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En souvenir de la révolution et des révolutionnaires vietnamiens

vendredi 16 novembre 2018, par Robert Paris

Discours de Hoang Khoa Khoi

Chers amis,

Après la suspension de Chroniques Vietnamiennes, le Groupe Trotskiste Vietnamien en France concentre son énergie pour éditer des livres dans la Bibliothèque des Etudes. Notre objectif principal est de défendre le Marxisme qui a été déformé par les partis staliniens. Notre deuxième objectif est la lutte pour une démocratie pluraliste au Vietnam.

Malgré des difficultés, nous avons édité plus de 10 titres. Une partie de ces publications est réservée à la traduction des œuvres classiques de Léon Trotsky, un combattant qui a consacré toute sa vie à défendre le marxisme, et qui a été calomnié puis assassiné par Staline. Une autre partie est constituée de nos propres contributions. En outre, nous avons édité une série sous le titre « Dossier des Trotskistes Vietnamiens en France » un choix de textes et documents que nous-mêmes ou d’autres personnes avons publiés, concernant le trotskisme. « Le Dossier Trotskyste » présenté ici, aujourd’hui, en est le 3e tome. À cette occasion, nous nous permettons de rappeler que, dans la communauté vietnamienne, nous sommes les premiers à avoir traduit en vietnamien le Rapport Secret de Khrouchtchev sur les crimes de Staline, devant le 20e congrès du PC Soviétique. Le texte a été édité en 1000 exemplaires, et réédité en 1000 autres exemplaires. En outre, il a été diffusé en vietnamien sur les réseaux Internet sous le titre « Sur le culte de l’Individu et ses conséquences ».

Pendant que l’opinion mondiale, même au Vietnam, dans la majorité considère le marxisme comme responsable des malheurs de l’humanité et qu’il est dépassé, nous estimons que, au contraire, maintenant plus que jamais, il faut poser le problème dans sa vérité. Les malheurs, comme la caducité, proviennent des malentendus involontaires ou volontaires. Sur ce point, nous vous prions de vous référer au texte : « Les Malentendus sur le marxisme » que le docteur Nguyen Hoai Van vient d’écrire, que nous distribuons ici, aujourd’hui. Vous y verrez les points les plus importants ; j’ajoute seulement que le PCV déclare être marxiste, mais en réalité, il agit dans le sens contraire aux principes fondamentaux du marxisme. L’exemple typique est le problème de la liberté et de la démocratie. Après un demi-siècle de monopole du pouvoir, le PCV persiste dans la dictature uni-partiste. Pendant longtemps, la guerre a été un prétexte pour éluder la question Liberté-Démocratie. Aujourd’hui, la guerre finie, le régime interdit toujours la pratique de la démocratie : liberté de presse, d’opinion, de réunion, liberté de former des partis, de manifester, le droit de grève, etc... ; en somme, les droits démocratiques que les pays occidentaux ont acquis depuis longtemps.

Le PCV se réfère au Marxisme-Léninisme sans pour autant préciser l’origine de ses citations pour affirmer que, selon Marx et Lénine, pour réaliser le régime socialiste la dictature par un parti unique est indispensable. Or, cette dictature d’un parti unique, comme le culte du parti, le culte de la personnalité, était inspirée de Staline et non pas de Lénine, encore moins de Marx. Elle a engendré des malheurs sans commune mesure. Des millions de vies ont été victimes des conséquences de cette conception. Face à la chute de l’empire soviétique le PCV n’a tiré aucune leçon.

Dans sa lutte, depuis plus de soixante ans le Groupe Trotskyste a toujours mis en première ligne le principe de la démocratie. La Bibliothèque des Études continue cette voie.

Le Groupe Trotskyste vietnamien en France a vu le jour en 1943, dans une France occupée par les nazis. En 1944, après la Libération, des mouvements populaires ont renversé le régime de Pétain soutenu par les Allemands. De Gaulle a formé le nouveau gouvernement. Avec le grand élan du peuple français, 25 000 Vietnamiens en France, dont 20 000 ouvriers ONS (ouvriers non spécialisés) et soldats ont saisi l’occasion pour créer des Comités de lutte pour leur droit, et réclamer l’indépendance du Vietnam.

Sur l’initiative du Groupe Trotskyste, une association, la première en France, s’est créée entre d’un côté les Trotskystes, et de l’autre, des intellectuels nationalistes et progressistes. Du côté nationaliste, on compte : Tran Duc Thao, Hoang Xuan Man, Nguyen van Thoai, Nguyen Dac Lo, Bui Thanh, Vo Quy Huan, Lê viêt Huong, Pham Quang Lê, (devenu Tran dai Nghia au Viet Nam). Du côté trotskyste, il y a : Nguyen Duoc, Hoang Don Tri, Hoang Khoa Khoi, Tran van Long, Dao van Lê, etc... Cette association a abouti à un congrès à Avignon qui a élu une direction sous le nom de : Délégation Générale des Indochinois en France. En même temps, dans tous les camps ONS, des Comités des ouvriers et soldats ont été créés. Parmi ces Comités, les ONS sont les plus organisés et constitueront le pilier du mouvement.

Les ONS ont conscience que des activités en France sont localisées dans le temps, seule la lutte au Vietnam contre les colonialistes sera l’activité principale ; ainsi dans les camps ONS sont apparues des Mutuelles d’entraide aux niveaux communal et provincial qui se transformeront en associations « ouvriers-paysans » communales et provinciales. Ces Mutuelles d’entraide envisagent la lutte au Vietnam, une fois que ses membres seront rentrés au pays.

Le Groupe Trotskyste vietnamien grandit rapidement grâce au développement de ces organisations. Il se composait au départ de cinq à sept personnes, et a atteint le nombre de 519 membres, en 1950 ; il espère former des cadres qui repartiront au Vietnam, rejoignant l’organisation trotskyste de Ta Thu Thau (1), pour former un parti politique d’envergure. Mais l’histoire a pris une autre tournure. L’administration coloniale s’est effondrée rapidement. La guerre au Vietnam a éclaté, la résistance qui dura trente ans a renversé toutes les données et les projets.

Grâce aux luttes de la Délégation des Vietnamiens en France, et à la lutte des Comités des camps la vie des ouvriers ONS a été rapidement améliorée ; les ouvriers ONS, dorénavant deviennent salariés comme des ouvriers français, ils perçoivent un salaire égal pour un travail égal, ils ont droit aux formations dans les écoles professionnelles au même titre que les Français ; ils ont un droit de regard sur la distribution de la nourriture et des vêtements, sur le budget des camps. Plus remarquable est la création des cours d’alphabétisation. En l’espace de trois ou quatre mois, 90 % de ces ouvriers ont su lire et faire les quatre opérations arithmétiques.

Parallèlement à la lutte pour la défense des droits sociaux et matériels, la Délégation Vietnamienne et les Comités ONS ont lancé des mouvements politiques réclamant au gouvernement français de reconnaître la souveraineté et l’indépendance du Vietnam.

De 1945 à 1950, il n’y a pas un jour sans qu’il y ait une grève ou une manifestation contre la guerre au Vietnam. Il n’y a pas un jour sans que la police intervienne dans les camps de MOI (Main d’Œuvre Indigène) pour réprimer sauvagement les ouvriers vietnamiens, pour le motif d’avoir affiché le drapeau vietnamien rouge frappé de l’étoile d’or, symbole de la Résistance vietnamienne.

Ces combats politiques ont été évoqués par Dang van Long dans son livre de 611 pages intitulé « Les Vietnamiens en France 1940-1950 ». Au début, la presse française sous le contrôle du gouvernement, étouffait ces affaires, mais finit par donner l’information. Le gouvernement affolé, donna l’ordre de dissoudre la Délégation Générale des Vietnamiens en France et arrêta certains membres de la direction. En même temps, il multiplia les répressions contre les Comités des camps.

Il faut ajouter que ces mouvements se développent en dehors de l’influence du Vietminh et du Parti Communiste Français. Le PCF non seulement ne les soutient pas mais encore, il les boycotte et fait obstruction. D’une part parce qu’il n’arrive pas à les contrôler, d’autre part, parce qu’il ne partage pas la politique des ONS qui réclament l’indépendance complète du Vietnam.

En 1946, Ho Chi Minh débarque en France, à l’occasion des pourparlers entre les gouvernements français et vietnamien. Il estime qu’il faut anéantir l’influence des trotskystes dans les milieux vietnamiens émigrés en France. La première mesure est de détruire l’union entre les intellectuels nationalistes et les trotskystes. Cet objectif a été rapidement réalisé : 90 % des nationalistes qui faisaient partie de la Délégation des Vietnamiens se penchent vers le Vietminh. Certains reviennent au Vietnam et rejoignent la résistance. Mais peu d’entre eux ont un rôle important dans le parti communiste. Le parti les utilise comme de simples experts techniques ou scientifiques.

La deuxième mesure est de détruire l’union entre les ONS et les trotskystes ; cet objectif n’a pas été atteint quand Ho Chi Minh devait rentrer au Vietnam. Il confie à M. Tran Ngoc Danh, son représentant en France, la tâche d’achever ce travail. Mais ce dernier a totalement échoué. La majorité des ONS qui a combattu ensemble avec les trotskystes et subi leur influence politique ne peut croire du jour au lendemain que les trotskystes sont des réactionnaires, des traîtres à la patrie, des agents payés par les impérialistes et les colonialistes, comme le prétendait M. Danh et ses partisans. Ces calomnies propagées par des groupuscules ont provoqué un contre-effet, une contre-propagande. Finalement M. Danh a créé le conflit avec les comités d’ONS qui a abouti à un affrontement sanglant au camp de Mazargues, près de Marseille, le 15 mai 1948. Agissant au nom de Danh, un groupe de voyous a organisé des agressions contre des délégués ONS, provoquant des troubles dans le camp ; ils ont rencontré la réaction violente de ses 1 000 travailleurs ONS. Ce qui a eu pour résultat 30 blessés et 6 morts, dont celle d’un responsable de la sécurité.

En 1950, la plupart des ONS sont rapatriés. Il en reste en France environ 1000, dont 1/3 désirent continuer la lutte. Ils créent une organisation sous le nom d’ « Association des ouvriers vietnamiens en France » qui déclare poursuivre la structure et la politique des ONS. Comme dans les comités ONS, les trotskystes constituent la force motrice de cette association, et ils respectent toujours les droits à la discussion, à la différence, suivant les principes de la démocratie. La revue La Lutte (Tranh Dau) devient l’organe de l’association.

La politique de l’association est la même que celle des comités ONS. À l’égard de la résistance et du gouvernement de Ho Chi Minh, son slogan est : Soutien critique. Soutien à la résistance contre les colonialistes français ; critique pour ce qui est en désaccord. Le PCV n’accepte pas ce slogan : pour lui quand on soutient on n’a pas le droit de critiquer, et on doit suivre le parti, les yeux fermés, comme Nguyen Khac Vien l’a expliqué dans un article de presse.

À l’exemple de Staline en URSS et de Mao Tsé-Tung en Chine, les dirigeants vietnamiens se donnent le droit « de ne jamais se tromper », l’erreur est toujours du côté des gens qui critiquent ; seulement, ils ne reconnaissent pas aux opposants le droit à l’erreur. Conséquence : ces derniers sont classés parmi les réactionnaires qu’il faut éliminer. Il en est de même dans les rangs du parti : on applique la même méthode. En pire : on arrête, on emprisonne toute personne qui est en désaccord avec le parti, ou suspecte de s’opposer à lui. Ces personnes passent des dizaines d’années en prison, sans procès. Elles sont en prison sans savoir pourquoi ; quand elles sont libérées, elles ne comprennent pas pourquoi elles le sont ; tout leur sort dépend du pouvoir absolu des dirigeants. Les dirigeants se trouvent au-dessus et en dehors de la loi.

La dictature d’un parti unique n’est pas le fruit du hasard de l’histoire. Le parti, étape par étape, a créé des conditions pour qu’elle devienne réalité. De l’assassinat de Ta Thu Thau et d’autres trotskystes jusqu’aux éliminations des membres des partis politiques nationalistes, de la répression violente du groupe littéraire Belles Œuvres (Nhan van Giai Pham) jusqu’au châtiment infligé aux cadres accusés de révisionnisme anti-parti, étape par étape, le PCV a éliminé tout germe d’opposition possible, ouvrant le chemin aux pleins pouvoirs du parti. Le parti dit « le peuple est maître ». En réalité, le parti est le maître, et le peuple a le seul droit de le suivre les yeux fermés.

Staline et le stalinisme non seulement ont enterré le marxisme, mais en plus, ils ont engendré des malheurs sans aucune mesure au mouvement de la classe ouvrière du monde entier.

À l’occasion du 59e anniversaire de l’assassinat de Ta Thu Thau par le Vietminh, nous demandons au PCV de faire la lumière sur ce meurtre.

Nous demandons au PCV de réhabiliter les membres trotskystes et ceux des partis nationalistes, accusés à tort d’être des agents à la solde des colonialistes et des impérialistes. Nous demandons la libération de tous les prisonniers d’opinion, et la réhabilitation de tous ceux qui ont combattu pour la démocratie au Vietnam.

Nous demandons de réviser les procès de Belles Œuvres et ceux concernant « les révisionnistes anti-parti ».

Paris, le 1er Août 2004

1) « Le nom de Ta Tu Thâu est inséparable de la lutte contre le colonialisme français durant les décennies 30 et 40. Il adhéra en France en 1927 au parti nationaliste "Viet nam Dôc lâp" (Viêt-Nam indépendant) dont le fondateur était Nguyen Thê Truyên. En 1929, il rejoignit l’Opposition de gauche de Trotsky et fut expulsé après la manifestation devant l’Elysée qu’il avait organisée avec ses compagnons pour protester contre la répression du soulèvement de Yênbay. De retour au Viêt-Nam, il fonda l’Opposition de gauche trotskiste et développa ses activités révolutionnaires (publication du journal La Lutte, candidature aux élections du Conseil municipal de Saïgon et au Conseil colonial, etc.). de 1932 à 1940, il fut arrêté six fois et condamné cinq fois, totalisant treize années de prison et dix ans de déportation. De retour au bagne de Poulocondore, il entreprit en 1940 de fonder le Parti socialiste des travailleurs. Après la capitulation japonaise, sur la route qui le ramenait au Sud, Ta Thu Thâu fut assassiné en septembre 1945 à My Khê (province de Quang ngai) dans la plaine de filao, à côté d’une plage. Il avait 39 ans. » (Hoang Khoa Khoi, « Qui a assassiné Ta Thu Thâu et les trotskistes vietnamiens ? », Chroniques vietnamiennes, août 1997, p. 16.) [Note ajoutée par la rédaction.]

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