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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 2eme chapitre : Révolutions de l’Antiquité > Aedemon, le Spartacus de la Maurétanie

Aedemon, le Spartacus de la Maurétanie

mardi 26 février 2019, par Robert Paris

30-44 : l’ancien esclave marocain Aedemon, le Spartacus de la Maurétanie se révolte et se bat contre les armées romaines

« C’est sous l’empereur Claude que pour la première fois les armées romaines ont pénétré dans la Mauritanie (Maurétanie). Le roi Ptolémée ayant été mis à mort par C. César (Caligula), son affranchi Aedémon entreprit de le venger ; et il est certain qu’à la poursuite des barbares qui s’enfuyaient on arriva jusqu’à l’Atlas. Non seulement des personnages consulaires et des généraux pris dans le sénat, qui furent alors chargés des commandements, mais encore des chevaliers romains qui ensuite gouvernèrent dans ce pays, ont eu la réputation d’être arrivés jusqu’à cette montagne. »

Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre V, 11.

Aedemon (en grec ancien : Aìδηµων, signifiant « discret » ou « réservé », latin : Verecundus) est un berbère affranchi de la province romaine d’Afrique du ier siècle. Il était un esclave domestique très loyal envers Ptolémée, qui était le fils du roi Juba II, et de la princesse ptolémaïque Cléopâtre VIII1.

Ptolémée a été assassiné dans des circonstances inconnues lors d’une visite à Rome sur ordre de son cousin instable, l’empereur romain Caligula à la fin de l’an 40. En loyauté et en mémoire de son ancien maître, Aedemon a voulu venger Ptolémée et a commencé la révolte dans le royaume de Maurétanie contre Rome. Cependant, peu de gens du royaume se sont joints à la révolte. Une inscription de Volubilis, une grande ville du royaume, montre qu’au moins une partie importante de la population de la ville s’est battue contre Aedemon. Le vide du pouvoir a créé une opportunité pour les tribus indigènes d’assumer leur indépendance. En conséquence, l’annexion romaine impliquait la réassurance de l’allégeance tribale en combattant les chefs tribaux comme Sabalus. D’ici là, Caligula avait été assassiné le 24 janvier 41 et son oncle paternel Claude était devenu le nouvel empereur1.

On ne sait pas si Marcus Licinius Crassus Frugi avait déjà été envoyé en Maurétanie, mais Pline raconte que les généraux romains Caius Suetonius Paulinus et Cnaeus Hosidius Geta ont été nommés par l’empereur Claude en 42 pour combler le vide du pouvoir, rétablir le pouvoir central et subjuguer les tribus nomades rebelles. Paulinus est devenu le premier romain à traverser les montagnes de l’Atlas, pendant la campagne. Tingis, l’actuelle Tanger, fut partiellement détruite lors des batailles contre les Romains. La révolte a pris fin en 44, après une bataille décisive dans laquelle les Romains infligèrent de grandes pertes aux Berbères et ont offert des termes de paix aux survivants, Sabalus et ses troupes se rendant par la suite à Geta. Le sort d’Aedemon est inconnu. Claude a décidé de diviser le royaume en deux provinces romaines, la Maurétanie tingitane et la Maurétanie césarienne, tandis que Tingis a été reconstruite plus tard1.

1 J. Gascou, « Aedemon », Encyclopédie berbère, vol. 2,‎ 1er décembre 2012

Révolte d’Aedemon, Par Wikipedia :

La révolte d’Aedemon est une révolte dirigée par Aedemon, un esclave affranchi du roi Ptolémée de Maurétanie. La révolte s’est déroulée dans la province romaine de Maurétanie Tingitane (actuel Maroc).

Elle est dirigée contre les troupes de l’Empire romain, des empereurs Caligula, puis Claude entre 40 et 44 ; et ce, après l’assassinat, et la trahison du souverain de Maurétanie, Ptolémée, par Caligula. Cet assassinat marque l’entrée du royaume dans une période d’occupation et d’administration directe par les Romains (après une période de vassalité)2, ce qui provoque l’insurrection berbère. La révolte fut brève, mais violente. Plusieurs insurrections s’en suivirent, toute la Maurétanie Tingitane est enflammée.

C’est l’importance de l’appui dont bénéficiait Rome des berbères romanisés, notamment du général maure Lusius Quietus, et le succès de sa politique de romanisation des élites maurétaniennes pendant la période royale qui expliquent en grande partie la rapide défaite d’Aedemon.

Forces en présence On a posé le problème de savoir sur quelles forces Aedemon a pu s’appuyer. D. Fishwick, estime que Aedemon ne pouvait compter que sur la partie de l’armée de Ptolémée demeurée loyale et non sur les sujets de ce roi, car celui-ci aurait été impopulaire. Mais le passage invoqué de Tacite concerne le début du règne et ne prouve pas qu’une partie au moins des sujets de Ptolémée ne lui ait pas été favorable.

L’intervention romaine a d’autre part pu rassembler autour d’Aedemon des Maurétaniens mécontents de l’ingérence ouverte de Rome qui signifiait la fin de l’indépendance nominale de la Maurétanie, quels que fussent leurs sentiments envers Ptolémée. En tout cas Aedemon eut comme adversaires non seulement les forces romaines, mais aussi la partie la plus romanisée de la population maurétanienne, c’est-à-dire d’autres berbères : à Volubilis, par exemple, ville où dès l’époque royale on comptait un grand nombre de citoyens romains d’origine autochtone, M. Valerius Severus commanda des auxilia qui combattirent les partisans d’Aedemon. Ce conflit provoqua la mort non seulement d’une grande partie de combattants Romains, mais de familles entières de Volubilitains romanisés.

Des indices archéologiques s’accordent avec ce témoignage pour démontrer la violence des combats à Volubilis et dans d’autres villes de Maurétanie, à Tamuda et à Lixus.

Chute

La révolte a pris fin en 44, après une bataille décisive dans laquelle les romains, surtout des indigènes romanisés, ont infligé de grandes pertes aux insurgés berbères, les romains ont, après la révolte, offert des termes, et la vie saine aux survivants. On sait d’Aedemon. qu’il fut « écrasé » au cours de cette guerre, c’est-à-dire, selon toute apparence, non seulement qu’il fut défait, mais aussi qu’il y perdit la vie3. La domination romaine se limite aux plaines du nord (jusqu’à la région de Volubilis près de Meknès) et l’Empire ne cherche pas à contrôler la région brutalement : il semble que les tribus pacifiques, comme celle des Baquates, sont imbriquées dans le territoire de la province.

Références

1. ↑ Ce conflit provoqua la mort non seulement d’une grande partie de combattants Romains, mais de familles entières de Volubilitains romanisés

2. ↑ Pline l’Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions], Livre V, I, 11

3. ↑ J. Gascou, « Aedemon », Aix-en-Provence, Edisud, 1985, chap. 2 (« Encyclopédie berbère »), p. 164-167

La révolte d’Aedemon, le Spartacus marocain, Par Mohammed Fizazi :

En l’an 40 après J C, Ptolémée, dernier roi amazigh de Maurétanie est assassiné par l’empereur Caligula. N’ayant pas laissé d’héritier, le Royaume de Maurétanie (actuel Maroc) était condamné à la disparition, et au contrôle direct par l’empire romain. Mais cette transition ne s’est pas faite sans résistance, car pendant 4 longues années, des révoltés amazighs conduits par Aedemon, un affranchi du roi Ptolémée, tint en échec les légions romaines, tentant d’empêcher une totale domination romaine sur le pays.

Le contexte historique

L’existence du Royaume de Maurétanie reviendrait à trois siècles avant Jésus-Christ, selon la légende il serait encore plus ancien. La légende dit même qu’Atlas, roi légendaire de Maurétanie, serait même l’inventeur de la sphère représentant la voûte céleste. Mais le premier roi, dont l’existence historique est attestée, est Baga, qui fut contemporain de la deuxième guerre punique, qui opposa Rome à sa rivale, Carthage au troisième siècle avant notre ère.

Au premier siècle avant J.C., suite à la longue guerre qui opposa Rome au royaume voisin de Bacchus, le roi de Maurétanie obtient le titre d’« ami de Rome » pour son aide à la capture du roi Jugurtha de Numidie. En 33 av. J. C., le Royaume de Maurétanie perd son indépendance et devient un royaume vassal de l’empire romain, et les Romains installent Juba 2 sur le trône. Le royaume jouit d’une certaine autonomie, mais reste contrôlé indirectement par l’Empire romain. À la mort de Juba 2 en 23 ap. J. C., son fils Ptolémée, issu de son mariage avec Cléopâtre Séléné, fille de la célèbre reine égyptienne, lui succède.

Assassinat de Ptolémée et début de la révolte

En l’an 40 ap. J. C., Ptolémée est invité à Rome par l’empereur Caligula mais Ptolémée suscite la méfiance et la colère de ce dernier en portant un manteau pourpre, couleur réservée à l’empereur, il est assassiné par l’ordre de ce dernier lors d’un spectacle de gladiateurs. La motivation de Caligula n’est pas claire. Les historiens anciens comme Suétone et Cassius Dion évoquent la jalousie de Caligula envers la richesse ou la popularité de Ptolémée, ou encore qu’il ait été provoqué par l’accoutrement impérial de Ptolémée. D’autres prétendent que Ptolémée aurait pu être impliqué dans un complot fomenté par des ennemis de Caligula.

Ce qui est certain, c’est que le roi étant mort sans héritier, son poste reste vacant, et est ainsi annexé par Rome, qui va désormais contrôler le territoire directement. Mais Aedemon, esclave domestique affranchi de Ptolémée, indigné et loyal à son maître, ne comptait pas laisser Rome agir à sa guise.

Le peu qu’on sait de ce mystérieux personnage est qu’il fut un affranchi et un proche du roi Ptolémée, peut-être était-ce lui qui gérait les affaires du royaume en l’absence de son maître, comme il était coutume avec les affranchis. On retrouve l’une des seules mentions de son nom dans « L’histoire naturelle » de l’historien romain Pline, qui cite une inscription de Volubilis : « Les armes romaines combattirent pour la première fois en Maurétanie sous le principat de Claude, alors que l’affranchi Aedemon cherchait à venger le roi Ptolémée mis à mort par Caius César (Caligula) ». Toutefois sa révolte fut particulièrement violente, et difficile à réprimer pour l’Empire romain.

Le lendemain de l’assassinat de Ptolémée, Aedemon forma une grande armée amazighe, issue d’une grande partie de l’armée de Ptolémée, à l’arrivée des troupes romaines, il fut rallié par des tribus maures de toutes les régions du royaume et rassembla une foule de résistants dans la campagne et les pentes du Grand Atlas, tous mécontents de l’ingérence ouverte de Rome qui signifiait la fin de l’indépendance nominale de la Maurétanie.

Cette révolte est très que peu documentée, mais le peu qui nous est parvenu sur elle montre qu’il s’agissait d’une violente révolte qui a donné à l’Empire romain du fil à retordre. On pourrait deviner, par les dégâts recensés par les romains à la fin de la guerre, que le révolté berbère a eu recours à la politique de la terre brûlée, attaquant et incendiant les villes et les centres romains en Maurétanie, détruisant probablement des forteresses romaines ainsi que des postes avancés militaires. Pendant quatre ans, les troupes romaines ont eu du mal à contenir cette révolte et à l’encercler militairement, probablement parce que les rebelles ont établi leurs fortifications dans les montagnes de l’Atlas, difficiles d’accès pour l’armée romaine, à cause de la difficulté des voies et des montagnes escarpées. Face à cette situation, l’empereur Claude, devenu empereur entre-temps après l’assassinat de Caligula en l’an 41, dépêche en Maurétanie de nouvelles légions, dirigées par les prestigieux généraux romains, Caius Suetonius Paulinus et Cnaeus Hosidius Geta, pour combler le vide du pouvoir, rétablir le pouvoir central et subjuguer les tribus nomades rebelles. Paulinus est devenu le premierRomain à traverser les montagnes de l’Atlas, pendant la campagne. La légion romaine put aussi compter sur le soutien de citoyens romains d’origine berbère, comme ceux de Volubilis qui se rangent alors résolument dans le camp des Romains en créant une milice d’auxiliaires qui contribue à l’anéantissement final de la révolte. 20 000 hommes, légionnaires et auxiliaires, sont nécessaires pour mater la révolte qui occasionne des destructions et de lourdes pertes dans le camp romain et de ses alliés, comme peuvent en témoigner des traces archéologiques. En l’an 44, après quatre ans de révolte, une bataille décisive dans laquelle les Romains, surtout des amazighs romanisés, ont infligé de grandes pertes aux insurgés d’Aedemon, les Romains ont, après la révolte, offert des termes, et la vie saine aux survivants. Quant au Spartacus berbère, tout ce qu’on sait de lui est qu’il fut « écrasé » au cours de cette guerre, c’est-à-dire, selon toute apparence, non seulement qu’il fut défait, mais aussi qu’il y perdit la vie. Les pertes dans le camp romain furent très lourdes. Tingis, l’actuelle Tanger, fut partiellement détruite lors des batailles contre les Romains, ainsi que la ville de Volubilis. Claude a décidé de diviser le royaume en deux provinces romaines, la Maurétanie tingitane et la Maurétanie césarienne, qui seront désormais gouvernées directement par l’Empire romain, par un procurateur équestre nommé par l’Empereur.

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