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Quelle intervention des militants révolutionnaires dans la classe ouvrière au travers des luttes

vendredi 10 janvier 2020, par Robert Paris

Quelle intervention des militants révolutionnaires dans la classe ouvrière au travers des luttes

Que reprochons-nous actuellement à la manière dont nombre de militants révolutionnaires et de groupes politiques d’extrême gauche conçoivent leur activité ?

Le premier de nos reproches est la manière dont ces groupes confondent leurs capacités limitées d’intervention et le niveau nécessaire de leurs analyses et critiques des forces adverses. Cela pose un grave problème dès lors que ces individus et groupes prennent prétexte de leur faiblesse pour déterminer une nouvelle faiblesse : celle de leur critique des forces adverses. Par exemple, prendre prétexte de l’importance des organisations réformistes qui, même très discréditées restent largement dominantes en influence et en forces militantes par rapport aux révolutionnaires, ne doit pas être un prétexte pour couvrir la trahison du réformisme d’un voile pudique et pour cautionner toutes leurs manœuvres. Ou même simplement de la passer sous silence en ne soulignant que les espoirs des travailleurs et pas leur utilisation par les forces réformistes.

A partir du moment où ces militants ou ces groupes militants estiment que leur discours est juste là pour justifier leur intervention ou leur existence, l’opportunisme est déjà là.

L’opportunisme consiste à justifier les interventions sociales politiques du militant ou du groupe d’extrême gauche, qui sont nécessairement limitées, en justifiant ces limites dans les analyses de la situation et cela va jusqu’à prendre les intérêts du militant ou du groupe pour guide pour décider du contenu, limité du coup, des déclarations politiques publiques de ceux-ci.

On passe ainsi de limites et de faiblesses, réelles et subies, à des limites et faiblesses choisies et voulues, qui signent le tournant vers l’adaptation aux institutions et organisations réformistes et du camouflage de leurs trahisons.

Exemple récent : l’extrême gauche a fait semblant de prendre pour argent comptant les déclarations syndicales selon lesquelles le 5 décembre 2019 était le début d’une vaste grève générale interprofessionnelle à durée illimitée et reconductible par les assemblées générales décisionnelles alors que chacun des mots précédents est un mensonge et on le savait bien avant le 5 décembre !!!

Voici ce que nous écrivions en juin 2013 :

Le patron de PSA est donc parvenu à lancer la plus grande offensive qu’ait commis le patronat en France depuis des décennies, non seulement sans réaction du gouvernement (de droite ou de gauche) ce qui est parfaitement normal de la part d’un gouvernement de la bourgeoisie, et même avec son appui, mais surtout sans réaction syndicale, sans la moindre tentative de lutte d’ensemble.

Contrairement à ce qui a été dit, il ne s’agissait pas seulement d’une volonté du patron de PSA de fermer le site d’Aulnay mais de fermer une part très importante de sa production et peut-être même la totalité. Et c’est l’ensemble des patrons des entreprises de production qui désinvestissent massivement : pas seulement Peugeot ! C’est la Téléphonie, le Tourisme, la Pharmacie, le Bâtiment, la Métallurgie, la Banque qui licencient massivement et l’attaque à PSA n’a fait qu’enfoncer un coin, de démontrer qu’il n’y allait pas y avoir de réaction d’ensemble. Qu’ils aient ou pas appelé à la grève, l’ensemble des syndicats de PSA ont laissé les centrales nationales ne pas lever le petit doigt pour appeler les travailleurs à réagir ensemble contre ce qui était le début d’une attaque d’ensemble. Ils ont prétexté du début proche des grandes vacances comme ils avaient prétexté avant de la proximité de l’élection présidentielle pour ne pas intervenir. Soit se disant indépendants de la politique, soit prétendant que le vote à gauche allait résoudre les problèmes, les centrales syndicales ont abandonné durant cette période toute intervention, laissant le champ libre à l’offensive patronale qui allait s’avérer recevoir le plein soutien du gouvernement Hollande-Ayraut-Montebourg, malgré les déclarations démagogiques de ce dernier qui avait insulté le patron Varin quand il n’était pas évident qu’il allait gagner son pari avant de le féliciter après qu’il ait réussi.

Nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de critiquer les politiques syndicales dans les luttes, y compris quand les groupes politiques de la gauche de la gauche ou de l’extrême gauche officielle y jouent un rôle dirigeant comme dans les grandes entreprises qui licencient, du type Goodyear ou PSA. Loin d’œuvrer réellement à la construction d’une conscience commune des salariés, ils se sont contentés d’appeler à la solidarité avec les salariés menacés de licenciement en se gardant même d’unir en réalité même les salariés d’une même entreprise. Ces critiques valent également pour la direction de la lutte des salariés de PSA Aulnay qui était prise par les militants du groupe d’extrême gauche Lutte Ouvrière qui se dit pourtant communiste trotskiste. Ces derniers ont mené campagne durant des mois avant l’annonce officielle des licenciements en dévoilant un plan de la direction que celle-ci avait, volontairement ou pas, laissé trainer pour que les militants CGT la trouvent. Et durant tous ces mois, le dirigeant CGT Mercier s’est fait connaître en tenant un seul discours : « Le patron va fermer le site d’Aulnay ». Il ne disait pas que les salariés peuvent réagir de telle ou telle manière, que les licenciements ont un but politique : assener un coup et faire une démonstration à l’usage de tous les travailleurs des trusts en France, démontrer que, même dans une usine qui a une tradition de lutte, les patrons peuvent licencier en France des milliers de salariés. L’enjeu pour tous les travailleurs du pays, il ne l’expliquait pas et il ne les appelait à rien du tout. Même l’enjeu pour les salariés des autres sites qu’Aulnay, il ne l’expliquait pas davantage. Toujours un seul refrain : le patron veut fermer le site, le patron va fermer le site. Quel beau moyen de mobiliser ensuite des salariés dont on a coupé les pattes et le moral ! D’où le slogan décidé par la CGT du site : « Non à la fermeture de PSA Aulnay », un slogan qui restera celui de la CGT puis de la grève même quand on apprendra qu’il y a trois fois plus de licenciements à PSA que les seuls salariés d’Aulnay !

A l’annonce des milliers de licenciements dans tout le trust Peugeot, en juillet 2012, une émotion saisit l’ensemble de la classe ouvrière qui a déjà vu se succéder des plans sociaux dans les petites et moyennes entreprises sous-traitantes de l’Automobile, de Molex à Continental et Caterpillar, sans tentative de réaction d’ensemble sans développement d’une campagne contre les licenciements dans les trusts de l’Automobile.

Tous les syndicats de PSA se déclarent alors opposés au plan du patron Varin et constituent ensemble l’intersyndicale, y compris le syndicat SIA, syndicat jaune, pro-patronal, ancien syndicat fasciste CFT, anti-syndical et assassin de militants. La CGT, dirigée comme on l’a dit par des militants d’extrême gauche, choisit alors de cautionner le mythe de cette intersyndicale qui prendra surtout la décision de ne pas faire grève immédiatement, de reporter toute décision de lutte à l’enquête d’un « expert indépendant » sur les finances de Peugeot, comme si une expertise, même si elle concluait que le patron avait tort, allait changer le rapport de forces et contraindre le patron à quoique ce soit. La CGT aura du mal à faire prévaloir son point de vue auprès des salariés les plus en colère mais elle développe des arguments : mieux vaut ne pas faire grève juste avant les grandes vacances car la lutte sera interrompue par l’arrêt annuel de travail ; mieux vaut garder ses cartouches, c’est une lutte de longue haleine et il faut garder son souffle, c’est un marathon, pas une course de vitesse ; mieux vaut attendre de savoir ce qui sera proposé à chaque salarié puisque le patron dit qu’il proposera quelque chose à chacun ; inutile de se presser, il sera temps de faire grève quand une majorité de salariés aura constaté par lui-même qu’il n’y a rien de bon à attendre du patron ; faire grève sur un coup de colère mène à des violences inutiles et inefficaces, on l’a bien vu dans les entreprises qui licencient et on a étudié attentivement leurs luttes pour en tirer les leçons, on ne va pas faire brûler des pneus à l’entrée ou menacer inutilement de tout faire sauter en usant notre colère en vain…

Ils argumentent, les camarades de LO/CGT pour convaincre… de ne pas faire grève ! Et ils gagnent : il n’y aura pas de grève avant les vacances. Par contre, la CGT est radicale en paroles : la CGT va « transformer Aulnay en « forteresse ouvrière », les ouvriers d’Aulnay vont « devenir le cauchemar du patron » claironne Mercier, dirigeant de la CGT et deuxième porte-parole de Lutte Ouvrière. Un seul inconvénient mais de taille à ce discours : il sous-entend que les ouvriers d’Aulnay vont se battre seuls contre leur patron et que l’attaque est à ce niveau et pas à celui de tout PSA, pas à celui de toute l’Automobile, pas à celui de toute la classe ouvrière. Et ce n’est pas tout : depuis que la CGT « sait » qu’Aulnay va fermer, elle demande au pouvoir d’Etat d’intervenir ce qui sous-entend que, s’il intervient, ce serait en faveur des travailleurs !!! La CGT le demande d’abord à Sarkozy sous-entend aussi que son refus pourrait lui nuire électoralement et favoriser Hollande, une tromperie en fait, puis elle le demandera, tout aussi inutilement, à Hollande. Elle ne demande rien nationalement aux confédérations syndicales supposant par avance que la lutte des Aulnay se décide à Aulnay uniquement et que le reste de la classe ouvrière peut tout au plus manifester sa solidarité en versant à la collecte…

Pendant ce temps, il n’y a toujours pas de grève dans le site. Le syndicat continue d’expliquer que ce n’est pas la peine et qu’il suffit, de temps en temps, de mener des actions extérieures du genre ouvrir une barrière d’autoroute pour faire parler de soi dans les média. Il y aura bien plus d’interventions aux autoroutes que de manifestations et encore bien plus que d’actions communes avec des salariés d’autres entreprises. La CGT appelle même l’assemblée générale à voter contre une action des ouvriers d’Aulnay à PSA Rennes ! Elle refuse la prise de parole du dirigeant des ouvriers de Ford Blanquefort venus en solidarité à Aulnay, sous le prétexte que ce porte-parole est le candidat du NPA aux élections présidentielles alors que le leader de la CGT d’Aulnay est lui-même candidat de Lutte Ouvrière aux élections… Et surtout la CGT ne rate aucune négociation avec le patron, en revendique même davantage, lutte pour … des négociations patronat/syndicats/gouvernement comme si l’Etat bourgeois allait être un défenseur de plus des intérêts des travailleurs dans un conflit avec un patron… Drôle de position pour un groupe d’extrême gauche ! L’absence de soutien de la centrale syndicale est au point que les leaders de la CGT, Thibaut et Lepaon s’abstiennent de visiter les ouvriers d’Aulnay, qu’ils soient ou pas en grève !

Finalement, des mois après, alors qu’il n’y a pas plus de candidats à faire grève qu’au jour de l’annonce des licenciements, alors que les plus combatifs ont été usés par les « actions coup de poing », la CGT déclenche avec SUD une grève très minoritaire qui s’en prend verbalement aux non-grévistes. Les autres syndicats ont milité à fond contre cette grève et ils soutiennent les actions agressives des nervis du patron contre les grévistes. Les huissiers constatent et le patron menace des salariés de licenciements. C’est la technique classique : la prise d’otage qui va permettre au syndicat d’arrêter la grève en ayant obtenu qu’on relâche les otages, qu’ils ne soient plus sous le coup de licenciements. En échange, non seulement la CGT a arrêté la grève, a retiré sa plainte contre le plan de licenciements, rompu sa solidarité avec le syndicat SUD en acceptant des négociations seule à seule avec le patron, lâché la plainte commune CGT-SUD, agressé au passage l’avocat de SUD contre la direction de PSA… Et tout cela pour obtenir quoi ? Que les salariés grévistes obtiennent seuls le droit de démissionner de la boite en obtenant un tout petit pécule supplémentaire, la direction jouant jusqu’au bout l’affrontement entre grévistes en non-grévistes. Les militants de Lutte Ouvrière expliquent que le rapport de forces n’est pas suffisant pour obtenir plus mais que c’est une victoire parce qu’ils ont démontré que des travailleurs d’un trust peuvent faire grève.

Ils peuvent aussi perdre et cela aussi a été démontré !

Quant à être la première grève dans un trust ces dernières années, encore un mensonge : en 2010, les raffineries du trust Total ont fait grève lors du mouvement des retraites. On ne s’en souvient déjà plus à Lutte Ouvrière ou à la CGT alors que les centrales ont lâché les salariés des raffineries seuls, en refusant la perspective de la généralisation de la grève pour les retraites…

Quant au succès pour la conscience des travailleurs, le bilan est le suivant : les militants de PSA Aulnay ont démontré que les travailleurs se battaient pour le site, pour la production, pour un plan alternatif proposé au patron, pour des catégories particulières, et pour les grévistes, pas pour les salariés d’Aulnay dans leur ensemble, pas pour les salariés de PSA tous ensemble. Jamais ils n’ont même appelé à une journée d’action sur l’ensemble du trust. Jamais ils n’ont exigé des négociations sur l’ensemble de PSA.

Ensuite, ils ont prétendu qu’ils organisaient un comité de grève dans chaque atelier puis dans l’ensemble du site. Ils n’ont nullement popularisé son existence. Jamais Mercier n’est intervenu dans les média comme président du comité de grève ni aux côtés d’un représentant du comité de grève. Jamais il n’a exigé que le comité de grève participe aux négociations. Jamais la CGT d’Aulnay et Lutte Ouvrière n’ont cherché à faire savoir que les travailleurs étaient organisés dans un comité de grève et ce dernier a même, pour ne pas gêner la CGT, diffusé des tracts non signés de « comité de grève des salariés en grève d’Aulnay » !!!

Cet alignement sur la confédération syndicale, si elle a permis à Lutte Ouvrière de garder ses dirigeants CGT, n’a en rien permis aux travailleurs que la CGT dirigée par des révolutionnaires soit davantage lutte de classe que la CGT centrale…

Mais passons sur l’intervention de l’extrême gauche officielle dans les conflits et essayons de développer un peu ce que pourrait être une intervention de militants révolutionnaires…

Le premier point qui mérite d’être souligné, c’est que l’intervention des militants révolutionnaires ne peut consister seulement ni essentiellement en des interventions de type syndical dans les grèves. Bien entendu, l’extrême gauche officielle nous reproche d’être déconnectés de tout, de planer sur notre petit nuage théorique et j’en passe. Mais cela ne signifie pas que le rôle des révolutionnaires consiste à jouer au réformisme honnête, comme le prétendait Besancenot, ni au syndicalistes faisant bien son travail de syndicaliste, comme l’avait prétendu Hardy, l’ancien dirigeant de Lutte ouvrière. Défendre une tout autre perspective est considéré par ces camarades comme des utopies qui ne tiendraient aucun compte de la situation, des rapports de forces, du niveau de combativité et de conscience et j’en passe…

Si ces extrême-gauche pensent savoir où en est le rapport de forces, la combativité et la conscience des travailleurs, et être sûrs que nos discours passent très au-dessus de la tête des travailleurs, ils savent surtout que seules les actions proposées par les syndicats peuvent remonter ce niveau et ils militent pour faire croire cela… Ils prétendent que les petites actions sont à portée des salariés et que de petites luttes en petites luttes, on finira par arriver aux grandes luttes. C’est ainsi qu’ils ont affirmé que la lutte des retraites de 2010 était une avancée de la conscience des travailleurs même si elle avait mené à l’échec du fait de l’insuffisante mobilisation des salariés (notez : pas de l’insuffisance ou de la trahison des centrales syndicales !). C’est complètement faux : les petites luttes servent à éviter les grandes ! L’isolement de chaque lutte locale sert à désamorcer un mécontentement général.

Le deuxième point consiste à souligner que, dans les circonstances actuelles, l’intervention du prolétariat ne peut se limiter à une action à buts économiques et se doit d’avoir un caractère politique car l’attaque n’est pas seulement à buts économiques. La classe dirigeante veut casser politiquement et socialement la classe ouvrière et elle dispose pour l’aider de tous les gouvernements bourgeois, quelle que soit leur couleur politique. Intervenir en faisant soi-disant pression sur le gouvernement, ce n’est pas mener une politique ouvrière indépendante, c’est au contraire tout attendre des interventions du gouvernement bourgeois et ramener l’intervention des travailleurs à demander assistance à un gouvernement au service de l’ennemi de classe !

Une classe opprimée qui n’a aucune expression politique de classe indépendante est une classe qui est bâillonnée, qui ne peut même pas mesurer elle-même ce qu’elle représente comme perspectives, comme buts, comme direction, comme force. Le caractère purement revendicatif pour elle-même de l’intervention fait passer la classe ouvrière pour une assistée du pouvoir d’Etat. Pour les milieux populaires, une telle attitude est politiquement catastrophique au moment où les classes dirigeantes désignent du doigt les travailleurs ou certaines catégories d’entre eux comme les profiteurs qui auraient ponctionné le système. La classe prolétarienne, si elle n’est pas organisée politiquement et n’intervient pas sur le terrain politique, laisse aux mains des grands capitalistes l’opinion petite bourgeoise, ce qui est catastrophique en période d’effondrement de l’économie car cela ouvre la porte au fascisme…

La classe dirigeante, avec à sa tête l’Etat, qu’il soit dirigé par la gauche ou par la droite, par la gauche de la gauche ou par l’extrême droite, mène pour le moment exactement la même politique : démoraliser, déboussoler, désorienter, casser le moral des travailleurs, les diviser, les isoler politiquement, les opposer à des fractions particulièrement faibles des opprimés comme les Roms, les sans-papiers, les immigrés, les Musulmans, les jeunes de banlieue, les jeunes tout court, etc… C’est une attaque politique et elle est d’autant plus efficace qu’il n’existe aucune sorte de riposte, de la part d’aucun groupe politique ou syndical.

Le but des classes dirigeantes et des Etats face à l’effondrement du système capitaliste n’est pas non plus de prendre des mesures économiques pour redresser l’économie, contrairement à ce qu’il prétend. Au contraire, toutes les mesures des Etats sont contre-économiques, non capitalistes, sans logique d’investissement capitaliste. Loin de relancer les investissements privés dans l’économie, les mesures étatiques permettent aux capitalistes privés de se désinvestir massivement des entreprises et les Etats investissent à perte, en accroissant massivement leurs dettes. Au lieu de pousser les investisseurs à retourner vers la production, ces mesures entraînent les capitalistes vers les spéculations sur les dettes souveraines. Ce n’est plus seulement des spéculateurs comme Madoff qui mettent en place des cavaleries financières mais tous les Etats. Par exemple, EDF place ses dettes sur les marchés financiers ! L’Etat remplace le capital privé dans le trust Peugeot tout en maintenant le trust sous propriété privé de la famille Peugeot ! Seule la fiction d’un capitalisme privé en fonction est maintenue mais, dans la réalité, sans les fonds d’Etat, il y a belle lurette que tous les trusts et toutes les banques seraient en faillite et, depuis 2007, aucun d’entre eux n’a réellement connu une véritable reprise.

Le fonctionnement habituel du système est interrompu depuis 2007 même si aucun parti ni aucun syndicat n’a la capacité de le reconnaître et d’en tirer les conséquences : que nous sommes entrés dans la phase de crise révolutionnaire du capitalisme.

La bourgeoisie se prépare par mille moyens politiques à faire face aux révoltes des peuples mais les moyens économiques qu’elle met en place montrent par eux-mêmes qu’elle n’a plus le moindre espoir de faire repartir l’économie capitaliste, c’est-à-dire la société fondée sur l’accumulation de plus-value extraite du travail humain par les capitaux privés s’investissant tout d’abord dans la production.

Se préparer à ces situations de turbulence signifie d’abord pour la bourgeoisie : casser le moral des travailleurs, détruire leur confiance dans la force de leur classe. Pour cela, ils disposent d’un atout fondamental : le lien indéfectible des réformistes avec le système capitaliste, même quand celui-ci est devenu caduc et nécrophile. Les syndicats prétendent que la crise est un prétexte et que l’on veut seulement augmenter l’exploitation des travailleurs pour faire profiter davantage le grand capital mais cela est faux. Certes, le grand capital est plus riche que jamais et le fossé entre riches et pauvres s’est sans cesse accru depuis 2007. Mais la source de la crise comme sa conséquence n’est pas l’appauvrissement des capitalistes mais le fait que les investissements privés dans la production aient chuté et ne cessent de chuter parce que l’accumulation du capital a atteint ses limites, parce que le succès du capitalisme l’amène à son terme. Du coup, il n’est plus aussi rentable d’investir dans la production et la spéculation est devenu le moyen essentiel des possesseurs de capitaux pour s’enrichir. Mais, ainsi, les capitalistes privés coulent plus vite le capitalisme que les Etats ne peuvent écoper…

L’offensive du capital et des Etats contre les travailleurs ne vise donc pas à faire repartir l’économie mais à démanteler par avance toute réaction de révolte des peuples. Un des moyens employés est de réprimer ; un autre consiste à diviser ; un troisième consiste à démoraliser ; et, finalement, les gouvernants préparent les peuples au passage de la guerre économique à la guerre tout court. Il s’agit, prétendent-ils de défendre la sécurité des peuples face au terrorisme, mais c’est eux qui fomentent les causes de guerre et de terrorisme. Ils s’y emploient aussi bien en Côte d’Ivoire qu’au Mali, au Niger ou au Soudan. Là aussi, les partis et les syndicats, loin d’expliquer ce qui se passe aux travailleurs, de dévoiler les buts des gouvernants et des capitalistes, que ce soit en Afrique ou en Syrie, laissent les travailleurs sans voix, sans organisation, sans réponse politique face à la politique des gouvernants et des classes dirigeantes.

Et c’est bel et bien l’effondrement du système qui nécessite ces guerres et pas la défense des peuples comme le prétendent les gouvernants. Loin d’unir les travailleurs, les syndicats et partis de gauche contribuent ainsi à leur division.

Ces circonstances particulières, les travailleurs ne les ont pas connues précédemment et il serait d’autant plus important que des organisations politiques éclairent la situation et cela ne peut être le fait que de militants politiques révolutionnaires car tout groupe réformiste est nécessairement dépassé par la situation qui va bien au-delà de ce que sa politique peut lui offrir comme solution. Aucune organisation réformiste n’a de réponse face à l’effondrement généralisé et mondial du système.

Rien de ce qu’a été la vie des travailleurs dans les pays riches ne les prépare à ce qui arrivera dans les mois et les années qui viennent et aucune grande organisation qui se prétendent fondées sur la défense des intérêts des travailleurs et des peuples ne peut dire de telles vérités au peuple travailleur, et pas seulement parce qu’elles n’en ont pas le courage politique. Mais parce qu’une telle situation les laisse complètement désarmés.

Dans ces conditions, les tâches particulières des militants révolutionnaires au sein de la classe ouvrière peuvent se résumer ainsi :

Se saisir de toute occasion politique qui dévoile la réalité de l’effondrement du système pour révéler l’ampleur de la chute. Par exemple, souligner que l’Etat a versé plus de deux fois plus de milliards pour sauver la banque Peugeot que la valorisation de tout le trust Peugeot en bourse et cela sans nationaliser Peugeot ni annuler les licenciements.

Développer partout où c’est possible des discussions, des échanges d’informations entre salariés, et rétablir tous les liens rompus entre secteurs, entre sites, entre professions, entre privé et public, entre salariés des trusts et des prestataires, entre salariés en fixe et précaires, entre salariés et chômeurs, entre jeunes et vieux, avec et sans papiers.

Toute lutte localisée doit autant que possible proclamer son lien avec toutes les autres luttes sociales : les luttes contre les licenciements avec les luttes pour les retraites, avec les luttes contre la précarité, avec les luttes pour les services publics, etc…

Ces liens doivent être tissés et affirmés que ce soit à l’occasion de grèves, de manifestations, d’attaques patronales ou gouvernementales.

Il faut qu’il devienne clair que les travailleurs ont autre chose à exprimer que le discours des dirigeants syndicaux.

Partout où interviennent des militants révolutionnaires, il faut que soient dénoncés les responsabilités des gouvernants et des classes dirigeantes et tout particulièrement ceux du pays et pas seulement ceux de l’étranger.

Partout où les militants révolutionnaires appartiennent à des syndicats, ils doivent faire prendre position à ceux-ci contre les guerres impérialistes et pour dévoiler les buts de guerre.

A chaque fois que des révoltes éclatent et tout particulièrement quand la classe ouvrière est en lutte dans le monde, il faut faire prendre position par ces syndicats en faveur de la classe ouvrière en lutte, que soit au Bangladesh contre les trusts textiles, en Chine ou en Inde. Il importe que les travailleurs du monde apparaissent aux travailleurs de France pour ce qu’ils sont : non pas des concurrents dangereux pour leurs emplois mais leurs frères avec lesquels ils mènent des luttes contre le même système d’exploiteurs et de chacals.

Partout, il faut que les militants révolutionnaires dénoncent la passivité criminelle des centrales face aux actes racistes de l’Etat contre les Roms, contre les sans-papiers, contre les Musulmans, contre les immigrés ;

La classe ouvrière doit pouvoir s’appuyer sur l’intervention politique des révolutionnaires pour dénoncer les agissements des classes dirigeantes et des gouvernants à leur service. Par exemple, lors du scandale Cahuzac, rappeler que le scandale ne consiste pas à cacher des revenus en Suisse pour ne pas payer d’impôt mais à se faire acheter par les trusts pharmaceutiques comme médecin et comme responsable gouvernemental du médicament pour créditer des faux médicaments. Le scandale des impôts consiste dans l’absence totale de justice dans le domaine de l’impôt puisque l’effacement des impôts des patrons des trusts dépend du seul bon vouloir arbitraire d’un ministre sans aucun autre contrôle de quiconque.

L’affaire Karachi ne doit pas servir seulement à montrer des détournements de fonds en vue des élections mais à montrer que les gouvernants paient les gouvernants des pays pauvres pour les contraindre à acheter des armes plutôt que ce qui serait nécessaire à leur population.

La guerre du Mali devrait permettre de montrer que les trusts ont le gouvernement à leur service pour leurs petites et grandes affaires. Le prétexte est la défense du peuple malien contre des groupes armés islamistes mais il y a plus de soldats qui sont intervenus en même temps au Niger alors qu’aucun groupe n’y intervenait !

Il faut discréditer auprès des milieux populaires les trusts, les banques, les grands capitalistes et les gouvernants à leur service. Non pas pour faire du bruit mais pour nous préparer demain à les frapper réellement et au coffre-fort. Il ne faut pas craindre de dire qu’on devra nuire à leurs intérêts économiques et politiques, au même degré qu’ils détruisent nos vies et celles de nos familles.

La bourgeoisie est entrée en guerre avec les classes ouvrières et les peuples. Elle ne l’a pas fait par une particulière méchanceté de telle ou telle bourgeoisie, de tel ou tel gouvernement, de tel ou tel pays. Elle l’a fait ensemble et mondialement et pour les mêmes raisons, parce que la situation l’y contraint. Combattre cette situation ne consiste pas à proposer des solutions au système parce que de telles solutions n’existent pas. Cela ne consiste pas à proposer que de nouveaux gouvernants gèrent la situation autrement parce que dans le cadre du système il n’y a pas d’autre gestion possible. Les demandes des syndicats et partis de gauche, ou de la gauche de la gauche, sont sans fondement. On ne résoudra aucun problème par l’une des solutions qu’ils proposent. Relancer l’économie par des aides sociales, par exemple, est complètement illusoire car l’économie capitaliste ne peut plus être relancée. La crise ne provient pas du manque d’acheteurs et ce n’est pas en distribuant du pouvoir d’achat qu’on relancera l’économie puis les emplois. On ne relancera d’ailleurs rien du tout. Ou on renversera le capitalisme ou il nous enterrera !

Les capitalistes privés sont plus riches que jamais mais leur système mort parce que son moteur ne peut plus repartir. Le moteur de l’investissement privé productif, fondant l’accumulation de profits tirés de la plus-value, n’existe plus et tous les investissements publics pour les remplacer n’y peuvent rien. Du jour où on annoncerait la fin des investissements publics ou leur baisse, le système s’arrêterait immédiatement, provoquant une chute fatale et terminale. Ils est important que les militants ouvriers ne propagent plus des mensonges sur l’avenir du système, ne prétendent plus qu’il faut juste revendiquer une « bonne politique » de notre gouvernement national. Pas la peine de réclamer de repeindre la peinture d’un bâtiment qui flambe entièrement !

Il est important que les militants révolutionnaires dénoncent tous les mensonges réformistes sur la demande du soutien des gouvernants aux travailleurs menacés de licenciement. Qu’ils disent clairement que le problème n’est pas d’être nombreux dans la rue pour que les gouvernants entendent notre colère, connaissent nos problèmes. Ils les connaissent autant si ce n’est mieux que nous puisque c’est eux qui les mettent en place !

Il est important que nous discutions entre nous travailleurs de la nécessité de nous organiser, de nous lier par delà les situations, les professions et les nations, à toutes les échelles et à tous les niveaux. Il y aura bien sûr des gens pour nous dire que les travailleurs n’en sont pas là, qu’ils ne vont pas comprendre, que nous ne savons pas tenir compte du niveau réel de conscience et de combativité mais il ne faut pas les écouter : les travailleurs ne sont pas engagés dans une lutte au niveau de l’attaque bien sûr et nous en sommes parfaitement conscients mais le futur se prépare maintenant dans les consciences. On ne récolte pas au moment où on sème. La conscience qui sera nécessaire aux luttes de demain se prépare aujourd’hui… Ce que les militants révolutionnaires doivent combattre partout et en toutes circonstances :

les mensonges qui prétendent remonter le moral des travailleurs comme des défaites présentées comme des victoires, comme le fait de cacher des trahisons, comme aussi des désaccords qui nous séparent des masses

la prétention de défendre les intérêts des travailleurs à leur place, sans que les masses soient elles-mêmes organisées, discutent et décident par elles-mêmes.

les affirmations selon lesquelles l’Etat est là pour défendre l’interêt général

la prétention que la lutte doit être menée pour défendre l’intérêt d’un site, d’une entreprise, d’un secteur économique, d’une région, d’un pays ou d’un groupe de pays et pas les intérêts des exploités qui n’ont aucune des ces frontières à défendre.

Toute référence à un intérêt national est un crime. Toute référence à un intérêt professionnel à défendre est une division. Toute référence à un rôle positif de l’Etat bourgeois est un piège. Toute prétention à offrir des solutions aux gouvernants ou aux classes dirigeantes est une impasse. Toute affirmation selon laquelle des luttes réformistes et partielles nous préparent à de plus grandes luttes est faux : ces lâchers de vapeur ne servent qu’à éviter les luttes d’ensemble et les combats d’ampleur. Toute affirmation selon laquelle la classe ouvrière n’aurait besoin que de ses syndicats et de ses partis politiciens est mensongère. Toute affirmation d’une organisation selon laquelle la domination capitaliste est éternelle est le signe d’une complicité fondamentale avec le système, même si ses auteurs n’en ont pas conscience. Nous sommes à une époque où l’adaptation réformiste à la société d’exploitation non seulement mène dans le mur mais dirige vers le bain de sang… La responsabilité des militants révolutionnaires qui militent en direction de la classe ouvrière est énorme même s’ils peuvent sembler peu écoutés. Ne nous y trompons pas : les travailleurs lisent tout ce qui les concerne, réfléchissent et apprennent vite… Ce que leur disent ceux qui ne les méprisent pas et n’ont pas peur de leur dire des vérités ne les indiffèrent nullement. Ils ne nous croiront pas sur parole mais nous ne demandons qu’à voir nos allégations vérifiées et contrôlées. L’avenir est à une classe ouvrière qui contrôlera elle-même ses militants et la politique qu’ils proposent, qui n’acceptera d’aucune sorte d’organisation qu’elle décrète à sa place ce que la classe ouvrière est capable de comprendre, de faire et de décider.

Ce que nous écrivions en mars 2014 :

Quand la classe ouvrière devient une force politique Avec les élections municipales, on essaie une fois de plus d’intéresser les milieux populaires et la classe ouvrière à la démocratie bourgeoise, celle où on a le droit de décider sur tout sauf sur ce qui compte vraiment, sur l’emploi, sur le salaire, sur les conditions de travail, sur le logement, sur l’éducation et sur la santé. Et pas non plus sur la guerre ou la paix, sur les répressions policières, etc... On a le droit de nommer tous les dirigeants que l’on veut sauf les patrons des banques et des banques centrales, les patrons des trusts et des grandes entreprises d’Etat, les patrons des assurances, les chefs de la bourse et les patrons des grands instituts de spéculation, les chefs de l’armée, de la police, de la justice, des syndicats et des média. En somme, on élit tout ce que l’on veut sauf le vrai pouvoir. C’est bien pour cela qu’on l’appelle la démocratie bourgeoise. Et, une fois de plus, avec Hollande on a la démonstration que le vote ne change absolument rien au mode de gestion de la société. Avec la gauche comme avec la droite et plus encore l’extrême droite, la politique est décidée en suivant les intérêts du grand capital. La démocratie locale des municipales comme celle des élections nationales ne sert que de paravent à la dictature du capital sur le travail.

Mais alors comment, nous travailleurs, pouvons-nous agir pour influer sur la politique ? La gauche de la gauche et les syndicats répondent : en votant bien et par les grèves et les manifestations. Mais nous avons connu en France de grandes grèves comme en 1936, en 1953, en 1968, ou plus récemment en 1995 ou lors du mouvement des retraites. Sur le plan politique et social, ces mouvements n’ont rien changé de fondamental et l’ordre établi s’est maintenu. Il s’est même parfois aggravé. On nous a dit qu’il fallait nous faire entendre des patrons et du gouvernement en nous manifestant. Est-ce que cela signifie que ces derniers seraient sourds ou ignoreraient les coups qu’ils nous portent ? La véritable réponse, la droite et l’extrême droite mais aussi la gauche et les syndicats, y compris la gauche de la gauche, se gardent bien de la donner car elle remet en question l’ordre capitaliste. La véritable réponse, ce sont les travailleurs qui l’ont donnée au cours de l’histoire de la lutte des classes. Le moment où les travailleurs commencent à devenir une force politique est exactement le moment où la social-démocratie, les staliniens et les dirigeants syndicaux ou toute sorte de réformistes et d’opportunistes s’arrêtent, comme devant un mur, et arrêtent le mouvement social car il deviendrait dangereux pour les classes dirigeantes. « Il faut savoir terminer une grève » disait Thorez en 1936, qui a ainsi immortalisé ce seuil où les dirigeants bourgeois de gauche bloquent les mouvements sociaux.

Partout dans le monde et pas seulement ici, les appareils réformistes ont arrêté les luttes au moment où elles risquaient de remettre en question le pouvoir des exploiteurs.

Terminer une grève quand la classe ouvrière commence à toucher au sacro saint pouvoir bourgeois et à construire son propre pouvoir, voilà la préoccupation essentielle des partis et syndicats réformistes. Cela se manifeste non seulement dans les situations révolutionnaires ou dans les grands mouvements nationaux mais même dans toutes les luttes sociales, petites ou grandes. Car le pouvoir du patron peut se contester aussi localement quand les travailleurs commencent à décider par eux-mêmes.

Et le rôle des dirigeants syndicaux, de gauche, de la gauche de la gauche ou de l’extrême gauche opportuniste et bien sûr de droite ou d’extrême droite, consiste à agir pour empêcher les travailleurs de s’organiser par eux-mêmes. Si un secteur, un site, une entreprise, un hôpital, un groupe de cheminots commencent à entrer en lutte, leur préoccupation est de chapeauter ces travailleurs pour éviter qu’ils commencent à décider eux-mêmes de leurs revendications, à écrire leurs propres tracts et pancartes, à juger de la stratégie à adopter, à se donner les moyens de contacter d’autres secteurs de la classe ouvrière, à faire connaître largement leur lutte. Et surtout, les appareils syndicaux sont mortellement hostiles à l’idée que les travailleurs s’organisent en comités de grèves, les fédèrent en coordinations, élisent leurs véritables représentants en formant des conseils de salariés élus à l’échelle locale, régionale, nationale et même internationale.

Dès que les salariés dépassent les frontières de la corporation, de la profession, de l’entreprise, du secteur d’activité, ils débordent le cadre syndical, ils débordent aussi le cadre fixé par le grand capital et ses serviteurs de l’Etat. Dès lors, leur lutte prend un caractère de classe autonome et un caractère politique. Ils deviennent une classe qui a des perspectives à défendre pour toute la société et ils peuvent même devenir un pôle attirant à eux tous ceux qui veulent se battre contre cette société, les jeunes, les chômeurs, les femmes, les petits bourgeois frappés par la crise, les sans papiers, les immigrés, les sans logis, les populations des banlieues, etc…

Ils cassent la fausse polarité politicienne extrême droite/droite/gauche/extrême gauche, pour mettre en avant la véritable bipolarité de la société : classe contre classe.

Bien des travailleurs ne croient plus aujourd’hui à la lutte des classes, tant elle a été discréditée par les sociaux-démocrates, les staliniens et les dirigeants syndicaux. Mais, qu’ils le veuillent ou pas, cette société est dirigée par une classe capitaliste contre la classe ouvrière. Le propre de la démocratie bourgeoise est de défendre le sacro saint privilège des classes bourgeoises qui leur donne le droit de faire ce qu’ils veulent de leur capital, fût-ce en licenciant des millions de salariés, en fermant des milliers d’entreprises et en jetant le monde dans de nouveaux fascismes et de nouvelles guerres mondiales. La lutte des classes n’est pas une lubie de l’idéologie marxiste mais une réalité de tous les jours. La société mondiale est plus que jamais divisée en exploiteurs et exploités et la crise de 2007-2008, dont le capitalisme est incapable de se sortir, n’a nullement interrompu cette lutte de classe. Elle est en train de lui donner un cours bien plus violent et explosif dont les révolutions du Maghreb et du monde arabe commencent à donner une idée.

Mais, dans ces pays comme ici, la première des révolutions que nous devons mener consiste à nous changer nous-mêmes : à cesser de suivre des sauveurs et à ne faire confiance qu’en nos propres forces, à notre propre organisation. On a essayé au pouvoir tous les courants politiciens mais on n’a pas encore essayé de nous donner à nous-mêmes le pouvoir. Plus exactement, les tentatives en ce sens sont très anciennes comme l’est la Commune de Paris de 1871.

Or c’est seulement en faisant comme les communards, en nous organisant nous-mêmes pour notre propre pouvoir et sans le déléguer à des politiciens bourgeois, que nous pouvons devenir une vraie force politique et offrir nos propres perspectives à toute la société. Tant que les politiciens et les dirigeants syndicaux nous mèneront par le bout de nez, nous travailleurs ne pourrons pas mesurer notre vraie force, nos vraies perspectives. Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est de nous assembler dans les lieux d’habitation et de travail et de discuter de l’avenir que nous voulons bâtir sans laisser d’autres forces sociales le faire à notre place.

N’oublions pas, travailleurs, que toutes les forces sociales sont organisées dans la société bourgeoise sauf la classe ouvrière. Les patrons et l’Etat ont prétendu mettre en place une démocratie mais un travailleur n’a aucun droit de réunion, de discussion, de diffusion de tract, d’élection libre de délégués au sein de l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée, et ce n’est pas un hasard : toute la société bourgeoise est fondée sur le fait de faire taire les travailleurs. Eh bien, prenons la parole et échangeons nos avis sur l’avenir après l’effondrement du capitalisme. Si nous ne nous organisons pas en tant que classe, cela signifie que nous laissons les classes dirigeantes décider à nouveau de nous jeter dans le fascisme et la guerre mondiale où mène à nouveau l’effondrement du système capitaliste. L’auto-organisation des travailleurs, ce n’est pas seulement indispensable. C’est vital !

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