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La thèse erronée de la croissance continue du cerveau humain et d’une supériorité humaine due uniquement à son « gros cerveau »

samedi 14 septembre 2019, par Robert Paris

« J’espère que personne ne tenterait de nos jours de classer les races et les sexes par la taille moyenne des cerveaux. Mais la fascination qu’exerce sur nous la base physique de l’intelligence est toujours aussi vive et l’espoir naïf demeure dans certains milieux que la taille ou quelque autre caractéristique extérieure dépourvue d’ambiguïté puisse traduire cette complexité interne. Cette doctrine liant quantité et qualité est toujours en nous sous sa forme la plus grossière consistant à utiliser une quantité aisément mesurable pour évaluer abusivement une qualité beaucoup plus complexe et difficile à saisir. Cette méthode, que certains hommes emploient pour estimer la valeur de leur pénis ou de leur automobile, est toujours utilisée pour le cerveau…. Je suis, de toute façon, moins intéressé par la taille et les circonvolutions du cerveau d’Einstein que par la quasi-certitude que des individus d’un talent égal ont vécu et sont morts dans les champs de coton et dans les mines. »

« Le pouce du panda », Stephen Jay Gould

« On constate qu’au cours des vingt mille dernières années, la taille et le volume du cerveau humain se sont réduits de façon régulière. Il n’existerait donc plus de relation directe entre le volume cérébral et les capacités comportementales individuelles. Cela traduisait le développement, au cours de l’évolution humaine, de l’effet réversif de l’évolution, qui met au premier plan le rôle de la solidarité sociale (formation de groupe local, puis de tribu régionale, puis de famille de langages). »

Marylène Patou-Mathis dans « Neanderthal, une autre humanité »

La thèse erronée de la croissance continue du cerveau humain et d’une supériorité humaine due uniquement à son « gros cerveau »

Tout d’abord, rappelons qu’il n’existe aucune thèse scientifique sérieuse affirmant que l’intelligence humaine soit proportionnée à la taille du cerveau, à son volume ou même à la dimension d’une de ses zones. La flexibilité d’utilisation du cerveau permet d’attribuer de manière transformable telle ou telle activité à telle ou telle zone.

L’évolution historique du cerveau dans l’histoire de l’évolution humaine ne s’est pas faite de façon linéaire mais par paliers. Et elle n’a pas toujours été croissante. Homo sapiens sapiens avait un cerveau de taille plus importante il y a 30 000 ans qu’aujourd’hui ! Homo neandertalensis avait une taille du cerveau plus importante que celle d’Homo sapiens sapiens.

Les premiers australopithèques possédaient un cerveau un peu plus grand que le cerveau des chimpanzés actuels. Les Australopithecus afarensis avaient un volume endocrânien compris entre 400 et 550 cm3, alors que les crânes de chimpanzés vivant aujourd’hui ont un volume interne de moins de 400 cm3 et les gorilles entre 500 et 700 cm3. La taille du cerveau a ensuite progressivement augmenté par rapport à la taille du corps pendant 2 millions d’années. On estime que la taille du cerveau aurait été multipliée par plus de 3. Homo habilis, premier représentant connu du genre Homo, apparu il y a 2,3 millions d’années, a vu une augmentation modeste de la taille de son cerveau. Il présentait en particulier une expansion d’une partie du lobe frontal impliquée dans le langage appelé l’aire de Broca. Les premiers crânes fossiles d’Homo ergaster, datés de 1,8 million d’années, présentaient un volume en moyenne légèrement supérieur à 750 cm3. De là, le volume crânien a lentement augmenté pour atteindre 1 000 cm3 il y a environ un million d’années. Homo ergaster est notamment l’inventeur de l’industrie acheuléenne. Il y a 450 000 ans, Homo neanderthalensis apparaît. Son cerveau culmine entre 1 300 et 1 700 cm3. Il est l’humain ayant eu le plus grand cerveau. D’après les analyses de fossiles de nouveau-nés néandertaliens, il semble pourtant qu’à la naissance, leur tête n’était pas plus grande que celle des humains modernes mais que la croissance des enfants néandertaliens était plus rapide, ce qui leur permettaient d’atteindre un volume crânien plus important qu’Homo sapiens.

Il y a environ 300 000 ans, c’est au tour d’Homo sapiens d’apparaître. Son cerveau atteint 1 500 cm3. La taille moyenne du cerveau des hommes modernes a diminué au cours des 28 000 dernières années. Le cerveau masculin a diminué de 1 500 cm3 à 1 350 cm3 (soit 10 %) tandis que le cerveau féminin a diminué dans la même proportion. Les 10 000 dernières années de l’existence de l’espèce humaine a vu une diminution de la taille des cerveaux. Des carences nutritionnelles chez les populations agricoles sont un facteur parfois avancé par certains chercheurs pour expliquer cette tendance. Les sociétés industrielles des 100 dernières années ont cependant vu la taille du cerveau rebondir. La meilleure nutrition infantile et la diminution du nombre des maladies pourraient en être la raison.

Les conséquences de cette diminution de la taille du cerveau depuis Néandertal ne sont pas clairement établies. Il n’est pas exclu que Néandertal ait eu de meilleures capacités cognitives dans certains domaines. Certains scientifiques pensent que sa vision était meilleure que celle des hommes modernes. Certains chercheurs pensent que les capacités cognitives de Neandertal étaient au moins similaires à celle de l’homme moderne40,32. D’autres travaux théorisent une plus grande efficacité du cerveau des hommes modernes qui compenserait une taille plus réduite. À partir du Pléistocène supérieur, Homo sapiens d’abord, puis l’Homme de Néandertal ont enterré leurs morts ce qui est une preuve d’une pensée métaphysique. Ils utilisaient tous deux une gamme d’outils plus ou moins élaborés, et ont eu une production artistique, quoique limitée chez Néandertal. De récentes études de 2017 de la plaque dentaire trouvée sur des dents de Néandertaliens suggèrent que les hommes de Neandertal utilisaient des plantes médicinales pour se soigner notamment des analgésiques (acide salicylique des bourgeons de peuplier) et des antibiotiques naturels (Penicillium).

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Toutes les zones du cerveau n’ont pas augmenté de la même manière. Au cours des deux derniers millions d’années, même quand le cerveau du genre Homo a considérablement augmenté de taille, cela n’a pas été identiquement pour toutes les zones du cerveau, en particulier les parties préfrontale, pariétale postérieure, latérale temporale et les régions insulaires. La spécialisation des deux hémisphères cérébraux pour des fonctions connexes mais différentes est devenue plus prononcée, le langage et d’autres capacités cognitives avancées ont émergé. A contrario, certaines parties du cortex n’ont pas changé de taille malgré l’augmentation de volume du cerveau humain, notamment les zones sensorielles et motrices primaires. Une autre région ayant particulièrement grandi est le cortex pariétal postérieur. Les ancêtres non-primates des primates avaient un cortex pariétal postérieur très réduit mais tous les primates ont une grande région pariétale postérieure où les stimuli somatosensoriels et visuels influencent les zones ou les domaines du cortex impliqués dans la planification, l’imitation, la saisie d’objets, l’auto-défense et les mouvements oculaires via leurs projections dans le cortex moteur et prémoteur. Le cortex pariétal postérieur est exceptionnellement grand chez les humains. Il a permis l’apparition de nouvelles fonctions, telles que l’utilisation précise de nombreux types d’outils qui est propre aux humains modernes.

Marylène Patou-Mathis dans « Neanderthal, une autre humanité » :

« Le gros cerveau

« Par rapport à la taille du corps, les êtres humains, notamment Neanderthal, possèdent un cerveau plus volumineux que tous les autres animaux. Dans la lignée humaine, la capacité crânienne, donc le volume cérébral augmente, assez rapidement, au cours du temps. Deux stades d’accélération de ce processus ont été constatés. Le premier a eu lieu il y a un peu plus d’un million d’années ; le volume crânien d’Homo antecessor et d’Homo ergaster augmente sensiblement par rapport à celui de leur prédécesseur Homo habilis (Hominidé africain dont la capacité crânienne est, en moyenne, de 640 centimètres cubes). Le second se produit vers 300 000 ans avec Neanderthal et les hommes modernes archaïques.

Neanderthal a une capacité cérébrale, en moyenne, de 1520 centimètres cubes supérieure à la nôtre. Cependant, le volume du cerveau croît avec la taille, mais pas selon une loi de simple proportionnalité. Chez un humain actuel, le volume du cerveau constitue en moyenne 2% du poids du corps alors qu’il en représente 3% chez les petits lémuriens. Cependant, la relation entre le volume du cerveau et la taille corporelle est bien représentée par une fonction exponentielle. La loi de Kleiber établir que les petits mammifères (comme les rongeurs) ont un métabolisme basal, par unité de poids corporel, supérieur à celui des grands mammifères. Donc, par rapport à la taille du corps, les êtres humains possèdent un cerveau plus volumineux. En utilisant ce rapport, et non les données brutes des capacités cérébrales, la différence entre Neanderthal et l’homme moderne s’estompe.

Comment expliquer cette augmentation du volume cérébral ? Selon le primatologue R. Dubar, aucune variable écologique ne peut entraîner l’agrandissement du cerveau. En outre, ses études ont montré que les singes vivant dans des contextes socio-écologiques très complexes possèdent des cerveaux relativement plus développés (néocortex plus grand) et des capacités cognitives plus élaborées. Il existe donc une relation étroite entre l’accroissement cérébral et la complexité sociale.

Le développement du tissu cérébral et son fonctionnement nécessitent une grande quantité de ressources. Le cerveau d’un adulte et celui d’un nouveau-né consomment respectivement 20 et 60 %, pour des poids de 2 et 10 % seulement. Le cerveau d’un adulte et celui d’un nouveau-né consomment respectivement 20 et 60 %, pour des poids de 2 et 10 % seulement. L’alimentation de la mère joue donc un rôle extrêmement important dans le développement du cerveau du tout-petit ; elle en détermine la taille finale. Cela implique qu’elle doit avoir durant ses périodes de grossesse et d’allaitement, jusqu’au sevrage de l’enfant, une alimentation suffisamment riche pour la nourrir, elle et son enfant. C’est pourquoi, sans doute, l’augmentation progressive de la capacité à trouver et exploiter des ressources alimentaires de grande capacité énergétique (comme la viande) a été un facteur déterminant pour le développement du cerveau. Les recherches menées par R.D. Martin abondent dans ce sens. Pour ce chercheur, d’après l’observation des fossiles d’Australopithèques, l’augmentation du cerveau, par rapport à la taille corporelle, précèderait l’apparition des outils et serait due à une recherche de nourriture plus efficace.

Au cours de l’évolution du cerveau, on constate notamment une augmentation du cortex associatif préfrontal, situé dans la partie antérieure du cerveau, du lobule frontal, une diminution de l’écorce cérébrale et du cortex visuel primaire. Le cortex associatif préfrontal est le siège de la vie émotionnelle, de la possibilité de remise en activité des informations stockées en mémoire, de la mémorisation de longue séquence, de la réalisation de tâches. La zone du lobule frontal contient la conscience de soi, l’attention, la capacité de former des projets et la motivation pour les réaliser, le siège de l’imagination et de la créativité. Le développement des pariétaux a entraîné l’augmentation des réflexes conditionnés, des activités automatiques acquises durant l’enfance et des zones d’association et de coordination situées au carrefour des aires auditives, du toucher et de la vue. Simultanément, se met en place l’asymétrie des hémisphères cérébraux, qui devient, au fil du temps, de plus en plus prononcée. Au niveau du crâne, une des différences anatomiques majeures est la présence chez Neanderthal d’un front bas et étroit. Il est donc probable que le lobe frontal du cerveau était chez lui moins développé que chez l’homme moderne. Peut-on en déduire qu’il avait une vie émotionnelle différente de la nôtre ?

Neanderthal, pour développer un cerveau aussi volumineux, a su exploiter les ressources alimentaires disponibles dans son environnement, notamment celles qui ont une grande capacité énergétique comme la viande. Ses capacités cognitives sont également mises en évidence par ses inventions et les nombreuses activités qu’il a pratiquées. Et, contrairement aux idées reçues, ces inventions ne sont pas qu’une réponse adaptative aux changements climatiques, elles correspondent également à une évolution culturelle. On constate qu’au cours des vingt mille dernières années, la taille et le volume du cerveau humain se sont réduits de façon régulière. Il n’existerait donc plus de relation directe entre le volume cérébral et les capacités comportementales individuelles. Cela traduisait le développement, au cours de l’évolution humaine, de l’effet réversif de l’évolution, qui met au premier plan le rôle de la solidarité sociale (formation de groupe local, puis de tribu régionale, puis de famille de langages). »

« Comme les huit doigts de la main » de Stephen Jay Gould :

« L’homme est l’espèce dont le cerveau est le plus développé à la surface de la Terre. Mais comment établir la mesure de notre supériorité ? La valeur absolue de la taille cérébrale ne convient pas, puisque les baleines et les éléphants nous battent sur ce plan : ces animaux ont un bien plus gros corps que le nôtre, et ont besoin d’un cerveau très volumineux pour pouvoir coordonner une telle masse. Mais la taille cérébrale relative (rapport du poids du cerveau sur poids du corps) ne convient pas non plus, puisque la dimension cérébrale croît moins rapidement que la dimension corporelle, lorsque l’on parcourt la gamme des mammifères, depuis le plus petit rongeur jusqu’au plus grand des cétacés – et la musaraigne, selon ce critère inadéquat, serait le summum du développement cérébral mammalien.

Stephen Jay Gould :

« Le fait que le cerveau humain soit l’objet neurologique le plus complexe de la planète ne signifie pas que l’homme soit l’être le plus complexe. Le cerveau n’est pas tout, il y a bien d’autres structures complexes. Il n’est pas juste d’adopter une vue de l’évolution centrée sur le cerveau. Il n’existe pas de tendance générale de l’évolution vers des cerveaux plus grands. Il y a beaucoup plus d’espèces de bactéries que d’animaux multicellulaires et plus de 80 % des espèces de multicellulaires sont des insectes. Sur les quelque 4 000 espèces de mammifères il n’y en a qu’une qui soit consciente d’elle-même. On ne peut pas dire que l’accroissement de la complexité mentale caractérise l’évolution. »

Sonia Harmand :

« Longtemps après la découverte des premiers australopithécinés, la plupart des scientifiques ne les regardaient pas comme des ancêtres des êtres humains actuels. La théorie du « gros cerveau » continuait à dominer les conceptions sur l’évolution humaine, et ces « grands singes du sud » paraissaient primitifs avec leurs petits cerveaux et leurs proportions crâniennes du type des grands singes. Ces nouveaux fossiles étaient difficiles à dater, et la croyance erronnée qu’ils relevaient de la même période que les fossiles d’Homo erectus trouvés dans d’autres régions du monde conduisait à les considérer comme les descendants attardés de quelque stade ancestral, beaucoup trop primitifs pour figurer dans l’ascendance directe de l’être humain. Lorsque les méthodes modernes de datation montrèrent, au cours des années 1960, que de nombreux sites à austalopithécinés avaient plus de 2 millions d’années, on se mit à considérer ces hominoïdes comme des ancêtres possibles des êtres humains. Nous savons maintenant que plusieurs de ces sites dépassent de loin les 3 millions d’années. Alors, quelle est l’espèce qui représente le plus vraisemblablement l’ancêtre des êtres humains ? Pendant longtemps, c’est A. africanus qui a été en tête de liste, mais l’arrivée de A. afarensis a fourni un prétendant de plus grande ancienneté, et qui, par certains aspects de ses dents et de sa face, paraissait plus proche d’Homo habilis et d’Homo erectus, les vrais premiers hommes, que ne l’était A. africanus. Beaucoup de spécialistes en sont venus à voir ce dernier comme étant situé sur une branche secondaire de l’évolution, ne menant qu’aux australopithécinés robustes, avec une adaptation corrélative à la consommation d’aliments végétaux durs, se traduisant par une dentition spécialisée dans le broyage. A cette manière de voir s’opposent une minorité de spécialistes qui soulignent certains traits d’apparence humaine chez les australopithécinés robustes. Il s’agit notamment d’un cerveau plus gros chez A. africanus et A. afarensis, et de certains aspects du crâne et des dents qui pourraient représenter un héritage évolutif commun. Dans le cadre de ce scénario, il faudrait imaginer qu’un ancêtre commun récent aurait donné naissance à la fois à la lignée humaine et aux australopithèques robustes, lesquels se seraient spécialisés, puis éteints. A. afarensis auriat alors été un ancêtre plus ancien, mais serait hors de la lignée menant directement aux êtres humains. (…) Tandis que les espèces d’hominides identifiées deviennent plus nombreuses, il est impossible de repérer une ligne évolutive unique, et aucune des tentatives de placer les fossiles les mieux caractérisés sur un arbre généalogique n’est exempte de contradictions. (…) A quel stade, dans les traces de notre lointaine préhistoire, pouvons-nous apercevoir les signes de la transition vers la société humaine, avec tous ses attributs : les coutumes, les règles, et les cérémonies, transmises et modifiées selon les demandes du milieu et pour autant que le permette notre programme génétique ? (…) Les scientifiques ont essayé, dans le passé, de définir des « Rubicons » simples, des tournants à partir desquels il serait considéré que les véritables êtres humains seraient apparus. L’un de ceux-ci a été la fabrication d’outils (pas l’utilisation d’outils : la loutre marine se sert d’enclumes de pierre pour ouvrir des coquillages). Il semble à présent que des outils de pierre ont été produits en Afrique dès -2,5 millions d’années. Mais on a suggéré récemment que le bipède non humain Paranthropus fabriquait et utilisait des outils simples, et puisque ce comportement est également connu chez le chimpanzé, la fabrication d’outils ne peut plus être retenue comme une caractéristique exclusivement humaine. On a proposé un autre Rubicon, à savoir le volume du cerveau ; il est vrai que la distance séparant les grands singes et les êtres humains est importante, les grands singes pouvant aller jusqu’à 600 cm cube, et les êtres humains étant généralement au-dessus de 1000 cm cube. Mais, si les premiers membres du genre Homo sont réellement provenus de quelque espèce d’australopithéciné, leur volume cérébral a probablement dû, au départ, se situer dans la gamme des volumes cérébraux caractéristiques des grands singes. Plus récemment, les scientifiques ont laissé de côté l’idée de trouver un trait unique capable de distinguer en propre le genre Homo, et ont, au contraire, essayé de prendre en considération un ensemble d’aspects n’ayant pas besoin d’être tous présents chez un même fossile donné. Parmi les traits physiques, la liste suivante a été dressée : un volume cérébral important, une face plus réduite, moins inclinée vers l’arrière, des dents plus petites (en particulier les molaires et les prémolaires), un nez proéminent, et, lorsque les archives fossiles permettent de les examiner, une structure de la hanche et une forme générale du corps plus humaines. Il n’existe pas de classification périodique des éléments mentaux – moraux, psychologiques, culturels, et ainsi de suite – qui contribuent à définir ce qu’est un être humain, mais ils constituent eux aussi une constellation, évidemment non mesurable par la science, mais faisant partie du tableau. »écrivent Peter Andrews et Christopher Stringer, dans « L’évolution humaine ».

Jean-Sébastien Steyer :

« L’argument souvent avancé est alors « Oui mais regardez le cerveau humain et l’évolution de l’homme ; ne sommes-nous pas plus complexes que les autres espèces ? » En bons primates égocentriques, nous percevons l’évolution comme une augmentation de la complexité car nous trônons sur notre branche. Or dans l’arbre de la vie, aucune espèce n’est plus complexe ni plus évoluée qu’une autre, mais toutes sont différentes. Cette idée de complexité hiérarchise non plus les espèces elles-mêmes, mais les caractères les définissant : ainsi le fait de posséder un cerveau devient plus important que celui de posséder un œil ou un rein… Vu sous cet angle, il est alors facile de démonter l’argument en orientant le projecteur sur d’autres caractères : le crâne des hominidés est par exemple beaucoup plus simple que celui d’un vulgaire poisson car il contient beaucoup moins d’os ! »

Ian Tattersall :

« L’apparition de la pensée symbolique ne semble nullement être le résultat d’une tendance opérant sur la longue durée, comme la sélection darwinienne l’exige. L’autre hypothèse est donc elle-ci : (...) cette innovation relève probablement de ce que l’on appelle l’émergence. »

« L’histoire cumulative de notre cerveau a pris soin qu’il ne ressemble en rien au type de machine qu’un ingénieur rationaliste pourrait concevoir du début à la fin ; et c’est très probablement à cette histoire désordonnée et semée d’accidents que nous devons nos capacités cognitives tant vantées. »

« La technique de la pierre taillée est attribuable à l’intellect d’hominidés archaïques, de petite taille, possédant probablement un cerveau de volume limité. » (dans « Petit traité de l’évolution »

Ian Tattersall dans « L’émergence de l’homme » :

« Le cerveau humain

« Le comportement humain est en définitive le produit de plus mystérieux de tous les organes, le cerveau. On ne sait pas exactement ce qui, dans celui-ci, nous permet d’atteindre un extraordinaire niveau d’intelligence ; mais on peut certainement apprendre beaucoup d’une comparaison entre notre système nerveux central et celui de nos plus proches apparentés. La première évidence est que le cerveau de l’homme moderne est de grande dimension. Nous n’avons pas le plus gros cerveau en valeur absolue : l’éléphant nous est sur ce point supérieur, de même qu’il a un cœur, un foie et des poumons plus gros. Nous n’avons pas non plus le plus gros cerveau en valeur relative ; le singe écureuil possède un cerveau qui représente trois pour cent du poids de son corps, alors que cette même proportion est de deux pour cent chez l’homme… Le point capital est plutôt que notre cerveau est trois fois plus gros qu’il ne devrait être chez un primate de notre poids… En raison de sa dimension, il accapare environ vingt pour cent de l’énergie dépensée par l’organisme, bien qu’il ne représente, on l’a vu, qu’une fraction insignifiante du poids du corps. Surtout, contrairement aux autres organes, cette consommation d’énergie est constante : le cerveau ne demande guère plus, globalement, lorsque nous réfléchissons que lorsque nous dormons. La contrepartie avantageuse de cette vaste consommation d’énergie réalisée par le contenu de notre boîte crânienne réside dans nos aptitudes comportementales – et il a fallu que cet avantage se fasse sentir chez nos prédécesseurs qui avaient un cerveau plus petit que le nôtre, mais plus gros que la normale chez les primates…

Toutefois, la seule taille du cerveau est loin de suffire à tout expliquer. Son organisation – sa structure – est également unique en son genre, et c’est là, semble-t-il, que réside l’explication de nos remarquables capacités cognitives…

Le cerveau de tous les mammifères est construit en fonction d’un même plan, ce qui ne saurait nous étonner, puisque ces organismes sont tous issus d’un même ancêtre commun. Il est commode d’envisager cette structure fondamentale sous la forme d’une série de couches, un peu comme un oignon – bien que la manière dont le cerveau s’est constitué au cours de l’évolution, avec de nouvelles fonctions et des dilatations ad hoc ajoutées aux vieilles structures, rende cette organisation bien moins régulière que cette image ne le suggère. Les parties les plus internes se situent au sommet de la moelle épinière et se trouvent ainsi à la base du cerveau : ce sont elles qui sont apparues les premières dans l’évolution des vertébrés. Elles forment collectivement ce que l’on appelle le tronc cérébral et assurent le contrôle des fonctions de base du corps, comme le rythme cardiaque et la respiration, tout en alertant le reste du cerveau de l’arrivée de signaux en provenance de la moelle épinière. Le cervelet, une dilatation postérieure du tronc cérébral, régule l’équilibre et les mouvements. Les traces mnésiques relatives à la régulation de certaines réponses acquises fondamentales sont également stockées dans cette structure. Avec l’apparition des mammifères, le système limbique s’est perfectionné : il s’agit d’un groupe de structures qui se situe juste au-dessus du tronc cérébral et dont la fonction principale est de réguler les processus de base du corps et les réponses émotionnelles liées à la survie et à la reproduction (la recherche de nourriture, la lutte, la fuite et la sexualité). Les structures limbiques jouent également un rôle dans le stockage à long terme des souvenirs. En fait aussi partie la région la plus primitive de cette portion du cerveau que l’on appelle le cortex cérébral. Ce dernier comprend, au-dessus des structures limbiques, une autre partie, le néocortex, plus complexe et d’origine évolutive plus récente, qui accomplit la plus grande part de ce que nous considérons habituellement comme le travail spécifique du cerveau : la cognition, le traitement complexe des informations visuelles et auditives, ou bien l’imagerie mentale…

Il faut garder présentes à l’esprit deux notions. La première est que, dans la mesure où le cerveau des primates supérieurs a été édifié par un bricolage évolutif ayant ajouté ou perfectionné telle ou telle structure au cours de vastes périodes de temps, cet organe n’est pas du tout comparable à une machine rationnellement conçue et à l’organisation rigoureusement ordonnée. Un grand nombre des centres « supérieurs » du cerveau communiquent les uns avec les autres principalement ou exclusivement par le biais de centres « inférieurs » plus anciens. Par suite, une grande part de la coordination de beaucoup de fonctions « supérieures » est assurée par des structures « inférieures ». Par conséquent, nous avons beau porter au pinacle nos remarquables facultés mentales, le vieux cerveau « primitif » est toujours sous-jacent : c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles nous ne seront jamais ces êtres suprêmement rationnels, tels nous nous plaisons à nous représenter dans nos moments d’autosatisfaction… Cependant, on ne peut nier que notre cerveau est réellement issu d’une histoire évolutive. Et si le cerveau de l’homme moderne est le résultat de multiples phases de son histoire, cela doit également être vrai des comportements qu’il sous-tend. La deuxième notion qu’il faut garder à l’esprit est que le cerveau humain, quelles que soient ses merveilleuses facultés, ne contient probablement pas de structures complètement nouvelles – de structures que l’on ne retrouverait pas chez tous nos apparentés primates (ou même mammaliens), si humbles soient-ils. Il est inutile de rechercher quelque structure cérébrale complètement nouvelle pour expliquer nos capacités cognitives, si élégante que pourrait être une telle explication. Au cours de notre histoire évolutive, certaines parties du cerveau humain se sont seulement agrandies ou réduites par rapport à d’autres… Bien que nous possédions indéniablement le cortex cérébral le plus gros des primates (environ soixante-dix pour cent du poids de notre gros cerveau), les primates, en général, sont caractérisés par un spectaculaire accroissement du pourcentage du cerveau occupé par le cortex cérébral et les structures connexes. De ce fait, relativement au poids total du cerveau, notre cortex n’est pas sensiblement plus gros que celui du chimpanzé (cette proportion est, chez lui, de soixante-douze pour cent) ou du gorille (soixante-huit pour cent)…

De façon encore plus significative, les différences qui nous distinguent des grands singes portent également sur l’étendue des diverses aires du cortex. En particulier, les aires d’association (les régions du cortex qui intègrent les stimuli provenant des diverses voies sensorielles et les traduisent en des perceptions) sont beaucoup plus développées chez l’homme. Par exemple, les aires telles que le cortex d’association préfrontal (où se réalise une grande part des processus de la pensée), le lobe temporal, ou encore la région inférieure du lobe pariétal sont toutes beaucoup plus développées chez l’homme que chez les grands singes…

Il est un aspect intéressant de l’organisation générale du cerveau qui a récemment beaucoup attiré l’attention et qui est repérable au niveau de son apparence externe globale, c’est la question des asymétries cérébrales. Chez les grands singes, les côtés droit et gauche du cerveau sont pratiquement symétriques ; mais ce n’est pas le cas chez l’homme moderne. Cette donnée est importante, car, outre le fait que chaque hémisphère contrôle le côté opposé du corps, on pense que chez l’homme les fonctions réalisées par les deux hémisphères ne sont pas complètement identiques. Par exemple, chez la plupart des personnes, l’hémisphère gauche prédomine, en moyenne, dans le domaine de la compréhension et de la production du langage, dans la lecture et l’écriture et dans les tâches requérant des aptitudes logiques et analytiques. L’hémisphère droit, lui, paraît généralement sous-tendre les aptitudes artistiques et musicales, la reconnaissance des formes (et notamment celle des visages), les tâches requérant de raisonner dans l’espace, et la perception globale des configurations… Selon une récente étude des moulages endocrâniens de fossiles d’hominidés par Ralph Holloway, de l’université Columbia, c’est seulement plusieurs millions d’années après l’apparition de notre lignage que se manifestent les premiers signes d’asymétrie cérébrale (suggérant l’existence de la préférence manuelle droite) – celle-ci apparaît chez des fossiles datant d’un peu moins de deux millions d’années. De façon intéressante, les études archéologiques indiquent que les plus anciens outils de pierre taillée ont été réalisés le plus souvent par des droitiers…

Les aptitudes d’Homo sapiens aujourd’hui (et celles dont ont fait preuve les extraordinaires artistes du paléolithique supérieur) représentent un énorme saut par rapport à celles de ses prédécesseurs. Ce que l’on appelle globalement les « facultés humaines » ne s’inscrivent pas dans la continuation de dispositions qui étaient antérieurement présentes dans notre lignée et que les études de paléoanthropologie permettraient d’élucider. Elles relèvent davantage de la catégorie des « propriétés émergentes », par lesquelles une nouvelle combinaison de traits produit, par hasard, des résultats totalement inattendus…

Il apparaît que la conscience est le produit de notre cerveau, lequel est à son tour le produit de l’évolution de notre lignée. Mais les propriétés de l’évolution du cerveau humain sont de nature émergente : résultat unique en son genre d’une longue histoire évolutive, elles sont le fruit d’une acquisition par hasard de traits à laquelle la sélection naturelle n’a pu donner avantage qu’après coup. Les mécanismes sous-jacents à ces propriétés émergentes représentent les questions non résolues les plus importantes de la science, bien que de nombreuses recherches soient activement menées par des neurobiologistes, des psychologues, des philosophes et d’autres…

Il n’est pas de meilleur exemple que l’histoire du cerveau des vertébrés pour démontrer que le changement évolutif n’a pas simplement consisté en une amélioration graduelle au cours des âges : l’évolution du cerveau ne s’est pas ramenée à la simple addition de quelques connexions, pour aboutir finalement, au bout des temps, à une grande et magnifique machine. L’évolution a, en fait, fonctionné sur un mode « opportuniste », affectant de façon assez anarchique des structures cérébrales anciennes à des fonctions nouvelles, et ajoutant de nouvelles structures ou élargissant les anciennes au petit bonheur. De nombreux processus naturels agissant à de nombreux niveaux sont intervenus dans l’émergence de notre espèce. Dans un premier temps, au sein d’une population locale d’hominidés et par le biais d’altérations du développement que nous ne comprenons pas encore, le cerveau humain actuel est apparu à partir d’une forme précurseur qui possédait toute une gamme de structures initialement utiles dans d’autres fonctions que celles qu’elles allaient ensuite desservir en tant qu’exaptations. Puis, la sélection naturelle a œuvré au sein de cette population locale pour établir cette nouvelle forme comme une norme. La spéciation est alors intervenue pour que cette dernière soit désormais l’attribut individuel d’une espèce, la fixant ainsi au sein de l’histoire d’un lignage. Pour finir, la nouvelle espèce a remporté la compétition avec ses apparentées, en un processus qui a conduit à l’Homo sapiens comme seule espèce d’hominidé restant au scène (ce qui est peut-être la première fois qu’existe un tel cas de figure dans l’histoire de la lignée). Sous cet angle, la conscience véritablement humaine est simplement l’un des résultats auxquels ont abouti les processus aléatoires d’apparition et de fixation des innovations couramment observés dans l’évolution de toutes les lignées ».

Quentin Mauguit :

« Au départ, nous avons interprété les capacités des Hommes un peu à l’envers. Pour utiliser les outils et parler, il faut être intelligent. Pour ce faire, il faut avoir un gros cerveau. Donc nous nous sommes d’abord dit que les australopithèques ne pouvaient pas faire d’outils, que c’était forcement propre au genre Homo. D’autres erreurs similaires ont été commises concernant les capacités de langage. Seul Homo sapiens aurait été capable de parler. Il aurait été le seul à posséder un cerveau suffisamment grand. Plusieurs découvertes récentes ont montré que les australopithèques et les paranthropes fabriquaient des outils. Au final, la taille du cerveau n’a pas un lien direct avec ces capacités. « Nous montrons maintenant que tous les ancêtres de l’Homme possédaient des cerveaux asymétriques. Ils ont donc tous au moins un support anatomique dont on sait qu’il joue un rôle dans les capacités manuelles et dans les capacités de langage. Cela enlève cette idée très simplificatrice voulant que seul Homo sapiens ait été capable de parler et d’utiliser des outils. »

Claudine Cohen dans sa conférence pour l’Université de tous les savoirs en janvier 2000 :

« L’évolution humaine a commencé par les pieds aimait à dire par provocation André Leroi-Gourhan, insistant sur le fait que l’acquisition de la bipédie précède dans l’histoire humaine précède dans l’histoire humaine le développement du cerveau. De fait, des découvertes récentes ont montré que la bipédie a sans doute été acquise très tôt dans l’histoire de la famille humaine, il y a 3 ou 4 millions d’années. Les études menées sur la locomotion des australopithèques ont conclu que ceux-ci marchaient déjà sur leurs deux pieds, même s’il leur arrivait parfois de se déplacer par brachiation – en se suspendant à l’aide des bras. Les traces de pas découvertes en 1977 à Laetoli (Tanzanie) et datées de 3,6 millions d’années sont bien celles de deux individus parfaitement bipèdes, marchant côte à côte… Elles ont confirmé le fait que la station redressée et la marche bipède étaient déjà acquises par ces hominidés primitifs – bien avant que la taille du cerveau n’atteigne son développement actuel. Le développement du cerveau est certainement le trait le plus remarquable de la morphologie humaine. (...) La question reste cependant posée du « Rubicon cérébral » - elle implique qu’il existerait une capacité endocrânienne au delà de laquelle on pourrait légitimement considérer qu’on a affaire à des représentants du genre Homo, dignes d’entrer dans la galerie de nos ancêtres…La définition, longtemps discutée, d’Homo Habilis comme premier représentant du genre humain, a fait reculer cette frontière à 600 cm3 … et peut-être encore moins : il faut bien admettre que le développement du cerveau n’a pas été l’unique « moteur » du développement humain ; il s’associe à d’autres traits anatomiques propres à l’homme, station redressée, bipédie, morphologie de la main, fabrication et utilisation d’outils, usage d’un langage articulé… (...) L’avènement d’une « conscience » proprement humaine se situerait donc du côté de ses productions techniques. L’outil est-il autant qu’on le pensait naguère porteur de la différence irréductible de l’homme ? (...) Si l’outil définit l’homme, l’apparition de l’homme proprement dit ne coïncide pas avec celle de l’outil. Certains grands singes savent utiliser et même fabriquer des outils. (...) Certains chercheurs n’hésitent pas à parler de « comportements culturels » chez ces singes. D’autre part, les première industries de pierre sont probablement l’œuvre des australopithèques : ces hominidés au cerveau guère plus volumineux que celui d’un gorille sont-ils des auteurs des pebble tools ou des industries sur éclats vieilles d’environ 2,5 millions d’années – qui ont été trouvées associées à eux dans certains sites africains ? (...) Il a donc fallu repenser les « seuils » qui naguère semblaient infranchissables, non seulement entre grands singes et premiers hominidés, mais aussi entre les différents représentants de la famille humaine. »

Darwin dans « La descendance de l’homme » :

« L’homme est bien plus près des singes anthropomorphes par les caractères anatomiques de son cerveau que ceux-ci ne le sont non-seulement des autres mammifères, mais même de certains quadrumanes, des guenons et des macaques… Le cerveau a certainement augmenté en volume à mesure que les diverses facultés mentales se sont développées. Personne, je suppose, ne doute que, chez l’homme, le volume du cerveau, relativement à celui du corps, si on compare ces proportions à celles qui existent chez le gorille ou chez l’orang-outan, ne se rattache intimement à ses facultés mentales élevées… D’autre part, personne ne peut supposer que l’intelligence de deux animaux ou de deux hommes quelconques puisse être exactement jaugée par la capacité de leur crâne. Il est certain qu’une très petite masse absolue de substance nerveuse peut développer une très grande activité mentale ; car les instincts si merveilleusement variés, les aptitudes et les affections des fourmis que chacun connaît, ont pour siège des ganglions cérébraux qui n’atteignent pas la grosseur du quart de la tête d’une petite épingle… Il faut, cependant, admettre que quelques crânes très anciens, comme le fameux crâne du Neanderthal, sont bien développés et très spacieux… Le poids et le volume croissants du cerveau et du crâne chez l’homme ont dû influer sur le développement de la colonne vertébrale qui les supporte, surtout alors qu’il tendait à se redresser. Pendant que s’effectuait ce changement d’attitude, la pression interne du cerveau a dû aussi influencer la forme du crâne, lequel, comme beaucoup de faits le prouvent, est facilement affecté par des actions de cette nature… Il est facile de comprendre pourquoi une classification basée sur un seul caractère ou sur un seul organe, — fût-ce un organe aussi complexe et aussi important que le cerveau, — ou sur le grand développement des facultés mentales, doit presque certainement être peu satisfaisante…

Le cerveau de l’homme, celui de l’Orang, du Chimpanzé et du Gorille, en dépit des différences importantes qu’ils présentent, se rapprochent beaucoup les uns des autres. Il n’y a donc plus à discuter la ressemblance qui existe entre les caractères principaux du cerveau de l’homme et de celui du singe ; il n’y a plus à discuter non plus la similitude étonnante que l’on observe même dans les détails des dispositions des fissures et des circonvolutions des hémisphères cérébraux chez le Chimpanzé, l’Orang et l’Homme. On ne saurait admettre non plus qu’on puisse discuter sérieusement la nature et l’étendue des différences qui existent entre le cerveau des singes les plus élevés et celui de l’homme. On admet que les hémisphères cérébraux de l’homme sont absolument et relativement plus grands que ceux de l’Orang et du Chimpanzé ; que ses lobes frontaux sont moins excavés par l’enfoncement supérieur du toit des orbites ; que les fissures et les circonvolutions du cerveau de l’homme sont, en règle générale, disposées avec moins de symétrie et présentent un plus grand nombre de plis secondaires. On admet, en outre, que, en règle générale, la fissure temporo-occipitale ou fissure perpendiculaire extérieure, qui constitue ordinairement un caractère si marqué du cerveau du singe, tend à disparaître chez l’homme. Mais il est évident qu’aucune de ces différences ne constitue une ligne de démarcation bien nette entre le cerveau de l’homme et celui du singe… Il importe de constater un fait remarquable : c’est que, bien qu’il existe, autant toutefois que nos connaissances actuelles nous permettent d’en juger, une véritable rupture structurale dans la série des formes des cerveaux simiens, cet hiatus ne se trouve pas entre l’homme et les singes anthropoïdes, mais entre les singes inférieurs et les singes les plus infimes, ou, en d’autres termes, entre les singes de l’ancien et du nouveau monde et les Lémuriens. Chez tous les Lémuriens qu’on a examinés jusqu’à présent, le cervelet est partiellement visible d’en haut, et le lobe postérieur, ainsi que la corne postérieure et l’hippocampus minor qu’il contient, sont plus ou moins rudimentaires. Au contraire, tous les marmousets, tous les singes américains, tous les singes de l’ancien monde, les babouins ou les singes anthropoïdes ont le cervelet entièrement caché par les lobes cérébraux postérieurs et possèdent une grande corne postérieure, ainsi qu’un hippocampus minor bien développé. »

Engels dans « Dialectique de la nature » :

« C’est à l’esprit, au développement et à l’activité du cerveau que fut attribué tout le mérite du développement rapide de la société ; les hommes s’habituèrent à expliquer leur activité par leur pensée au lieu de l’expliquer par leurs besoins (qui cependant se reflètent assurément dans leur tête, deviennent conscients), et c’est ainsi qu’avec le temps on vit naître cette conception idéaliste du monde, qui, surtout depuis le déclin de l’Antiquité, a dominé les esprits. Elle règne encore à tel point que même les savants matérialistes de l’école de Darwin ne peuvent toujours pas se faire une idée claire de l’origine de l’homme, car sous l’influence de cette idéologie, ils ne reconnaissent pas le rôle que le travail a joué dans cette évolution. »

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