu’il n’est par définition que l’échange de produits, - ne peut avoir lieu sans production. Chacune de ces deux fonctions sociales est sous l’influence d’actions extérieures qui lui sont, en majeure partie, spéciales, et elle a donc aussi en majeure partie ses lois propres et spéciales. Mais, d’autre part, elles se conditionnent l’une l’autre à chaque instant et agissent à tel point l’une sur l’autre qu’on pourrait les désigner comme l’abscisse et l’ordonnée de la courbe économique. Les conditions dans lesquelles les hommes produisent et échangent varient de pays à pays et dans chaque pays de génération à génération. L’économie politique ne peut donc pas être la même pour tous les pays et pour toutes les époques historiques. Depuis l’arc et la flèche du sauvage, depuis son couteau de silex et ses relations d’échange intervenant à titre purement exceptionnel jusqu’à la machine à vapeur de mille chevaux, au métier à tisser mécanique, aux chemins de fer et à la Banque d’Angleterre, il y a une énorme distance. Les Fuégiens n’en sont pas arrivés à la production en masse et au commerce mondial, pas plus qu’à la cavalerie des effets de commerce ou à un krach en Bourse. Quiconque voudrait ramener aux mêmes lois l’économie politique de la Terre de Feu et celle de l’Angleterre actuelle ne mettrait évidemment au jour que le plus banal des lieux communs. L’économie politique est donc essentiellement une science historique. Elle traite une matière historique, c’est-à-dire constamment changeante ; elle étudie d’abord les lois particulières à chaque degré d’évolution de la production et de l’échange, et ce n’est qu’à la fin de cette étude qu’elle pourra établir les quelques lois tout à fait générales qui sont valables en tout cas pour la production et l’échange. Il va d’ailleurs de soi que les lois valables pour des modes de production et des formes d’échange déterminés gardent leur validité pour toutes les périodes de l’histoire qui ont en commun ces modes de production et ces formes d’échange. Ainsi, par exemple, l’introduction de la monnaie métallique fait entrer en vigueur une série de lois qui restent valables pour tous les pays et tous les stades de l’histoire dans lesquels la monnaie métallique sert de moyen d’échange. Le mode de production et d’échange d’une société historique déterminée et les conditions historiques de cette société impliquent simultanément le mode de répartition des produits. Dans la communauté de tribu ou de village où règne la propriété collective du sol, qui subsiste, ou dont les vestiges très reconnaissables subsistent, chez tous les peuples civilisés lors de leur entrée dans l’histoire, une répartition sensiblement égale des produits est tout à fait naturelle, là où intervient une inégalité plus grande de la répartition entre les membres, elle marque aussi le début de la dissolution de la communauté. La grande culture et aussi la petite admettent des formes de répartition très différentes selon les conditions historiques à partir desquelles elles ont évolué. Mais il est évident que la grande culture conditionne toujours une tout autre répartition que la petite ; que la grande suppose ou produit une opposition de classes, - propriétaires d’esclaves et esclaves, seigneurs terriens et paysans corvéables, capitalistes et salariés, - tandis que la petite n’a nullement pour conséquence une différence de classe entre les individus occupés à la production agricole et qu’au contraire, la simple existence d’une telle différence marque le commencement du déclin de l’économie parcellaire. - L’introduction et la diffusion de la monnaie métallique dans un pays où jusqu’alors l’économie naturelle régnait exclusivement ou d’une façon prépondérante, sont toujours liées à un bouleversement plus ou moins rapide de la répartition antérieure, et cela de telle sorte que l’inégalité de la répartition entre les individus, donc l’opposition entre riche et pauvre, se renforce de plus en plus. L’artisanat corporatif et local du moyen âge rendait les grands capitalistes et les salariés à vie tout aussi impossibles qu’ils sont nécessairement engendrés par la grande industrie moderne, le développement actuel du crédit et la forme d’échange correspondant à l’évolution de l’une et de l’autre, la libre concurrence. Mais avec les différences dans la répartition apparaissent aussi les différences de classes. La société se divise en classes privilégiées et en classes désavantagées, exploiteuses et exploitées, dominantes et dominées, et l’État auquel les groupes naturels de communautés d’une même tribu avaient abouti dans leur évolution, simplement, au début, afin de veiller à leurs intérêts communs (par exemple l’irrigation en Orient) et pour assurer leur défense contre l’extérieur, a désormais tout autant pour fin de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe dominée. La répartition n’est cependant pas un pur résultat passif de la production et de l’échange ; elle réagit tout autant sur l’une et sur l’autre. Tout mode de production nouveau ou toute forme d’échange nouvelle sont entravés au début non seulement par les formes anciennes et les institutions politiques correspondantes, mais aussi par le mode ancien de répartition. Ils doivent d’abord dans une longue lutte conquérir la répartition qui leur correspond. Mais plus un mode donné de production et d’échange est mobile, plus il est susceptible de développement et d’évolution, plus vite aussi la répartition atteint un niveau où elle échappe aux conditions mêmes dont elle est issue et entre en conflit avec le mode antérieur de production et d’échange. Les vieilles communautés primitives dont il a déjà été question peuvent subsister des millénaires, comme aujourd’hui encore chez les Indiens et les Slaves, avant que le commerce avec le monde extérieur ne produise en leur sein les différences de fortune qui entraînent leur dissolution. Par contre, la production capitaliste moderne qui est à peine vieille de trois cents ans et qui n’a assuré sa domination que depuis l’introduction de la grande industrie, c’est-à-dire depuis cent ans, a produit dans ce court laps de temps des contradictions dans la répartition, - concentration des capitaux en quelques mains d’une part, concentration des masses non possédantes dans les grandes villes d’autre part, - qui la conduiront nécessairement à sa perte. »

Friedrich Engels dans « Dialectique de la nature » :

« Le déterminisme venu dans la science de la nature à partir du matérialisme français, essaie d’en finir avec la contingence, en la niant absolument… affirmant qu’il ne règne dans la nature que la simple nécessité immédiate. Mais avec une nécessité de cette sorte, nous ne sortons pas de la conception théologique de la nature… La conception mécaniste de la nature nie toute nécessité interne dans la nature vivante, et proclame d’une manière universelle le règne chaotique du hasard, comme loi unique de la nature vivante. »

Friedrich Engels, dans « Ludwig Feuerbach » :

« Partout où le hasard semble jouer à la surface, il est toujours sous l’empire de lois internes cachées, et il ne s’agit que de les découvrir. »

Friedrich Engels dans « Anti-Dühring » :

« Dans la nature s’imposent, à travers la confusion des modifications sans nombre, les mêmes lois dialectiques du mouvement qui, dans l’histoire aussi, régissent l’apparente contingence des événements ; les mêmes lois qui, formant également le fil conducteur dans l’histoire de l’évolution accomplie par la pensée humaine, parviennent peu à peu à la conscience des hommes pensants. »

Lettre d’Engels à Marx du 13 février 1851 : « Une révolution est un phénomène purement naturel qui obéit davantage à des lois physiques qu’aux règles qui déterminent en temps ordinaire l’évolution de la société. Ou plutôt, ces règles prennent dans la révolution un caractère qui les rapproche beaucoup plus des lois de la physique, la force matérielle de la nécessité se manifeste avec plus de violence. »

Friedrich Engels, dans l’ « Anti-Dühring » :

Mais la production marchande comme toute autre forme de production a ses lois originales, immanentes, inséparables d’elle ; et ces lois s’imposent malgré l’anarchie, en elle, par elle. Elles se manifestent dans la seule forme qui subsiste de lien social, dans l’échange, et elles prévalent en face des producteurs individuels comme lois coercitives de la concurrence. Elles sont donc, au début, inconnues à ces producteurs eux-mêmes et il faut d’abord qu’ils les découvrent peu à peu par une longue expérience. Elles s’imposent donc sans les producteurs et contre les producteurs comme lois naturelles de leur forme de production, lois à l’action aveugle. Le produit domine les producteurs. »

Friedrich Engels, dans « Dialectique de la nature » :

« C’est donc de l’histoire de la nature et de celle de la société humaine que sont abstraites les lois de la dialectique (...) la loi du passage de la quantité à la qualité et inversement, la loi d’interprétation des contraires, la loi de négation de la négation. »

« Ma synthèse des mathématiques et des sciences naturelles était fondée sur la nécessité de vérifier, y compris dans le détail, que, dans la nature, les mêmes lois dialectiques du mouvement agissent au milieu de l’apparence aléatoire des changements multiples, aussi bien dans la matière que dans l’histoire. »

Friedrich Engels, dans l’« Anti-Dühring » : « Hegel a été le premier à représenter exactement le rapport de la liberté et de la nécessité. Pour lui, la liberté est l’intellection de la nécessité. “ La nécessité n’est aveugle que dans la mesure où elle n’est pas comprise. ” La liberté n’est pas dans une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en oeuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l’existence physique et psychique de l’homme lui-même, - deux classes de lois que nous pouvons séparer tout au plus dans la représentation, mais non dans la réalité. La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d’un homme est libre sur une question déterminée, plus grande est la nécessité qui détermine la teneur de ce jugement ; tandis que l’incertitude reposant sur l’ignorance, qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilités de décision diverses et contradictoires, ne manifeste précisément par là que sa non-liberté, sa soumission à l’objet qu’elle devrait justement se soumettre. La liberté consiste par conséquent dans l’empire sur nous-mêmes et sur la nature extérieure, fondé sur la connaissance des nécessités naturelles ; ainsi, elle est nécessairement un produit du développement historique. Les premiers hommes qui se séparèrent du règne animal, étaient, en tout point essentiel, aussi peu libres que les animaux eux-mêmes ; mais tout progrès de la civilisation était un pas vers la liberté. Au seuil de l’histoire de l’humanité il y a la découverte de la transformation du mouvement mécanique en chaleur : la production du feu par frottement ; au terme de l’évolution qui nous a conduits jusqu’aujourd’hui, il y a découverte de la transformation de la chaleur en mouvement mécanique : la machine à vapeur. - Et malgré la gigantesque révolution libératrice que la machine à vapeur accomplit dans le monde social (elle n’est pas encore à moitié achevée) il est pourtant indubitable que le feu par frottement la dépasse encore en efficacité libératrice universelle. Car le feu par frottement a donné à l’homme pour la première fois l’empire sur une force de la nature et, en cela, l’a séparé définitivement du règne animal. La machine à vapeur ne réalisera jamais un bond aussi puissant dans l’évolution de l’humanité malgré tout le prix qu’elle prend à nos yeux comme représentante de toutes ces puissantes forces de production qui en découlent, ces forces qui permettent seules un état social où il n’y aura plus de différences de classes, plus de souci des moyens d’existence individuels, et où il pourra être question pour la première fois d’une liberté humaine véritable, d’une existence en harmonie avec les lois connues de la nature. Mais à quel point toute l’histoire de l’humanité est encore jeune et combien il serait ridicule d’attribuer quelque valeur absolue à nos conceptions actuelles, cela ressort du simple fait que toute l’histoire passée peut se caractériser comme l’histoire de la période qui va de la découverte pratique de la transformation du mouvement mécanique en chaleur à celle de la transformation de la chaleur en mouvement mécanique. »

Lénine, dans « Ce que sont les « amis du peuple » :

« Une seule chose importe à Marx : de trouver la loi des phénomènes qu’il étudie et ce qui lui importe par-dessus tout, c’est la loi de leur changement, de leur développement, de leur passage d’une forme à une autre, d’un système de rapports sociaux à un autre. (...) Marx considère le mouvement social comme un processus historico-naturel soumis à des lois qui, loin de dépendre de la volonté, de la conscience et des desseins des hommes, au contraire les déterminent. (...) Il est particulièrement indispensable d’étudier avec non moins de rigueur toute la série des états considérés, leur enchaînement et le lien entre les différents degrés de développement. Marx rejette précisément l’idée que les lois de la vie économique soient les mêmes pour le passé et pour le présent. Au contraire, chaque période historique a ses lois propres. La vie économique constitue un phénomène analogue à l’histoire du développement dans d’autres branches de la biologie… Pouvez-vous imaginer plus grande cocasserie que celle des gens qui, après avoir lu « Le Capital », ont trouvé le moyen de ne pas y découvrir le matérialisme ! (…) La vie économique constitue un phénomène analogue à l’histoire du développement dans d’autres branches de la biologie. Les économistes des époques précédentes ne comprenaient pas la nature des lois économiques, lorsqu’ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie montre que les organismes sociaux se distinguent aussi profondément les uns des autres que les organismes animaux et végétaux. En se fixant comme objectif d’étudier de ce point de vue l’organisation de l’économie capitaliste, Marx formule du même coup avec une rigueur scientifique le but qui doit être celui de toute étude exacte de la vie économique. La valeur scientifique d’une telle étude tient à ce qu’elle dégage des lois historiques particulières qui régissent la naissance, la vie, le développement et la mort d’un organisme social donné et son remplacement par un autre qui lui est supérieur. Telle est la méthode dialectique de Marx dans Le Capital. »

Lénine, dans « Cahiers philosophiques » :

« Le matérialisme est la reconnaissance des lois objectives de la nature et du reflet approximativement exact de ces lois, dans la tête de l’homme… La loi est le reflet ; le phénomène est la totalité, l’intégrité… Le phénomène est plus riche que la loi… Dans le changement perpétuel de la matière, la loi embrasse ce qui est permanent… La loi prend ce qui calme, dit Hegel. C’est une définition remarquablement matérialiste et remarquablement juste… Le concept de « loi » est un des degrés de la connaissance par l’homme de l’unité et de la liaison, de l’interdépendance et de la totalité du processus universel… Ici Hegel est en lutte contre l’absolutisation du concept de « loi », contre sa simplification, sa fétichisation. »

Lénine dans « Matérialisme et Empiriocriticisme » :

« La reconnaissance des lois objectives dans la nature est (…) indissolublement liée à la reconnaissance de la réalité objective du monde extérieur, des objets, des corps, des choses reflétées par notre conscience… La question vraiment importante de la théorie de la connaissance (…) n’est pas de savoir quel degré de précision ont attient nos descriptions des rapports de causalité, ni si ces descriptions peuvent être exprimées dans une formule mathématique précise, mais si la source de notre connaissance de ces rapports est dans les lois objectives de la nature ou dans les propriétés de notre esprit, dans sa cpacité à connaître certaines vérités a priori, etc. »

Léon Trotsky, dans "L’ABC de la dialectique" :

« La pensée dialectique est à la pensée vulgaire ce que le cinéma est à la photographie. Le cinéma ne rejette pas la photo, mais en combine une série selon les lois du mouvement. »

Léon Trotsky dans « Le marxisme et notre époque » :

« Ayant défini la science comme la connaissance des lois objectives de la nature, l’homme s’est efforcé avec obstination de se soustraire lui-même à la science, se réservant des privilèges spéciaux, sous forme de prétendus rapports avec des forces supra-sensibles (religion), ou avec des préceptes moraux éternels (idéalisme). Marx a définitivement privé l’homme de ces odieux privilèges, en le considérant comme un chaînon du processus d’évolution de la nature matérielle ; en considérant la société humaine comme l’organisation de la production et de la distribution ; en considérant le capitalisme comme un stade du développement de la société humaine. Le but de Marx n’était pas de découvrir les "lois éternelles" de l’économie. Il niait l’existence de telles lois. L’histoire du développement de la société humaine est l’histoire de la succession de différents systèmes économiques, qui ont chacun leurs lois propres. Le passage d’un système à un autre a toujours été déterminé par la croissance des forces productives, c’est-à-dire de la technique et de l’organisation du travail. Jusqu’à un certain point, les changements sociaux ont seulement un caractère quantitatif, et n’altèrent pas les fondements de la société, c’est-à-dire les formes dominantes de la propriété. Mais il arrive un moment où les forces productives accrues ne peuvent plus rester enfermées dans les vieilles formes de propriété ; alors survient dans l’ordre social un changement, accompagné de secousses. A la commune primitive succéda ou s’ajouta l’esclavage ; l’esclavage fut remplacé par le servage, avec sa superstructure féodale ; au 16e siècle, le développement commercial des villes en Europe entraîna l’avènement du régime capitaliste, qui, depuis lors, est passé par différentes étapes. Dans son Capital, Marx n’étudie pas l’économie en général, mais l’économie capitaliste, avec ses lois spécifiques. Des autres systèmes économiques, il ne parle qu’incidemment, et seulement pour mettre en lumière les caractéristiques propres du capitalisme… Tout ce chaos d’efforts et d’actions individuelles engendre un ensemble économique qui, tout en n’étant pas harmonieux, permet cependant à la société, non seulement d’exister, mais encore de se développer. Cela signifie qu’au fond ce chaos n’est d’aucune façon un chaos, que, d’une certaine manière, il est soumis à une régulation automatique et inconsciente. Comprendre le mécanisme qui instaure entre les différents aspects de l’économie un équilibre relatif, c’est découvrir les lois objectives du capitalisme. Les lois qui gouvernent les différentes sphères de l’économie capitaliste – les salaires, les prix, la rente foncière, le profit, l’intérêt, le crédit, la Bourse – ces lois sont nombreuses et complexes. Cela est manifeste. Mais, en dernier ressort, elles se ramènent à une loi unique, découverte par Marx, et qu’il a explorée à fond : la loi de la valeur-travail, qui est le régulateur fondamental de l’économie capitaliste. L’essence de cette loi est simple. La société dispose d’une certaine réserve de force de travail vivante. Appliquée à la nature, cette force produit les objets nécessaires à la satisfaction des besoins de l’humanité. Par suite de la division du travail entre des producteurs indépendants, ces objets prennent la forme de marchandises. Les marchandises s’échangent à un taux donné, d’abord directement, plus tard au moyen d’un intermédiaire : l’or ou la monnaie. La propriété essentielle des marchandises, propriété qui les rend, suivant un certain rapport, comparables entre elles, est le travail humain dépensé pour les produire – le travail abstrait, le travail en général – base et mesure de la valeur. Si la division du travail entre des millions de producteurs n’entraîne pas la désagrégation de la société, c’est que les marchandises sont échangées selon le temps de travail socialement nécessaire pour leur production. En acceptant ou en rejetant les marchandises, le marché, arène de l’échange, décide si elles contiennent ou ne contiennent pas de travail socialement nécessaire, détermine ainsi les quantités des différentes espèces de marchandises nécessaires à la société, et, par conséquent, aussi la distribution de la force de travail entre les différentes branches de la production. »

Léon Trotsky dans « L’heure de la décision approche » de décembre 1938 :

« Chaque jour, que nous le voulions ou nous, nous devons nous persuader que la terre tourne autour de son axe. De même, les lois de la lutte des classes agissent indépendamment du fait que nous les reconnaissions ou non. »

Eftichios Bitzakis, dans « Physique contemporaine et Matérialisme dialectique » :

« Les différences, mais l’unité aussi, des formes de la matière s’expriment encore d’un autre point de vue : celui des lois de conservation, des invariances, des symétries et des règles de sélection qui, en relation étroite entre elles, caractérisent les transformations des microparticules. Le terme « loi de conservation » signifie conservation d’un être, d’une quantité, d’une propriété ou d’une relation. Toutes les lois de conservation n’ont pas la même généralité… Les lois de conservation sont liées aux invariances qui se manifestent dans la nature… Une autre grande loi de la physique classique (et moderne) est la conservation de l’énergie. Engels et Lénine avaient analysé en leur temps la signification de cette loi sous sa forme statique (conservation de l’énergie) et dynamique (transformation des formes de l’énergie). Cette loi exprime selon les classiques du matérialisme dialectique l’indestructibilité du mouvement. Elle est aussi liée aux lois de conservation de l’impulsion et du moment cinétique… Les lois de conservation de la charge électrique, de l’étrangeté, de l’impulsion-énergie, du spin, du spin isotopique, du nombre baryonique, etc., expriment l’unité de la matière au sein de la diversité de ses formes. »

Georges Lochak, dans sa préface à « La dégradation de l’énergie » de Bernard Brunhes :

« L’idée même de loi s’identifie, en physique, au concept de régularité et non à celui d’évolution. Dès l’Antiquité, les premiers phénomènes étudiés furent le mouvement régulier des étoiles et celui des cordes vibrantes : Pythagore, qui conçut l’Harmonie des Sphères, découvrit les intervalles de la gamme. Les premiers grands principes énoncés par la science expriment la stationnarité : c’est le cas du principe du moindre chemin optique de Fermat et du principe de moindre action de Maupertuis… Brunhes, c’est la science vue, non pas du côté de la conservation de l’énergie, mais du côté de sa dégradation, du côté du principe de Carnot. Bien entendu, il n’y a là nulle contradiction avec les lois de conservation car c’est la qualité de l’énergie qui se dégrade et non sa quantité globale qui, elle, se conserve. »

Ilya Prigogine, dans « La fin des certitudes » :

« Les questions étudiées dans ce livre – l’univers est-il régi par des lois déterministes ? Quel est le rôle du temps ? – ont été formulées par les présocratiques à l’aube de la pensée occidentale… La formulation des « lois de la nature » a apporté un élément crucial dans ce débat ancien. En effet, les lois énoncées par la physique n’ont pas pour objet de nier le devenir au nom de la vérité de l’être. Bien au contraire, elles visent à décrire le changement, les mouvements caractérisés par une vitesse variant au cours du temps. »

Henri Poincaré Dans « Sciences et méthode » :

« Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir et alors nous disons que cet effet est dû au hasard. Si nous connaissons exactement les lois de la nature et la situation de ce même Univers à l’instant initial, nous pourrions prédire exactement la situation de ce même Univers à un instant ultérieur. Mais, lors même que les lois naturelles n’auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrions connaître la situation initiale qu’approximativement. Si cela nous permet de prévoir la situation ultérieure avec la même approximation, c’est tout ce qu’il nous faut, nous disons que le phénomène a été prévu. Il peut arriver que des petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux ; une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les derniers. La prédiction devient impossible et nous avons un phénomène fortuit. »

Henri Poincaré, dans « Dernières pensées » :

« Si nous envisageons deux esprits semblables au nôtre observant l’univers à deux dates différentes, séparées par exemple par des millions d’années, chacun de ces esprits bâtira une science, qui sera un système de lois déduites des faits observés. Il est probable que ces sciences seront très différentes et en ce sens on pourrait dire que les lois ont évolué. Mais quelque grand que soit l’écart, on pourra toujours concevoir une intelligence de même nature encore que la nôtre, mais de portée beaucoup plus grande, ou appelée à une vie plus longue, qui sera capable de faire la synthèse et de réunir dans une formule unique, parfaitement cohérente, les deux formules fragmentaires et approchées auxquelles les deux chercheurs éphémères étaient parvenus dans le peu de temps dont ils disposaient. Pour elle, les lois n’auront pas changé, la science sera immuable, ce seront seulement les savants qui auront été imparfaitement informés. »

Stephen Jay Gould :

« De nombreux auteurs définissent la science comme l’étude des processus déterminés par des causes. Les processus qui se sont déroulés dans le passé ne sont, en principe, pas observables. On doit donc travailler par déduction, en se fondant sur les résultats des processus passés, préservés dans les archives historiques. Il faut étudier les résultats actuels de processus pouvant être directement observés et même manipulés par expérimentation, et l’on doit ensuite déduire les causes des processus passés grâce à leur « ressemblance suffisante » avec les résultats actuels. Cette méthode demande de faire l’hypothèse que les lois de la nature ne varient pas au cours du temps. Les études historiques sont donc très particulières en ceci qu’elles s’appuient sur des méthodes faisant appel à la comparaison et au degré de ressemblance plutôt que sur celles, classiques, se fondant sur la simplification, la manipulation, les expériences contrôlées et la prédiction… »

Stephen Jay Gould Dans « Un hérisson dans la tempête » :

« Lorsqu’elles se présentent comme les lignes directrices d’une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l’on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n’existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l’on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des « contraires qui s’interpénètrent » témoigne de l’interdépendance absolue des composantes ; la « transformation de la quantité en qualité » défend une vision systémique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changements d’état ; et la « négation de la négation » décrit la direction donnée à l’histoire, car les systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs. »

Ilya Prigogine dans « Temps à devenir » : « Ainsi l’univers devient. Comme l’homme, la nature devient. (…) La nouvelle formulation des lois de la nature est qu’elle rend possible des événements… Je pense qu’on doit maintenant croire à un univers dans lequel il n’y a pas seulement des lois, mais aussi des événements, tout comme dans l’histoire. »

Ilya Prigogine : « L’univers est-il régi par des lois déterministes ? Quel est le rôle du temps ? - ont été formulées par les présocratiques à l’aube de la pensée occidentale. Elles nous accompagnent depuis plus de deux mille cinq cent ans. Aujourd’hui, les développements de la physique et des mathématiques du chaos et de l’instabilité ouvrent un nouveau chapitre dans cette longue histoire. Nous percevons ces problèmes sous un angle renouvelé. Nous pouvons désormais éviter les contradictions du passé. Épicure fut le premier à dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conféré le poids de son autorité. Successeur de Démocrite, il imaginait le monde constitué par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la même vitesse en suivant des trajets parallèles. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveauté, une nouvelle combinaison d’atomes, pouvait-elle apparaitre ? Pour Épicure, le problème de la science, de l’intelligibilité de la nature et celui de la destinée des hommes étaient inséparables. Que pouvait signifier la liberté humaine dans le monde déterministe des atomes ? »

Stephen Jay Gould dans « Scientific American », octobre 1994 :

« Pour comprendre les événements et les régularités qui caractérisent le chemin de la vie, nous devons aller au-delà des principes de la théorie de l’évolution vers un examen paléontologique de l’allure contingente de l’histoire de la vie sur notre planète, seule version actualisée parmi les millions d’alternatives plausible dont il se trouve qu’elles n’ont pas eu lieu. Une telle conception de l’histoire de la vie est tout à fait contraire aux modèles déterministes habituels de la science occidentale, mais aussi aux traditions sociales et aux espoirs psychologiques les plus profonds de la culture occidentale, ceux d’une histoire qui culmine dans les humains en tant qu’expression la plus haute de la vie et destinés à dominer la planète. »

Ceux qui ne voient que des lois mathématiques :

Pythagore :

« Tout est nombre. »

« Les nombres régissent l’univers, tout est arrangé d’après les nombres. Les nombres contiennent le secret des chiffres et Dieu est l’harmonie universelle. »

Platon dans « L’épinomis » :

« Les nombres sont le plus haut degré de la connaissance. Le nombre est la connaissance même. »

« La première et la plus importante science est celle du nombre en soi, en excluant le calcul vulgaire. Cette science explique comment il est engendré par le pair et l’impair, quelles sont ses vertus et comment il communique sa nature à toute chose… Si l’on comprend ces merveilles, on se rend compte qu’elles n’ont pu être inventées par l’homme, mais qu’elles procèdent d’une inspiration d’en haut. »

« La géométrie est la connaissance de ce qui est toujours. »

Aristote dans « Métaphysique », Livre I :

« Les nombres sont de par leur nature antérieurs aux choses »

Galilée dans « Il Saggiatore, in Opere » (L’Essayeur) :

« La philosophie est écrite dans cet immense livre qui continuellement reste ouvert devant les yeux (ce livre qui est l’Univers), mais on ne peut le comprendre si, d’abord, on ne s’exerce pas à en connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. II est écrit dans une langue mathématique, et les caractères en sont les triangles, les cercles, et d’autres figures géométriques, sans lesquelles il est impossible humainement d’en saisir le moindre mot ; sans ces moyens, on risque de s’égarer dans un labyrinthe obscur. »

Pape Pie XI :

« L’univers n’est si resplendissant de divine poésie que parce qu’une divine mathématique, une divine combinaison des nombres règlent ses mouvements »

Marceau Felden dans "La mathématique et la réalité" (dans "Dictionnaire de l’ignorance") :

« C’est avec le Timée, qui est la première tentative d’interprétation cohérente du monde, que Platon (quatrième siècle avant J.-C.) a implicitement posé la question complexe, et toujours très controversée, des relations pouvant exister entre la réalité et sa représentation mathématique. Sachant que les pythagoriciens avaient montré l’existence d’une relation arithmétique caractéristique pour préserver les qualités harmoniques des instruments à corde (constance des rapports entre les longueurs de cordes), Platon généralise audacieusement en identifiant l’invariance de ce type de loi à l’ « analogia », c’est-à-dire à ce qui ne change pas. C’est ainsi que, selon lui, la mathématique doit conduire au seul savoir possible. Principe cardinal sur lequel repose toujours la totalité de l’édifice scientifique actuel. (…) Le problème posé reste le suivant : qu’est-ce que le réel ? Question philosophique essentielle (…) mais aussi question qui ne peut plus être ignorée de la science contemporaine. (…) Bien que la mathématique constitue un champ unitaire, (…) il est tout autant empreint de mythes et de croyances que le reste du savoir humain. (…) C’est la mécanique classique qui a montré, mais non démontré, l’adéquation de la description mathématique à certains problèmes de physique. D’où la confusion du 19ème siècle qui a prétendu un peu hâtivement généraliser. »

Poincaré dans « La Valeur de la science » :

« Ce que nous appelons la réalité objective, c’est en dernière analyse ce qui est commun à plusieurs êtres pensants et pourrait être commun à tous : cette partie commune, nous le verrons, ce ne peut être que l’harmonie exprimée par les lois mathématiques. C’est donc cette harmonie qui est la seul réalité objective, la seule vérité que nous puissions atteindre. »

Heisenberg, à Athènes en 1964 :

« La science est tombée d’accord avec Platon. Les particules élémentaires ne sont pas des corps naturels, mais des formes qui peuvent être exprimées mathématiquement… L’homme doit se contenter d’un dieu géomètre. »

Ceux qui nient l’existence de lois objectives :

L. Wittgenstein dans « Tractatus Logico-philosophique » :

« La conception du monde contemporain tout entière est fondée sur l’illusion que les dites lois physiques sont des explications des phénomènes physiques. Ainsi, les hommes, aujourd’hui, se placent-ils devant les lois et les affrontent comme ils affrontaient le dieu et le destin. »

« Le monde est la totalité des événements, pas des choses. Les événements dans l’espace logique, c’est le monde. »

Ernst Mach :

« Il n’existe pas de nécessité physique, par exemple, autre que la nécessité logique. »

Pearson dans « La Grammaire de la science » :

« Les lois de la nature sont bien plus les produits de l’esprit humain que des faits du monde extérieur. »

P. Copelston :

« Le mot « nécessaire » me paraît comme un mot inutile, exception fait quand il est appliqué aux propositions analytiques, et non aux choses. »

Ernst Cassirer dans « Déterminisme et indéterminisme en physique moderne » :

« L’illusion, le problème causal dans son ensemble se trouve dans le fait que l’on considère les lois comme une espèce de réalité. »

Kant, dans « Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale » :

« Quand même nous pourrions porter notre intuition à son plus haut degré de clarté, nous n’en ferions point un pas de plus vers la connaissance de la nature même des objets. Car en tous cas nous ne connaîtrions parfaitement que notre mode d’intuition, c’est-à-dire notre sensibilité, toujours soumise aux conditions d’espace et de temps originairement inhérentes au sujet ; quant à savoir ce que sont les objets en soi, c’est ce qui nous est impossible même avec la connaissance la plus claire de leurs phénomènes, seule chose qui nous soit donnée. »

Max Born :

« Il est clair que le dualisme onde-corpuscule et l’incertitude essentielle qu’il implique nous obligent à abandonner tout espoir de conserver une théorie déterministe. La loi de causalité… n’est plus valable, du moins au sens de la physique classique. Quant à la question de savoir s’il existe encore une loi de causalité dans la nouvelle théorie, deux points de vue sont possibles. Soit, on persiste à envisager les phénomènes à l’aide des images d’onde et corpuscule, alors la loi de causalité n’est plus valable… La loi de causalité est donc sans contenu physique ; la nature des choses impose que la physique soit indéterministe. »

John von Neumann :

« En physique macroscopique, aucun expérience ne peut prouver la causalité, car l’ordre causal apparent n’y a pas d’autre origine que la loi des grands nombres, et cela tout à fait indépendamment du fait que les processus élémentaires, qui sont les véritables processus physiques, suivent ou non des lois causales… C’est seulement à l’échelle atomique, dans les processus élémentaires eux-mêmes, que la question de la causalité peut réellement être mise à l’épreuve : mais, à cette échelle, dans l’état actuel de nos connaissances, tout parle contre elle, car la seule théorie formelle s’accordant à peu près avec l’expérience et la résumant est la mécanique quantique qui est en conflit avec la causalité… Il ne subsiste aujourd’hui aucune raison permettant d’affirmer l’existence de la causalité dans la nature. »

Bohr :

« La mécanique quantique est en contradiction logique avec la causalité (...) Il n’y a pas pour le moment d’occasion de parler de causalité dans la nature, parce qu’il n’y a pas d’expérience qui indique sa présence. »

Werner Heisenberg :

« En physique classique, la science partait de la croyance - ou devrait-on dire de l’illusion ? - que nous pouvons décrire le monde sans nous faire en rien intervenir nous-mêmes. [...] La théorique quantique ne comporte pas de caractéristiques vraiment subjectives, car elle n’introduit pas l’esprit du physicien comme faisant partie du phénomène atomique ; mais elle part de la division du monde entre « objet » et reste du monde, ainsi que du fait que nous utilisons pour notre description les concepts classiques. Cette division est arbitraire. »

Heisenberg, dans « Physique et philosophie » :

« Newton commence ses « Principia » par un groupe de définitions et d’axiomes liés entre eux de telle manière qu’ils forment ce qu’on pourrait appeler un « système fermé » ; chaque concept peut être représenté par un symbole mathématique et les rapports entre les différents concepts sont alors représentés par des équations mathématiques exprimées par des symboles ; l’image mathématique de ce système assure qu’aucune contradiction interne ne puisse s’y produire. Ainsi, les mouvements possibles des corps sous l’influence des forces qui s’exercent sont représentés par les solutions possibles des équations. Le système de définitions et d’axiomes pouvant se traduire par un ensemble d’équations mathématiques est considéré comme décrivant une structure éternelle de la Nature, structure indépendante des valeurs particulières de l’espace ou du temps. Les différents concepts sont si étroitement liés à l’intérieur du système qu’en général l’on ne pourrait changer aucun d’entre eux sans détruire le système tout entier. (…) En physique théorique, nous essayons de comprendre des groupes de phénomènes en introduisant des symboles mathématiques pouvant se lier aux faits, c’est-à-dire aux résultats des mesures ; comme symboles, nous utilisons des noms qui mettent en évidence leur corrélation avec la mesure, rattachant ainsi les symboles au langage ; puis ces symboles sont reliés entre eux par un système rigoureux de définitions et d’axiomes et, pour finir, les lois de la Nature sont exprimées sous forme d’équations entre les symboles. L’infinie variété des solutions de ces équations correspond alors à l’infinie variété des phénomènes particuliers possibles dans ce domaine de la Nature. C’est ainsi que l’ensemble mathématique représente le groupe de phénomènes, dans la mesure où la corrélation entre symboles et mesures est valable. C’est cette corrélation qui permet l’expression de lois concrètes à l’aide du langage ordinaire puisque nos expériences, consistant en actions et observations, peuvent toujours se décrire en langage ordinaire. Mais en même temps que s’accroissent les connaissances scientifiques, le langage s’enrichit lui aussi ; de nouveaux termes sont introduits et les anciens termes sont appliqués à un domaine qui s’élargit, ou d’une façon qui diffère du langage ordinaire. Des termes comme « énergie », « électricité », « entropie », en sont des exemples évidents. (…) C’est dans cet état assez calme de la physique qu’éclatèrent les bombes de la théorie quantique et de la théorie de la relativité restreinte, qui déclenchèrent un glissement d’abord assez lent, puis de plus en plus rapide des bases même des sciences de la Nature. (…) Le vrai problème était qu’il n’existait aucun langage dans lequel exprimer de façon cohérente la nouvelle situation. (…) En théorie de la relativité généralisée, l’idée d’une géométrie non euclidienne dans l’espace réel fut contredite avec énergie par certains philosophes qui faisaient remarquer que toute notre méthode de préparation des expériences présupposait déjà la géométrie euclidienne. (…) Mais c’est la théorie quantique qui soulève le plus de difficultés concernant l’emploi du langage. Nous n’avons là au premier abord aucun guide simple pour relier les symboles mathématiques et les concepts du langage ordinaire ; et la seule chose que nous sachions au départ, c’est que nos concepts habituels ne peuvent s’appliquer à la structure des atomes. Le point de départ qui s’impose pour l’interprétation physique du formalisme semble être, encore une fois, le fait que l’ensemble mathématique de la mécanique quantique se rapproche de la mécanique classique pour des dimensions qui sont grandes comparées à celles des atomes. (…) Même dans la limite des grandes dimensions, la corrélation entre symboles mathématiques, mesures et concepts ordinaires n’est aucunement à négliger. (…) En fait, je crois que le langage effectivement utilisé par les physiciens lorsqu’ils parlent des phénomènes atomiques équivaut à celle de « potentia ». (…) Certains physiciens ont fait des tentatives pour définir un autre langage précis qui suivrait des modes logiques définis en totale conformité avec le schéma mathématique de la théorie quantique. Le résultat de ces tentatives de Birkhoff et Neumann et, plus récemment, de Weizsächer, peut s’exprimer en disant que le formalisme mathématique de la théorie quantique peut s’exprimer comme une extension ou modification de la logique classique. Il existe en particulier un principe fondamental de logique classique qui semble avoir besoin d’être modifié : en logique classique, si une affirmation a le moindre sens, on suppose que soit elle soit sa négation qui doit être vraie. (…) En théorie quantique, il faut modifier cette loi du « tiers exclu ». (…) La modification possible du mode de logique classique s’appliquerait alors tout d’abord au niveau qui concerne les objets. (…) Dans les expériences sur les phénomènes atomiques, nous avons affaire à des choses et à des faits, à des phénomènes qui sont tout aussi réels que les phénomènes de la vie quotidienne. Mais les atomes ou les particules élémentaires ne sont pas aussi réels ; ils forment un monde de potentialités ou de possibilités plutôt qu’un monde de choses ou de faits. »

L’univers obéit-il à la loi des nombres ?

Le Vivant obéit-il aux mêmes lois que l’inerte

La physique de la matière : déterminisme ou indéterminisme ? Ou les deux, contradictoirement mais aussi conjointement ?!!!

La philosophie des mathématiques et celle des sciences

La physique quantique nous condamne-t-elle à ne pas décrire du tout la réalité sous-jacente aux lois de la physique ?

Le réel n’est pas la succession temporelle, linéaire, logique et graduelle des états actuels

Le monde matériel existe-t-il objectivement, en dehors de nos pensées ?

La réalité physique et nos images humaines

De l’idée de loi naturelle dans la science et la philosophie contemporaines

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  • Matérialisme et empiriocriticisme, Lénine :

    « Engels dit dès le premier chapitre de l’Anti Dühring : « Pour connaître ces détails » (ou les particularités du tableau d’ensemble des phénomènes universels), « nous sommes obligés de les détacher de leur enchaînement naturel (natürlich) ou historique et de les étudier individuellement dans leurs qualités, leurs causes et leurs effets particuliers » (pp. 5 6). Il est évident que ces rapports naturels, rapports entre les phénomènes de la nature, ont une existence objective. Engels souligne particulièrement la conception dialectique de la cause et de l’effet : « Cause et effet sont des représentations qui ne valent comme telles qu’appliquées à un cas particulier, mais que, dès que nous considérons ce cas particulier dans sa connexion générale avec l’ensemble du monde, elles se fondent, elles se résolvent dans la vue de l’universelle action réciproque, où causes et effets permutent continuellement, où ce qui était effet, maintenant ou ici, devient cause ailleurs ou ensuite, et vice versa » (p. 8). Ainsi, le concept humain de la cause et de l’effet simplifie toujours quelque peu les liaisons objectives des phénomènes de la nature, qu’il ne reflète que par approximation en isolant artificiellement tel ou tel aspect d’un processus universel unique. Si nous constatons la correspondance des lois de la pensée aux lois de la nature, cela devient compréhensible, dit Engels, dès que l’on considère que la pensée et la conscience sont « des produits du cerveau humain et que l’homme est lui même un produit de la nature ». On comprend que « les productions du cerveau humain, qui en dernière analyse sont aussi des produits de la nature, ne sont pas en contradiction, mais en conformité avec l’ensemble de la nature (Naturzusammenhang ») (p. 22). Les liaisons naturelles, objectives, entre les phénomènes du monde ne font pas de doute. Engels parle constamment des « lois de la nature », de la « nécessité de la nature » (Naturnotwendigkeiten) et ne juge pas indispensable d’éclairer plus spécialement les thèses généralement connues du matérialisme.
    Nous lisons de même dans son Ludwig Feuerbach : Les « lois générales du mouvement, tant du monde extérieur que de la pensée humaine », sont « identiques au fond, mais différentes dans leur expression en ce sens que le cerveau humain peut les appliquer consciemment, tandis que, dans la nature, et, jusqu’à présent, en majeure partie également dans l’histoire humaine, elles ne se fraient leur chemin que d’une façon inconsciente, sous la forme de la nécessité extérieure, au sein d’une série infinie de hasards apparents » (p. 38). Engels accuse l’ancienne philosophie de la nature d’avoir remplacé « les rapports réels encore inconnus » (entre les phénomènes de la nature) « par des rapports imaginaires, fantastiques » (p. 42) La reconnaissance des lois de la causalité et de la nécessité objectives, dans la nature est très nettement exprimée par Engels, qui souligne par ailleurs le caractère relatif de nos reflets humains, approximatifs, de ces lois en telles ou telles notions. »

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