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Un slogan pseudo-marxiste de Lutte ouvrière : défendons le camp et les intérêts (économiques) des travailleurs (2)

samedi 2 novembre 2019, par Alex

Cet article fait suite à la première partie

LO se place sur un terrain exclusivement économique

Rappelons comment LO ne parle que des problèmes économiques des travailleurs, pas de leurs problèmes politiques, simplement en citant cette organisation :

Pour accroître leurs profits dans un contexte de crise et de concurrence exacerbée, les capitalistes font reculer le niveau de vie des travailleurs par tous les moyens, en aggravant l’exploitation, la précarité et en imposant les bas salaires. De leur côté, quelle que soit leur couleur politique, tous les gouvernements n’ont cessé depuis des années de consacrer une part croissante des finances publiques à satisfaire les exigences du grand patronat et des banques. L’éducation, le système de santé, la retraite, tout ce qui est le plus essentiel pour les travailleurs est sacrifié pour favoriser les profits d’une minorité de riches bourgeois !

Des journées de mobilisation sont organisées contre cette réforme des retraites, dont celle proposée par la CGT le 24 septembre. Ce sont des occasions à saisir pour commencer la mobilisation contre l’ensemble des attaques.

Emplois, salaires, retraites : les capitalistes mènent la guerre sur tous les fronts. C’est collectivement, en tant que classe sociale aux intérêts communs, que les travailleurs pourront mettre un coup d’arrêt à cette offensive contre leurs droits et leurs conditions de vie. Nous sommes le nombre, nous faisons fonctionner la société, nous en avons la force si nous en avons conscience.

Montrons au gouvernement qu’il a raison de craindre les réactions de colère des travailleurs !

Bulletins d’entreprise du 2 septembre.

ou encore

De recul en recul, la classe ouvrière subit non seulement les salaires trop faibles et les conditions de travail dégradées, mais aussi une société de plus en plus invivable, où éduquer les enfants, se soigner ou se déplacer devient difficile, voire dangereux.

Il faut que les travailleurs réagissent collectivement contre ces attaques. La journée de grève interprofessionnelle du 5 décembre est appelée contre la réforme des retraites, dernier épisode de la guerre que gouvernement et grand patronat nous mènent. Elle peut être une première étape pour affirmer notre droit à une existence digne.

Au-delà, c’est bien l’existence et la domination de cette classe capitaliste, qui tue la société à petit feu, que les travailleurs devront remettre en cause.

bulletins d’entreprise du 21 octobre

On voit donc que dans ces deux extraits, les questions politiques sous-jacentes : quelle est la nature des organisations qui appellent à ces journées ? les organisateurs de ces journées sont-ils dans le fameux « camp des travailleurs » ? où en est l’auto-organisation des travailleurs en lutte ? ne sont pas abordées. Pas de politique dans le camp des travailleurs, juste des commentaires sur le président de la République !

La phrase :

C’est collectivement, en tant que classe sociale aux intérêts communs, que les travailleurs pourront mettre un coup d’arrêt à cette offensive contre leurs droits et leurs conditions de vie.

paraît sonner comme une analyse marxiste donc très « politique », mais ce n’est qu’un résumé de la doctrine syndicale, une paraphrase par exemple de l’Article 1 des statuts de la CGT en 2016 :

[Le but de la CGT] est de défendre avec [les salariés] leurs droits et intérêts professionnels, moraux et matériels, sociaux et économiques, individuels et collectifs. Prenant en compte l’antagonisme fondamental et les conflits d’intérêts entre salariés et patronat, entre besoins et profits, elle combat l’exploitation capitaliste et toutes les formes d’exploitation du salariat. C’est ce qui fonde son caractère de masse et de classe.

La défense des « intérêts » (économiques) des travailleurs, sans faire de politique, ce n’est que l’essence du syndicalisme dans sa version promue par la loi de 1884, voire la première partie de l’article.

On peut nous objecter que les dirigeants de la CGT en 2016 ne respectent plus ces statuts, que depuis des décennies ils les "trahissent" et ne défendent pas réellement les « intérêts des travailleurs ». C’est vrai, mais même avec des dirigeants respectant ces statuts, la lutte purement économique des syndicats ne peut être que réformiste. Il n’y a pas eu besoin d’attendre les trahisons de 1914 ou 1936 pour s’en rendre compte. La lutte qui se restreint à des revendications économiques ne peut être que limitée, voire réactionnaire, c’est un des premiers acquis théoriques du marxisme qui permit au mouvement ouvrier de sortir de son enfance en ce qui concerne son programme économique :

Il règne actuellement sur le continent une véritable épidémie de grèves et, de tous côtés, on réclame, à grands cris, des augmentations de salaires. Cette question sera traitée à notre Congrès. Vous devez, vous qui êtes à la tête de l’Association internationale, avoir un point de vue net sur cette très importante question. Je considère donc pour ma part que c’est mon devoir, même au risque de mettre votre patience à rude épreuve, de traiter à fond le sujet.

(Salaire, prix et Profit)

Il a fallu à Marx des années pour comprendre le mécanisme du capitalisme. la théorie de la plus-value exposée dans le Livre I du Capital montre que la lutte entre Travail est Capital n’est pas simplement une lutte entre riches et pauvres. Cette découverte change complètement la perspective de la lutte pour l’augmentation des salaires. Masquer cette vérité aux travailleurs, c’est étouffer leur conscience politique, en leur fixant un objectif impossible à atteindre comme but unique et qui prend le pas sur tous les autres.

Rappelons ce B. A. BA du marxisme avec quelques citations à l’appui.

Marx contre le slogan conservateur de « Salaire équitable »

Marx conclut la brochure que nous venons de citer par la remarque qui caractérise définitivement la lutte purement économique comme une impasse :

Ces quelques indications suffiront à montrer que le développement même de l’industrie moderne doit nécessairement faire pencher toujours davantage la balance en faveur du capitaliste contre l’ouvrier et que, par conséquent, la tendance générale de la production capitaliste n’est pas d’élever le niveau moyen des salaires, mais de l’abaisser, c’est-à-dire de ramener, plus ou moins, la valeur du travail à sa limite la plus basse.

Mais bien entendu, aucun ouvrier conscient ne s’abstiendra de lutter pour une augmentation de salaire car :

[La classe ouvrière], si elle le faisait, elle se ravalerait à n’être plus qu’une masse informe, écrasée, d’êtres faméliques pour lesquels il n’y aurait plus de salut.

Cependant, n’en faisons pas le summum de la lutte de la politique révolutionnaire car

(...) les ouvriers ne doivent pas s’exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu’ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu’ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant , mais pas en changer la direction, qu’ils n’appliquent que des palliatifs, , mais sans guérir le mal (..) Au lieu du mot d’ordre conservateur « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils devraient inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat »

Marx a rédigé deux résolutions de l’Internationale dénonçant le syndicalisme purement économique :

Jusqu’ici, les syndicats ont envisagé trop exclusivement les luttes sociales et immédiates contre le Capital (...) C’est pourquoi ils se sont tenus à l’écart des mouvements sociaux et politiques généraux. (...) En dehors de leurs buts primitifs, il faut que les syndicats apprennent à agir dorénavant de manière plus consciente en tant que foyers d’organisation de la classe ouvrière dans l’intérêt puissant de leur émancipation complète. (...) Ils faut qu’ils inculquent au monde entier la conviction que leurs efforts , bien loin d’être égoïstes et intéressés, ont au contraire pour but l’émancipation des masses écrasées. (Résolution de l’AIT)

Marx appelle donc les syndicats à se fixer des objectifs politiques, pas seulement économiques, et à défendre non seulement les intérêts des travailleurs, mais ceux de toutes les masses écrasées. Appeler, comme dans les éditos de LO, les travailleurs à défendre exclusivement des intérêts économiques, et uniquement les leurs, n’est pas le programme d’un syndicaliste marxiste !

La nécessité de la conjonction d’un programme économique et d’un programme politique est au coeur de cette deuxième résolution :

La Conférence rappelle aux membres de l’Internationale que dans l’état de lutte de la classe ouvrière son activité économique et son activité politique sont inséparablement liées (Résolution de l’AIT, septembre 1871)

Nous verrons dans la suite de l’article que Lénine a dénoncé comme réactionnaires les courants du mouvement ouvrier qui voulaient que les ouvriers se bornent à la défense de leurs intérêts économiques, sans les lier avec des tâches politiques politique, à la manière de LO dans les bulletins d’entreprise.

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