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Les partis nationalistes montent en Europe mais en quoi changent-t-ils la politique sociale pour les travailleurs et les plus démunis ?

mercredi 5 juin 2019, par Karob, Robert Paris

Carte de progression des partis nationalistes et de l’extrême droite en Europe

édito

Les partis nationalistes montent en Europe mais en quoi changent-t-ils la politique sociale pour les travailleurs et les plus démunis ?

On a bien constaté qu’en Europe, de plus en plus de gouvernements sont davantage aux mains de partis nationalistes ou anti-européens et d’extrême droite, que ce soit en Hongrie, en Pologne, en Italie, en Grande Bretagne, etc. ou sont menacés de l’être comme en France. Leur démagogie consiste à prétendre que la situation de plus en plus dure des exploités et des petits bourgeois menacés de ruine serait due à des politiques nationales trop fondées sur l’international et favorisant du coup plus la mondialisation que la défense des intérêts nationaux. Ces partis et gouvernants affirment donc que leur politique, plus nationaliste, va davantage favoriser les plus défavorisés au sein de la population, qu’il s’agisse de travailleurs ou de chômeurs, « nationaux », ou encore de milieux défavorisés de la petite bourgeoisie.

On n’a pas encore eu l’occasion de voir ce qu’allait entraîner le Brexit anglais sur les conditions de vie et de travail des travailleurs en Angleterre, vu que, s’il y avait des conséquences, ce ne pourrait être celles du Brexit, vu qu’il est sans cesse retardé. Par contre, il est certain que l’arrivée au pouvoir des pro-Brexit, d’une politique donc plus nationaliste, n’a nullement représenté l’arrivée d’un gouvernement plus soucieux des intérêts des travailleurs et des chômeurs. Au contraire, la situation de ces derniers n’a fait qu’empirer, alors qu’elle était déjà extrêmement défavorable et pire même que depuis des décennies !

En Angleterre, les partis d’extrême droite (Brexit Party) ont gagné l’élection européenne au détriment notamment du parti conservateur. La Ligue de Salvini a également encore progressé. Le parti ultra-nationaliste au pouvoir en Hongrie augmente ses voix. Les ulra conservateurs de Droit et Justice arrivent en tête en Pologne.

Outre l’Italie, l’extrême droite participe en Autriche, en Finlande et en Bulgarie à un gouvernement de coalition, et même dans le cas slovaque… avec un parti de gauche. Actuellement, c’est en fait huit pays de l’Union européenne qui comptent un parti d’extrême-droite ou nationaliste au gouvernement : à l’extrême droite, Autriche (FPÖ - Parti de la liberté d’Autriche), Bulgarie ( Обединени патриоти - Patriotes unis), Finlande (PS - Vrais Finlandais), Grèce (ANEL - Grecs indépendants), Italie (Lega), Slovaquie (SNS - Parti national slovaque), en plus de deux pays où gouvernent des partis ultra-nationalistes : Pologne (Droit et Justice) et Hongrie (Fidesz de Viktor Orban). Et, si l’on compte toute l’Europe (hors UE), il faut y ajouter : Norvège (Fremskrittspartiet - Parti du Progrès), Suisse (Union démocratique du centre). Les dernières élections européennes ont encore aggravé l’importance de la part des nationalistes et de l’extrême droite sauf dans de rares pays européens comme l’Espagne. Il faut également rappeler que l’Ukraine a eu toutes ces dernières années une extrême droite au gouvernement et faisant la loi dans le sang dans le pays et n’est partiellement virée du pouvoir que par les toutes dernières élections présidentielles et encore ne l’est-elle que formellement, de la présidence, et pas de l’appareil d’Etat administratif, militaire et policier. Dans d’autres pays l’extrême droite est montante comme à Chypre, en France, à Malte, etc. Les ultra conservateurs nationalistes sont également en force dans le pouvoir en Belgique (l’Alliance néoflamande NVA et Vlaams Belang).

Si les extrêmes droites et les droites ultranationalistes ont mis en avant l’identitaire, l’insécurité, le terrorisme et l’immigration, ils ont tous prétendu que ces « maux » étaient la cause des dégradations sociales contre les classes moyennes et travailleuses. Il est donc intéressant d’examiner les politiques sociales de ces extrêmes droites et de ces nationalistes parvenus au pouvoir ou des gouvernements d’union auxquels ils ont participé.

Ces partis sont apparemment très divers, si on se contente de leurs discours. Souvent, un mélange de positions néolibérales et national-conservatrices va de pair avec une forte agitation anti-« migrants ». Mais nulle part la droite ultranationaliste ou l’extrême droite, extrêmement variée dans ses colorations politiques de façade, n’a mené la politique sociale de défense des plus démunis qu’elle prétendait démagogiquement représenter. Qu’elle soit ultraconservatrice ou néolibérale, cela n’a pas changé grand-chose au fait qu’elle a défendu partout les intérêts du grand capital contre les populations pauvres.

Que font réellement ces extrêmes droites, ces populistes démagogiques et ces ultranationalistes sur le terrain économique et social quand ils arrivent au pouvoir en Europe ?

Par exemple, en Hongrie, le gouvernement ultra nationaliste ne se contente pas de s’attaquer aux libertés (contrôle des média et de la justice notamment), aux réfugiés, aux étrangers, il supprime les aides sociales en même temps qu’il supprime les impôts des capitalistes. Par exemple, fin 2016, il a fait passer de 19% à 9% l’imposition des sociétés, les amenant au plus bas taux en Europe ! La réforme du travail de Viktor Orban prévoit que les travailleurs puissent faire 400 heures supplémentaires (au lieu de 250 précédemment) qui ne seront payées que trois ans plus tard !!! La même loi prévoyait de faire juger des questions intéressant les capitalistes (corruption, détournements, marché public, etc.) par des juridictions spéciales contrôlées par le pouvoir ! Les services publics s’effondrent en Hongrie sous l’action destructrice du pouvoir.

Le plus prétendument « social » de ces gouvernements tenus par des populistes ultranationalistes est celui d’Italie avec la Liga de Salvini. Il prétend certes avoir pris des mesures sociales mais celles-ci sont encore payées par l’essentiel des travailleurs sous formes d’impôts et elles favorisent encore le grand capital puisqu’elles imposent aux bénéficiaires de travailler aux conditions imposées par les patrons. Le revenu de citoyenneté est censé supprimer la grande pauvreté mais il impose aux personnes qui en disposeront d’être sous le seuil de pauvreté, de ne pas refuser deux offres d’emploi, dans toutes conditions de travail, y compris à 250 km de chez eux et la troisième… n’importe où en Italie et ce pays est grand ! Le revenu dit RDC représente 780 € par mois pour une personne seule, 1 080 € pour un couple avec un enfant, 1 380 pour trois enfants, pendant 18 mois. Cela peut représenter une amélioration de la situation sociale d’une fraction dans la grande pauvreté mais cela ne dure que quelques mois et, en retour, le patronat bénéficiera d’une main d’œuvre corvéable à merci pour des années… En même temps, le gouvernement prévoit d’augmenter d’un million le nombre de bénéficiaires des retraites. Même si le gouvernement prétend le contraire, les pensions vont baisser de 30% ! Le gouvernement populiste italien prévoit maintenant des coupes budgétaires de 7,5 milliards d’euros et c’est donc l’ensemble des travailleurs et plus démunis qui paieront, d’une manière ou de l’autre, le coût des « mesures sociales » et pas les patrons et les capitalistes.

En Bulgarie, l’extrême droite avait promis une diminution de la TVA et des prix de l’électricité mais, une fois au pouvoir, rien de tout cela n’est arrivé évidemment… Corruption et pauvreté se sont maintenus et les liens entre le pouvoir et les milliardaires est plus fort que jamais. Comme ailleurs, la seule promesse tenue est un durcissement des politiques contre les migrants ! La Bulgarie est le pays le plus pauvre de l’Union européenne (UE), avec un salaire mensuel moyen de 400 euros et une retraite moyenne à 150 euros et ce n’est pas la venue au pouvoir des démagogues populistes qui va changer cela ! Les factures d’électricité et de chauffage augmentent encore, accroissant la misère…

En Pologne, le parti populiste de droite PiS avait particulièrement promis de la justice sociale et pourtant cela est loin d’être le cas… C’est, comme toujours en Pologne, une politique d’aide sociale à caractère conservateur, par exemple par l’aide aux familles nombreuses. La plus importante de ces « mesures sociales » est le programme 500 +, qui alloue des aides aux familles d’au moins deux enfants, voire un enfant selon leurs revenus. Ce programme présente des biais traditionalistes : les mères célibataires qui ont un emploi en sont souvent exclues, par exemple. Le gouvernement a simultanément ignoré les demandes de hausse salariale des enseignants qui ont organisé une des plus grandes grèves de ces dernières années. Cela montre à nouveau que pour le PiS les mesures sociales sont des outils destinés à gagner des voix et à faire accepter ses politiques autoritaires et non un instrument pour plus d’égalité sociale. En fait, le PiS vise la baisse des salaires et l’accroissement de l’exploitation des travailleurs ainsi que leur flexibilité, et donc l’accroissement des profits capitalistes.

Passant pour antilibéraux, ces partis de droite et d’extrême droite ne prennent aucune mesure anticapitaliste et ne font même pas semblant. Ils ne refusent aucune des mesures d’aides aux trusts et aux financiers dans aucun des pays européens

Nous nous sommes tenus ici à faire le tour des extrêmes droites et des ultranationalistes et populistes d’Europe mais il en va de même dans le reste du monde, avec les Bolsonaro du Brésil, Trump aux USA ou Modi en Inde, pour ne citer que les principaux. Il n’y a pas plus fervents défenseurs du capitalisme et ils ont surfé sur le rejet des partis classiques mais ne remettent en cause aucun des fondements du système et ne prennent aucune mesure réellement sociale pour améliorer la situation des plus démunis ou des travailleurs.

Ce qui les caractérise, c’est l’accroissement de la démagogie nationaliste, anti-immigrés, anti-musulmans, et, en Europe, antieuropéenne.

Les rares politiques sociales consistent en la création de clientèles des aides, clientèles visant à donner une base à leurs partis de masse, une base plus de type fasciste qu’une base sociale, en aidant réellement les couches défavorisées en masse. Et quand, il y a réellement de l’argent qui parvient à des couches pauvres, c’est uniquement pour recréer des groupes paramilitaires fascistes, comme en Ukraine. Les aides sociales en question sont particularisées en non générales et ont un caractère mafieux. Par contre, ces gouvernements militent tous pour diminuer le coût du travail et diminuer les services publics.

S’ils cherchent à détourner le mécontentement social et politique souvent explosif en développant un nouveau clientélisme, ils ne le font certainement pas en tentant de diminuer les inégalités sociales. Par contre, une constante de leurs politiques, c’est l’accroissement de la dictature d’Etat et de son caractère policier.

Leur proclamation d’un « patriotisme économique » ne signifie nullement qu’ils se mettent en travers des trusts internationaux. Ils tiennent trop à leurs IDE (investissements étrangers directs) dans les industries d’exportation pour les aider à maintenir leur balance des paiements pour faire même des gestes démagogiques contre les trusts.

En Hongrie, par exemple, entre employés directs et des sous-traitants, autour de 240 000 ouvriers (sur 9,7 millions d’habitants – enfants et retraités compris) travaillent dans le secteur automobile dominé par les multinationales notamment allemandes et les démagogues nationalistes ne souhaitent qu’une chose : que cela s’accroît en favorisant davantage ces trusts et en diminuant le coût du travail. Leur nationalisme n’est nullement tourné contre les trusts étrangers mais contre les travailleurs, étrangers comme nationaux.

Il faut remarquer que la Grèce de Tsipras, qui a gouverné avec la participation d’un groupe populiste nationaliste de droite au pouvoir et en menant les mêmes politiques d’austérité que les autres pays européens, notamment la destruction des retraites et des services publics et la politique de baisse des salaires, démontre que la démagogie « de gauche » nationaliste ne vaut pas plus cher.

Alexis Tsipras a déçu tout son électorat par de nouvelles années d’austérité : 20,6% de la population active sans emploi et sans pension suffisante pour vivre. Les pensions de retraite devraient encore être ponctionnées de 10% en janvier prochain. En même temps, les plus riches ne paient toujours pas l’impôt alors que les services publics sont en chute libre sous prétexte qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses. Et la Grèce n’est toujours pas libérée du poids de ses dettes. Tsipras avait affirmé que la fin du plan de sauvetage européen marquait le début d’un nouvel âge d’or pour le peuple grec…

En fait, si toutes les couleurs politiques des partis politiciens convergent en période de crise économique et sociale, c’est que la marge de manœuvre des classes possédantes devient de plus en plus étroite, toutes convergeant complètement au moment de la révolution et de la réaction contre-révolutionnaire.

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