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Le temps des tempêtes, c’est le temps des loups…

dimanche 15 septembre 2019, par Robert Paris

édito

Quand les classes possédantes ont peur, elles deviennent sanguinaires

Le temps des tempêtes financières approche et les classes possédantes deviennent nerveuses. Nul doute sur la raison : elles savent que l’effondrement général est inévitable. Elles savent aussi ne pas être capables de jeter sur les marchés les centaines de milliers de milliards de dollars qui ont permis de retarder de dix ans la chute de 2008. Les banques centrales sont déjà au plancher à force d’injecter des liquidités avant même que le tsunami arrive et balaie tout. Ce n’est qu’une question de temps, même si personne ne sait ni quand ni comment le chaos financier reviendra, ni même par quelle fissure l’eau rentrera dans la coque du navire en perdition. Et cela explique bien des choses étonnantes qui changent dans le monde, des événements, économiques, politiques, sociaux qui ne sont apparemment pas liés entre eux et le sont pourtant certainement.

En effet, comment comprendre que la principale place financière de l’Europe, l’Angleterre, choisisse de quitter l’Europe en perdant des sommes colossales sans y gagner grand-chose ?

Comment se fait-il que toutes les divisions de l’Angleterre elle-même renaissent : non seulement avec l’Europe mais aussi avec l’Irlande, avec l’Écosse ?

Comment comprendre que l’une des bourgeoisies les plus riches d’Espagne, celle de Catalogne, choisisse de rompre en quittant le pays, en souhaitant prendre son indépendance ?

Comment comprendre que la bourgeoisie européenne commence à envisager la rupture de l’Union, alors que c’est sous l’égide de l’Europe qu’ont eu lieu ses meilleurs succès économiques et financiers ?

Comment comprendre que les Etats-Unis appuient toutes leurs forces la destruction de l’Union européenne, poussant par exemple l’Angleterre à un Brexit sans accord ?

Comment comprendre que les Etats-Unis soient en train de menacer l’OMC, de casser nombre d’accords de commerce international qui avaient tellement profité au capitalisme, à commencer par l’économie américaine ?

Comment comprendre que l’Etat américain, ce qui veut dire aussi les classes possédantes américaines, choisisse de relancer la course mondiale aux armements, y compris nucléaires ainsi que dans l’espace, et attise de nombreux conflits (dont ceux liés à la concurrence pour la possession des pôles et des océans), à commencer par ceux contre la Chine et la Russie, alors que les USA étaient les principaux artisans de la phase de paix entre les blocs ? Les hostilités remontent aux quatre coins du monde : Yémen, Corées, Iran, mer de Chine et bien d’autres…

Comment comprendre que l’Etat américain, dirigé il y a peu par Obama, soit en train d’attiser toutes les haines à l’intérieur des USA, notamment contre les Noirs et les latino-américains ?

Comment comprendre que le nouveau chef d’Etat brésilien attise les haines de toutes sortes et pousse au retour de la dictature militaire alors que le peuple brésilien est particulièrement hostile à cette phase de l’histoire du pays ?

Comment comprendre que le chef de l’Etat israélien annonce son projet d’annexer une partie de la Cisjordanie sans craindre les violentes réactions palestiniennes ou arabes ?

Comment comprendre que le gouvernement d’extrême droite bouddhiste de l’Inde décide de s’attaquer violemment à tous les musulmans du pays en les décrétant apatrides ?

Comment comprendre que les attaques et les violences contre les femmes et les homosexuels, loin de s’apaiser dans le monde, s’aggravent, y compris dans les pays riches ?

Comment comprendre que la menace de guerre mondiale revienne pour la troisième fois menacer l’humanité ?

L’histoire du passé est là pour nous éclairer sur de telles phases de montée brutale des violences où des classes dirigeantes ont elles-mêmes provoqué le dépeçage d’un pays qui était entre leurs mains (la Yougoslavie et l’URSS en sont deux bons exemples), ont mis à feu et à sang toute une région qui leur appartenait (les bourgeoisies européennes durant les deux guerres mondiales en sont un bon exemple), ont déclenché un bain de sang préventif pour éviter la révolution sociale (les fascismes, le Rwanda, la guerre civile libanaise ou yougoslave en donnent aussi des exemples)..

Bien des gens ont oublié que l’Histoire a connu des situations semblables dans le passé, des phases où les classes possédantes ont, elles-mêmes, choisi de mettre à feu et à sang le monde qu’elles dirigeaient et dont elles profitaient. Il s’agissait toujours de situations où une crise sociale touchant violemment les exploités menaçait le système lui-même. La plupart des explications qui sont ainsi données des deux guerres mondiales omettent sciemment de dire que, lors du lancement de ces guerres, le prolétariat apparaissait comme une force menaçante pour l’ordre social des classes possédantes.

Comme bien des empires qui l’ont précédé, l’empire capitaliste est en phase d’autodestruction et pour la même raison que ces prédécesseurs : il a atteint ses propres limites et les classes possédantes, ne se voyant plus capables de le développer encore, parient sur sa chute, préférant le lancer dans des offensives guerrières hasardeuses que d’attendre la crise sociale menaçante. Qui se rappelle qu’à la veille du lancement de la guerre mondiale, en août 1914, les classes dirigeantes voyaient monter les luttes prolétariennes un peu partout dans le monde et qu’elles ont réussi ainsi à les retarder, à les détourner, à les étouffer au nom de l’unité nationale liée à la guerre ? La mobilisation révolutionnaire des années 1910 n’avait pas commencé en 1914 dans les Balkans, ou à Sarajevo, et même pas en 1917-1920, en Russie, en Finlande ou en Ukraine, puis en Hongrie, en Bavière, en Italie, en Autriche, en Pologne, etc., mais dans le monde entier en 1912, 1913 et 1914. Et c’est la menace d’une nouvelle crise économique du capitalisme entraînant un soulèvement prolétarien qui les a convaincus de tenter plutôt la guerre mondiale pour éviter la révolution sociale…

Les fuites en avant sanglantes des classes possédantes ne sont pas aussi irrationnelles qu’elles le paraissent, ne sont pas des événements isolés et incompréhensibles. Elles se rattachent toutes à la contradiction principale du système d’exploitation et de domination : celle entre exploiteurs et exploités. Les concurrences des Etats et des nations, des diverses bourgeoisies entre elles ne prennent un tour sanguinaire que lorsque ces classes possédantes estiment que la guerre leur évite un affrontement bien plus dangereux : celle avec le peuple travailleur qui menace tout l’édifice social des possédants.

L’Antiquité elle-même, bien avant la société bourgeoise et capitaliste, a connu de telles situations de déstabilisation à une échelle internationale. Vers 1200 avant notre ère, tous les régimes et Etats entourant la Méditerranée ont chuté devant la révolte des peuples, des exploités et des opprimés : ces civilisations ont été renversées par des révolutions sociales avant de céder la place au règne des loups à la fois dans les empires hittite, grec, crétois, égyptien, syrien et d’Asie mineure. Un peu partout, les classes possédantes ont tenté de transformer la révolution en guerre civile ou en guerre tout court, y compris en guerre mondiale…

Ce dont les classes possédantes ont peur à nouveau aujourd’hui, ce n’est pas du CO², ce n’est pas du climat, ce n’est pas de la biodiversité, ce n’est pas de la pénurie d’énergie, ce n’est pas des migrants, ce n’est pas des musulmans, ce n’est pas du terrorisme, ce n’est pas des nations concurrentes, ce n’est pas de dictatures coréennes ou vénézuélienne, ce n’est pas des régimes syrien ou iranien, ce n’est pas de la Chine ou de la Russie, ce n’est pas… Mais alors c’est de quoi ?

C’est bel et bien des contradictions internes de leur propre système, incapable de porter leur société plus avant, ayant atteint ses propres limites et ne pouvant que chuter violemment entrainant les peuples dans la révolution sociale. Ce n’est pas des pays les plus pauvres que vient la menace de chute mortelle mais des pays les plus riches : USA, Japon et Europe notamment, comme cela a été le cas dans la crise mondiale de 2007-2008, dont le système n’a réchappé que par des artifices qui n’ont fait que retarder l’effondrement mais en accroissant la taille des déstabilisations économiques et financières.

Dès qu’il sera clair, aux yeux des peuples travailleurs du monde, que le système d’exploitation n’a plus aucun avenir, il est aussi évident que la révolution sociale ne se contentera plus de s’en tenir à la fraction qui, en France, a mené le mouvement des Gilets jaunes mais touchera l’ensemble des exploités. Jamais le fossé entre exploiteurs et exploités n’a été aussi grand et jamais la confiance des exploités dans les classes dirigeantes n’a été aussi faible. On comprend, du coup, que les classes possédantes détournent la colère des masses vers la haine des musulmans, des migrants, des noirs, des femmes, des chinois, des iraniens et on en passe… On comprend qu’elles sèment la guerre et qu’elles ne recrutent plus que des guerriers et des forces de répression, qu’elles divisent leur propre peuple entre pro et anti Brexit, pro et anti Catalogne, pro et anti Iraniens, pro et anti musulmans, pro et anti Noirs, pro et anti migrants, pro et anti fonctionnaires, pro et anti mexicains ou caucasiens, pro et anti chiites, et on en passe…

Partout, les grands de ce monde entretiennent une masse plus grande de toutes sortes d’assassins, officiels et officieux, chargés de préparer des lendemains sanglants. Le capitalisme en voie d’effondrement sème les tueurs, les guerres civiles et les guerres, comme l’orage sème la foudre ! Mais sa chute n’aura pas seulement des conséquences catastrophiques, elle peut aussi ouvrir la voie de la libération des peuples du monde de la société de l’exploitation et de l’oppression, en finissant avec la propriété privée des grands moyens de production et avec l’Etat des classes possédantes !

Pour ceux qui ne se souviennent pas que la classe ouvrière internationale était en voie de développer ses soulèvements sociaux en 1914, quand les classes possédantes ont décidé de la première guerre mondiale

En janvier 1912, première grève générale au Portugal ; en Allemagne, la social-démocratie devient le premier parti au parlement, le Reichstag, la bourgeoisie est affolée et ne parvient pas à former un cabinet majoritaire ; les Bantous d’Afrique du sud créent leur propre parti ; révolte en Tunisie contre les colons français appelée « boycott des tramways » ; les Sénoussis du Sahara se défendent contre le colonisateur italien en Libye ; gouvernement révolutionnaire de Sun Yat-Sen en Chine ; apparition du syndicalisme ouvrier en Indonésie.

En avril, insurrection de Fès contre la colonisation française au Maroc.

En mai, grève générale et émeutes à Budapest (Hongrie) organisées par les sociaux-démocrates. La répression par la police fait six morts, 182 blessés et 300 arrestations.

En juillet, soulèvement au Nicaragua contre un pouvoir conservateur soutenu par les USA.

En décembre, les travailleurs anglais imposent le salaire minimum garanti pour les mineurs et en Roumanie, ils imposent une loi d’assurance ouvrière.

En mai 1912, la grève générale et les émeutes ouvrières à Budapest organisées par les sociaux-démocrates en Hongrie ont été violemment réprimées.

Le parti social-démocrate gagner en influence politique comme il vient de le faire le 12 janvier 1912 en raflant 34,8 % des suffrages, et 110 sièges au Reichstag où il devient le plus grand parti d’Allemagne. Là aussi, la marche à la guerre assure, au moins momentanément, que la direction du parti social-démocrate bascule vers la défense nationale et s’aligne immédiatement sur les intérêts de la bourgeoisie allemande.

Rappelons aussi les grèves de 1910 en Allemagne qui ont suscité un débat intense de 1910 à 1912 entre révolutionnaires et réformistes au sein de la social-démocratie allemande.

A la croissance des années 1909-1912 succède une récession qui touche surtout les pays débiteurs ou fournisseurs de matières premières. La crise s’est manifestée en Allemagne au début de 1913 dans le bâtiment et s’est étendue en mars à la sidérurgie qui, en quatre ans, avait augmenté sa production de près de 60%. Aussitôt la Reichbank a décidé de relevé son taux d’escompte de 5 à 6% et le chômage est apparu.

La Grande-Bretagne à son tour a été touchée, avec un léger décalage, à travers la baisse des prix de la fonte et les difficultés de l’industrie cotonnière. Les US ont été atteints au printemps, la France au mois d’aout. La crise se généralise. Si les effets de cette crise sont assez limités dans les pays industriels, elle a de graves répercussions dans les pays fournisseurs de matières premières ou importateurs de capitaux. Ainsi, l’Argentine est fortement touchée par la hausse du taux d’escompte de la banque d’Angleterre, qui a conduit la plupart des créanciers britanniques à rapatrier leurs capitaux à court terme et les banques argentines à placer les leurs à Londres...

En France, il n’y a pas eu que la grève des cheminots de 1910. C’est toute une montée des luttes ouvrières qui n’a cessé de monter : affrontements ouvriers à Chambéry et Grenoble en 1906, électriciens de Paris en grève en 1907, la Bâtiment en 1908 avec le mouvement de Draveil-Vigneux-Villeneuve-saint-Georges, les sablières de la seine en 1908, les postiers en 1909, la grève des cheminots se généralisant à d’autres professions en 1910 et ne s’arrêtant que par l’arrestation du comité de grève et 15.000 révocations, les électriciens et les chauffeurs de taxis en 1911, les dockers et les inscrits maritimes en 1912. Il faut y rajouter les manifestations contre la guerre comme le 13 juillet 1907 et en juin 1913 contre le vote de la loi des trois ans.

Jules Romains décrit la situation dans "Les hommes de bonne volonté" :

"Octobre 1910 venait d’être une époque d’une grande signification. Préparée dès l’été par un pullulement de grèves locales, annoncée de plus loin par une série de mouvements, d’inspiration syndicaliste, et de tendance révolutionnaire, dont les plus imposants avaient été la grève des postiers de mars 1909, et la grève des inscrits maritimes d’avril et mai 1910, la grève générale, tant de fois décrite par les voyants, ou située par les théoriciens dans le monde excitant des mythes, venait de faire son entrée dans le monde réel.

Entrée semblable à un ouragan. Du fond du ciel chargé, le souffle accourut soudain, augmentant de violence à chaque heure, faisant trembler tout l’édifice social, donnant à ceux qui y étaient logés un frisson qu’ils ne connaissaient pas.

Le 10, les cheminots de la Compagnie du Nord déclenchaient la grève. Le 11 et le 12, elle s’étendait à tous les réseaux. Le 15, elle était généralisée, au point d’intéresser la plupart des services dont dépendait la vie de la capitale.

Pour la première fois, en somme, les deux Pouvoirs, campés l’un vis-à-vis de l’autre, en arrivaient à un véritable corps à corps. (…) Ce n’était pas encore la révolution. C’en était la répétition d’ensemble et éventuellement le prélude. Si les circonstances y aidaient, si les événements, une fois mis en branle, glissaient d’eux-mêmes vers la révolution, on pouvait penser que les meneurs ne feraient pas de grands efforts pour les arrêter sur la pente. (…)

Paris gouvernemental éprouva soudain, comme une réalité accablante qui périmait les vues de l’esprit, la présence de la banlieue Nord. Il s’aperçut que les ordres venus de lui n’avaient plus la force de franchir la zone des bureaux. (…) La grève, commencée par les chemins de fer, avait gagné bientôt l’ensemble des transports en commun ; puis la production d’énergie. Elle atteignait, directement ou indirectement, l’alimentation. Le pain et le lait manquaient, comme la lumière. Paris séculaire, habitué aux vieilles révolutions de rues, sentait avec autant de surprise que d’angoisse cette banlieue récente, maîtresse des machines, qu’il avait laissée croître sans y penser, procéder contre lui non par secousses coléreuses mais par étouffement. (…)

De son côté, la banlieue Nord ne mesurait peut-être pas sans stupeur l’événement immobile qu’on lui faisait accomplir. (…) L’attitude des cheminots, soutenus par l’ensemble des travailleurs, déciderait des événements. L’enjeu était démesuré. Il s’agissait du sort de la Société tant immédiat que lointain. Mais l’avenir se trouvait encore engagé sur un autre plan. Depuis quelques années, en effet, le syndicalisme révolutionnaire avait inscrit à son programme un antimilitarisme précis, qui, s’échappant des formules creuses, des condamnations toutes verbales de la paix armée et de la guerre, envisageait contre ces fléaux une action concertée du prolétariat. (…)

Le 18, les trains remarchaient. La farine, le lait, la viande étaient distribués. En tournant les commutateurs, on voyait s’allumer les lampes. L’ouragan avait duré huit jours."

Il n’y a pas eu que la France, l’Allemagne et l’Angleterre où l’ébulliton ouvrière monte. On peut citer aussi l’Italie.

Voici comment Pietro Nenni rapporte ces années-là en Italie dans « Six ans de guerre civile en Italie » :

« Dans le mouvement syndical, les tendances anti-réformistes et soréliennes prenaient de la force. Le parti socialiste n’échappait pas à la crise et son axe se déplaçait de droite vers la gauche. En même temps allait s’organiser un mouvement nationaliste et impérialiste, qui se déclarait à la fois antisocial, antilibéral et antigiolittien. L’expédition coloniale en Tripolitaine mit pour la première fois en mouvement ces forces nouvelles qui n’existaient encore qu’en puissance et qui allaient dramatiser ou, comme l’on dirait aujourd’hui, radicaliser les luttes sociales et politiques. A Bologne, la jeunesse bourgeoise et nationaliste attaqua, à coups de matraque, les ouvriers qui manifestaient contre la guerre. En Romagne, et notamment à Forli, la grève générale prit le caractère d’une émeute. Trois jours durant le prolétariat fut maître du pavé… Les ouvriers déboulonnaient les rails pour empêcher les trains militaires de partir, occupaient les gares, organisaient le ravitaillement… Cela « chauffait ». A trois reprises, la cavalerie chargea, sabres au clair. Les manifestants tenaient bon. Une palissade fut démolie et nous nous servîmes des planches comme d’une arme. Les femmes se jetaient à terre pour arrêter l’élan des charges. Les gamins bombardaient cavaliers et gendarmes avec des pavés. Nous fûmes repoussés à plusieurs reprises, mais revinmes toujours à l’attaque… Courte victoire. Le lendemain, la ville était en état de siège et la Bourse du Travail, sans tenir compte de nos derniers appels à la résistance, délibérait sur la fin de la grève… L’extrémisme s’accentuait de jour en jour. Vers le milieu de 1914, un événement, qui reçut le nom de « Semaine rouge », donna la mesure de l’état de surexcitation du pays. Le mouvement de grève prit naissance à Ancône, où, le 7 juin, dans un conflit avec la police à « Villa Rossa », trois ouvriers furent tués. De là il s’étendit à la Romagne et à l’Ombrie, et gagna l’Italie tout entière. Les cheminots s’étant joints à la grève, celle-ci fut vraiment générale. Dans plusieurs villes, elle revêtit un caractère d’émeute, notamment à Ancône, dans la Romagne, à Florence et à Naples. La force publique fut débordée. Un moment on eût l’impression d’être en pleine révolution. Les citoyens arboraient des cocardes rouges. A Ravenne, les grévistes avaient arrêté un général. Dans des petites villes on proclamait la République au son du tocsin. A Rome, une manifestation qui se dirigeait contre le Palais-Royal fut péniblement dispersée par l’armée… A Fabriano, une colonne de « bersaglieri » fut désarmée et dut assister à la proclamation de la République. Des églises flambaient. Le drapeau rouge flottait sur des édifices publics. »

Aux USA, les grèves se développent en 1912…

11 janvier 1912 : grève dans les usines textile de l’American Wollen Company à Lawrence (Massachusetts). Les 25.000 travailleurs inorganisés de l’American Woolen Company (lainages), à Lawrence (Massachussets), cessèrent le travail pour protester contre des salaires de famine. Ils étaient, pour la plupart, des immigrants de fraîche date, appartenant à vingt-huit nationalités différentes. Les Italiens prédominaient. L’IWW organise des défilés et des rassemblements qui réunissent 50 000 personnes. Après des affrontements avec la police qui font un mort (Anna LoPizzo, 28 janvier), la loi martiale est décrétée. Un des dirigeants des IWW, Joseph Ettor, prit la direction de la grève. Il la mena de main de maître. La petite ville fut mise en état de siège et Ettor arrêté. Haywood vint le remplacer. Un cortège de 10 à 15 mille grévistes lui fit un accueil triomphal. Il procéda à des innovations hardies. Secondé par une militante de valeur, Elisabeth Gurley Flynn, il organisa la solidarité à l’européenne, dirigeant les enfants des grévistes vers les foyers d’amis et de sympathisants dans d’autres villes. Il fit participer les femmes à la lutte et elles se battirent comme des lions. Il installa autour des usines des piquets intinterrompus, composés de milliers de travailleurs. Il sut attirer l’attention de l’opinion publique en faveur des grévistes. Il s’assura des concours dans la presse. Un comité d’enquête fut constitué à Washington et une délégation de seize enfants, garçons et filles, âgés de moins de seize ans, se rendit dans la capitale fédérale pour décrirer les terribles conditions d’existence à Lawrence. Un de ces enfants traita de menteur Samuel Gompers, venu témoigner contre la grève. Les employeurs finirent par céder. A l’annonce de leur victoire, les travailleurs (fait très rare aux Etats-Unis) chantèrent l’Internationale, en toutes langues. L’effet de cet événement fut immense et dépassa le cadre de Lawrence. 25.000 ouvriers obtinrent, par contrecoup, une augmentation de salaire.

Prenons l’année 1913...

A partir du 14 avril 1913, la Belgique fut secouée par une grève de masse qui mobilisa jusqu’à 400 000 travailleurs. L’appel à la grève avait été lancé par le Parti socialiste belge, en opposition au "vote plural" qui donnait aux propriétaires fonciers, aux gens instruits et aux riches un plus grand nombre de voix qu’aux gens ordinaires.

En France, le 10 février 1913, débutait dans les usines Renault la deuxième grève du chronométrage, après celle des 4 et 5 décembre 1912. La grève est totale : 4000 ouvriers arrêtent le travail.

En 1913, en Irlande, les membres du syndicat général des travailleurs du transport (ITGWU) entament une grève à Dublin pour sa reconnaissance, les employeurs décrètent un lock-out dans toute la ville. C’est toute la société irlandaise qui se retrouve coupée en deux selon une ligne de fracture toute nouvelle : d’un côté pour les ouvriers en grève, de l’autre pour l’ordre et William Murphy. Indépendantistes ou unionistes, catholiques ou anglicans, irlandais ou anglo-irlandais, se retrouvent dans les deux camps, entre ceux prêts à mourir pour leur cause et ceux prêts à les affamer.

Le 14 avril 1913 en Belgique : grève générale initiée par le parti ouvrier pour protester contre le refus de Chambre d’adopter le suffrage universel.

1913 : grèves violentes au Royaume Uni

1913 : mouvements de grève en Russie

1913 : à Paris, grève des ouvriers boulangers et c’est aussi la grève des mineurs du Pas-de-Calais

Novembre 1913 : préparation de l’armée révolutionnaire pour l’indépendance de l’Irlande

En novembre 1913, c’est une grande grève des mineurs du Nord qui démarre…

Le bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais, qui produit 67 % du charbon national, est en grève depuis plusieurs jours. La cause du mécontentement provient d’un sous-effectif endémique qui allonge la durée de travail et porte atteinte à la journée de huit heures, vieille revendication ouvrière. Rien qu’à Lens, par exemple, il manquerait 1800 ouvriers. Le mouvement s’étend au département du Nord et prend de l’ampleur.

Soi-disant afin d’éviter les débordements et les violences, le gouvernement a appelé la troupe. A la Chambre, le député socialiste Jean Jaurès tonne :

« Pourquoi envoie-t-on des forces militaires dans le bassin minier du Pas-de-Calais ? Y-a-t-il la moindre menace de désordre ? Le syndicat des mineurs a fait appel au calme. Que signifie ce déploiement de forces ? Le risque est plus grand de violence et d’agitation, par l’envoi des troupes, car, les compagnies peuvent y voir un encouragement aux mesures d’intimidation. Que demandent les ouvriers ? Ils protestent contre le régime des longues coupes qui les épuisent. La Chambre avait abaissé à trente heures par an la durée des coupes. Le Sénat a porté ce chiffre à 150 heures. C’est une dérogation au principe de la journée de huit heures que le Sénat, lui-même, a commise en se déjugeant (…) »

Un journal fait la liste des grèves du Forez en 1913 :

« L’année débuta à Firminy par une grève dans l’usine Verdié, faisant suite au renvoi de sept ouvriers.

A Charlieu, renommée pour son andouille, les patrons bouchers et charcutiers ont fait grève pour protester contre le nouveau règlement de l’abattoir.

Les platriers-peintres de Saint-Etienne observèrent une longue grève, d’au moins 34 jours. Les charpentiers de Rive-de-Gier et les maçons de Panissières se mirent aussi en grève.

Les ouvrières garnisseuses en chapeau de paille de Chazelles (Ets Ferrier et Hardy) réclamaient une augmentation de salaire. Leur grève suivit de peu celle des ouvrières de la Société Manufacturière de chapeaux feutre et laine, à Chazelles toujours.

A Unieux, dans les Aciéries Holtzer, un ouvrier fut mis à pied trois jours. A son retour, il était informé de son renvoi définitif. Ce qui causa un vif émoi. A une délégation ouvrière, la direction annonça que le renvoi serait limité à trois semaines mais qu’ "une amende serait infligée à tous les ouvriers pour n’être pas rentrés à l’heure du travail". La grève se généralisa le 11 avril. Elle concerna jusqu’à 150 ouvriers. »

En 1913, Rosa Luxemburg écrit sur la grève générale belge : « La grève générale belge ne mérite pas seulement, en tant que manifestation remarquable des efforts et des résultats de la masse prolétarienne en lutte, la sympathie et l’admiration de la social-démocratie internationale, elle est aussi éminemment propre à devenir pour cette dernière un objet de sérieux examen critique et, par suite, une source d’enseignements. La grève d’avril, qui a duré dix jours, n’est pas seulement un épisode, un nouveau chapitre dans la longue série des luttes du prolétariat belge pour la conquête de l’égalité et de l’universalité du droit de vote, luttes qui durent depuis le commencement de la dernière décennie du XIX° siècle et qui, selon toute apparence, sont encore très éloignées de leur fin. Si donc nous ne voulons pas, à la manière officielle, applaudir toujours et à toute occasion tout ce que fait et ne fait pas le Parti social-démocrate, il nous faut, en face de ce nouvel assaut remarquable du Parti Ouvrier Belge, dans ses luttes pour le droit électoral, nous poser la question suivante : Cette grève générale signifie-t-elle un pas en avant sur la ligne générale de combat ? Signifie-t-elle en particulier une nouvelle forme de lutte, un nouveau changement tactique qui serait appelé à enrichir, à partir de maintenant, les méthodes de combat du prolétariat belge, et peut-être aussi du prolétariat international ? »

Et aux USA, 1913 c’est l’année de la grève de 25.000 ouvriers du caoutchouc à Akron...

En 1913, à Akron (Ohio), la cité du caoutchouc, les travailleurs inorganisés des grandes usines de pneus se soulevèrent spontanément. Les IWW prirent la direction du mouvement. Bientôt 20.000 ouvriers du caoutchouc furent en grève. L’infatiguable Haywood accourut. Aidé de James P. Cannon, le future leader trotskyste, il organisa, comme à Lawrence, des piquets de masses. Ici, l’union des syndicats AFL soutint le mouvement et envisagea de déclencher une grève générale. Mais le mouvement, finalement, échoua. Une des causes de cette défaite fut l’attitude hostile de William Green, de la fédération des Mineurs, futur successeur de Gompers, à la direction de l’AFL. Alors sénateur de l’Ohio et président d’une commission d’enquête législative, il dénonça les leaders IWW, les traitant d’ « agitateurs du dehors ».

De même, à Detroit (Michigan), autre forteresse de la nouvelle grande industrie, les wobblies déclenchèrent une grève, au cours de l’été 1913, dans l’usine Studebaker. 8000 travailleurs, tous inorganisés, débrayèrent durant une semaine. Ils firent preuve d’une remarquable cohésion, mais le mouvement manqua son but. Presque en même temps, les organisateurs IWW concentrèrent leurs efforts sur les usines Ford, qu’ils inondèrent de journaux et de tracts, tandis que des orateurs haranguaient les travailleurs aux portes de l’entreprise. Le bruit courut que les wobblies préparaient une grève chez Ford pour l’été 1914. C’est alors que Ford, se sentant menacé, inaugura sa politique des « hauts salaires ».

En 1912, l’organisation IWW, syndicaliste révolutionnaire prônant la lutte des classes, comptait quelque 50 000 adhérents, principalement concentrés dans le Nord-Ouest, parmi les dockers, les ouvriers agricoles dans les États du Centre, et les régions d’industries textile et minière. Les IWW furent impliqués dans plus de 150 grèves, dont la grève du textile de Lawrence (1912), la grève de la soie de Paterson (1913) et the Mesabi range (1916). Ils furent aussi engagés dans ce qui est connu comme l’Émeute de Wheatland Hop, le 3 août 1913. A partir de 1913, le Syndicat des travailleurs du transport maritime de l’IWW (Marine Transport Workers Industrial Union) montra qu’il constituait une force avec laquelle il fallait compter. Il rivalisa avec les syndicats de l’American Federation of Labor pour prendre l’ascendant dans l’industrie. Étant donné son engagement en matière de solidarité internationale, ses efforts et ses succès dans le domaine ne furent pas surprenants. Local 8, une section du syndicat était dirigée par Ben Fletcher ; il avait recruté principalement des dockers afro-américains sur les quais de Philadelphie et de Baltimore. Il y avait encore d’autres dirigeants, comme l’immigrant suisse Waler Nef, Jack Walsh, E.F. Doree, et le marin espagnol Manuel Rey. L’IWW était également présente sur les quais de Boston, New York, La Nouvelle-Orléans, Houston, San Diego, Los Angeles, San Francisco, Eureka, Portland, Tacoma, Seattle, Vancouver, ainsi que dans des ports des Antilles, du Mexique, d’Amérique du Sud, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Allemagne et d’autres nations.

Une autre grève éclata, au début de 1913, dans l’industrie de la soie, à Paterson (New-Jersey). Elle s’élargit en une grève générale de solidarité. Haywood prit la tête du mouvement. Un cortège de 35.000 travailleurs de toutes nationalités se rendit à un meeting pour l’entendre. Il fut arrêté ; lorsque l’AFL organisa à son tour un meeting, les travailleurs le désertèrent, pour protester contre le refus d’accorder la parole aux leaders de l’IWW.

En avril 1913, des grèves ont lieu dans le Colorado. Grève des mines du charbon du Colorado. Les grévistes de Colorado Fuel & Iron Corporation, propriétés de la famille Rockefeller, sont expulsés des logements qu’ils occupent dans les villes possédées par la compagnie minière. Soutenus par la United Mine Workers Union, ils établissent des campements de tentes dans les collines voisines et maintiennent les piquets de grève. Les hommes de l’agence Baldwin-Felt detective effectuent des raids armés sur leurs campements et des grévistes sont assassinés. Le gouverneur du Colorado fait appel à la garde nationale, qui introduit des briseurs de grève de nuit et réprime les manifestations, aboutissant au massacre de Ludlow le 20 avril 1914.

La première guerre mondiale servit aussi à écraser le mouvement ouvrier révolutionnaire des USA !

Voici la description par Lénine de la situation mondiale le 1er mars 1913 dans "Les destinées historiques de la doctrine de Karl Marx" : « Les opportunistes n’avaient pas encore fini de glorifier la "paix sociale" et la possibilité d’éviter les tempêtes sous la "démocratie", que s’ouvrait en Asie une nouvelle source de grandes tempêtes mondiales. La révolution russe a été suivie des révolutions turque, persane, chinoise. Nous vivons aujourd’hui justement à l’époque de ces tempêtes et de leur "répercussion en sens inverse" en Europe. Quel que soit le destin réservé à la grande République chinoise, qui excite aujourd’hui les appétits de toute sorte d’hyènes "civilisées", aucune force au monde ne pourra rétablir le vieux féodalisme en Asie, ni balayer de la surface de la terre le démocratisme héroïque des masses populaires dans les pays asiatiques et semi-asiatiques... A la suite de l’Asie, l’Europe commence à se remuer mais pas à la manière asiatique. La période "pacifique" de 1872-1904 est à jamais révolue. La vie chère et l’emprise des trusts provoquent une aggravation sans précédent de la lutte économique, aggravation qui a même secoué les ouvriers anglais, les plus corrompus par le libéralisme. Une crise politique mûrit sous nos yeux même dans le plus "irréductible" pays de la bourgeoisie et des junkers, en Allemagne. »

L’Afrique du sud entre en lutte au même moment...

En 1913, une grève générale des mineurs blancs (rejoints par des travailleurs africains) connaît le succès, forçant les Randlords1 à s’asseoir à la table de négociations, après que des manifestations de rue à Johannesburg ont conduit à de violents affrontements et à la mort de 30 ouvriers. Une deuxième grève en 1914 est interdite par la loi martiale. En 1913, les mineurs africains suivent la grève des mineurs blancs, mais la leur est réprimée par l’armée.

Face à la réduction massive des salaires et à la dégradation de leurs conditions de travail, les mineurs entrèrent massivement en lutte. En effet, courant 1913, une grève fut lancée par les ouvriers d’une mine contre les heures supplémentaires que l’entreprise voulait leur imposer. Et il n’en fallut pas plus pour généraliser le mouvement à tous les secteurs avec des manifestations de masse, lesquelles furent néanmoins brisées violemment par les forces de l’ordre. Au final on compta (officiellement) une vingtaine de morts et une centaine de blessés.

Doris Lessing rapporte la montée révolutionnaire en Afrique du sud en 1913 dans « Les enfants de la violence » :

« Le comité de grève transféra son quartier général de Benoni à Johannesburg. Pendant ce temps, le gouvernement armait la bourgeoisie terrifiée en groupes de milice spéciale. Des troupes continuaient à arriver, armées jusqu’aux dents… Des pièces d’artillerie étaient installées dans les espaces dégagés… Les dragons commencèrent à tirer dans la foule… C’était en juillet 1913. S’il n’y avait pas eu la guerre l’année suivante, on les aurait battus, on aurait eu le socialisme en Afrique du sud. »

Le 19 juin 1913, pour faire face à la montée ouvrière, apparaissaient les premières lois d’apartheid en Afrique du Sud. Ségrégation à l’égard des Noirs : le Natives Land Act (en) no 27 fixe la part des terres réservé à chaque communauté en Union sud-africaine6. Les Noirs se voient attribuer 8 % des terres cultivables, alors qu’ils forment plus de 67 % de la population. Il leur est interdit de posséder et d’acheter des terres hors des réserves. Plus d’un million d’entre eux sont expulsés des terres qu’ils cultivaient. Dépossédés de leurs terres, les Noirs vont travailler dans les mines et les plantations européennes. Au début de 1914 éclata une série de grèves aussi bien chez les mineurs de charbon que chez les cheminots contre la dégradation des conditions de travail. Mais ce mouvement de lutte se situa dans un contexte particulier, celui des terribles préparatifs de la première boucherie impérialiste généralisée. Dans ce mouvement, on put remarquer la présence de la fraction afrikaner, mais à l’écart de la fraction anglaise. Bien entendu toutes deux bien encadrées par leurs syndicats respectifs dont chacun défendait ses propres "clients ethniques".

L’Irlande ouvrière et populaire s’enflamme en 1913…

En août 1913, 40 puis 300 ouvriers sont licenciés, accusés d’appartenir au syndicat. Le patronat, mené par Murphy, fait venir des ouvriers britanniques et irlandais originaires d’autres comtés, pour remplacer les licenciés. On les surnomment les Scabs. C’est le grand Lock Out. La Grande Grève de Dublin éclate. D’abord au sein de la compagnie des tramways de Murphy puis dans les filatures à travers toute la ville. A l’appel de Jim Larkin, les Dublinois descendent dans la rue, soutenus par certains intellectuels irlandais nationalistes (WB Yeat, Bernard Shaw). Dublin est totalement paralysé.

La police dublinoise (britannique) charge les manifestants et des victimes tombent. Une milice est alors formée pour protéger les ouvriers. Ce sera l’Irish Citizen Army, qui prendra activement part à l’insurrection de 1916 pour l’indépendance de l’Irlande.

Le début de la Première guerre mondiale en 1914, l’hiver rigoureux et le manque cruel de nourriture dans la capitale mettront fin à cette première grève sociale irlandaise.

Le conflit marquera les esprits à un point tel que, depuis cette date, le patronat irlandais a toujours cherché la négociation plutôt que le conflit avec les ouvriers et les employés.

Les années qui précèdent la première guerre mondiale sont celles d’une montée gréviste et révolutionnaire en Russie.

Le 1er mai 1912, la grève fut ainsi portée par près de 400 000 ouvriers. Pour la première fois, lors des élections parlementaires, sur les 9 députés de la « curie ouvrière », 6 étaient des bolcheviks. Fin 1912 et en 1913, des luttes ouvrières radicales démarrent… Il y a une remontée des mouvements de grève ; entre 725.000 et un million de prolétaires seront en grève en 1912, ce qui revient aux chiffres d’un million d’ouvriers en grève en 1906 et de 740.000 en 1907. En 1913 les chiffres seront compris entre 861.000 et 1.272.000, et lors des six premiers mois de 1914 les grévistes auront été 1,5 million. Par exemple, à l’usine Grisov à Moscou en 1913, une grève a éclaté parce que “l’attitude de l’administration de l’usine est révoltante. Il s’agit ni plus ni moins que de la prostitution”. Les grévistes revendiquaient entre autres choses de la politesse envers les ouvrières, et l’interdiction des gros mots.

La journée internationale des femmes est introduite en Russie le 23 février 1913 et elle a du succès parmi les ouvrières (rappelons que ce sera la journée internationale des femmes qui démarrera la révolution de 1917).

En juin 1913, ce sont des mouvements de grèves en Russie (1,75 million de grévistes de juin à juillet 1914).

Les grèves se généralisaient, dans la première partie de 1914, il y avait 1,5 million de grévistes. A l’usine Oboukhov de Pétersbourg, la grève dura plus de deux mois ; celle de l’usine Lessner, près de trois mois. La répression était proportionnelle ; rien qu’en mars 1914, à Saint-Pétersbourg, 70 000 ouvriers furent renvoyés en un seul jour. En juillet 1914, la situation se transforma en crise de grande ampleur, comme un écho de 1905. Toutes les usines étaient en ébullition ; meetings et manifestations se déroulaient partout. On en vint même à dresser des barricades, comme à Bakou et à Lodz. En plusieurs endroits, la police tira sur les ouvriers et pour écraser le mouvement, le gouvernement décréta des mesures d’ « exception » ; la capitale avait été transformée en camp retranché. La Pravda fut interdite. C’est alors que la guerre impérialiste fut déclarée, le régime en profitant pour écraser les révoltes pour lancer une campagne de nationalisme.

N’oublions pas que la guerre impérialiste mondiale est la tentative ultime de la bourgeoisie d’éviter momentanément la révolution sociale. En 1914-1918 comme en 1939-1945, des millions d’êtres humains sont morts non seulement parce que les bourgeoisies s’affrontent mais parce qu’elles sont mortellement ennemis de la classe prolétarienne. Voilà ce que ne vous diront jamais les historiens officiels, voilà ce que ne vous diront jamais les partis réformistes ou les partis opportunistes qui se disent révolutionnaires. La guerre, c’est la lutte des classes exacerbée, violente. La guerre mondiale, c’est la lutte des classes parvenue au point d’une violence la plus extrême. Les questions nationales n’ont jamais et nulle part effacé la lutte des classes, dans une guerre moins que dans toute autre situation. Si les classes dirigeantes jettent le monde dans une violence intense, c’est en proportion des craintes qu’elles ont du prolétariat révolutionnaire. C’est un point dont on ne peut sous-estimer l’importance pour la compréhension des situations actuelles. La violence développée en Ukraine, en Syrie ou en Palestine ne s’expliquent qu’ainsi. Plus le monde capitaliste est tombé dans une crise inexorable, plus il développe la violence aux quatre coins de la planète et n’attend que le prochain effondrement financier qu’il ne pourra pas gérer pour la généraliser en guerre mondiale.

7 Messages de forum

  • L’Etat devient, du coup, la nouvelle et plus grande fabrique de serial killers…

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  • Macron a annoncé une nouvelle guerre de la France au Sahel !!! Elle a été annoncée à grands sons de trompette à la fin du G7 et justifiée par le chef de l’Etat par « l’extension du phénomène terroriste au Sahel ». Après trois initiatives militaires de Macron dans le Sahel, c’est un bilan ! Il y a pourtant eu l’intervention armée, la « force Barkhane », le « G5 Sahel », « l’Ecole de guerre françafricaine », ou encore l’ « Alliance Sahel Finance »… Eh bien, Macron vient de lancer « Le Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel ». Les armées se marrent mais pas les peuples qui vont être une fois de plus bombardés sans que cela résolve aucun terrorisme bien sûr ! Et Macron nous annonce que cette région aurait besoin de « vingt ans de guerre », rien que ça…

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  • Les généraux américains ont fait un plan de guerre pour écraser l’armée... russe !!!

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  • Macron fait le loup et en appelle aux loups ! Finie l’allure de centriste !!! Il crie : haro aux migrants !!! Pas mieux qu’un Salvini !! Soi-disant pour tenter de récupérer des voix à l’extrême droite et à la droite pour les prochaines élections, Macron agite l’épouvantail des migrants, cette fois pour remettre en cause le droit d’asile, tout en donnant ainsi des arguments au fascisme !!!

    En fait le but est de diviser les milieux populaires en introduisant la question des migrants dans le débat des gilets jaunes, ce qu’il n’était pas parvenu à faire durant des mois de mobilisation !

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  • Le temps des tempêtes, c’est le temps des loups… 20 septembre 06:22, par la révolution en marche

    Oui, les loups !

    Après avoir lancé une propagande fasciste sur les migrants et demandeurs d’asile, LREM donne la parole à Le Pen à l’assemblée par Matthieu Orphelin, élu LREM. 

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  • Ils vont encore voler 4,5 milliards aux chômeurs !!!

    lire ici

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  • « La catastrophique crise commerciale, industrielle, agraire et financière, la rupture des liens économiques, le déclin des forces productives de l’humanité, l’insupportable aggravation des contradictions de classe et des contradictions nationales marquent le crépuscule du capitalisme et confirment pleinement la caractérisation par Lénine de notre époque comme celle des guerres et des révolutions. »

    Léon Trotsky, La guerre et la IVe Internationale, 1934

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